Ch 3. Les bourgeois, les pauvres et les justiciers.
L'arrivée sur la berge s'était faite sans encombre et leur deux navires étaient amarrés en toute discrétion derrière une forêt qui vraisemblablement devait les mener dans un des villages. Le capitaine, consciencieux, avait donné l'ordre de contourner le port et de jeter l'ancre un peu plus loin. La jeune femme aurait pu aller sur les quais, mais elle avait vu – avec les jumelles qu'elle avait arrachées aux mains de Sachi – d'autres pirates qui n'avaient vraiment pas l'air aussi sympathiques que les Hearts. Elle avait alors jugé bon de rester un peu plus longtemps avec eux, et avait gentiment redonné la longue-vue au pirate avec un sourire désolé et s'était carapatée dans la cuisine avant qu'il ne s'indigne.
Ils étaient descendus du navire et avaient marché jusqu'à arriver à un petit bourg, où un vieil homme avait répondu – plus ou moins sous la contrainte car apparemment terrifié – à toutes leurs questions. Gokana était une île relativement riche où le commerce était son rendement premier. Cependant, tous les bénéfices ne revenaient qu'à certains privilégiés, c'était pour cela que les villages sur l'ouest de l'île ne paraissaient pas rouler sur l'or ; il fallait se diriger à l'est pour apercevoir toutes ses richesses. En outre, vivre ici était relativement paisible, car les monstres marins persuadaient les pirates à fuir l'île et la marine possédait un petit poste du côté des villes bourgeoises, afin de garantir leur sécurité. Ainsi, les pirates les moins couards se contentaient de venir là où la marine ne serait pas – où il n'y avait donc pas grand-chose à piller – et repartaient très vite, le log-pose mettant moins d'une journée à se recharger.
Les pirates avaient alors décidé qu'ils iraient dans ces quartiers huppés afin de s'adonner à quelques activités illégales, comme l'avait si bien dit Dambal avec un sourire carnassier.
Patty avait alors décidé qu'elle ne les suivrait pas – elle n'était pas une hors-la-loi et ce ne serait pas de sitôt qu'elle le deviendrait – et avait clamé solennellement au capitaine des Hearts qu'elle le retrouverait plus tard pour payer sa dette, sur l'île suivante ou quelque chose du genre. Il lui avait lancé un « au plaisir de te revoir, miss Patty » relativement moqueur, amusé de son indignation quand il avait évoqué le fait de piller un village. Bon, elle n'était pas naïve et se doutait bien de ce qu'elle allait voir si elle partait se promener vers l'est, elle trouverait des habitants vivant dans le luxe et l'opulence, alors qu'ici, les hommes étaient plus que démuni. Mais quand bien même, l'expédition se révélait plutôt ardue et Patty n'avait pas envie de mourir, d'avoir une main coupée ou d'être livrée à la marine et si elle avait quelques fois dépouillé quelques bandits à Awa, elle n'avait jamais volé de gros butins, juste de quoi s'acheter un repas pour le soir et de quoi se divertir au casino. Les pirates ne jouaient définitivement pas dans la même catégorie. Elle avait alors entreprit de déplacer son navire à quelques lieues, de manière à ce que les marines ne puissent la considérer comme une menace mais juste comme la pêcheuse tranquille et sereine qu'elle était censée être. Il fallait dire que pour le moment rien ne s'était passé comme prévu.
Elle décida d'aller se promener sur les rives près du petit village où ils avaient accosté, évitant prudemment la chaumière du vieillard que les Hearts avaient interrogé précédemment. Valait mieux être vigilant, il l'avait tout de même vu avec eux. Elle irait ensuite vendre les poissons qu'elle avait pêchés pendant la traversée jusqu'à l'île. Ils étaient petits mais elle ne doutait pas que les villageois lui en achèteraient. Cela lui permettrait de se ravitailler sans trop de difficultés jusqu'à la prochaine île et ainsi repartir rapidement s'il y avait trop de grabuge dans les villes. Pour le reste, elle aviserait, peut-être irait-elle faire un tour sur l'autre côté de l'île et ensuite prendrait-elle le large – son log-pose ne tarderait pas à être rechargé. La jeune femme fit demi-tour, se dirigeant vers son petit navire.
