Titre : Liaisons, embrouilles et un rouleau disparu.
Auteur : Kumfu.
Bêta : Cocoli.
Encore une fois désolée pour l'attente.
Et dans la catégorie « je réponds des siècles après mais il ne faut pas croire, je réponds quand-même », pour ta question sur l'âge des personnages, Celebrindal : En fait, c'est volontaire de ma part de ne donner aucun indice pour indiquer leur âge exactement. C'est quelque-chose qui me parasite parfois, en tant que lectrice, parce que je ne vois pas les personnages comme l'auteur à l'âge qu'il leur donne, surtout pour un UR parce qu'en tant que ninjas, ils ont tendance à être très matures très jeunes (même si j'aime bien les voir garder aussi une certaine forme de puérilité), alors c'est d'autant plus difficile à définir. Du coup, j'ai esquivé sur cette fiction, comme je le fais d'ailleurs également en évitant de donner des délais trop précis ou des indications trop détaillées sur le physique des personnages (ex : qui des deux est plus grand que l'autre, ce genre de choses), parce que ça induit des choses dans l'esprit des lecteurs qui ne sont pas forcément celles que je voudrais et que c'est le genre de truc qui me gêne parfois à la lecture d'une fanfiction. Et puis j'aime bien pouvoir m'approprier les personnages, en tant que lectrice, et je crois que ça ne marche que si tout ne nous est pas donné et qu'on peut se faire notre propre image d'eux. Ceci-dit, dans mon esprit, ce sont de jeunes adultes, ils ont donc plus de dix-huit ans, peut-être vingt ans voire un peu plus (?), mais je n'ai rien défini de clair. Je n'ai donc aucune réponse réelle à te donner, du coup. Je te laisse te faire ton idée ! Remarque : si, toutefois, tu te sens vraiment perdue par rapport à ça, ça voudrait par contre dire que je me suis plantée quelque-part dans la caractérisation des personnages, n'hésite donc pas à me le dire ^^.
Sinon, remarque sur les membres de l'Akatsukette qui auraient pu depuis disparaître dans le manga : Eh bien, quand j'ai commencé à écrire cette fiction (il y a un peu plus de deux ans maintenant, *sifflote*), ce n'était pas le cas et j'avais déjà en tête les personnages que je voulais voir intervenir. Du coup, après mure réflexion, j'ai considéré que je n'avais pas envie de changer mon idée initiale. Ceci explique donc cela.
En espérant que ce chapitre vous plaira. Bonne lecture !
CHAPITRE NEUF
Les nuages roses
Ou
« Oh monde cruel, mouise infâme, chkoumoune infinie et (re) monde cruel ».
Sai hallucinait.
Sai ne pigeait décidément rien à la nature humaine. Malgré les années, le jeune homme était resté comme immature dans ses relations avec les autres. Il observait, tel un enfant, essayait d'analyser, ouvrait de grands yeux interrogatifs et brûlait de questions qu'il savait toutes plus mal placées les unes que les autres, avant de les ravaler en fronçant les sourcils d'incompréhension. Il se détournait alors pour passer à autre chose.
Au sommet de l'échelle de ce qui le dépassait le plus se trouvaient les règles de savoir-vivre et leurs finesses, les conventions — ouh le vilain mot —, tout ce qui était de l'ordre de la politesse ou de l'impolitesse, ce que l'on pouvait se permettre de faire avec certains mais pas avec d'autres, encore que tout dépendait de la situation et... à l'arrivée, ça finissait toujours pas le gonfler et il préférait retourner à ses pinceaux.
Il avait essayé, pourtant, personne ne pourrait lui enlever les efforts qu'il avait faits à ce sujet. Des livres, d'abord, qu'il avait lus. Des manuels. De longues années passées à étudier les comportements de ses pairs, leurs gestes et leurs modes de communication. Il avait cru avoir évolué, il en avait été tellement persuadé… Ces derniers temps, il se sentait même nettement moins paumé. Les entretiens secrets auxquels le convoquait à chaque retour de mission la cinquième Hokage l'avaient petit à petit conforté dans l'idée qu'il n'était peut-être pas si perdu que ça puisqu'elle ne manquait jamais de lui demander quelle était « sa vision des choses ». Elle paraissait friande de ses avis, aimant siroter son saké en l'écoutant et lui adressant de temps en temps quelques regards brillants d'intelligence. Progressivement, il en était venu à se rendre compte qu'il était capable de capter, en fait, certains éléments bien avant les autres, ce que Shikamaru n'avait également pas manqué de remarquer. Depuis qu'ils avaient été réunis dans une équipe régulière avec Sasuke Uchiwa, Tsunade avait d'ailleurs émis plusieurs fois sa satisfaction de les voir partir ensemble, leur sortant des « je ne vois vraiment pas avec qui d'autre j'aurais pu vous mettre », pensifs, dont il n'avait jamais compris totalement la logique, mais qu'il avait acceptés.
Et pourtant... Pourtant. Il était temps pour lui de se rendre à l'évidence.
S'il avait cru avoir progressé, la réalité en était la suivante :
Que dalle !
Un long et douloureux « que dalle », avec des points d'exclamation partout et des voyelles larmoyantes. Sur le coup, là, franchement… là-maintenant-tout-de-suite, c'était flagrant. Désespérant, même. C'en était au point où il se disait qu'il ferait mieux d'abandonner et puis... il aurait même le droit d'en faire une petite déprime, pourquoi pas, tiens ? Non mais… non. Ça ne valait pas le coup de continuer.
Dans un soupir de découragement, il leva les yeux au ciel, semblant toutefois plus rêvasser qu'autre chose devant ses camarades : du « Sai », quoi. Alors qu'il sautillait en quelques petits bonds plus aériens sur les rochers dépassant de la rivière, son pied effleura l'eau, la faisant se troubler sur son passage.
