Disclaimer : Bien évidemment rien ne m'appartient, tout est à la génialissime Stephenie Meyer, et j'utilise ses personnages seulement pour le plaisir d'écrire et dans aucun but lucratif…
voilà la suite, et toujours merci aux lecteurs, aux reviewers (particulièrement à Hilaidora).
Cœur de pierre
Chapitre 6
Lorsque Emmett rentra, lundi, très tôt dans la matinée, je fus la première qu'il vint voir, ce qui m'étonna. Je pensais qu'il se précipiterait aux côtés de Rosalie. Quelque chose devait vraiment le tracasser.
Je m'étonnai qu'Edward ne soit pas avec lui. Je me concentrai brièvement, pour essayer de le trouver. Je distinguais avec peine une pièce, assez sombre, bien que cela ne faisait pas grande différence pour nous… une chambre, peut-être, la même que l'autre fois. Son esprit m'était bien moins perceptible qu'auparavant ; conséquence des changements qui s'opéraient en lui. Il n'était plus le Edward que je connaissais.
Edward était vraiment étrange, me dit-il, en s'asseyant en tailleur, sur le tapis du salon, où moi-même je m'étais installée, pour achever mon album photo de mes années d'adolescence.
J'abandonnai là mes photographies. Emmett en tripota vaguement une. Elle représentait ma grand-mère et moi, dans le parc, en tenue d'après-midi.
- Je ne l'avais jamais vu comme ça.
- Comment était-il ? m'enquis-je.
- Il est parti voir une humaine dormir, c'est pour dire. Et il m'a tanné pour qu'on rentre cette nuit, parce que la visite de Peter et Charlotte l'inquiétait, alors qu'on ne va pas pouvoir aller en cours avant mercredi.
En effet, Alice nous avait prévenu, jeudi soir, que les amis de Jasper projetaient de venir. Ils devaient arriver dans la journée, et Edward n'avait pas été des plus ravis. Il s'inquiétait pour Bella.
Je m'attardai plus avant sur les détails de l'esprit d'Edward. Cela demandait bien plus de concentration qu'auparavant... Les éclats de lueur parvenaient à filtrer les rideaux de la pièce où il se trouvait, et je distinguai effectivement une chambre, avec un lit en son centre. Le tout était extrêmement flou. Edward était assis, sans doute, d'après la perspective. Il contemplait la forme qui dormait sur le lit. Il ne me fut pas très difficile de deviner de qui il s'agissait.
Je rouvris les yeux. Emmett ne m'avait pas interrompue, sachant ce que j'étais en train de faire.
- Tu te trompes, Emmett, lui dis-je. Ce n'est pas une humaine, qu'il est allé voir. C'est Bella. Celle qu'il aime. Son âme sœur.
Emmett haussa un sourcil.
- C'est ce qu'il m'a dit, murmura-t-il. En gros…
- Désormais, continuai-je, je suppose qu'elle représente pour lui ce que Rose peut être pour toi. Tu te vois éloigné de Rosalie ? Je suis sûre qu'alors même que nous discutons, tu meurs d'envie d'aller la rejoindre.
Emmett eut une moue sceptique, il avait du mal à envisager les choses de cette manière.
- Elle est à l'étage, précisai-je.
C'était parfaitement inutile, Emmett le savait. Mais c'était une manière que j'espérai convenable et douce de le congédier. Après tout, ceci avait beau nous toucher de près, nous n'étions pas concernés plus que ne l'étaient Edward. Et Bella.
Je regrettai que nous ne puissions pas aller en cours d'ici mercredi, à cause du soleil, qui, dès dimanche, nous avait fait l'heur de nous accorder quelques rayons ; nous empêchant ainsi de nous présenter au lycée. Je brûlai de savoir ce qui allait se passer, concrètement, maintenant qu'il avait décidé de cesser de se voiler la face en espérant pouvoir rester loin d'elle.
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J'appréciais beaucoup Charlotte. Je trouvai qu'elle était très douce, gentille. Elle était aussi petite qu'Alice, avec des cheveux d'or blanc. Cela me faisait du bien de discuter avec d'autres vampires, autres que ceux de ma famille. Surtout que depuis qu'Edward était obnubilé par Bella, je me sentais parfois un peu seule. Rien de désagréable. Mais pas vraiment agréable non plus.
Ce que j'aimais chez Charlotte, c'était qu'elle était au moins aussi curieuse que moi.
Dans la nuit de lundi à mardi, alors que nous revenions du champ Rainier, après notre partie de football - à laquelle Edward ne s'était pas présenté, même si Emmett avait laissé un mot pour lui, dans l'espoir qu'il se joigne à nous – elle m'avait interrogé sur Edward.
- Edward n'est pas très présent, fit-elle remarquer.
J'eus un mince sourire.
- Il… traverse une période difficile.
Ce n'était pas vraiment un mensonge. Mais je ne pouvais décemment pas lui avouer la vérité.
