Titre : Liaisons, embrouilles et un rouleau disparu.
Auteur : Kumfu.
Bêta : Romeowyn.
Allez, note pour le sasunarusaku (je crois qu'il est temps de se décider à le faire) :
Vous l'aurez peut-être remarqué mais je ne sais désespérément pas comment qualifier cette fic.
Soyons honnête : c'est un SasuNaru / NaruSasu. Point.
En fait, à l'origine, je ne voulais tellement pas recevoir de commentaires désagréables sur l'insertion de Sakura dans cette fiction (sachant à quel point les yaoistes ont parfois du mal avec ce personnage) que j'ai voulu plus prévenir que pas assez, d'autant plus que je savais que je me permettrai des petites entorses au classicisme des fanfics YAOI SasuNaru comme par exemple dans le dernier chapitre (et c'est d'ailleurs ce qui m'amuse le plus dans cette fiction : jouer avec les « clichés » du genre, pour ceux qui l'auront remarqué).
Bref. Je me rends bien compte que ça porte à confusion. J'ai donc opté dernièrement pour un « SasuNaru & Saku » et j'ai corrigé le « threesomisation avec Sakura » en « + aimable présence du personnage de Sakura », ce qui me semble plus juste. J'espère que ça sera plus clair.
Allez, trêve de bavardages et bonne lecture !
CHAPITRE SEPT
Sai, incompris de par ce monde
Ou
« Plane-man contre Naruto-magic-ramen, rose-power-Sakura et Sas-dark-boulet-uke. »
Dans un fracas, un bruit de vaisselle brisée retentit dans la pièce. Les bols et les tasses venaient de tomber alors que Naruto heurtait la table contre laquelle il avait reculé. Sa main s'agrippa au rebord et un roulement de baguettes suivit une seconde plus tard, tandis que ces dernières valsaient également au sol.
D'un coup, ses poumons se vidèrent de tout l'air qu'ils contenaient, peut-être autant à cause de la surprise que du choc que provoqua le corps qui se colla soudainement à lui. Rien ne lui permettait de comprendre ce que faisait Sasuke ici, pourquoi il avait débarqué comme un fantôme au beau milieu de la nuit, pourquoi ses lèvres étaient en cet instant plaquées contre les siennes comme s'il en avait été affamé et surtout... pourquoi lui-même était en train de se laisser faire. La bouche du jeune homme était chaude et avide, et le seul fait que Naruto s'y soit laissé fondre aussi aisément était déjà au delà de la raison. De tout son corps, il ressentait celui qui se pressait contre lui. La main du brun soutenait sa nuque avec un peu trop de force, comme pour anticiper un mouvement de retrait, mais les doigts pâles qui s'étaient enroulés autour de son poignet ne le serraient pourtant qu'avec un faible tremblement. De fins cheveux noirs frôlaient sa joue et la langue qui s'était aventurée à l'intérieur de sa bouche le pénétrait dans un baiser dont la passion lui semblait irréelle.
En avait-il eu tant envie pour lui céder si facilement ? Quand leur relation avait-elle dévié de telle manière ? Comment ? Pourquoi ?
Il avait été si évident soudain, de lui ouvrir ses bras et sa bouche. Sa main libre s'était posée instinctivement sur le bas des reins de Sasuke et le contact de leurs lèvres, alors que leurs souffles rapides s'entremêlaient, lui avait semblé être le geste le plus simple qui pouvait se produire entre eux.
Dans la profonde obscurité de la pièce, Naruto n'avait eu le temps de rien et sûrement pas de comprendre ce qui se passait. Il avait été tiré de son sommeil léger par la sensation d'une présence envahissant sa chambre et n'avait pu que sauter avant de reconnaître l'ombre qui était venue sur lui. Le pied posé sur le rebord de la fenêtre avait précédé une avance à pas rapides, vive, décidée et le choc de leurs bouches s'était produit comme si rien d'autre n'aurait alors pu se réaliser.
Il relâcha un souffle lourd vers le plafond.
Sasuke venait d'attraper ses fesses et d'ancrer sa présence entre ses jambes en ondulant d'un coup de rein profond contre lui, forçant Naruto à s'agripper à son cou.
Pourquoi ne réagissait-il pas ?
Ils n'avaient pourtant fait que se pourrir encore et inlassablement toute la journée, ainsi que lors de toutes celles qui l'avaient précédée. Plus d'une fois, il avait eu envie de casser la gueule à l'enfoiré, pour ses paroles cruelles, pour son indifférence et son acharnement à repousser quiconque essayait de l'approcher. La tension entre eux était insupportable, même si aucun des deux ne luttait alors plus contre elle.
Sasuke n'était qu'envie irrépressible, désespérée et, non content de le laisser faire, Naruto s'accrochait à lui. Avec l'impression de n'avoir fait que se battre dans le vide, tout ce temps, pour rien, de ne brasser l'air que futilement, il se relâchait totalement dans ce baiser un peu trop brusque, un peu trop dingue, mais qui avait un goût de paix et de besoin. Sa bouche semblait ne plus pouvoir cesser de s'abreuver de celle du brun, son corps s'était abandonné, son cerveau l'avait traîtreusement lâché.
Naruto ne pensait plus, ne luttait plus. Il ne faisait que ressentir.
La puissance du désir lui semblait irréelle.
De l'être qui s'était emparé de lui, l'obscurité ambiante ne lui laissait n'en voir qu'une ombre, quelques éclats de lumière projetés depuis les faibles éclairages de la rue venant parfois ourler l'arrondi d'une épaule pâle, souligner le trajet d'une mèche de cheveux, caresser le blanc d'un œil... L'image qui l'avait alors le plus perturbé ce jour-là avait été le regard qu'il avait aperçu : noir, la matière des yeux luisant d'un aspect trouble et douloureux. Au delà de l'emportement que lui témoignait si brusquement Sasuke, ce qu'il avait découvert dans ses pupilles avait été de la souffrance.