Bah, après tout, ce n'était pas comme s'il y avait quoi que ce soit de nouveau pour lui : il avait toujours été un asocial, il le resterait et puis voilà. La belle affaire. Les autres continueraient à le chambrer, à s'amuser de la façon dont il était largué, à l'appeler « plane-man » et « communicator » et puis tant pis ! Ce n'était pas non plus bien dramatique. Il avait toujours considéré Naruto, Sasuke également… peut-être Sakura aussi, mais là, c'était encore un autre problème puisqu'elle appartenait à cette catégorie oh combien complexe d'êtres vivants qu'étaient les membres de sexe féminin, comme des personnes relativement aisées à suivre. Le blond était un jeune homme franc et simple, qui allait droit au but, ne s'embarrassait que très rarement de convenances et ne se gênait pas la moindre seconde pour exprimer ce qu'il pensait. Il suffisait d'ailleurs de voir le petit topo qu'il lui avait dressé sur l'avancée de la mission pour s'en rendre compte, enfin... sauf quand il avait parlé des « folasses de l'Akatsukette » qu'il avait eu un peu de mal à piger — les ?... nuages roses, d'accord. Bref. Voilà qu'ils s'apprêtaient à rattraper les fameux criminels en version gay-pride ou love-power, qu'importe, avec le programme suivant : récupérer le rouleau, leur péter la gueule au passage s'il le fallait, le tout dans le meilleur des cas avant l'arrivée d'ils-ne-savaient-qui que les miss-monde étaient censées retrouver à cet endroit, et se barrer fissa pour Konoha. Simple, efficace, du Naruto tel qu'il le connaissait. Jusque-là, tout allait bien.
Quant à Sasuke Uchiwa, il s'agissait certainement de la personne qui lui ressemblait le plus dans la catégorie « handicapé émotionnel », comme se plaisait à les chambrer le blond, et le seul type du village avec lequel il se sentait parfois quelques affinités caractérielles. Même si on ne savait jamais vraiment ce qu'il pensait, ce n'était pas dérangeant puisqu'il ne parlait pas, était plus qu'impeccable dans les missions et avait un côté reposant dans son caractère taciturne.
Et pourtant...
Jamais.
Jamais, jamais, jamais, il n'avait vu Naruto et surtout Sasuke ainsi. Jamais.
Autant, le jeune Uzumaki était plus que connu pour son énergie débordante, là c'était de notoriété publique, mais le voir à ce point pressé d'en finir avec une mission… Mais depuis quand Naruto avait-il autant hâte de rentrer au village ? Il s'était préparé avant tout le monde, déjà — la sombre blague —, avait parlé à plusieurs reprises de se « débarrasser vite fait de cette mission à la mords-moi-le-nœud » ou autres expressions équivalentes et les avait secoués vivement pour qu'ils se mettent en route avant même le lever du soleil. Depuis, ils s'étaient retrouvés avec un Naruto passé en mode mach-douze-plus-rapide-que-l'éclair, qui fonçait droit devant eux, tout en se retournant périodiquement pour leur manifester des signes d'impatience et semblait osciller entre un ras-le-bol plus qu'évident et une sorte de fébrilité inquiétante à l'idée d'en finir… Non mais très honnêtement, c'était à se poser des questions, ça, non ?
Et pour ce qui était de Sasuke et de sa mauvaise humeur habituelle, eh bien, il était... — comment dire ? — différent. Bizarre. Sai aurait presque été tenté de le qualifier de « normal » ou de « gentil », mais aucun de ces mots ne pouvait raisonnablement être associé à l'Uchiwa. Autant dire que dans la catégorie délire, ils tapaient dans le maousse costaud. Sasuke « gentil »… Il n'aurait même pas osé le dire à voix haute.
Pour commencer, il ne râlait pas contre Naruto. Incroyable ! Il ne lui avait pas dit une seule fois qu'il les gonflait et pourtant il y avait largement de quoi, et, lorsque le grand blond ralentissait enfin pour se retourner vers eux, il y avait entre les deux hommes de ces regards que... que que que... bon ben que le jeune ninja aurait eu bien du mal à qualifier, mais qui le ramenaient à chaque fois à cette espèce d'illusion qu'il avait eue la veille entre eux et que... Bon.
Voilà, quoi. Il n'avait pas franchement envie d'y repenser.
Sai avait donc essayé d'interroger Sakura sur la situation, étant la personne qui lui semblait être la plus saine d'esprit parmi leur petite équipée mais, en se rapprochant de la jeune femme, il l'avait découverte en train de mater distraitement les fesses de Naruto et en avait ressenti comme une angoisse sourde. Elle avait alors relevé innocemment les yeux sur lui, enfin, presque, parce que son regard avait tout de même dérivé en chemin sur le bas du corps de Sasuke avant de passer — et là ça avait été le pire — sur son propre nombril, et les yeux verts lui avaient semblé totalement dénués de la moindre candeur. Il s'était donc ravisé et s'était contenté de lui adresser un très large sourire de franche camaraderie en tâchant de se rappeler mentalement de faire rallonger ses tenues une fois de retour chez lui. La grimace qu'en avait eue Sakura lui avait toutefois fait remarquer qu'il avait peut-être un peu forcé sur le sourire...
Et encore, si la fameuse « illusion » avait pu ne pas en être une, il aurait tout compris ! Les deux handicapés des sentiments qui se déclaraient enfin leur flamme — depuis le temps qu'il les voyait se débattre avec ça, il n'en aurait pas été étonné — séance de galipettes à l'appui, un Naruto version surexcité qui sautait sur l'Uchiwa qu'il voyait tout à fait en « uke », en ce qui le concernait... et une Sakura fangirl heureuse qui, les hormones nettement émoustillées à cause de ladite scène, avait du mal à se retenir de les reluquer tous les trois. Ça se tenait, quand-même !
Enfin bon. Étant donné que c'était une hallucination de sa part, ce ne pouvait pas être une bonne explication. Dommage.
La nature humaine était décidément trop compliquée.
« À quoi tu penses, Sai ? »
Le genre de question à laquelle il valait mieux ne pas répondre...
Le brun se tourna vers Sakura. Le regard vert était posé innocemment sur lui et, s'il y brillait une certaine malice, il était évident que la jeune femme ne se souciait que gentiment de lui.
« À des choses dérangeantes.
Sakura eut un sourire de connivence. Sai était drôle dans sa façon détachée de s'exprimer, quel que soit le sujet.
— Du genre que tu préfères éviter de demander ? observa-t-elle.
