Titre : Liaisons, embrouilles et un rouleau disparu.
Auteur : Kumfu.
Bêta : Opelleam.
Encore une fois merci pour les reviews !
Pour répondre à la question de « moi » (review anonyme), même très tardivement : j'ai remarqué que, dans des conditions idéales, il me fallait deux à trois semaines pour écrire un chapitre (ou un one-shot, d'ailleurs), c'est à dire si je sais où je vais, si j'ai l'inspiration, la possibilité de me ménager quelques moments suffisamment longs pour me poser et donc pouvoir écrire, pas trop de fatigue, pas trop de sorties prévues ou de monde qui passe ou squatte chez moi... tout ça tout ça, quoi. Par contre, toutes ces choses de la vie (ou de l'écriture) font que ces semaines deviennent en fait un mois, deux mois... et je poste donc un chapitre de cette fiction tous les deux à trois mois (euh... quatre, là) étant donné que je les entrecoupe depuis un certain temps de one-shots. On approche de la fin, ceci-dit : il ne reste plus que deux-trois chapitres.
Un grand grand merci à Opelleam pour son super boulot de bêta-lecture sur ce chapitre. Et bonne lecture !
CHAPITRE HUIT
Céder
Ou
« Sasuke, uke ! »
Naruto cligna des paupières. Sa tête glissa sur le mur derrière lui.
Il avait des vertiges... Il y avait quelque-chose de fabuleux dans le fait de se sentir à ce point étourdi.
Ce qu'il voyait dans les yeux de Sasuke en cet instant... ou plutôt ce qu'il ne voyait plus : cette absence de provocation, ce regard presque trop simple sur lui, un peu voilé seulement par la fatigue et qui n'exprimait plus alors que l'attente.
L'attente...
Et le don.
Sasuke n'était pas l'être insensible que beaucoup s'imaginaient. Derrière son apparence froide et hautaine, il y avait ce garçon qui avait fait partie de sa première équipe en tant que ninja, celui qui avait frôlé la mort pour les protéger lui et Sakura, n'hésitant alors pas à mettre ses désirs de vengeance de côté et Naruto le savait. Il était ce jeune homme qui avait rêvé, certes de manière très éphémère mais rêvé quand-même, de rester au village, celui qui aurait pu ne pas partir et peut-être ne pas commettre cet acte irréparable qui l'avait tué intérieurement aussi clairement qu'il avait tué son frère. Le Sasuke qu'il connaissait. Tout ce que celui-ci avait essayé de faire croire depuis n'était que de mensonges et illusions, ce qui était d'autant plus difficile à reconnaître qu'il mettait autant d'énergie à leurrer les autres qu'à se berner lui-même. S'il savait blesser, violemment, les corps et les esprits, ce n'était qu'en se meurtrissant également.
Sasuke ne pouvait pas se sauver lui-même. Naruto savait cependant que, lui, le pouvait. Lui. Il avait tout ce dont le brun avait besoin... et celui-ci avait tout ce dont lui, Naruto, avait besoin. C'était peut-être stupide de sa part d'avoir de telles pensées, complètement immature. Peut-être... Pourtant, ils avaient toujours été deux, depuis l'enfance, depuis le temps de l'équipe sept. Deux. Et puis trois avec Sakura. Autant duo que trio suivant les cas de figure, même lorsque le dernier membre de leur équipe était parti.
Jamais il n'avait pensé que Sasuke était à lui, même si parfois sa façon de s'exprimer, voire d'agir, prenait ce type de forme possessive. Le brun lui avait toujours échappé, semblant lointain même lorsqu'il était physiquement près de lui, inaccessible, et Naruto aurait menti s'il avait nié l'attrait que cet aspect insaisissable exerçait sur lui. S'il n'était pas « à lui », peut-être que, à l'inverse, Naruto s'était comporté comme s'il était à Sasuke. Il s'était donné au-delà de ce qu'il aurait pu imaginer, qu'importe, pourvu qu'il le garde auprès de lui, qu'il le préserve de la folie qui ne semblait jamais totalement l'épargner, qu'il voit, même de manière infime et bien trop rare, son regard s'ouvrir, une légère douceur éclairer son visage, la lueur de l'enfance ressortir derrière l'adulte taciturne. Aussi loin qu'ils aient pu aller, il n'avait jamais cessé de croire en ce jeune homme dont l'absence avait été la plus douloureuse qui soit. Même lorsque son sabre avait failli le pourfendre, il n'avait pas essayé de l'arrêter : c'était de la colère qu'il avait ressentie, pas de la peur. Même quand son poing avait traversé sa poitrine, lorsqu'il avait senti son chidori, ses coups sur son visage, il n'avait pas vraiment cru que Sasuke pourrait le tuer ou même lui faire quoi que ce soit dont il n'aurait pas été capable de se relever. Il s'agissait peut-être d'une pensée irrationnelle, mais il lui faisait confiance.
Lentement, il laissa son crâne dériver contre le mur froid derrière lui.
Ce Sasuke qu'il voyait à l'instant, son regard présent, cette forme d'innocence dans sa façon d'attendre...
Les mots entre eux avait toujours été trompeurs, les mensonges trop fréquents. Derrière les moqueries, il y avait l'affection, derrière la rivalité l'amitié, derrière les insultes... la complicité. Les non-dits étaient légion et, au milieu de ce vaste jeu de fiertés et de refus de plier l'un devant l'autre, le seul langage qui avait été libre de manipulation avait été celui des poings, plus tard de la chair, trop souvent l'un ou l'autre de toute façon.
Allongé sur la couche aux draps vieillis, Sasuke l'observait de ses yeux noirs, profondeur abyssale dans laquelle il était si aisé de se perdre. La douceur voilée de son regard était troublante. L'attente... et cette façon muette de répéter ce mot : « viens », comme s'il l'implorait.
' Viens.' 'Montre-moi ce que c'est de céder, convainc moi...'
Se montrer autant fragile et vulnérable, offert... à tout, créature ayant laissé tomber ses ultimes remparts face à lui, s'ouvrant à l'inconnu, à l'indicible, semblant lui dire de prendre ce qu'il voudrait, qu'était-ce d'autre sinon ce don aussi intense que celui de Naruto pour lui ? Qu'était-ce d'autre que de la confiance ?