Naruto avait alors fermé les paupières et l'avait laissé trouver chez lui ce qu'il était venu chercher.
Ses yeux s'ouvrirent. Un violent frisson s'empara de tout son corps.
L'air de la pièce était lourd et empli d'une chaleur humide qui l'avait laissé trempé, son drap repoussé inconsciemment autour de ses reins. Il essuya d'une main la sueur de son front et se tourna vers le lit du brun, constatant qu'il était encore vide — imbécile qui était bien capable d'être resté couché par terre — et seule la respiration calme de Sakura, endormie non loin de lui, parvenait à ses oreilles. Naruto soupira. Drôle de rêve qui avait surtout pris la forme de souvenirs à l'apparence bien réelle. Il lui semblait pouvoir encore sentir le souffle désordonné de Sasuke alors qu'il le pénétrait pour la première fois, les baisers maladroits dans son cou, les doigts avides entrant presque dans sa chair... ses faibles gémissements qui n'avaient que trop l'allure de plaintes.
« Désolé ». Le murmure avait été si bas qu'il n'avait jamais su s'il n'avait pas été le fruit de son imagination.
Après le départ du brun, il était resté longtemps allongé sur la table, incapable de se mouvoir ou même de mettre des mots sur ce qui s'était passé, ne lui laissant qu'un goût amer au fond de la gorge et un indescriptible sentiment de bizarrerie.
Sa poitrine se souleva dans un profond soupir et il se frotta la tête, comme pour en évacuer les pensées parasites. Puis il se retourna dans ses draps. La nuit était encore profonde et la mission non terminée. Il fallait dormir, maintenant.
Sakura ouvrit les yeux.
La pièce était entièrement sombre. En se tournant vers les lits de ses camarades, elle constata que, s'ils étaient défaits, ils n'en restaient pas moins vides et elle se sentit seule. Seule, coupable et traîtresse.
Des souvenirs d'enfance lui revinrent en mémoire, le sourire large de Naruto-boulet-qu'on-avait-envie-de-taquiner lui manquant tout autant que la bouille boudeuse-par-principe-mais-pas-tant-que-ça-en-vrai de Sasuke. Dans un petit rire, elle se releva, nostalgique, attrapant son drap pour s'en couvrir les épaules avant de s'avancer vers la porte. Un vent frais s'engouffrait depuis l'entrée de la grotte et elle évita la pierre pulvérisée et les morceaux de bois au sol en se dirigeant vers l'extérieur. Une fois dehors, ses yeux s'emplirent d'une lumière tendre.
Là, assis dans l'herbe quelques mètres plus loin, Naruto faisait face à la falaise. Devant lui, s'étendaient l'océan et son fracas. Ses cheveux blonds volaient autour de son visage et sa stature droite, digne dans la façon dont il se dressait face à la puissance de vagues, lui donnait un charmant air de sixième Hogake.
Elle s'avança pieds nus, jusqu'à s'assoir à côté de lui. Le visage que le jeune homme tourna brièvement vers elle était empreint d'affection.
« Sakura. Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-il simplement.
— Je ne sais pas... Parler, pourquoi pas ?
— De quoi ?
— De toi ?
Les yeux bleus s'écarquillèrent avec interrogation. La jeune femme poursuivit :
— De toi, de Sasuke ? Je crois que si je me laissais aller, j'aurais plein de questions.
Devant le sourire amusé de sa coéquipière, Naruto leva les yeux au ciel, moqueur, puis reporta son regard vers l'océan.
— Allez, lâche-toi, femme : je te répondrai peut-être, on ne sait jamais.
Sous la lumière de la lune, l'écume des vagues était d'une couleur irisée.
— Tu es amoureux ?
— Oui.
La réponse était sortie naturellement, sans une seconde d'attente.
— Et Sasuke ?
Naruto resta silencieux.
— Je pense que oui, répondit alors à sa place la jeune fille.
Il ne s'était pas détourné.
— Vous ne faites que coucher ensemble ? poursuivit-elle.
— Hmm...
Le jeune homme venait de prendre une moue pensive. La demoiselle referma à moitié les yeux dans une expression lubrique :
— J'aurais une foultitude de questions...
— Sakura, soupira-t-il. Oui, on couche ensemble, oui je suis le « uke », oui j'aime ça. C'est ce que tu veux savoir ?
La jeune femme lui décocha un large sourire puis dodelina un peu de la tête, hésitante quant à sa façon de poursuivre.
— Et... tu... Toi, Naruto, tu as déjà eu des relations avec des filles. Tu avais bien quelques aventures avant d'être avec Sasuke ?
— Et ?
— Ben... Dis-moi, c'est différent entre mecs ?
— C'est ça ta question ? s'étonna-t-il en se tournant vers elle.
Haussant un petit sourire et une épaule à cause de son indiscrétion, Sakura acquiesça et Naruto lâcha un souffle amusé avant de répondre :
— Ben, oui. Maintenant, si ta question concerne la pénétration... techniquement, pas des masses, tu sais, si tu as déjà pratiqué la...
— Euh... Oui oui, je comprends mais...
Ses yeux étaient devenus brillants à la manière d'une petite fille devant un jouet neuf.
— Il y a le coup de la prostate, fit-elle remarquer en levant un doigt.
— Ahhh. C'est ça qui te turlupine, alors. Ça t'intéresse, hein ?
Elle hocha la tête avec excitation.
— Oui il y a ça en effet mais... Bon ok. Alors, écoute-moi bien parce que je vais te révéler un secret. Normalement, ce n'est pas vraiment le genre de trucs dont on parle aux filles mais... allez, puisque c'est toi, je veux bien te le dire.
