Disclaimer : Bien évidemment rien ne m'appartient, tout est à la génialissime Stephenie Meyer, et j'utilise ses personnages seulement pour le plaisir d'écrire et dans aucun but lucratif…


Cœur de pierre


Chapitre 11


- Une partie de chasse, ça vous tente ? demandai-je.

Je descendis les dernières marches de l'escalier. Emmett m'adressa une moue d'excuse, avant de fixer de nouveau son regard sur la télévision, tandis que Rosalie me répondait :

- Désolée, Claire, mais on y va mercredi, Alice a prévu grand soleil.

- Ah ouais… j'avais oublié.

Ce qui était vrai, du reste. Mais je m'ennuyais, et suffisamment soif pour y aller ce soir.

- Une prochaine fois ? ajoutai-je, incertaine.

Rosalie m'adressa un sourire et Emmett passa son bras sur ses épaules, elle posa sa tête sur la sienne. Après un léger sourire, je regagnai l'étage. Je ne m'arrêtai pas devant la chambre de Jasper et Alice, ils étaient allés chasser le week-end dernier ; et connaissant Jasper, cela le vexerait assez que j'insiste – bien que cela n'aurait aucun rapport avec mes doutes concernant sa faculté de contrôle. Il réagissait plutôt bien, je trouvais. Ainsi donc, j'allai trouver Esmé, qui travaillait sur un nouveau croquis.

A mon entrée, elle se leva et m'adressa le sourire tendre qu'elle me dédiait toujours. Un véritable sourire maternelle.

- Ça te dirait, d'aller chasser ?

Comme neige au soleil, son sourire fondit, pour laisser place à une mine désolée, et coupable.

- Oh… Je suis désolée, ma chérie, mais Carlisle et moi avions prévu d'aller chasser ensemble, demain soir, après qu'il soit rentré.

- Oh, d'accord, tant pis…

- On pourra y aller toutes les deux la semaine prochaine, si tu veux ?

J'acquiesçai avec un sourire, et après l'avoir embrassée, je me dirigeai vers mon dernier et unique espoir d'être accompagnée lors de ma partie de chasse. Je montai les marches et toquai à la porte. Personne. Un coup d'œil à ma montre m'indiqua qu'il était onze heures du soir. Inutile de le chercher dans les environs.

Après un léger soupir, je me résignai donc à aller chasser seule.

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Rassasiée, je m'éloignai de la carcasse du cerf qui constituait le seul reste de mon repas. Je décidai de m'arrêter un moment. Nous étions dimanche, rien ne pressait ; le soleil ne s'était pas encore levé. Quoique cela difficile d'en être sûre, compte tenu de la couverture nuageuse. Et puis, ce n'était pas comme si quelqu'un m'attendait à la maison.

Je me souvenais de l'ennui que j'éprouvais, jusqu'à il y a encore peu de temps. Les choses avaient bien changé. Je ne savais pas si c'était en bien ou en mal. Je dirais qu'il y avait les hauts et les bas.

Les hauts ; c'était Bella. Je l'aimais beaucoup. Elle était très gentille, curieuse, et… très maladroite. Ça faisait beaucoup rire Emmett ; moi aussi, d'ailleurs. Je savais parfaitement qu'Alice l'agaçait, de temps à autre, mais elle ne disait rien, se contentait de lever les yeux au ciel, ou de soupirer légèrement. Et elle laissait Alice faire ce qu'il lui plaisait. Je crois l'avoir déjà précisé, ma sœur obtenait toujours ce qu'elle voulait, de n'importe quelle façon.

Et puis, Edward était véritablement heureux. Parfois, il semblait plongé dans des eaux peu joyeuses ; mais dès lors que Bella était là, il semblait retrouver toute la joie qui lui était à présent coutumière. J'avais toujours du mal à le cerner même s'il ne m'était plus autant flou ; je commençai tout juste à être capable de mesurer l'ampleur des changements que Bella avait provoqué en lui. Jamais plus il ne serait comme avant ; c'était impossible, et cela n'était pas forcément un mal. J'appréciais ce nouvel Edward. Même s'il ne m'était plus autant perceptible qu'avant.

