Disclaimer : Bien évidemment rien ne m'appartient, tout est à la génialissime Stephenie Meyer, et j'utilise ses personnages seulement pour le plaisir d'écrire et dans aucun but lucratif…


Cœur de pierre


Chapitre 12


- Rappelez-moi pourquoi est-ce que vous faites ça ? marmonna Bella.

Elle n'appréciait pas particulièrement qu'on la pomponne pour le bal qui devait avoir lieu ce soir.

- On ne te peut pas te le rappeler, puisqu'on ne te l'a pas dit, répondis-je en démêlant ses cheveux.

- Je sais, marmotta-t-elle.

- Ça te dirait d'être un peu plus coopérative, et joyeuse, Bella ? maugréa Alice.

Je souris en lissant avec précaution ses cheveux, pour ne pas la brûler. Alice s'occupait du maquillage.

- Non. Je déteste les fanfreluches.

- Moi aussi, lui indiquai-je. Mais si tu tiens à un minimum de tranquillité avec Alice, je te conseille de faire avec. J'ai réussi à négocier un droit de veto, mais ça a été long.

- Ah oui ? Combien de temps ? s'enquit-elle, visiblement très intéressée.

J'éclatai de rire, tandis que ma sœur me fusillait du regard.

- Tout juste une dizaine d'années ; je te donnerai quelques tuyaux. Il faut le temps de cultiver les arguments convaincants.

Elle eut une moue contrariée.

- Tu crois qu'Edward en est un, d'argument ?

- Ça se pourrait…

- Bon, coupa Alice. Laquelle tu préfères ?

Elle présenta deux chaussures à Bella. Elles étaient toutes les deux bleues, assorties à la robe qu'elle portait ; la première à talon aiguille, fine, très élégante, avec un filin de soie pour tenir la cheville ; la seconde lui ressemblait beaucoup mais était dépourvue de filin, et arborait un talon plus haut. Bella grimaça et me lança un regard qui ressemblait à un véritable appel au secours. Je lui tapotai tout doucement l'épaule en signe de réconfort.

- Tout va bien se passer.

- Sois franche, Claire, tu crois qu'Alice est folle ou qu'elle le fait exprès ?

Je souris et me tournai vers ma sœur qui me darda d'un œil peu amène.

- Attention à ce que tu dis. Je pourrais retirer ton droit de veto.

Je soupirai.

- Je pense que celle avec le ruban sera mieux. Elle pourra tenir ta cheville, et le talon est moins haut.

Bella pinça les lèvres et Alice lui mit fièrement sa chaussure au pied. Je commençai à hésiter à venir au bal, rien que pour voir Bella essayer de marcher avec cette godasse. Même sans son plâtre, cela aurait pu s'avérer très divertissant. Quoique… Edward allait certainement l'empêcher de se casser la figure. Ainsi donc, je n'éprouvais aucun regret à ne pas y aller.

- Bien, je te déclare officiellement prête. Edward !

Il n'avait pas eu l'autorisation de mettre un pied dans la salle de bain depuis cinq heures de l'après-midi, heure à laquelle nous avions commencé à la préparer. Il apparut en moins de deux secondes à la porte.

Il contempla Bella pendant un instant, tandis qu'Alice piaillait d'impatience pour observer sa réaction. Apparemment, il était… totalement sous le charme. Bella se mit à rougir. Reprenant contenance, il s'avança pour la prendre délicatement dans ses bras.

- Bonne soirée, lançai-je, alors qu'il quittait la salle de bain.

La porte se referma et Alice me fusilla du regard. Qu'est-ce que j'avais encore fait ?

- Tu ne viens pas.

Cela n'était pas un scoop.

- Claire, on y va tous… Tu pourrais faire un effort.

- Non, Alice. Il en est hors de question.

- Je te promets que tu ne t'ennuieras pas.

- C'est bien une des seules choses sur lesquelles tu n'as aucune certitude, ni aucun contrôle. Je suis sûre que je ne manquerai à personne.

Alice se renfrogna.

- Cela fait des lustres qu'on ne t'a pas vu danser. Tu aimes danser.

- Amusez-vous bien ; vous n'avez pas besoin de moi, pour ça.

- Claire…

Je quittai la salle de bain sans prendre la peine d'écouter plus avant ce que je me disais ma sœur.

