Titre : Liaisons, embrouilles et un rouleau disparu.
Auteur : Kumfu.
Bêta : Axelanderya.
CHAPITRE TROIS
La tête dans le bouillon.
Ou
« Moi, chatouilleux ? Si peu... ».
Ah, qu'est-ce qu'elle était sympa, cette mission !
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Naruto avait décidé de faire partager sa mauvaise humeur, parce que rien qu'à voir l'expression bien blasée qu'il affichait, regard abattu et mine maussade au possible, il y avait de quoi désespérer.
Depuis le premier instant où le soleil s'était levé, ils avaient repris leur trajet et pas n'importe lequel : boue, terres marécageuses, rivières glaciales entourées de bois lugubres aux immenses arbres et cette espèce de brume qui semblait ne jamais vouloir disparaître. Il avait été bien avisé de se volatiliser à cet endroit précis, monsieur le désaxé relationnel, Sai de son petit nom. Tout à ses pensées, Naruto soulevait péniblement ses pieds lourds de bouillasse fraîche, du genre qui collait bien, se glissait entre les orteils et lui faisait traîner des bottes de dix kilos à chaque fois qu'il faisait un pas.
« Saleté de mission. »
On avait là le leitmotiv du blond, non pas que ressasser ce type de pensées puisse vraiment le soulager, mais le dire lui faisait quand-même du bien et à voix haute de préférence.
« Mission pourrie ! »
Ah oui, ça détendait un peu.
Tentant de se retenir d'envoyer une nouvelle fois bouler celui qui s'acharnait à leur briser les nerfs et leur vriller les tympans, Sasuke siffla dans sa barbe. Il essayait avec difficulté de rester concentré sur sa tâche et se contentait seulement de lancer périodiquement à son collègue quelques regards noirs. Le jeune ANBU suivait les traces qu'ils avaient laissées avant de repartir avec Shikamaru, de très légères décharges d'énergie inscrites dans les écorces des arbres, reconnaissables en appuyant sa paume pour y injecter son propre chakra. En effectuant l'opération sur un grand cèdre, il releva son regard et observa l'aspect des feuilles : elles se froissèrent légèrement.
« On y est presque.
— Ce n'est pas trop tôt. »
« Ouh qu'ils étaient pénibles », pensa Sakura, encore que... elle n'était pas vraiment malheureuse, hein ? Elle se consola en reluquant au passage les dos musclés des deux jeunes hommes qui la devançaient.
Pour sa part, elle la trouvait sympa comme tout cette mission. C'est qu'ils étaient sexy en diables, ses deux coéquipiers ! Sautillant de quelques pas de manière à se mettre à leur niveau, elle lança alors discrètement un regard en coin sur la peau pâle du corps découvert, glabre, que laissaient entrevoir les vêtements d'ancien nukenin du brun et en pinça les lèvres dans un sourire retenu. Quelques rayons de soleil tombaient sur les reliefs de son torse seulement entouré de quelques bandages et ce ventre ferme sur lequel elle aurait bien passé la main. Sa tenue était parfaitement du style « mercenaire ambulant ». Seule la ceinture en corde trop caractéristique du pays du Son avait été remplacée par un lien aux motifs abstraits.
S'arrêtant brutalement en feignant de prêter oreille à un bruit quelconque sur sa gauche, elle resta ainsi quelques secondes de façon à laisser Naruto prendre un peu d'avance sur elle, puis se fixa sur son postérieur avec un petit rire intérieur de satisfaction. Il avait opté pour une tenue camouflage tout en discrétion Uzumakienne et seul le katana de taille moyenne attaché au niveau de son dos le distinguait d'un simple voyageur... si ce n'était ce t-shirt d'un orange vif qu'il avait osé mettre sur lui. Ils avaient beau être partis depuis la veille, ça lui sautait encore au visage à chaque fois qu'elle posait les yeux sur lui, l'éblouissant au passage.
Son regard descendit très légèrement...
Il avait quand-même des jolies petites fesses, musclées et rebondies juste comme il le fallait.
Ses lèvres s'étirèrent en un large sourire tandis qu'elle sentait ses yeux pétiller de contentement. Elle avait eu une bonne idée de leur laisser prendre les premières places.