Sakura était déjà en train de sautiller sur place, comme une gamine.
— Alors, il y a un truc que tu ne peux absolument pas deviner en tant que femme sur les rapports entre mecs et c'est vrai que pour toi, ça peut avoir un côté un peu... « magique », peut-être... probablement. Bon. Tu veux vraiment que je te le dise ?
— Ouiiii...»
Elle put s'entendre couiner ce mot avec une voix de fillette surexcitée alors qu'elle émergeait.
Bon sang !
Elle avait rêvé... Oh non oh non oh nooon !
D'un coup, elle replongea sous les couvertures. Se rendormir, se rendormir, ahhh ! Frustrée, dégoûtée, blasée, elle se redressa dans son lit et se tourna vers ses camarades pour constater que, ah ben tiens, si Sasuke manquait toujours à l'appel, Naruto, lui, était revenu. Il débordait d'ailleurs de son matelas posé au sol dans toute sa distinction Uzumakienne : étendu sur le dos, une jambe hors des draps et les deux bras étirés autour de lui alors qu'il respirait la bouche ouverte. Son visage parcouru de quelques mèches blondes en bataille restait pourtant craquant à souhait et... son torse dénudé donnait envie de mordre dedans.
Elle se passa une main sur le front pour réprimer la crise de fou rire qui la menaçait. Mais qu'est-ce qu'elle avait à fangirliser comme ça au beau milieu de la nuit ? Elle avait pété un câble ou quoi ?
Brusquement, elle se rejeta sous les couvertures. Allez, dodo, mam'zelle. On arrête de délirer et on pionce. Vite, vite, vite ! Et puis... peut-être qu'elle pourrait avoir la chance de retourner dans son rêve pour en connaître la suite...
C'était un cauchemar, c'était un cauchemar. Haletant, Sasuke se réveilla le cœur battant à tout rompre. Son premier réflexe fut de balancer les draps en l'air pour vérifier sa tenue et la façon dont il soupira de soulagement en se retrouvant avec son pantalon de la veille aurait presque pu le faire s'enfoncer dans le sol. Ouf.
À l'intérieur de sa tête, un cri de désespoir retentissait, violemment.
Non mais depuis quand est-ce qu'il faisait des rêves où il était uke ?
Mais qu'on le pende ! Ou peut-être qu'il devrait se petitsuicider tout seul, oui, en sautant de la falaise directement dans l'océan, tiens. Avec ses aptitudes de ninja, il devrait être capable de résister à son instinct de respirer et de se laisser couler...
Il essaya de se calmer un peu, au moins pour reprendre son souffle.
Les images du cauchemar dont il sortait à peine le firent frémir, le souvenir du timbre chaud de la voix de Naruto lui arrachant quelques frissons bien malgré lui. Enfer... Les mots de l'idiot blond lui avaient semblé être une telle invitation à la débauche, son souffle sur sa peau l'avait à ce point troublé...
« Touche-toi pour moi, Sasuke. »
Il s'était laissé conquérir si facilement par ces paroles. Son corps s'était plaqué au mur contre lequel il avait été acculé, la main du blond était passée sur sa peau pâle, écartant les pans de son kimono ouvert et ses propres doigts avaient commencé à se déplacer le long de sa peau, comme mus par une volonté qui n'était plus la sienne, ses joues se réchauffant à la manière d'une vierge effarouchée...
Sasuke sursauta nerveusement sur place.
Et depuis quand est-ce qu'il rêvait qu'il se transformait en pucelle rougissante ?
Le summum du summum du grand-n'importe-quoi-mais-tuez-le-bon-sang avait été atteint lorsqu'il avait pris conscience de la tenue dans laquelle ils se trouvaient. Mais bien sûr... Bien loin de son équipement de jounin habituel, Naruto avait revêtu une combinaison... orange — oui, jusque là tout allait bien mais... — moulante, comme sortie d'une époque qui n'était pas la leur, faite d'une veste en... cuir ?... traversée de bandes noires et refermée par des attaches métalliques dont l'une, plus longue au niveau du cou, était restée ouverte, et d'un pantalon sombre de la même matière. La gorge de Sasuke s'était serrée.
Réprimant un frisson d'horreur, il avait baissé progressivement les yeux et... Ah oui.
Être totalement nu aurait peut-être été moins pire.
Non seulement il était intégralement offert au regard — bon sang, bestial — du blond mais, à défaut de le dissimuler, un accessoire non négligeable venait encore rehausser sa nudité. Enroulé autour de ses bras, un ruban fin, rouge et brillant courait en enveloppant artistiquement son torse et ses membres, comme s'il était un... cadeau et... se finissait d'un nœud autour de sa poitrine.
Ouais. Il en était à se demander si, en se kaléidoscopant hypnotiquement avec son sharingan — et il se fichait bien de savoir si cette expression existait —, il pourrait effacer sa mémoire concernant toute la dernière nuit. Un grognement blasé lui échappa et il se releva pour s'évader de ses souvenirs cauchemardesques. Lorsque ses reins endoloris lui rappelèrent la position dans laquelle il s'était endormi, il eut un rictus en se demandant à quel degré d'anéantissement il s'était retrouvé pour ne même pas être capable de grimper sur le lit qui était à... oh, allez, dix centimètres de lui ! et se contenter de tirer le drap pour s'enrouler dedans.
Naruto Naruto Naruto. Il était toujours autant impressionné par le niveau de connerie que le jeune blond pouvait le pousser à atteindre. Quant à ces horreurs de mangas YAOI, que Sakura laissait traîner dans la salle de repos de l'hôpital de Konoha, et qu'il avait eu le malheur de feuilleter un jour, il tâcherait de se souvenir de les katoniser à son retour. Il se dirigea d'un pas rapide vers la sortie de la grotte. Le ciel était en train de prendre une teinte bleu-froid sur l'horizon, témoignant de l'aube naissante.
