Titre : Liaisons, embrouilles et un rouleau disparu.
Auteur : Kumfu.
Bêta : Axelanderya.
CHAPITRE DEUX
Le coup du placard
Ou
« D'où qu'il y a écrit « uke » sur mon front ? »
Allongée en travers de son matelas, Sakura réfléchissait, les deux mains plaquées sur ses yeux. La demande qui lui avait été faite ce matin... non, l'ordre de mission qui lui avait été donné... la bonne blague. Jamais elle n'aurait pensé se retrouver dans une situation pareille.
Elle sourit un instant en se rappelant le compte-rendu de l'enquête un peu particulière que Tsunade lui avait demandée d'effectuer : « une libido de crustacé trop cuit ». Voilà le commentaire qu'elle lui avait donné sur la personne concernée... « Du genre qui aurait traîné dans son jus et serait en état de décomposition avancée », avait-elle cru bon d'ajouter avec un grand sérieux et sa supérieure avait soupiré bruyamment en fermant ses yeux, avant de faire glisser son majeur sur la longueur de son nez et de commencer à se le masser lentement d'un air las, contrarié.
Tombant sur ses jambes, la lumière douce du soleil filtrait à travers ses rideaux, éclairant son lit et le mur contre lequel était appuyée une imposante armoire. Elle ouvrit les yeux sur le dessin du sexy-jutsu version yaoi qui était accroché à une de ses portes. Il représentait un superbe jeune homme brun, penché lascivement sur un tout aussi magnifique gaillard à la chevelure blonde, lèvres s'effleurant et regard plongé l'un dans l'autre. C'était Sai qui le lui avait fait il y a plusieurs années à sa demande, lui tendant le papier du bout des doigts avec l'air évident de ne pas saisir son intérêt pour la chose mais de s'en désintéresser tout de même complètement.
Elle laissa son esprit vagabonder et pensa à une nouvelle façon de présenter ses conclusions qui la fit rire en elle-même : « ou la libido d'une éponge ». Elle pinça un peu ses lèvres dans un début de sourire amusé... « Ou d'un koala neurasthénique et homosexuel qui viendrait de se réveiller au milieu d'un groupe de vieilles femelles enragées ». Elle se tourna en enfouissant son visage dans son coussin qu'elle serra et pouffa doucement une seconde.
La réalité lui revint rapidement en pleine tête, rude, implacable, tel l'ordre qui lui avait alors été donné.
Brusquement, elle se redressa pour sauter de son lit et se mettre directement à préparer ses affaires.
En ce qui concernait le choix de son équipement de médic-nin, ça allait tout seul, pas de problème, comme pour celui des armes. À coups de gestes mécaniques, elle attrapait ses affaires à la va-vite, les balançant au fur et à mesure sur le dessus de son sac ouvert au milieu de sa chambre. Non, ce qui la gênait, c'était le reste. Elle n'arrêtait pas de bloquer devant son étagère à fioles, un pan entier de mur au-dessus de son lit rempli de produits d'allure bizarre, translucides pour la plupart, certains au contraire de couleur très vive, pas trop du genre naturel, tous soigneusement étiquetés et rangés par ordre alphabétique. Il s'agissait de produits de sa confection, la plupart des résultats de recherches plus ou moins hasardeuses qu'elle avait faites, d'autres plus communes qu'elle conservait au cas où elle aurait besoin de les utiliser.
Au cours de ses va-et-vient entre son sac et son placard, elle suivait régulièrement du nez les étiquettes des flacons, gardant son regard dessus tandis qu'elle continuait à avancer, mettant parfois un pied sur son matelas pour en saisir un, le reposant ensuite, hésitante, avant de retourner au remplissage de sa besace.
Une fois devant son armoire, elle s'attarda devant le miroir qui était fixé à sa porte. Son apparence... Elle n'arrivait toujours pas à passer outre ces cicatrices qui s'étalaient maintenant un peu partout sur sa peau, marques indélébiles de la voie qu'elle avait choisie. La plupart étaient fines et certaines commençaient peut-être à se faire moins présentes. Elle aurait pu nommer pour chacune d'elles le lieu et les conditions dans lesquelles elles avaient été faites, les jugeant souvent plus lamentables qu'autre-chose.