Je grimpai rapidement dans ma chambre. Je m'allongeai sur le large lit ; fixant chaque détail de ma chambre. Les murs blancs, habillés par ma propre reproduction de la Tamise à Charing-Cross, de Monet, des dessins au stylet – représentant pour la plupart les membres de ma famille en diverses occasions, dont celui que j'avais fait d'Alice, Bella et moi ; d'Emmett et Jasper disputant un bras de fer. Il y avait également sur ma grande commode – à côté de la porte de ma chambre – la photographie que j'avais développée, ma grand-mère qui me regardait en souriant, tandis que je lisais – toutes les deux assises sur un banc, dans le parc de ma jeunesse, en France.

Juste à côté de cette commode de bois sombre, se trouvait la porte menant à ma chambre noire, jouxtant le haut meuble d'acajou, où était entreposé télévision, chaîne Hifi, livres, ainsi que des photographies, en noir et blanc, encadrées. Esmé, dessinant sur sa planche de travail ; Carlisle, lisant dans son bureau ; Emmett, regardant un match de baseball ; Rosalie, la mine souriante, face à sa BMW flambant neuve ; Jasper, contemplant Alice, que l'on voyait en fond ; Alice, riant à une bêtise d'Emmett ; Edward, jouant au piano, le visage paisible ; je n'avais pas réussi à prendre Bella, mais je ne perdais pas espoir.

Face au meuble, le canapé noir ; de l'autre côté, la niche qui accueillait le dressing qu'Alice se faisait un malin plaisir de me remplir. Juste en face, de l'autre côté de mon lit à baldaquin – dont les draps de satin rouge semblaient détonner – la table ronde, qui donnait sur la vue de ma large fenêtre : le vaste jardin à l'arrière de la maison.

Je trouvai qu'elle ressemblait beaucoup à celle que j'avais, avant… lorsque j'étais encore humaine. C'était mon antre, l'endroit où j'aimais me réfugier ; je m'y sentais bien, en sécurité. J'y restais souvent, ces derniers temps.

Pour être tout à fait franche, j'évitai un peu tout le monde. J'avais la sensation d'exploser de toute part. Je me demandai comment je faisais pour ne pas hurler. De frustration, de douleur, d'incompréhension, de lassitude, d'énervement, de colère.

C'était en partie pour cela que je n'avais guère envie d'aller au bal, mis à part le fait que je n'y avais pas mis les pieds depuis plusieurs années déjà ; je sentais que cette fois-ci me serait plus douloureuse, car j'y serais vraiment seule, quoique Alice put en dire. Et puis… je n'étais pas vraiment d'humeur à faire la fête. Je devenais de plus en plus morose, et un peu irascible.

Emmett s'en donnait à cœur joie en prétendant que, et pas plus tard que hier, « le vide intersidéral de ma vie sexuelle me rendait extrêmement teigneuse. » Je pouvais me targuer de l'avoir écrasé aux échecs en contrepartie. Jasper ressentait mon malaise, et savait que quelque chose me perturbait énormément ; seul Edward en connaissait les raisons, mais il se gardait bien de les révéler. Je pouvais l'en remercier ; je n'avais pas vraiment très envie d'étaler au reste de la famille les souvenirs qui m'assaillaient.

J'avais l'impression de revivre mes derniers mois à Volterra, avant que je ne plis bagages. Toutes ces questions, ces pensées, ces souvenirs qui me revenaient sans cesse.

Nous sommes des tueurs, Claire.

Je revoyais le visage de tous ceux que j'avais tué, après les avoir pourchassé. Les vampires que j'avais annihilés. Les cris… la peur, la terreur, de ceux dont je m'étais abreuvée.

Encore pire que Thomas ! Tu te souviens de lui, n'est-ce pas ?

Mes éternelles questions, les éternelles réponses de Démétri.

Je ne sais pas qui il est, Claire ! Je ne sais pas où il est, et je ne chercherai pas ! Pourquoi cherches-tu à ressasser le passé, Claire ? Laisse-le donc à sa place !

Le visage défait, déchiré, douloureux de Démétri.

Ne pars pas, Claire, je t'en supplie… Ne t'en vas pas…

La mine impassible d'Aro.

Tu es libre de partir. Rien ne te retient ici, Claire.

