Un petit quelque chose que j'avais oublié...
Disclaimer : Bien évidemment rien ne m'appartient, tout est à la génialissime Stephenie Meyer, et j'utilise ses personnages seulement pour le plaisir d'écrire et dans aucun but lucratif…
Et bien sûr, je remercie ceux qui ont lu mon histoire, particulièrement ceux qui ont laissé des reviews, merci. Bonne lecture.
Cœur de pierre
Chapitre 3
Ça faisait réellement plaisir d'avoir de nouveau Edward à la maison. Esmé retrouvait le sourire, et moi aussi. Les autres aussi étaient contents, mais certainement moins que nous deux. Parce qu'Edward était le premier des fils d'Esmé, celui pour lequel elle se faisait le plus de soucis, et que pour moi, c'était un véritable frère. Emmett et Jasper également, mais ils avaient Rosalie et Alice. Edward et moi, nous étions seuls. Et j'étais heureuse d'avoir mon frère.
Même si, dans l'instant, il était parti chasser avec Carlisle. Il n'avait pas soif, mais il prenait ses précautions. C'était mieux, je pensai. Inutile de prendre un quelconque risque, nous jouions beaucoup à ce jeu-là. Pas seulement Edward, nous tous. Et même si je ne souhaitais pas qu'il parte, que notre famille se délite, je me demandai si cela ne serait pas préférable.
Cette nuit-là, la neige qui avait fondu dans la journée gela, et le paysage fut éclairci par la glace qui me donnait l'impression qu'elle recouvrait chaque centimètre carré de terrain. J'avais passé la nuit à développer les photos de vieux films.
Durant l'été, j'étais retourné en France, où j'avais vécu mes seize et uniques années humaines. Cela m'avait permis de toucher à certaines réminiscences de ma vie d'alors, et également de mettre la main sur mes vieilles affaires. Je mettais du temps à ranger tout cela. Non pour cause de fainéantise, mais plutôt par désir de découvrir et savourer chaque instant de nouvelle découverte. Aux vacances de Noël, j'avais retrouvé les vieilles pellicules argentiques de mon grand-père, et je m'appliquais à les développer dans ma chambre noire.
Au départ, selon les plans d'Alice, cette pièce devait être uniquement consacré à entreposer mes vêtements. J'avais cependant posé mon veto là-dessus. Néanmoins, elle avait négocié de rapetisser la pièce initiale pour y mettre un dressing, dont l'entrée se trouvait dans ma chambre.
Je n'avais pas cherché à protester, de toute façon : Alice parvenait toujours à ses fins, par quelques moyens que ce soit.
Je terminai de pendre mes photos sur le fil et je fermai soigneusement la porte. Tout en m'habillant, je percevais les voix d'Edward et Alice, devant la porte de la chambre de mon frère.
- Je pense cependant que quelque chose est en train de changer, disait Alice. Ta vie semble être à la croisée des chemins.
- Tu réalises qu'on dirait un baratin de diseuse de bonne aventure d'une fête foraine ? répliqua Edward avec un rire sinistre.
Il demanda ensuite, plus inquiet :
- Ça ira pour aujourd'hui, n'est-ce pas ?
- Je ne te vois tuer personne, assura Alice.
- Merci, Alice.
- Va t'habiller. Je ne dirais rien – je te laisserai leur en parler quand tu seras prêt à le faire.
Je restai immobile un moment, ne prenant pas garde aux pas légers d'Alice qui s'éloignait dans les escaliers.
Edward comptait partir. Mon frère – le premier de mes frères, celui qui m'avait aidé dès mon arrivée avec eux - allait s'éloigner, pour un temps indéterminé. Et j'allais être seule. Lui aussi. Cela me faisait presque aussi mal qu'à Esmé. J'avais une famille, et j'aimais chacun d'eux. La voir privée d'un de ses membres m'était intolérable.
Edward avait du percevoir mes pensées, puisqu'il entra dans ma chambre. Il se posta face à moi et me serra dans ses bras. Cette étreinte prenait des airs d'adieux qui m'étaient insoutenables.
- Toi aussi, tu me manqueras, Claire.
Je déposai brièvement mes lèvres sa joue et lui fit un mince sourire.
- Il n'y a vraiment pas d'autres choix.
Ce n'était pas une question, simplement une constatation. Edward le savait, aussi, il se contenta d'embrasser mon front avant de sortir.
