Je préviens tout de suite, ceci est un UA et c'est mon premier !
Résumé : Quand un Ichigo, trop timide et loin d'être sûr de lui, se retrouve coincé dans le tournage d'un film dont il a décroché, sans le vouloir, le rôle principal, ça fait des étincelles. Et ces étincelles ne semblent pas laisser complètement indifférente une certaine actrice en herbe…
Disclaimer : Ichigo, Rukia et la bande de dégénérés qui leur sert d'amis ne m'appartiennent pas, ils sont à Tite Kubo, mais je les aurais un jour, je les aurais!
Rating : K, même en cherchant bien, je ne vois pas du tout ce qui pourrait heurter la sensibilité de qui que se soit.
Hatsukoi : Premier amour
"Dans son nouveau lycée privé pour gosses de riches, Kyoko (Kuchiki Rukia) se sent bien, elle sait comment rentrer dans le moule de ces adolescents trop sérieux et bridés par leurs parents, elle ne connaît ce monde que trop bien, elle s'y sent à sa place. Seulement, les choses se compliquent pour elle quand elle se voit confier un chaperon. Naoki (Kurosaki Ichigo), lui, est totalement en marge de ce monde qu'il méprise. Quand tous sont semblables, sages et bons élèves, lui est différent, violent et vend de la drogue. Et pourtant, son rôle est de veiller sur cette nouvelle élève…
Le nouveau film de Kusumi Takeo, "Hatsukoi", inspiré du Best-seller du même titre écrit par Kuchiki Byakuya, sortira dans les salles japonaises fin décembre."
En sortant du métro devant l'immense plateau de tournage, Ichigo se demanda, pour la cinquantième fois de la matinée, comment il avait fait pour co-signer ce fichu contrat. Son père l'avait traîné de force dans un endroit qu'il ne connaissait pas, sans lui fournir la moindre explication. Patient comme à son habitude, l'adolescent avait vite explosé. Il s'était mis à crier sur son paternel toute sa colère quand la porte s'était ouverte. Un homme brun, la quarantaine bien sonnée, était entré à l'instant précis où Ichigo s'élançait, furieux, sur son père dans l'espoir de lui régler son compte une bonne fois pour toutes. Lui aurait-on offert une centaine de voitures de collection que le nouveau venu n'aurait pas semblé plus heureux, il avait l'air d'un gamin à qui on vient de donner un nouveau jouet. Il s'était mis à applaudir avant de se présenter comme Kusumi Takeo, scénariste et grand réalisateur de films. D'un pas vif et joyeux, il était entré dans la pièce et avait congédié tous ceux qui étaient présents à part les deux Kurosaki, prétextant que le rôle était désormais attribué. Le rôle de quoi, Ichigo n'en savait rien.
Assis autour d'une table garnie de bonbons – du moins garnie jusqu'à ce qu'Isshin se jette dessus – Takeo avait passé un bon moment à expliquer, au fils plus qu'au père, que ce qu'il cherchait dans ses acteurs, c'était la spontanéité. Il avait besoin, pour son nouveau projet, d'un jeune homme qui sortait de la norme, qui… détonnait. C'était le mot, il lui fallait quelqu'un qui soit différent des autres, tant physiquement que mentalement. Et Ichigo semblait convenir à merveille pour ça.
Pendant près d'une heure, le réalisateur s'était escrimé à convaincre le jeune homme de tourner dans son film, après tout, s'il s'était présenté à l'audition, c'était bien pour ça, non ? Ce à quoi l'adolescent avait répondu en envoyant à son père un crochet du droit dont il garderait une belle ecchymose en souvenir pendant plusieurs jours. Poliment, Ichigo avait décliné l'offre, il avait besoin de trouver un job, oui, mais jouer les comédiens ne lui disait vraiment rien. Ne se laissant pas démonter pour autant, Takeo avait alors commencé à parler rémunération. Les yeux d'Ichigo s'étaient écarquillés de surprise. Ce que lui proposait cet homme était au-dessus de tout ce qu'il pouvait espérer gagner en plusieurs années de travail et le tournage ne lui prendrait que le temps des vacances ! Convaincu par l'argument et encouragé fortement par son père, il avait fini par signer le contrat.
Et maintenant, Ichigo se rendait pour la première fois sur le lieu du tournage, une boule étrange coincée dans le ventre. En poussant la porte vitrée qui le menait à un vaste hall, il eut la folle envie de prendre ses jambes à son cou et de faire demi-tour. Mais le souvenir du chèque énorme qui l'attendait à la fin du tournage lui redonna courage, lui faisant presque oublier la scène qu'il avait lue la semaine dernière dans le script et qui ne lui disait vraiment rien.