Ses poissons s'étaient vendus aussi bien qu'elle l'avait prédit, elle possédait ainsi une petite somme d'argent – bon, pas non plus très conséquente – mais cette dernière lui avait permis de s'acheter des vivres ainsi que quelques vêtements pour continuer son expédition. Elle avait finalement dormi sur l'île – elle s'était rendu compte que si elle partait le soir, elle allait devoir naviguer parmi les rois des mers, seule et dans la nuit et par Roger, elle ne voulait plus entendre parler de ces monstres – sauf s'il s'agissait de les manger. Le pillage des pirates s'étaient répandus comme une traînée de poudre à travers la ville et tous les habitants ne parlaient que de ça. Sachant que les soldats de la Marine protégeaient l'île, ces derniers se faisaient tout simplement passer pour des idiots, s'attirant les foudres des ridicules nobliaux de la grande ville. À l'évidence, les pirates avaient tellement été discret que les vols n'avaient été décelés qu'en début de matinée, dépouillant les aristocrates de leurs rubis et autres bijoux – qui en soit n'étaient pas utile à leur survie. La jeune femme avait alors décidé d'aller visiter cette dernière, curieuse de voir les dégâts occasionnés. En réalité il n'y avait eu aucune casse, seulement ces petits seigneurs qui pleurnichaient sur leur triste sort. Exaspérée, Patty était vite repartie sur son navire, la situation de ces stupides habitants l'agaçant prodigieusement. Au final, même si elle avait pu paraître scandalisée quand les Hearts pirates avaient planifié de voler l'île, elle était désormais presque satisfaite qu'ils l'aient fait, car ces gens étaient tout simplement exécrables. Par Roger, elle le savait que le monde n'était pas forcément très moral et que les injustices seraient toujours présentes, mais il fallait avouer que voir une telle inégalité sur une île – qui n'était pas très grande non plus – avait de quoi ébranler. À Awa, comme dans d'autre village, les habitants s'entraidaient sans forcément attendre quelque chose en retour. Cette manière de fonctionner n'existait absolument pas ici, à Gokana. Patty savait qu'elle ne devait pas en être consternée – sa mère et les habitants le lui avaient assez souvent rappelé pour qu'elle s'en souvienne. L'île d'Awa était un petit cocon où tout ce qu'on y trouvait était la pérennité et assez de quiétude pour y avoir une vie idéale, sans trop d'incident – sauf si bien évidemment on se mettait à dos certains habitants du village, un peu trop sauvages pour leur propre bien, mais le village était pour le moins pacifique grâce à cela.
Elle avait appris que seulement quatre – seulement ! rois des mers avaient été importés autour de l'île, et sachant qu'un des monstres avaient élu domicile dans son estomac et celui des pirates – elle ricana – il y avait moins de chance qu'elle en croise un. De plus, certains chemins maritimes cachés avaient été crée pour que les commerçants entre les îles puissent naviguer en sécurité – toujours approximative bien sûr, mais c'était mieux que rien et il suffisait qu'elle trouve celui correspondant à son log-pose et son voyage se déroulerait a priori sans trop de dégât. Elle avait apprit que la prochaine île, nommée Gurao, était une ville agricole très liée au niveau commercial avec Gokana, et donc naviguer entre les deux îles se faisait régulièrement et relativement facilement.
Patty remonta sur son navire et se prépara à partir. Si les vents étaient favorables, elle mettrait trois jours pour arriver à destination et passé les monstres marins, le trajet se déroulerait paisiblement. Elle leva l'ancre, et entreprit de contourner l'île, jusqu'à arriver pas loin de la base marine, où le trafic de bateaux était plus affluant.
Qu'est-ce qu'elle faisait ici ? Tout se déroulait pour le mieux et l'île paraissait être sûre ! Bon sang, si elle avait su que cette chose là serait encore plus effrayante qu'un roi des mers – bon, peut-être pas, mais la panique du moment lui donnait cette impression – et bien elle ne serait jamais sortie de son navire et aurait simplement attendu qu'ils reviennent, et tout aurait été pour le mieux. Par Roger ! Patty accéléra, glissa sur une épaisse couche de neige, se rattrapa à un arbre en hurlant et dévala la pente à toute vitesse.
