Titre : Liaisons, embrouilles et un rouleau disparu.
Auteur : Kumfu.
Bêta : Romeowyn.
Un grand grand grand merci pour toutes les reviews pour le chapitre précédent.
Un gros bisou à Romeowyn pour son excellent boulot de bêta sur ce chapitre et à Opelleam pour toute sa précieuse aide.
Le chapitre est là, trop long à mon avis mais on fait ce qu'on peut, avec tout plein de YAOI ! et une remarque quand même : le début de ce chapitre comporte une petite entorse à toute fiction yaoiste qui se respecte, je le reconnais, mais qui a le mérite d'avoir fait beaucoup rire son auteur (désolée...). Vu que je crois avoir prévenu dès le début et même plus que pas assez, je suppose que ça devrait passer. N'ayez pas peur…
Bonne lecture !
CHAPITRE SIX
L'effet de la petite fiole
Ou
« Mais il parle ? »
Sakura aimait jouer à la petite chimiste : sélectionner des plantes, expérimenter certains mélanges, chercher à obtenir un résultat particulier et puis tester ses créations sur des bestioles, des rats, des animaux domestiques ou... certains amants, aurait-elle peut-être avoué en sifflotant, le regard ailleurs... Oh, il ne s'agissait là de rien de bien méchant, bien sûr, rien qui ne fasse prendre de réels risques à ses pauvres cobayes, mis à part une vague sensation de malaise, quelques sueurs froides ou... deux jours d'intenses vomissements, aurait-elle reconnu en grimaçant d'un air gêné, levant les yeux au ciel. Oh le beau nuage. Sur ce coup-là, elle s'était quand-même sentie « un petit peu vachement mal », mais bon, elle s'était débrouillée pour se faire pardonner, aurait-elle éventuellement précisé, en sifflotant encore, avant de décocher un immense sourire, clairement amusée par son propre comportement.
En tout cas, l'activité était drôlement distrayante. Après de nombreux essais, bidouillages en tous genres et emprunts de cobayes pas vraiment avertis, elle était parvenue à la formulation d'un certain nombre de potions diverses, certes efficaces, mais aussi inodores et insipides, tout en étant suffisamment concentrées pour pouvoir les stocker dans de tous petits et très discrets récipients, ce qui était primordial. Elle en avait présenté quelques-unes à Tsunade, gardé d'autres pour son usage personnel et se retrouvait aussi à réaliser parfois certaines commandes que pouvaient lui passer les quelques ninjas mis dans la confidence.
Même si, en tant que médic-nin, elle travaillait bien évidemment sur les produits d'usage médical, ce qui l'amusait le plus était d'en créer d'autres à usage nettement plus... frivole, dira-t-on, si vous voulez tout savoir. Elle avait donc réussi après moult essais infructueux à mettre au point un breuvage de désinhibition ultra-concentré pour une petite Hinata dont le visage d'un rouge fumant avait alors vraiment valu le coup d'œil, une pommade de brûle-au-corps, telle qu'elle l'avait appelée, sorte d'irritant qui rendait au bout de quelques heures insupportable le contact de quoi que ce soit sur la peau, à commencer par les vêtements, clairement destinée à un pervers non assumé qui s'était avéré être, tenez vous bien, Gai Maito... cependant elle le lui avait fait payer très cher et lui avait demandé en prime des photos de ses victimes, histoire de rigoler un peu, et enfin... le summum du summum... la création qui l'avait faite le plus rire et dont la simple pensée pouvait encore la faire pouffer en recrachant par ses trous de nez son thé pour peu qu'elle soit en train d'en boire : un filtre... « spécial yaoi »... pour Kakashi. Aaaah. Pour le coup, elle le lui avait fait gratos. Franchement, non, c'était beaucoup trop rigolo : un plan pareil ne pouvait pas se compter en ryos. Non. Elle lui avait juste demandé le nom de sa victime en échange et... oh oui, l'information en avait valu la peine ! Ça avait été trop bon. L'accord qu'ils avaient ensuite passé avec le célèbre jounin libidineux avait juste porté sur le fait que, la prochaine fois qu'il voudrait qu'elle lui en prépare une fiole, ce serait moyennant quelques photos, histoire de joindre l'utile à l'agréable, même si elle n'avait pas prononcé ces derniers mots. Ah, rien que pour des moments pareils, ça valait le coup de se laisser aller à ce genre de petites activités certes peu reluisantes mais carrément marrantes !
Qui ignorait encore que Sakura était une pure fangirl doublée d'une yaoiste perverse ?
À force de recherches et de tentatives plus ou moins hasardeuses, elle était enfin parvenue à concevoir ce qu'elle qualifiait de sa plus belle œuvre d'art : ce liquide hautement concentré qu'elle stockait chez elle dans son petit coffre secret. Il s'agissait de ce fameux produit qu'elle avait emmené en mission et qui avait fini dans la bouteille d'alcool que Sasuke avait, dans un moment d'égarement tout à fait surprenant, d'ailleurs, descendue en un nombre de goulées impressionnantes. Pour le coup, Mademoiselle Rose en avait pâli d'inquiétude et avait dû se rassurer en se disant que, normalement, un ninja de son acabit devait être plus ou moins immunisé contre les produits, certes toxiques mais nécessaires, dont elle avait rempli la fiole, il ne risquait donc rien de trop grave... normalement. Hein qu'il ne risquait rien de grave, pitié, hein ? M'enfin, vu comment il était parti en syncope ensuite, il avait été bien remué, le bestiau.
Dans un frisson, elle l'entendit geindre faiblement.
Ça faisait maintenant un certain temps qu'elle veillait sur lui et il ne s'était toujours pas réveillé. Il n'allait pas bien, là, c'était le moins que l'on puisse dire et il faisait des cauchemars. On pouvait s'en douter par le mouvement de ses yeux qu'on devinait roulants sous ses paupières.
Elle caressa doucement sa joue.
Sasuke faisait peine à voir. Sa respiration était hachée et irrégulière, son corps trempé de sueur et il tremblait, gémissant dans le rêve douloureux ou le délire qu'il était en train de vivre. Quelques tressaillements agitaient de temps en temps ses épaules, ses doigts frémissaient, son visage se tournait parfois brusquement et, sous ses paupières, des images défilaient, des sons, des souvenirs insupportables...
Une brume gênant sa vision, se dissipant progressivement...
Un feu noir finissant de s'éteindre en consumant les bois environnants et là, là, juste devant lui...
Ces yeux blanchis...
Le visage de son frère. Ses cernes profonds, ce putain de sourire qu'il avait eu avant de mourir, ses derniers mots... La cruelle réalité de la mort. Le sentiment de solitude, plus qu'il ne l'avait jamais connu… la douleur qu'il croyait déjà avoir vécue à son paroxysme et qui se révélait plus forte, plus insupportable encore, le manque, la culpabilité, la sensation d'avoir perdu plus qu'il ne l'aurait cru.
La colère qui ne suffisait même plus à apaiser la souffrance.
Un atroce mal de crâne le prit et il releva les mains pour enserrer sa tête en se recroquevillant. Il ressentit alors une présence à ses côtés et se retourna vivement dans un gémissement de besoin. C'était une peau, chaude, si chaude, contre laquelle il se blottit.
Sakura passa une main dans ses cheveux ébène et eut un doux sourire en entendant son soupir d'apaisement. Bon sang ce qu'il était beau, ce connard, quand il cessait enfin de jouer au dur. Elle posa sa main sur son torse et s'amusa du tremblement lascif qui le secoua.