Une médic-nin ne doit pas se faire blesser.
Sympa, la théorie... mais en pratique, elle avait eu beau l'expliquer gentiment, les types en face avaient toujours eu du mal à le comprendre. Les méchants sont un peu bêtes, hein ? Certaines traces se chevauchaient sur sa peau et... peut-être qu'un jour, elle ne pourrait plus les différencier. Elle se retrouverait cartographiée comme le pays du Feu. « Tu suis la rivière, là, tu passes le pont et c'est la route vers la capitale... ». Un rictus se peignit sur son visage. Sa main s'attarda, encore, machinalement, sur cette trace plus épaisse qui s'étirait depuis l'intérieur de son épaule jusqu'à son décolleté.
Attrapant sa fermeture éclair, elle la descendit, ouvrant le haut de son vêtement.
La cicatrice se poursuivait sur sa poitrine, traversant en partie un sein puis son sternum pour finir sur le bas de ses côtes. Elle lui paraissait bien loin l'époque où elle avait été fière de sa féminité et de sa jeunesse si courte finalement. Sur les rayons de son armoire, quelques vêtements plus échancrés étaient soigneusement rangés, comme si elle avait pensé pouvoir les remettre un jour. Elle loucha bien sur un ou deux mais n'y toucha pas, refermant la porte avec une légère amertume.
Se rhabillant rapidement, elle se dirigea sans plus aucune hésitation vers son matelas et se jeta dessus à plat ventre pour ouvrir le tiroir du meuble bas de l'autre côté de son lit. À tâtons, elle farfouilla sous les documents et divers objets et attrapa une clef puis elle se redressa, se mettant debout face au coffre disposé entre les flacons sur lesquels elle avait hésité si longuement et elle l'ouvrit.
À l'intérieur, une petite fiole allongée, remplie d'un liquide épais de couleur irisée, y était rangée. Elle la saisit et la glissa dans son nécessaire de soins qu'elle balança sur son sac, puis finit rapidement ses préparatifs. Elle n'avait pas besoin d'une heure pour cela et elle referma sa chambre, allant attendre ses compagnons aux portes du village.
En descendant d'un pas vif ses escaliers, elle ravala l'arrière goût de gerbe que lui laissait cette mission au fond de la gorge et chercha du réconfort en se disant qu'elle l'avait acceptée après tout... et qu'elle devait bien reconnaître que, malgré elle, quelque-part au fond de sa poitrine, une certaine chaleur se faisait sentir, comme une légère griserie qui lui donnait envie de sourire.
De son côté, Naruto s'était lancé dans la même activité, de façon nettement moins organisée, bien sûr.
À peine arrivé à son appartement, il s'était jeté sous la douche, avait essayé de ne pas s'évanouir en se rendant compte de l'état dans lequel il avait laissé son logement et tentait en ce moment de réunir ses affaires pour repartir. Il galérait donc à courir de droite à gauche à la recherche de tout et n'importe quoi et surtout de vêtements propres, vu qu'il rentrait quand-même un peu de mission, là tout de suite. Sautillant une jambe dans son pantalon et sa brosse à dents dans la bouche, il traversait sans cesse le couloir central en retournant dans tous les sens le contenu de ses armoires. Et mince... À la vue d'un t-shirt d'un orange pétard sur lequel il venait de mettre la main, il tira la tronche mais l'enfila quand-même, tout en grimaçant à l'idée du savon qu'il allait se prendre lorsque les autres le verraient avec.
Au bout d'un moment, entre deux rinçages de dents et la retrouvaille fortuite d'une pochette à shuriken encore neuve, petite victoire, il se résolut enfin à s'attaquer au lieu maudit de sa chambre : l'immense placard mural où il n'avait fait qu'entasser depuis ces derniers mois tout ce qu'il avait eu la flemme de ranger, plus de deux mètres de hauteur sur un mètre de large, profond de cinquante bons centimètres également, lieu de perdition pour tout être normalement constitué surtout lorsqu'il s'agissait d'y retrouver quelque-chose d'aussi petit qu'un rouleau de bandages : l'antre du mal.