Devant elle, Naruto s'arrêta. Une sensation désagréable dans son dos le fit se retourner, maussade.
« Qu'est-ce tu regardes, encore ?
— Rien rien, répondit-elle avec un grand sérieux. Je me disais juste que ton haut était beaucoup trop visible. C'est qu'on risque de se faire repérer, tu vois. Tu ferais mieux de l'enlever par précaution.
— Non mais ça ne va plus dans ta tête ? Ça ne te suffit plus de nous reluquer les fesses, tu veux qu'on se dépoile, maintenant ?
Sasuke s'arrêta pour se retourner, agacé.
— Tu nous fatigues, Sakura. Passe devant. Sérieux, passe devant.
— Ça ira, merci.
— Non non non non non. Honneur aux dames, insista le blond et il fit un signe de main de façon à lui indiquer le chemin à prendre.
— Je croyais que j'avais « le droit de vous suivre », il faudrait savoir.
— Allez, tu ne vas pas nous faire ta vexée pendant toute la mission ! Si tu te mets à prendre la mouche à chaque fois que l'asocial, là, te balance une vanne, on n'a pas fini.
— Ne t'inquiète pas pour moi, ça va très bien, merci, et puis c'est encore moi qui décide, je vous rappelle.
— Tu es lourde », lâcha Sasuke, poursuivant plus loin son exploration.
Ah ça, on commençait à le savoir, depuis le temps...
Ah ! Que les immondices du bassin à carpes de Konoha paraissaient agréables en ce moment à Naruto ! C'était sympa, en fait, les poissons : silencieux, calmes, reposants... comment avait-il pu l'oublier ? Et lui, au lieu d'être bien peinard, voilà qu'il se retrouvait à patauger dans les marais avec un authentique obsédé refoulé et une pure perverse assumée et surtout... surtout... qui pouvait bien lui expliquer en quoi son postérieur était si intéressant, hein ? Il se félicita que la nuit passée dehors avec ses deux acolytes l'un à proximité de l'autre ait pu freiner chacun dans ses démarches lubriques. Il avait pu dormir tranquille et il ne s'en plaignait pas, vues les tendances possessives de l'enfoiré et le tempérament joueur de la demoiselle.
Il huma l'air frais et revigorant du coin... et sentit son pied s'enfoncer dans un trou de terrain boueux.
« Ça me saoule ça me saoule. Tu vas le retrouver, ton coin, oui, Sasuke-la-mémoire ?
— Oh, ça va. Deux minutes. »
Pour le brun, il s'agissait de la deuxième fois qu'il revenait sur les lieux et il n'y avait pas plus de traces de Sai que la première. Le seul élément ayant changé entre temps était le relevé des points de repère qu'il avait laissés avant de repartir. Il posa sa main sur un autre arbre et regarda certaines feuilles se détacher pour tomber au sol. Se retournant vers Naruto, il échangea un hochement de tête avec lui.
Malgré la colère, ils se comprenaient toujours sans se parler. Le porteur de Kyuubi avait beau avoir envie de lui mettre sur la tronche et pas qu'un peu, il ne pouvait que constater que leur complicité était toujours présente. Le souvenir des anciennes missions et de l'enfance, de cette amitié déjà si forte entre eux, bien trop pour les deux jeunes garçons qu'ils étaient, le fit se perdre un instant dans ses pensées... avant d'être rattrapé par d'autres images, celle de la désertion du brun, de son épée levée sur lui tandis qu'il lui annonçait vouloir pendre sa vie et ce regard qu'il avait eu lors de son retour au village, ce vide... cette insupportable sensation d'avoir en face de lui quelqu'un qui avait perdu plus qu'il ne l'aurait dû, cette sensation d'échec si douloureuse.
Sakura, qui était restée sur l'échange de regards entre les deux, intervint :
« Euh... J'ai loupé quelque-chose ?
Rappelé soudainement à la situation, le blond émit alors pour toute réponse un grognement peu intelligible dans lequel on distinguait tout de même un « m'étonne pas » et « obsédée sexuelle ».
— Euh… oui... mais encore ?
Le brun caressa l'écorce, le regard toujours dirigé vers les branchages au dessus de lui.
— Les marques ne réagissent pas toutes comme elles le devraient. Celui-ci vient de perdre ses feuilles alors qu'elles auraient dû juste se froisser.