Une fois qu'il lui eut donné son nom, une jeune femme qui semblait servir à la fois de secrétaire et d'hôtesse d'accueil lui indiqua gentiment le numéro du studio dans lequel il devait se rendre. Studio C, deuxième étage, première à droite.
Lorsqu'Ichigo entra sur le plateau, les lieux étaient déjà en pleine effervescence. Des dizaines de personnes, hommes, femmes et même adolescents, s'affairaient dans tous les sens sans lui prêter la moindre attention. Jusqu'à ce qu'une petite brunette lui rentre dedans.
- Oh ! s'exclama-t-elle lorsqu'il la rattrapa par le bras pour éviter qu'elle ne s'écroule sur le sol.
- Désolé, s'excusa immédiatement Ichigo.
- Pas grave, lâcha-t-elle, visiblement pressée. Maintenant, 'xcuse mais je joue dans la prochaine scène et j'dois m'préparer. En plus, y manque un acteur alors…
Sans même finir sa phrase, la jeune fille s'esquiva et se fondit dans la petite foule. Un peu sonné, Ichigo mit un certain temps à comprendre que l'acteur manquant, c'était peut-être lui. Alors que la boule dans son estomac se resserrait encore un peu plus, il se faufila vers le plateau de tournage. Le décor figurait une salle de classe, semblable à celle de son propre lycée, si on oubliait les dizaines de caméras qui s'y trouvaient. Et derrière l'un de ces fameux appareils de prise de vue, le jeune homme trouva enfin celui qu'il cherchait. D'un pas manifestement peu assuré, il s'avança vers le réalisateur.
Une demi-heure plus tard, Ichigo était assis à une table comme une petite vingtaine de figurants. Dans cette scène, il n'avait pas un rôle plus important que celui de ses camarades, il avait donc été exempté de texte à apprendre. Ce qui l'arrangeait plutôt pas mal en fin de compte. Il avait vraiment peur de passer pour un idiot à déclamer des paroles pré-écrites devant des caméras. Au moins pour son premier essaie, il ne se ridiculiserait pas. Enfin, c'était ce qu'il espérait.
Le tournage débuta. C'était une scène des plus simples. Une salle de classe, des élèves BCBG, une prof ennuyante à mourir. Ça devait être un cours ordinaire jusqu'à ce que la nouvelle élève entre. Suite à quoi elle se présenterait et la prof l'enverrait s'installer au seul pupitre de libre, celui qui se trouvait à la droite d'Ichigo, avant de déclarer que celui-ci était donc désigné d'office comme son chaperon, chargé de lui faire visiter l'école à la pause et de l'intégrer aux autres élèves.
Après le « Action ! » sonore du metteur en scène, Ichigo tenta de prendre un air nonchalant, comme il était censé le faire, face à l'actrice qui devait jouer son prof de maths. Lorsqu'un coup fut porté contre le battant de la porte, il cacha son sursaut. Indifférent. Naoki, son personnage, devait sembler indifférent à tout, presque déconnecté de la réalité. Seulement lorsque la porte coulissa et laissa apparaître la jeune fille qui l'avait bousculé tout à l'heure, l'adolescent ne put se retenir d'écarquiller les yeux. Alors comme ça c'était elle qui avait décroché le premier rôle ? C'était elle qui partagerait l'affiche avec lui ? Drôle de coïncidence.
Un peu abasourdi de ce hasard, il la détailla un moment, ce qu'il n'avait pu faire plus tôt étant donné qu'elle avait détalé tout de suite après l'incident. Elle était vraiment petite, chétive, il se souvenait qu'elle ne lui arrivait qu'aux épaules. Ses cheveux, plus noirs que l'ébène, lui tombaient sur le dos en mèches éparses dont une qui lui barrait le front, juste entre les deux yeux. Un petit sourire candide flottait sur ses lèvres, le même qu'arborerait une gamine de cinq ans pour apprivoiser ses parents dans l'espoir d'avoir une sucrerie et ses grands yeux bleus, délicieusement pétillants, renforçaient l'image de petite fille qu'elle donnait. En somme, elle n'était pas mal, plutôt mignonne que jolie, tout à fait le genre de fille idéal pour le rôle qui lui était confié.