— On peut dire ça comme ça.
— Tu as tort. Tu devrais poser tes questions quand il y a quelque-chose qui te chagrine. On te connaît, tu sais. On n'est plus à ça près. »
Il y avait beaucoup d'amusement mais aussi de tendresse dans ces paroles et Sai se fendit d'un doux sourire de sa composition. Ses yeux déjà fortement bridés se plissèrent en deux fentes fines.
Derrière une barrière de roseaux, le soleil était en train de se lever, projetant quelques éclats dorés le long du petit cours qu'ils suivaient rapidement. Leur avancée presque silencieuse était ponctuée seulement de bruissements de feuilles, parfois, et de petits clapotis s'ajoutant au murmure de la rivière.
Sai observa Sakura.
La jeune femme avait décroché de leur conversation pour se perdre dans ses pensées et semblait perturbée. Après quelques instants, elle se reprit et fixa Sasuke devant eux. Sa main se posa sur la fermeture éclair de son vêtement qu'elle tritura nerveusement.
« Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il.
Un regard d'incompréhension lui répondit. Il indiqua la marque épaisse sur laquelle les doigts de la jeune femme venaient de glisser.
— Ce que tu touches, là. Cette cicatrice.
— Ça ?
Sakura retint un rictus. La bonne idée de dire à Sai de poser les questions qui le démangeaient... Elle eut une sorte de rire nerveux intérieurement et s'arrêta, redressa les épaules dans une attitude pleine d'assurance, mais hésita quelques secondes, manqua bégayer, ravala les espèces de protestations qui semblaient vouloir sortir de sa bouche, baissa les mains pour les poser sur ses hanches et prit son ton de voix le plus décontracté possible.
— Une connerie de gamine. Tu ne l'avais jamais remarquée ?
— Si. »
Quand le jeune homme pencha son visage sur le côté, les pointes de ses mèches brunes caressèrent le haut de ses joues. Sakura serra les dents en se rendant compte que Sasuke venait de s'arrêter à son tour et que ses sourcils étaient nettement froncés.
« Ce n'est pas..., commença ce dernier avec une colère retenue dans la voix.
— Une connerie de gamine ? s'empressa-t-elle de répondre. Bien sûr que si. Tu le sais bien.
L'Uchiwa écarquilla les paupières, comme outragé.
— C'est moi qui la lui ai faite, lança-t-il fermement à Sai.
Lorsqu'il reprit, ce fut du venin qui sortit de sa bouche :
— Je n'aime pas quand tu ne dis pas la vérité, Sakura.
— C'est moi qui me suis jetée de-
— C'est moi qui t'ai donné ce coup de kunai ! »
Plus loin, Naruto marqua un temps d'arrêt. Sai siffla au vu de la façon dont la situation était en train de partir en cacahouète et rechercha immédiatement le blond du regard, le découvrant en train de revenir déjà vers eux. Le pas de ce dernier était toutefois lent, marquant la distance qu'il préférait garder avant qu'il s'asseye sur un rocher légèrement éloigné. Quand il posa les coudes sur ses genoux, sa tête partit en avant, ses cheveux retombant sur son visage. Le bref sourire qu'il eut alors laissa penser à Sai que ce qui était en train de se dérouler ne l'étonnait pas, comme s'il l'avait attendu.
Aucune parole ne sortait plus des bouches pincées de Sasuke et Sakura, la façon dont le brun se sentait offensé rencontrant le refus d'avouer ce qui s'était passé pour la jeune femme, une volonté stupide de le protéger qui ne faisait que le blesser.
« C'était un réflexe, souffla simplement le blond.
— C'est moi qui me suis jetée dessus, renchérit maladroitement Sakura et Sasuke ne put se retenir d'éclater.
— Parce qu'on se battait !
Dans l'impuissance, il avait écarté les bras.
— Parce qu'on se bagarrait et j'ai eu ce geste à la con ! Toi, tu ne faisais que vouloir nous séparer ou, je ne sais pas, tu étais juste... contente que je sois revenu au village, que... C'était juste... »
Le jeune homme soupira, dépassé, passant les doigts sur ses paupières pour se calmer. Sakura chercha le regard de Naruto, se sentant d'autant plus coupable que ce dernier ne l'observait que d'un air désolé.
Quelque part au fond d'elle, elle le savait, qu'elle faisait n'importe quoi. Bien sûr que Sasuke ne pouvait pas accepter une telle attitude de sa part. Bien sûr que nier ses actes était l'insulter. Elle n'aurait pas dû réagir ainsi, mais ce qu'il s'était passé était encore trop dur à reconnaître : le fait qu'aucun d'eux n'avait été capable de l'empêcher, que les erreurs ne s'estomperaient pas, que les plaies resteraient, quels que soient leurs efforts. On ne pouvait pas revenir en arrière, hein ? Pourquoi ne pouvait-on pas tout effacer ?
« Tu nous en veux toujours », remarqua Naruto.
Même si elle se sentit prise en faute, Sakura sourit aux paroles du jeune homme. Elle n'était pas capable de se convaincre elle-même du contraire. Elle aurait pourtant tellement voulu leur dire que non, pouvoir non pas nier mais accepter, faire un sourire qui ne soit pas une grimace. Après une ébauche de défense, inutile, elle abandonna. Naruto posait toujours le doigt juste là où il fallait et était en même temps capable de montrer tant de certitude et d'attention qu'il faisait fondre la plus petite tentative de protestation. Le rôle de Hokage lui irait plus que bien, décidément.
Le blond perdit un regard rêveur au sol. Sa voix s'éleva doucement.
« Je n'aurais pas dû me jeter sur toi, Sasuke. Je le sais. C'est moi qui ai déclenché cette bagarre. Je n'aurais pas dû réagir comme ça en te découvrant tel que tu étais et… bien sûr, tu n'aurais pas dû sortir cette arme.
Il haussa les épaules.
— Ça reste quand-même un réflexe », conclut-il.
Sasuke fit une petite grimace, amer.