Sakura acquiesça tandis que son collègue se tournait vers un espace plus dégagé où on commençait à apercevoir une rivière entourée de rochers et de souches d'arbres morts.
— On y est. »
En s'approchant, il remonta son pantalon sur ses genoux pour retourner explorer l'eau à la recherche d'un quelconque indice. Il pénétra dans le courant glacé, sentant sa peau le picoter et s'engourdir nettement et aperçut du coin de l'œil Naruto qui prenait place au sec sur un rocher. Le blond composa alors les signes pour le multiclonage. Envoyant aussitôt une armée de ses doubles explorer les environs, il ferma les paupières afin de se concentrer sur les multiples informations qu'il allait bientôt commencer à recevoir.
Sasuke resta quelques secondes à l'observer. Les fins sillons de ses joues donnaient à son visage mature un air un peu enfantin et une ride de concentration ou de contrariété venait barrer son front.
En recevant les premières informations des clones qu'il avait envoyés explorer une faille un peu plus loin, c'est à dire « rien et comme on s'ennuyait sévère là-bas, on a préféré disparaître », le jeune Uzumaki releva son regard vers ses camarades. Sakura lui adressa alors une rapide œillade en lui tirant la langue, moqueuse.
Son visage se dérida un peu.
Elle avait beau être la pire des meilleures amies, une frangine pénible et garce au possible, une pure peste qui s'amusait d'ailleurs trop souvent à le brancher, il savait bien qu'il n'y avait rien de sérieux là-dessous. C'était juste une bouffeuse de mecs et il semblait qu'elle ne se soit pas encore lassée de lui faire payer le fait d'avoir été rejetée de leur relation avec Sasuke. Il remarqua sa main posée sur sa poitrine, tripotant, dans ce geste connu maintenant, sa cicatrice, et se tourna vers le jeune Uchiwa, le découvrant les yeux encore posés sur lui.
Naruto n'aurait pas su dire ce que reflétait cette expression dure, pensive peut-être... finalement insondable comme toujours. Les années ne lui avaient pas permis d'apprendre à lire dans les regards et sûrement pas dans les lueurs obscures de celui-ci. Il avait toujours fait confiance à son instinct. Il se savait capable de faire les bons choix et avait fait le deuil depuis longtemps déjà de pouvoir comprendre l'être sombre qui occupait ses pensées, tourmentait son âme et s'emparait de son corps. Aussi loin qu'il se souvienne, Sasuke avait toujours eu cette attitude un peu possessive, violente et maladroite envers lui, un peu désespérée aussi... tout comme ce jour où il s'était soudainement emparé de ses poignets pour l'embrasser, brutalement. Cela faisait alors plusieurs mois que le brun était revenu à Konoha et que chacune de ses interventions auprès de lui aboutissait à une bagarre absurde et inutile. Il avait cette sensation désagréable de n'être toujours pas sorti du combat qu'ils avaient débuté des années auparavant... et que rien ne pourrait être accepté de sa part tant que l'issue n'en aurait pas été décidée. Il fallait un vainqueur et il se refusait autant à l'être qu'à en céder la place à Sasuke.
Pourtant, il avait été tellement heureux en apprenant la nouvelle de son retour et il se souvenait encore de la sensation de vertige, de la façon dont son cœur s'était emballé et de la joie. Il en avait planté sa mission et ses coéquipiers pour rentrer au village et... était resté bloqué en le découvrant hagard, paumé, assis la tête dans les mains dans l'obscurité de sa demeure familiale. Et à l'intérieur de ses pupilles, ce vide insupportable...
Il lui avait alors envoyé son poing dans la figure.
Bien sûr, Sasuke avait répliqué immédiatement et un affrontement stupide avait suivi, utile dans un sens parce qu'ils en avaient besoin et cruel également parce que rien ne les avait préparés à se retrouver de cette manière, pas à cet endroit en tout cas, pas à l'intérieur du village et si tard, bien trop pour Naruto pour qui ce regard éteint était le pire des échecs... et la situation avait dégénéré. Les premiers mois avaient alors eu le goût de la culpabilité, du sang dans la bouche et de la sueur, du combat comme seul moyen de s'exprimer.