Il ouvrit la large porte, grinçante, et se prit d'emblée deux cartons, plusieurs revues, un paquet de ramens entamé et quelques petits objets sur la tête, assortis d'une bonne bouffée de vieille poussière dans la face. « Ce n'est rien ce n'est rien ». Il décida de ne pas se décourager pour autant et s'engagea plus en avant, balançant au fur et à mesure par terre tout ce qu'il jugeait inutile pour l'instant. Petit à petit, le reste de la pièce commença à se transformer en véritable capharnaüm tandis qu'il progressait dans une pure opération de spéléologie, lui semblant faire la brasse au milieu des tas de vêtements roulés en boule ou empilés.
Bon sang. Comment est-ce que tu voulais retrouver quoi que ce soit là dedans, sérieux ?
Le claquement bref de la porte d'entrée le fit sursauter.
Il siffla nerveusement. Il savait parfaitement de qui il s'agissait et se mit en tête de l'ignorer, montant sur la pointe d'un de ses pieds pour se pencher plus loin. Il lui semblait bien avoir aperçu quelque chose qui ressemblait à ce qu'il recherchait là-bas.
Un pas, lent, s'approcha.
Marquant une légère pause en pénétrant dans la pièce face au spectacle de fesses rebondies en train de se tortiller entre les étagères, les pas reprirent ensuite, calmement, jusqu'à ce que deux mains se posent sur les hanches exposées et glissent autour du ventre musclé pour l'enlacer.
Tandis qu'il ferma les yeux, un souffle lui chatouilla l'oreille :
« Alors... je t'ai manqué ? »
Il frissonna.
Son front retomba sur le bois dur de l'étagère.
Cette peau...
Il se mordit les lèvres en se faisant violence pour ne pas daigner s'intéresser à la présence derrière lui et demanda d'une voix qu'il voulut dure :
« Qu'est-ce que tu veux ?
En guise de réponse, ses hanches furent tirées sèchement en arrière, plaquant ses fesses contre un bassin qui vint à sa rencontre et un visage se pencha pour lui soupirer dans l'oreille, le faisant frémir par cet effleurement infime et chaud. Les mots susurrés le grisèrent :
— Devine...
Il ne répondit pas.
Ces mains...
La voix grave résonna dans son oreille.
— J'ai envie.
... Bon sang, ce qu'il aimait les sentir sur lui...
— 'tain, pas le temps, Sasuke...
— Allez, juste un peu... Je bande. »
Comme s'il ne s'en était pas rendu compte. « Ah bon ? T'es sûr que ce n'est pas plutôt un kunai que tu as dans ta poche ? ». L'idée le fit sourire.
Essayant de reprendre le contrôle de la situation, il voulut se retourner mais fut aussitôt poussé plus loin, se retrouvant bloqué la tête dans le placard.
« Sasuke...
— Laisse-moi faire.
Connard...
Cette insupportable expression. Il en était arrivé à la haïr aussi fort qu'il était devenu incapable de résister au contact envoûtant de cette peau, à cet insoutenable désir de s'abandonner dans ses bras.
— Je n'ai pas le temps, je te dis, tenta-t-il d'expliquer. Tu veux toujours le faire au pire moment. »
Le brun émit un rire bref, parfaitement sûr de lui. Ses dents vinrent mordiller le lobe sensible de l'oreille du blond, lui faisant perdre encore un peu ses moyens.
Ces mains parcourant son torse, cette peau si douce glissant sur la sienne, s'immisçant sous son t-shirt pour effleurer ses côtes et se poser juste là où il le fallait, sachant parfaitement comment le rendre faible...
Ce contact si troublant...
Il ferma les yeux.
Il savait pourtant si bien ce qui se passerait s'il s'y abandonnait, ces regrets et cette souffrance qui, seuls, lui resteraient. Alors pourquoi ne parvenait-il pas à le repousser, lui qui ne lui avait jamais cédé en rien, en rien... ? Pourquoi devenait-il si faible lorsque sa peau se posait sur la sienne, pourquoi frémissait-il sous ses doigts, sous ce toucher qu'il aimait à en perdre toute fierté, sous ces caresses qui le faisaient se pâmer malgré lui ?
