Chapitre 5 : Expériences

Ce soir-là, c'était mon tour de faire ma ronde dans le couloir du 7ème étage. Je reconnu le pan de mur qui ouvrait la Salle sur Demande en passant devant. Mes pas ralentirent sans que je m'en rende compte et j'effleurais le bois du bout des doigts. J'avais découvert l'endroit l'année précédente seulement, après être sortie avec Seamus Finnigan. Il m'avait fait entrer dans la pièce magique avec un regard malicieux, et j'avais eu un mouvement de recul devant le lit gigantesque et les chandelles parfumées. C'était tout de même un bon souvenir, emprunt de romantisme. L'opposé exact de Malefoy. Je criais intérieurement en prenant conscience que le Serpentard occupait de nouveau mes pensées.

Plusieurs minutes s'étaient déjà écoulées et je mis fin à mon immobilisme. Juste avant d'entendre un faible grincement dans mon dos. Je me retournais brusquement et vis une légère ouverture dans le mur. Quelqu'un s'apprêtait de sortir de la Salle sur Demande sous mes yeux, à une heure bien avancée de la nuit. Mais je n'eus pas le temps de me reculer dans la pénombre et que la porte se refermait déjà. L'importun avait perçu ma présence. J'eus un petit rire très Serpentard en imaginant sa frayeur. Il allait certainement rester un bout de temps caché avant d'oser une nouvelle sortie. Mais je ne comptais pas attendre toute la soirée qu'il reprenne courage. Mue d'une subite inspiration, j'installais un sortilège dans le couloir, qui toucherait ma cible dès qu'elle poserait le pied dessus. Puis je finis tranquillement ma ronde et rejoignis ma chambre, le sourire aux lèvres.


Mon piège avait parfaitement fonctionné. C'est ce que je compris en rejoignant la table des Gryffondors le lendemain matin, parmi les éclats de rire. Un Serpentard avait en effet une crête rouge vif sur le crâne, et je pouvais m'en attribuer le mérite. Je pouvais donc découvrir son identité... Blaise Zabini? Je soupirais, désemparée. J'avais déjà eu des problèmes avec lui, il faisait partie des plus teigneux et intelligents de sa maison. Il avait aussi son succès auprès des filles, et je préférais ne pas imaginer ce qu'il faisait dans la Salle sur Demande à cette heure. Je sentis son regard noir sur moi, et comme je le craignais, il me montra qu'il avait parfaitement compris à qui il devait sa nouvelle coupe. En passant sa baguette sur sa gorge. Oh Merlin...


Au détour de chaque couloir, j'avais désormais l'appréhension de croiser Zabini. Je savais qu'il n'attendait que sa vengeance. Je m'étais débrouillée pour rester avec quelques Gryffondors qui suivaient les mêmes cours que moi. Neville Londubat semblait joyeux que je m'intéresse autant à la plante qu'il gardait perpétuellement sur lui, et je m'écœurais moi-même d'être aussi hypocrite. Mais j'avais besoin de gardes du corps, et malgré que Neville soit un peu farouche, il restait un Gryffondor et ne m'abandonnerait pas dans une attaque. Je lui faisais donc la conversation, excessivement futile à mon goût. Mais il semblait heureux de mon attention et m'invita tout naturellement à ses côtés lors du dîner. Seamus me lança un regard suspicieux, moi qui avait évité son cercle d'amis depuis notre rupture, puis m'ignora sans plus se poser de question.

J'observais Neville avec plus d'attention. Sa silhouette s'était affinée depuis ces dernières années, et sa maladresse légendaire commençait à s'atténuer. Cela lui avait permis de prendre plus d'assurance et d'assumer enfin sa maison. Sa grand-mère, qui ne l'estimait pas digne des courageux Gryffondors, avait finalement changé d'avis, le jour où Neville lui avait tenu tête, en réalité. Après une énième Beuglante au sujet d'objets oubliés ou de devoirs ratés, le petit-fils, rouge de honte, en avait à son tour rédigé une, où il lui hurlait ses quatre vérités. L'ancêtre en avait été favorablement impressionnée et étonnamment, changea d'attitude à son égard. Neville n'en était devenu que plus populaire. Je décidais de m'investir un peu plus dans la discussion, le jeune homme n'étant pas aussi inintéressant que ça.


Après l'habituelle bénédiction de Dumbledore, tout le monde s'était dirigé vers les dortoirs. J'étais restée en retrait, perdue dans mes pensées. Je ne vis pas arriver le coup d'épaule qui me projeta contre un mur. Je faillis céder à la panique, réalisant que nous étions seuls, avant de reconnaître Malefoy.
«- Qu'est-ce qui te prend ? criais-je, laissant échapper la pression.
- Du calme, Granger, je voulais seulement engager la conversation...» rétorqua le Serpentard d'un ton suintant d'ironie.

J'attendis qu'il explique le fond de sa pensée en le fixant d'un regard furieux, tout en me massant l'épaule. Il haussa un sourcil face à mon silence, puis secoua la tête en souriant. Puis, toujours aussi décontracté et moqueur, il reprit :
«- Alors comme ça, tu fais ami-ami avec Londubat? Je ne pensais pas que tu tomberais si bas.
- En quoi ça te concerne? répliquais-je, électrisée.
- Oh, je ne sais pas... Peut-être parce que tu as accepté de passer du temps avec moi, et que je ne t'ai pas beaucoup vu ces derniers jours...
- J'ai d'autres fréquentations que toi, fort heureusement, maugréais-je.
- Il y a aussi le fait que Zabini m'a raconté une drôle d'histoire. Alors qu'il était au 7ème étage, quelqu'un l'a mis dans une fâcheuse position. Tu sais, il me suffirait d'un mot pour que tu te retrouves à sa merci.»

Mon visage avait pâli au fur et à mesure de ses paroles. J'avais complètement omis le fait que Zabini et Malefoy étaient plutôt proches, et que les représailles de l'un s'accompagnaient souvent de celles de l'autre. Les Serpentards agissaient en bande, tels les prédateurs qu'ils étaient. J'avalais difficilement ma salive, m'apercevant que ma situation était encore plus délicate que je ne l'imaginais. Une nouvelle fois, le préfet-en-chef était à même de me faire du chantage. Et cela ne m'enchantait pas franchement.


Drago est peu présent dans ce chapitre, mais c'est pour mieux le retrouver plus tard. Et puis, lui et notre Gryffondore ne sont pas seuls dans cette école! ;)De plus, vengeances en perspective.
Review? =)