Ça avait un côté un peu fou, presque effrayant, de penser qu'en cet instant il pourrait tout lui faire. C'était même trop d'un coup. Il se sentit un peu oppressé et referma les paupières, s'attardant légèrement derrière leur obscurité.
Ce qu'il voulait...
Sa tête se pencha sur son épaule, ses mèches blondes en effleurant la peau.
Ce qu'il voulait, lui, ce qu'il voulait... Plus que tout, ce qu'il voulait, là tout de suite...
Il respira profondément, expirant lentement l'air entre ses lèvres resserrées. Seule sa poitrine se mouvait au rythme de sa respiration, comme s'il craignait que bouger puisse rompre le charme, faire s'évanouir ce moment d'irréalité.
Ce qu'il voulait, ce qu'il avait crevé d'avoir, ce dont il avait si souvent rêvé, ce qu'il avait effleuré, parfois...
Ses yeux se rouvrirent, humides, sur le plafond. Au delà du trouble, une forme de détermination était en train d'y prendre place.
Lorsqu'il reposa le regard sur Sasuke, un petit sourire était apparu sur ses lèvres. L'émotion était encore vive, mais ses pupilles brillaient avec une force que le brun reconnut immédiatement, mélange de certitude et de volonté qui lui était propre, indescriptible. Sasuke n'avait jamais su mettre de mots sur ce que ce regard pouvait provoquer en lui. Il se serait senti stupide s'il avait essayé. Alors que le dos de Naruto se décollait du mur, il renversa simplement son crâne vers l'arrière, offrant à ce dernier une vue plus large sur l'étendue pâle de sa gorge qu'il exposa autant à ses baisers qu'à ses morsures. Une main fébrile passa dans les mèches blondes qui retombaient sur le front hâlé. Un pas suivit.
Sasuke observa le corps solide s'approcher lentement, se dressant progressivement juste devant lui. Plus aucun sourire ne déformait la surface lisse de ce visage, son expression étant devenue presque trop sérieuse. Il entendit à peine le bruit de métal s'entrechoquant lorsque le blond déposa sa pochette à kunai sur le côté du lit.
La main qui se posa sur le matelas lui fit fermer à moitié les paupières. Un genou suivit, une poitrine large, le dessin d'une clavicule sous une peau mate... trois marques à type de moustaches de renard barrant une joue. De si près, l'éclat des orbes bleus était encore plus envoûtant.
Le temps durant lequel ils restèrent leurs visages l'un au dessus de l'autre aurait pu être un simple instant comme une éternité.
Puis la bouche de Naruto se posa sur celle de Sasuke.
Un baiser.
Un vrai.
Naruto l'avait tellement voulu, ce contact entre leurs lèvres dans lequel aucun n'aurait plus peur de se perdre voire d'y laisser la raison. Un baiser dévastateur, qui balaierait tout : la peur comme les dernières entraves, tout ce qu'ils n'avaient pas su régler auparavant. Un baiser comme ils n'en avaient eu que des bribes, des avant goûts, moments trop intenses parfois dont ils se détachaient, soit l'un, soit l'autre, parce que c'était trop fort et trop dangereux, parce que se laisser aller c'était se montrer faible et que ça faisait peur, parce qu'il fallait avoir confiance pour se montrer faible. Cependant, en cet instant, ils se fichaient bien d'être faibles. Qu'ils le soient ensemble, que le monde s'écroule... que les ténèbres arrivent, que Kyuubi sorte de son corps et que les neuf démons étendent leur aura noire sur la planète...
La bouche de Sasuke ne lui avait jamais semblé aussi brûlante, ses lèvres aussi avides, gonflées.
C'était de l'amour, bon sang, c'était de l'amour. La certitude frappait l'esprit de Naruto.
Il aurait pu se noyer dans la saveur de cette bouche, en crever. Il aurait aimé en crever. Mourir d'extase, comme ça...
Il avait toujours trouvé idiotes ces histoires de baisers de midinettes à perdre haleine, comme si on pouvait manquer d'air dans ces moments... Alors pourquoi se retrouvait-il haletant ? Et Sasuke... Sasuke qui s'accrochait à son dos, se donnant tout entier... Ceux qui avaient cru qu'il était un être dur et sûr de lui s'étaient laissé tromper par l'illusion. Le jeune être dans ses bras était une vierge frémissante, créature dont chaque centimètre de peau vibrait sous ses doigts, dont les lèvres buvaient l'eau de sa bouche, dont le corps entier criait à quel point il était bon et un peu fou aussi de s'abandonner... un peu fou, oui...
Alors que la réalité se rappelait à lui, le souvenir simple du lieu où ils se trouvaient et de ce qui les avaient menés à une telle situation, il essaya de relever la tête, suçota longuement les lèvres chaudes, incapable de les lâcher... revint les prendre alors qu'il allait s'en détacher, glissant sa langue en gémissant, répondant à la chair. Plus encore que le contact de la bouche offerte de Sasuke, ce qu'il ressentait était douceur et relâchement, échange. Il avait l'impression de fondre dans ce baiser dont il n'avait que trop rêvé la pure simplicité. Le vertige ne le quittait pas. Il chercha à reprendre son souffle, cligna fortement des paupières, se rendant vaguement compte qu'il s'était pressé de tout son corps sur celui du brun et que les mains de ce dernier s'étaient à ce point agrippées à sa peau qu'il pourrait presque le griffer, que les cheveux noirs étaient ébouriffés et qu'une légère rougeur ressortait sur les joues pâles.
À cause de la lumière du jour, il referma les yeux.
Peut-être faisait-il trop chaud aussi.
Depuis la fenêtre ouverte, un vent léger s'engouffrait, les sons du bois entourant le bâtiment ne leur parvenant plus que dans un brouillard de sensations.
Sa langue passa sur ses lèvres comme s'il cherchait à y retrouver le goût de Sasuke. Lentement, il rouvrit le regard, surpris par l'expression qu'il découvrit, miroir parfait de toutes les émotions qui le traversaient et de la stupeur de l'instant. Un large sourire éclaira alors son visage.
Sasuke s'immobilisa, perturbé.
Depuis un certain temps maintenant, ce dernier ne savait plus ce qu'il ressentait, ne s'expliquant ni le trouble ni l'émotion qui s'étaient emparés de lui. Quand à cette étrange paix, il ne la comprenait pas non plus. Il s'en foutait pourtant complètement. S'il avait raisonné, il serait probablement parti. Et il n'avait plus envie de raisonner.