« Arrête...
Son ton manquait de conviction, ses mots de dureté. La main qui se glissa sur ses fesses le fit soupirer plus fort qu'il ne l'aurait voulu.
— Sas'... »
Les mains du brun caressaient sa colonne vertébrale, descendant le long de ses côtes pour l'enlacer avec douceur et fermeté, passer frôler, pincer et agacer les grains de chair rosis sur son torse fin et s'entourer autour de son ventre tandis que le front pâle se reposait sur sa nuque, chaude, et que les doigts impatients de son amant s'agrippaient à ses hanches pour le tirer à nouveau vers l'arrière, le cognant en un puissant mouvement au corps qui vint à sa rencontre.
Naruto ne pouvait plus garder son contrôle. Il prononça quelques mots à toute allure.
« On n'a pas le temps. On est attendu. Déjà que je suis à la bourre...
— Je ferai vite.
— C'est ça, oui. Calme tes hormones, plutôt. Si tu n'en es pas capable, va te chercher quelqu'un d'autre.
Le brun se frottait déjà plus que lascivement contre lui.
— Pourquoi faire ?... Tu es là.
Le ton était supérieur, la moquerie non dissimulée.
— Connard...
Sasuke ne releva pas, forçant le jeune-homme au regard clair à lui parler plus sèchement.
— Arrête !
— Non.
Naruto se mordit la lèvre.
Les caresses du brun avaient déjà beaucoup trop d'emprise sur lui. Il avait beau dire « non », à chaque fois, ce dernier n'en tenait absolument pas compte. Depuis combien de temps déjà cette situation durait-elle ?
— Allez, Sasuke, arrête... »
Ses paroles n'étaient que de pauvres suppliques.
La peau tant aimée parcourait son dos, son ventre, et le jeune Uchiwa ondulait maintenant des hanches contre lui, venant s'appuyer de temps en temps plus fortement entre ses fesses en des coups de reins avides, agressifs, le repoussant totalement dans l'obscurité où il était.
Ces mains, ces mains... chaudes, douces, possessives, assurées, il aurait voulu pouvoir les repousser, être capable de prononcer un « non » plus ferme. Parfaitement conscient que ses refus n'étaient que trop pâles et que son corps le trahissait, il réitéra sa demande d'une voix suppliante, dans un murmure à peine audible.
« S'il te plaît, Sasuke...
Une vive poussée de son amant lui fit toucher le fond du placard, percutant le mur de sa tête alors que les mains qui l'échauffaient commencèrent à déboutonner son pantalon avec empressement.
— S'il te plaît quoi ? Prends-moi ? lui susurra le brun.
— Non, grogna Naruto en se massant le crâne. Tu sais très bien que ce n'est pas...
— On aurait cru, pourtant.
— Sasuke... »
Chacun des mots du blond était soupiré, implorant avec tant de suavité que le jeune Uchiwa ne pouvait les prendre que pour une délicieuse invitation et... de toute façon, le blond le savait, il ne prêtait pas attention à ses paroles. Tentant encore une fois de réagir, il essaya de se retourner ou du moins de ressortir une de ses mains mais son coude se bloqua contre le bord de l'espace exigu où il s'était enfoncé et, derrière lui, la peau nue et chaude du torse imberbe, à peine découvert, vint se coller contre son dos dans un contact brûlant... et les mains pâles qui s'emparèrent alors de son membre, dur, trahissant forcément l'excitation coupable qui s'était emparée de lui, le firent flancher, enfonçant son visage dans un amas de tissus qu'il sentit sous son nez.
Ce que c'était bon. Les caresses sur son sexe, ce souffle derrière lui, les baisers passionnés qu'il ressentait maintenant sur ses reins... Le surprenant, une langue lécha doucement le bas de son corps et il mordit dans le tissu sous le contact humide.
Incapable de voir ce qui se passait, il ne pouvait que repenser au visage de cet être, à son regard intense, sa peau laiteuse, à ses yeux qui semblaient vous traverser, vous scruter tel un oiseau de proie et ce visage dur qui pourtant s'ouvrait dans le plaisir de le prendre et seulement à ce moment là. Il aurait aimé le voir, contempler cette fabuleuse expression qu'il avait lorsqu'il se laissait aller en lui, quand la brûlure vive de l'orgasme le saisissait et qu'il s'y abandonnait. Naruto le trouvait magnifique.