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Je garai ma voiture à l'endroit habituel, juste à côté de la Volvo. Emmett, Jasper et Rosalie se rendirent directement en classe, tandis qu'Alice et moi restâmes avec Edward. Il attendait la fille Swan. Sa préoccupation, sa fixation, envers elle qui semblait l'envahir, m'était étrange. Mais cela le sortait du flegme qui lui était coutumier, et m'en échappait un peu, moi aussi.
L'antique Chevrolet précéda la fille de ses pétarades, qui nous parvinrent bien avant les humains. Cela permit à Edward de se préparer. Je fixais la fille, moins intensément que lui, cependant. Elle semblait anxieuse. Il me fallut un moment, une seconde en vérité, pour me rendre compte que le sol était verglacé, et que les humains prenaient tous garde, aujourd'hui. Afin d'éviter un accident.
Edward inspira profondément.
La fille Swan sortit prudemment de la voiture, et Edward sourit en la voyant si prévenante. Alice comme moi l'observions. Il me semblait que c'était la première fois que je le voyais arborer un tel sourire.
Tout à coup, Alice se mit à haleter.
- Non !
Son cri avait été un simple murmure. Edward sembla se désintéresser soudain de la scène de l'humaine se penchant sur son véhicule, avant d'y revenir une seconde plus tard, le visage horrifié.
Par instinct, je me plongeai dans les sens d'Alice, mais j'eus à peine le temps de distinguer ce qu'elle avait vu, que le crissement aigu de pneus retentit. Je revis la scène, en réalité, tout aussi nette et vive, le fourgon bleu se dirigeant droit sur la fille, Edward s'était déjà élancé ; invisible aux yeux des humains.
Alice et moi le vîmes prendre la fille dans ses bras. Déjà, le fourgon changeait de trajectoire et menaçait d'emboutir mon frère et l'humaine. Horrifiée, je le vis tendre les mains pour retenir le van ; la forme de ses épaules s'inscrivit sur la voiture garée à côté de la camionnette de la fille. Il soutint le fourgon d'une main, retirant les jambes de la fille Swan du dessous, et le van tangua sur ses roues arrières tandis qu'Edward le reposait. Les fenêtres éclatèrent.
Du reste, je n'y pris pas garde, beaucoup trop sonnée. Edward n'avait-il donc pas réfléchi aux conséquences ? Si quelqu'un l'avait vu ? Et la fille, cela n'avait pas du lui échapper !? Quoique, je ne savais pas trop… mais les risques étaient énormes ! Etait-il inconscient de nous mettre tous en danger, ainsi ? De tous nous exposer pour cette simple humaine ?
Rosalie, Emmett et Jasper nous rejoignirent. Les ambulances venaient d'arriver, et nous vîmes parfaitement le manège d'Edward, afin de rendre à la troisième voiture sa forme initiale. Je me promis de vérifier qu'il n'avait rien laissé derrière lui.
D'après les conversations qui me parvenaient, personne n'avait remarqué Edward. Sauf la fille. Bien évidemment. J'avais perçu qu'il lui avait demandé de lui faire confiance, et qu'il lui raconterait plus tard. Il lui avait promis. Edward avait intérêt à ne pas tenir cette promesse ; tout gentleman du début du vingtième siècle qu'il soit. Il ne fallait surtout pas qu'elle parle, par quelques moyens que ce soit. J'espérai qu'Edward serait convaincant dans ses explications, car, nonobstant, l'option qui incluait la mort de la fille Swan ne plaisait guère. Elle ne devait pas pâtir des errements de mon idiot de frère. Il était vraiment… incorrigible. Et très irréfléchi. Je lui en voulais cependant moins que Rosalie qui bouillait intérieurement – pas tant que ça puisque j'avais l'impression qu'elle envoyait littéralement des ondes de haine tout autour d'elle. Ou que Jasper qui affichait un masque calculateur qui ne me semblait pas de bonne augure.
La matinée fut d'une longueur interminable, tout autant que le déjeuner. Rosalie ne décollerait pas, tout autant que Jasper. Emmett semblait plus serein, et désirait calmer Rosalie. Alice était plus expectative, comme surprise. Et moi, et bien, je ne savais pas trop comment aborder ce qui allait survenir. Y aurait-il un combat ?