Quoi qu'il fasse, il ne parvenait pas à franchir la muraille que le brun avait dressée autour de lui. L'un des deux devait plier et il savait que ce ne pouvait être que lui.
Alors, un jour, tandis que son dos percutait le mur contre lequel Sasuke venait de le projeter, il avait ressenti cette envie de souffler, de respirer, peut-être seulement quelques secondes et de se laisser chuter, juste un peu, si peu, presque rien... et il avait cédé. Il n'avait fait que baisser sa garde en attendant le coup qui ne manquerait pas d'atterrir sur son visage en emportant sa joue et en l'envoyant manger le mur.
Ça lui avait fait mal, cette façon soudaine dont Sasuke s'était jeté sur lui pour s'emparer de ses lèvres, le mordant dans l'empressement de son geste.
Il pouvait presque encore en ressentir le goût du sang.
Cet acte avait été tellement surprenant, brutal et bizarre qu'il n'avait pas su réagir et était juste resté muet devant l'expression trouble, inconnue, qui lui avait alors fait face. Ils n'en avaient jamais parlé ensuite et cet évènement avait juste marqué la fin de leurs affrontements, une trop grande proximité physique entre eux ayant une allure de dangerosité.
La voix de sa coéquipière le sortit de ses pensées.
« Alors, Naruto, du neuf ?
Il fit disparaître ses derniers clones.
— Que dalle.
Puis, il sauta de là où il était pour rejoindre ses compagnons.
— Bon, il n'y a rien, ici, on ne va pas y passer la nuit. Sakura, on fait quoi ?
Celle-ci avait rejoint la berge pour poser sa carte sur un rocher et était en train de la consulter, pieds encore dans l'eau.
— Sasuke ?
Le jeune-homme leva le regard vers elle.
— D'après toi, il est passé où, l'artiste ?
— Aucune idée. Trahison, enlèvement, homicide... ou accident... encore que dans ce cas on aurait retrouvé son corps ou du moins une partie.
— C'est d'une finesse...
— Il y a aussi le fait que le rouleau ait disparu. Si quelqu'un s'en est pris à lui, on peut considérer qu'il était au courant de notre mission et, à priori, je ne vois pas comment. S'il a disparu de son propre chef, c'est une trahison. Point barre.
— Ton avis ?
— Aucun.
— Merci de nous éclairer de tes lumières... Bon, on va là, montra-t-elle en posant le doigt sur le papier. C'est le village le plus proche. »
Naruto s'approcha de manière à regarder la carte et en profita pour enlacer la jeune femme en posant la tête sur son épaule.
C'était doux, une fille...
Il profita quelques secondes de sa chaleur avant de gémir douloureusement en se recevant un coup de coude sans les côtes.
« Sakura, tu es dure...
— Tu prends des risques à me coller. »
Comme si elle ne passait pas son temps à essayer de le tripoter... Franchement, Naruto en arrivait à se dire que, de par son caractère et son attitude envers lui, la demoiselle était décidément autant brute et dominatrice que Sasuke et... oui, dans un sens, Sakura aussi était « seme ». Son sang se glaça à cette pensée.
« Bon, reprit-il en essayant d'évacuer cette idée absurde de son esprit, là, il y a un bar pour voyageurs. J'y ai mes entrées.
Le brun rejoignit la berge et vint lui aussi jeter un œil sur la carte.
— Un village frontalier. On aura des informateurs à bon prix. »
Les deux autres acquiescèrent et ils se remirent en route.
Si le fait d'aller dans ce genre de patelin était loin d'être inhabituel pour les deux jeunes hommes du groupe, il l'était très certainement pour leur capitaine. Sakura participait à pas mal de missions à l'extérieur du village mais c'était le plus souvent en tant que médic-nin et, généralement, elle était celle qu'on escortait. Elle avait donc plus l'habitude de côtoyer les grands de ce monde et ses semblables que les déchus de la société que l'on rencontrait dans ce genre de coin sinistre et pour le coup, il fallait dire qu'il y en avait de beaux, ici.
En traversant le village, elle remarqua l'allure vide et impersonnelle des rues, caractéristique des lieux de passage.