Mes maigres justifications sur l'état d'Edward ne furent pas très utiles, compte tenu de l'air presque revêche qu'il afficha en rentrant, mardi, dans l'après-midi. Il se dirigea droit vers le piano, et joua de manière un peu trop impétueuse. Je supposais qu'il tentait de brouiller les pensées des autres. Il aurait au moins pu faire un effort de politesse. Jasper et Alice faisaient leurs adieux à Peter et Charlotte, et je voyais leur regard se poser par intermittence sur Edward – dont les doigts se posèrent avec moins d'insistance sur le clavier, au bout d'un moment.
Je me levai, pour saluer une dernière fois les amis de Jasper, lorsque celui-ci déclara, d'une voix prudente et méfiante :
- Si vous croisez encore Maria, adressez-lui mes salutations.
Intérieurement, j'espérai que nous, nous ne la croiserions pas. La dernière fois, nous avions du quitter Calgary dans l'heure. Depuis, Jasper lui avait signifié de rester à l'écart.
- Je ne pense pas que cela arrivera de si tôt, répondit Peter en riant. Mais si cela venait à se produire, je le ferai.
Ils s'étreignirent et j'en fis de même avant de retourner au dessin de ma prochaine peinture. Edward les salua brièvement. Vraiment très brièvement.
- Peter, Charlotte.
- Ce fut agréable de te revoir, Edward, dit simplement Charlotte.
Elle était décidément trop obligeante face à ce goujat.
Tu faillis à ta réputation de gentleman, Edward, pensais-je à son adresse.
Trente secondes plus tard, il se trouvait dans sa voiture. Alice me lança un regard insistant, et je me plongeai dans son esprit. Ah, d'accord. Il devait complètement psychotique. A moins qu'il ne saisisse cette excuse en or – encore que cela était discutable – pour rejoindre Bella à… Port Angeles, à ce qu'il me semblait.
J'espérai qu'il n'y aurait plus beaucoup de temps à attendre avant qu'Alice et moi puissions parler à Bella. Une fois qu'Edward y aurait enfin agréé.
J'étais impatiente d'être demain. Nous pourrions aller en cours, et les choses pourraient avancer. Un peu.
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Le début de la nuit fut plus ou moins mouvementé. Carlisle avait fait preuve de beaucoup d'élégance, je trouvai, bien plus que si Edward s'était chargé à sa place de retrouver le criminel, qui allait passer d'agréable jours en prison, à moins qu'il ne soit extradé au Texas. Puis, à son retour, Edward était déjà parti chez Bella – la regarder dormir déclenchait chez lui une véritable fascination, à ce qu'il semblait.
Et nous, nous nous étions adonnés à nos occupations habituelles. Je peignais la lande où j'aimais aller, à Volterra, après avoir terminé le dessin, en fin d'après-midi.
Je prenais mon temps. Cela me plaisait, de faire les choses à une allure raisonnable, presque humaine. Cela me réconciliait avec mon ancienne nature, certainement. Une pâle réminiscence de celle que j'étais alors.
Quand nous dûmes nous préparer à partir pour le lycée, je devinai que Rosalie hésitait entre deux humeurs. De un, l'irritation. L'autre étant la satisfaction. La première, car Edward avait décidé d'aller chercher Bella au passage. La seconde, parce qu'ainsi, cela lui permettait d'exhiber sa rutilante M3. Cette hésitation la rendait d'autant plus revêche.
Si Edward avait – enfin – décidé de s'occuper de Bella comme un gentleman amoureux se devait de le faire, cela signifiait qu'Alice et moi n'avions plus beaucoup de temps à attendre avant de pouvoir mettre sur pied cette amitié, encore expectative, mais si évidente et certaine à la fois. Surtout qu'Alice m'avait prévenu que Bella était au courant de notre… condition.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, j'en étais heureuse. Je n'aurais jamais cru que je pouvais être dans un tel état de savoir qu'une humaine avait deviné en nous l'existence de vampire, alors que pendant trente ans, j'avais œuvré à éviter que cela n'arrive. C'était assez paradoxal.
Je trépignais d'impatience, moins qu'Alice, cependant. Mais moi, au moins, je savais me faire discrète. Le cours de maths se termina en retard, et tout le monde était déjà installé depuis un moment lorsque j'arrivai.
Je sautillais presque littéralement, après avoir pris mon plateau, vers la table où ma famille déjà là. Je gardai un immense sourire fixé sur mon visage. Edward et Bella mangeaient à la même table que la semaine dernière. Jasper m'adressa un regard peu amène. Ce n'était rien en comparaison de Rosalie qui fulminait, malgré les exhortations au calme d'Emmett.
- Je n'ai pas eu le choix, m'indiqua Alice, en guise de salutations, tandis que je m'asseyais à côté d'Emmett.
Je souris.
- Pourrais-tu éviter de suinter la satisfaction et le contentement, Claire, grogna Jasper. Toi plus que les autres devraient t'insurger.
- N'est-ce pas Emmett qui disait qu'il fallait relativiser ? répliquai-je. Et bien, appliquez ça. Ça ne peut pas vous faire de mal. J'ai confiance en Edward, en Bella…
Rosalie poussa un grognement sourd. Heureusement inaudible pour les humains.
- Et en Alice, achevai-je.