Venant de Rosalie, qui semblait prête à réduire Edward en charpie pour nous avoir ainsi exposé, cela ne m'étonnerait pas que oui. Et Emmett, même s'il n'était pas pour, ne s'opposerait jamais à sa compagne. En ce qui concernait Jasper, c'était plus complexe. Je pensais cependant qu'Edward ne serait pas l'objet de ses foudres. Il était moins énervé que Rose, mais bien plus déterminé ; et l'humaine pouvait en faire les frais. Il nous consulterait avant, cependant. Je pouvais en être sûre. Quant à Alice, c'était encore plus difficile. Une chose était sûre : elle ne se battrait pas contre Jazz. Mais restait à savoir ce qu'elle envisageait. Se mettre du côté des vainqueurs, je supposais.
Et moi, j'étais au milieu de tout ça. Tout ce que je souhaitai, c'était de retrouver l'ennui dont je m'étais plainte huit jours auparavant. C'était mortel, mais moins risqué.
Mais comme cela était impossible, il me fallait déterminer ce que je comptais faire. Déjà, en savoir un peu plus. Ce que la fille allait dire, comment elle allait enjoliver les choses, si nous ne pouvions pas le faire passer pour un traumatisme. Toutes les possibilités qui seraient des arguments contre sa mort. Bien qu'il sembla être dangereux pour nous, pour notre race, qu'elle reste en vie. Nous n'avions qu'une seule règle, qu'une seule loi : conserver notre existence cachée, et elle avait été mise rudement à l'épreuve. Nous ne pouvions pas laisser passer cela.
Je supposai que je pourrais être en mesure d'en savoir plus une fois de retour à la maison. Si la discussion ne tournait pas en rixe.
- Où est-il ? me demanda Rosalie, d'une voix basse, et rageuse.
Je me concentrai une dizaine de secondes, avant de le saisir. Il était loin, tout était flou. Je fermai les yeux, pour y voir plus clair. Ça aurait été un autre qu'un membre de ma famille, je ne l'aurais pas perçu ; mais pourtant, cette impression de vague ne m'était pas familière avec Edward, même à cette distance. Je l'avais perçu, à Denali. Et là… je devais fournir presque autant de concentration alors qu'il était à l'hôpital ; je reconnaissais les murs blancs et impersonnels.
Je le voyais, face à Bella Swan. Edward l'écoutait, et la voix de la fille me parvenait en double-fond.
- … alors arrête de me raconter des bobards. Ce fourgon allait nous écraser tous les deux, et ça ne s'est pas produit. Tes mains ont laissées des marques dedans, et tu as aussi enfoncé l'autre voiture. Tu n'as pas une égratignure, le fourgon aurait dû m'écrabouiller les jambes mais tu l'as soulevé…
Oh, mon Dieu. Elle avait vraiment tout vu.
- Tu penses vraiment que j'ai réussi à soulever une voiture ? répliqua Edward, d'une voix ironique, même si je devinais sa tension.
Elle acquiesça. Seigneur…
- Personne ne te croira, tu sais.
Il était encore plus railleur. Je ne savais pas si c'était vraiment la bonne solution. Elle en semblait d'autant plus irritée.
- Je n'ai pas l'intention de le crier sur les toits.
Elle semblait sincère, et détachait chaque mot. C'était… étrange.
- Dans ce cas, quelle importance ? répliqua Edward.
- Pour moi, ça en a. Je n'aime pas mentir, alors tu as intérêt à me donner une bonne raison de le faire.
Il n'avait pas intérêt à lui parler, toute promesse qu'il ait pu lui faire.
- Pourquoi ne pas te contenter de me remercier et oublier tout ça ?
- Merci.
Je distinguais la colère dans ses yeux. Elle devait être d'autant plus visible pour Edward.
- Tu n'as pas l'intention de renoncer, hein ?
- Non.
- Alors… tu risques d'être déçue.
Edward la fusilla du regard, et elle lui rendit la pareille. Elle finit par rosir et rompre le silence.
- Pourquoi t'es-tu donné la peine de me sauver, alors ?
- Je ne sais pas, chuchota Edward, au bout d'une seconde.
Il la fixa un dernier instant, avant de tourner les talons.
Je me détachai de l'esprit d'Edward. Je ne pouvais décemment pas répondre à Rosalie que je venais de le voir en train de discuter avec Bella Swan ; elle le réduirait en bouillie sur le champ.
- Il vient de sortir de l'hôpital, dis-je simplement.
- Il ne va pas tarder, ajouta Alice.
Rosalie acquiesça brièvement. En ne pas en douter, la soirée risquait d'être… animée.