Naruto passa un doigt sur la courbure de ses lèvres.
« Sasuke. »
La lumière qui avait envahi les yeux bleus était troublante. Longuement, le jeune Uchiwa contempla l'homme penché sur lui, un petit sourire se dessinant sur ses lèvres quand il se laissa aller à l'envie de le taquiner.
« Tu sais que t'as l'air tout couillon quand t'es content comme ça ?
— Eh oh ! », feignit de se fâcher Naruto dans une mimique amusée, captivé pourtant par la tendresse qui prenait toute la place sur le visage de Sasuke.
Sa main passa sur la joue pâle, en suivant l'arrondi, en étirant les traits comme s'il cherchait à en capturer l'expression. Puis, il la repoussa pour dégager l'épaule contre laquelle il posa les lèvres. Lorsqu'il sentit les doigts de son amant entrer dans sa chevelure, il soupira de plaisir. Un rire étouffé lui échappa.
« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda le brun.
— J'ai des kilos de pensées parasites, mêlées à d'autres plus... visuelles, on dira. Ça fait un peu bizarre...
— Comme quoi ?
— Les visuelles ou les parasites ?
Le ton de Naruto était clairement joueur.
— Les autres. Je n'ai pas beaucoup de doutes sur les visuelles.
Le blond plissa des yeux amusés, puis fit semblant de réfléchir, plongeant son visage dans le cou de son amant pour en sucer doucement la chair.
— Du genre... comme : « mais... on ne serait pas un peu en mission, au fait ? » ou « ah oui, c'est vrai qu'il y a Sakura et Sai juste à côté, 'manquerait plus qu'ils débarquent maintenant » ou « est-ce qu'il m'est déjà arrivé de merder autant dans une mission ? »...
Il se redressa légèrement, mais Sasuke ramena sa tête contre lui, grognant quand Naruto le mordit en réaction.
— Si tu tiens compte de l'épisode avec Shikamaru et Sai qui se barre avec le rouleau, on peut considérer que j'ai encore pas mal d'avance sur toi, remarqua le brun. Il va falloir te lever tôt pour me rattraper.
— Je vais y mettre toute mon énergie; alors. »
Puis Naruto grignota la chair pâle qui était à portée de sa bouche, se délectant de la façon dont Sasuke se tendit sous lui.
« Tu sais, poursuivit-il en rêvassant, ce que t'as raconté Sai pendant que tu étais avec lui dans les arcanes lunaires...
— J'en ai parlé ?
— Juste avant de t'évanouir, oui.
— Ah.
— Tu crois que c'est fiable ?
Un bruit de bouche lui répondit.
— Aucune idée. Je n'utilise pas assez souvent cette technique pour le savoir.
Naruto se resserra, son bassin ondulant pour se presser contre celui du brun. Les doigts de ce dernier se refermèrent sur le t-shirt orange qui crissa légèrement.
— Ça m'était déjà arrivé d'avoir un cas comme ça, reprit Sasuke, mais... pas de la même manière. Il a eu l'air tellement pressé de me parler, d'un coup. Je me demande si c'est lié à la façon dont son psychisme a été perturbé par l'ouverture du rouleau... ou alors peut-être que, au milieu de sa mélasse intellectuelle, il a inconsciemment essayé de garder ces informations en mémoire...
— Possible.
— Mouais. Bah. On sait au moins où retrouver les « nuages roses », pour peu qu'on puisse se fier à ce fameux point de rendez-vous dont il a entendu parler. Il ne reste plus qu'à vérifier maintenant.
— Une armée de réjouissances en perspective, ironisa le blond. Ça ne sera pas du luxe d'avoir un Sai normal avec nous.
Puis, devant l'expression d'étonnement moqueur de Sasuke, il rectifia :
— Enfin... pour peu qu'on puisse le qualifier de « normal », bien sûr. »
Ils partagèrent un sourire, puis le jeune Uchiwa détourna le regard, le laissant courir brièvement à l'intérieur de la pièce. Par son aspect délabré, murs fissurés et meubles rouges abandonnés, elle avait tout d'un lieu dans lequel la nature semblait sur le point de s'introduire pour reprendre ses droits, apaisante dans son atmosphère. Un instant, il imagina une épaisse mousse ramper depuis la fenêtre ouverte pour recouvrir le sol et s'accrocher aux aspérités des murs.
« Tu as perdu ta virginité ici ?
Naruto releva un visage étonné.
— Tu veux vraiment le savoir ?
Les yeux de Sasuke étaient ouverts avec curiosité. Il se contenta d'acquiescer.
— Oui, répondit alors le blond.
— Raconte.
— Tu es bien curieux !
Sasuke pouvait sentir son souffle sur ses lèvres. Il se les suçota inconsciemment.
— Allez... »
Après une expression plus amusée encore, le blond se redressa, se retrouvant assis sur les hanches de son compagnon. La vision des yeux noirs ouverts si simplement sur lui était une image incroyable.
« Ben... Il n'y a pas grand chose à en dire, tu sais. Je venais ici avec l'ermite pervers du temps où il m'avait pris sous son aile. Il fallait entendre les filles glousser quand il arrivait ! On restait facilement quelques jours ici, soi-disant pour se reposer, mais ça faisait plutôt comme si cet endroit était un peu sa maison, du genre le retour au bercail, tu vois. J'ai toujours pensé qu'il avait une relation plus familiale qu'autre chose avec les pensionnaires, mais je crois qu'il en pinçait aussi pour la maîtresse de l'établissement. Elle avait de ces seins ! Énormes, comme Tsunade.
Il écarta les mains pour figurer une poitrine débordante.
— Bon, du coup, reprit-il en grimaçant un peu, tu parles que je les faisais assez marrer, moi le petit gamin en visite chez elles et puis... bon ben, c'est un peu la nature maternelle des femmes, elles étaient aux petits soins pour moi. Je te passe les détails sur ce que je vivais, entre les cris que j'entendais dans les chambres et ce que se racontaient les filles quand elles se retrouvaient pour les repas...
Ses yeux se plissèrent avec amusement.
— Enfin. Résultat, un jour elles ont fini par me traîner dans une de leurs chambres, mais je ne peux pas dire que j'ai beaucoup protesté. Je crois que ça les a fait bien rire de déniaiser un petit jeunot comme moi.