D'un hochement de tête, Naruto l'invita à les suivre à l'intérieur de l'immense bâtisse servant d'auberge et de boîte à beuverie où ils venaient d'arriver. Elle en avait rarement vue d'aussi déprimante et obscure. En poussant les pans de toile épaisse qui masquaient la porte, le blond leur imposa toutefois encore un coup sa mauvaise humeur.
« Et ne me foutez pas la honte. »
Ouh là ouh là ouh là... À peine avaient-ils passé l'entrée du bâtiment qu'une bouffée de fumée grise s'en échappa, se faufilant entre eux pour finir sa course pile poil dans les tréfonds des narines de la délicate. Hum... Sueur crasse et champignons entre les orteils, mais que c'était plaisant. Elle tira la langue en essayant de se convaincre qu'elle avait là une formidable occasion de travailler ses aptitudes à l'apnée et s'encouragea mentalement : « Hauts les cœurs, poulette ! »... On y va. Ah, dans le style « repère de petites frappes en tous genres », ils étaient tombés sur une perle, oui ! Ce soir : concours de belles gueules. Il faut dire qu'elle avait rarement eu l'occasion de voir autant de balafrés, borgnes, faces de travers et lèvres fendues, avec en cadeau-bonus de vraies têtes qui faisaient vraiment peur, sur le coup, du genre avec qui on n'avait pas vraiment envie de rigoler. Pour combler le tout, les trois-quarts des clients se retournaient sur leur passage pour... mais oui, elle avait bien vu : saluer de la tête le jeune Uzumaki.
Ah bravo la discrétion !
Elle repéra tout de suite l'escalier sombre du fond de la pièce, descendant vers un étage souterrain d'où s'échappait une lumière rouge, noyée dans une fumée épaisse et qu'elle supposa abriter un commerce illicite. Elle se retourna avec un regard suspicieux vers son petit blondinet préféré qui s'était déjà accoudé au comptoir à côté de son ténébreux de collègue et observait l'état de la salle. Il promenait un regard concentré, les paupières à demi fermées de manière à s'habituer à la pénombre ambiante, mâchonnant une aiguille fine qu'il avait glissée entre ses lèvres dans une mimique peu rassurante.
Elle lui souffla du coin de la bouche :
« Au fait, on n'avait pas parlé de discrétion, génie ?
— T'inquiète.
— Et toi, Sasuke, tu ne lui dis rien ? Tu es souffrant, peut-être ? », lança-t-elle en se retournant vers ce dernier avec un sourire... avant de tirer une petite tronche.
Et bien sûr que tout le monde l'avait aussi reconnu ! Même s'ils n'avaient pas eu de geste familier envers lui, les clients du bar lui avaient également jeté un œil, sauf que pour lui, les mines n'étaient pas sympathiques mais plutôt méfiantes à l'extrême. Du coup, elle se vexa un peu que personne ne la reconnaisse. Mince, elle était quand-même la disciple de la cinquième Hokage ! La meilleure médic-nin reconnue depuis celle-ci !
Une voix s'éleva depuis une table voisine.
« Sasuke, Naruto, Sakura... ça fait longtemps ».
Ah, tout de même ! En se retournant, elle découvrit une silhouette sombre, entourée d'un manteau épais dont la large capuche était tirée de manière à cacher les traits de son interlocuteur. Plongeant sa cuillère dans le large bol du bouillon de légumes et de pâtes qu'il dégustait, il en aspirait lentement le liquide dans un bruit qu'elle jugea proprement écœurant. Il lui sembla reconnaître sa voix... quoique plus rauque, presque... maladive.
Naruto fronça les sourcils.
« On se connaît ?
— Tu as bien grandi, Sasuke. J'avoue être surpris de te voir avec ces deux là.
L'homme releva alors le visage et une faible lumière vint éclairer une peau blême, luisante sur sa joue, presque décollée par endroit, comme des... écailles.
— Kabuto. »
Naruto frissonna.
