Partie 4 : Chain Reaction

« Alors ? » demanda Daniel avec impatience.

« Nada, » répondit Jack.

« Quoi ? »

« Il n'a rien voulu entendre. Sombre cré... »

« Mon Colonel ! » Les mots dits sèchement par Sam arrêtèrent Jack dans sa tirade, juste comme l'objet de sa diatribe entrait dans la salle de contrôle. Jack et Sam se mirent immédiatement au garde à vous, mais Daniel ne se donna même pas la peine de bouger de là où il était avachi, près de la machine à café. Il l'aurait fait pour le Général Hammond, mais pas pour ce type.

« Encore là, Colonel ? » dit Bauer en passant.

« Je disais juste au revoir, mon Général, » répondit Jack.

« Faites en sorte que ce soit rapide. Je suis certain que le Major Carter et le Dr. Jackson ont du travail à faire. »

« Bien, monsieur. »

C'était tout juste si Jack put se retenir de faire un geste obscène au dos du Général.

« Alors, ça y est ? Vous partez ? » demanda Daniel.

« Vous l'avez entendu, » répondit Jack.

« Il n'a pas le choix, » dit Sam, « et nous non plus. »

« Tout le monde a le choix, Carter, » répliqua sèchement Jack.

« Vraiment ? Alors le fait que Bauer m'ordonne de fabriquer une bombe à Naquadah est différent de la fois où vous me l'avez demandé ? »

« C'était une situation totalement différente, et vous le savez ! »

« Un ordre est un ordre, monsieur ! »

Jack ne savait pas pourquoi il s'en prenait à Sam... ou vice-versa. Peut-être qu'elle ne ressentait plus le besoin de se retenir, maintenant qu'il n'était plus son supérieur.

« C'est mon job ! » finit-elle, « Je suggère que vous fassiez le vôtre et fichiez le camp d'ici ! »

Avec cette dernière remarque, elle tourna sur les talons et sortit de la pièce, l'air furieux. Jack regarda Daniel qui se contenta de hausser les épaules.

« Je commencerais à lui demander un rendez-vous si j'étais vous, Jack, » dit-il.

« Quoi ? »

« Un rendez-vous... avec Sam... il n'y a plus de raison qui vous retienne. »

Et il n'y en avait pas... absolument aucune. Pourquoi est-ce que c'était toujours Daniel qui faisait remarquer ces choses-là ? Mais même si c'était agaçant, Daniel avait raison. Jack sentit sa bouche devenir sèche à cette pensée. Il pouvait à peine se rappeler comment demander à une femme de sortir avec lui. Ce n'était pas quelque chose qu'il avait beaucoup fait récemment. Est-ce que Sam accepterait ? Il n'allait pas demander s'il y avait la moindre chance qu'elle le descende en flammes. Etant donné son humeur actuelle... Il se dit qu'il devrait lui apporter une sorte de présent. Faisant un détour par la salle de briefing, il piqua les fleurs qui s'y trouvaient là, pour la décoration, et se précipita vers le labo de Carter.

Elle était là, tripotant l'appareil qu'il reconnut être un réacteur à Naquadah. Le fait qu'il en sache autant était une indication de ce que cette femme lui avait fait.

« Salut, » dit-il.

Sam leva les yeux, vit qui se tenait là et força ses traits à se renfrogner.

« Paix, » offrit-il, tendant les fleurs.

« Remettez-les en place, monsieur, » répondit-elle.

« Allez, donnez-moi une chance ! Si vous ne voulez pas des fleurs, que diriez-vous... d'un dîner ? »

« Un dîner ? »

« Rien de mal à ça, n'est-ce pas ? »

Sam secoua la tête.

« Des collègues, des amis si vous voulez... dînent ensemble, non ? »

Jack afficha son plus beau sourire. Il eut l'effet désiré et le visage de Sam se fendit d'un grand sourire.

« Il n'y a rien de mal à ça, n'est-ce pas ? » répéta-t-il.

« Je suppose que non, » admit-elle.

« Alors, je passe vous prendre à 20h ? »

« Oui, monsieur. »

Jack posa les fleurs sur son réacteur et quitta le labo. Alors qu'il descendait le couloir, il s'attendit à moitié qu'elle courre après lui, mais elle ne le fit pas. De son point de vue, c'était une bonne chose... une très bonne chose.

oOo

Sam avait un rendez-vous avec Jack. Un vrai rendez-vous, pas une réunion avec le reste de SG-1 où elle serait forcée de prétendre qu'elle n'était pas le moins du monde intéressée par le Colonel. Mais ceci allait être différent, et un peu déconcertant. Elle quitta son travail assez tôt... mais c'était plus à cause d'un manque d'enthousiasme pour ce qu'elle faisait que pour se préparer à son rendez-vous. Parce qu'il ne lui fallait pas tant de temps que cela. Elle prit une douche, mit un jean, un peu de maquillage et voilà. Il n'y avait pas de raison d'en faire trop. Quand un homme vous voyait tous les jours en treillis, n'importe quoi d'autre était une amélioration.

