Résumé : Un contrôle de maths, des flocons tourbillonnant, une belle journée d'hiver, rien de plus. Pas de grandes déclarations, pas de baisers, pas de mots… Juste une prise de conscience.

Disclaimer : Ichigo, Rukia et la bande de dégénérés qui leur sert d'amis ne m'appartiennent pas, ils sont à Tite Kubo, mais je les aurais un jour, je les aurais!

Rating : G, ce OS ne contient absolument rien qui puisse prêter à confusion ou choquer, promis !

Hatsuyuki (Première neige)

C'était la première fois qu'elle voyait ça. Les flocons tourbillonnaient sans discontinuer, dansaient dans le ciel si clair. C'était comme au printemps, lorsque les cerisiers délaissaient leurs pétales roses, tellement légers et odorants, sauf que cette fois, les pétales étaient glacés, blancs et minuscules. Elle avait l'impression qu'il pleuvait des milliers d'étoiles. Oui, c'était exactement ça, des centaines de milliers d'étoiles qui tombaient et se posaient sur le bitume morne de la cour. Au fil des secondes qu'elle regardait s'éloigner par la fenêtre, le sol s'imprégnait d'une couche de fine poussière d'étoile.

Blanc. Tout était blanc. Immaculé. Pur. Nouveau.

Le gris du béton, les immeubles anonymes, les routes, le lycée, les rues, les rares coins de verdure, tout était recouvert d'une blancheur contagieuse.

Il neigeait. Et c'était étourdissant de beauté. Jamais elle n'aurait imaginé que ce serait si beau. Voir l'eau cristallisée par le froid, tomber comme de la pluie. Elle qui pourtant haïssait ces gouttes d'eau venues du ciel, elle sentait son cœur se gorger d'un bonheur, d'une sérénité comme elle en avait rarement connue en observant s'égailler les flocons argentés. C'était à la fois tellement apaisant et tellement excitant de regarder se fondre avec le monde cette poudre fine qu'elle devinait si douce et légère.

Il neigeait. Rien que ce mot, nouveau pour elle, chantait à ses oreilles. La neige. Depuis qu'Ichigo lui avait expliqué, en une phrase griffonnée sur le coin d'une feuille de brouillon, ce que c'était, elle répétait et gribouillait le kanji qui formait ce terme si lumineux et joyeux pour elle. Yuki. Même les lignes qui formaient ce mot étaient douces et belles. Même ses sonorités étaient mélodieuses et tendres.

Il neigeait. Et dans la salle de classe, tous les élèves avaient levé les yeux de leur examen de mathématiques. Des murmures excités avaient remplacé le silence pesant qu'imposait la réflexion. Certains s'extasiaient qu'il neige si tôt dans l'année, ce n'était encore que le mois de novembre après tout ; d'autres organisaient déjà, un soupçon d'hystérie dans la voix, des projets de batailles de boules de neige mémorables alors que quelques rares étudiants reposaient déjà, un air désintéressé peint sur le visage, leur stylo tout contre leur feuille. Même Akinora-sensei, leur professeur de mathématiques, n'eut pas le courage d'ordonner à la classe de se remettre au travail. Dans ses yeux brillait une lueur enfantine de gaieté et de souvenirs.

Lorsque, vingt minutes plus tard, la sonnerie retentit, le brouhaha et l'agitation qui s'empara de la classe était comparable à ceux que provoquait le début des vacances. Pourtant, l'effervescence qui emplissait la pièce, si bouillante fût-elle, ne réussit pas à sortir Rukia de sa torpeur. Depuis qu'elle avait aperçu le premier flocon virevolter dans un ciel presque aussi blanc que lui, elle s'était plongée dans une contemplation béate de la nature. Elle n'avait même pas pris la peine de s'extasier comme une enfant, contrairement à son habitude, elle avait simplement perdu son regard dans la danse enivrante de ces gouttes de cristal.