Ce dernier n'ignorait pas la situation de cet ancien déserteur d'Oto, immonde créature de par ses actes et aujourd'hui marqué jusqu'à son faciès. Les expériences qu'il avait pratiquées sur son propre corps l'avaient laissé tellement handicapé qu'il n'était même plus question de le considérer comme un quelconque adversaire. Il avait toutefois réussi à se refaire une réputation dans un autre domaine, non moins dangereux pour autant : celui de l'information. Le retrouver ici n'était donc pas une surprise mais le voir ainsi avec Sasuke, tout simplement... « lui » avec « Sasuke »... Il en eut un rire nerveux. Déjà que sa relation avec le brun ressemblait à une mélasse informe mêlant rivalité, désir, culpabilité, rancœur, frustration et tant d'autres sentiments non-dits, il n'aurait plus manqué qu'une étincelle de la part de Kabuto pour le faire péter un câble, du genre en invitant l'ami Kyuubi à la fête, tant qu'à faire, et il n'avait même pas à expliquer pourquoi. C'était viscéral et incontrôlable. En y repensant, il ne lui avait toujours pas refait le portrait à celui-ci, encore que... restait-il quoi que ce soit à démolir sur cette face malade ?
En entendant les paroles suivantes : « Pas trop dur de te traîner ces boulets ? », le dernier neurone actif du blond sauta tout seul. L'instant d'après, le visage du traître plongeait dans son bouillon.
« Il a dit quoi, le cloporte ?
Un « bloub » lui répondit alors que Naruto le maintenait dans le liquide.
En observant négligemment se débattre celui qu'elle considérait comme une des pires ordures qu'il lui eut jamais été donné de rencontrer, Sakura siffla son mépris avant de s'adresser tranquillement à l'énervé du coin.
— Eh bien, tu prends vraiment la mouche, toi, en ce moment.
Sasuke s'assit d'une fesse sur la table et descendit un regard pensif sur la scène. En relevant le visage, il planta ses pupilles sombres, inquisitrices, dans celles de son compagnon.
— Je ne te savais pas du genre à profiter du handicap des autres...
— C'est vrai que ce serait plutôt ton style.
— Exploiter les faiblesses de son adversaire, c'est la base pour un ninja. Tu devrais le savoir.
— On n'a jamais eu la même interprétation de ce point.
— Chacun sa façon de voir les choses... tout comme chacun sa place, d'ailleurs : tant que tu restes à la tienne, ça ne me dérange pas, se permit-il de rajouter avec un sourire fin, amusé.
Naruto se raidit devant la provocation dissimulée.
De son côté, Sakura était restée fixée sur le déserteur d'Oto et l'observait en train de gesticuler, quelques pâtes venant voltiger autour de lui.
— Euh... les gars...
— Je vais faire comme si je n'avais pas compris ton allusion, Sasuke.
Se contentant d'un très léger sourire, le brun ne prit pas la peine de poursuivre ce petit échange et Sakura les interpela.
— Dîtes... Il ne va pas manquer trop d'air ?
Personne ne lui répondit.
— Euh... Naruto, tu es sûr de vouloir le laisser la tête là-dedans, insista la jeune-femme.
— Ben euh... Je ne sais pas. J'ai surtout agi sans réfléchir, en fait.
— Comme d'habitude, ironisa le brun.
— Je t'ai demandé ton avis ?
— Bon, les mecs, c'est bien sympa vos petites conversations, tout ça, mais il ne faudrait peut-être pas non plus le laisser là-dedans trop longtemps.
Le blond la regarda simplement, les yeux vides.
— Naruto... Quand quelqu'un fait des bulles et qu'il gesticule de cette façon, c'est qu'il ne respire plus.
— Je sais.
— Il a une excellente réputation en tant qu'informateur.
— Je sais.
— Tu vas nous le crever, on va être bien après ça.
— Mais non, il va très bien ! affirma-t-il en relevant la tête de ce dernier pour lui donner quelques petites tapes sur ses joues devenues encore plus pâles. Regarde, il reprend des couleurs !
Après une violente quinte de toux de nature à faire valser l'estomac de la jeune-femme du groupe, l'homme encapuchonné leva un regard marqué mais acéré sur eux. Son visage était encore décoré d'herbes, de quelques pâtes et de petits légumes. Un silence lourd se fit avant qu'il ne reprenne la parole.
— Je suppose que vous voulez des renseignements sur l'ex-membre de la racine qui a disparu ?
'Trop fort la capacité du village à garder un secret...'
Fier de son petit effet de surprise, Kabuto se permit de prendre le temps de s'essuyer lentement le visage avec sa serviette, puis leur fit signe de s'assoir.