Quand celui-ci reposa ensuite les yeux sur Sakura, passa entre eux quelque-chose qui était au delà des mots : une forme tordue de compréhension, de regrets et, enfouie là-dessous, de cette affection qui leur était difficile à exprimer ,mais n'avait pourtant jamais disparue. Le jeune homme songea qu'il n'avait pas été fichu de lui dire qu'il s'en voulait.
Naruto se tourna vers leur objectif. Bien qu'ils aient tous besoin de faire redescendre la tension, ils devaient continuer. Ils finiraient d'enterrer cette histoire plus tard, quand ils rentreraient. Peut-être que se boire une bouteille de saké ensemble en revenant serait une bonne chose. Peut-être que ce serait bien de se prendre une bonne cuite, une fois que tout se serait tassé. Sakura ne pourrait certainement pas s'empêcher de pleurnicher sur leurs épaules, tout en leur avouant entre deux paroles enivrées à quel point elle les aimait tous les deux, et Sasuke bougonnerait alors que ses joues seraient déjà rougies sous l'effet de l'alcool. Naruto saisirait la première occasion de tranquillité pour le coller contre un mur d'un couloir adjacent et le prendre. C'était ce genre d'idée qui occupait son esprit.
Ce n'était pas le moment d'y penser.
Il n'adressa pas de nouveau regard à Sasuke. Ils n'avaient pas le luxe de traîner.
Sakura l'observa s'éloigner.
Après quelques secondes pour reprendre ses esprits, elle sourit brièvement et se décida à se lancer à sa suite. Elle manqua alors la syncope en sentant une main chaude la retenir en s'enroulant autour de sa hanche. La voix grave du jeune homme qui l'avait tant troublée gamine la fit à moitié défaillir lorsqu'il lui souffla à l'oreille un « désolé » qu'elle n'attendait pourtant plus. Gênée, elle le regarda repartir. Le visage fermé de Sasuke ne permettait pas de deviner ses émotions. Il n'était pas si simple de définir ce qui les liait, leurs relations ne se résumant le plus souvent, comme avec Naruto, qu'en d'innombrables critiques et provocations inutiles. Le regard qu'ils échangèrent pourtant à cet instant, même si froid et presque trop distant chez le brun, fut significatif de cette affection qu'il y avait entre eux, qui était différente de celle qu'entretenaient deux amants, mais qui n'avait rien à lui envier… et qui était l'amitié, tout simplement.
Elle tâcha de se remettre en soufflant discrètement. Elle avait beau aimer chambrer et provoquer particulièrement Naruto mais aussi Sasuke, ce genre de contact avec l'un des deux la troublait toujours un peu plus qu'elle ne l'aurait avoué. Une fois le jeune brun disparu de sa vue, elle s'élança enfin... ou presque, en fait, encore une fois « presque » parce que deux bras venaient de l'enserrer par derrière. La sensation du corps se pressant contre le sien la fit se raidir plus que nerveusement. Lentement, son visage se tourna pour qu'elle découvre que... Sai, bien sûr... Sai, dans toute son indélicatesse, était en train de la garder contre lui avec une expression de pure innocence. Bougre d'asocial. Et comment pouvait-elle lui expliquer que, autant, venant de Sasuke, ça la gênait, mais elle acceptait encore qu'il puisse avoir de tels gestes envers elle, autant quand il s'agissait de lui… bon ben, elle avait beau être souple avec ce genre de choses — et il valait mieux vu le lot de spécimens qu'elle se coltinait dans cette mission — c'était quand-même un petit peu déplacé.
« Je peux voir ? demanda-t-il simplement tandis qu'il descendait lui-même la fermeture éclair de son haut de vêtement.
Manquant de s'étouffer, elle s'agrippa de toutes ses forces à la fermeture métallique. De sa bouche ne sortirent que quelques protestations offusquées.
— C'est beau, constata-t-il sans l'écouter, suivant du regard la chair bombée, inégale, formant la cicatrice qui descendait sur sa poitrine.
'Mais qu'il était bizarre !'
— Je pourrai la peindre en rentrant ?
— Hein ?
— J'aimerais beaucoup.
Totalement décontenancée, la demoiselle se détacha de son emprise et essaya de ne pas rougir en se demandant s'il pensait à un nu ou si c'était son esprit perverti qui lui avait soufflé l'idée. Elle referma son vêtement avec toute la dignité qui lui était encore possible et tenta une réponse intelligente.
— Euh... »
Mais le jeune homme était déjà en train de repartir, ne lui adressant qu'un sourire enfantin, mais qui avait un quelque-chose de séducteur, d'une étrange manière, et la laissant derrière, sidérée par la façon dont elle venait de se faire non seulement mener par le bout du nez — qui pouvait lui expliquer pourquoi elle ne lui avait pas encore envoyé son poing dans la tronche ? — mais en plus limite tripoter... Et puis elle rêvait ou ils venaient encore de tous lui passer devant ? Heureusement que c'était elle la chef de mission !
Quand elle se remit en route, elle ne put toutefois expliquer pourquoi elle se sentait prise d'une envie presque incontrôlable de rire.
D'une main, Naruto repoussa le vent puissant qui lui envoyait les cheveux dans le visage. Il tourna vers Sai un regard incrédule.
« Vous n'apprenez pas les nuances du noir, dans la Racine ?
— Pourquoi ?
— Parce qu'ils sont gris, leurs manteaux, répondit le blond encore abasourdi. Gris... Gris et roses, comme une tenue délavée. Ça se voit autant que ton nombril entre ton t-shirt et ton pantalon, Sai. »
Comme le brun ne sembla que rêvasser à cette dernière remarque, Naruto préféra détacher le regard de ce visage inexpressif. Il observa les deux ennemis qui se tenaient en face de lui. C'était qu'elle le gonflait, cette mission ! Sur tous les points.