Ce ne fut que lorsqu'une main se posa sur son épaule qu'elle daigna décrocher ses yeux du fascinant ballet qui se jouait derrière la fenêtre. Sans un mot, elle plongea les deux saphirs qui lui servaient d'iris dans ceux de son importun avant d'observer la salle pour se rendre compte qu'elle était totalement vide. Elle adressa un vague sourire à Ichigo face à elle et s'avança doucement vers le chemin de la sortie, ses pupilles sautant de fenêtre en fenêtre pour ne pas perdre de vue la chorégraphie magique de la neige.

Rukia allait prendre l'escalier menant à la cour quand une main se posa sur son bras.

- Tu verras mieux depuis le toit, non ?

La voix du jeune homme était badine, désintéressée comme souvent, mais l'esquisse de sourire qui se dessinait sur ses lèvres prouvait clairement que la poudreuse ne le laissait pas indifférent. Elle hocha la tête avant d'attraper la main de l'adolescent et de l'entraîner à sa suite sur le toit.

A l'instant où elle ouvrit la porte, Rukia eut la surprise de voir que beaucoup d'élèves avaient eu la même idée qu'Ichigo. Mais elle s'en moquait. Tout ce qui importait c'était les bulles de glace qui dégringolaient des nuages et courraient vers elle.

Lorsque le premier flocon tomba sur sa joue, la jeune fille leva la tête vers le ciel, les yeux brillants d'excitation et de bonheur. Offrant son visage aux étoiles du jour, elle renversa sa tête en arrière et entrouvrit les lèvres pour goûter la saveur de cette pluie de coton.

C'était idiot en un sens. La glace était son élément, elle faisait partie intégrante de son être, de son âme. Pourtant, elle n'avait jamais vu de neige. A Soul Society, les saisons étaient pâles, mornes, timides. Il ne faisait jamais réellement chaud en été, jamais vraiment froid en hiver. Certes les arbres perdaient leurs feuilles l'automne venu et les cerisiers leurs pétales à l'approche du printemps, mais, de mémoire de Shinigami, il n'avait neigé que deux fois au Seireitei et ce, bien avant que Rukia n'y entre. Aussi, n'avait-elle qu'entendu parler de ce caprice de la météo.

Ichigo balaya le toit du regard. De nombreux élèves s'y étaient réfugiés pour admirer le spectacle que leur présentait la nature, dont la plupart des couples du lycée et quasiment tous les secondes. Devant lui, une fille qui semblait avoir à peine l'âge d'entrer au collège sautillait de traces en traces pour ne pas abîmer la blancheur immaculée. Un terminal, les yeux perdus dans le vague, contemplait les hauteurs de la ville enneigée, essayant sans doute de reconnaître les quartiers de Karakura. Une petite poignée d'étudiants se coursait dans la neige et terminait leur parcours par de longs dérapages, entraînant dans leur sillage une belle quantité de poudre blanche. Un monstre de neige – il ressemblait à tout sauf à un "bonhomme" – avait aussi été érigé sur le toit par l'une des classes de première. La créature semblait observer les étudiants de ses orbes vides creusés à même son visage immaculé…

Keigo était là aussi, la tête en arrière, la bouche grande ouverte à tenter d'attraper des flocons sur sa langue sous le rire de Mizuhiro. Quelques couples s'embrassaient alors qu'autour d'eux, une grande majorité des élèves étaient occupés à s'envoyer des boules de neige.

- Kurosaki-kun !

Ichigo se retourna. Orihime et Tatsuki étaient montées elles-aussi. Si la première semblait ravie, la deuxième par contre avait l'air grincheuse. L'adolescent savait que Tatsuki n'avait jamais aimé cette saison, la karatéka avait le sang chaud, elle n'aimait pas la neige… Elle détestait le froid et il devinait qu'elle avait suivi son amie sur le toit simplement pour apercevoir son sourire.

Un rire dans les yeux, il regarda les deux jeunes filles s'approcher de lui, l'une sautillant et tournoyant dans la poudreuse en lui faisant signe de la main, l'autre traînant les pieds. Fatale erreur. Profitant qu'il lui tourne le dos, Keigo se glissa dans son dos et lui appliqua une boule de neige glacée à la base de la nuque, la poussière blanche termina inévitablement son chemin entre le pull épais et la peau d'Ichigo.