En pénétrant dans la chambre de ses compagnons, il se bloqua en apercevant le visage paisible de Naruto, endormi dans une position rigolote comme lui seul pouvait en avoir... et essaya d'oublier le poids qui s'installa dans sa poitrine. Alors qu'il enfilait ses derniers vêtements, il approcha son pied des fesses du blond pour le pousser, mais s'arrêta à quelques centimètres seulement, hésitant. L'instant suivant, un geignement féminin s'élevait.
« Non mais ça ne va pas ? Ça t'arrive souvent de donner des coups comme ça aux gens dans leur sommeil ?
— C'était pour te réveiller.
— Non mais... non, marmonna la jeune femme avec un rire nerveux. Franchement Sasuke, t'es pas vivable. Tu sais que c'est un bonheur de t'avoir comme collègue ? J'en glousserais de joie. Il fait jour au moins, vedette ?
— Ouais... »
Ou presque... Enfin, il le ferait bientôt.
Après avoir tiré la langue sans trop de féminité, la demoiselle se releva, maussade. Sasuke la regarda passer en débardeur et petite culotte à shurikens roses, de vagues souvenirs un peu désagréables de la nuit lui revenant sans qu'il ne puisse déterminer s'il s'agissait d'évènements réels ou d'épisodes de son cauchemar. Et vive la gueule de bois... Un bâillement sonore le fit se tourner. Naruto était en train de se redresser, cheveux totalement en pétard et visage grognon. Malgré le sommeil encore présent, le blond releva rapidement son visage en recherchant le regard de celui qui n'avait pas voulu dormir auprès de lui... et lui avait encore manqué.
Un temps, ses yeux embrumés restèrent fixés sur ceux au noir profond qui venaient de s'écarquiller.
Sasuke...
Était-il déjà apparu ainsi devant lui ? Appréhension, culpabilité, perte de repères, le tout recouvert d'une expression de détresse qui semblait dire « je ne sais plus où j'en suis » : son visage était en vrac.
Après un temps d'hébètement, Naruto se tourna vers Sakura, comme si elle pouvait lui être d'une aide quelconque. Elle était en train de finir de préparer ses affaires, un sourire protecteur vers eux.
« On y va ?
La voix féminine était douce et Naruto essaya de connecter les quelques neurones qui avaient bien voulus se réveiller dans son crâne pour intégrer ce qu'elle venait de leur dire. Après un dernier clignement des yeux, il hocha brièvement la tête.
— Hm. ».
Ils ne pouvaient pas se permettre de traîner plus longtemps avant de repartir sur les traces de Sai. Son regard se posa une dernière fois sur Sasuke et il ne sut dire s'il se sentait heureux ou bien inquiet de le voir aussi ouvert et, surtout, tellement perdu.
La façon dont ce dernier prit la tête de leur groupe en partant le premier ne l'étonna pas.
Avant de quitter les lieux, Naruto griffonna un petit message qu'il posa sur la table, un simple « merci » que les membres de Kappa pourraient comprendre comme ils le voudraient.
Au sein de la forêt qu'ils traversaient, la lumière vive du soleil filtrait entre les feuillages épais, les éblouissant parfois légèrement.
Naruto observait Sasuke avancer devant lui, gêné par la façon dont il semblait absent. En le voyant éviter bien trop tard une branche fine, il tiqua nerveusement et trouva que les doigts pâles qui se posèrent ensuite sur la joue éraflée s'y attardèrent trop longuement. Il sursauta à cause de la main féminine qui vint claquer sa fesse.
« Tu dors, blondin.
Petite pénible de garce de Sakura.
— Sasuke aussi, répondit-il avec une inquiétude non dissimulée.
— J'ai remarqué.
Alors qu'ils progressaient côté à côte, un petit rire égaya le visage de la jeune femme.
— Dis, je peux te poser une question ?
— Hmm ?
— Sur Sasuke et toi ?
— Qu'est-ce que tu veux savoir encore ? marmonna le jeune homme, ses yeux bleus se rétrécissant suspicieusement.
— Euh..., bégaya-telle, décontenancée. Eh bien tu sais, quand... enfin quand vous... Tu vois ce que je veux dire ?
— Non.
Était-ce une si bonne idée de vouloir essayer de faire dans la réalité ce qu'elle avait vécu dans son rêve ? Surprise par la réaction de Naruto, elle se mit à parler plus vite avec des gestes brouillons et superflus.
— Quand Sasuke et toi vous... enfin quand il te met...
— Mais... Sakura, tu me fais quoi, là ?
— C'est différent entre deux mecs ?
La phrase était sortie d'un coup, poussant le jeune homme à se bloquer sur place, tandis que le brun les distançait.
— Mais... tu...
— Parce que, tu sais, je me posais la question par rapport au... enfin, le... la...
— Sakura... »
L'avertissement que venait de lancer le blond d'une voix grondante la fit se glacer sur place et elle réprima le « prostate ? » qui menaçait de lui échapper. Naruto avait beau être un ange, il avait aussi sa limite et elle sut qu'il était temps de cesser la plaisanterie. Elle grimaça juste un peu de gêne, déridant rapidement le jeune homme qui n'était pas du genre à s'attarder sur ce type de bêtises.
Soudainement, un violent craquement se fit entendre plus loin devant eux.
Une nuée d'oiseaux s'envola, quittant le lieu de la déflagration tandis que Sasuke revenait en un puissant saut en arrière. Dans un réflexe, leurs genoux se plièrent en position de défense. Le brun s'arrêta juste devant eux et recula jusqu'à toucher de sa main l'épaule de Sakura et sentir de l'autre côté le bras de Naruto qu'il serra sans s'en rendre compte. Son sharingan s'était enclenché et ils entendirent approcher un bruit strident, accompagné du bruissement de feuilles froissées. Dans un vacarme à la limite du tolérable, deux aigles d'encre surgirent entre les branchages, leurs ailes déployées alors qu'ils fonçaient sur eux.