— Des femmes alors ? Toujours des femmes, remarqua Sasuke.
Son expression était celle de l'incompréhension. Naruto haussa les sourcils.
— Avant toi, oui... Je ne me suis jamais posé trop de questions là-dessus, en fait. Je ne sais pas.
Il eut un petit sourire et baissa le regard sur le côté, tombant sur la pochette de cuir contenant ses armes de jet qu'il avait déposée à côté de Sasuke.
— Je ne me souviens plus de la première fois où j'ai vraiment ressenti de l'attirance pour toi. Enfin, je ne saurais pas le situer. C'est flou, tout ça. On était tellement dans les bagarres, à se provoquer en permanence... Je ne sais pas non plus quand est-ce que tu es devenu si... important ou...
Il déglutit. Son regard se focalisa à nouveau sur celui de son compagnon.
— Parfois je me demande à quel point c'était déjà présent avant. Je crois que... quand on se battait, je cherchais aussi à te sentir physiquement, que c'était quelque-chose dont j'avais besoin... Enfin bon. Et toi alors ?
Le visage de Sasuke, qui avait alors marqué une certaine surprise, s'assombrit brusquement.
— Tu ne veux pas le savoir.
Naruto tiqua, gêné. Le brun précisa en soupirant, sa tête tombant sur son épaule.
— Encore un de ces trucs glauques chez Orochimaru... Il n'a pas survécu au rituel de pose de la marque maudite le lendemain, de toute façon. Je crois qu'il avait surtout peur.
Puis il ajouta avec une expression insaisissable :
— Il avait des cheveux blonds... comme toi.
Naruto resta un temps décontenancé, silencieux, puis sembla vouloir reprendre la parole.
— Et tu n'as aucune responsabilité dans ce qui s'est passé, anticipa le brun d'une voix ferme, sachant très bien ce qui allait sortir de cette bouche entrouverte. C'est « ma » vie, ce sont « mes » conneries. Tu n'as jamais eu le pouvoir d'empêcher quoi que soit et tu n'as sûrement pas celui de changer ce qu'il s'est passé. Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait parce que je l'avais décidé et... je ne peux même pas dire que j'aie des regrets. Je ne sais pas ce que j'aurais pu faire en dehors de ces choix.
Le regard qui était plongé dans celui de Naruto était d'un noir presque liquide.
— Et les morts ne reviendront pas à la vie. »
Longuement, les mots planèrent dans le silence qui envahit la pièce.
Il s'agissait de la première fois où le blond entendait Sasuke évoquer la mort de son frère et il en était un peu perdu. Un temps, il resta immobile, incapable de détacher le regard de celui de son compagnon, puis il reporta son attention sur le torse glabre sur lequel il passa lentement la main.
Ses doigts glissèrent sur la peau blanche, remontant vers la gorge autour de laquelle se trouvait ce collier qui avait appartenu à Itachi et dont il se saisit, faisant rouler la chaîne entre ses doigts. Il eut alors une curieuse impression : celle de tenir un objet bien trop lourd pour ce qu'il était, comme s'il ressentait pleinement ce que représentait le poids que son compagnon avait choisi d'attacher à son cou.
Un sourire torve prit place sur ses lèvres.
Sasuke avait décidé de vivre avec ses erreurs. Il était temps pour lui d'accepter ses échecs.
« Comment tu te sens ? murmura-t-il enfin.
Le brun hésita.
— Je ne sais pas. Bizarre... comme vidé.
— Ça me fait un peu peur de te voir comme ça.
— Pourquoi ?
Naruto prit une seconde avant de répondre.
— J'ai l'impression que tu vas te briser devant moi.
Les lèvres de Sasuke se tordirent en un rictus, puis il lança la main vers la nuque de son amant, l'attirant contre lui. Quand il sentit enfin son poids s'exercer sur sa poitrine, il soupira d'apaisement.
— Empêche-moi de me briser, alors. »
Puis il plaqua ses lèvres contre les siennes.
Dehors, un oiseau s'envola, la branche qu'il venait de quitter oscillant dans un bruissement de feuilles. Le jour commençait à décliner. L'étui à armement glissa depuis le bord du matelas, chutant au sol, s'ouvrant en exposant aux rayons bas du soleil quelques kunai dont le métal brilla.
Le poing de Naruto se crispa. Le drap juste à côté du visage de Sasuke se froissa légèrement.
Il y avait un air de première fois dans la façon dont ils s'embrassaient, se touchaient, semblant deux jeunes adolescents perdus dans la découverte de sensations dont ils ne soupçonnaient pas l'intensité. Aussi magnifique qu'ait pu être l'attente, le désir lancinant qui jusque-là avait été laissé de côté ne souffrait alors plus d'aucun délai. Ils ne voulaient plus que prendre ou se donner, les deux peut-être... oui, les deux. Les mots entre eux paraissaient déjà lointains.
Pouvoir baiser ainsi les lèvres de Sasuke, les sentir presque vibrantes contre les siennes, glisser sa langue et le sentir répondre dans une même ardeur... La réaction qu'avait attendue Naruto était-elle vraiment là ? Il n'en était déjà plus à se poser ce genre de questions. Sasuke se donnait et il voulait tout prendre, tout vivre et s'en gaver, en éclater puisque rien ne semblait vraiment capable de le rassasier. Il se sentait affamé et il était bon de l'être.
D'un geste devenu presque maladroit, il se pressa plus fort sur le corps de son amant, ses hanches se raidissant, se crispant tant il voulait pousser et il s'arracha à la bouche chaude. Tremblant, il se serra alors plus nerveusement en jouant des reins, plongeant le visage dans le cou qui se détourna, suçant la peau, léchant la chair tendre juste sous l'oreille. Un coup de reins plus précis le fit lâcher un souffle lourd.
« J'ai envie de toi, Sasuke... »
La phrase était sortie trop vite et il releva son visage, hagard, dans la recherche d'une réponse sur les traits froids... habituellement froids, seulement.
La tête lui tourna un instant.
« J'ai... »
Un sourire naquit sur ses lèvres et il prit le temps de reprendre un peu son souffle avant de murmurer avec plus d'assurance, cette fois.
« J'ai envie de toi. »
Les yeux noirs se troublèrent. Naruto poussa soudainement d'un mouvement de reins, tremblant en sentant leurs deux membres se presser l'un contre l'autre. Haletant, il réitéra le mouvement. Les mains fébriles qu'il sentit s'agripper à ses vêtements lui firent passer lui-même son t-shirt au dessus de sa tête, le jetant avec un empressement qu'il ne se connaissait pas.
