- Chapitre 1 -

Rencontre

Une sombre silhouette traversa la grande place de Kalm. Il pleuvait à verse, si bien que sa large cape noire était toute trempée. Mais qui s'en soucierait ? Personne ne pointerait son nez dehors par un tel temps de chien. Seuls les inconscients sortiraient, et encore, la pneumonie qui guettait n'était guère enviable. La jeune femme pesta contre la pluie et s'abrita un moment sous le pont qui recelait les échoppes de Kalm. Elle repoussa la capuche de sa cape tandis qu'elle descendait les marches sous le pont pour se rendre au petit bar. Lorsqu'elle poussa la porte, une odeur de bière et de fumée de cigare lui agressa les narines. La jeune femme plissa le nez, mais entra tout de même.

La petite pièce enfumée du bar comportait un comptoir où l'on servait les boissons aux rares clients qui sortaient quand même par un temps pareil. La salle comportait aussi quelques tables, désertes, et des banquettes dans le fond. Une autre porte, l'autre côté du comptoir, était fermée. La jeune femme ne cherchait pas à savoir ce qui se trouvait derrière cette porte, mais recherchait plutôt une personne accoudé au comptoir. L'apercevant, elle s'approcha, ses chaussures mouillées émettant un bruit de succion à chaque pas. Elle s'installa au bar et commanda une boisson.

- Sale temps, n'est-ce pas ? commença son voisin.

Elle hocha la tête.

- Tu as du nouveau ?

Nouveau hochement de tête, et elle lui poussa un sac en tissu sur la surface carrelée.

- C'est un nouveau prototype. Compte à rebours jusqu'à douze heures, puissance de déflagration XD005F, modèle trois.

- C'est puissant ?

- Assez pour faire sauter une mine entière en moins de temps pour dire le mot «explosion».

- C'est parfait. Combien ?

- Trois mille.

- Mes patrons trouveraient ça excessif.

La jeune femme lui jeta un regard froid.

- Tes patrons se mettront leurs pensées où je pense. S'ils trouvent ça excessif, ils peuvent aller se faire voir et j'irai trouver quelqu'un d'autre. Des tas de compétiteurs rêveraient de posséder de tels explosifs.

L'homme soupira puis acquiesça.

- Ça va.

Il sortit une enveloppe, regarda à l'intérieur pour compter l'argent puis lui remit.

- Je te recontacterai.

- C'est ça.

L'homme se leva, paya son verre et quitta le bar. La jeune femme resta encore un moment, méditant et sirotant son verre. Un nouvel arrivant s'installa au tabouret que son acheteur venait de quitter.

- Bonne soirée, n'est-ce pas ? Je crois avoir entendu dire que tu vends des explosifs ? dit-il.

Elle finit son verre, posa un billet de cinq sur le comptoir et se leva.

- Désolée, déjà vendu.

La jeune femme rabattit son capuchon et sortit du bar. Dehors, la pluie tombait toujours aussi drue qu'à son arrivée. Frustrée par ce contretemps qui ne lui permettait pas de reprendre la route, elle se résolut à atteindre l'auberge de Kalm pour prendre une chambre pour la nuit.

- Hé ! cria une voix.

Elle jeta un coup d'œil derrière elle. L'homme qui l'avait abordé au bar la suivait. Elle s'arrêta pour se retourner.

- Écoute, je n'ai rien à vendre, alors casse-toi.

Il sourit. Elle ne pouvait voir de son visage que ses yeux et sa bouche. Le reste était caché par une capuche. Il rabattit celle-ci malgré la pluie, dévoilant des cheveux blonds coiffés en piquet dans une manière assez excentrique. Ses yeux étaient bleus comme la glace. Saisie, elle observa l'homme qu'elle reconnut comme étant Cloud Strife, membre de l'Avalanche et sauveur de l'humanité. Dissimulant son trouble, elle lui jeta un regard chargé de mépris.

- Si tu voulais te déguiser en Cloud Strife pour Halloween, c'est bien réussi. Maintenant, cesse de me harceler, j'ai autre chose à faire.

Elle tourna les talons et d'un pas rapide, poursuivit son chemin vers l'auberge. Le bruit de pas clapotant sur les pavés lui annonça que Strife la suivait. L'ignorant, elle entra dans l'auberge et demanda une chambre à la réception. On lui donna une clé et elle s'en fut vers les escaliers, toujours avec Strife sur les talons. Finalement arrivée devant sa chambre, la jeune femme, exaspérée, se tourna vers Cloud.