Le temps sembla comme s'arrêter.
Inconsciemment, leurs respirations se calquèrent les unes sur le rythme des autres et... d'un seul mouvement, leurs corps décollèrent au dernier moment, comme s'ils n'avaient été qu'un souffle. Le lieu où ils se tenaient auparavant vola en éclat et, quand ils reprirent contact avec les arbres, une lame blanche avait surgie de la ceinture de Sasuke, Naruto s'était accroupi la tête en bas sous une branche plus large et Sakura avait pris position un peu plus en retrait. Aucun d'eux ne suivit des yeux les créatures fantasques qui finiraient certainement par s'échouer quelque part en y laissant leurs empreintes, mais se concentrèrent sur le lieu d'où elles avaient surgis.
« Sasuke ? lança le blond.
— Pas vu. Juste son attaque. Position inconnue. »
D'un geste de main, Naruto attira son attention et se mit à prononcer des mots muets que ce dernier suivit avec son sharingan. Sakura observa leur échange silencieux avec une certaine fascination, surtout lorsque l'Uchiwa répondit en articulant exagérément des paroles que le blond avait appris à lire sur ses lèvres. Les voir communiquer ainsi était étonnant, comme si les difficultés qu'ils avaient traversées et connaissaient encore n'avaient jamais risqué d'entamer leur complicité. Après un regard entendu vers elle, les deux hommes disparurent en une fraction de seconde, la rapidité avec laquelle ils avaient sauté ne laissant qu'un mouvement d'air dans les branchages.
Une médic-nin ne doit pas se faire blesser.
En un bond, elle descendit au sol, le vent s'engouffrant sous ses vêtements alors qu'elle chutait, et ne se contenta que de charger ses pieds de chakra en approchant du point de réception, ricochant entre deux troncs rapprochés pour ralentir et se poser lestement plus bas.
« Ton nom ?, hurla Naruto.
Le regard ouvert sur lui était pétrifiant d'innocence.
Attaché à un tronc d'arbre, les bras éloignés de manière à ne pas lui laisser la possibilité de composer des signes, le jeune homme qui les avait attaqués haussa simplement les épaules, n'ayant rien à répondre à une question qu'on lui avait déjà posée quinze fois et qu'il ne comprenait pas. Le blond donna un coup de pied dans un tas de feuilles au sol.
— 'tain, Sai...
Naruto était couvert d'encre de chine et, lorsqu'il passa une main lasse sur son visage, il étala inconsciemment une des traînées noires dont il était barbouillé.
— Qu'est-ce que tu fais ici ? reprit-il.
— Je dessine.
Parce que le blond ne s'énerva que plus encore, Sasuke prit la suite d'une voix plus calme :
— Pourquoi est-ce que tu nous as attaqués ? »
Avec une douceur presque enfantine, le jeune homme réexpliqua qu'il ne les avait pas « attaqués », mais n'avait fait que dessiner — la situation était absurde. Ils étaient tous assis dans l'herbe, à l'exception de Naruto qui ne tenait pas en place. Devoir traiter en ennemi un de leurs frères d'armes leur était aussi insupportable aux uns qu'aux autres. Cependant, même s'il ne les reconnaissait pas, ne savait ni son nom ni ce qu'il faisait ici, ils l'avaient au moins retrouvé et il était vivant. Sakura se concentra sur l'épaule de Sasuke.
Le fait qu'il ait été brûlé par un oiseau de feu que, d'après Naruto, il aurait dû éviter, avait mis ce dernier dans une colère noire dont il n'était toujours pas redescendu, les yeux bleus étant encore bordés de rouge. Alors qu'elle forçait l'épiderme à se reconstituer, y injectant le chakra approprié, elle sourit brièvement. Il fallait dire qu'ils étaient beaux à voir, les deux bombes sexuelles de Konoha, couverts d'encre de chine. Quant à Sai... En temps habituel, déjà, on pouvait dire qu'il planait, mais là, il en était à évoluer dans les hauteurs de la stratosphère et bientôt il toucherait le soleil. Pour dire, il ne s'était pas encore illustré par la moindre parole vulgaire et n'avait toujours pas dit « pénis », alors...
« Le rouleau ? demanda brièvement le brun. Où est le rouleau que tu avais en ta possession il y a encore quelques jours ? Un objet scellé appartenant au village de Konoha.
Le jeune homme interrogé désigna d'un mouvement de menton celui sans intérêt sur lequel il avait écrit ses jutsus. Naruto s'agaça.
— Je vais le détacher, décida-t-il rapidement.
Même si personne ne le montra, tous s'en sentirent soulagés.
Alors qu'il libérait les mains de leur captif, le jounin souffla :
— Allez, rappelle-toi. Un rouleau, scellé... confié par Tsunade. Un objet qu'il ne fallait absolument pas ouvrir...
Chacun de ses mots était appuyé et Sai fut troublé par l'attention que Naruto lui portait. Après un temps d'incompréhension, il sembla soudain retrouver quelques souvenirs.
— Il y a eu... Quand je me suis réveillé, il y avait un rouleau ouvert au sol, comme s'il était tombé et qu'il avait roulé.
Le silence se fit autour de lui, l'incitant à poursuivre.
— Je ne sais pas ce qui s'est passé. Avant, tout est comme blanc. Après, je me suis relevé. Je crois que j'étais tombé, en fait, et j'ai pensé que l'objet devait être à moi. Je l'ai ramassé. J'entendais deux hommes parler un peu plus loin. J'ai eu peur...
— Tu étais où ? l'interrompit Sasuke.
