Son Majordome, flatté.
Paris, Moulin Rouge.
"Bon sang, mais qu'est-ce qu'elles fabriquent?"
"Je suppose qu'il s'agit du French Cancan, cette nouvelle danse dont tout le monde parle, my Lord."
"C'est terriblement grossier."
Déception… Le spectacle vous déplaît et j'ai donc manqué à mon devoir de vous divertir.
"Pardonnez-moi, my Lord. Je pensais que le Jeune Maître apprécierait le spectacle. Ces personnes sont censées être les meilleures danseuses et les plus jolies filles du Monde, c'est pourquoi je croyais…"
"Les plus jolies filles du monde?" me coupez-vous. "Baliverne. Leur maquillage est si outrageux qu'on dirait des prostituées. Par ailleurs, tu es bien plus charmant que n'importe laquelle de ces femmes," ajoutez-vous, d'un ton détaché, en prenant une gorgée de votre thé, avant de réaliser avec horreur quels mots viennent d'échapper votre bouche.
Charmant? On ne m'a jamais appelé ainsi. Charmant n'est généralement pas un adjectif que les gens utilisent pour qualifier un démon. Croyez-moi, vous ne me trouveriez pas charmant si vous me voyiez sous ma véritable forme. Mais peu importe. Aujourd'hui, maintenant, à ce moment précis, vous me trouvez charmant.
Dans la pénombre, je peux voir vos joues se teinter légèrement de rouge, et je suis sûr que les miennes rougiraient aussi, si je n'étais pas ce que je suis. Mais fort heureusement, mes joues demeurent toujours aussi blanches que la porcelaine, et ne me trahissent jamais. Je suis si flatté, et si heureux au fond de moi que je ne peux réprimer un sourire.
Vous froncez les sourcils et me lancez un regard noir.
"Sebastian! Rentrons à l'hôtel, je meurs d'ennui ici!" me lancez-vous hargneusement, en vous levant de votre siège.
J'adore voir la colère brûler dans votre œil, c'est une émotion si intéressante. La colère dirige votre vie et l'emporte sur tous les autres sentiments. En apparence, seulement, car vous êtes une personne bien plus sensible qu'on ne veut bien le croire. En de rares occasions, vous baissez votre garde, et vous vous trahissez. Vous êtes alors furieux contre vous-même et essayez de prétendre qu'il ne s'est rien passé. C'est si touchant que ça en est presque amusant. Un rire étouffé s'échappe de ma gorge.
"Et arrête de ricaner, idiot! Tu es hideux quand tu ris!"
Je ne peux désobéir à votre ordre, alors je me retiens de rire et m'agenouille.
"Yes, my Lord."
Mais il est trop tard, Jeune Maître. Vous pouvez vous montrer aussi désagréable que vous le voulez, cela n'effacera pas les mots que vous avez prononcés plus tôt, et je ne suis pas près de les oublier.
Je suis un diable de majordome, mais je suis un diable de majordome… charmant.
Merci d'avoir pris le temps de lire!
Publié le 20 septembre 2010.