Aucune de leurs étreintes n'avait jamais été si sensuelle. Ses reins se mouvaient presque de leur propre volonté, faisant se rencontrer toujours plus fortement leurs érections, tirant de Sasuke des expressions inconnues jusqu'alors, trop érotiques pour être dévoilées à la vision des hommes. La façon dont il se transformait pour lui en la plus vulnérable des créatures était une image qui devait restée cachée. Les mouvements de leurs bassins devinrent plus appuyés. C'était à ce point excitant qu'il pensa pouvoir jouir de cette simple friction. Un nouveau « j'ai envie... », plus rauque, résonna profondément dans l'oreille de Sasuke.
Le jeune brun se tendit et les mains qui se crispèrent soudainement sur ses fesses firent trembler Naruto. Leurs corps se resserrèrent, leurs peaux se collant plus fortement encore l'une contre l'autre. Le blond sentit la poigne sur ses muscles se faire plus rude, nerveuse, les membres étirant légèrement sa chair comme s'ils cherchaient à l'écarter. Un temps, il ne sut plus s'il voulait se presser contre la chaleur moite de ces hanches ou se tordre vers ces doigts qui se raidissaient dans le désir de le pénétrer.
« Tu as envie de me prendre, soupira-t-il.
La main glissa plus loin entre ses fesses, plissant le tissu du pantalon.
— Tout le temps...
Il s'agissait d'une plainte ou d'une constatation. Naruto n'aurait su le dire.
— Mais ce ne sera pas le cas aujourd'hui », ponctua Sasuke.
En le voyant relever les bras au dessus de la tête, le jeune blond déglutit difficilement. Sasuke allait le rendre fou s'il avait encore de ces gestes. Il perdit une main fébrile dans sa chevelure. Brusquement, il roula sur le dos, soufflant comme pour retrouver ses esprits.
« Du lubrifiant. Tu crois qu'on peut en trouver dans ces placards ?
Le brun eut un bref rictus.
— Je sens le produit périmé depuis des années.
— Le tube de lubrifiant... l'objet indispensable à emmener en mission. Des fois, je me demande à quoi je pense quand je fais mon sac.
— On manque à tous nos devoirs. »
La remarque ironique fit tourner un visage amusé à Naruto, troublé pourtant par la façon dont Sasuke était en train de se donner à lui. D'un coup, il sauta alors hors du lit pour ouvrir les placards qui renfermaient encore, à sa surprise, de nombreux objets entassés et dont certains éveillèrent, malgré lui, quelques pensées inavouables dans son esprit. Il dut souffler pour se calmer en les parcourant du regard. Le petit pot de produit qu'il recherchait lui apparut avec un certain soulagement. Il se tourna pour l'agiter.
« Victoire. »
Sasuke releva brièvement les yeux sur lui en murmurant un : « je commence à me poser vraiment des questions sur ton choix de venir ici » qui le fit rire légèrement. Puis l'Uchiwa posa les mains sur les côtés de son pantalon et commença à le faire descendre. Naruto s'occupa aussi vite des attaches retenant encore ses propres vêtements.
Le silence dans lequel ils s'observèrent, traversé seulement du frottement des tissus délacés et froissés avait un quelque-chose de profondément érotique.
Sous le regard de Sasuke, Naruto se dressait dans une plastique impeccable qui n'avait de leur fonction de ninja que la musculature taillée pour le combat. Pas la moindre marque blanche pour barrer l'aspect lisse de sa chair, pas la plus petite trace d'affrontement, presque de vécu, le chakra de Kyuubi l'ayant laissé figé dans une image d'être intouchable. Les derniers rayons de soleil s'accrochaient aux reliefs de son torse et les yeux bleus posés sur lui brillaient d'une lueur inhabituelle : mélange de tendresse, de convoitise et une force plus brute qui semblait y brûler, presque inhumaine dans sa puissance.
L'envie de se laisser posséder par ce désir violent l'envahit un instant.
Naruto lâcha un souffle amusé en le voyant s'étendre plus lascivement encore sur le matelas.
« Tu te rends compte que je ne vais jamais être capable de me retenir ?... Tu m'en voudras ?
— Tu seras puni et obligé de recommencer.
— Oh ?
Sasuke regretta aussitôt ses paroles.
— Tous les jours ? le taquina le blond.
Le brun leva les yeux au ciel et Naruto reprit en riant à moitié :
— Ne me dis pas que tu doutes de mes capacités à te faire aimer ça. Moi, le futur Hokage de Konoha ?
— J'oubliais que c'était une compétence demandée pour entrer dans les forces spéciales. »
Naruto sourit largement puis rejoint Sasuke sur le futon posé au sol, cherchant immédiatement sa bouche, encore, comme s'il voulait rattraper tous ces baisers qui leur avaient manqué.
La paume qu'il glissa sur son ventre fit se raidir le jeune brun tant il avait besoin, maintenant, de le sentir plus bas. Un soupir sépara leurs bouches.
Quand la main descendit le long de sa peau, progressivement, les paupières de Sasuke se fermèrent à moitié, un frisson le parcourant au moment où les doigts frôlèrent son érection. La tension qui s'était accumulée entre eux était devenue trop intense et il se cambra légèrement alors que la main de Naruto l'enserrait, ses reins se raidissant comme s'il voulait lui-même s'y mouvoir.
Naruto le caressa, lentement, observant le plaisir s'inscrire dans ses pupilles.
À nouveau un baiser, un sourire sur les lèvres, un souffle s'envolant dans la pièce, plus chaud encore que tout ce que le blond avait pu percevoir auparavant. Les doigts qu'il sentit alors se mouvoir sur sa propre érection le forcèrent à se retenir pour ne pas gémir trop fortement. Il posa le front sur celui de Sasuke.