Une quinzaine de jours plus tôt :
La traversée après avoir quitté Gokana s'était faite sans aucun problème et Patty avait amarré son bateau sur le petit port de Gurao. L'île n'était pas excessivement grande – bien qu'assez pour contenir des champs à perte de vue – mais les habitants n'étaient pas très nombreux, les jeunes partant en quête d'un travail dans d'autres villages de Grand Line. Ce dernier était simple et les villageois vivaient de manière relativement rudimentaire mais ne paraissait manquer de rien, le commerce avec Gokana leur permettant de vivre confortablement. Ces derniers étaient chaleureux et avaient accueilli avec sympathie la jeune pêcheuse, partageant avec elle leur boisson avec plaisir pour les deux jours qu'elle avait passé sur l'île. Patty avait appris que des pirates étaient passés eux aussi sur l'île mais qu'ils étaient restés à peu près discret et étaient repartis très rapidement, avant même qu'elle n'arrive. Forcément, le navire des Hearts pirates – elle avait facilement deviné de qui il s'agissait – était plus rapide que le sien, bâti pour la pêche et non pour la navigation pure et dure. La jeune femme était soulagée de voir que les pirates n'avaient pas pillé l'île – elle en était arrivée à la conclusion qu'ils avaient une certaine étique, non pas comme certains brigands sans aucune considération pour les autres. Blesser des innocents ne paraissaient pas être leur hobby. Enfin elle l'espérait. De toute manière, il y avait de fortes chances qu'elle les croise à la prochaine île – elle n'avait pas trop intérêt à les perdre, car la dette de Trafalgar Law devrait être payée et de toute manière, si elle voulait attraper des poissons dignes de ce nom, elle devait continuer à voguer vers l'est. Son log-pose était rechargé depuis longtemps et elle allait reprendre la route, satisfaite de cet arrêt sur cette petite île, qui s'était révélé calme et reposant. La jeune femme repartait donc vers une nouvelle île, dotée en plus d'une caisse remplie de bouteilles de vin, issues de l'agriculture de l'île, qui étaient vraiment, vraiment délicieuses et qui allaient pouvoir la distraire durant le trajet jusqu'à la prochaine île, où il lui faudrait un peu plus de temps pour y arriver. Tout était parfait pour le voyage. Et en effet, il s'était déroulé comme elle l'avait voulu ; sans difficulté, ponctué de petits challenges comme elle les aimait, pêchant des poissons qui étaient pour le moins bons, et beaux, notamment un dont une des écailles brillait tel un rubis – c'était certes beau mais l'écaille était trop petite pour qu'elle puisse le vendre un bon prix ; elle l'avait alors nettoyé, poli, coupé et avec du fil de pêche l'avait attaché autour de son coup en guise de collier. Bon, il fallait avouer qu'elle était plutôt fière de sa bricole, et que l'objet était assez réussi. Entre autre, ses caissons de vin étaient descendus rapidement – rien de mieux pour faire tomber l'ennui.
Elle était finalement arrivée, après environ une semaine de navigation sur une nouvelle terre et avait accosté sur un port où elle avait fait connaissance avec le froid. Rafu était en effet une île hivernale – Patty n'avait pas vraiment apprécié la découverte, après tout elle était habituée aux îles où il y avait du sable, du soleil et de la chaleur par Roger ! Awa était une île où il faisait toujours chaud, parfois même un peu trop, mais la jeune femme y était habituée et lambiner sur le sable était ce qu'il y avait de meilleur.
Après avoir attaché son petit navire – bon sang elle n'avait jamais eu aussi froid aux mains – elle avait d'abord hésité entre rester cloîtré dans le bateau ou essayer de visiter la ville. Munie d'une inspiration soudaine – elle se demandait encore pourquoi ? Pourquoi, par les couilles de Roger, elle avait fait ça – la jeune femme avait décidé de sortir – équipée de ses chaussures les plus chaudes et du pull le plus épais – bon sang, elle ferait un stock de vêtements d'hiver, mais pourquoi n'y avait-elle pas pensé avant ?
Elle avait commencé à longer le port, jusqu'à croiser un navire qu'elle connaissait bien ; celui des Hearts pirates. Ravie de sa découverte, elle était montée dessus avant de voir que l'équipage était parti, probablement descendu au village. En grommelant, elle avait sauté du bateau. Elle avait décidé qu'elle irait les rejoindre, histoire de boire un verre ensemble – parce que oui, au bout d'une semaine, elle avait besoin de parler à des gens, si elle les connaissait c'était encore mieux et il fallait l'avouer, elle appréciait plutôt leur compagnie. De toute manière, le village ne devait pas être très grand, et pour y arriver il lui suffisait juste de suivre le chemin dans la forêt. Et naïve et imprudente, c'était ce qu'elle avait fait, sans se douter qu'il s'agissait d'une grave erreur. Elle s'était jetée toute seule dans la gueule du loup. Dans le sens littéral du terme ; la jeune femme se baladait tranquillement, appréciant finalement la marche dans la neige, quand elle avait entendu un grognement. Elle s'était figée, priant pour qu'il ne s'agisse que de son imagination, mais c'était peine perdue. Elle avait alors vu un monstre – il était énorme, vraiment – qui s'avançait vers elle en feulant. Le point positif était que la jeune femme s'était aperçue qu'elle pouvait courir vite, bien plus vite qu'elle n'aurait pu l'imaginer et que cette fois, elle n'était pas restée figée. Le jeune femme se retrouvait donc à bondir en hurlant sur les mottes de neige, sans même remarquer qu'elle s'était éloignée du chemin, pour finalement dévaler ladite pente enneigée avec précipitation.