- KEIGOOOOOOOO !

Le cri de l'adolescent eut beau passer presque inaperçu au milieu des éclats de rire et des discutions joyeuses des autres élèves, le principal concerné par la menace y sentit parfaitement le poids de la correction qu'il laissait présager. En effet, pas moins d'une seconde plus tard, son visage atterrissait dans la neige, maintenu fermement dans ce monde blanc par un pied qui s'écrasait sur son crâne, tandis qu'au-dessus de lui, Ichigo tentait désespérément de se débarrasser de l'horrible traînée d'eau gelée qui coulait le long de son échine.

Si Rukia avait vaguement entendu le rugissement d'Ichigo, elle n'y prêta pas la moindre attention. Les yeux plantés dans les nuages, elle appréciait simplement le contact des flocons de crème sur son visage, se délectant au passage des rires et des boules de neige qui sillonnaient le ciel. C'était juste magique.

La sonnerie retentit soudain, ramenant brutalement les élèves à la réalité : les cours reprenaient. Ils n'avaient pu profiter de la poudreuse que parce que la pause était arrivée, une pause d'une dizaine de minutes, pas plus. Un grognement unanime franchit les lèvres des lycéens qui finirent par rentrer dans leur classe en traînant les pieds, visiblement dépités. Encore deux heures à tenir avant que la pause de midi ne soit sonnée…

Le cours d'histoire commença avec une bonne quinzaine de minutes de retard. La quasi-totalité des élèves semblait plus que réfractaire à leur enfermement dans une salle surchauffée alors que, dehors, la neige tombait drue. Lorsque le professeur parvint enfin à calmer le tumulte, il entrevit un éclair orange traverser la classe et la quitter. Le vieil homme s'adossa à son bureau en massant ses paupières fatiguées : Kurosaki n'avait même pas pris la peine de chercher une excuse abracadabrante comme il avait l'habitude de le faire avant de sortir de la salle à grande vitesse…

- …kia… Rukia ?

La jeune fille se retourna brusquement. Le silence du lieu lui plaisait tellement… Certes l'animation qui y régnait tout à l'heure était agréable, mais le calme de cette pluie argentée tombant sans un bruit sur l'étendue blanche était tellement… apaisant.

Ichigo était là, juste devant la porte, à l'autre bout du toit. Il l'appelait et, vu ses sourcils froncés et son air sévère, ça devait faire un moment qu'il répétait son prénom. Il avait l'air un peu idiot comme ça, les poings campés sur ses hanches comme une mère de famille grondant son petit dernier. Rukia éclata d'un rire aussi frais que les étoiles qui tombaient du ciel. Si elle poursuivait son raisonnement, elle devrait se considérer comme la fille d'Ichigo ! C'était tellement absurde ! Après tout elle avait dix fois son âge… Avec un sourire, elle trottina gaiement jusqu'à son ami.

Lorsqu'elle atteint la porte, Ichigo se mit en devoir d'ébouriffer la tignasse noire de la jeune fille. Officiellement pour en chasser les flocons qui les détrempaient, mais aussi et surtout, pour se venger. Elle l'avait bien fait louper le début de son cours d'histoire pour venir la chercher, non ?

- Qu'est-ce que tu fiches encore là ? demanda-t-il sans toutefois que perce dans sa voix la colère qu'il tentait d'afficher.

- Tss… En quoi ça te regarde paysan ? répliqua Rukia, son sourire démentant ses paroles.

Et royale, l'adolescente passa devant lui en essayant tant bien que mal de réarranger ses mèches sombres désormais désordonnées et se dirigea, à regret mais rassasiée de blancheur, vers la salle de classe.