- Mais que veux-tu, à la fin ? Tu n'as pas assez de filles ? explosa-t-elle.

Strife éclata de rire.

- Non, ce n'est pas ça. Ce sont tes mystérieux talents qui m'intéressent. Je n'ai connu qu'une seule autre fille qui fabriquait de tels explosifs. Elle s'appelait Jesse.

- Et puis quoi encore ? grommela la jeune femme. Tu vas me demander si je la connaissais ? Tu t'es mis le doigt dans l'œil, Strife.

Il secoua négativement la tête.

- Non, je me doute que tu ne la connaissais pas, elle est morte dans l'effondrement de la plaque du secteur 7.

La jeune femme resta silencieuse. Puis, avec un haussement d'épaule, enfonça sa clé dans la serrure de sa porte.

- Non que ça ne me désole pas, mais j'en ai rien à foutre de tes histoires… dit-elle.

Cloud esquissa un sourire en coin.

- Et si je te disais que tu ressembles étrangement à Jesse ?

La jeune femme l'observa un moment.

- Je te dirais que tu as des hallucinations de me confondre avec une fille décédée.

Cloud éclata de rire.

- Tu as un joli sens de la répartie.

Grognant, la jeune femme tourna le dos à l'homme et ouvrit sa porte de chambre, mais lorsqu'elle voulut lui fermer au visage, il la bloqua avec son pied.

- Tu sais, je n'ai pas terminé avec toi.

- Non, mais vraiment, tu n'as rien d'autres à faire que de harceler de pauvres filles ? ragea son interlocutrice.

- Pauvre fille ? releva Cloud avec un sourire narquois. Dis-moi, tu n'es pas sans défense, non ? Vendre des explosifs doit être un commerce assez dangereux…

- J'en ai assez de t'entendre. Que veux-tu, qu'on en finisse !

- Enfin ! Elle craque ! s'exclama Strife.

Elle le fit entrer dans la chambre. Cloud s'installa sur le lit, un sourire moqueur sur ses lèvres. Il la fixa un moment, tandis que la jeune femme se débarrassait de son manteau.

- Tu n'es pas une pauvre fille et encore celle que tu prétends être. Ai-je raison ?

Regard furieux.

- Du diable les hommes trop observateurs ! Surtout toi, Strife. Non, je ne suis pas sans défense, j'ai un poignard sur moi et je sais m'en servir. Et non, je ne suis pas celle que je prétends être. Je ne suis pas n'importe qui, je suppose, grommela-t-elle.

Le sourire de Cloud s'étira.

- Donc, Jesse, tu n'es pas morte dans l'effondrement de la plaque.

Sifflement. Le poignard s'était fiché à quelques millimètres de l'oreille de Cloud, qui ne s'était pas départi de son sourire, bien qu'il se soit fait plus grave et moins moqueur.

- Pourquoi a-t-il fallu que je tombe sur toi, Cloud ?

Il haussa les épaules.

- Le hasard, Jesse.

Celle-ci se laissa tomber sur le fauteuil du coin de la chambre avec un soupir et portant une main à son cou, elle en sortit une chaîne à laquelle pendait une matéria verte.

- La hasard a probablement la plus grande part dans cette histoire, dit-elle en roulant entre ses doigts la sphère. Après tout, l'explosion du pilier avait été faite par des pros… Personne n'aurait pu survivre à ça.

Elle leva ses yeux bruns sans expression vers Cloud avec un soupir.

- Je suis sûre pourtant que tu n'es pas venu seul à Kalm, je me trompe.

Son compagnon jeta un regard vide à la porte de la chambre.

- Non, en effet. Tifa est quelque part dans le village, jouant les effarouchées pour détourner l'attention sur notre mission. Elle devrait revenir bientôt.

Sur ces mots, il se leva. Il posa la main sur la poignée, hésita, puis jeta un regard redevenu moqueur à Jesse.

- Dans une heure, tu devras tout nous dire. Une heure, Jesse, rien de plus.

Et il sortit, tandis que les yeux perdus dans le vague, la jeune femme roulait toujours la matéria entre ses doigts.