Ses lèvres se tordirent dans une pure grimace de lubricité, un peu coupable mais bon, et elle voulut vérifier à quel point sa potion avait pu être efficace. Juste un peu, elle posa alors un doigt sur la peau pâle et l'y fit glisser, lentement, plissant de petits yeux curieux le long de l'épiderme découvert, repoussant le drap qui le couvrait pour suivre le ventre aux abdominaux tendus et... poursuivit son chemin juste un peu en dessous, juste là où... moui. Elle releva sa main précipitamment pour la reposer sur sa poitrine.
Le gémissement fiévreux que venait de pousser le brun lui fit monter un fard aux joues et elle se rallongea sur le dos, un peu crispée.
Bon ben... voilà, quoi.
Nerveusement, elle tapota ses mains, ses doigts se cognant les uns contre les autres.
Il fallait dire que c'était Sasuke, hein ? Il avait beau avoir réagi juste comme il le fallait à ses petites manigances de kunoichi perverse, elle se retrouvait bloquée sans trop savoir que faire. Enfin, si, bien sûr qu'elle le savait, oui, mais bon, hein ?
Mais bon.
Franchement, pourquoi avait-elle accepté cette mission, aussi ? Pourquoi avait-elle mis ce produit dans sa bouteille ? Après tout, Tsunade ne l'avait pas forcée, même si elle considérait que lui demander un truc pareil avait vraiment été un sale coup de sa part. Était-elle devenue si soumise, en tant que kunoichi, au point d'avoir tant de mal à envisager de ne pas tâcher d'accomplir la mission qui lui était donné ? Pourquoi était-elle allée aussi loin, déjà ? Et que ferait-elle, maintenant, de ce jeune homme étendu auprès d'elle ? Qu'est-ce qu'elle croyait ?
Quand elle y repensait, elle n'avait, en tout cas, pas dit oui à son maître dans l'espoir stupide de vivre quoi que ce soit de transcendant avec Sasuke, voire « quoi que ce soit » tout court. Elle n'était pas non plus débile à ce point. Depuis bien longtemps, maintenant, elle n'était absolument plus amoureuse de lui, enfin pas de la même manière. Bien loin de son attirance de midinette de treize ans, ce qu'elle ressentait aujourd'hui était beaucoup plus fort, une affection profonde et rare qu'elle n'avait que pour lui et pour Naruto, pas vraiment du genre qu'on laisse de côté pour une partie de jambes en l'air.
Non, le truc c'était que... bon, en fait, déjà, quand sa patronne lui en avait parlé, ben... oui, elle avait bien dû reconnaître que, à priori, à part elle, pour faire ce boulot... il n'y avait personne.
D'une, Sasuke se foutait royalement de toutes les « greluches », comme il le disait, qui lui tournaient autour, ce qui lui avait d'ailleurs valu de se faire remercier par la rosette plus d'une fois pour sa délicatesse sachant qu'elle-même avait donc fait, au moins un temps, partie de cette catégorie à la douce appellation. C'était toujours sympa à savoir. Quant à Naruto, si toutefois il ne caressait pas le désir caché de se faire greffer un utérus, il ne possédait pas les attributs nécessaires à ce type de boulot. Que ce soit dit. En tant que « femelle », du coup, elle était donc la seule à qui le ninja nébuleux montrait parfois, même très vaguement et de manière hautement infime, qu'il avait bien de l'« affection » pour elle. Hou le grand mot pour un être dont la froideur détestable s'était plus que généralisée ces dernières années !
De deux, parce que, et sa patronne le savait bien, elle avait effectivement en sa possession deux-trois potions de sa fabrication qui pouvait bien lui être utiles dans de telles circonstances.
Et en « troize », parce que cette mission tombait pile dans la bonne période pour elle. Pile.
Là, on avait la part raisonnée. La part ninja-esque. La part d'elle-même qui la faisait accepter aisément toutes les missions qu'on lui confiait, persuadée que, si Tsunade le lui demandait, elle devrait l'accomplir. La part qui ne ressentait pas.
Toutefois, sa décision n'avait pas été prise sur ce type de considérations. Au-delà de la logique de la bonne kunoichi qu'elle s'efforçait d'être, elle ne pensait pas que Konoha ait vraiment besoin d'être repeuplé de petits bambins au sharingan, même si leur Hogake y semblait attaché, il ne fallait pas exagérer. Par contre... comment dire ?
Il lui était venu une idée un peu bête, du genre qui passe par la tête, comme ça, on ne sait pas trop pourquoi mais... Juste comme ça, voilà, elle avait pensé que, maintenant que Sasuke n'avait vraiment plus aucune famille, ce qui l'avait d'ailleurs fait encore plus se refermer sur lui-même et... dépérir, peut-être que, pour lui, ce pourrait être « bien ». Enfin, elle ne pensait absolument pas sérieusement que ce soit à des mômes de le sortir de cet état, mais... quand Tsunade lui avait demandé de réfléchir à cette mission de rang S, elle n'y était pas vraiment parvenue. C'était resté flou et trop bizarre dans sa tête et elle avait été autant parasitée par cette envie de faire autre chose de son propre corps que ce champ de bataille qu'il était en train de devenir que par cette idée saugrenue mais persistante que, pour le brun, ce serait peut-être « bien ». C'était mal de penser que ce pourrait être bien, pour lui ? Qu'il y avait peut-être un espoir qu'il se remette à "vivre", qu'il puisse trouver un but ou au moins un intérêt à son existence, quelque chose qui ne serait ni la haine qui avait guidé ses pas si longtemps, ni le vide couvert de tristesse dans lequel il se complaisait dorénavant ? S'était-elle tant trompée, dans son raisonnement ?
S'il n'y avait pas eu Naruto ou, au moins, si elle avait pu l'ignorer.
Non mais sérieusement, une petite séance de galipettes avec un beau gosse aux hormones fortement échauffées, même de manière non naturelle, pourquoi pas ? Pourquoi pas ? Elle ne cracherait pas dessus, allons... mais de là à débaucher un « gay » dont il paraissait maintenant évident que sa relation avec le blond dépassait largement le simple stade de l'envoyage en l'air, c'était autre chose.
Elle eut un rire nerveux.
Comme si elle allait trahir les deux êtres qu'elle aimait le plus au monde. Elle se sentit vraiment stupide d'avoir, même dans un temps de profonde ivresse, imaginé une seule seconde qu'elle serait capable d'aller au bout de cette mission... quoi qu'elle se disait qu'elle n'avait pas vraiment pensé, en fait : elle avait juste agi en petit soldat.
Dans un gémissement, Sasuke remua et elle fut tirée de ses réflexions en le voyant s'éveiller doucement.
Son esprit était en train de se reconnecter.
Il n'était pas seul.
Ce fut le premier élément qu'il intégra de son environnement. Un corps était tout près de lui et il ressentit le besoin de s'en rapprocher. En s'étirant pour le toucher plus intensément, son membre durement tendu effleura la peau chaude et il en gémit dans son demi-sommeil. Une fois, deux fois, il revint chercher ce contact renversant, sans parvenir à comprendre ce qui lui arrivait alors que le visage de la demoiselle prenait une expression de plus en plus prodigieusement crispée. Un frottement, encore un autre... Il était tellement perdu. Pourquoi avait-il l'impression de chuter dans un gouffre sans fin ? Il se sentait tourbillonner désagréablement et essaya d'entrouvrir les paupières, mais le monde valsait trop vite autour de lui, le plafond tournait, le silence de la pièce était trop irréel. Paumé, avec une sensation de perdre pied, il rechercha alors avec plus d'avidité encore que le contact contre son sexe la présence rassurante de ce corps chaud, lâchant une plainte en s'y blottissant comme un enfant.