— Vous buvez quelque-chose ?
— Un thé nature pour les deux coquettes, là, dit le blond, et un saké pour moi.
— Un verre d'eau, soupira la jeune femme en tâchant de passer au-dessus du fait que son imbécile d'idiot d'abruti de coéquipier se permette de picoler en mission.
— Un saké... double dose, rectifia le brun en se frottant les paupières du bout des doigts, irrité.
Ne parlons même pas de la mine que fit alors Sakura...
L'homme aux cheveux grisonnants fit signe à l'un des employés pour qu'il s'occupe de la commande.
— Alors, tu traînes dans le coin, maintenant ? reprit Sasuke.
— Par ici, par là... Ça dépend.
— Tu n'es pas gêné de te présenter devant nous, en tout cas, fit remarquer Sakura. Tu sais qu'on devrait t'arrêter ?
— Disons que je peux vous être utile.
— Il parait que tu es devenu un des indic's les plus demandés.
— Le meilleur, oui, mais le plus cher, aussi.
— Combien ?
— Une nuit avec la demois...
Un « plouf » vint ponctuer la fin de sa phrase.
— Naruto !
— Ben quoi ?
En relevant le crâne du traître de son bol, le blond adressa un regard plein d'incompréhension à sa collègue : il venait pourtant de prendre sa défense ! De son côté, Sasuke n'avait pas bronché et les clients autour d'eux continuaient à agir comme s'ils n'avaient rien remarqué.
— Combien ? le relança le brun.
— Alors juste avec le petit bl ..., débuta à peine Kabuto avant de terminer par un retour dans son plat.
— Naruto...
— Mais tu as vu ce qu'il allait dire, Sakura ? Il est maso, ce type ! Il était en train de me chercher, tu l'as entendu, hein ?
— Mais non, il a dit « alors juste... » et on n'a pas compris la suite.
Elle était sourde ou quoi ? Par désespoir, le blond se tourna vers Sasuke et le vit alors esquisser un très léger sourire, presque imperceptible, de ceux qu'il connaissait pour précéder un de ses coups bas.
— Je n'ai rien entendu non plus.
L'enfoiré...
— Et toi tu le laisses faire ? lança leur supérieure à ce dernier.
— S'il devient vraiment tout bleu et que l'imbécile, là, ne se décide pas à réagir, j'interviendrai.
Le jeune Uzumaki grogna en relâchant Kabuto qui crachota à nouveau sur la table.
— Imbécile toi-même.
— En tout cas, je suis bouche-bée devant ta méthode de récolte d'informations, Naruto, commenta la demoiselle.
— Au moins, on ne passe pas quinze plombes à négocier.
— Ah oui, à coup de « bloub » et de « gaa », on va aller loin, c'est sûr...
Elle se fendit d'un sourire franchement moqueur.
— Allez, ça va !
En se tournant vers le déserteur d'Oto, Sakura s'approcha de lui pour lui souffler dans l'oreille, avec une sensualité amusée.
— « Juste » quoi, alors ?
Comme Kabuto ne réagissait pas, elle reprit :
— Juste un petit soin... gratuit, ça te dis ? Je te remets la face en place, un petit décapage cutané et je m'occupe aussi de ta jambe qui brinqueballe. C'est d'accord ?
Un hochement de la tête lui répondit.
— Brave gars. »
Les trois ninjas de Konoha prirent alors place autour de lui pour l'écouter.
En gravissant les escaliers menant au dernier étage, Naruto se laissa aller à exprimer ses interrogations.
« Elle ne serait pas un peu détériorée, sa vue, en prime ?
Sasuke le suivait silencieusement.
— Parce que pour le coup des nuages « roses », poursuivit-il, il a fumé plus que ses parchemins, le Kabuto, non ? Ils sont rouges, les nuages, pas roses.
Aucune réponse ne lui parvient et il se passa une main sur le front, se le massant, lentement.
— En tout cas, quand on écoute sa description : « deux personnes planquées sous des chapeaux à guirlandes en papier et des manteaux à nuages roses », on a de quoi se poser des questions, surtout sur le fait qu'ils aient pu venir l'interroger avant nous sur la disparition de Sai.
Encore une fois, aucune parole ne sortit des lèvres du brun.