La douce langue qui contournait son orifice se pressa un peu plus fort contre lui, lui occasionnant quelques frissons, et il lâcha un profond soupir avant de resserrer rapidement ses lèvres, se maudissant de s'être laissé aller ainsi.
Quand l'humidité envoûtante se retira et que la main glissant sur son sexe gonflé se desserra, il se relâcha un peu avant de se préparer à la sensation chaude des longs doigts de son amant... mais le contact pesant qu'il ressentit alors ne fut en rien comparable, le faisant se raidir de surprise.
« Sasuke... »
Sans plus attendre, le brun ignora complètement cette dernière supplique et le pénétra lentement, plongeant dans sa chair en échappant un soupir tremblant. La voix rauque et sensuelle occasionna quelques frissons le long de la colonne vertébrale de Naruto et il resserra ses dents sur le tissu en se laissant aller aux sensations de ce sexe pesant qui commençait déjà à se déplacer en lui, espérant ainsi étouffer un peu ses propres gémissements.
Après quelques mouvements contrôlés, le brun marqua une pause pour poser les lèvres sur son épaule et parcourir hasardeusement son torse d'une main, frôlant son épiderme du bout de ses doigts.
C'était doux.
Le souffle léger de Sasuke effleurait ses omoplates.
Naruto se détendit, son corps acceptant mieux la présence intruse, et il sentit la fine caresse des cheveux ébène quitter sa peau lorsque son amant se redressa, se laissant aller en quelques coups de reins plus intenses qui lui firent toucher une nouvelle fois le fond du placard. Alors il y plaqua les mains, le repoussant en reculant ses fesses contre le brun qui prit ce geste avec contentement, attrapant d'une poigne ferme ses hanches pour entrer plus profondément en lui dans un soupir sonore.
Plongé dans la pénombre, le blond geignait et haletait sous les poussées de son amant, à chaque rencontre délicieuse de ce sexe qui s'enfonçait dans cette partie si sensible, si intime en lui, et il laissa divaguer son imagination. Il pouvait presque le voir, le corps du jeune homme derrière lui, ses paupières closes en une expression de plaisir, son visage détourné sur le côté... ses cheveux humides de sueur barrant son front et une goutte de transpiration glissant sur son torse... ses mains agrippées et ses bras puissants se contractant lors de ses mouvements. Les images s'accumulaient dans sa tête et majoraient encore son excitation.
Sentant le plaisir monter, il eut envie de prendre son propre sexe en main pour le caresser, mais fut encore une fois bloqué par les parois du placard.
« Ce n'est pas vrai... »
Derrière lui, le souffle plus rapide du brun lui indiquait clairement qu'il approchait trop vite du point de non-retour et le rythme s'accéléra. Naruto grimaça en sachant pertinemment qu'il n'avait fait que l'inciter à se dépêcher et il vit venir le moment où Sasuke parviendrait à l'orgasme sans lui.
Bon sang...
Les coups de reins devinrent plus saccadés et son membre tendu le faisait presque souffrir. Il avait envie qu'il le touche, il le voulait, il n'en pouvait plus.
« Sasuke...
Il soupira et enfonça son visage dans les vêtements.
— Sa... S'il te plait.
Il se sentait honteux.
— Caresse-moi... s'il te plait. »
Le bois de l'étagère grinça sous la pression à laquelle elle était soumise.
La respiration du brun s'intensifia à son oreille.
Aucun geste ne vint contenter sa demande.
Naruto se crispa.
Sous les ardeurs de son amant, il sentit son ventre se réchauffer et ses jambes se mettre à trembler alors qu'il s'approchait de la jouissance, les fabuleuses sensations de ce membre glissant en lui l'y emmenant mais pas assez vite, probablement trop tard.
Il serrait déjà les dents quand les doigts tant espérés vinrent enfin s'enrouler autour de son sexe pour y donner les caresses désirées, fortes et rapides.