Elle crut qu'elle allait être nerveuse, mais elle ne l'était pas. Après tout, elle connaissait Jack depuis des années. Ce n'était pas comme s'ils n'auraient aucun sujet de conversation. Mais ceci était un rendez-vous... cela ne faisait-il pas une différence ? Ne devrait-elle pas être différente ? Mais Sam ne savait pas vraiment comment l'être. Elle n'essayait pas d'être quelqu'un d'autre que la femme à qui, elle le savait, Jack tenait. Alors pourquoi ses paumes étaient-elles humides ? Et pourquoi avait-elle une soudaine envie de nettoyer les placards de la cuisine, en dépit du fait qu'elle savait qu'il était très peu probable qu'il voie l'intérieur de cette partie de sa maison ? Pourtant, deux précautions valaient mieux qu'une... Sam était à quatre pattes, la tête à l'intérieur d'un placard quand on sonna à la porte. Elle s'en extirpa en se cognant la tête.

Sam jurait quand elle ouvrit la porte, sa main touchant avec précaution l'endroit douloureux.

« Salut, Carter... woah... qu'est-ce qu'il vous est arrivé ? » s'exclama Jack.

Pour une raison ou une autre, Sam sut que le Colonel ne se référait pas à sa tenue. Elle écarta sa main et vit du sang. Arrrggh... tu parles de faire bonne impression, Sam.

« Allez, allons vous nettoyer, » dit-il.

La prenant par la main, Jack la conduisit jusqu'à la cuisine. Il l'assit sur une chaise, pendant qu'il cherchait un torchon. Les coupures à la tête saignaient toujours beaucoup. Elle avait l'impression d'être une telle idiote. Maintenant, il faudrait qu'elle se relave les cheveux, rien que pour ôter le sang. Et dire qu'ils devaient sortir ce soir ! Le temps qu'elle soit à nouveau prête, il serait trop tard.

Jack fut étonnamment doux en nettoyant le sang. Sam se retrouva à chercher son contact. Elle l'aurait apprécié si sa tête n'était pas aussi douloureuse.

« Je pense qu'il faudra quelques points de suture, » dit-il.

« Ca ira, » dit Sam.

« Vous êtes sûre ? »

« J'ai eu pire... Est-ce que je vais devoir relaver mes cheveux ? »

« Oui. Vous savez quoi, pendant que vous faites ça, je vais nous commander le dîner. »

« Vous feriez bien. »

Soupirant intérieurement, Sam retourna sous la douche. Bon, elle avait réussi à ruiner totalement la soirée... et tout cela à cause d'un soudain besoin de nettoyer. Elle en rirait au matin, mais pour le moment, c'était loin d'être drôle. Après la douche, Sam ne se donna pas la peine de remettre son jean. Elle remit son survêtement, laissant ses cheveux mouillés sécher naturellement. Quand elle retourna dans le salon, elle découvrit que le dîner était déjà arrivé. Il était évident qu'elle était restée dans la salle de bain plus longtemps qu'elle ne l'avait pensé. Il avait également ouvert une bouteille de vin et allumé des bougies...

« Tenez, » dit-il en lui offrant un verre.

« Merci... qu'avez-vous commandé ? »

« Chinois. J'espère que ça ira. Vous aviez le menu à côté du téléphone. »

« C'est bien. »

Elle se pelotonna sur le canapé, pendant que Jack empilait la nourriture dans son assiette.

« Ce n'était pas vraiment ce que vous aviez prévu, n'est-ce pas ? » dit-elle.

« Pas vraiment... mais c'est bien, » répondit-il.

« C'est vrai ? »

« Oui. Nous n'avons pas tellement d'occasions de passer du temps ensemble. »

Il lui sourit, un peu timidement. Puis il tendit la main et essuya une traînée de sauce sur sa bouche. Sam rit, se sentant finalement plus détendue. Elle mit un film et elle et Jack décompressèrent sur le canapé. Ceci était mieux que de sortir, décida Sam. Surtout que, quand ils eurent fini de manger, elle se retrouva avec la tête sur son épaule.

« Ceci ramène des souvenirs, » murmura-t-il.

« Oui, » avoua Sam. « C'était la seule que chose que j'aimais de cet endroit. »

« Moi aussi. »

Elle s'installa contre lui, savourant la proximité et la chaleur de son corps. Jack faisait un oreiller très confortable. Elle souhaita qu'ils aient pu être aussi proches hors planète... cela aurait rendu plus chaudes ces nuits pluvieuses. Les doigts de Jack jouaient distraitement avec ses cheveux, d'une façon apaisante, mais pour une raison ou une autre, Sam eut l'impression que l'esprit de Jack était ailleurs. Elle tourna la tête pour le regarder. Il ne se concentrait définitivement pas sur ce que faisait sa main.