Mais… il y avait aussi les bas. Comme maintenant. On était en week-end, à une semaine du bal de promo - Alice devenait assez exaspérante, d'ailleurs -, à trois semaines des vacances scolaires, et personne n'avait quelques heures pour venir chasser.

En même temps, je les comprenais. Je n'étais pas vraiment la meilleure des compagnies, en ce moment.

Nous sommes des tueurs, Claire.

Ça aussi, ça faisait parti des bas. Cette phrase me revenait comme une litanie. J'avais l'impression qu'elle me martelait le cerveau comme des milliers de petites aiguilles. Et avec elle, surgissait tous mes souvenirs.

Moi qui croyais m'être faite à la solitude, je m'étais mis le doigt dans l'œil jusqu'à l'omoplate. Je m'étais tout simplement voilée la face, en croyant me faire une raison.

En réalité, j'avais tout simplement ignoré la vérité ; qui me tombait dessus, à présent.

J'étais plus seule que je ne l'avais jamais été. En pauvre idiote, j'avais délaissé, abandonné un homme qui m'était cher, un ami – à qui j'aurais pu rendre tout l'amour, ou au moins l'affection qu'il me donnait, si je m'en étais donnée la peine. Au lieu de ça, je lui avais brisé le cœur en voulant courir après un fantôme qui était resté introuvable.

Et à présent, j'avais cette satanée phrase qui sonnait comme une sentence, qui me revenait sans cesse à l'esprit. Nous sommes des tueurs, Claire.

Je me souvenais parfaitement du moment où je l'avais entendue, pour la première fois ; avant qu'elle ne s'encre en moi, indélébile.

Cela faisait un peu moins de vingt ans que j'avais à Volterra,lorsqu'Aro nous avait parlé des Cullen, et de la rébellion d'Edward. C'était la première fois que j'entendais parler d'eux.

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1928.

- Il leur a préféré un régime conventionnel, disait Aro, en souriant.

- Qu'entendez-vous par « conventionnel », Maître ? demandai-je.

- Comme toi et moi, ma douce Claire, répondit Aro, du ton doucereux qu'il employait toujours avec moi.

Il avait toujours un peu tendance à me traiter comme sa fille, ou plutôt sa petite sœur, à défaut de Didyme, la défunte compagne de Marcus, et sœur biologique d'Aro.

Je haussai un sourcil, ne comprenant pas où il voulait en venir. Ce fut Démétri qui m'expliqua :

- Carlisle Cullen se nourrit uniquement de sang animal. Il y a une dizaine de cela, il a créé Edward, pour l'accompagner dans sa pénitence. Puis, sa femme Esmé, peu après.

- Et il semblerait que le sang animal ne soit guère au goût du fils.

Je ne prêtai pas garde à la remarque de Félix.

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J'avais été extrêmement intriguée, à tel point que je m'étais même essayée au régime végétarien. Cela avait bien fait rire Démétri.

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- Tu es exceptionnelle, mon amour.

Son éclat de rire emplissait encore notre chambre. Il embrassa mes épaules, tandis que je fixai la nuit à travers la fenêtre.

- Et comme était-ce ?

Je voyais presque son sourire, plaqué sur son visage. Je haussai les épaules.

En vérité, le choix des Cullen m'apparaissait comme encore plus étrange. Le sang animal n'étanchait pas complètement la soif, et était moins appétissant que le sang humain. Je comprenais ce qui avait poussé Edward Cullen à se ranger vers des eaux plus… naturelles.

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Je n'y avais repensé que des années plus tard. Aro était venu me voir, sachant que je m'étais intéressée aux Cullen. Il m'indiqua qu'Edward Cullen avait rejoint Esmé et Carlisle.

