Disclaimer : Bien évidemment rien ne m'appartient, tout est à la génialissime Stephenie Meyer, et j'utilise ses personnages seulement pour le plaisir d'écrire et dans aucun but lucratif…

Etant donné que le chapitre précédent n'est pas réellement de moi, je pense qu'un chapitre "normal" est préférable, ça me semble plus juste. Sur ce, bonne lecture.


Cœur de pierre


Chapitre 5


C'était insupportable. Vraiment insoutenable. Complètement horripilant. Rien ne m'avait jamais autant irritée que cela. Même lorsque mon esprit avait fourmillé de questions quant à la confiance brisée que j'avais en ceux que je pensais être mes alliés, mon ami, les interrogations sur ma propre raison d'être, mes désirs inaccessibles pour la première fois étalés face à moi ; rien, rien ne m'était plus agaçant qu'Edward, en ce moment même, qui se mourrait dans le déni le plus total.

Il s'astreignait à s'éloigner de Bella, alors que son cœur – façon de parler, bien sûr – lui hurlait de l'approcher, de rester près d'elle, de la protéger, de la connaître. Tout cela parce qu'il ne voulait pas détruire sa vie, à elle. Cela ne m'était pas très difficile à comprendre ; il voulait changer le futur pour qu'elle ne devienne pas comme lui. Pourtant, les visions d'Alice, brèves et fugaces, disaient toutes combien il lui serait facile d'être amoureux d'elle, combien ce serait… naturel. Cependant, dans son entêtement, d'après Alice, il avait réussi à rendre le futur aussi flou qu'auparavant, et il lui était impossible de discerner de nouveau cette amitié entre nous trois, Bella en l'une des nôtres ; ou bien… Bella, morte. C'était peut-être aussi pour ça qu'il se tenait éloigné, en fait… Mais je préférais la première supposition.

Le soir, il s'éloignait pour son jogging quotidien. Il souffrait.

Je ne pouvais pas m'empêcher de l'observer à la dérobée. Bella. Elle nous épiait, parfois. Alice nous prévenait, pour que nous ayons l'air normaux. Certes, Edward était prudent, mais il nous faisait passer pour une bande de rustres. Et sa prudence s'apparentait également pour moi à de la bêtise profonde.

A vouloir ne pas jouer l'égoïste, il le deviendrait presque. Même si, il était vrai, ce qui concernait Bella le préoccupait davantage que la frustration qu'Alice et moi pouvions ressentir.

Toutes mes incertitudes, tous les risques que nous encourions à ce que Bella nourrisse des soupçons quant à notre véritable nature, qu'elle soit témoin oculaire de notre différence, rien n'avait plus d'importance que le fait est qu'Edward était complètement fou d'elle. Il ne voulait pas se l'avouer, mais c'était la stricte réalité. Et qu'importe la loi que j'avais défendue pendant trois décennies, pour moi, rien ne pouvait surpasser cela.

Il ne mesurait pas la chance qu'il avait. Avoir quelqu'un à aimer. Quelqu'un à choyer, protéger, prodiguer tendresses et attentions, ne pas être seul, seul, encore et toujours seul. J'avais tout quitté pour ne serait-ce que rêver de le vivre, et voilà où j'en étais. Même si je ne le regrettai pas, il n'en restait pas moins qu'il restait ce manque en moi.

Parce que maintenant que Bella accaparait les trois quarts de ses pensées, je ressentais la solitude de plein fouet. Cela ne m'aurait pas dérangé si cela n'avait pas été pour quelque chose. Mais non, juste pour s'efforcer de rester loin d'elle. Et en prime, il me volait une amitié avec ça. La curiosité me piquait. Je voulais la connaître. J'avais vu les visions d'Alice. J'avais vu ce que ça aurait pu être… ou ce que ça allait être ; je ne savais pas trop comme il fallait aborder cela. D'après ma sœur, cela restait encore dans le domaine du certain, puisque Edward, à chaque jour qui passait, était de moins en moins résistant à se tenir éloigné de Bella.

Nous étions en mars. Mercredi. Et j'étais puissamment heureuse que la journée se termine. Depuis quelques temps, aller en cours m'était devenu vraiment encore plus ennuyeux. Lorsque je quittai le bâtiment des sciences, j'eus la surprise de voir Emmett, au milieu de la cour. Les autres le rejoignirent en même temps que moi.

- Où est Edward ? interrogeai-je, d'une voix prudente.