Patty manqua de tomber et réussi, sans savoir comment, à se redresser et à continuer de courir. Elle n'avait que son harpon avec elle, ce qui encore une fois ne lui serait pas d'une grande aide. Si elle sortait d'ici vivante, il fallait qu'elle apprenne un minimum à apprendre à combattre, histoire de pouvoir continuer à vivre plus longtemps ! Si elle avait su que la plupart des îles contenaient des montres de ce genre, elle aurait peut-être acheté une arme qui ne servait pas juste à attraper des poissons. Toujours en hurlant, la jeune femme continuait de fuir mais son souffle s'épuisait cependant rapidement. C'est à ce moment-là – où elle commençait à se dire qu'elle allait vraiment mourir – qu'elle entendit des bruits. Un semblant soulagée, elle commença à se diriger à l'endroit où elle les avait entendus. En se rapprochant, la légère agitation qu'elle avait perçu devenait finalement un vacarme retentissant, mais elle pouvait en distinguer quelques braillements humain. La pêcheuse continua à courir vers l'origine des bruits avant de malencontreusement glisser sur de la neige. Elle commença à glisser sans pouvoir se raccrocher. En hurlant, elle se vit rouler jusqu'en bas d'une côte pour le moins abrupte – par Roger, elle venait de se broyer tout simplement l'épaule et bon sang, c'était douloureux ! Grimaçant de douleur elle releva la tête avant de se figer.
« Bordel... »
Elle était tout simplement tombée en plein milieu d'un combat entre pirates.
Enfin, elle exagérait un peu quand elle disait cela, elle était tout de même un peu excentrée, mais il n'y avait sûrement qu'elle pour avoir la probabilité de tomber sur un champ de bataille. Au moins, le monstrueux loup avait disparu et – oh un peu de bonheur – elle venait de voir Bepo passant devant elle en courant, enchaînant des sortes de figures d'attaque, qui étaient vraiment très étranges, mais qui avaient le mérite de mettre tous leurs ennemis à terre. S'empêchant de se pincer – la situation était tout de même totalement improbable – elle essaya de se traîner discrètement derrière les arbres au fond, afin d'être vraiment en sécurité. Après tout, même si les Hearts pirates étaient là, ils étaient trop occupés pour prêter attention à elle et la jeune femme n'avait aucune envie de mourir à cause d'une balle perdue. Elle s'accroupit prudemment – par Roger, elle avait perdu son harpon, probablement lors de la course avec la maudite bête qui ressemblait à un loup – et se dirigea vers l'arbre le plus proche, espérant passer inaperçue.
Forcément, tout ne pouvait pas se passer comme elle l'aurait voulu, c'était bien trop facile, par les couilles de Roger ! Un homme – plutôt une brute épaisse – l'avait manifestement remarqué et courrait en beuglant comme une vache vers elle. Patty se releva et bondit, se carapatant comme elle le pouvait – pas facile quand on était sur un champ de bataille – à l'endroit où il y avait le plus possible les pirates qui ne tenteraient pas de la tuer. Elle dérapa, lâcha un petit cri et s'affala contre le sol. Par les couilles de Roger, c'était pas bon, vraiment pas bon. La jeune femme releva la tête, paniquée. Ce sur quoi elle avait failli tomber était en réalité le corps d'un des pirates – Pas de l'équipage qu'elle connaissait, bien heureusement. Et à côté se trouvait une sorte de grosse batte, le genre de truc parfait pour matraquer les gens. Elle se releva avec précipitation, se saisit de l'arme – bon sang, ces trucs étaient vraiment lourds – et se tourna, sans s'être aperçue que l'homme était juste derrière elle.