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1932.

Après mon seul et unique essai infructueux, j'étais plus que surprise. Je ne comprenais pas.

- Pourquoi ?

Aro m'avait sourit avec indulgence.

- Nous sommes des tueurs, Claire. Cela peut rebuter certains, et Carlisle a toujours fait preuve d'une grande compassion. Il a une volonté de fer ; et il a une fascination extrême pour les humains ! Encore pire que Thomas ! Tu te souviens de lui, n'est-ce pas ?

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Nous sommes des tueurs. Cette phrase me hantait. Et le regard d'Aro, ainsi que le ton d'évidence sur lequel il avait dit cela… je ne l'oublierai jamais.

A ce moment-là, cette phrase m'avait profondément bouleversée. J'étais consciente que nous tuions des gens, des innocents, pour nous nourrir, pour assouvir notre soif. Je voyais mes proies telles un amusement. Je jouais avec elle. Je jouissais de leur souffrance. J'étais une meurtrière. Cela peut paraître étrange, mais jamais, je ne m'étais envisagée ainsi. Je croyais, au plus profond de moi, que c'était notre lot à tous ; qu'aucune alternative n'était envisageable. Quelque part, j'aurais peut-être préféré ignorer que j'étais un monstre.

Et ce qu'avait dit Aro ensuite… Tu te souviens de Thomas, n'est-ce pas ?

Je n'avais eu personne pour me comprendre. Démétri m'avait vue dépérir. Je savais que cela lui avait fait beaucoup de mal, mais il ne m'avait pas compris.

Il n'avait pas compris pourquoi j'éprouvais tant de rancœur à me nourrir, pourquoi je me haïssais.

Démétri n'avait pas saisi pourquoi mes interrogations à propos de Thomas étaient devenues une véritable obsession. J'avais demandé à Aro, et à Démétri, qui était Thomas : où est-ce qu'il se trouvait ? Pourquoi est-ce que Démétri était apparu, après que Thomas ait disparu ? Pourquoi est-ce qu'ils refusaient de me répondre ? Pourquoi refusaient-ils de me parler de lui ?

Encore maintenant, je n'avais pas de réponses à ces questions ; mis à part la certitude que quelque chose se tramait, qu'ils cherchaient tous à protéger un secret. Un secret dont ils me refusaient la connaissance. Même l'homme que je croyais être mon ami ! Celui qui m'avait transformée, celui qui m'aimait, qui partageait ma chambre, mon lit, celui que j'aimais ; du moins, le croyais-je, à ce moment-là.

Je n'avais pas hésité à partir, plaçant Démétri devant le fait accompli. Je revoyais encore son visage empli de tristesse et de douleur, lorsqu'il m'avait vu prendre mes quelques affaires. Je lui avais demandé une dernière fois de répondre à mes questions. Il avait semblé hésiter, le visage torturé. J'aimais à croire que si Aro n'était pas entré à ce moment-là, il m'aurait peut-être répondu. Je n'en étais pas sûre.

Aro m'avait dit que si je souhaitais partir, plus rien ne me retenait. Le sous-entendu était clair : Chelsea ne me retiendrait pas grâce à son pouvoir. J'avais quitté Volterra sans me retourner.

Je crois que le pire, dans tout ça, c'est que je n'avais éprouvé aucun regret. Démétri ne m'avait pas manqué. Ses caresses, ses baisers, ses mots tendres m'avaient laissé un vide. L'idée de lui auprès de moi, m'avait manquée. Mais pas lui. Je savais que je l'avais fait souffrir, mais je n'arrivais pas à éprouver de remords.

J'étais un monstre.


le chapitre était un peu plus long que le précédent, qui était un de mes plus courts, c'est vrai... Merci à Ewena pour sa review, ça m'a fait très plaisir, et c'est très gentil. J'espère que ce chapitre t'aura plu. Je pense poster mercredi, mais rien n'est moins sûr...