La main qui se posa alors doucement sur son bras le fit soupirer profondément.
« Naruto... »
'Euh... Pas vraiment', pensa la jeune fille...
— Naruto, Naruto... »
D'accooord... Au cas où elle aurait encore eu le moindre doute sur l'importance du jeune blond pour Sasuke, il venait d'être totalement dissipé. Elle finit par se tourner contre lui pour enserrer, d'un geste protecteur, ses épaules.
« Calme, souffla-t-elle doucement.
— Naruto... ».
Le jeune homme était grelotant. De la sueur perlait sur son front, sa respiration était devenue irrégulière et, parce que son nez frôla la peau douce, il y enfouit plus profondément son visage, trouvant le creux d'un cou dans lequel il se sentit rassuré. Les mains sur lui l'apaisèrent, la caresse lente le ramena petit à petit à un calme intérieur et il soupira de soulagement. En se blottissant plus près encore de la source de chaleur, il sentit de nouveau bien malgré lui son sexe l'effleurer et en gémit plus fort, l'esprit ailleurs, provoquant un sourire totalement coupable-gêné-dîtes-moi-qu'il-ne-va-pas-ouvrir-les-yeux-tout-de-suite chez la personne contre laquelle il se serrait. La peau halée de son amant l'appelait et il voulut la toucher, poser sa paume sur son torse ferme et chaud. Sa main se leva, doucement, et se plaça délicatement sur la poitrine imberbe du blond...
La forme ronde qui s'y trouva soudain le fit s'arrêter en position « bug ».
Ses yeux s'ouvrirent et, en tombant sur la grimace plus que profondément crispée de sa collègue, il s'éloigna dans un grognement.
« 'tain, Sakura, t'es lourde... Je suis gay. »
'Et gné gné gné je suis lourde'. La demoiselle râla intérieurement. On allait le répéter à chaque fois ou quoi ?
Nerveusement, le brun gigota puis s'assit d'un coup, brutalement, le drap glissant de son corps avant qu'une violente décharge douloureuse dans sa tête le force à se rallonger tout aussi vite. Hou là ! Son dos se cogna contre le sol. On aurait dit qu'on venait de lui transpercer le crâne de part en part.
La jeune femme l'observa. Il ne portait maintenant plus que son pantalon léger et, mal à l'aise d'être allongée ainsi contre lui, elle se redressa pour enserrer ses genoux, ses cheveux roses retombant sur le côté de son visage. Son regard sur le jeune homme était doux et rassurant.
« Où est Naruto ?
— Je crois qu'il est resté avec Suigetsu.
— Et merde... »
Sasuke tenta encore de se relever, mais il suffisait qu'il se remette même très légèrement en position verticale pour que sa tête le lance violemment. Un gémissement de douleur lui échappa et Sakura en grimaça de culpabilité. Il fallait dire qu'il avait tellement bu que ce soit de l'alcool ou de cette potion qu'elle y avait versée que, forcément, ça ne pouvait pas aller. D'un geste sec, le jeune homme tira le drap qui gênait ses mouvements pour le jeter de côté et elle dut serrer plus fortement ses genoux de manière à se protéger du froid soudain. En la découvrant à moitié dévêtue, il fronça nettement les sourcils mais, ayant trop mal, étant trop malade, il ne chercha pas à avoir d'explication ou même à réfléchir. Un très, très, très vague « Sakura, reine des perverses » traversa bien un peu son esprit, mais fut rapidement balayé par la seule personne qui occupait à l'instant son esprit.
Naruto.
« Où est-il ?
— Il doit y avoir une autre chambre plus loin dans le couloir.
— Imbécile d'abruti blond. »
En se hissant sur les bras, il sentit aussitôt son crâne pulser douloureusement, comme si de minuscules aiguilles s'y enfonçaient sans relâche. Les nerfs à vif, il serra fort les poings, tâchant de supporter la souffrance presque intolérable. De grosses gouttes se formaient maintenant sur son front. L'impression de manquer s'évanouir à chaque seconde, il parvint toutefois à se relever en s'agrippant des deux mains au mur et à faire quelques pas vers la sortie. Plusieurs fois, ses genoux se dérobèrent et, aux halètements, se mêlèrent des grincements de douleur. Ne sachant plus que faire, la jeune fille le suivit des yeux dans son entreprise titubante jusqu'à ce qu'il parvienne enfin à ouvrir la porte et à se jeter dans le couloir, une sueur froide perlant sur tout son corps. La souffrance se répercutait jusque dans son regard.
Quand il disparut, elle laissa tomber son visage sur ses genoux et glissa sa main le long de sa gorge jusqu'à cette cicatrice qu'elle n'avait pas été capable d'oublier. Ressentait-elle encore de l'amertume ?
C'était quoi être une kunoichi ? Laisser ses sentiments de côté et n'agir que dans le but d'accomplir une mission, non ?
Alors qu'est-ce qu'elle foutait, là ?
Elle se rallongea sur le dos. Le froid la piquait encore, mais elle ne se sentait plus la force de bouger pour tirer le drap vers elle. Il aurait pourtant suffi d'un geste.
Dans un bruit lourd, Sasuke se vautra misérablement par terre, ajoutant à la douleur et à la sensation, ô combien sympathique, de faire vraiment n'importe quoi, un tout aussi charmant sentiment d'humiliation. Il grogna avant de s'appuyer contre le mur, tremblant quand il se redressa pour reprendre son avancée. La souffrance était violente, mais celle qui remuait ses entrailles, la peur irraisonnée qui le tenaillait, le poussait en avant.
La pensée qu'il avait rarement été aussi lamentable lui arracha un rictus nerveux.
Naruto était vraiment le pire des points faibles.
De la lumière filtrait au bout du couloir et il poussa brutalement la porte en l'atteignant, manquant la faire s'encastrer dans le mur tant son geste avait été violent. Le mal de cheveux lui faisant froncer fortement les sourcils, il entrouvrit les yeux sur la peau hâlée du blond qui s'offrit à son regard, son dos dénudé apparaissant en plein alors qu'il était allongé sur le ventre, là, en gros devant lui, la joue appuyée contre sa main et ses grands yeux tellement surpris et, adossé à la tête du lit, Suigetsu en train de se mordiller le bout du doigt.
D'un coup, Sasuke se jeta sur le nukenin.
Naruto se releva précipitamment.
« Mais qu'il est con.
— Lâche-moi ! »
Sasuke avait crié, démesurément comme l'imbécile qu'il était, alors que le blond venait de le saisir par les avant-bras, le forçant à se débattre de manière parfaitement stupide, oui, certes, mais il faisait ce qu'il pouvait, là. Cependant, lorsqu'il sentit le jeune homme retomber sur sa poitrine et le poids de son corps contre le sien, sa peau, sa chaleur, son souffle, ah... il se tendit de tout son être et ce fut un gémissement lascif qui s'échappa de sa bouche.
Enfer et damnation.
Il détourna direct le visage.
Naruto resta figé de stupéfaction. Hou là hou là hou là... Il avait bu au point d'avoir des hallucinations ou quoi ?
