Spoiler : Fin saison 5
Commentaires : Encore une fois, merci à Elisabeth d'avoir relu la dernière scène et de m'avoir apporté ses conseils éclairés.
A lire avec The Vicodin Song - Terra Naomi [ youtube com/watch?v=VmRA80AF6Ko ]
Bonne lecture !
Cette sensation ne lui avait pas vraiment manqué, mais elle était douloureusement agréable.
Un chant le tira de ses rêveries.
« And I've got Vicodin, do you wanna come over ? I know it's a long drive from Malibu... »
Il connaissait trop bien cette voix. Manque de chance, ce n'était pas celle qu'il voulait entendre. Il ouvrit les yeux, et se retrouva nez-à-nez avec une paire de genoux pâles. Son regard longea les guiboles, rencontra une blouse blanche, tomba sur les extrémités d'un foulard rouge, noué autour du cou d'Amber Volakis.
« I've got a pocket full of pills and not one lover. Tu n'as pas l'air très content de me voir. » constata-t-elle avec une petite moue triste. Elle s'assit en face de lui, croisant ses jambes et s'appuyant contre le mur. « Tu as repris les petites pilules blanches ? Je pensais que tu tiendrais plus longtemps qu'une année. »
« J'ai pas envie de te voir. Fous le camp. »
« Je suis dans ta tête. Je suis toi. Je ne peux pas partir. » ricana-t-elle sombrement. « A moins que tu ne te décapites mais ça, c'est une autre histoire. »
« Tu n'es qu'une hallucination. Le dégueulis de mon cerveau malade. » cracha-t-il. « Ça ne m'intéresse pas. »
« Je suis flattée. Si tu as replongé, c'est qu'il s'est passé quelque chose de grave. Ça concerne Wilson ? »
« Si tu crois que je vais te le dire... »
« D'accord, ce n'est pas Wilson. Et si c'était Cuddy ?... A voir ta tête, je crois que je chauffe. »
S'il avait pu, il l'aurait étranglée; le problème étant qu'elle était déjà morte. Il se contenta de la fusiller du regard.
« Oh, je brûle ! » rit-elle.
House essaya de se lever. Il était épuisé. Il réussirait bien à l'ignorer et à dormir un peu. Peine perdue. Ses muscles étaient comme ouatés et refusèrent de le soutenir. Son estomac, lui, menaça de le trahir. Il ressentait un tiraillement derrière ses globes oculaires et il songea que ses yeux devaient être injectés de sang.
« Allez, raconte-moi ! » reprit-elle, comme une gamine impatiente d'ouvrir un gros cadeau. « Qu'est-ce-que tu lui as fait encore ? »
« Pas envie de parler. »
« Tu peux tout me dire. » insista-t-elle.
« Tu es radiologue, certainement pas psy. »
« Wilson qui me raconte ses journées tous les soirs est la meilleure des formations, crois-moi. » répliqua-t-elle. « Laisse-moi t'aider ! »
« Tu ne m'aides absolument pas. Tu fais foirer mes diagnostics. Tu veux tuer tout le monde. La dernière fois, c'était Chase. »
« Non, c'est toi qui l'a voulu. Par hallucination interposée, certes, mais c'est quand même toi qui l'a voulu. »
« Pourquoi l'aurais-je voulu ? » demanda-t-il avec une note de provocation.
« C'est la question à cent milles dollars. »
Un silence suivit.
« Je l'ai tuée. »
« Chase ? Non non, il a survécu. » dit Amber.
« Je te parle de Cuddy, pas de Skippy. »
Il crut qu'il avait finit par lui clouer le bec, mais il se souvint que, par définition, une hallucination était particulièrement embêtante. Et Amber n'échappait surtout pas à la règle.
« Ça t'arrive souvent de tuer des gens ? Ah, oui, tu m'as tuée aussi. »
« 'pas moi qui conduisais le bus. 'pas moi qui t'ai demandé de venir me chercher. Je voulais Wilson. »
« 'pas moi qui était bourrée à cinq heures du soir ! Elle est morte de quoi ? Accident de bus, elle aussi ? Wilson n'a pas voulu venir te chercher, alors elle s'est gentiment dévouée ? »
« Embolie graisseuse. »
« Laisse-moi réfléchir, ça fait tellement longtemps que je n'ai pas pratiqué la médecine... Moelle osseuse, fracture d'un os long... Tu l'as frappée ? Je savais bien que ça terminerait comme ça. »
« Je l'ai amputée. »
« Comme ça ? Pour le fun ? »
« Parce qu'elle allait mourir ! » hurla-t-il.
Crier lui avait fait un bien fou. Il se sentait mieux, même s'il en était réduit à s'exorciser avec une morte. C'était tout de même mieux que rien.
« Mais au moins, tu as essayé de la sauver. Ce n'est pas comme si tu l'avais laissée mourir d'une gangrène... C'était bien une gangrène ? »
Elle lui adressa un sourire qu'il jugea à moitié sincère. Elle s'amusait à le torturer habituellement, alors pourquoi se mettrait-elle à le consoler ? Non, ce n'était pas elle qui agissait, c'était son subconscient ! Sa tête sous l'emprise de l'hydrocodone ! Amber se leva et s'adossa contre le mur.
« Au fait, tu ne consultes pas ta messagerie ? » suggéra-t-elle un peu trop innocemment.