Le regard suppliant de Démétri, une dernière supplication…

Veuillez m'excuser mademoiselle, je manque à tous mes devoirs. Je me présente, mademoiselle, Thomas Gerhson…

Je me redressais, repliant mes genoux vers ma poitrine, y posant mon menton, mes doigts agrippant mes cheveux. Je n'en pouvais plus de tout cela… Ces regrets, ces remords, qui n'en étaient pas réellement, ces souvenirs qui me hantaient ; toute cette solitude que je ressentais de plein fouet, qu'on me renvoyait au visage sans que je ne puisse blâmer quelqu'un d'autre que moi. Pouvais-je vraiment en vouloir à ma famille d'être heureux ? Je n'étais pas désespérée, ni égoïste à ce point-là… je crois.

Non, j'étais en colère contre moi-même. J'étais furieuse, contre moi-même. Est-ce que j'attachai tellement d'importance à tous ces souvenirs, humains ou non, au point de les laisser me consumer totalement ? Visiblement. Etais-je donc incapable de me détacher d'eux ? Je croyais avoir réussi, m'être débarrassée de tout cela, de mes interrogations sans réponses, de ma culpabilité, de mes regrets, de ces mots, qui tourbillonnaient autour de moi… Je ne m'en étais absolument pas affranchie. Ils étaient tous restés omniprésents. Dans un état latent, guettant la moindre occasion de resurgir, pour se rappeler à mon bon souvenir.

J'étais pitoyable.

Je te souhaite de trouver ce que tu cherches, Claire. Je te souhaite d'être heureuse.

Je crois que ceci était le plus douloureux et le plus malsain à se rappeler. Etre partie pour trouver quelqu'un d'introuvable, pour trouver les réponses à mes questions, et peut-être le bonheur.

Et j'en étais réduite à m'arracher à moitié les cheveux sur mon lit, seule, malheureuse parce que je me rendais compte de l'être abominable que j'étais. J'avais fait souffrir un ami, un compagnon, un confident, pour mon propre bonheur – par égoïsme pur – et je n'étais même pas capable de trouver ce que je cherchais.

Et dans le pire du pire, c'était que je savais pertinemment que je ne retournerais jamais à Volterra pour rejoindre Démétri. De un, parce qu'il était hors de question que les Volturi sachent que Bella était au courant de notre secret. De deux, car je ne voulais pas décevoir Carlisle, ni attrister Esmé, et causer autant de peine que ce que je pouvais déjà avoir causé. Et enfin parce que je ne pouvais décemment pas recommencer à tuer des gens pour ma propre subsistance. J'en étais incapable. Ah oui, et aussi, par fierté ; je n'avais pas vraiment envie d'étaler mon échec…

Mon échec. Jamais je ne pourrais mettre la main sur Thomas, le vampire qui m'avait fasciné et continuait encore à travers mes pauvres petits souvenirs humains qui me hantaient ; et jamais je ne saurais pourquoi on tenait tellement à me cacher son identité et son existence. Cela faisait des années que j'avais abandonné l'espoir de le retrouver ; me contentant d'une introspection générale dès lors que nous emménagions, de quelques petites recherches locales, ou dans l'état. De toute façon, cela ne menait jamais nulle part. Je ne me faisais pas beaucoup d'illusions ; seul Démétri pouvaient m'aider, et il ne le ferait pas, sachant qu'il était soutenu par Aro. Après tout, il avait bien levé l'emprise de Chelsea pour que je puisse partir ; il avait préféré me voir quitter la garde des Volturi plutôt que je continue à poser mes questions, et fasse mes recherches à Volterra. Toute cette histoire cachait quelque chose de bien plus gros qu'un simple vampire qui avait sympathisé avec une humaine, ce qui avait conduit plus ou moins directement à ma transformation.

Je devais découvrir ce dont il était question ; je devais découvrir ce secret ; je devais retrouver Thomas et savoir, pour que ces souvenirs me quittent enfin et me laissent en paix. Je devais repartir en chasse.

De un, cela m'occuperait l'esprit, me sortirait de l'oisiveté, et contribuerait à me rendre moins acariâtre. Et de deux, je pourrais me débarrasser de toutes ces pensées qui me pourrissaient littéralement de l'intérieur.

Repartir en chasse. Ça, c'était une bonne idée.


voilà, voilà..., j'ai un peu de retard, désolée, mais j'ai été pas mal occupée, avec le bac blanc, les TPE, mais c'est fini maintenant, ça devrait aller mieux, je recommence à écrire des phrases qui veulent dire quelque chose... c'est bon signe.

Et bien sûr, merci à Ewena et Aulandra17 pour leur gentille review... Et à ceux qui m'ont mis dans leurs alertes/favoris. Bref, bon week-end à tous!