Bon déjà, qu'est-ce que ce phénomène ambulant de Sasuke avait bien pu s'imaginer en débarquant ? D'accord, il était torse nu mais il faisait bien ce qui voulait et ce n'était pas du luxe vue la chaleur de la pièce. Ceci dit, lui et Suigetsu étaient vêtus et il fallait vraiment être aveugle pour ne pas se rendre compte qu'ils étaient plus en grande conversation qu'en plein ébat. Le brun semblait être d'ailleurs en train d'atterrir, là, bien qu'avec un temps de retard, idiot d'alcoolique fini qu'il était. Quant à cette masse dure qu'il sentait contre son aine et surtout la façon dont le brun s'était troublé, l'émoi qui avait traversé son visage, la sensualité avec laquelle il venait de se pâmer... bon sang, c'était un rêve ou quoi ? Naruto en fut tellement sidéré qu'il en relâcha sa prise et Sasuke fuit alors si précipitamment son contact qu'il en glissa du rebord du lit où il se tenait, se raccrochant vainement aux draps qui vinrent avec lui lorsqu'il se ramassa pathétiquement au sol.
Du jamais vu...
Ravalant sa fierté déjà bien malmenée, l'Uchiwa leva sur le ninja aux dents pointues un regard chargé de colère
« Qu'est-ce que tu essayes de faire ?
— Eh oh ! Tu crois quoi ? Je suis assis dans ma piaule, je cause. Si ça t'excites de te faire ton blond dans la violence, vas-y mais ne me mêle pas à ça. »
La pensée fugace d'encastrer la tête du nukenin dans le mur pour ces paroles traversa l'esprit du brun, mais il avait autre chose à faire, ne serait-ce qu'essayer de calmer cette saleté d'élancement qui s'opérait dans son crâne. Son dos se posa contre le sol, sa tête cherchant le contact horizontal du parquet. Profondément, il expira l'air de ses poumons et la douleur se fit moins forte. Le visage du blond fit alors lentement son apparition au dessus de lui, les mèches claires précédant un regard incrédule, suivie d'une expression ahurie de toute beauté qui enfonça encore le clou sur la façon dont Sasuke se sentait minable, là.
Entre le lit et la porte d'entrée, un large espace les séparait des premiers meubles. Le brun se détourna pour prendre le temps de découvrir les lieux. Quatre des fameuses épées qu'avait convoitées le nukenin étaient appuyées contre un mur, soit deux de plus que celles qu'il avait eues en sa possession lorsqu'ils s'étaient vus pour la dernière fois. Une table basse, entourée de tatamis, était couverte de documents, juste à côté d'étagères pliant sous le poids de nombreux rouleaux et un immense aquarium éclairait le plafond d'une lumière froide.
Naruto glissa avec prudence sur le bord du matelas de manière à y poser les fesses et regarda suspicieusement celui qui venait encore de s'illustrer en tant que roi des pénibles, toutes catégories confondues.
Sasuke.
Sasuke.
Sasuke.
Le visage fermé, ce monument de complexe de supériorité venait de se ridiculiser comme Naruto ne l'avait encore jamais vu le faire et était couché en ce moment au sol, les doigts agrippés à un coin de drap sans s'en être rendu compte. De toute évidence, ce bâtard possessif avait voulu le retrouver... mais l'avait repoussé ensuite, bien sûr, tremblait maintenant de douleur, fragile, vulnérable, affichant une expression de profond énervement malgré une excitation plus qu'évidente, ne réclamant pas, forcément, n'expliquant rien, comme d'hab', le tout teinté d'un restant de fierté totalement superflu.
« Sasuke. Tu sais que c'est un euphémisme de dire que t'es pas vivable ? »
Un rire nerveux, bref et amer, lui répondit et Naruto ne put s'empêcher d'en ricaner doucement.
Plus tôt dans la soirée, Sakura était brièvement revenue les rassurer sur l'état de l'éthylo-comateux qu'elle avait dû coucher et Karin et Juugo étaient allés se pieuter. Naruto s'était donc retrouvé seul avec Suigetsu avec qui ils avaient continué à échanger quelques « politesses », avant de partir sur une conversation d'ivrognes avec option déprime pour le blond. Il sentait d'ailleurs déjà qu'il le regretterait pour le restant de ses jours, surtout quand il avait à moitié pleurniché sur l'épaule de son camarade de beuverie en se plaignant que Sasuke ne faisait de toute façon que lui « sauter sur le cul ». Dites lui qu'il n'avait pas vraiment dit ça, hein ?... Résultat, après quelques lamentations que le nukenin avait d'ailleurs écoutées d'une oreille plus qu'amusée, ce dernier l'avait invité à venir boire le petit restant de saké qu'il avait apparemment planqué discretos dans sa chambre et Naruto, alias le-premier-qui-me-dit-que-j'ai-une-tête-de-uke-je-lui-démolis-la-tronche, avait fini par refaire le monde et expliquer que, quand il serait Hokage, il ferait une loi pour que tous les ninjas pas sympa, les garces perverses et surtout les semes qui prenaient leurs fesses pour un trophée royal soient interdits de séjour au village.
Pourvu que Suigetsu souffre d'amnésie le lendemain.
Et pourvu que lui aussi.
Dans un rictus désespéré, ce dernier évacua vite fait ces pensées pour se concentrer sur le brun, ses yeux noirs qui lui apparurent brillants et ne sut définir s'il s'agissait de fièvre, d'envie ou d'émotion. Cette espèce bizarre de Sasuke Uchiwa masquait maintenant avec tellement de talent ses sentiments que même pour lui... ou peut-être particulièrement pour lui, d'ailleurs, c'était une mission double S de piger ce qu'il pouvait bien penser. Le blond se laissa captiver par la profondeur de ses pupilles troublées et si ouvertes à lui, comme s'il pouvait y trouver des réponses aux questions qu'il se posait. Même s'il pestait, même s'il se répétait après chacune de leurs étreintes que « plus jamais », il savait bien qu'il n'était pas vraiment prêt à les refuser, parce que le brun était alors bien plus humain qu'il ne se l'autorisait le reste du temps... et qu'il avait besoin de le voir ainsi.
« Naruto... »
Un faible gémissement venait de s'échapper des lèvres de Sasuke et le jeune blond en fut surpris.
— Qu'est-ce qui m'arrive ? murmura-t-il comme pour lui-même.
— Tu as bu comme un trou, répondit Suigetsu.
— Ça ne suffit pas. Qu'est-ce que tu as mis dans le saké ?
— Rien. Qu'est-ce que tu crois ? On en a tous bu. Assume un peu tes cuites. »
Après un regard noir, Sasuke se détourna du déserteur. Il était difficile de distinguer ce qui avait pu se passer. Ils avaient tous tellement bu... Leur taux d'alcoolémie ayant bien faiblement diminué, il était encore loin d'être suffisamment redescendu, à cette heure, pour qu'ils puissent retrouver leur capacité de réflexion. S'ils la retrouvaient ! Il y avait de fortes chances qu'ils aient du mal à se souvenir du déroulement de la soirée le lendemain. Ça avait été n'importe quoi de se saouler ainsi.
Il reposa les yeux sur Naruto. Celui-ci le dévisageait, la tête penchée sur son épaule. Calmement, le jeune Uchiwa se laissa apaiser par la vision des mèches dorées et la façon légère dont elles glissaient sur la peau mate, avant que son bassin ne se rappelle brusquement à lui, le faisant se mordre les lèvres pour résister à la soudaine décharge d'envie. Il en frappa le sol du poing.
Ce devait être une punition divine.
Après un léger rire, Suigetsu se releva.