— Près d'une rivière.
— Ne me dis pas que..., tiqua le brun, estomaqué. Ce n'était pas ma voix que tu entendais à tout hasard ?
— Ben... En fait, c'est exactement ce que je suis en train de me demander.
— Bon sang mais Sai, gémit Sasuke avant de hausser le ton : tu t'es vautré tout seul et tu t'es débrouillé pour que le rouleau s'ouvre en tombant ?
Si le jeune homme n'avait pas été aussi à l'ouest, la situation aurait presque pu être drôle. Naruto rit nerveusement.
— Alors là... Je savais que t'étais un phénomène, Sai, mais la réalité dépasse encore mon imagination.
Une lueur amusée avait pris place dans ses yeux bleus. Il s'accroupit devant l'handicapé des sentiments, de la tête et de tout ce qui allait avec.
— Tu sais qu'on devrait t'élever une statue ? Non mais, tu te rends compte ? Pense au petit genin qui se morfond parce qu'il a loupé son lancer de shuriken, à tous ces ninjas qui se désespèrent tout seuls en se disant qu'ils ont été trop nuls dans leur mission. Franchement, on leur raconte ton histoire et ils se prennent pour le futur Hokage ! Tu sais que, dans un certain sens, tu pourrais presque faire figure de bénédiction pour le village ?
Puis il se tourna vers les membres de son équipe.
— Combien vous pariez que le rouleau a été scellé avec une technique qui envoie dans les vapes la personne qui l'ouvrirait ?
— Genjustu, confirma Sasuke en passant une main sur son épaule que Sakura finissait à peine de soigner.
La demoiselle se posa à côté de Sai, caressant les cheveux bruns courts comme on l'aurait fait avec un enfant. Une brise fraîche rendait l'atmosphère du lieu agréable.
— C'est vraiment un rouleau important ? demanda-t-elle au jeune Uchiwa.
— Je n'en sais rien. La cinquième Hokage a tellement fait de foin avec cette histoire que j'en arrive à me poser des questions. Ceci dit, à ce que j'ai pu comprendre, il doit être important au point d'éveiller l'intérêt de l'Akatsuki, si c'est ce à quoi tu penses.
Naruto confirma son avis d'un claquement de langue. Il s'adressa à Sai.
— Et il est où, maintenant, champion ?
— Ben... Il y a deux personnes qui le voulaient.
— Et tu leur as donné ? s'étouffa-t-il.
— Ils me l'ont demandé gentiment alors...
— Je n'y... crois... pas...
Les yeux révulsés, Sasuke laissa passer des mots sans vraiment encore croire à ce qu'il était en train de suspecter :
— Manteaux... noirs...
— Avec des nuages roses, poursuivit en toute innocence monsieur mon-cerveau-est-un-plat-de-nouilles-trop-cuites.
Naruto éclata de rire. Il se tourna vers Sakura.
— Bon ben... on fait quoi, « chef » ?
En voyant Sasuke fouiller son sac pour en sortir la carte de la région, elle lui demanda :
— Tu penses à quelque-chose ?
— Mon mangekyou sharingan, expliqua-t-il en dépliant le plan dans l'herbe. Pour un genjutsu capable de protéger un rouleau de cette importance, j'ai peur d'avoir besoin de l'utiliser et...
— Il te faudrait un endroit pour ça », ponctua Naruto.
Le brun confirma d'un mouvement de tête et la médic-nin s'orienta vers le paumé du coin pour examiner ses désordres cérébraux. Le blond se pencha sur Sasuke.
« Un lieu calme ? Tu auras besoin de te reposer ensuite.
Les yeux noirs qui se relevèrent vers lui étaient encore troublés. Naruto résista à l'envie de se serrer contre son épaule. Il lui souffla :
— Là. Il y a un ancien bordel où l'ermite pervers aimait s'arrêter, du temps où je parcourais le pays avec lui.
— Sérieux ? réagit Sasuke.
— Ouais. Il a fermé, depuis, mais il en restera bien les murs.
— Ça fera l'affaire, alors.
— Ok ! brailla leur chef de son côté. On ramène en priorité plane-man parmi les terriens, puis on essayera de rattraper les folles de l'Akatsuki. »
Naruto sourit et, tandis que Sasuke reportait le regard vers le sol, il fut touché par la douceur qui le traversa. Il observa leur coéquipière aider gentiment à se relever Sai, tout à l'attention du cas difficile qu'il constituait et pensa que... peut-être que finalement, être ensemble sur cette mission pouvait avoir du bon.
Des pas claquaient avec régularité sur un sol dur.
La chaleur de l'après-midi était encore présente, quelques nuages ombrageant de temps en temps le soleil.
Le balancement de bras forts et une chaleur dans laquelle il était tellement bon de se lover... Alors qu'il reprenait conscience, Sasuke se demanda pourquoi il s'était encore évanoui, non pas que ça commence à être pénible, à force mais... si, en fait. Son visage se resserra sur l'épaule solide qu'il sentait contre lui.
Lentement, ses paupières trop lourdes s'ouvrirent. Rien. Il les referma rapidement, tâchant de ne pas penser au risque que sa vision ne revienne plus.
Il n'aurait pas dû tomber dans les pommes. L'utilisation de l'ultime niveau de son sharingan pour rompre le genjustsu dont Sai avait été victime aurait dû le laisser épuisé, vidé de ses forces, mais conscient. L'impression que la petite beuverie de la veille avait décidément été lourde de conséquences bizarroïdes, il se renfrogna légèrement et tourna son visage, se laissant emplir par l'odeur de chair caressée par le soleil des bras qui le portaient.
« Sai ? s'enquit-il d'une voix encore râpeuse.
— Sakura s'occupe de lui. Elle a appris comment contrer les effets du mangekyou sharingan, tu sais, même si je crois qu'elle ne maîtrise pas aussi bien la technique que la cinquième Hokage.