« Oui... »
Ajoutant une nouvelle sensation de plaisir extrême à celle du sexe qui le pénétrait, les mouvements de main achevèrent de l'emmener vers l'orgasme, le faisant saliver sur le tissu contre sa bouche alors qu'il ne réfréna plus qu'avec la plus grande peine les sons de jouissance qui franchirent malgré tout ses lèvres et, tandis que la formidable brûlure se propagea à l'intérieur de son corps, le brun se déversa en lui dans un dernier soupir, grave, sensuel.
Après quelques derniers coups de reins, plus lents, Sasuke se retira, posant une paume humide contre son dos avant de le laisser enfin ressortir du lieu confiné où il était et s'effondrer au sol, à bout de souffle.
Naruto ouvrit alors sa bouche pour recracher le tissu sur lequel il avait bavé et se tourna vers son amant. Il tira d'une main sur son caleçon et de l'autre sur son pantalon dans une tentative maladroite de se couvrir un peu.
Et il le vit... et se laissa absorber un instant par son image.
Reculé jusqu'au rebord de l'évier de cuisine pour s'y appuyer et reprendre son souffle, Sasuke sombre refermait déjà son pantalon, ses mèches humides tombant devant ses prunelles noires, sa poitrine se soulevant encore fortement sous sa respiration haletante et ses joues légèrement rougies de la chaleur de leurs ébats. Dans son regard intense, Naruto contempla la lumière douce de la fatigue de l'orgasme qui éclairait encore légèrement son visage.
Les mots sortirent lentement de sa bouche, comme s'il n'y prêtait maintenant plus vraiment attention.
« Tu saoules, Sasuke...
Après un soupir plus profond, destiné à se calmer, l'interpellé se détourna et ouvrit le robinet de l'évier pour se passer abondamment le visage et la nuque à l'eau.
Son manque d'attention fit réagir Naruto.
— Oh. Tu m'écoutes quand je te parle ?
Accoudé au lavabo, l'Uchiwa attrapa silencieusement un torchon et essuya brièvement l'eau qui ruisselait de ses cheveux humides sur ses tempes, son cou et ses épaules, puis jeta un œil sur l'état de sa tenue avant de porter son regard sur celle du blond.
Son visage s'était déjà refermé.
— Allez, dépêche-toi, tu vas nous foutre en retard, dit-il d'un ton neutre, trop dur à l'oreille du jeune Uzumaki, tout en enfilant les manches de cet espèce de kimono court qu'il avait dû ressortir de sa période de nukenin.
Celui-ci s'offusqua violemment, les fesses toujours par terre alors qu'il se déhanchait en remettant correctement son caleçon :
— Nous ? C'est moi qui suis à la bourre, oui. Tu es déjà rhabillé, toi !
— Il n'y a que toi pour mettre autant de temps à te préparer, aussi, répondit le brun en passant ses mains dans ses cheveux pour les remettre en place.
— Je rentre juste de mission, je te signale.
Sasuke haussa un sourcil.
— Moi aussi.
— Tss... Et puis ce n'est pas « moi » qui « nous » mets en retard, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué.
— Qui d'autre? lui susurra le brun avec un sourire en coin. Qui est-ce qui s'amuse à m'aguicher les fesses en arrière ?
À cause des paroles provocatrices, Naruto se crispa en resserrant ses doigts sur son pantalon et le déchira en se redressant alors qu'il le remontait vivement.
Il souffla fortement par les narines.
— Ce n'est pas vrai...
— Bon, tu t'actives ?
— Ben pars ! Qu'est-ce que tu attends ? Tu as vu où j'en suis à cause de toi ? cria-t-il en écartant les bras.
Sasuke, son sabre déjà remis à sa ceinture et la main sur la poignée de la porte, le regardait de cet air hautain et blasé que Naruto détestait tant.
— Quoi ? », réagit ce dernier avec agacement.
Se contentant d'une mimique supérieure, le brun ne se fatigua pas plus à lui répondre.