« Bon, je crois que je vais aller squatter le lit des amoureux. Ils me feront bien une petite place entre eux. De toute façon avec le ventre de Karin, j'ai l'impression que les galipettes acrobatiques, ce n'est plus trop d'actualité. »
Un large sourire amusé avait découvert ses dents pointues et il regarda les deux jeunes hommes, savourant une dernière fois la distraction d'avoir rencontré ce fameux blond qui s'était avéré être si marrant et, surtout, d'avoir pu connaître un Sasuke qu'il n'avait jamais eu le loisir de découvrir, si délicieusement idiot et ridicule dans son comportement avec Naruto. Il eut un regard brillant de reconnaissance et hocha la tête d'une manière de dire « merci, j'ai trop rigolé, c'était trop bon », puis se dirigea vers la sortie, levant seulement la main en guise de salut :
« Et ne me salopez pas les draps ! »
Puis il passa la porte très satisfait de sa dernière moquerie.
Une fois le déserteur parti, Naruto soupira longuement. Étendu sur le parquet au pied du lit, une main encore crispée sur le tissu qu'il avait entraîné avec lui, Sasuke avait presque l'air tout choupi dans sa vulnérabilité surprenante. Ses mèches ébène se collaient à son front en sueur, ses lèvres étaient légèrement gonflées, sa peau frissonnait de froid ou de malaise et tout son être semblait en proie à une perte de contrôle qu'il avait rarement vue chez lui.
« Qu'est-ce qui t'arrive, connard ?
Malgré le terme insultant, la phrase avait été dite avec douceur, teintée d'une pointe d'inquiétude et le brun leva les yeux sur lui. Sa bouche tremblait faiblement.
— Je ne sais pas.
Naruto le regarda avec méfiance. Qu'est-ce que c'était encore que ce plan pourri ?
Les lèvres de Sasuke se tordirent dans une mimique de désir douloureux et il tenta de se redresser pour attraper la main de son amant, mais ce dernier la retira.
— Qu'est-ce que ce tu manigances encore, avec ta gueule de bois ?
— Et toi, qu'est-ce que tu vas encore t'imaginer, avec tes « je vois le mal partout » ?
Son crâne le lançait toujours régulièrement.
— Naruto...
Les sourcils du blond se froncèrent et Sasuke sentit son ventre se contracter.
— J'ai envie...
— Non. »
Ses paupières se fermèrent un instant. Au moins, ça avait le mérite d'être clair.
En reposant le regard sur le visage de Naruto, le brun se sentit mal à l'aise à cause de son expression dure et trop méfiante. Le bleu de ses yeux était tâché d'une colère latente qui le dérangeait, non pas qu'il ne puisse pas en comprendre les raisons, mais parce-que ça ne lui ressemblait pas. S'il y avait une faculté qu'il estimait chez son ami, il s'agissait notamment de sa capacité à régler les problèmes sans pour autant s'y attarder : il criait vite, ne mâchait pas ses mots, usait de ses poings s'il le fallait mais, une fois la situation calmée, il passait à autre chose. Il était capable d'exploser brutalement, puis d'éclater l'instant suivant d'un de ces rires que rien ne semblait vraiment pouvoir altérer... sauf depuis quelques temps.
Dans son esprit, les questions qu'il s'était posé plus tôt dans la journée tournaient toujours et il avala douloureusement sa salive en considérant qu'il allait peut-être encore lâcher des paroles qu'il risquait de regretter. Ah, les joies de la post-cuite...
« Pourquoi est-ce que tu ne souris plus ?
Et voilà, c'était sorti, de but en blanc comme ça. Le blond en recula le visage de surprise.
— Sasuke..., geignit-il.
En plus, le brun était vraiment en train d'attendre une réponse à sa question sortie d'il ne savait où. Naruto eut un moment d'incompréhension avant de poursuivre d'un ton ferme :
— Je ne suis peut-être pas heureux... Peut-être parce que tu me pourris la vie. Ça te fait plaisir de savoir que tu as autant d'emprise sur moi ?
Ses grands yeux bleus s'étaient élargis et ils restèrent un long temps à s'observer, rendant la situation plus inconfortable encore.
— Souris un peu, finit enfin par grogner Sasuke, tranchant le silence. Ce n'est pas en faisant la gueule et en t'énervant à tout bout de champ que tu deviendras Hokage.
— Ni en te servant de jouet sexuel, rétorqua le blond.
— Ni en couchant avec moi. Tu as tout compris. »
Ces derniers propos agacèrent profondément Naruto, mais il n'eut pas envie de les relever. La lueur qui avait pris place dans son regard était glaciale.
Sasuke tiqua, gêné.
Quoi qu'il dise, le blond ne s'énervait ces derniers temps que toujours plus violemment. Il ne voulait pas reconnaître qu'il lui cédait plus que facilement et qu'il aimait au moins autant que lui ces étreintes auxquelles aucun n'était capable de résister. Il disait « non », « oui », le désirait, le repoussait, l'insultait en permanence... et si le brun était parfaitement conscient que la façon dont il se comportait avec lui y était pour beaucoup, il se sentait malgré tout dépassé.
Doucement, son visage se tourna, son regard se perdant dans le vide.
Au-delà de la poussière qui s'était répandue depuis l'effondrement de l'entrée de la grotte, Sasuke chercha à retrouver une odeur qu'il connaissait, celle de la peau hâlée tout contre lui, le parfum enivrant d'une chair gavée de la chaleur du soleil.
Un violent soupir souleva sa poitrine.
« Qu'est-ce que tu attends, Naruto ? »
Si ses paroles avaient été presque inaudibles, le blond en fut néanmoins décontenancé.
Penaud, troublé, il ne sut pas quoi dire et passa les doigts sur son visage, massant la peau. En les faisant entrer dans sa chevelure, il baissa les yeux sur ceux du jeune homme qui étaient fixés sur lui.
Sans trop savoir pourquoi, il se laissa alors glisser du bord du lit jusqu'à se retrouver assis au sol. Son regard dériva distraitement sur la peau pâle, se promenant sur la poitrine découverte, cette chair touchée et caressée maintes fois, ce corps si souvent étreint mais jamais possédé. La vision du tatouage serpentant sur son avant-bras lui provoqua un petit pincement au creux du ventre, tout comme lorsqu'il regardait la marque maudite à la base de son cou, et il les évita pour s'attarder sur l'insigne de l'ANBU qui avait été inscrite sur son épaule, représentant au moins une trace qu'ils avaient en commun.
Et là, autour de son cou, ce collier.
Trois maillons larges attachés par un lien fin.
Celui que portait Itachi.
Celui avec lequel il était revenu, fermé, plus froid que jamais et repoussant avec tant d'acharnement les êtres gravitant autour de lui... et ce malgré tout ce que Naruto avait essayé de faire pour lui, obstinément.
« T'es vraiment con, lâcha-t-il tristement.
Le brun leva un regard interrogatif mais ne répondit rien, n'ayant de toute façon pas vraiment de quoi le contredire, quel que soit le sujet qui le faisait s'exprimer ainsi.
— Tu sais, reprit Naruto, si j'avais vraiment cru que tu ne cherchais qu'à me baiser, je ne t'aurais pas laissé faire. Dans un sens, je suis responsable : je t'ai toujours tout pardonné, quoi que tu fasses, aussi loin que tu ailles et tu le sais, tu en profites. J'ai eu tort. Ça ne peut pas marcher tout le temps comme ça. Je ne sais pas si tu as tellement besoin que je sois là pour toi de cette façon mais... ce que je sais, c'est que tu as besoin de mon poing dans ta gueule... comme moi du tien dans la mienne. On a toujours avancé comme ça tous les deux.