— Elle m'a fait quelque chose ?
— Ouais. Du chakra vert autour de ta tête, plaisanta Naruto. Elle m'a demandé de veiller sur toi en attendant que le roi de la bourde revienne d'entre les morts... et elle a ajouté que je devais « m'occuper de nous ». Je ne sais pas comment je dois le prendre... »
La façon amusée dont la remarque avait été émise fit se relever un coin de la bouche de Sasuke. Il se frotta les paupières pour les décoller.
En percevant la luminosité pâle du jour, il se détendit légèrement. Rapidement, il commença à distinguer quelques nuances dans le blanc qui défilait au-dessus de leurs têtes : celui d'un plafond à la peinture craquelée. Le couloir dans lequel ils avançaient lui apparut progressivement, d'un rouge passé qui avait dû être vif plusieurs années auparavant. Les chants d'oiseaux qui pénétraient le bâtiment déserté lui conféraient une atmosphère apaisante.
En sentant les muscles de Naruto se tendre plus qu'ils ne devraient, il murmura rapidement :
« Ça ira.
— Pour qui ? Pour toi ou pour Sai ?
— Pour les deux.
Puis il ajouta :
— Ne t'inquiète pas. »
Petit à petit, l'intérieur de l'édifice lui devint plus net. Ils dépassèrent un petit salon où il restait encore quelques sculptures érotiques aux membres masculins totalement disproportionnés, brisées au sol, puis aboutirent dans une partie du bâtiment plus sobre. Parfois, le bleu du ciel apparaissait à travers le toit dont certains pans étaient effondrés.
« Tu venais ici quand tu étais plus jeune, alors ?
— Ouais.
— Tu avais quel âge ?
— Quatorze… quinze ans.
— Tu y as perdu ton pucelage ? ne put s'empêcher de le taquiner le brun.
Naruto rit légèrement.
— Ici, on est dans la partie où logeaient les filles. L'ambiance y est plus reposante.
— Et en plus elles t'ont fait visiter leurs appartements privés. »
La remarque doucement moqueuse fit sourire largement le blond, amusé. Alors qu'il poussait du dos une porte de bois vieilli, une odeur de rance et de renfermé les prit immédiatement à la gorge. Naruto posa Sasuke sur ses pieds, le forçant à s'accrocher au mur, puis traversa la pièce. Dans un grincement désagréable, la fenêtre s'ouvrit. Un puissant tourbillon de vent balaya rapidement l'air vicié, le renouvelant totalement, alors que les saletés ambiantes étaient évacuées vers l'extérieur.
« Tu sais qu'avec ton affinité élémentaire, tu pourrais faire une très bonne ménagère ? ironisa le brun.
— Et toi une cuisinière en chef. Tu n'as jamais pensé à ce type de reconversion ? »
Le visage de Sasuke s'adoucit dans le jeu de moqueries. Se vanner mutuellement avec Naruto était une activité de si longue date qu'elle en était devenue naturelle et, dans cette situation, rassurante. Il roula sur son épaule et s'adossa au mur de l'entrée, observant le blond composer quelques signes avant de s'accroupir pour appliquer un sceau au sol.
« Invocation. »
Le long de ses bras, des dessins abstraits descendirent, s'étendant en formant une sorte de pentacle et un crapaud de taille moyenne vêtu de tissus colorés fit son apparition. La pièce avait été vidée de tous effets personnels, mais quelques meubles bas laqués couraient encore le long des murs, abandonnés parce que trop vieux ou abîmés. Un miroir brisé gisait à terre. Dans un coin, un grand futon aux draps encore soigneusement bordés semblait avoir été relativement épargné par les dégâts du temps. Après avoir griffonné quelques mots sur un rouleau qu'il venait de sortir, le blond le confia à l'animal qu'il avait appelé.
« Tu veux bien porter ce rapport au village ? »
Une fois le crapaud disparu, Sasuke se relâcha. Sa tête se renversa vers l'arrière et il se cogna deux-trois fois le crâne contre le mur. Il se sentait tellement perturbé.
Toute la journée, la conversation qu'ils avaient eue la veille et ce qui s'était passé entre eux n'avait fait que tourner et retourner dans sa tête, l'usant nerveusement. Il avait tellement voulu croire qu'il pourrait vivre seul, que les missions donneraient un sens à ce qui restait de son existence. Il s'était battu avec tellement de force contre ces liens dont il n'avait pas voulu.
« Pourquoi est-ce que tu fais tout ça pour moi, Naruto ?
Son ton de voix était resté parfaitement calme, mais ses yeux noirs étaient trop curieusement ouverts.
— C'est quoi la méthode pour te faire abandonner, hein ? poursuivit le brun, ses lèvres s'ourlant dans l'amertume. Jusqu'où est-ce qu'il faut que j'aille ? C'est trop te demander de me laisser à ma connerie et mes défenses débiles ? Je sais que je me comporte mal. Je sais que, même si je te repousse... même si j'essaye en tout cas, je n'arrive pas à m'empêcher de te chercher, tout le temps.
Il eut un sourire dépité en répétant ces derniers mots : « tout le temps ».
— Parfois, je me dis que ça frise l'obsession, se laissa-t-il aller à exprimer, avant de tourner vers Naruto un regard où la moquerie envers lui-même était clairement visible.
— Ça me rassure de voir que je ne suis pas le seul. »
La remarque du blond provoqua un petit rire chez Sasuke.
L'instant suivant, le crâne de ce dernier rencontrait plus fortement le mur. Depuis la fenêtre ouverte, quelques chants d'oiseaux leur parvenaient.
« Pourquoi est-ce que je n'abandonne pas ? reprit Naruto en rêvassant.
