Chapitre V
Angeal et Séphiroth durent rentrer de toute urgence, ce jour-là. Le directeur Lazard leur avait annoncé par mail que le Président voulait les voir sur-le-champ. Bien que sceptiques, tous deux obtempérèrent. Un hélicoptère de la Shinra vint les chercher. Ils échangèrent un regard. Si un hélico des Turks les ramenaient à Midgar, c'est qu'il y avait quelque chose à craindre.
De son côté, Génésis espérait ralentir la Shinra le plus possible. C'était la première fois qu'il tentait quelque chose contre elle. Il était assez nerveux pour que Reeve Tuesti, nouveau cadre de la Shinra, le remarque.
- Vous allez bien ? s'enquit-il.
Il s'entretenait avec le Président dans son bureau lorsque Génésis était entré. Ils ne s'étaient rencontrés qu'une fois, lorsqu'Angeal et Génésis étaient passés première classe, quatre ans plus tôt. Mais aux yeux de Reeve, Génésis n'était jamais qu'un jeune homme de dix-neuf ans, et, selon lui, un « enfant » de cet âge n'était pas fait pour se battre.
- Non, avoua ce dernier.
- Je le conçois.
Ce furent les seules paroles qu'il put prononcer. Le Président le renvoya. A ses côtés, un Hojo recroquevillé comme une affreuse araignée de fort méchante humeur ruminait ses terribles pensées. Aucun des deux n'affichait une mine bienveillante, et Génésis sentit son courage fléchir. Où diable pouvaient bien être Séphiroth et Angeal alors qu'il avait besoin d'eux ?
D'autant qu'il savait très bien ce que lui voulait le Président. Il devait cependant feindre l'ignorance, et plus que jamais, ses compétences d'acteur lui seraient utiles.
- Je me demande bien, commença Hojo, par quel miracle les Cétras se volatilisent lorsqu'on a besoin d'eux.
Il darda sur Génésis un regard mauvais et plein de sous-entendu. Celui-ci se remémora les vers de Loveless. Depuis quelques jours, il avait l'impression de jouer la pièce en grandeur nature. Et ce n'était pas fait pour s'arrêter. Le prisonnier se fait sauver par une femme du camp adverse.
Hojo surpris le sourire qui s'étirait imperceptiblement sur les lèvres de l'expérience d'Hollander. Celui-ci avait d'ailleurs été convoqué, mais, comme toujours, il était en retard ! Le Président avait horreur de ce genre de détail. Il n'en était que plus agacé.
- Vous n'avez vraiment pas la moindre idée de l'endroit où elle se trouve ? questionna-t-il en faisant pianoter ses doigts potelés sur son bureau.
- Je vous le dirai, si je savais quoi que ce soit, répondit le jeune homme avec son habituelle désinvolture.
Tseng fit alors irruption dans le bureau.
- Les premières classes sont là, monsieur le Président.
- Qu'ils entrent, et vite !
Aussitôt, Séphiroth et Angeal, escortés par trois Turks, entrèrent à leur tour. Angeal lut nettement le soulagement sur les traits de Génésis.
- Que se passe-t-il ? s'empressa de demander Séphiroth.
- C'est justement ce que nous voudrions savoir, bougonna Ashton Shinra.
- Jusqu'à récemment, énonça Hojo, Hélène Gainsborough souffrait d'un mal susceptible d'être la fièvre du Wutai (je gage que le nom scientifique mais exact vous embrumera la cervelle plus qu'autre chose), mais, chose curieuse, elle s'est volatilisée.
- Volatilisée ? répéta Angeal. Et par quel miracle ?
- C'est justement ce que je demandai à votre jeune ami –car ce n'est certainement pas le mien.
Le « jeune ami » passa une main dans ses cheveux roux foncé. C'était un tic que Séphiroth connaissait bien. Soit il se passait une main dans les cheveux, soit il récitait un vers de Loveless lorsqu'on s'adressait directement à lui.
- Nous n'avons pas de nouvelles d'Hélène depuis plus d'une semaine, justifia Angeal. Aucun de nous trois n'a put l'approcher parce que le docteur Hollander nous a conseillé de nous tenir éloigner pour éviter tout risque de contamination.
- Plaît-il ?
Hojo ressemblait de plus en plus à une araignée en colère. Séphiroth regrettait de ne pas avoir d'insecticide sous la main. Il avait horreur des insectes et des arachnides –surtout des arachnides.
Le Président se renfrogna également. Génésis souriait de son habituelle manière désinvolte. Il n'en tirerait rien de plus. Quant à Séphiroth, autant parler à un mur. Il garderait bien Angeal un moment, mais il était tellement stoïque que jamais il n'avait rien révélé sous la contrainte.
Avec humeur, il les laissa tous trois partir.
Génésis ne cacha pas son soulagement, une fois les portes de l'ascenseur refermée sur le trio. En revanche, Séphiroth arborait une mine tout sauf soulagée.
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
- There is no hate, only joy
For you are beloved by the goddess
- Génésis…
- Excuse-moi.
- Tu sais où elle est, n'est-ce pas ?
Il haussa les épaules.
- Evidemment.
Angeal démontra son inquiétude plus fortement qu'il ne l'aurait dût.
- Et où est-elle ?
- Dans le train. Pour le moment, elle va à Banora, mais après, il ne faudra pas qu'elle y reste.
- Après quoi ?
Angeal et Séphiroth fusillaient Génésis du regard. Celui-ci sentit la colère qui émanait d'eux.
- Infinite in mystery is the gift of the goddess
We seek it thuse, and take to the sky
Ripples form on the water's surface
The wandering soul knows no rest…
Il s'arrêta et cessa de sourire.
- Je sens vos regards furieux…
- Un peu que nos regards sont furieux ! s'exclama Angeal. Qu'est-ce qu'il t'a pris ?
- C'est une longue histoire…
- Ne joue pas à ça.
- Ce que je ne comprend pas, trancha Séphiroth, c'est pourquoi Hélène a accepté de t'écouter.
- Parce que ce n'est pas mon idée, se défendit Génésis.
- C'est elle qui l'a proposée ?
Angeal était de plus en plus décontenancé.
- Mais pourquoi ?
- Elle se doutait que la Shinra finirait par l'utiliser un jour ou l'autre… et puis…
Seul un soupir sortit de la gorge de Génésis.
- Tout ce que je gagnerai en vous racontant, ce sont des réprimandes. Ou… vous seriez bien capable de me frapper.
- Tout à fait, admit Séphiroth.
L'ascenseur se stoppa.
- Elle a toujours son portable ? demanda Angeal.
- Oui.
- Alors je l'appellerai tout à l'heure.
Il sortit à grands pas de l'ascenseur, mais les paroles de Génésis le retinrent :
- Laisse tomber ! Elle ne te le dira pas si je ne le fais pas avant.
Angeal retourna sur ses pas.
- Comment ça ?
- Elle est enceinte.
Angeal ouvrit de grands yeux. Il était peu impressionnable mais pour le coup, il se sentait presque devenir liquide.
Quant à Séphiroth, il avait du mal à le croire.
- Quoi ? s'étrangla Angeal. Enceinte ? Mais de qui ?
- De moi, répondit Génésis comme si c'était l'évidence même.
Il ignorait qu'à cet instant précis, Séphiroth se retenait de le frapper.