Bon, il y avait du bon dans tout ça, parce qu'en faisant demi tour et en relevant son nouvel outil de combat, elle avait tout simplement assommé l'homme, qui était maintenant étalé devant elle. Ahurie, elle lâcha un ricanement. C'était pas mal ça ! Avant qu'elle n'ait pu faire un pas pour s'échapper, elle se retrouva soudainement entourée par une sorte de cercle d'un bleu lumineux. Éblouie, elle ferma brusquement les yeux, avant de sentir une curieuse impression au niveau de son ventre, comme si elle était attirée par quelque chose. Elle poussa un petit cri, puis plus rien. Elle ouvrit précautionneusement les yeux et se figea, abasourdie.
« Et bien miss Patty, heureux de te retrouver... »
Devant elle se tenait le capitaine des Hearts pirates, et dans sa main tournoyait une petite sphère de la même couleur que celle qui l'avait englobé à l'instant.
« C... C'était quoi à l'instant ?! Tu... Tu m'as téléporté ! » S'exclama la jeune femme d'une voix un peu trop flûtée – bon sang, elle ne savait pas qu'elle pouvait aller aussi haut dans les aigus. Trafalgar Law eut un petit rire mutin.
« C'est exact miss. Mais pour le moment, reste un peu sur le côté car même si ta prestation d'avant était concluante, bien que chaotique, je ne pense pas que tu auras une autre chance de ce genre. »
Le capitaine souriait, semblait même avoir des difficultés à garder son sérieux. Patty se pinça les lèvres. Peut-être qu'elle n'était pas très douée pour le combat – loin de là – mais elle avait tout de même réussi à mettre un membre du camps adverse à terre, et ce n'était pas rien ! Elle lança un regard désobligeant à Trafalgar Law – il l'observait toujours avec son petit sourire malin – elle reprit en main la batte et couru en poussant un cri de guerre – ça c'était classe, vraiment – vers un petit homme et lui assena un coup – bon, peut-être pas très fort – mais l'individu s'affala sur le sol, totalement étourdi.
« Bwaha ! »
Elle se retourna vers Law, triomphante :
« Tu vois, ce n'était pas juste un coup de chance... »
Le capitaine se frottait le front en riant silencieusement. Bon il fallait l'avouer elle n'avait pas été très fair-play car elle avait abattu l'homme de derrière, ne lui laissant aucune chance d'y échapper. Mais cela relevait tout de même de l'exploit ; elle n'était qu'une pêcheuse aspirant à une vie de tranquillité, pas une combattante parée à mettre plein d'ennemis à terre.
De toute manière le combat se terminait déjà et les seuls adversaires encore débout s'enfuyaient misérablement en hurlant.
« Hoy, tout le monde va bien ?
- Oui Captain' ! »
Patty regarda autour d'elle, contemplant les corps des autres bandits étendu sur la terre et le sang qui coulait des plaies et autres hématomes pas très beaux à voir. Tout cela semblait irréaliste. Elle posa la batte sur le sol et fronça les sourcils.
« Bon sang quelle pagaille...
- Et les gars, Patty est de retour ! »
La jeune femme leva les yeux vers Penguin, qui s'approchaient avec les autres en riant.
« Dis-donc qu'est-ce que tu fous là, j'croyais que t'aimais pas te battre ?
- Moi non plus, maugréa la pêcheuse. Apparemment le destin a quand même voulu que j'essaye... »
Les pirates ricanèrent. L'adrénaline retombée, Patty s'affaissa sur le sol avant de remarquer qu'elle tremblait.
« Par les couilles de Roger, et c'est ça que vous aimez faire, les pirates ?
- Ça et la fortune, petite ignorante, déclara Jasen avec un sourire enjoué.
- Heu Captain' ! Appela Sachi. J'ai une blessure à la jambe, et ça pisse le sang...
- Ah, c'est ça d'être jeune et impatient ! se moqua Dambal en s'asseyant à côté de la jeune femme. Tu ne te serais pas jeté comme un dingue dans la bataille, tu aurais évité au capitaine de devoir te recoudre, encore une fois !
- Hoy !
- Tu es médiocre Sachi, va falloir t'y faire... »
Pendant que les pirates se chamaillaient, la jeune femme vit avec curiosité ce dernier s'avancer vers Sachi et commencer à soigner sa jambe. Elle grimaça quand elle vit la plaie – pas très belle de son humble avis.
« Peeeuh, c'est horrible !
- Ce n'est qu'une petite plaie gamine, lui fit Dambal. Rien de très grave...