'Il m'énerve il m'énerve'. Voilà ce que pensait le blond devant le mutisme de son partenaire et surtout... surtout... cet insupportable sourire moqueur qu'il affichait systématiquement ensuite, l'air de dire : « tu peux bien râler, je fais de toi ce que je veux ». Après un regard dur, révolté, il décida de se retourner pour voir dans le placard s'il ne trouvait pas d'autres vêtements.
Reluquant négligemment le jeune homme devant lui, ses fesses moulées dans son caleçon fin et la façon dont les muscles de son dos se dessinaient lors de ses mouvements, le brun s'aventura à lâcher le fond de sa pensée.
« Et alors, si tu n'en avais pas envie, il fallait le dire.
Là, Naruto se stoppa, brusquement, se retournant avec colère.
— Non mais tu te fous de ma gueule ? Je n'ai pas arrêté de dire « non » !
L'Uchiwa pencha sa tête sur le côté avec un sourire amusé au coin des lèvres.
— Et tu marmonnais aussi des « Sasuke » entrecoupés de soupirs très suggestifs... Non, franchement, tu ne vas pas me dire que tu n'en avais pas envie ?
— Je t'ai dit que je n'avais pas le temps, souffla le blond, estomaqué.
— Mais oui...
Oh là ! Il y avait de l'abus, là.
— Je n'en avais pas envie !
— Mais bien sûr... et moi, je suis le fils caché du quatrième Hokage et d'Orochimaru, je ne te l'avais jamais dit ?
— Tu te fous vraiment de ma tronche...
— ...
— Tu me prends pour ta chose.
Le brun soupira bruyamment. Ça n'allait donc jamais finir, cette petite crise ?
— Il y a de ça, répondit-il avec provocation.
— Je rêve... comme s'il y avait écrit « uke » sur mon front.
L'Uchiwa se fendit d'un magnifique sourire, blessant.
— Il y a de ça...
— N'importe quoi.
— Ouais ouais ouais. Bon, tu te décides ? Si tu veux camper ici, dis-le, parce que je vais vraiment finir par être en retard avec toutes tes conneries. »
Avec... toutes... ses... « ses » comme « à lui », c'est ça ? ... conneries.
Complètement abasourdi, Naruto ne sut même plus quoi répondre. Son visage était encore dirigé vers Sasuke mais il s'était bloqué en mode « bug ». Longuement, le brun l'observa, en silence, ne parvenant pas à rencontrer son regard perdu dans le vide.
Puis, après un soupir, il se décida à repartir en premier, passant la porte sans se retourner pour la claquer derrière lui.
Naruto était resté immobile, figé, et dans sa tête...
Rouge.
Il voyait rouge.
Ce n'était vraiment pas la première fois que cette situation se produisait. C'était même devenu limite une habitude, maintenant, et c'en était de plus en plus insupportable, de plus en plus intolérable et face à cela, lui... il ne s'était montré que bien faible, encore. Il n'allait pas pouvoir supporter ça indéfiniment, surtout maintenant que cette mission de misère allait le forcer à rester à son contact.
Non.
Dirigeant un dernier regard rageur vers la porte par laquelle Sasuke avait disparu, il serra les poings.
En redescendant ses yeux sur le tissu imbibé de salive qu'il avait encore en main, il vit tout de même un point positif : il avait au moins retrouvé un rouleau de bandages.
Ouais, en les voyant arriver tous les deux, d'abord Sasuke affichant son habituelle moue méprisante puis Naruto énervé comme pas possible et... dîtes-lui pas que c'était vrai, il avait encore mis un t-shirt orange vif, Sakura pesta et pas qu'intérieurement.
« Belle performance. Déjà que Sasuke est arrivé cent fois trop à la bourre, tu bats tous les records là.
— Eh oh, ça va ! Tu ne vas pas te mettre à faire ta Tsunade, non plus.
— Ne fais pas ton Kakashi, alors.
— Tu es pénible.
— Tu es lourd.
— Tss... Je ne suis pas d'humeur, Sakura. »
Le blond étira ses bras devant lui tout en faisant craquer sa nuque sur le côté, en profitant pour jeter un regard noir à l'enfoiré. Franchement, là tout de suite, cette histoire de retard, il s'en foutait... royalement, complètement, comme des bandages autour de ses poignets, tiens. Il eut un léger rictus en soulevant un coin de sa lèvre supérieure, nerveux.