Ses épaules se haussèrent avec indifférence.
— J'ai tellement souffert de la solitude, gamin. Je sais trop bien ce que c'est d'être rejeté. Pourtant, je crois que c'est quelque chose que j'ai appris à dépasser, maintenant. Même si ça me fait toujours un peu bizarre de le dire, je ne suis plus « le monstre qui a Kyuubi en lui » pour la plupart des villageois : ils me font confiance, ils veulent croire en moi. Pour le reste... j'ai appris depuis longtemps à penser que ce qui m'arrivait, à moi, n'avait pas vraiment d'importance.
Son regard bleu plongea dans celui de Sasuke.
— Pourtant, tu es la seule personne par qui je ne me peux absolument pas supporter d'être rejeté. »
Une lumière douce éclairait son visage et le brun fut troublé par l'absolue simplicité avec laquelle Naruto venait de s'exprimer. Un sourire paisible reposait sur les lèvres de ce dernier, mais l'éclat de ses pupilles semblait être celui d'une lame chauffée à blanc, presque effrayante dans sa puissance. Sasuke s'étonnait toujours autant de la curieuse dualité qui émanait de lui.
Longuement, il le fixa, incapable de se détacher de son visage, puis il ferma les paupières.
« Je...
Sasuke eut un bref rire, amer.
— Je ne me sens pas capable de supporter de... perdre encore quelqu'un que... à qui... »
Les mots lui écorchaient la bouche et il releva un regard perdu vers Naruto, désespéré par son incapacité à savoir comment finir sa phrase ou même à s'exprimer sur le sujet, mais ce dernier avait déjà compris. Ce fut une évidence même si Sasuke se demanda depuis quand.
« Tu sais bien que je serai le futur Hokage. Comme si je pouvais mourir avant, plaisanta le blond.
— Ne le deviens pas, alors, souffla brusquement Sasuke, avant de lever les yeux au ciel à cause des sommets de puérilité qu'il venait d'atteindre.
Bien sûr que le blond serait le prochain Hokage. Tsunade attendait seulement qu'il soit prêt.
Son tête tomba sur son épaule, lasse, son ton devenant étonnamment sérieux.
— Je me sens faible avec toi, Naruto. Je me sens faible et stupide et je pourrais te détester pour ça.
Il soupira nerveusement.
— Je t'avais parlé de « couper les liens » il y a des années, reprit-il. Tu t'en souviens ?
— Je ne risque pas d'oublier, répondit calmement le blond, malgré les faits difficiles auxquels ils faisaient référence.
— Je n'y arrive pas... Pas faute d'essayer, hein ? »
Dans la confidence, son visage s'était adouci. Il soupira profondément, s'étonnant de l'apaisement qu'il était en train de ressentir. Les yeux bleus qui étaient posés sur lui semblaient brillants.
« Tu ne m'as pas répondu, hier, reprit le brun. Qu'est-ce que tu veux ?
Naruto eut un sourire amusé.
— Je veux une maison avec un petit jardin.
Sasuke rit légèrement, fatigué. Quand son compagnon s'avança pour l'entourer de ses bras, il ne protesta pas.
— Je te veux, toi, précisa Naruto. Toi. Sans masque, sans mépris, sans mensonges et sans agressivité inutile... Juste toi. »
La simplicité de la demande était déconcertante et le jeune Uchiwa ne fut que plus troublé quand le blond pencha son visage sur son épaule, murmurant un « je te veux tellement » qu'il ne sembla pas avoir conscience de prononcer.
Longuement, ils restèrent ainsi l'un contre l'autre, Sasuke s'étonnant de se sentir autant vidé, puis il détourna le visage. Posant une main sur l'épaule de Naruto, il la longea lentement en contournant son corps tandis que ce dernier le suivait du regard.
Dos à la pièce, le visage dirigé vers lui alors qu'il reculait de quelques pas, l'expression du jeune homme était indéchiffrable.
Quand ce dernier posa les mains sur le tissu rouge noué à sa taille, la respiration de Naruto s'accéléra.
Le lien aux motifs abstraits chuta avec légèreté, puis un mouvement fluide dégagea l'épaule pâle du kimono court, dévoilant un torse aux muscles finement dessinés. En de lents gestes, Sasuke laissa le blond savourer la vue qu'il offrait sur son corps alors qu'il se déshabillait, faisant sauter les boucles de ses chaussures pour les envoyer valser plus loin d'un mouvement de pieds. Par sa marche régulière vers la couche simple posée à même le sol, juste derrière lui, il attisa le regard de son amant, ses yeux charbon fixés sur lui avec une chaleur non dissimulée.
D'un mouvement de pouce, il détacha la pochette à kunai qui était restée attachée autour de sa cuisse, la faisant tomber par terre. Il s'arrêta un court instant pour défaire juste légèrement le lien de son pantalon, laissant apparaître un coin supplémentaire de peau blanche qui éveilla une lueur mutine dans les yeux de son amant.
Puis il s'allongea sur le futon, appuyé sur ses coudes en arrière.
Un long soupir fila longuement entre ses lèvres, comme pour l'aider à évacuer les réserves qu'il pourrait encore avoir et... son attitude provocatrice atteint des sommets d'érotisme tandis qu'il s'étendait en prononçant ce simple mot :
« Viens. »
À suivre.
Oui je sais, c'est salaud de couper ici.
Je disais il y a pas longtemps en discutant avec une revieweuse que c'était un combat d'aller au bout d'une fiction à chapitres (surtout pour ce genre de fic. Vive les pauses PWP légères ou les UA entre deux chapitres). Pourtant, quand on parvient enfin à poser quelque chose auquel on a pensé depuis longtemps, comme ce « Viens » de Sasuke que j'ai voulu écrire dès le début, ce n'est que du bonheur.
Prochain chapitre : Céder.