- Rien de très grave ? Répéta-t-elle avec horreur. Par Roger, je ne veux pas savoir ce qu'une blessure profonde peut être pour vous. Brrr... »
Elle frissonna.
« Bon alors, lui demanda l'homme baraqué, Comment est-ce qu'une donzelle comme toi s'est retrouvée en plein milieu d'une forêt et d'un combat auquel elle n'était absolument pas liée ? Tu t'es perdue ?
- Crois moi, soupira-t-elle tandis que les pirates se lançaient des coups d'œils amusés, c'est encore plus stupide que ça. Et vous n'avez même pas envie de savoir. »
Ils ricanèrent – ils n'étaient bons qu'à ça de toute manière – et Patty grommela.
« En tout cas, fit Penguin, ou tu es une personne très malchanceuse, ou très chanceuse, mais avec toi il n'y a pas d'entre-deux... Heureusement qu'on est là pour te sauver ! »
« Hey ! S'indigna la jeune femme. Aujourd'hui, je me suis sauvée la vie toute seule, et deux fois ! Deux fois ! Brailla-t-elle. Toute seule ! Répéta-t-elle.
- Et je parie que c'est pour ça que tu as l'air si malheureuse de nous voir... Railla l'homme à la casquette bleue.
- Hoy, s'hérissa Patty, vous n'auriez pas été là je n'aurais pas participé à ce champ de bataille !
- Mais quelqu'un d'autre t'aurait probablement fait la peau...
- Non, c'est... Bon, peut-être. Abdiqua-t-elle. J'admets le fait que si je n'avais pas roulé-boulé jusqu'ici, j'aurais pu avoir un sort moins honorable que celui là – et non Sachi, tu ne sauras pas pourquoi ! Et sinon, ajouta la jeune femme avant que ces grossiers pirates ne se moquent encore d'elle, pourquoi donc vous êtes vous battu contre ces pirates ?
- Ils ne sont pas des pirates, miss Patty, indiqua le capitaine en relevant la tête avec un sourire carnassier, mais simplement de faibles bandits qui dépouillent les villageois de tous leurs bien depuis des années et qui ont tenté de faire de même pour nous... Mauvaise idée... »
Dambal se pencha vers la jeune femme avec un air de confident :
« Ils ont tenté de donner un ordre au Captain', mais ils ne savaient pas ce que ça allait leur coûter... Il est allergique aux ordres...
- Et c'est pour ça que ça a dégénéré ? Fit-elle, incrédule.
- Personne ne me commande, miss Patty, informa le capitaine avec froideur. »
La pêcheuse gigota, gênée. Le sérieux de l'homme la mettait mal à l'aise une fois de plus, lui démontrant qu'il n'était vraiment pas quelqu'un à prendre à la légère. Bon, elle s'en doutait déjà, mais elle ne cessait d'en avoir la confirmation. Réduire à néant un groupe entier de bandits sans aucune difficulté le démontrait parfaitement. Elle l'observa bander la jambe de son homme consciencieusement.
« Et que comptez-vous faire maintenant ?
- Eh bien, exposa Dambal, un petit passage au bar est obligé et après nous reprendrons la route, tout simplement.
- Ah, j'aime ce mot, signala la jeune femme. J'ai besoin de boire pour oublier tout ça. Elle désigna le champ de bataille. Vraiment. »
Les pirates ricanèrent.
« Tu es la bienvenue, miss Patty, lança le capitaine en s'essuyant les mains. Après tout, tu as été une bonne distraction pendant cette bataille si inintéressante...
- Hey ! Je ne suis pas une distraction !
- Allons bon... »
Trafalgar Law darda sur elle son regard moqueur. La jeune femme se releva en maugréant.
« Ravie d'avoir été une source d'amusement pour toi... »
Sans les attendre, elle se dirigea vers la pente qu'elle avait dévalée précédemment – définitivement, elle détestait la neige - afin de récupérer son harpon, qu'elle retrouva finalement sans trop de difficultés.
« Allons-y ! brailla-t-elle en brandissant son arme. À nous le rhum !
- Bien parlé gamine ! Lança l'homme baraqué en riant.
- Dambal... Patty fit une pause. Arrête de m'appeler gamine. J'ai vingt ans. Je ne suis pas une adolescente.
- Et tu vas faire quoi, répliqua l'homme, amusé. M'épingler avec ton truc, là ?
- Ce truc, comme tu dis, c'est un harpon et si je te pique avec, tu pourrais le regretter...