Emmett nous l'indiqua du menton, et nous dit qu'il avait demandé à ce qu'il nous attende ici. A présent, il coupait la route à la camionnette de Bella et commençait à créer un petit embouteillage. L'antique Chevrolet produisait un bruit incommensurable tandis que le pied de sa conductrice devait hésiter sur l'accélérateur. Qu'elle donne donc une petite leçon à Edward, cela ne pourrait pas lui faire de mal.

- Pourquoi fait-il ça ? demanda Emmett, complètement perdu et stupéfait.

Je me concentrai sur son aura ; actuellement, il prenait un malin plaisir à dévisager Bella, dans son rétroviseur. D'après ce que je comprenais de la conversation qu'il suivait avec – je me devais de le préciser – énormément d'attention – je compris que le garçon qui parlait à Bella par la fenêtre, l'invitait au bal de printemps, et qu'elle refusait, plus ou moins poliment, d'un air exaspéré, et assez énervée. Son expression horrifiée lorsque Tyler Crowley regagna sa voiture était assez cocasse. Edward éclata de rire.

Je me postai, bras croisés, appuyée contre le coffre de ma voiture, pour fixer mes frères et sœurs. La Volvo d'Edward m'empêchait de toute façon de sortir.

Il fut pris d'un nouveau fou rire tandis que Rosalie sifflait :

- Démarre, et cesse de faire l'idiot, si tu en es capable.

Il s'exécuta. Bella semblait sur le point d'égratigner sa précieuse voiture. Qu'elle ne se gêne pas, histoire de lui donner une petite leçon. La Volvo disparut avant que Bella puisse mettre son désir à exécution.

Je grimpai dans ma voiture et me dépêchai de rejoindre la maison. Edward s'était arrêté à quelques millimètres de la porte du garage. Je sortis de la voiture. Edward était déjà parti, faire son petit jogging quotidien, sans doute. J'entrai dans la maison, lançant mes clés de voiture dans le plat réservé à cet effet, sur la commode jouxtant la porte d'entrée.

- Tu as perdu, Claire ! s'exclama Emmett.

- Ça ne compte pas, Edward a triché, répliquai-je.

Alice se précipita vers moi.

- C'est de nouveau net, me dit-elle, pimpante. J'espère que nous n'aurons plus beaucoup à attendre.

Je lui souris sincèrement. Je l'avais plus ou moins deviné, après la scène de tout à l'heure ; mais cela n'en était pas moins bien plus rassurant d'en avoir la certitude. Je ne pus m'empêcher de replonger dans la conscience d'Alice, pour voir ses visions, les deux destinées de Bella, claires comme du cristal.

Je passai la nuit à développer, ranger, classer, observer avec minutie les photographies de mon grand-père. Cette époque me restait floue. La jeune fille que je voyais m'était étrangère. Moins pâle, plus joviale, les pommettes plus fournies, les formes accentuées par le corset et les jupons. Cela faisait des lustres que je n'avais plus revêtu pareils atours. Je me souvenais à ce moment-là que c'était contraignant, et que j'attirais les regards, cela me gênait et me rendait mal à l'aise.

Ma chevelure était sans doute une des seules choses que j'avais réellement conservée. Bien qu'elles soient aujourd'hui plus brillantes, plus soyeuses, mes boucles auburn, presque rousses, tombaient toujours jusqu'à mes omoplates. Je me souvenais du calvaire que c'était, pour les coiffer. Ma grand-mère se plaisait à le faire, comme ç'avait été certainement le cas, le jour où cette photo avait été prise. Mes cheveux étaient tirés en arrière, dégageant mon visage qui conservait encore quelques marques enfantines, et retenus par des épingles.

Grand-mère et moi posions, sur un banc, dans le jardin de la maison ; elle me couvait d'un regard maternel tandis que je lisais. Mon grand-père était doué pour saisir les émotions et les immortaliser.

L'image vague de l'homme pâle, d'une beauté extraordinaire, dans ce même parc, me revint. Thomas. Je savais à présent que c'était un vampire. A l'époque de mes seize ans, je l'ignorai, et j'appréciais simplement cet homme cultivé, intelligent, gentleman, agréable, prévenant. Pendant des années, il avait hanté mes pensées. Il continuait de les envahir fréquemment. Peut-être trop à mon goût.

Je me rappelais qu'il avait mystérieusement disparu, du jour au lendemain, sans mot d'excuse, ni rien d'autre. Cela ne ressemblait pas à l'image de l'homme galant que j'avais alors de lui. Puis de l'autre homme, si semblable et si différent, qui était venu s'installer à sa place, sur le banc du parc, où nous avions l'habitude de nous retrouver pour discuter, Thomas et moi, en milieu d'après-midi.