Il avait envie de rire — jaune —, en fait. Il en avait marre. Et puis ce qui était en train de se passer, à l'instant... il ne serait même pas parvenu à le qualifier. C'était... C'était le pompon, oui, quelque-chose comme ça, la bonne blague façon « tu crois que c'est fini ? Mais non, tu en as encore ! ». Cette mission lui sortait complètement par les trous de nez, en fait. Les bêtises qu'il s'était tapées avec ses élèves, c'était que dalle par rapport à ce qu'il se farcissait ici. Il ne se sentait même plus en colère, pour dire, mais plutôt blasé, désabusé, au point où il en était, avec seulement l'envie de tout plaquer et de se barrer... loin. Partir, oui. Partir. Oublier cette mission et ce besoin de se cogner la tête contre les murs à chaque nouveau délire auquel ils étaient confrontés, et aller ailleurs, là où ils pourraient être avec Sasuke, là où personne ne les dérangerait... là où ils pourraient finir ce qu'ils avaient commencé, tout simplement, et prendre... Prendre ce qu'il lui donnerait. Prendre et sceller par leur chair tout ce qu'il s'était passé entre eux.
Le regard de Naruto se reporta sur le jeune brun : il ne bougeait pas, aucun muscle de son corps ne se mouvant si ce n'était ceux nécessaires à sa respiration. L'attitude de ce dernier le dérangeait. La façon dont son visage s'était fermé dès l'instant où ils avaient été en vue de leurs ennemis était inquiétante. On aurait dit que plus rien ne l'atteignait, ni les élucubrations de celui qu'ils avaient aussitôt identifié comme Pain — merci aux informations du bingo-book — ni les regards qu'il essayait incessamment de lui lancer, ni le vent autour d'eux qui se faisait maintenant trop fort. Son attention était totalement focalisée sur les deux êtres en face d'eux, comme s'il s'agissait là d'un danger plus important que Naruto ne voulait se l'avouer.
Les deux membres de l'Akatsukette avec lesquels ils avaient commencé à faire la convers'...
Le jeune blond eut un rictus nerveux. Qu'est-ce qu'il en avait marre de cette mission et qu'est-ce qu'il en avait marre de la super mouise qui le poursuivait depuis leur départ ! On lui avait jeté un sort ou quoi ? Les instances divines lui en voulaient ? C'était une punition pour avoir peinturluré les statues des Hokage quand il était môme ?... Ou alors il était dans une illusion. Parfois, il se le demandait et sérieusement, en fait, mais attention ! Il ne se hasarderait certainement pas à réitérer l'expérience lamentable du jutsu de rupture qui ne fonctionne pas. Si la honte ne tuait pas, il avait déjà largement eu sa dose question ridicule / palme du ninja le plus moisi de la terre / tout le monde finissait par tout savoir de sa vie et des choses les plus intimes de son existence... Aucune mention inutile à rayer là-dedans. Alors ça allait bien comme ça.
Il n'écouta même pas la nouvelle diatribe du grand rouquin qui leur causait maintenant depuis un petit moment de l'autre côté de la rivière sur une sombre histoire de couleurs qui ne tenaient pas au lavage. Mais qu'est-ce qu'il se passait ? La façon dont Sakura hocha la tête, yeux écarquillés dans l'impression de nager en plein délire, manqua de le faire rigoler. La pauvre... Elle avait l'air aussi paumée que les autres et ne faisait qu'alterner acquiescements polis et haussements des épaules gênés, vu que le gars avait eu l'air de trouver en elle une interlocutrice susceptible d'écouter ses plaintes complètement hors sujet, étant donné qu'ils auraient dû un petit peu se battre, ensemble... dans une telle situation, quand-même...
À cet endroit, le cours s'était élargi et le terrain légèrement modifié. On devinait une cascade dont le vacarme leur parvenait de plus loin. La falaise bordant le cours de la rivière avait cédé la place à de nombreux pains de sucre dont certains naissaient directement dans l'eau. Derrière une étendue d'herbe assez grande, une cabane de bois faisait face à un ponton. L'endroit aurait été agréable si la tension qui régnait entre leurs deux petits groupes n'avait pas été si intense.
« On passe pour des criminels de pacotille.
La phrase prononcée par l'homme aux cheveux roux atteignit à peine Naruto. Il eut pourtant envie de rire — jaune, toujours, désespérément jaune.
— Je veux bien qu'on manque de moyens, reprit très sérieusement le fameux Pain, les affaires ne sont pas toujours ultra florissantes dans ce genre d'organisation, mais il ne faut pas non plus qu'on se retrouve au point d'être ridicule. Il y a une limite. »
Sakura sombrait de plus en plus dans le désespoir, lâchement abandonnée par ses compagnons qui la laissaient gracieusement se dépatouiller avec cette conversation totalement délirante, et dont elle ne parvenait pas à trouver de porte de sortie. Et puis il ne faisait pas franchement rigoler, le bonhomme ! Il faisait plus peur qu'autre chose, en fait. Son regard était complètement froid et déshumanisé, son visage comme marqué. Les mèches dressées en piques au-dessus de sa tête oscillant en même temps que les touffes d'herbes au sol, il semblait se soucier aussi peu du vent puissant qui traversait les lieux que des êtres qu'il avait en face de lui, comme s'ils ne présentaient pas le moindre danger, comme si tout ce qui l'entourait était insignifiant. De son côté, Naruto sentait la façon dont son propre pouls s'était accéléré, l'adrénaline s'étant répandue dans ses veines alors que son corps se préparait à bondir en retrait ou à attaquer, à toutes les éventualités possibles... Vu leur situation, c'était logique. Le fameux Pain, lui, avait l'air totalement décontracté, ce qui n'en était que plus inquiétant.
Lorsque Sakura tenta un : « c'est vrai que les nuages roses, ce n'est pas trop la classe pour une association de criminels », poli, le blond eut de la compassion pour elle.
« Tout se perd, confirma Pain avec un hochement de tête songeur.
La jeune femme eut un sourire crispé et essaya d'oublier qu'ils étaient en train de parler chiffons avec de grands « méchants » recherchés sur le plan mondial.
— Il y a quelques années, poursuivit tranquillement le membre de l'Akatsuki, être un criminel international, ça avait encore de la gueule. Avoir son nom dans le bingo book, franchement ! Ce n'est pas le cas de tout le monde ! Ma tête est estimée à cinquante millions de ryos. Je ne sais pas, vous trouvez normal, vous, qu'un type comme moi soit obligé de se taper des tenues fabriquées au rabais qui déteignent à la première pluie ?