« Je crois que je pourrais jouir juste maintenant... »
Ce dernier sourit et laissa tomber son visage dans le creux de son cou, respirant son odeur, ne s'arrêtant pas pour autant. Doucement, il laissa glisser sa main sur le membre de Naruto, la resserrant parfois en quelques gestes plus appuyés, suçant sa chair lors de ses propres éclats de plaisir, aimant sentir vibrer son corps en même temps que le sien. Un léger tremblement l'avertit que son amant était proche de craquer et il ralentit ses mouvements. Juste avant de le relâcher, il passa le pouce sur le bout du membre humide dont il porta la substance à ses lèvres en se laissant retomber sur le dos. Naruto eut un regard plus chaud encore en le voyant enfouir son doigt dans sa bouche. Sasuke essayait vraiment de le tuer. Il prit alors le temps de reprendre son souffle, les vagues de jouissances qui avaient commencé à affluer dans son ventre se calmant lentement.
Lorsqu'il s'assit pour ouvrir le pot qu'il avait apporté, Sasuke l'observa sans ciller. Même Naruto ne put se rendre compte de la façon plus que discrète dont il souffla dans l'espoir de se détendre. Seuls ses sourcils se relevèrent, moqueurs en constatant l'abondance de produit que venait de prendre le blond. Ce dernier lui renvoya un regard amusé. À aucun moment, le jeune homme ne laissa paraître son appréhension.
Naruto se pencha vers ses lèvres, tendrement, ne s'arrêtant que lorsqu'il fut sur le point de les frôler. Son regard bleu plongea avec beaucoup d'attention dans celui de Sasuke.
« Tu as besoin de distraction.
Ce n'était pas une question.
— Je... »
Sasuke s'interrompit, son réflexe initial qui avait été de signifier que tout allait bien mourant dans sa gorge. Naruto embrassa sa poitrine, léchant un de ses mamelons, laissant une traînée de salive avant de mordiller tendrement la chair de son flanc.
« Je ne sais pas », murmura-t-il enfin.
Ses doigts se glissèrent dans la chevelure de son amant.
Quand il se sentit entrer dans sa bouche, son crâne se renversa et il soupira autant de plaisir que d'apaisement.
« C'est bon... ».
Des gémissements plus intenses suivirent, les mouvements de sa poitrine devenant plus amples. Il avait l'impression que son corps était en feu, son âme écorchée. Il n'aurait pas pu se passer du contact de la peau de Naruto sous sa main. Son visage roula sur le côté et il accueillit avec satisfaction l'engourdissement de son esprit. Des sons s'échappaient de sa bouche comme s'il n'avait plus aucune prise sur eux.
Lorsqu'une humidité inhabituelle se fit présente au niveau de ses fesses, il dut cependant serrer les dents pour ne pas réagir. Naruto venait d'y déposer une importante quantité de lubrifiant et Sasuke soupira en le sentant l'étaler lentement, passant la main de son aine au dessous de ses cuises, revenant pour caresser la base de son membre puis repartant, plus loin, s'égarer dans le sillon séparant ses muscles. Le contact glissant n'était pas désagréable. S'il n'avait ressenti autant d'appréhension, il aurait peut-être même pu l'apprécier. La crainte, pourtant, l'inconnu, ne le laissèrent que trop troublé, perdu. L'extrémité du doigt qui frôla avec un peu trop d'insistance son orifice lui fut alors de trop et il sentit l'urgence de focaliser son attention ailleurs.
D'un coup, il bougea pour rechercher de son visage le contact de Naruto et pivota sur lui-même, mordillant la cuisse tendre qui se présenta à lui quand il se retrouva dans une position inversée avec le corps de ce dernier.
Le blond le fixa un instant, puis détourna son visage lorsque Sasuke le prit avidement dans sa bouche.
Comme s'il essayait oublier par cet acte ce qui était en train de se passer, le jeune homme s'y donna entièrement, suçant fort, forçant son compagnon à faire preuve de toutes ses capacités de retenue pour ne pas craquer dans l'instant. Naruto respira plus lentement. À ce rythme là, il n'allait jamais pouvoir résister et il voulut reprendre rapidement le dessus sur Sasuke. Ses mains se posèrent à l'intérieur des cuisses pâles et les écartèrent doucement. Il ignora le frisson qu'il provoqua et posa le doigt sur l'entrée de chair qu'il venait de dévoiler.
Le jeune brun se raidit et se renversa aussitôt sur le dos, ouvrant ses yeux noirs au plafond, haletant.
Il y eut alors une seconde d'attente, le regard de Sasuke plongeant dans celui de Naruto, puis le membre de ce dernier s'enfonça dans son corps.
Sasuke se tordit.
La sensation était désagréable, pas douloureuse comme il se le serait imaginé mais plutôt gênante, l'envie de repousser la présence intruse le faisant se crisper plus qu'il ne l'aurait voulu. Il referma les poings sur les draps du lit et attrapa brusquement la tête blonde quand son amant passa la langue sur son érection. Un profond gémissement s'éleva dans la pièce.
Naruto commença alors à déplacer son doigt à l'intérieur de lui, prenant le temps d'étirer doucement sa chair, ayant du mal à se concentrer sur ce qu'il faisait, tant l'image que Sasuke lui offrait était incroyable.
Le front en sueur, le brun se perdait totalement dans ses sensations, l'absence de contrôle l'y rendant presque trop réceptif. Il y avait quelque-chose de profondément gênant, de presque douloureux dans le fait d'être ainsi pénétré mais, en même temps et il n'aurait pas pu le nier, il s'y mêlait un plaisir inconnu. Aussi bouleversé qu'il puisse l'être, il ne fit rien pour retenir Naruto dans ses gestes, acceptant tout, les caresses de sa main tout comme la façon dont il releva plus haut une de ses cuisses pour faciliter ses mouvements. Une sensation de succion sur son sexe le fit gémir et il ne sut alors plus d'où venait ce plaisir, de ce membre à l'intérieur de lui ou de ces lèvres qui l'enveloppaient.
Attentif au moindre souffle, à la plus petite vibration de ses muscles, Naruto cherchait à provoquer différentes réactions et sentit son cœur battre un instant plus fort en voyant Sasuke se cambrer plus qu'il ne l'avait déjà fait. Il appuya sur l'endroit qu'il venait de découvrir et fut stupéfait par la façon dont le jeune homme se tendit, même sa respiration semblant s'être coupée. Il releva alors un visage heureux et sourit tendrement devant l'expression d'étonnement dans le plaisir de son amant
Puis il reprit son sexe dans sa bouche en enfonçant cette fois deux doigts à l'intérieur de lui. Sasuke gémit. Naruto entendit distinctement le pli du drap dans un poing serré.