- Bien sûr... Marche gamine et tais-toi.. »
Retourner au village avait été rapide – si l'on ne comptait pas la mauvaise humeur de la jeune femme, due au fait de marcher dans la neige – Par Roger, c'était fatigant, ça mouillait et elle était frigorifiée. Ils avaient été acclamés en arrivant par les habitants, euphoriques de savoir que les bandits avaient été vaincus et que les derniers restant avaient tout simplement prit la fuite. L'équipage et elle-même s'en étaient très bien accommodés – et tout ça l'avait mise de bien meilleure humeur – parce que les villageois les avaient conduit exactement où elle avait souhaité être depuis le début, ce qui voulait dire au chaud, avec un bon verre d'alcool à la main. Et si Law restait discret – cela l'avait interloqué, parce que les pirates étaient censés se réjouir quand ils triomphaient – les autres pirates profitaient eux bien de leur gloire, descendant des tonneaux et tonneaux de rhum et profitant grandement de l'ambiance festive. Elle-même n'était pas en reste et la soirée avait été pour le moins agréable – sauf quand Bepo – Patty avait conclu que les ours ne devaient pas boire – s'était affalé, ivre, sur une table, manquant de l'aplatir et seul l'aide bienvenue de Dambal lui avait évité certainement de terribles souffrances. Ils étaient ensuite retournés sur leurs navires au petit matin et bien des heures plus tard, la jeune femme s'était réveillée pour rapidement constater que les Hearts pirates avaient quitté l'île – et après avoir été quelque peu indignée de voir qu'ils étaient si rapidement parti, elle avait constatée qu'elle était ennuyée à l'idée de ne pas être avec eux – Parce que par Roger, leurs boissons et nourriture étaient délicieuses et Dambal était un sacré adversaire quand il s'agissait de boire et ça, c'était bigrement amusant. Morose et quelque peu malade, elle s'était alors rendue au village, en compagnie d'un habitant de Rafu et priant pour ne pas croiser de loup géant. Le trajet s'était fait sans encombre et elle était rapidement rentrée dans un des magasins pour se réchauffer et accessoirement acheter quelques vêtements qui lui permettraient de ne pas mourir sur cette île qui, bien que très accueillante était tout simplement minable – bon sang, ses doigts et ses mains étaient violettes tant il faisait froid ! La jeune femme finit ses achats rapidement et sortit de la boutique.
« Hoy ! Mademoiselle ! »
Patty s'arrêta. Une villageoise courrait vers elle, lui faisant de grands signes de la main. Elle se retourna et attendit.
« Vous êtes là ! Vos compagnons sont donc toujours sur l'île ? »
La jeune femme haussa un sourcil, interloquée.
« Et bien ce ne sont pas mes compagnons à proprement parler...
- Ils vous ont abandonné ?! S'exclama la femme, définitivement très petite. »
Patty leva les yeux au ciel en entendant la mégère qui la regardait désormais avec ce qui ressemblait à de la pitié.
« Non ils ne m'ont pas abandonné, je suis une pêcheuse, pas un pirate !
- Oh, vous seriez mieux avec eux, soupira la commère. En plus, le capitaine est tellement charmant ! »
Elle lui fit un clin d'œil suggestif, tandis que Patty se figeait, interloquée.
« Heu...
- Allons allons, je suis peut-être indiscrète, veuillez me pardonner ! Tenez, suivez-moi, mon mari le maire tenait à vous parler, pensant que vous étiez des leurs, mais vous pourriez tout de même répondre à sa requête ! Suivez-moi Mademoiselle ! Je m'appelle Kane et vous vous prénommez Patty c'est bien cela ? Et... »
La petite femme attrapa le bras de la jeune pêcheuse et la tira sur le chemin. Cette dernière, totalement abasourdie – par Roger, quelle pipelette ! - ne put que la suivre tandis qu'elle continuait de déblatérer ses cancans.
« Bien le bonjour jeune demoiselle ! Ma chère Kane ne vous a pas trop incommodé ? Elle est tellement bavarde...