Celle-ci arborait une mine étrange. Horrifiée ? Personne d'autre ne le remarqua.
Je me concentrai, tâchant de m'imprégner de ce qu'Alice avait vu. Je frémis d'horreur, et serrai les poings. Alice posa sa main douce sur la mienne. Je préférai m'éloigner de l'esprit d'Alice.
Tu as intérêt à faire gaffe, Edward. Si tu tiens à la vie…
Je préférai me concentrer sur autre chose. Par exemple, sur ce qu'il allait se passer, une fois que nous serions de retour à la maison. J'espérai sincèrement que encore, nous éviterions la rixe. Quoique, Rosalie était vraiment en colère contre Edward. Jasper également. Mais cela ne servirait sans doute pas à grand-chose de se disputer.
Bella était au courant pour nous, et que Rose le lui fasse ravaler ou non, cela ne changerait rien. Et puis, Alice avait dit qu'elle ne parlerait pas. Alors elle ne parlerait pas. J'avais confiance en elle.
Bien évidemment, lorsque nous rejoignîmes les voitures, Edward était déjà parti. Il valait mieux, d'ailleurs, qu'il ne se trouve pas dans les parages immédiats. Nous fûmes rapidement à la maison. Rosalie virevolta vers le salon, Emmett à ses basques, Jasper attendait qu'Alice le suive ; mais celle-ci lui indiqua de partir devant.
- Je ne suis pas sûre… je ne sais pas, pour samedi, me murmura-t-elle. Ils vont être seuls.
Elle semblait véritablement torturée. Je l'étais également ; je revoyais sa vision, préférais m'en éloigner la vue.
- Il l'aime, non ? dis-je, plus pour moi-même. Nous devons avoir confiance en lui. Pour qu'il puisse y croire.
- Cela va être très difficile, Claire.
- Il y arrivera, j'ai confiance.
Alice pinça les lèvres et nous allâmes à notre tour dans la maison. Rosalie tournait en rond dans le salon. Elle attendait le retour d'Edward avec impatience, apparemment prête à lui en faire voir de toutes les couleurs. Et Jasper ne faisait rien pour la calmer.
- Vous êtes ridicules.
Ils se tournèrent tous vers moi. Esmé sortit de la cuisine et s'appuya contre l'encadrement de la porte, la mine inquiète. Elle n'aimait pas les conflits ; et elle était heureuse de voir Edward un peu plus gai, ces derniers jours.
Ce fut les seules paroles qui furent prononcées, jusqu'à ce qu'Edward rentre. Je gardai mon regard fixé sur Rosalie. Elle ne déclencherait pas de combat. Je l'en empêcherais.
- Elle ne dira rien, assura Edward.
Rosalie gronda.
- Il a raison, appuya Alice. Nous ne courrons aucun risque de ce côté-là.
- Admettons, intervint Jasper. Mais si jamais cette histoire tourne mal, nous serons tous touchés.
- Bien sûr, mais tout ira bien, assurai-je.
- Et qu'est-ce que t'en sais !? s'insurgea Rosalie en m'adressant un feulement rauque.
- Carlisle y arrive bien ! m'exclamai-je. Pourquoi pas lui !
- C'est totalement différent, murmura Edward.
- Toi, tais-toi ! sifflai-je. J'essaie de te défendre. Un peu d'aide n'est pas de trop cependant !
Il se tint coi.
- De toute façon, il est hors de question que nous partions, assurai-je.
- Ah oui ? gronda Rosalie.
- Edward en serait incapable.
- Ce n'est qu'une humaine ! s'écria-t-elle.
- Et alors !? Ne l'aime-t-il pas ? répliquai-je. Il est tout autant incapable de s'éloigner d'elle que toi d'Emmett, ou qu'Alice de Jasper, et d'Esmé de Carlisle ! Il a enfin quelqu'un avec qui être !
Mes paroles semblaient venir plus vite que mes pensées.
- Tu veux vraiment qu'il redevienne comme avant ? Il a le droit d'être heureux ! Comme nous tous.
Le silence était poignant.
- Personne ne mérite d'être seul, conclus-je. Surtout lorsqu'il peut en être autrement. Je donnerai tout, absolument tout, pour vivre ça. J'ai déjà tout donné, et je le referais sans hésiter, si cela pouvait me permettre de connaître cela. Vous n'avez pas le droit de le lui refuser, sous prétexte que Bella est humaine. Vous n'avez pas le droit de me retirer une amie, ni à Alice, juste parce que c'est une humaine. Alice a vu que l'on deviendrait amies, toutes les trois. Et je n'attends que cela.
Je me tournai vers Edward, avec un doigt accusateur.
Et je serais vraiment, très, très contrariée, et irritée, si tu venais à lui faire du mal. Alors prendre garde à ce que tu fais.
- Je prends garde, Claire.
Sa réponse, comme ma mise en garde, était inutile. Bien sûr qu'il faisait attention. Mais je voulais qu'il sache que je tenais à Bella. Que je voulais vraiment devenir son amie. C'était peut-être une des seules choses qui me retenaient ici ; hormis ma famille.