Sakura s'était tue, les observant tous les deux avec interrogation. Il y avait un truc, là ou quoi ?
« Et puis ce n'est pas de ma faute, ajouta le blond en déviant son regard ailleurs, de l'autre côté de la grande place qui s'ouvrait sur les portes du village.
— Ben tiens, souffla discrètement le brun. »
'Je vais me le faire...'. Naruto prépara une réplique cinglante qu'il garda entre les dents en voyant courir au loin la première de ses trois teignes de jeunes élèves, accaparant alors toute son attention d'instructeur, alors qu'elle sautillait à toute vitesse entre les toits des habitations pour finalement disparaître de sa vue.
Mais...
« Bon, on oublie ces prises de tête de retrouvailles et on part direct pour la frontière, annonça leur chef d'équipe. Je me sens clémente, ajouta-t-elle en soufflant ensuite discrètement un 'maintenant qu'on est assez à la bourre...'. On va commencer par retourner à l'endroit où l'artiste a été vu la dernière fois. J'ai eu le temps — en vous attendant n'est-ce pas — de prévoir un itinéraire et... »
Le blond n'écoutait déjà plus, zieutant un peu partout pour voir s'il ne trouvait pas ses autres disciples.
Un cri lui fit tourner la tête.
Il vit alors passer à toute allure les petites terreurs suivantes, deux mômes en pleine croissance nourris au bon ramen et élevés selon les principes du jeune Uzumaki, faisant éclater une bombe à fumigène avant de l'apercevoir et de lever leur pouce dans une position de victoire, puis de se barrer en riant... au loin... hors de sa vue... tous seuls. Naruto prit une profonde inspiration, luttant contre son énervement grandissant, et se mit à chercher partout du regard celui qui était quand-même censé être responsable d'eux, en ce moment, et il ne le trouva pas.
« Bon sang, mais qu'est-ce qu'il fout, Shikamaru ? », marmonna-t-il.
Seul le vent traversant la place lui répondit.
Il dut attendre encore une bonne minute, facile, pour voir enfin le fainéant apparaître, marchant d'un pas très... cool, tranquille-peinard-ouh-là-je-vais-me-fouler-la-cheville-si-j'accélère, tellement lentement que si ça n'avait pas été lui on se serait demandé s'il n'était pas blessé, s'arrêtant de temps en temps pour coller des parchemins manuscrits à certains endroit. En apercevant le blond, il leva la main puis éleva sa voix traînante :
« Ne t'inquiète pas, Naruto ! Tout se passe bien ! Je pose juste des pièges !
Celui-ci se retourna alors vers ses coéquipiers, l'air interdit.
— Bon, je me fais du mal, là. On va y aller, je crois, on va y aller.
Puis, il s'avança pour les dépasser et franchit les portes du village.
— Allez allez, go go go. On bouge sa graisse, les filles !
Sasuke et Sakura le regardèrent avec des petits yeux, blasés.
— Je vous rappelle qu'on a un morceau de papelard à récupérer, avec l'option cas social qui va avec, poursuivit le blond, et plus vite on en aura fini, mieux ça ira. Direction la frontière Nord !
— Et moi je te rappelle que c'est moi la chef d'équipe.
— Ouais, ouais, ne t'inquiète pas, lâcha Sasuke en lui passant devant, tu peux nous suivre si tu veux. »
Sakura fut prise d'un rire jaune.
Devant elle, les deux jeunes hommes s'étaient déjà mis en route. Elle pencha sa tête sur le côté tout en louchant sur leurs démarches souples, presque félines, et... ouais, ce ne serait pas si mal, finalement, de fermer la marche. Elle remit une mèche derrière son oreille avec un petit sourire.
Alors qu'il allait prendre appui sur ses deux jambes pour grimper sur le premier arbre, Naruto caressa de sa langue ses canines qui étaient légèrement ressorties sous l'effet de la colère et plissa un regard sombre sur le jeune brun.
« Sasuke-seme, hein ? ».
Et il s'éleva pour atteindre la première branche en hauteur au dessus de lui.
À suivre.
Prochain chapitre : La tête dans le bouillon.