La suite, je m'en souvenais bien plus nettement. L'irruption de Démétri dans ma chambre à la fenêtre ouverte, pour faire entrer un peu de fraîcheur. Je ne me rappelais plus de ce qu'était la chaleur ou la froideur sur ma peau. Seulement que l'un était agréable par rapport à l'autre.

Puis la douleur à la tempe, précédent une autre bien plus terrible, horrible. Je m'arrêtais là dans mes souvenirs. Inutile de chercher plus loin. Je préférais tenter de me rappeler mes jeunes années d'humaines. Bien qu'il y avait peu de chance que j'y arrive, désormais. C'était déjà trop tard.

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Edward ne rentra pas de la nuit – il me sembla qu'il se trouvait dans une chambre, mais je le percevais moins bien, ces derniers temps, et le tout me restait flou et indistinct - et nous partîmes sans lui au lycée. Tandis que je sortais de ma voiture, nous le sentîmes qui arrivait. Je fus la seule à me retourner, brièvement, vers lui. Il s'avançait lentement et tranquillement vers le parking. Je me détournai et allai en classe. Je préférai ignorer ce qu'il mijotait, tant que cela me permettait de pouvoir un jour connaître l'amitié de Bella. C'était tout ce qui m'importait. Le voir un peu heureux, aussi, et qu'il sorte de sa souffrance.

A midi, Alice nous prévint qu'Edward ne déjeunerait pas – c'était peut-être une acception un peu large de l'idée – avec nous. Elle m'envoya un sourire rayonnant. Elle était heureuse de ne pas être la seule à attendre impatiemment de pouvoir parler à Bella, bien que je sois sans doute moins expansive et expressive qu'elle.

Rosalie passa devant lui, le regard hautain. Jasper lui adressa un œillade encourageante, tandis qu'Emmett était incrédule. Alice souriait largement.

Ne nous fais pas passer pour des goujats, le prévins-je. Il n'y aurait plus aucune chance que les visions d'Alice se réalisent.

Il leva les yeux au ciel.

Je passai le reste du repas à me concentrer pour ne pas écouter la conversation. Il était évident que j'aurais pu l'entendre sans problèmes aucun – et même en avant-première -, mais je préférai m'en abstenir. Edward devait mettre quelques points au clair. Et puis, Bella aussi, à voir l'expression qu'elle affichait.

A force de me concentrer sur tout et n'importe quoi – l'administration du lycée devrait sérieusement envisager de repeindre cette cantine -, l'heure passa rapidement, et bientôt, nous nous levâmes d'un même mouvement pour les cours de l'après-midi.

Les autres passèrent en un large cercle pour éviter la table d'Edward, je passais juste à côté pour emprunter la sortie qui me rapprochait le plus du gymnase.

- Tu n'es pas censé rire, entendis-je.

C'était la première fois que j'entendais aussi nettement la voix de Bella, douce, avec une once de reproche. Je souris. Visiblement, Edward se faisait un malin plaisir de la taquiner. Pour masquer ses véritables sentiments ? Il était vrai qu'avoir un soupirant amoureux et vampire avait de quoi effrayer. Mais j'avais la certitude que si Bella se trouvait actuellement en face d'Edward, elle ne devait pas avoir le même sens de la peur que les autres êtres humains. Eux, ils nous évitaient, ne nous côtoyaient pas. Leur instinct de survie le leur indiquait.

Quoique, Thomas s'était avéré être un vampire, et il avait eu sur moi l'effet d'un véritable aimant.

Jouant distraitement – à mes yeux – du ballon de volley, je repensai à lui. Combien n'aurais-je pas donné pour le revoir ne serait-ce qu'une seule fois ? Il était un élément de mon passé auquel je désirais plus que tout me rattacher. Il avait été le prélude de mon existence présente. Et il guidait encore mes pas. C'était à cause – ou grâce – à lui que je me trouvais ici.

C'était pour lui, pour le retrouver, pour savoir pourquoi est-ce qu'il se trouvait dans ce parc, à discuter avec une simple humaine – fascinée par lui -, que j'avais quitté Volterra. A l'époque, je pensai avoir tout, là-bas – une famille, quelqu'un qui m'aimait, à défaut que moi je l'aime – et j'avais plié bagages lorsque Démétri et Aro avaient refusé de m'indiquer où est-ce que je pourrais le trouver. Même absent, même introuvable, il me semblait encore ressentir le magnétisme de Thomas, alors que les seuls souvenirs que j'en avais été ceux d'une faible humaine admirative.