Lorsque la pause déjeuner arriva, Ichigo poussa un profond soupir. Il était plus que temps qu'elle arrive. Jamais il n'aurait imaginé que la même scène serait tournée dix fois d'affilées, bien que ce ne soit la faute de personne. Il fallait seulement tourner la scène avec plusieurs angles de vu différents, de façon à choisir le plus approprié au montage. La matinée avait été éprouvante, pas physiquement, mais refaire les mêmes gestes, réentendre les mêmes mots, encore et toujours, c'était vite lassant. Et puis les scènes qui avaient suivi celle de l'arrivé de Rukia, l'actrice qui jouait Kyoko – il avait entendu son nom quand le metteur en scène l'avait félicitée pour son naturel – n'avaient pas été plus intéressantes. Au fur et à mesure, Ichigo devait faire mine de s'intéresser de plus en plus à sa nouvelle voisine après l'avoir ignorer pendant toutes les fois où elle avait essayé de lui parler. En gros, rien que des scènes vraiment barbantes.
Il y avait une cafétéria au rez-de-chaussée, mais Ichigo ne mourrait pas d'envie de se mêler à la foule d'acteurs. Ce n'était pas son monde, il ne se sentait pas vraiment à l'aise avec eux. Le show-biz, les strass, les paillettes et les projecteurs, ce n'était pas sa tasse de thé. Il sortit s'acheter un sandwich et s'installa tranquillement sur le plateau, désert à cette heure, pour manger tout en réfléchissant aux tourments qu'il infligerait à son père pour l'avoir entraîner là-dedans.
- Hey, salut, lança une voix féminine derrière lui. Oh, désolée, j'voulais pas t'effrayer.
- Pas grave, fit-il en se retournant.
Surgie de nulle part, la voix de l'inconnue l'avait pris de court. Il était trop perdu dans ses pensés et ne l'avait pas entendue approcher, ce qui expliquait le sursaut qui l'avait saisi. Tournant la tête vers celle qui avait interrompu le cours de ses rêvasseries, il eut la surprise de constater que c'était une fois de plus cette Rukia qu'il avait sous les yeux.
- Je peux m'assoire ou je dérange ? demanda-t-elle en désignant la table sur laquelle il était assis.
- Euh… Non, répondit-il, perplexe.
- Je m'appelle Rukia et toi ?
- Kurosaki.
- Si j'ai bien compris, c'est toi qui joue Naoki c'est ça ?
- Ben… ouais
Pendant un moment, le silence se fit entre les deux adolescents, chacun étant trop affairé à manger consciencieusement son repas. Mais il se prolongea encore lorsqu'ils eurent tous deux fini, jusqu'à ce que la jeune fille le brise à nouveau.
- T'es pas bavard comme mec, tu sais.
- Euh… Si tu l'dis.
- Au fait, t'as pas un prénom ? J'ai un peu de mal à retenir les noms de famille et à me rappeler des suffixes à mettre derrière.
- Hein ? T'es pas japonaise ? Tu parles bien pourtant.
- Merci, non en fait je suis américaine, mais ma famille est d'origine japonaise, donc je suis parfaitement bilingue, expliqua-t-elle. Alors t'as vraiment pas de prénom ? lança-t-elle, un sourire dans les yeux.
- Euh si désolé. Ichigo, j'm'appelle Ichigo.
- C'est mignon. Strawberry, c'est original. Alors, comment tu t'es retrouvé avec ce rôle, Ichigo ? Tes parents sont au courant ou ils auront la surprise de te voir à l'écran ?
- C'est mon père qui m'a envoyé là, j'savais pas c'qui m'attendait. Et toi, euh… Rukia ?
- Et tu n'as pas eu ton mot à dire ? Eh ben… Pas d'chance. Et ta mère, elle n'aurait pas pu s'interposer ? demanda-t-elle, curieuse.
- Elle est morte, dit doucement Ichigo.
- Oh ! Désolée. Moi, je n'ai jamais connu mes parents, enchaîna Rukia, les yeux dans le vague. Ils sont morts dans un accident de voiture quand j'avais quelques mois, alors… j'ai plus que mon frère.
- Désolé.
- Oh c'est pas grave, tu sais, je m'y suis habituée à force. En tout cas, moi au moins j'ai choisi d'être là, reprit-elle. En fait, mon frère possède les studios alors, je me suis incrustée dans le casting et j'ai été prise. C'est pas mon premier rôle, mais j'en ai jamais eu d'aussi important.
Un moment de silence suivit cet échange. Le temps qu'Ichigo digère toutes les informations qu'il venait de recevoir. De un, cette fille était vraiment sympa, elle commençait même à lui plaire un peu avec sa joie de vivre communicative. De deux, son passé avait l'air plutôt compliqué et semblait presque aussi sombre que le sien. De trois, elle connaissait le monde du cinéma qui lui paraissait de plus en plus hostile au fil des heures et ça, ça pouvait lui être vraiment utile. Puis il réalisa soudain.