« Mon Colonel ? » interrogea-t-elle, retournant à la forme militaire.

« Oui ? » demanda-t-il.

« Nous ne pouvons pas faire cela, n'est-ce pas ? »

D'après l'expression dans ses yeux, Sam sut qu'elle l'avait lu correctement. Il prit ses mains dans les siennes.

« Sam..., » commença-t-il.

« Je comprends, monsieur. »

« Je veux ceci plus que tout, mais je ne peux m'empêcher de penser à Hammond. »

« Il a été écarté ? »

« J'en mettrai ma main au feu. »

« Qu'allez-vous faire ? »

La question était pertinente. Jack était le seul en position d'agir. Sam devait se présenter à la base le lendemain matin. Elle n'avait jamais réalisé à quel point elle avait compté sur le tact et la discrétion de Hammond. Il avait toujours cru en ses capacités... à la fois en tant que soldat et en tant que scientifique. Il ne l'aurait jamais assignée à la base... il ne lui aurait jamais ordonné de développer une arme de destruction massive. Hammond comprenait la relation de travail exceptionnelle au sein de SG-1. Personne d'autre n'aurait mis ensemble un colonel des forces spéciales, une scientifique, un archéologue et un renégat...

Sam voulait ravoir cela... plus que tout. Elle retira ses mains de celles de Jack et se redressa, mettant un peu de distance entre eux.

« La première chose que je vais faire demain est de parler avec George et espérer qu'il me dira quelque chose, » dit Jack.

« Et s'il ne le fait pas ? » demanda Sam.

« Alors nous démissionnerons et nous irons à Maui, parce que nous pourrions aussi bien passer le peu qui nous reste de notre vie dans un paradis. »

Il lui offrit un sourire las.

« Bauer est un pauvre type... si nous ne faisons rien, nous pourrions avoir de gros problèmes avec les Goa'uld avant la fin de l'année, » termina-t-il.

« Non... il va leur balancer une bombe nucléaire, » dit Sam. « Et je serai celle à lui donner le pouvoir de le faire. »

Sam s'avachit sur le canapé, agrippant le coussin contre elle.

« Vous faites ce que vous devez faire, » lui dit Jack. « Tenez bon, Sam. »

Sa main couvrit les siennes... comme s'il voulait la toucher à nouveau... sachant que cela ne serait pas une bonne idée. Leurs yeux se rencontrèrent.

oOo

Jack savait qu'il était l'heure de partir. S'il restait plus longtemps, il savait qu'ils feraient quelque chose qu'ils regretteraient. Puis il n'y aurait pas de retour en arrière. Sam voulait SG-1... elle en avait besoin... de la même façon que lui. C'était leur vie.

« Mon Colonel, je suis désolée, » murmura Sam.

« Ce n'est rien, » répondit-il. « Nous aurons notre heure, Carter... c'est juste que ce ne sera pas maintenant. »

« Promis ? » demanda-t-elle.

« Oui... promis. »

Il la prit dans ses bras, voulant juste la tenir un peu plus longtemps. Il n'y avait rien de mal à cela, n'est-ce pas ? La tête de Sam se posa sur sa poitrine, mais c'était rien de plus qu'un prétexte... jouant à quelque chose qu'ils ne pouvaient pas avoir. Cela devenait de plus en plus dur avec chaque jour qui passait, réalisa-t-il. Il frôla ses cheveux de ses lèvres. Sam poussa un profond soupir. L'un d'eux allait devoir agir... bientôt.

« Je ferais mieux de partir, » dit-il.

« Oui, » répondit-elle.

« Et vous devriez prendre un peu de repos... avec ce coup à la tête et tout... »

Ni l'un ni l'autre ne fit mine de lâcher l'autre. Ceci n'était pas bon. L'attrait de ne pas avoir à obéir aux règlements était fort... même si ce n'était que pour une unique nuit. Jack passa ses doigts dans les cheveux de Sam. Cette fois il n'était pas distrait, il savait à quel point ce moment était précieux. Sam... sa belle major, était dans ses bras, là où était sa place. Il le ressentit cette nuit-là plus que jamais auparavant.

Le temps parut ralentir. Ils restèrent dans les bras de l'autre, attendant... jusqu'à ce que l'obscurité s'efface et que le ciel s'illumine.

« L'heure de partir, » Jack s'entendit dire comme le soleil perçait à travers les rideaux.

« Oui, monsieur, » répondit Sam.

Elle s'écarta de lui.

« Ca ira ? » demanda-t-il.

« Oui, monsieur, » répéta-t-elle.

Il prit son manteau et se dirigea vers la porte.

« Tenez-moi informée, mon Colonel, » dit-elle en tenant la porte ouverte pour lui.

« Je le ferai. »

« Et... bonne chance. »

Elle posa sa main sur sa joue. Le geste dit plus que n'importe quel mot... Ils auraient leur heure, se répéta Jack.

oOo