Tout cela pour dire que la fascination qu'exerçait alors Thomas sur moi, je la retrouvai dans l'expression de Bella, que je n'avais pu m'empêcher de capter, de temps à autre, à table. Je ne savais pas encore si je considérais cela comme une bonne chose. Cela pouvait s'avérer dangereux pour elle. Nous étions des vampires, tout de même. Et Edward était plus que quiconque tenté par son sang.

Il fallait vraiment qu'elle survive. Ce devait être une personne étonnante pour qu'Edward lui accorde tant d'attention. Il me tardait de la connaître.

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Alice ramena la voiture de Bella chez elle. Edward l'accompagna. Soit il tenait vraiment à veiller à ce qu'Alice ne l'approche pas, soit il voulait essayer de la voir une nouvelle fois. J'avais l'impression qu'il s'agissait de la seconde solution, plutôt que de la première.

Une fois rentrée à la maison, je liquidais mes devoirs en quelques minutes et je me consacrai à mes photographies, que j'avais développées deux jours plus tôt. L'année de mes quinze ans, mon grand-père avait été ravi de son nouveau joujou, et il s'était fait un malin plaisir à nous prendre sous toutes les coutures, ma grand-mère et moi. Je redescendais au salon pour remplir et légender mon album photo. Je devais sembler encore plus nostalgique de mon passé que Rosalie désirait le recouvrir.

Emmett et Jazz engagèrent une partie d'échecs – avec huit plateaux, et leurs propres règles complexes. Rosalie alluma la télévision et s'étala d'un air maussade sur le canapé. Elle n'était pas très joyeuse, ces temps-ci.

Lorsque Edward et Alice rentrèrent, la seconde se précipita vers les ordinateurs – que Carlisle et Edward avaient du modifier un peu, les écrans tactiles répondant à des stimulations thermiques – et elle poursuivit son projet de garde-robe pour Rosalie, d'après la petite musique du programme que je reconnus.

S'il y avait bien une chose que je refusai, c'était qu'Alice s'immisce dans mes placards à vêtements, au-delà du raisonnable. Pour qu'elle ne m'en veuille pas trop non plus, je lui accordais un droit de regard, mais je conservai mon veto. Elle n'avait jamais réussi à me séparer de mes jeans, et de mes Converse, depuis les années soixante-dix. Ce n'était pas les mêmes, bien évidemment – Alice refusait la plupart du temps que nous portions deux fois les mêmes vêtements -, mais le style restait identique dans l'idée. La seule chose pour laquelle elle intervenait, était les jupes, et les pulls et tee-shirt. Je ne me laissais pas marcher sur les pieds – je pouvais devenir très convaincante - sinon je pourrais ressembler à une poupée Barbie, habillée par ses soins.

Edward, quant à lui, ne se tourna pas vers Emmett et Jasper pour rejoindre leur partie. Il n'y avait que Alice et moi pour accepter de jouer avec lui. Alice parce qu'elle voyait ses mouvements dès lors qu'Edward les décidait, et était à égalité avec lui qui les lisait dans ses pensées. Quant à moi, j'étais trop obligeante. Mon don ne m'était pas très utile, il nécessitait de la concentration, et tout ce qu'Alice voyait – lorsqu'elle se concentrait sur notre partie – Edward le voyait également. Et je devais avouer que je conservais toujours l'espoir de gagner un jour.

Il aurait été amusant que Bella joue avec Edward. Juste pour le voir privé de son don.

Le son doux des accords du piano retentit. Je relevai la tête, abandonnant mon ouvrage. Edward se remettait à jouer ? Je l'observai, une once de sourire sur les lèvres. Mieux que de jouer de nouveau, il recommençait à composer.

Soudain, il s'arrêta et éclata de rire, ce qu'il tenta d'étouffer, en vain. Esmé apparut au rez-de-chaussée en une seconde, tandis que Rosalie fixait Edward, furieuse. Le regard d'Esmé fit plusieurs fois l'aller-retour avant d'encourager Edward à poursuivre. Tandis qu'il s'exécutait, un large sourire à peine réprimé, Rose sortit à grands pas de la pièce, furibonde. Emmett l'interpella, mais elle ne se retourna pas.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il à Edward.

- Je n'en sais rien du tout, répondit celui-ci.

Quel mensonge effronté.

- Continue de jouer, l'incita Esmé.

Elle se plaça derrière lui, les mains sur ses épaules, tandis qu'il reprenait. J'écoutai les accords qui se succédaient. C'était magnifique, une de ses plus belles compositions. Et je devinai aisément à qui elle était destinée.