Rukia enfin descendue, Ichigo s'accorda un sourire sans retenu. Il était arrivé sur le toit depuis un bon quart d'heure, mais n'avait pu intervenir plus tôt…

Plus personne ne se tenait sur l'étendue enneigée, plus personne mis à part Rukia. Au même titre que les flocons, les pans de sa robe longue et ses cheveux tourbillonnaient dans le vent froid de novembre. Les yeux perdus dans le vague, le visage offert aux éléments, on aurait juré une enfant qui n'avait jamais vu de neige. Il savait que c'était son cas, qu'elle n'avait jamais eu la chance de voir l'eau cristallisée tomber du ciel et c'était peut-être justement ce qui rendait ce moment unique.

Rukia souriait plus souvent, plus sincèrement, depuis quelque temps, mais cela n'avait rien à voir avec le sourire qui s'étalait sur son visage à présent. Sa robe bleu pâle claquant dans le vent, elle ressemblait à un ange tombé du ciel, ce qui, en vérité, n'était pas si loin de la réalité que ça.

Il n'y avait jamais vraiment fait attention, n'y avait jamais réfléchi, mais il se rendait compte à cet instant combien elle était belle. Petite, élancée, gracieuse, un regard enfantin, un sourire flamboyant, les mains tendues vers l'avant dans l'espoir d'attraper quelques flocons au creux de sa paume, elle était réellement belle. Plus encore aujourd'hui, alors qu'elle découvrait une partie de son âme, une partie d'elle-même.

Ichigo aurait voulu l'appeler et retourner en cours rapidement, mais il en avait été incapable. Il avait essayé de crier son nom, sa voix s'était perdue au loin. Il avait essayé de s'avancer vers elle, ses jambes n'avaient pas daigné lui obéir. Pourquoi son cœur s'était-il mis à battre à une telle allure soudainement ? Pourquoi en cet instant précis, ses sentiments s'étaient-ils mélangés, embrouillés ?

Il n'avait encore jamais ressenti quoi que se soit de semblable. C'était comme si son cœur s'était animé lorsqu'il avait posé ses yeux sur elle, comme s'il s'était remis à battre, à murmurer, après une longue période de silence. Comme s'il s'était réchauffé après avoir été complètement gelé. C'était tellement doux, agréable qu'il n'avait pas réussi à briser ce moment. Il était resté longtemps ainsi, à écouter son cœur chanter, à regarder Rukia perdue dans sa contemplation du ciel. A comprendre… Jusqu'à ce qu'enfin il se rende compte de l'évidence et qu'il se réveille. Il avait appelé Rukia, plusieurs fois, avant qu'elle ne l'entende et qu'elle se décide à courir vers lui.

Ichigo ferma les yeux. Oui, Rukia était belle, sa candeur, sa douceur, le sarcasme qu'elle venait de lui envoyer, tout ce qu'elle était, ce qui faisait qu'elle était unique, le rendait heureux. Les paupières closes, il écouta le murmure de son cœur et s'autorisa à sourire réellement pour une fois. Il descendit à son tour l'escalier et prit la direction de son cours d'histoire, chargeant la neige éclatante de garder le secret que son cœur venait de lui révéler.

Kurosaki Ichigo, Shinigami remplaçant, mais surtout adolescent timide et impétueux était tombé amoureux… de Kuchiki Rukia… tout simplement…

The end

Bonjour tout le monde !

Voilà un nouveau One-Shot, écrit à la va-vite jeudi dernier quand je n'avais plus d'inspiration pour mon bac blanc de français. Oui je sais, c'est pas bien, mais j'ai une excuse : il neigeait, ça m'a déconcentrée !

Dans tous les cas, j'espère que ça vous aura plu même si je ne suis pas allée chercher mon inspiration très loin parce que mon lycée a effectivement été pris par une fièvre du genre de celle que j'ai décrite ici… J'ai pas mal changé mon registre je trouve et ce OS est tout ce qu'il y a de plus léger et (j'en ai bien peur) de plus guimauve, mais bon, il faut de tout non ?

Merci encore d'avoir lu, et à bientôt j'espère pour d'autres OS ! (je crois que le prochain ne devrait pas être trop long à arriver…)