Le brun se laissa enfin complètement aller, acceptant autant la tension des lèvres sur son membre que celle presque trop forte des doigts qui entraient et ressortaient de lui. Son visage roula à la recherche de la caresse des draps sur sa joue et il ne retint plus aucun des soupirs qui voulaient s'échapper de sa bouche. Sa respiration était devenue saccadée, ses muscles tremblants. L'orgasme montant était en train de prendre possession de ses cellules et... en sentant soudainement la bouche de Naruto l'abandonner, il se redressa pour attraper lui-même son érection ,mais la main qui se posa sur son poignet ne le laissa pas continuer. Les prémices de la jouissance tintaient encore violemment dans son corps et il laissa, perdu, son bras se faire repousser sur le matelas, prenant appui sur ses coudes quand les doigts de son amant s'enfoncèrent à nouveau à l'intérieur de lui, plus vite, plus fort et...
« Oh, Naruto, je vais jouir... »
Ce furent les derniers mots qui passèrent ses lèvres avant qu'il se renverse en arrière, yeux largement ouverts dans la surprise alors qu'il se répandait en gémissant.
D'un coup, il s'effondra sur le lit.
Son esprit partit, loin. Le visage qui s'enfouit dans son cou le fit pourtant l'enserrer dans un geste qui n'était plus totalement conscient. Ses doigts passèrent dans la chevelure blonde, son menton se posant sur le dessus du crâne qu'il caressa lentement.
Il n'y avait plus ni pensée, ni crainte, ni l'ombre d'un éventuel questionnement.
Après quelques instants durant lesquels il reprit légèrement son souffle, Naruto embrassa son épaule.
« Je vais attendre que tu te remettes.
— Pas la peine.
La respiration du brun était encore un peu saccadée. Naruto regarda en fronçant les sourcils.
— Je...
— Vas-y, le coupa Sasuke.
Il y eut un temps de silence.
— Tu es sûr ?
Le brun acquiesça et la certitude qui avait pris place dans son regard n'avait alors rien à envier à celle dont pouvait parfois faire preuve Naruto.
— Vas-y », répéta-t-il avant de descendre la main sur le ventre hâlé.
Ses doigts trouvèrent le sexe humide qu'il caressa doucement. Le jeune blond ferma les paupières, murmurant son prénom dans un instant empli autant d'émotion que d'envie.
Il se pencha ensuite sur lui et l'embrassa fiévreusement, s'étendant entre ses jambes avec toute la retenue qui lui était encore possible. Les yeux voilés par le désir, il écarta ses genoux et attrapa le lubrifiant pour en enduire son membre dans un état second.
Quand il reposa le pot de produit, sa main tremblait légèrement.
Il se présenta juste là où il le fallait, contre la chair devenue glissante de Sasuke et plongea son regard troublé dans le sien.
Il prit une longue inspiration.
C'était... juste... là.
Ses hanches se raidirent et il commença à peine à... Il y eut un bruit soudain et tout sembla s'effondrer. Une impression d'irréalité tomba lourdement sur l'atmosphère de la chambre.
La porte claqua contre le mur. Un cri aigu s'éleva. La pièce se referma tout aussi brusquement qu'elle avait été ouverte.
Naruto cligna des paupières, essayant de retrouver ses esprits ou... peut-être pas, non. Non. Non, en fait, non.
Une voix différente, masculine, traversa la cloison qui les séparait du couloir.
« Sakura, qu'est-ce qu'il se passe ? »
Ce n'était pas possible.
La porte d'entrée s'ouvrit à nouveau largement et Naruto ferma fortement les yeux en entendant Sakura crier de là où elle était :
« Non, Sai, non ! »
Totalement bloqué sur place, le ninja ne résista pas un instant aux bras puissants qui le tirèrent brutalement hors de la pièce. Il se retrouva plaqué contre le mur du couloir et tenta d'assimiler mentalement ce qu'il venait d'en-tre-voir... Les jours précédents passés à délirer en croquant naïvement tous les petits animaux qu'il avait rencontrés sur ses rouleaux de combat, il ne parvenait toujours pas à savoir s'il était vraiment revenu dans un monde plus « normal » et osa à peine regarder sa collègue, la découvrant essoufflée, le rouge aux joues, s'appuyant d'une main sur sa poitrine comme si elle essayait de se remettre d'une émotion forte.
Il avala sa salive.
« Euh...
Il n'était vraiment pas sûr de ce qu'il avait cru voir. Ça avait été tellement rapide et puis... bon, la configuration de la pièce ne lui avait pas permis de... Enfin, il se demanda un instant quelle était la façon convenable d'agir dans une telle situation.
— Sakura, tu... Tu... Tu es sûre que je ne suis plus dans un genjutsu ?
La demoiselle releva sur lui un regard horrifié.
— Parce que je... crois bien que... je viens de voir Naruto allongé sur Sasuke et... on aurait bien dit bien qu'il essayait de l'...
— Hou là hou là hou là ! l'interrompit-elle d'une voix tonitruante, ne voulant surtout mais surtout pas entendre la suite de sa bouche. Ah oui ! Ce n'est pas normal, ça ! Il va falloir que je me réoccupe de toi ! »
Puis elle l'attrapa par les épaules et le fit opérer d'un coup une rotation sur lui-même, l'orientant vers le lieu dont ils provenaient en commençant par le pousser pour le faire avancer. Alors qu'ils allaient s'éloigner de la porte, elle prit tout de même une seconde pour y passer une tête qui n'avait rien à envier aux colères Tsunadesques. Naruto et Sasuke avaient heureusement repris une position décente, drap tiré sur eux et expressions complément abasourdies qui vaudraient probablement à la jeune femme de formidables fous rires quand elle y repenserait plus tard. Ils la regardèrent alors gesticuler en de grands mouvements totalement incompréhensibles, si ce n'était un « deux » et un ensemble brouillon qui ne pouvait signifier que : « deux minutes pour arrêter vos conneries et ramener vos petites fesses vers moi ! ». Puis elle disparut derrière la cloison.
Naruto prit une grande bouffée d'oxygène. Il laissa retomber son visage sur l'épaule de son amant.
En entendant plus loin Sai finir tout de même de poser la question qu'il avait commencée peu avant, il relâcha un rire nerveux en constatant que le jeune homme avait bel et bien retrouvé sa vulgarité habituelle.