Il soupira profondément.
— Qu'est-ce qui te fait peur, Sasuke ? »
Aucune réponse ne lui parvint.
Au plafond, la lumière bleutée que renvoyait l'aquarium bougeait très légèrement avec les mouvements de l'eau.
Comme englué, le temps continua à s'écouler de manière insupportable, lourd et pesant, et Naruto sentit la lassitude l'envahir. Posant alors un doigt sur le torse de Sasuke, il s'évada un peu, laissant son esprit dériver au gré des courbes qu'il parcourait.
'Toi'.
Ce fut la réponse qu'il formula dans sa tête à la question que lui avait posée peu de temps avant Sasuke.
'Qu'est-ce que tu attends ?'
'Toi'.
Il eut un sourire triste et bascula le crâne vers l'arrière, le posant sur le matelas.
Dans son esprit, ce « et qu'est-ce qu'on ferait ? » que le jeune brun avait crié aux anciens membres de son ancienne équipe était encore en train de tourner, tout comme cette phrase qui était ressortie dans la bouche de Karin, sur ce « quelqu'un qui l'attendait ».
'Tu es revenu pour moi ?'
Combien de fois avait-il pensé à la question sans vraiment la poser... pas clairement, en tout cas, même s'il l'avait sous-entendue, mais Sasuke lui avait toujours refusé une réponse sincère. Il avait dû dire vrai, ceci dit : il ne savait probablement pas bien lui-même pourquoi il avait pris cette décision et ne devait surtout pas vouloir se le demander. Ces rares mots qui lui échappaient, parfois, tout comme les quelques gestes attentifs voire tendres qu'il pouvait avoir, auraient pu suffire à rassurer Naruto sur ce qu'il représentait pour le brun, mais les paroles cassantes qui les recouvraient tellement rapidement ne faisaient qu'entretenir le trouble dans lequel il se trouvait. À force, il ne le supportait plus. Il avait besoin de « voir » plutôt que de « penser que », de « savoir » plutôt que « de se dire » et... d'être sûr, un peu, de pouvoir reposer son esprit.
Avec un lourd soupir, il ramena lentement le menton pour poser le regard sur Sasuke.
Il se sentit soudain se briser intérieurement.
Juste à l'instant...
Le masque de mépris venait de se fêler.
Son pouls s'accéléra.
Le visage du brun était... ouvert... tellement... et ses pupilles comme transparentes... vides, incroyablement vides, pourquoi ?
Son sang se glaça et il se demanda si la faiblesse présente de Sasuke était liée à cet état ou si les mots qu'ils avaient eus l'avaient à ce point troublé. Une vue directe sur le fond de son âme semblait lui être offerte et Naruto sentit son souffle se couper en se retrouvant alors face à ce qu'il ne voulait pas voir, au reflet de ses propres angoisses qui s'y étaient matérialisées.
À l'intérieur des yeux sombres, les blessures étaient restées béantes, la peine et le désespoir ne s'étaient qu'enkystées et la souffrance qui y régnait était tout ce qu'il n'avait pas su empêcher.
Sa respiration se fit laborieuse et il dut ouvrir la bouche plus largement pour chercher l'oxygène qui lui manquait... et il eut peur, peur de ce qu'il voyait au fond des orbes noirs, peur de ce gouffre dans lequel il avait l'impression de sombrer, peur que Sasuke se brise juste devant lui... et de ne pas être capable de rattraper les morceaux.
Lentement, les lèvres pâles se séparèrent et la poitrine du blond en devint compressée. Le temps devait être en train de s'arrêter parce que chaque infime mouvement sembla se dérouler au ralenti et la chair ne bougea que de manière irréelle, appelant l'air alors qu'un mot... était sur le point de se former... puis se referma dans un silence.
La gorge de Sasuke se contracta comme s'il chassait une boule qui s'y serait coincée et... sa bouche trembla très légèrement lorsqu'elle s'ouvrit une seconde fois.
« Et si tu meurs...
Le ton du brun était distant et trop sérieux.
— ... je fais quoi ?
La terre devait avoir bougé puisque Naruto dut s'agripper au sol pour se rétablir intérieurement.
Un courant d'air glacé remonta le long de sa colonne mais il ne se permit pas de flancher, pas maintenant, pas alors que Sasuke s'était ouvert comme il ne l'aurait fait pour personne d'autre et que la réponse qu'il attendait était si importante.
Le poing de Naruto se serra, ses poumons expulsèrent lentement un mince filet d'air et, lorsqu'il reposa ses yeux sur le visage du brun, son regard était redevenu totalement assuré.
— Tu continues à vivre, que je sois là ou non... et tu as intérêt à te trouver un autre petit uke avec qui profiter de ton temps, sinon je te promets que je reviens d'entre les morts pour te botter le cul.
Un léger sourire, tendre, prit place sur son visage alors qu'il finissait sa phrase, mais le brun était resté autant fermé qu'il pouvait l'être, au point de l'inquiéter nettement.
— Sasuke ?
— Allez, ça suffit comme ça, Naruto. Ça suffit...
Le brun avait plaqué les mains sur son propre visage.
— J'en ai marre de tout ça...
Un rire nerveux lui échappa.
— Tu ne veux pas me faire jouir, plutôt ? Je n'en peux plus. Je veux juste... penser à autre chose. »
Ses doigts glissèrent dans ses mèches noires et s'y crispèrent et, lorsqu'il ajouta d'une voix presque brisée « je suis en train de craquer », Naruto se sentit prêt à éclater aussi.
Longuement, le silence se fit, plus lourd encore que ce qu'il avait pu être auparavant, et le blond posa sur le jeune homme qui venait de se dévoiler ainsi à lui un regard aussi perdu qu'empli de regrets, ne sachant pas ce qu'il devait ressentir. Dans les yeux sombres, un peu paumés, un peu humides, il ne vit plus que la lassitude et le trouble qu'il ressentait aussi lui-même, aucun d'eux ne sachant plus que dire ou que penser.
Les mots n'avaient pas dû être faits pour eux.
Naruto se mordilla un peu les lèvres et lui adressa un sourire doux en songeant à quel point ils avaient toujours été nuls lorsqu'il s'agissait de se parler. Il ne chercha alors plus à comprendre et se contenta seulement d'écouter son corps.
Lourdement, il se laissa tomber sur celui de Sasuke.
Son nez se nicha dans le cou pâle, ses bras s'étendirent de chaque côté de ses épaules et la mise en contact de leurs peaux l'une contre l'autre lui apparut comme le plus naturel des gestes d'apaisement. Allongé de tout son long sur le jeune homme, il s'y laissa peser et se fondit dans la sensation reposante qu'il ressentit et qui devint plus forte quand une main chaude se posa sur son dos.
Peau contre peau.
L'épuisement était en train de les gagner.
Se mêlant au frémissement liquide de la pièce, le souffle léger de leurs respirations emplit l'air. Aucun autre son ne venait troubler l'ambiance calme qui régnait et... alors que Naruto se serrait contre le corps du brun, le gémissement qui émana bien malgré lui de ce dernier le fit relever son visage. Il prit soudain conscience de la masse dure sur laquelle il s'était allongé et eut un léger rire, peut-être à cause de la fatigue nerveuse. Avec un regard amusé, il pressa juste un peu son bassin sur celui de Sasuke et observa la façon dont celui-ci se tordit. Il ne sut pas reconnaître s'il s'agissait d'envie ou de douleur, mais le brun semblait en tout cas avoir atteint sa limite de tolérance physique.
Il se redressa pour s'assoir sur ses cuisses.