— Quant à ce qui s'est passé tout à l'heure près de la rivière... avec les marques, celles que tu avais laissées sur les arbres, ça pourrait être en relation, non ?
Devant le « charmant » silence de son compagnon, le jeune homme retint le « réponds, connard » qui le démangeait très fortement de balancer à la figure de celui-ci.
— Enfin... Si l'Akatsukette est aux fesses de l'artiste, on n'est pas rentrés, c'est moi qui te le dis ! »
'Mais il ne répond jamais, cet abruti ?'
Le jeune Uzumaki s'arrêta devant l'encadrement de la porte pour souffler profondément et se retourna vers Sasuke qui avait le regard perdu au sol, songeur. Pendant un instant, il eut envie de laisser tomber cette histoire de mission pour lui parler, lui dire ce qu'il ressentait quitte à éclater complètement, mais il ne sut pas comment s'y prendre et son cerveau fatigué ne put élaborer ne serait-ce que l'ombre du début d'un morceau d'une phrase. Alors il se contenta de soupirer et se retourna en pénétrant dans la chambre qu'ils avaient prise pour la nuit.
« Toujours sympa de discuter avec toi, Sasuke. »
Derrière lui, le jeune Uchiwa releva les yeux et s'arrêta à l'entrée de la pièce, cessant un temps de laisser vagabonder son esprit pour prendre appui sur le montant de la porte et observer le blond, sa démarche et la façon dont la lumière du soir s'accrochait aux mèches autour de son visage... et l'expression maussade qui y était encore nettement affichée. Puis il le suivit à l'intérieur, lentement.
Plus tard, alors que Sakura traînait son corps las pour rejoindre ses compagnons, elle observa la lune à travers une des fenêtres du couloir : elle était encore haute. Naruto devait donc être dans son premier tour de garde, c'est à dire sur le toit à surveiller les environs, et Sasuke dans leur chambre, seul, en train de roupiller... d'un œil, probablement.
Seul...
Prise d'un profond accès de bâillement, elle se lamenta sur la séance de soins qu'elle venait de donner : longue, épuisante, physiquement comme nerveusement, perturbante également. Elle se secoua un peu. Son jeune et tentant « mollusque asexué » de collègue était là et l'occasion était à prendre. Il aurait été vraiment stupide de sa part de ne pas en profiter. Discrètement, elle entra donc dans l'obscurité de la pièce tout en veillant à faire le moins de bruit possible. Au fond, la couche de Naruto n'était pas encore défaite et celle de Sasuke ressemblait à un amas de couvertures entassées sur lui.
Tendant l'oreille, elle tenta d'écouter à sa respiration s'il était endormi et... pour le coup, il était quand même drôlement silencieux. Elle donna un coup de pied dans les draps.
Personne.
Il lui foutait quoi, le bulot ?
Et allez ! Il ne manquait plus que lui aussi prenne la poudre d'escampette, tant qu'on y était. Se précipitant vers la fenêtre, elle sauta sur son encadrement pour le chercher plus loin du regard et ne le trouva pas. Elle se retourna ensuite de manière à prendre appui des mains sur le rebord du toit qui était juste au dessus de sa tête et se hissa sur la pointe des pieds pour y jeter un œil. La nuit était assez claire et elle aperçut rapidement le blond patrouillant, seul, lui tournant le dos... et pas de Sasuke.
Elle était en train de parcourir minutieusement des yeux les différentes pentes de l'édifice quand elle fut attirée par le visage de Naruto qui venait de jeter un coup d'œil furtif sur le côté. Elle le suivit immédiatement du regard. Il y avait... ouais, il y avait bien quelque chose, là bas.
Concentrant alors son chakra dans ses yeux pour affiner sa vision, elle tenta de distinguer ce dont il s'agissait et ...
Pas possible.
Elle recula un instant son visage en clignant des yeux.
'Tu es trop fatiguée, poulette, tu as des hallucinations...'
Puis, elle se fixa à nouveau sur la scène et... en apercevant alors ce qu'il lui semblait bien avoir vu une première fois, elle ne put que plaquer la main sur sa bouche dans une expression de stupeur.
À suivre.
Prochain chapitre : Qui veut la peau des fesses de Sasuke Uchiwa ?