La nuit était déjà bien avancée quand les quatre membres de leur équipe pénétrèrent dans la grotte qu'ils avaient repérée, Sakura sortant sa carte pour vérifier leur emplacement. Le petit trajet qu'ils venaient d'effectuer leur avaient permis de rejoindre un lieu plus proche du point de rendez-vous auquel ils devraient se rendre le lendemain. Ils pourraient s'octroyer quelques heures de sommeil en attendant.
Chacun commença à s'installer silencieusement. La jeune femme observa Sasuke. Son visage impassible, ni réellement expressif ni totalement fermé pour autant, ne lui apporta aucune réponse aux questions qu'elle se posait. Elle se tourna alors vers Naruto et dut retenir un rire. Le jeune homme était un cadeau du ciel. Sa façon d'essayer de ne pas laisser paraître à quel point il était dépité-moisi-à-la-limite-de-la-déprime sans y parvenir une seconde était un régal pour les yeux. Elle s'approcha de lui.
« Comment tu te sens ?
Le jeune homme prit une seconde pour répondre, bouche pincée.
— Je suis frustré.
— Tu m'étonnes...
Il étouffa un rire nerveux, se sentant aussi vite refroidi en rencontrant le regard de leur collègue aka boulette-man qui était toujours bloqué dans une expression de « on me dit peut-être que j'ai déliré, mais il m'a bien semblé voir vu quelque-chose », avec option « est-ce d'ailleurs bien normal que je me mette à avoir ce genre d'hallucinations ?... ».
— Il croit toujours que c'était une illusion ? chuchota-t-il.
— Ouais. Ça l'a bien un peu traumatisé, mais il survivra. Je préconise une thérapie psychologique précoce et, avec un peu de chance, il pourra peut-être s'en tirer sans trop de séquelles.
— Moque-toi, va.
— Ben tiens, je vais me gêner. Enfin, je suis vachement contente pour vous, 'faut pas croire, hein ? C'est super les réconciliations sur l'oreiller, tout ça... Mais bon.
Elle lui adressa un sourire franchement moqueur.
— Je ne sais pas si tu te souviens, mais... on est en mission, hein ?
— Allez... Profite, va. Tu as fait le plein pour des années à me chambrer sur le sujet.
— Oh que oui ! C'est quelque-chose qui te poursuivra toute ta vie, ça. »
Ils partagèrent un petit rire, puis Naruto se tourna vers Sasuke.
Même si la mission ne leur permettait alors plus de s'attarder l'un sur l'autre, celui-ci ne fit rien pour cacher la façon dont il était encore troublé à Naruto. Il s'était passé quelque-chose entre eux, quelque-chose qui n'avait rien à voir avec une simple histoire de « seme » ou de « uke », même si ce serait encore à clarifier. D'une façon ou d'une autre, ils avaient avancé et aucun d'eux ne pouvait désormais l'ignorer.
Un petit bruit sur le côté attira son attention et il se tourna juste à temps pour voir Sakura manquer de se vautrer au sol, se faisant retenir par le bras juste avant de toucher terre. La jeune femme avait été fatiguée plus qu'elle ne l'avait laissé paraître par la nouvelle séance de soins qu'elle avait donnée et Naruto s'amusa de l'expression toujours si innocente de cet asocial fini de Sai tandis qu'il la tirait sans douceur pour la remettre sur ses pieds. Les yeux verts s'ouvrirent sur lui avec un certain étonnement et... le jeune blond se fit la réflexion qu'il soufflait sur leur équipe un étonnant vent de paix.
Quelques heures plus tard, deux ombres atteignaient une petite berge isolée, entourée de nombreuses rizières.
La première silhouette, imposante, s'accroupit au nord de la rivière. La lumière de la lune se reflétait dans l'eau sombre et les quelques rochers recouverts de mousse qui en sortaient, s'élevant plus loin en d'imposants pains de sucre, conféraient aux lieux une beauté remarquable.
« Je n'arrive pas à croire que tu nous a fait faire tout ce détour pour rien.
— Moi non plus...
À en juger par la voix, il s'agissait d'une jeune femme qui venait de s'adresser au premier. L'homme se passa le visage à l'eau claire, s'essuyant ensuite brièvement dans sa manche.
— Je ne t'ai jamais vu faire un tel caprice.
— Quel caprice ? s'énerva-t-il aussitôt. Tu n'en as pas marre qu'on passe pour des abrutis aux yeux de tout le monde, incapables ne serait-ce que de ramener le jinchuuriki de Kyuubi, se faisant trucider de nouveaux membres tous les quinze du mois ?
Nerveusement, il se releva pour attraper un pan de son manteau qu'il tira vers l'avant tandis que sa voix s'emplissait de nausée :
— Et ça, ça...
— Ça a déteint.
— Je m'en fous que ça ait déteint au lavage ! cria-t-il. On passe pour qui, là ? On est censés impressionner qui avec des vêtements pareils ? On est de l'Akatsuki, bon sang !
Il sautillait presque sur place et ne s'en énerva que plus parce que ça seyait encore moins à un criminel d'envergure comme lui que la petite tenue à nuages roses. Maudite organisation de truands de pacotille qu'il avait eu le malheur de rejoindre !
La jeune femme se gratta négligemment la tête, levant les yeux au ciel en grimaçant quand elle constata que les étoiles devenaient de moins en moins visibles.
— De toute façon, ça ne valait pas le coup de faire un détour, il y avait peu de chances qu'on trouve un teintur...
— Et alors ? On pouvait bien essayer ! »
Le vent se leva brutalement, apportant une fraîcheur chargée d'humidité et la femme commença à avoir un rictus nerveux. Pourvu qu'il ne s'énerve pas plus qu'il ne le faisait déjà... Elle décida de ne pas piper mot et commença à observer où ils pourraient bien s'installer pour finir la nuit.
C'est alors qu'elle le vit s'agacer encore plus, le regardant avec horreur fouiller dans son manteau pour en sortir d'une main tremblante le rouleau qu'ils avaient intercepté et...
« Quant à ça... », rugit-il.
Elle n'eut que le temps de cligner des yeux avant qu'une violente averse leur tombe brutalement sur la tête.
À suivre.
Euh... oui, j'avoue que faire intervenir Sai et Sakura juste à ce moment là, c'était un peu affreux de ma part... mais c'est tellement marrant d'embêter Naruto ! C'est trop dur de résister (désolée…).
Prochain chapitre : Les nuages roses.