Un doigt se posa sur sa poitrine, traçant quelques ondulations le long de la peau en descendant progressivement, jusqu'à se placer en haut de la bosse visible du pantalon.
« Ça te fait mal ? demanda-t-il en tapotant sur l'endroit incriminé.
Le jeune brun tressaillit et acquiesça d'un air douloureux.
— Je n'en peux plus.
— Tu sais que ça peut être grave de rester trop longtemps comme ça ?
Sasuke se contenta de le regarder silencieusement.
— Tu veux que je m'occupe de toi ?
La voix de Naruto était douce.
— Tu ferais ça ?
— Je ne sais pas, répondit-il en titillant le membre plus qu'agacé. Pourquoi est-ce que je ferais quelque chose comme ça pour toi ?
Sa main glissa le long de la chair durcie tandis qu'il observait la façon dont les orbes noirs se troublèrent.
— Ça me plait de te voir comme ça », fit-il simplement remarquer.
Lentement, il posa sa paume à plat sur le torse pâle, ses doigts largement écartés comme s'il cherchait à en ressentir la plus grande étendue possible. Dans son regard, une ombre masculine et profondément troublante avait pris place, au point que le brun s'en sentit mal à l'aise. Le visage de ce dernier affichait un mélange de légère inquiétude et d'attente lascive que Naruto trouva délicieusement craquante.
Sasuke était mignon aussi, en mode « uke ».
Un petit rire lui échappa et il se dit seulement qu'il ne devrait jamais exprimer à voix haute une telle pensée. Il parcourut de sa paume les reliefs du corps sur lequel il était assis et se délecta de la façon dont la respiration de celui-ci s'accéléra. Quelques soubresauts le secouèrent et, quand les doigts du blond roulèrent juste un peu trop fort autour un téton, sa tête partit sur le côté dans une tension que Naruto trouva fascinante.
« Tu veux que je te suce ?
Sasuke eut l'impression d'émerger.
— Hein ?
— Tu veux ?
— Tu me le ferais ?... Sérieusement ?
— Tu en as envie, non ?
Le jeune homme haussa les sourcils, ayant du mal à croire à la proposition et son esprit ne fonctionnant plus vraiment normalement de toute façon, à cause du mal de crâne, des restants de l'alcool, de la limite nerveuse atteinte et... de tout ce qui s'était passé.
— Tu veux venir dans ma bouche ? insista le blond.
Sasuke frémit un instant avant de grogner :
— Tu m'excites à dire des trucs pareils. Si tu ne veux pas le faire, ne le dis pas. J'ai déjà assez mal comme ça.
— Je suis sérieux.
Les yeux noirs s'écarquillèrent avec incrédulité.
— Tu ne me l'as jamais demandé, fit remarquer Naruto.
Le brun haussa une épaule.
— Tu n'aurais pas voulu.
— Qu'est-ce que tu en sais ?
Sasuke resta interdit.
— Tu ne sais pas demander, reprit le blond. Tu ne sais ni donner ni demander, Sasuke. Tu ne sais que prendre... de manière agressive, comme ça, au moins, ça t'évite de te dire que c'est quelque chose qu'on aurait pu te donner.
Le visage de Naruto s'assombrit un instant, puis il conclut :
— Laisse-toi faire. »
Le ton était ferme et Sasuke fut perturbé par ces mots qui étaient d'habitude les siens. Une impression désagréable s'empara de lui mais, quand les mèches dorées frôlèrent sa peau, de légers baisers descendant le long de son corps, tout ne fut plus que vapeur éphémère à l'intérieur de sa tête. Naruto mordilla la peau de son ventre et releva un regard rieur sur lui. Il se sentait hésitant et... et puis voilà quoi, il n'avait jamais pris son sexe dans sa bouche. Il rit doucement.
« Je ne sais pas si je vais y arriver.
Sasuke souffla de frustration, amusé cependant. Ah oui. C'était vrai. Il avait failli oublier à quel point le blond pouvait être un boulet.
— Allez, je te le fais tout le temps... Tu ne vas pas me dire que tu ne sais pas comment t'y prendre. »
Naruto eut une petite moue, mais dut bien reconnaître qu'il disait vrai. Il s'approcha de la chair tendue du brun et... en ouvrant ses lèvres juste autour du membre gonflé, il plongea les yeux dans ceux fébriles et eut encore envie de jouer un peu.
« Tu veux que je le mettre dans ma bouche ?
Un gémissement d'agacement lui répondit mais Naruto ne s'y arrêta pas.
— Tu veux que je te suce ?
— Oui... oui, bon sang.
Le blond pouffa un peu et caressa lentement de sa main le membre en érection, faisant se tordre le brun.
— Tu veux que je pose ma langue dessus ?
En joignant à peine le geste à la parole, il déposa juste un tout petit peu de salive sur la chair chaude, faisant soupirer son amant avant qu'il râle une nouvelle fois, frustré.
— Naruto...
— Sasuke, ça m'excite de te voir comme ça...
— Non mais tu veux ma mort ?... C'était moi que tu disais être « pas vivable », t'en es bien sûr ?
Le blond plissa des yeux amusés.
— Tu sais qu'on peut finir à l'hôpital pour un truc pareil ? insista le brun.
— Je sais.
— Je n'ai pas envie d'aller voir Sakura pour me soigner.
Naruto éclata de rire et Sasuke le suivit presque en même temps.
— Je t'assure que je ne serais pas rassuré, reprit le brun.
— Tu exagères.
— Tu ne sais pas de quoi elle est capable.
— Tu ne devrais pas parler comme ça de Sakura.
Sasuke leva les yeux au ciel. La naïveté du blond était décidément à inscrire dans les annales de Konoha.
— Naruto ?
Dans un petit « hmm ? » exprimant très bien la façon dont il était en train de planer, ce dernier releva un regard interrogatif.
— Si tu ne fais rien pour moi, laisse-moi me débrouiller tout seul parce que c'est vraiment en train de devenir un problème, là.
Le jeune homme sourit encore un peu puis ses yeux bleus se remplirent de douceur, se perdant ensuite un peu dans le vague quand il reprit la parole.
— C'est quelque chose que je te donne, Sasuke, pas parce que tu es dans cet état ou que j'attends quoi que ce soit en retour. Je te le donne, c'est tout. Je veux juste que tu le saches. D'accord ?
Le brun hocha la tête et Naruto finit dans un souffle.
— Fais-moi confiance. »
Le visage du blond descendit sur la chair qui l'attendait et... enfin, Sasuke sentit la douleur s'estomper. À la sensation d'un souffle chaud, une humidité grisante venait de se répandre et les quelques mouvements de langue qu'il ressentit le firent soupirer autant de plaisir que de soulagement. L'envie d'en avoir plus le tenaillait encore et, quand les lèvres vinrent capturer son membre, sa main rechercha la chevelure blonde et s'y glissa, se serrant quand le mouvement de succion remonta lentement jusqu'au dernier bastion de chair qui se fit aspirer un peu fort.
C'était bon.
La douleur n'était déjà plus qu'un lointain souvenir.
Sous ses doigts, la caresse des cheveux clairs l'étourdissaient, sur son corps les mains douces le faisaient fondre et sur son sexe... un plaisir indicible était en train de se répandre, le laissant haletant. De longs soupirs émanaient de sa bouche et, quand le blond plongea plus profondément encore sur la longueur de sa chair, il tressaillit en laissant échapper un gémissement prolongé, le faisant alors ouvrir des yeux bien ronds sur ceux, surpris, qui venaient de se relever sur lui. Un doux sourire ourla la bouche de Naruto et le brun se rappela pourquoi il ressentait tellement le besoin de l'envoyer bouler en temps habituel : parce que cette expression sur son visage, la lueur de son regard et tout ce qu'il était et qui le rendait si troublant n'étaient que trop susceptibles de l'atteindre, tellement facilement...