Naruto hésita une seconde. Sakura semblait commencer à ne plus savoir que répondre et puis ces élucubrations qui n'en finissaient pas lui tapaient un peu sur les nerfs. Ils avaient un rouleau à récupérer pour pouvoir en finir avec cette mission, autant qu'on le sache ! Ça n'allait pas durer des plombes non plus !
— Euh..., marmonna-t-il.
— Toi, là, Kyuubi...
Le blond se crispa. Qu'est-ce qu'il lui voulait, l'énergumène ?
— Tu as beau être recherché partout pour le démon que tu portes, tu ne vaux que trente-sept millions de Ryos.
— Quoi ? s'étouffa à moitié Naruto. Et... Et Sasuke ?
— Trente-huit, dit la jolie femme aux cheveux relevés en un chignon qui accompagnait l'énervé de l'Akatsukette, Konan de son petit nom.
Naruto s'offusqua plus encore, malade. Les yeux écarquillés qu'il tourna vers le brun ne rencontrèrent cependant pas son regard, Sasuke semblant toujours totalement imperméable à ce qui se passait. Ce n'était pas normal. Et ce vent qui ne se calmait pas et qui lui donnait l'impression de bourdonner dans son crâne, pourquoi était-il si fort ?
— Ben, entre le sharingan, le fait que Sasuke soit le dernier porteur d'une des pupilles les plus extraordinaires de tout le monde ninja et puis les quelques faits qu'on qualifiera d'un petit peu condamnables légalement...
La voix de Sakura ne lui parvint que dans un tumulte de sensations, jusqu'à ce qu'elle répète une phrase qui n'avait rien à voir avec ce qu'elle venait de dire :
— C'est vrai que les nuages roses, ce n'est pas trop la classe. »
Le sentiment de bizarrerie monta d'un cran chez Naruto.
Il s'était passé quoi, exactement ? Ils étaient arrivés à un endroit plus dégagé. Ils avaient senti le chakra de leurs adversaires au même moment que ceux-ci les avaient selon toute évidence détectés. Chacun d'entre eux avait perçu la tension monter brutalement. Puis, ils étaient sortis de la forêt et avaient découvert leurs ennemis de l'autre côté de la rivière, et une conversation avait pris place. Konan était restée assise au bord de l'eau, gracieuse tandis qu'elle y trempait la main négligemment. D'une certaine manière, elle faisait presque plus peur que son collègue, dans sa façon glaciale et silencieuse de les observer. Ils avaient parlé du rouleau. Pain s'était aussitôt mis en colère, ils n'avaient pas compris pourquoi. Le nom du responsable de la modification des marques sur les arbres où Sasuke et Shikamaru avaient perdu Sai et le rouleau était sorti : Zetsu. L'Akatsuki voulait le rouleau. Ce qu'ils avaient eu ne semblait pourtant pas les satisfaire. Ils n'avaient pas pu en savoir la cause : Pain s'énervait trop vite.
À ce point-là de la conversation, il leur avait semblé évident que récupérer le fameux rouleau ne poserait pas trop de problème : attraper Kyuubi était tombé dans les missions ultra secondaires et les deux personnes en face d'eux se moquaient totalement de l'objet qu'ils avaient dérobé. L'idée que Tsunade les avait menés en bateau avait resurgi dans l'esprit de Naruto. Puis la discussion avait évolué vers du n'importe quoi et du beau, des histoires de tenues roses ou grises et de qualité de teinture ou de criminalité qui n'était plus celle d'autrefois. À un moment donné, quelque-chose avait dérapé. Naruto ne parvenait pas à mettre le doigt dessus.
« Les nuages roses, ce n'est pas trop la classe », répéta encore une fois Sakura.
Un ordre muet résonna dans la tête de Naruto : 'bouge'.
Son corps ne put se mouvoir. Il considéra avec plus de clarté à quel point ce qu'il se passait était anormal.
'Bouge !'
Rien ne se produisit. Il commença à déverrouiller mentalement les clefs qui retenaient le sceau de Kyuubi, le chakra sombre s'infiltrant plus fortement dans ses cellules.
'Bouge !'
Ce fut la rage du démon explosant à l'intérieur de lui qui lui donna la claque nécessaire. La réalité lui apparut alors brutalement en pleine figure : les arbres déracinés et ce vent dont il sut aussitôt l'origine, un cyclone dans lequel des feuilles de papier tourbillonnaient s'étant formé un peu plus loin, marquant le lieu de l'affrontement entre leurs ennemis et l'être manquant à leur équipe :
Sasuke.
Sur le coup, Naruto le détesta. Il s'élança vers la base du cyclone, sa main claquant la tête de Sai au passage, avant de sortir à son tour Sakura du genjutsu où tous les trois avaient été plongés. Seul un souffle de prise de conscience émana du corps de la jeune femme. Rapidement, il referma les sceaux qu'il avait ouverts tout en contenant de toutes ses forces l'énergie de Kyuubi.
« Sasuke, remarqua Sai en partant à sa suite.
— Oui, confirma le blond.
— Pourquoi ? »
Naruto serra les dents. 'Parce qu'il est con' fut tout ce qui lui vint en tête. Il savait parfaitement qu'il s'agissait de son illusion. Le reste aurait été trop long à expliquer.
Parce que Sasuke avait peur.
Il se garda d'exprimer ses pensées.
Plus loin sur le rebord de la rivière, se trouvaient quelques arbres, de nouvelles roches s'élevant en pains de sucre et, derrière l'un deux, de la fumée, de la terre soulevée dans un tourbillon rendant les corps qui y étaient piégés flous. Naruto sauta à l'intérieur sans réfléchir. Ses yeux le piquèrent aussitôt. Les feuilles tournoyant au-dessus de leur tête empêchaient la lumière du soleil d'y pénétrer complètement. Un ange lui apparut, aux ailes blanches se formant et s'émiettant sans cesse au gré des origamis qui le composaient, un gigantesque rhinocéros à la corne plantée dans un arbre... Puis il vit des mèches brunes collées par la sueur, un visage blafard et des yeux noirs devenus presque vides à force d'être concentrés sur le combat. Et Naruto sut exactement pourquoi Sasuke avait agi ainsi.