- Tu… Tu veux dire que ton frère c'est le célèbre…
- Oui, le coupa-t-elle. Mon frère est bien le grand Kuchiki Byakuya, fit-elle en levant les yeux au ciel. Pourquoi tout le monde se sent obligé de me le rappeler ?
- Désolé.
- Pas grave. Dis, t'en a pas marre de t'excuser tout le temps ? Ouais bon, oublie ce que je viens de dire. T'as quel âge au fait ?
- Quinze ans, presque seize.
- Waouh ! T'es plus jeune que moi ! J'l'aurais pas cru ! J'en aurais dix-huit le mois prochain°, expliqua-t-elle devant sa mine étonnée.
Et la discussion continua doucement sur des sujets sans queue ni tête, passant du temps qu'il ferait le lendemain à la vie de Rukia en Amérique en passant par le lycée d'Ichigo. Il fallait dire que la jeune fille faisait une sacrée pipelette. Ils ne s'arrêtèrent que lorsque les maquilleuses les appelèrent pour les préparer à la scène suivante.
Aujourd'hui, c'était l'un des premiers jours où ils tournaient en extérieur. Le plateau avait cédé sa place à la cour d'un lycée de la ville, déserte en cette période de vacances scolaires. Lorsqu'Ichigo se rendit sur le lieu du tournage, il était loin d'être tout à son aise. Depuis un moment déjà, sa condition d'acteur ne le gênait plus. Au contraire, il s'était même surpris à apprécier ce défouloir. Jouer le rôle d'un autre, surtout quand il s'agit d'un anticonformiste bagarreur et instable, c'était vraiment amusant et ça lui permettait d'extérioriser la colère qu'il gardait constamment en lui. Malgré des débuts assez laborieux, il fallait bien l'avouer, il avait fini par maîtriser les techniques de base du jeu de comédien et se débrouillait plutôt pas mal. Et puis, il s'était fait une amie de cette Rukia, la fille qui jouait Kyoko, l'élément perturbateur de la vie de Naoki, son propre personnage. En somme, son petit job d'été, en plus de lui rapporter un salaire conséquent, commençait vraiment à lui plaire.
Mais aujourd'hui, c'était différent. La scène qu'il redoutait depuis le début, celle qui l'avait fait amèrement regretter d'avoir signé ce foutu de bout de papier stipulant qu'il acceptait le rôle, devait se dérouler cette après-midi-là. Et Ichigo n'était vraiment pas emballé par cette idée.
A peine fut-il entré dans la cour peuplée de figurants en grande discussion, d'une armée de maquilleurs, de costumiers, de machinistes et de caméramans, qu'une petite furie brune s'élança vers lui. Rukia était toujours d'aussi bonne humeur. Ichigo la comprenait, sa vie n'était pas facile. Elle était coincée toujours toute seule, dans une énorme résidence vide, alors sortir pour tourner, en faisant croire à son frère qu'elle faisait un stage dans les bureaux des studios qu'il possédait, devait lui paraître une délivrance. Comme chaque jour, dès qu'elle l'avait aperçu, elle s'était précipité vers lui pour lui dire bonjour, d'une grande claque derrière la tête.
Et le tournage commença. D'abord la visite de l'établissement que Naoki faisait distraitement à Kyoko. Ensuite, les remarques acerbes qu'ils se prenaient dans la figure par un abruti pendant une pause alors que la jeune fille essayait de faire sortir son chaperon de son mutisme. Puis, les avances foireuses que le "beau gosse" du lycée faisait à Kyoko, scène qui finissait en bagarre rangée entre lui et Naoki. Le tout sans gros accrochage. Lorsque la coupure repas arriva, toutes ces scènes avaient été tournées avec succès.
Comme d'habitude, Rukia s'installa à côté d'Ichigo qui mangeait déjà tranquillement, à l'écart des autres. C'était une sorte de rituel entre eux. Ils ne se demandaient jamais rien l'un l'autre, ni lui sa présence, ni elle la permission de s'asseoir près de lui, ils s'adressaient juste un sourire. Ils ne disaient rien jusqu'à ce qu'ils aient tous les deux fini leur repas mais lorsqu'ils commençaient à parler, quasiment rien ne pouvait les stopper.