Il gigota nerveusement, mais la bouche qui revint l'envelopper ne lui laissa pas la possibilité de formuler d'autres pensées.
Son souffle se fit irrégulier.
La tension sexuelle qui lui avait été insupportable auparavant devint le noyau d'une jouissance rare, montant avec une intensité presque insoutenable, et il s'abandonna aux mouvements de mains et de langues, de bouches et de palais, aux rythmes irréguliers, aux doigts jouant autour de ses bourses durcies, les massant délicatement... appuyant sur la peau juste derrière, sur ce point qui pouvait engendrer des sensations inconnues et... Sasuke saisit brutalement le poignet qui avait osé s'aventurer un peu trop loin.
Son crâne se redressa et, si la douleur avait recommencé à y pulser violemment, son regard resta profondément ancré dans celui du blond.
Naruto ne cilla pas.
« Laisse-moi te toucher.
— Je ne veux pas que tu essayes de...
— Je ne te baiserai pas. Laisse-moi juste te toucher.
Tremblant, le brun serrait le bras du blond au point de lui faire mal, mais ne repoussait pas pour autant le doigt qui venait de se poser juste à cet endroit qu'il n'avait pas pensé donner un jour à qui que ce soit et surtout pas à « lui ».
— Juste... Juste te toucher, un peu. Juste... un peu... »
Les yeux écarquillés, Sasuke haletait encore et sa prise sur le poignet du jeune homme se fit nerveuse, mal assurée. Il avait besoin de soulagement au point de ne plus pouvoir se défendre, pas à armes égales avec le blond, en tout cas, et surtout... de ne plus penser. Il hésita longuement et... petit à petit, difficilement, ses doigts se desserrèrent, lentement, puis il éloigna la main pour la poser au sol.
Sa respiration resta beaucoup trop rapide.
Avec un fin sourire, Naruto redescendit le prendre en lui et ne se contenta que de garder son doigt posé sur cette entrée qu'il avait pu atteindre, s'appliquant à donner tellement de plaisir à son amant qu'il ne pourrait qu'oublier la gêne qu'il ressentait. En de longues vagues, celui-ci afflua rapidement et le blond les suivit en appuyant à peine, presque imperceptiblement, sur la chair fine. Progressivement, en d'infimes pressions à chaque fois plus insistantes, il finit par adapter ses mouvements au rythme que celui que sa bouche imposait sur le membre dur.
Inconsciemment, le brun se tordit sous la tension de ses lèvres et de sa main.
Naruto pencha sa tête sur le côté pour effleurer le membre de son visage.
« Tu veux jouir dans ma bouche ? »
Sasuke le regarda, perdu. Il aurait pu se noyer dans le bleu de ses yeux.
Après un léger rire, le blond se contenta alors de presser juste son doigt sur l'entrée qu'il avait agacée, s'amusant de voir le brun en frémir de la même manière que précédemment, même si ses poings s'étaient serrés convulsivement contre le sol.
« Tu peux te laisser aller en moi. »
Alors, Sasuke soupira et s'abandonna au plaisir qui prit à nouveau possession de lui, la jouissance déferlant bientôt, le faisant se tendre alors que Naruto majorait son orgasme en appuyant encore plus fortement là où il ne l'avait pourtant qu'à moitié seulement autorisé à le toucher.
Longuement, ses poumons se vidèrent.
Ses doigts s'étaient enfoncés dans les mèches claires et il ne sentait plus rien, ni son corps, ni cette douleur qui lui avait été tellement insupportable, si ce n'était cette tête posée juste sur son ventre et dont le contact était si doux.
Trop doux, peut-être.
Il s'affola un peu.
Nerveusement, il chercha à se reculer mais le blond ne fit que se resserrer plus fort contre lui, résistant autant qu'il le pouvait alors que Sasuke s'agitait, le repoussant de plus en plus, à la limite de l'agresser.
« Lâche-moi !
— Non.
— Lâche-moi, bon sang...
À ce niveau, c'était une plainte qui venait de sortir de sa bouche, mais Naruto refusa de l'écouter. Il ne voulait ni le laisser, ni le voir partir, ni se détacher de la chaleur de son corps dont il se gavait en le gardant avec force dans ses bras. Il demanda seulement :
« Reste contre moi.
Ses yeux étaient restés fermés et il ne les releva sur le brun qu'avec difficulté. Il se sentait déjà meurtri, mais n'hésita pas à s'exposer encore, tant pis si les coups qu'il risquait de recevoir ne l'atteindraient que plus douloureusement.
— Je veux que tu restes. Dors avec moi, Sasuke.
Ses paupières se rouvrirent.
— S'il te plaît... », murmura-t-il presque suppliant, et le jeune Uchiwa en fut gêné.
Non, là tout de suite, tout ce dont ce dernier avait envie était de se barrer, vite, loin, le plus loin possible et d'oublier ce qu'il avait pu dire, ce qu'il avait pu faire, tout ce qui avait pu se passer, tout. Des mots cruels traversèrent son esprit, quelques phrases assassines dont il avait l'habitude, mais le regard de Naruto sur lui était sincère et témoignait d'une vulnérabilité qu'il ne se permettait pas de lui montrer généralement. Il l'avait fait jouir, devait avoir envie, lui aussi, son corps était probablement encore tendu à cause de leur étreinte, mais il ne demandait pourtant rien... pas un mot, pas une explication, pas un geste de sa part si ce n'était juste ce petit rien, de dormir contre lui.
« Naruto...
Son ton de voix s'était adouci. Il sentit une boule se former dans sa gorge.
— Je ne suis pas prêt... »
Sur le visage de Sasuke, une expression de détresse avait pris place et il semblait soudain si proche de l'éclatement que le blond en fut un peu perdu.
Avec hésitation, ce dernier se mordilla un peu les lèvres, les yeux dans le vague, puis se releva lentement. Sa main traîna sur ses paupières, étira sa peau jusqu'à passer dans ses mèches blondes, les ébouriffant comme s'il remettait ses idées en place, puis il hocha la tête.
Le regard que Naruto tourna alors vers son amant était redevenu dur, plus encore qu'il n'avait pu l'être dans la soirée.
« Fais-moi le coup de l'indifférence ou de l'amnésie sélective demain, Sasuke, et... malade ou pas, je te promets que je te casse la gueule comme je ne me suis encore jamais permis de le faire. »
Durant un long silence, son regard resta fermement planté dans celui du brun dont le noir semblait être devenu liquide, troublé, puis il passa la porte, laissant le jeune homme seul encore couché au sol.
Une fois dans le couloir, il tituba un peu et s'appuya au mur. Demain serait à découvrir... en espérant que d'ici là, il puisse trouver le sommeil.
Le trajet qui le séparait encore de leur chambre commune, où dormait Sakura, lui parut alors bien trop long et ce ne fut que d'un pas lourd qu'il l'entama.
À suivre.
Allez, une petite remarque sur le vocabulaire : autant, je n'aime pas la vulgarité en général dans les textes, autant, Naruto et Sasuke, Suigetsu également, ne sont pas des poètes à mon avis, d'où le langage plutôt cru dans les dialogues.
Prochain chapitre : Sai, incompris de par ce monde.