Parce qu'il n'était pas différent du garçon qui l'avait protégé des aiguilles de Haku plus jeune ou de celui qui avait poursuivi seul Gaara lors de leur examen Chuunin. Parce que lui aussi agissait parfois sans réfléchir. Parce que voir blessés les êtres à qui il tenait le plus lui était insupportable... Avait-il flairé si fortement le danger qu'il avait voulu croire qu'il pourrait en venir à bout tout seul ? Peut-être était-ce même lui qui avait déclenché le premier les hostilités ? Naruto ne le savait pas. Un instant, infime, de celui qui ne permettait pas de savoir si ce qu'on avait vu était la réalité et sûrement pas de s'y attarder, il rencontra le regard de Sasuke et eut l'impression d'y voir une forme de gêne et peut-être de regrets.
Naruto se jeta de toutes ses forces dans le combat.
La rivière, le courant trop fort, puis un rocher, un deuxième, et encore l'eau avant de se retrouver de nouveau à déraper sur un morceau de roc…
Du bout de ses orteils, le jeune blond s'y retint. Son souffle était court. Il ne tourna pas le visage vers le précipice qu'il sentait derrière lui de manière si proche et si évidente, comme si la terre s'arrêtait là et que dans son dos ne se trouvait plus qu'un gouffre sans fin. Les chutes d'eau vertigineuses s'étendaient sur plusieurs mètres, drainant toute la puissance de la rivière qui, en ce lieu, semblait sans borne. Ils n'avaient même pas vu à quelle distance se trouvait le bas de la cascade. Ils n'en avaient pas eu le temps. Seul le murmure, lointain, bien trop lointain, de la masse d'eau se fracassant plus bas les avait informés du caractère mortel que revêtirait un tel plongeon.
Il sauta de toutes ses forces sur le côté pour éviter que la décharge suivante avec laquelle Pain repoussa tout ce qu'il l'entourait ne l'envoie pour de bon dans le vide. Il n'atteignit que de justesse le rebord de la rivière, avant de se faire projeter contre un arbre. Sous le choc, ses poumons se vidèrent de tout leur air. L'objet qui l'avait retenu, déraciné, s'échoua et Naruto n'eut qu'un instant pour rouler sur lui-même avant de tomber dans le précipice. Il s'agrippa aux herbes en regardant le grand hêtre disparaître dans l'eau vive. Ce n'était pas encore son tour de l'y rejoindre. Plus loin, il observa Sasuke. Ce dernier n'avait loupé leur ennemi d'une lame de son chidori que de quelques centimètres seulement, avant de partir lui aussi en arrière, son corps rebondissant sur la rivière puis s'écrasant contre un pan de roche. La façon dont ses cheveux partirent à l'avant de son visage donna au blond une idée de la force de l'impact. Puis une ombre passa devant le soleil et Naruto vit fondre au-dessus de leur tête un oiseau d'encre de chine sur lequel Sai se tenait. Le jeune blond compta mentalement : il ne serait pas assez rapide pour atteindre Pain.
De là où il était, il croisa le regard de Sasuke.
Ils n'eurent pas besoin de se parler, même pas silencieusement. Chacun savait parfaitement où ils en étaient. Plus loin, les feuilles de papier, dansant autour d'un point hors de leur vision, créaient toujours un vent violent. Si elles continuaient à s'agiter, c'était que Sakura était encore en vie là-bas. Ils ne pouvaient désormais plus que se raccrocher à ce type de pensées. Lui faire confiance...
Dans les yeux noirs, s'alluma une étincelle que Naruto reconnut aussitôt : une forme de certitude, associée à cet extrémisme qui était propre à Sasuke : cette façon de croire en lui, en eux, presque prétentieuse parfois, de regarder le monde comme s'il savait que lui pourrait repousser les limites de ce qui était possible et, en cet instant,… qu'eux le pourraient, ensemble. Au moment même où Sai fut renvoyé dans les airs, ils s'élancèrent vers leur ennemi.
L'eau ne fut même pas marquée par la course du brun sur la rivière.
La terre ne se souleva pas sous les pieds de Naruto.
Toute leur énergie était dédiée à cette seule action : aller plus vite, franchir la distance qui les séparait de Pain avant le délai qu'ils avaient estimé, avant le dernier millième de seconde qui les empêcherait de l'atteindre, et frapper. Frapper de toutes leurs forces, frapper ensemble. Quelque-chose crépita au creux de la main de Sasuke. Une boule de chakra pur, d'air et de vent, se forma dans celle de Naruto. Ils avaient déjà vécu l'opposition de ces deux forces colossales, l'une contre l'autre. Ils ignoraient quel en serait l'effet combiné. Après tout, ils n'avaient plus combattu ensemble depuis leur prime jeunesse. Le faire leur procurait une sensation curieuse, comme si rien ne pourrait désormais leur résister. Ce n'était pas réfléchi.
Du haut de son perchoir, Sai se rétablit pour regarder l'action. Lui aussi compta mentalement.
Un temps, l'air sembla se figer.
Sakura exhala. Elle ne vit pas ce qu'il se passait, mais perçut le bruit strident, presque insupportable, qui s'éleva dans l'atmosphère. Puis le sol trembla brusquement. La seconde qu'elle prit pour retrouver son équilibre permit aux feuilles de papier auxquelles elle tentait vainement d'échapper de se coller là où elle n'avait pu les empêcher de l'atteindre auparavant que de justesse et d'obstruer ses voix respiratoires. L'oxygène lui manqua. La brusque décharge de chakra qui suivit la seconde d'après repoussa les objets qui menaçaient de l'étouffer en l'envoyant elle aussi plus loin, valsant comme si elle n'était qu'une poupée de chiffon. Son crâne percuta violemment un mur de roche, y rebondissant avant qu'elle ne s'échoue au sol. Au moment de perdre connaissance, elle vit une ombre planer au-dessus d'elle, coupant un bref instant les rayons du soleil. Puis tout devint blanc.