Cette fois-ci ne fit pas exception à la règle. Décidément, Ichigo ne s'attendait pas à s'attacher à ce point-là à cette fille. Sans qu'il en comprenne vraiment la raison, elle le mettait en confiance, il avait l'impression qu'il pouvait laisser tomber son masque de colère et d'indifférence quand elle était là et c'était quelque chose que peu de gens savaient provoquer en lui. En y réfléchissant bien, à part Tatsuki, son amie d'enfance, il ne voyait pas vraiment de qui il avait déjà été si proche.
Après une bonne heure de pause, le tournage reprit. Plus les scènes avançaient, plus Ichigo se sentait tendu. S'il avait pu éviter ce passage, il l'aurait fait sans plus attendre, mais dans le roman duquel s'inspirait le film – il l'avait lu en deux jours pour vérifier – ce moment figurait bien. Il n'avait pas le choix. Pour l'instant, il n'en était qu'à la scène de la dispute qui devait éclater entre Kyoko et lui. Ils durent d'ailleurs s'y reprendre plusieurs fois avant que Takeo, le réalisateur, en soit satisfait. Ichigo était tellement nerveux qu'il en oubliait des passages de son texte ou n'avait pas l'air bien convaincant. Mais au bout de deux heures d'acharnement, la scène fut enfin mise en boîte.
- Bon, Rukia-chan, tu connais le texte de la scène suivante ? demanda le metteur en scène. On a été super long sur celle-là et j'voudrais qu'on passe direct à la suivante.
- Pas de problème, ça marche pour moi, répondit la jeune fille avec entrain.
Les caméras se mirent en place sur le toit du lycée. Ichigo, après avoir échappé à la maquilleuse qui lui courait après depuis dix minutes prétextant que son teint était trop pâle, s'installa contre la barrière. Dos aux caméras qui ne le gênaient presque plus, il contempla la ville qui s'étendait devant lui. C'était à la fois ce qu'il devait faire et ce qu'il avait envie de faire. Le script stipulait qu'il devait monter en vitesse sur le toit et se réfugier dans ses pensés en promenant son regard sur les alentours. Aussi étrange que ça puisse paraître, dans son propre lycée, il avait toujours fait ainsi. Lorsque les choses allaient mal, il s'appuyait contre la rambarde qui empêchait les téméraires de sauter du toit et observait la ville. C'était apaisant.
Puis Rukia ou plutôt Kyoko s'approcha et s'installa, essoufflée, à ses côtés et ce qui devait arriver arriva. Elle s'excusait et Ichigo, enfin Naoki, devait l'interrompre en l'embrassant. Le seul problème, c'était qu'Ichigo s'en savait incapable. Il ne le fit donc pas. Et la scène recommença, une, deux, trois, six, dix fois jusqu'à ce que Takeo explose. Il enguirlandait Ichigo depuis cinq bonnes minutes quand Rukia intervint.
- Takeo-san, s'il vous plaît, demanda-t-elle, cajoleuse, vous ne pourriez pas nous laisser une petite demi-heure ? Depuis ce matin, Ichigo et moi, nous avons tourné non-stop. Vous n'avez qu'à tourner la scène suivante, et je vous promets que quand vous reviendrez, celle-ci sera parfaite et dès la première prise.
Plus que l'argumentation de la jeune fille, ce fut le sourire qu'elle offrait au réalisateur qui acheva de le convaincre. Un quart d'heure après l'échange, les caméras et l'équipe de tournage avaient été déplacés à l'intérieur du bâtiment pour filmer la scène de la convocation du père de Naoki dans le bureau du proviseur.
Une fois qu'ils furent seuls sur le toit, Rukia se tourna vers Ichigo. Il évitait son regard et ne murmura qu'un vague merci lorsqu'elle s'approcha de lui.
- Je vois que deux raisons pour que tu foire cette scène sans arrêt Ichigo, dit-elle, sentencieuse.
Seul le silence lui répondit. Quelque chose clochait vraiment, maintenant, elle n'avait plus aucun doute là-dessus. En temps normal, quand Ichigo était tracassé, il ne laissait pas les autres s'en rendre compte, même si, depuis un moment déjà, Rukia savait déjouer ses faux-semblants. Il aurait dû lui répondre par une pique comme « Ah, parce que t'es capable de compter jusqu'à deux, toi ? » ou une autre gentillesse du même genre, pas garder le silence.
- Ou je suis vraiment aussi affreuse que ça et je te repousse, continua-t-elle, ou tu n'as jamais embrassé personne. Et crois-moi, vaudrait mieux pour toi que ce soit la deuxième solution.