- Roy ! Je t'interdis de me dire ça alors que je te ramène cette jeune fille si adorable ! Et je ne l'ai aucunement agacé ! N'est-ce pas ma chère ? »
Patty, toujours aussi hébétée ne répondit que par un hochement de tête négatif. Par Roger, mais qu'avaient donc ces gens à la considérer comme une fillette adorable ? Elle était une pêcheuse, de surcroît armée d'un harpon, pas une midinette de quinze ans ! Tandis que les deux mariés se chamaillaient en riant avec mièvrerie, elle envisagea de fuir ou alors de se cogner la tête contre le mur – parce que bon sang, ils étaient agaçants à batifoler de cette manière ! Patty retint un soupir. « Mademoiselle ? »
La jeune femme lança au maire un regard qu'elle espérait peu engageant – mais qui eut pour seul mérite de faire soupirer de bonheur la bonne femme qui commençait alors à clamer la beauté de la jeunesse. Incrédule – ils venaient vraiment d'une autre dimension, elle s'assit sur une chaise.
« Oui ?
- Eh bien, comme ma chère Kane vient de le dire, vous n'appartenez donc pas à l'équipage des Hearts pirates, c'est bien cela ?
- Par Roger non !
- Très bien... »
Apparemment ennuyé, le monsieur prit place derrière son bureau en se grattant le menton.
« Cependant, reprit-il, vous sembliez bien les connaître, n'est-ce pas ?
- Je ne les connais pas vraiment, marmonna Patty. Disons juste que je leur suis redevable... »
Le visage de l'homme s'éclaira.
« Donc vous allez partir à leur recherche ?
- Par Roger non ! S'exclama la jeune femme. Mais comme nos routes se suivent, je suppose que je les croiserais de nouveau...
- Parfait ! »
La pêcheuse leva les yeux vers le maire, interrogative.
« Que voulez-vous dire ?
- Eh bien, ces braves hommes nous ont sauvé de ces affreux bandits. Grâce à eux, nous sommes libres et même si nous les avons remerciés hier, j'avais un cadeau à offrir au capitaine, mais je n'ai pu lui donner, ils étaient déjà partis. »
Patty se retint de ricaner. S'il savait que les pirates n'avaient pas fait ça pour eux mais simplement parce que Trafalgar Law n'avait pas accepté un ordre venant des charognes, il ne se sentirait peut-être pas aussi redevable. Elle contempla l'homme de lever et sortir d'un coffre un objet entouré proprement d'un drap. Ce dernier était long et fin, mais elle ne pouvait deviner de ce dont il s'agissait.
« J'aimerais que vous lui donniez ceci de notre part. »
Il déroula le linge, faisant apparaître une épée pour le moins somptueuse.
« Le capitaine se bat avec un katana, relata l'homme. J'ai donc supposé que ce nodachi lui conviendrait parfaitement.
- Oh et bien... Patty était stupéfaite. Je suppose que oui... C'est une belle arme...
- C'est une des lames maudites et elle se prénomme Kikoku. Elle est dans ma famille depuis des générations, ajouta-t-il avec fierté. »
La jeune femme examina l'arme. Elle était très longue, son fourreau décoré de petites croix et la monture était recouverte de fourrure blanche, avec un petit morceau de corde rouge lié à la base de la poignée.
« C'est un beau cadeau, complimenta-t-elle. Mais êtes-vous donc certain de vouloir lui léguer cette épée alors qu'elle est à vous depuis si longtemps ?
- Eh bien, Mademoiselle, je ne suis pas un combattant et je souhaite plus que tout que mon village soit enfin en paix. Ce n'est pas avec des armes que je pourrais le faire. »
Le monsieur lui fit un sourire.
« J'aimerais donc que Kikoku soit avec lui et qu'il puisse l'utiliser à bon escient. »
Patty se retint de dire que Trafalgar Law était un pirate et que cette arme n'allait pas forcément être employée pour le bien. Cependant, il fallait avouer que la lame imposait le respect et probablement que le capitaine lui en serait reconnaissant, ce qui serait probablement un pas vers la reconquête de sa fierté. Elle se leva :
« Je donnerais donc ce nodachi au capitaine des Hearts pirates, promit-elle.
- Nous vous remercions Mademoiselle, fit le maire, reconnaissant. »
Le couple échangea un regard ravi. La jeune femme se saisit alors de l'arme – par les couilles de Roger, elle était beaucoup plus lourde qu'elle n'y paraissait ! – Et leur sourit.
« Je suppose que je n'ai pas le temps de traîner, alors je vais partir maintenant. »
Le chapitre 3 est enfin posté ! Il en a fallu du temps, j'en suis désolée...
Je remercie les lectrices, les revieweuses, en particulier Lena18 et son petit commentaire très pertinent (je savais que le titre n'était pas top, mais ta trouvaille était parfaite !)
Gros bisous les coupinous