Sans vraiment le vouloir, il fouilla ses poches à la recherche de son téléphone, puis se souvint miraculeusement où Foreman l'avait rangé, et composa presque machinalement le numéro de son répondeur. Il savait à quoi s'attendre mais il le faisait quand même. Il y avait un message, enregistré quatre heures auparavant. Lucas, déblatérant une flopée de noms d'oiseaux divers et variés à l'encontre de Lisa Cuddy. House laissa la colère l'envahir lentement. Cet abruti osait l'insulter alors qu'elle était morte. D'un geste convulsif empreint de haine, il jeta son cellulaire contre le mur. L'appareil se brisa en deux, ses composants s'étalant sur le carrelage de la salle de bains. Amber sursauta.
« J'étais juste à côté, tu aurais pu me blesser ! » geignit-elle.
« L'enfoiré... »
Elle saisit sa cheville droite, amena son talon à ses fesses en pliant le genou. Elle resta en parfait équilibre sur sa jambe gauche.
« Tu m'aimerais si j'étais comme ça ? Comme elle ? »
« Non. » soupira-t-il. Elle vacilla. « Je ne... lui ai pas dit que je l'aimais. Je ne lui ai rien dit... »
Il sentit les larmes affluer et ne fit rien pour les retenir. Cuddy lui manquait terriblement. Il voulait la voir. Il voulait lui dire ce qu'il n'avait pas eu le courage d'admettre devant ses paupières closes. Ce ne serait pas exactement elle, mais tant pis.
« And I'm feeling so bad and so good, I don't know what to do... »
Il avala une autre pilule de Vicodin, avant de s'allonger et de se recroqueviller sur le sol.
Le visage baigné de larmes et la voix suave d'Amber lui servant de berceuse, il s'endormit.
xxx
House reconnut les urgences. L'espace autour de lui était baigné d'une lumière blanche presque aveuglante, qui ne venait pas des néons éteints mais qui stagnait comme de la brume. Les lits, les rideaux bleus qui les séparaient, les chariots d'urgence et le matériel médical étaient toujours là. Pourtant, tout était vide. Il n'y avait personne. Pas un patient, pas un médecin. Seuls des hurlements presque inhumains perçaient le silence morbide. Il remarqua alors qu'il avait du sang plein les mains. Le liquide rouge coulait sur le sol, formant une trainée qui disparaissait derrière un mur, comme s'il avait effectué le trajet à reculons.
Il suivit le sillon sanguin, qui montait vers les escaliers. House les emprunta. C'est à ce moment-là qu'il réalisa qu'il n'avait pas besoin de sa canne. Il ne boitait même pas. Il tendait les bras comme s'il portait un corps mais il était incapable de bouger ses membres supérieurs, presque fasciné par ses mains souillées.
Les cris cessèrent lorsqu'il arriva au deuxième étage. Pédiatrie, chirurgie, soins intensifs, laboratoires d'anatomopathologie. Malgré sa veste en cuir, House était gelé. L'hémoglobine le mena à un bloc opératoire. Il poussa les portes en se servant de ses coudes, à la manière d'un chirurgien qui venait de se laver les mains. Sous les fortes lumières, trônait une table d'opération au milieu de la salle. Cuddy y était allongée, entièrement nue. Le sang s'échappant de sa moitié de jambe avait formé une mare rouge sous la table en inox, d'où venait la trace que House avait suivi. Nullement effrayé, il s'approcha et, instinctivement, couvrit le moignon de ses mains pour contenir l'hémorragie. Il découvrit très vite que cela ne servait à rien. La brume blanche mettait la lividité cadavérique du corps en valeur, le rendant presque beau. Cuddy était livide, Cuddy était morte. Pourtant, elle parla :
« Tu m'avais promis que je vivrais. »
Elle ouvrit les yeux. Ils étaient tout blancs. Pas d'iris ni de pupille; juste du blanc.
« Tu m'as entendue crier, House. »
Il ne lâcha pas le moignon. Il essaya de formuler des excuses, d'assembler les mots qui trainaient dans sa tête pour essayer de construire une ou deux phrases avec, mais il ne le pouvait pas. Il ne pouvait pas s'excuser de l'avoir tuée. On ne s'excusait pas pour ce genre de choses.
« Tu m'as abandonnée. »
On en payait les conséquences.
Il sentit une forte brulure au thorax. Les battements de son cœur devinrent de plus en plus bruyants, allant presque jusqu'à faire exploser ses tympans. Il baissa les yeux et vit l'incision ouverte en forme de Y sur son torse, comme si on l'autopsiait vivant. Il fixa son diaphragme entrainer sa cage thoracique, ses poumons se gonfler et se dégonfler. Il perdait tout son sang, qui coulait à flot le long de son corps mais il ne s'en inquiétait pas. Il pouvait y survivre sans problème.
« Pourquoi, House ? »
Le regard vide de Cuddy ne quitta jamais les lampes sous lesquelles elle se trouvait. Ses cornées se mirent à cuire.
Il devait se réveiller. Maintenant.
TBC...
Enjoooy youuurseeelf, it's laater than you think. Enjoooy youuurseeelf, while you're stiiill in da pink. The yeeaaaars go byyyyy as quickly as a wink. Enjoy yourself...
Alors ? Vous n'aviez tout de même pas pensé que Wilson ou Foreman avait poussé la chansonnette ?
Courage, plus qu'un chapitre ! ;)