Une nouvelle fois, l'adolescent ne répondit rien. Mais il se tourna vers elle lorsqu'elle eut fini sa phrase et, pour Rukia, c'était bien plus qu'un aveu. Elle sourit, elle n'avait plus aucun doute à présent, son intuition avait été la bonne. Sans plus de cérémonie, elle vrilla ses grands yeux bleus dans les siens et lui envoya un de ses plus beaux sourires.
- Donne-moi le premier prénom féminin qui te vient à l'esprit, ordonna-t-elle.
- Quoi ? Pour…
- T'occupe, le coupa-t-elle. Le premier prénom féminin qui te passe par la tête.
- Euh… J'sais pas moi… Yuzu.
- C'est le prénom de ta sœur ça, non ? Ça veut dire que j'ai gagné, s'exclama Rukia, triomphante. Tu n'as jamais embrassé personne et t'as la trouille de devoir le faire.
- Et qu'est-ce qui t'fais dire ça ? demanda-t-il, un peu vexé.
- Vu qu'on était en train d'en parlé tu aurais dû me donner le prénom de la fille ou d'une des filles que tu as embrassées, et comme je doute que ta sœur en fasse partie, ça confirme ce que je pensais, tu ne l'as jamais fait !
Ichigo grommela de mécontentement avant d'avouer, dans un murmure quasi inaudible, qu'elle avait raison. Avec une difficulté évidente, Rukia retint un éclat de rire. Il était si timide et si prude, elle aurait dû s'en douter. Seulement ça risquait de compliquer sérieusement le tournage, surtout que ce passage était un peu la scène phare du film, ce qui excluait qu'elle demande à éviter de la tourner. Et, pour connaître personnellement l'écrivain, qui n'était autre que son frère, elle savait que si cette partie importante de son histoire manquait, il risquait tout bonnement d'interdire la sortie en salle du film. Mais les faits étaient là, qu'ils le veuillent ou non, ils devaient tourner cette fichue scène et Rukia ferait tout pour qu'elle soit réussie.
- Approche, ordonna-t-elle à nouveau à Ichigo.
- Hein ? Mais pourquoi ?
- Parce qu'on a pas vraiment le choix, strawberry euh… désolée Ichigo, j'ai tendance à réfléchir en anglais quand un truc m'énerve ou me surprend. Maintenant approche !
- Ouais… Je… J'peux savoir c'que tu comptes faire ?
- Bah t'embrasser abruti ! Bon, je sais qu'on peut trouver plus romantique comme premier baiser mais là maintenant, j'ai pas vraiment mieux sous la main. Alors approche, s'il te plaît.
Elle avait volontairement insisté sur le « s'il te plaît ». Elle se sentait un peu coupable de le presser comme ça, de le choquer presque, mais, comme elle le lui avait dit, ils n'avaient pas le choix. Et pourtant cet idiot ne daignait pas s'approcher d'elle au contraire, il essayait désespérément de reculer bien que la rambarde s'enfonce déjà profondément dans son dos, l'empêchant de partir plus loin. S'il continuait longtemps comme ça, Rukia finirait vraiment par croire qu'elle était affreuse ! Résignée, elle s'avança vers lui.
- Bon, Ichigo, j'me répèterais pas. J'ai pas choisi de faire cette scène et je n'en ai pas plus envie que toi, mais c'est le scénario, c'est comme ça. Alors maintenant, ou tu te laisses faire sans histoire ou je te promets que ta vie de mec s'arrête ici, parce que ce que t'as entre les jambes, tu peux faire une croix dessus si tu me fous en l'air ce tournage. Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?
Ichigo était sous le choc. Plus que la menace, même pas voilée, de Rukia, c'était le regard de psychopathe qu'elle lui lançait qui lui disait qu'elle n'hésiterait pas une seule seconde à mettre sa promesse en œuvre. Ce furent ses yeux, bien plus meurtriers que revolvers, qui le décidèrent à ne pas bouger alors qu'elle rapprochait dangereusement leurs deux visages.
Lorsque les lèvres de Rukia se posèrent doucement sur les siennes, en une caresse douce et éphémère, un frisson parcourut le dos d'Ichigo. Comme elle l'avait deviné, c'était la première fois qu'une chose pareille lui arrivait et pour le coup, il se demandait bien comment il avait pu vivre si longtemps sans avoir jamais goûté à ça. Cette sensation qui l'envahissait, c'était si doux, si agréable. Il aurait presque voulu que ça ne s'arrête pas. Et pourtant, Rukia n'avait fait qu'effleurer ses lèvres. A regret, il sentait déjà la jeune fille s'écarter de lui.