Dans sa main…
Sans comprendre, Naruto regarda le rouleau qui se trouvait dans sa paume. Sa peau était brûlée. Il sentait le chakra du démon y affluer déjà, soignant les blessures que sa propre technique lui avait infligées. Les autres dont il souffrait ailleurs attendraient un peu plus. Son corps entier lui semblait comme une plaie. Pain était encore là. À la dernière seconde, il avait repoussé leur attaque. Leurs deux jutsu s'étaient toutefois combinés, le jeune blond avait eu le temps de voir le rouleau dans un pan de manteau noir, la main libre de Sasuke s'y jeter, à moins qu'il se soit agi de la sienne, il ne savait plus. Le corps de son ami gisait, inerte, non loin de lui sur le rebord de la falaise. L'objet qu'ils recherchaient était dans sa propre main.
Les paupières de Sasuke papillonnèrent brièvement. Le regard embué de ce dernier rencontra le sien. Ils avaient oublié de compter.
Le vide était juste là, derrière leur dos. Le vent à cet endroit était plus fort. Du rocher où ils s'étaient échoués, ils pouvaient sentir les gouttes d'eau agitées retomber sur leur visage. Ils n'auraient pas le temps de s'éloigner avant que la prochaine décharge de chakra de Pain les envoie dans le précipice.
Naruto adressa un petit sourire à Sasuke. Il ferma les paupières.
C'était fini.
D'un coup, il se laissa tomber en arrière.
« Viens », fut tout ce que put lire le brun sur ses lèvres en le voyant partir dans le vide.
Sans réfléchir, celui-ci s'y jeta à son tour.
Ils chutèrent.
Était-ce l'envie de faire confiance, le refus de voir partir Naruto sans le suivre, ce « viens » qui avait empli sa tête devenue vide ? Sasuke l'ignorait. Il ne savait pas ce qu'il faisait là, à tomber. Il ne se sentait cependant pas inquiet. Était-ce ainsi de mourir ? Regardait-on se finir sa vie en constatant seulement que : « tiens, alors le moment était venu » ?
La chute fut vertigineuse, l'air remuant son corps tandis que ses cheveux se rabattaient au devant de son visage. Sasuke ne regarda même pas où son poids l'emportait. Au-dessus de lui, il vit quelques gerbes d'eau et des petits tas de terre surgir depuis le rebord de la falaise, la dernière attaque de Pain ne les ayant loupés que de peu.
Le soleil l'aveuglait. Il ferma les yeux.
Il ne savait pas à quelle distance se trouvait le bas de la cascade, le temps durant lequel ils tombèrent lui faisant seulement penser que, quoi qu'ils puissent y rencontrer, roche ou eau devenue tout aussi dure sous eux, ils n'auraient qu'à peine le temps de souffrir.
Chuter ainsi était curieux. C'était presque voler. Plus bizarre encore était la façon dont il s'y abandonnait. Il s'attendait peut-être à être réceptionné par deux bras rassurants ou à oublier tout à l'instant où son corps s'écraserait au sol. Rien n'était clair. Un mot, seulement, comptait réellement dans son esprit : ce « viens » par lequel il s'était laissé conquérir, comme si avoir confiance pouvait être aisé, après tout, comme s'il pouvait croire aux miracles et pourquoi pas à l'avenir, comme s'il voulait y croire, surtout...
Brusquement, un objet poisseux s'enroula autour de lui. La sensation ne fut pas agréable, la façon dont son corps rebondit dans le vide alors que la langue du batracien le retenait non plus, quelques côtes cédant à l'intérieur de son torse. La chute ne cessa cependant pas. Malgré sa force et son corps imposant, le gigantesque crapaud ne put se retenir plus longtemps aux roches dépassant de la cascade et dévala la falaise à son tour.
Les yeux noirs de Sasuke cherchèrent le regard bleu de son compagnon. Accroché faiblement au dos de la bête qu'il avait invoquée, Naruto souriait. Dans son poing serré, le rouleau était toujours là.
Puis l'air leur manqua soudainement, l'entrée dans le lit de la rivière les y enfonçant profondément. Le choc donna l'impression à Sasuke que sa peau était sur le point de se décoller. Vint ensuite la lente remontée vers l'oxygène qui s'étira à ne plus en finir. Enfin, ses poumons se remplirent à nouveau d'air et il sentit une herbe fraîche se faire lit sous son dos. Puis, contre son crâne, une autre tête fut déposée. Son front s'y appuya immédiatement. Naruto n'était pas plus capable que lui de bouger.
Le début de la cascade était si loin, maintenant, au-dessus de leur tête. L'endroit était superbe, les gerbes d'eau surgissant se perdant parmi les rayons du soleil et les nuages, ne leur en donnant qu'une vision floue.
Le combat paraissait déjà lointain. Sasuke observa l'ombre qui se dessina, haut dans le ciel, l'oiseau de Sai sur lequel il reconnut deux corps revenant vers eux.
« On prendra une maison ? lança-t-il.
Naruto sourit.
— Oui.
Le jeune brun accueillit la chaleur qui se fit à l'intérieur de sa poitrine avec une pointe d'ironie.
— Tu veux venir chez moi ? poursuivit le blond.
— Dans ton appart' tout pourri ? Tu plaisantes, j'espère. »
Puis Sasuke enchaîna sous le coup de coude que lui donna son compagnon par un « il n'y a même pas de potager », moqueur, qui arracha un rire à ce dernier.
Même l'arrivée de Sai et de Sakura, juste au-dessus d'eux, ne lui fit pas détourner le visage qu'il avait enfoui dans le cou hâlé.
« Ce que tu veux, murmura-t-il alors à l'intention du blond. Tout ce que tu voudras, Naruto. »
Ce dernier se délecta du souffle chaud qu'il sentait contre sa peau. Il tourna légèrement plus sa tête vers lui, augmentant le contact entre eux.
Lorsque Sai posa le pied sur l'herbe où ses compagnons étaient allongés, il vit les mèches claires mêlées à celles brunes, les paupières fermées et les visages paisibles. Il prit Sakura dans ses bras pour la déposer à terre auprès d'eux. Elle était toujours inconsciente.
Il observa le rouleau que Naruto tenait encore en main. Un œil bleu s'ouvrit sur lui. Une lueur rieuse y avait pris place.
« On l'ouvre ? », déclara le blond avec une expression très amusée.
À suivre.
Prochain chapitre : Retour à la « maison ».