- Alors, c'était vraiment si terrible que ça ? lança-t-elle en plantant ses yeux dans les siens. On réessaie, mais avec le texte cette fois, d'accord. Par contre pour ce coup-là, de un, tu fermes les yeux, de deux, tu prends l'initiative et de trois, c'est un baiser cinéma, je pense que tu n'as pas besoin d'un dessin, alors tu ne te contentes pas de me regarder faire, tu agis. Ok ?
Ichigo n'en croyait pas ses yeux. Cette fille avait le don de l'agacer au plus haut point avec ses ordres continus et ses leçons, pourtant il y avait quelque chose en elle qui l'empêchait de la trouver réellement énervante. Etait-ce dû au fait qu'ils venaient de s'embrasser ? Ichigo écarta cette hypothèse de suite, il avait déjà cette impression avant que ça n'arrive. Dans tous les cas, malgré le petit air suffisant et le sourire carnassier qu'elle arborait, il ne parvenait pas à lui en vouloir de la remarque, un brin moqueuse, qu'elle venait de lui envoyer.
Rukia, de son côté, s'éloignait en direction de la porte de service qui permettait d'accéder au toit. Après s'être amusée à imiter Takeo qui lançait son fameux « Action ! », elle s'élança vers Ichigo. Elle n'était plus Rukia, mais Kyoko. Depuis qu'elle avait accepté ce rôle, elle avait réussi à se détacher de chaque scène, comme si ce n'était plus elle mais réellement le personnage que son frère avait imaginé, qui parlait ou agissait, seulement, cette fois-ci elle n'y parvenait pas. Elle avait beau essayer, la sensation des lèvres d'Ichigo sur les siennes était encore trop présente en elle, pourtant, ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait, loin de là. Peut-être que c'était le fait qu'il n'ait pas répondu à son baiser, en tout cas, ça lui avait fait un drôle d'effet.
Arrivée à hauteur du jeune homme comme le script le précisait, elle se concentra un peu plus sur son texte, histoire d'oublier ce qui allait se passer. D'une voix hésitante et emplie d'un tremblement calculé, elle récita :
- Naoki ! Je… Je t'ai cherché partout. Ecoute, je… je suis désolée, je n'aurais jamais dû te dire ça. Je ne savais plus quoi faire, j'étais perdue… Je sais que tu m'en veux, mais… soupira-t-elle. Regarde-moi ! Je ne voulais pas te blesser, Naoki. Oui, tu es différent des autres, continua-t-elle après une pause et d'un ton plus décidé, tu ne ressembles pas à tous ces pantins, mais c'est justement ce qui te rend unique… ce qui me plaît chez toi… Pardonne-moi s'il te pl…
Rukia ne finit pas sa phrase, comme il était censé le faire, Ichigo se retourna brusquement vers elle et coupa sa réplique en l'embrassant. Elle mima une seconde de stupeur avant de répondre avec passion à ce baiser. Si elle devait paraître électrisée par cet échange, Rukia n'eut pas besoin de jouer la comédie. Ça avait beau être un de ses premiers baisers, Ichigo était plus que doué dans ce domaine ! Ses yeux se fermèrent alors qu'une fièvre soudaine s'emparait d'elle.
Ichigo aussi était surpris par l'intensité des sensations qui déferlaient en lui. Leurs lèvres, comme dotées de volonté propre, se séparaient l'espace d'un instant pour se retrouver avec plus de douceur et de passion mêlées la seconde d'après. La main de Rukia vint se poser sur sa joue, amplifiant encore le trouble qui l'étreignait.
- Eh bien ! Si vous me refaites la même chose devant les caméras, je vous promets l'Oscar ! Mais dis-moi Rukia-chan, qui embrasse Kurosaki ? Est-ce Kyoko ou Rukia ?
La voix enjouée du metteur en scène qui venait de remonter sur le toit, suivi de toute son équipe les surprit autant l'un que l'autre. Précipitamment, Rukia s'écarta d'Ichigo et se tourna vers Takeo.
- Oh, c'est à moi que vous parliez ? fit-elle, faussement étonnée. Je suis désolée mais vous devez vous tromper, je ne connais pas de Rukia, mon nom est Kyoko, Makio Kyoko.
Le réalisateur ne put s'empêcher de rire devant l'air si innocent de la jeune fille. Décidément, une telle candeur, surtout chez les femmes, était vraiment une arme redoutable, il en venait à croire que l'échange qu'il avait découvert était simplement le fruit de la répétition de la scène qu'ils devaient tourner et rien d'autre. Takeo avait compris depuis un moment déjà que cette fille était capable de lui faire croire que les hommes d'aujourd'hui devaient porter des tutus comme vêtements de tous les jours pour être à la mode et le pire c'était qu'elle le savait et en jouait. Cette gamine était vraiment douée pour les mensonges et la manipulation, et à son âge, c'était un vrai danger public !
Le tournage reprit et la scène qui auparavant leur avait donné du fil à retordre se déroula si parfaitement bien qu'elle en semblait presque trop naturelle pour être vraie. Le reste de l'après-midi se passa d'ailleurs sur le même modèle.
Comme tous les soirs depuis près d'un mois maintenant, Ichigo raccompagna Rukia chez elle. Arrivé devant la porte de son imposante demeure aux murs blancs, il la retint par le bras. Il ne savait pas vraiment ce qu'il voulait faire ou dire, mais ça lui était venu tout seul, instinctivement. Interloquée, la jeune fille se retourna vers lui, les yeux écarquillés. Même si elle ne l'avouerait jamais, dût-elle être torturée, elle avait espéré qu'il la retiendrait, ne serait-ce que pour lui parler. Mais, le connaissant, elle savait que ça n'arriverait pas, Ichigo était bien trop timide pour faire un pas vers elle. Alors quand sa main se posa sur son bras, elle sentit un frisson courir le long de son échine.
- Attend, lui demanda-t-il dans un murmure, j'voulais… j'voulais te remercier pour tout à l'heure. Et m'excuser d'avoir foiré cette scène.
- De rien, l'interrompit Rukia toujours aussi bas, mais je me vengerais, promis. Tout le monde saura que le grand Kurosaki Ichigo, acteur de renommée mondiale, n'avait jamais embrassé personne avant ce tournage !
- Tu f'rais ça ?! se récria-t-il, les yeux exorbités.
- Bien sûr que non, idiot ! lança-t-elle avec un sourire. En tout cas, ça m'a fait plaisir de t'aider. Bon eh bien… à demain.
Rukia se hissa sur ses jambes le plus haut qu'elle put et déposa un baiser sur la joue d'Ichigo, enfin plutôt sur sa mâchoire, avant que celui-ci n'ait eu le temps de réagir. Elle recula, trottina gaiement jusqu'à l'énorme porte d'entrée en chêne massif et sonna. En attendant que le majordome ou une des femmes de ménage lui ouvre, elle se retourna vers Ichigo et lui décocha un salut de la main ainsi qu'un de ses sourires enjôleurs. Le battant pivota alors et Rukia entra dans le manoir, après avoir planté une dernière fois ses yeux dans les iris sombres du jeune homme, toujours figé au bout de son allée, une main posée sur sa joue droite.
°Alors pour le coup de l'anniversaire le mois prochain, je sais que Rukia est censée être née le 14 janvier et que mon histoire se déroule pendant les vacances d'été, mais j'avais vraiment envie de mettre l'accent sur le fait qu'elle a deux ans de plus qu'Ichigo ! Donc désolée pour l'incohérence.
Voilà !
Donc j'espère que cette petite histoire (le plus long One-shot que j'ai jamais écrit fait sa fière) à classer dans la catégorie "Premier baiser", vous a plu. Je dois vous avouer que, personnellement, je ne sais pas vraiment quoi en penser. Au début, je trouvais l'idée pas mal mais je ne suis pas sûre d'avoir réussi à bien retranscrire tout ce que je voulais, donc pour être franche, je ne suis pas vraiment satisfaite. (Un petit com pour me dire ce que vous en pensez me rassurerait sûrement…)
Sinon je voulais m'excuser pour le scénario pourri du film, mais avant de me lyncher, sachez que j'ai une excuse ! En fait, ce OS m'est venu en rêve (évitez de rire s'il vous plaît, ça m'arrangerais vraiment que vous ne me preniez pas pour folle évadée de l'asile et complètement accro à Bleach --') mais je n'avais imaginé que la scène où Rukia embrassait Ichigo pour lui montrer comment faire, donc j'ai dû broder vite fait un scénario qui puisse coller avec cette image. Je vous l'accorde, je ne suis pas prête de devenir scénariste mais bon… Tout le monde n'est pas parfait, hein ?
Ensuite, je me suis amusée à faire quelques petits montages sur cette histoire donc je mets les liens pour ceux que ça intéresse (les images ne sont pas de moi, seuls les montages le sont) :
s341./albums/o385/Hoshiyo-chan/IchiRuki/?actionview¤
s341./albums/o385/Hoshiyo-chan/IchiRuki/?actionview¤
Ben j'espère que je ne vous ai pas trop déçu(e)s tout de même et que je vous retrouverais à ma prochaine publication !
Bisous !!!
