FRINGE

Parallaxe

Fringe ne m'appartient pas. Et c'est bien dommage, j'aurais dû y penser ;)

Note: une petite aventure en marge de la série avant que les scénaristes ne me piquent toutes mes idées.... j'attends vos commentaires de pied ferme ! un grand merci à Trekkie pour son soutien !

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Les coups sur la porte retentirent sèchement dans le couloir désert. Olivia recula d'un pas et prit une longue inspiration. Quelle heure pouvait-il être ? Pas plus tard que trois ou quatre heures, se dit-elle en essayant de faire abstraction de sa propre fatigue. Elle finit par entendre du bruit dans la chambre. Tant mieux, pensa-t-elle avec un sourire, au moins je n'aurais pas besoin de tambouriner au risque de réveiller tout l'hôtel.

"Tu veux rire ?" demanda immédiatement Peter en ouvrant la porte. "Tu as vu l'heure ? Deux heures, deux heures et demie, c'est ça ?"

"Quatre heures moins vingt," confirma-t-elle en vérifiant l'heure à sa montre. "Tu as donné des consignes à la réception pour qu'on ne vous dérange pas et ton portable…"

"Je t'ai déjà expliqué, non ?"

"Tu es habillé ?" dit-elle d'un ton détaché, décidée à détourner la conversation. "Tu es bien matinal."

"En fait, je ne me suis pas encore couché. Walter voulait absolument me raconter comment il a fait pour perturber le trafic de la… non, je préfère que tu ne saches rien en fait," ajouta-t-il en se frottant le front d'un air las. "Bon, tu rentres, il vient juste de s'endormir."

Elle baissa la tête et ne répondit pas tout de suite. Marquant un temps de réflexion, elle hésita et resta à se balancer d'un pied sur l'autre devant la porte de la suite 141. Ce n'était jamais facile de venir chercher Peter au milieu de la nuit. En réalité, ça devenait un peu plus difficile à chaque fois.

"C'est Broyles. Il m'a appelé, il faut qu'on y aille. Maintenant."

"Oui, comme d'habitude quoi. Et cette fois-ci, c'est quoi l'urgence qui fait que je vais devoir passer une nuit blanche à tes côtés ? Remarque, j'ai de la chance dans mon malheur. Imagine si je devais faire équipe avec Johnson ou même Rendell !"

"Peter, c'est vraiment, vraiment urgent. Tu n'as qu'à laisser Walter au lit, on passera le prendre plus tard." Elle sourit. "Tu as même le temps de prendre une douche si tu veux."

"Tu es trop bonne avec moi ce matin. Et pourquoi est-ce que ce ne serait pas le tour de Walter d'aller enquêter sur le terrain avec toi pour une fois ? Comme ça je pourrais enfin dormir…"

Elle hocha la tête doucement en signe de dénégation.

"J'ai besoin de ton aide. Tu sais très bien ce que ça donne quand on amène Walter directement avec nous."

"Il hurle, il est désagréable et il ne dit pas un mot de ce qu'on veut savoir. Il fait son Walter quoi, normal."

"Mmm, oui, on peut dire ça comme ça."

"Tu as de la chance qu'il ait retrouvé la formule de son petit cocktail perso. Sinon, je ne pourrais même pas tenir debout tel que tu me vois."

"Quel cocktail ?"

"Mmm, un truc à mi-chemin entre la kétamine, le LSD et le speed. Mais sans effets secondaires. C'est ce qu'il dit en tout cas. Et ça marche… pour le moment. Bon, cinq minutes et je suis tout à toi !" dit-il avec un petit sourire narquois avant de tourner les talons.

Elle entra dans la suite et referma la porte derrière elle. Donc, c'est bien ce qu'elle soupçonnait depuis quelques temps. Peter se prêtait aux expériences psychédéliques de son père dans l'unique but de travailler pour le Bureau et probablement de l'aider. Il fallait qu'elle trouve une solution rapidement. Passer leurs nuits debout pour le FBI avait tendance à devenir une fâcheuse habitude ces derniers temps. Sans compter que jamais ni l'un ni l'autre n'arrivait à rattraper le sommeil perdu à force de travailler à flux tendu et dans l'urgence. Ils allaient droit dans le mur, se dit-elle en faisant une grimace. Tout à fait approprié finalement, en regard de ce qui les attendait dès que Peter serait prêt à partir.

Elle se laissa tomber sur le canapé, fourra les mains au fond de ses poches de son manteau et se cala contre le dossier, la tête penchée légèrement en arrière.

Elle avait bien besoin de dormir elle aussi. Si elle arrivait à avoir une seule bonne nuit de sommeil, peut-être parviendrait-elle à se débarrasser de John Scott. De toute façon, endormie ou éveillée, elle voyait John, elle entendait John, ces derniers temps, c'était même devenu pire, elle arrivait à le toucher. Même avec la meilleure volonté du monde, elle ne pouvait plus croire que seul son esprit lui jouait des tours et que tout allait rentrer dans l'ordre avec le temps. Il y avait quelque chose d'autre, de vraiment anormal. Cette histoire de transfert de conscience et de cuve sensorielle, c'était de la folie d'avoir accepté. Tu n'as pas accepté ma grande, tu as demandé, si tu te rappelles bien. En attendant elle était coincée dans la quatrième dimension avec un savant fou et son génie de fils. Et elle ne savait pas comment s'en sortir. Chaque jour apportait son lot de phénomènes étranges et elle n'avait plus la force de s'en étonner.

"Liv ?"

Elle ouvrit les yeux et posa les mains sur sa tasse de thé brûlante. Son sac était posé à côté d'elle sur la banquette en moleskine du lounge bar et son pied droit lui faisait un peu mal à cause de ses escarpins trop serrés.

"Alors ? Est-ce que tu vas me répondre ?"

Son regard s'attarda sur l'écrin de velours noir posé devant elle au milieu de la table. Un solitaire luisait doucement dans la semi-pénombre. Elle leva la tête et rencontra le regard attentif de John.

"Je t'aime Olivia. Tu le sais. Alors pourquoi attendre plus longtemps ? Tout le monde est au courant pour nous deux au Bureau. C'est seulement une question de temps maintenant avant qu'on ne se retrouve séparés professionnellement."

"Je sais. Mais tu ne crois pas que c'est un peu…"

"Fou ?"

"Prématuré," dit-elle très sérieusement.

Cette demande en mariage la prenait totalement au dépourvu. Elle dont le travail quotidien impliquait l'anticipation de faits complexes et l'interaction de probables, elle échouait à appréhender de simples situations personnelles et intimes. Pourquoi ? Elle en avait pourtant rêvé de cet instant. Elle avait imaginé des scènes, toutes plus romantiques les unes que les autres, au cours desquelles John poserait enfin LA question. Elle était même prête à quitter le Bureau et à élever ses cinq fils et ses trois filles. Elle avait déjà choisi les prénoms. Pourtant quelque chose sonnait faux.

Il posa sa main sur la sienne.

"Olivia Dunham, veux-tu m'épouser ?" répéta-t-il doucement.

Elle ôta sa main, la faisant glisser doucement sur la table. Une onde de terreur la traversa. Elle sentit son corps tressaillir de la tête aux pieds. Et secoua la tête à nouveau, incapable de répondre à son interrogation. Elle vit la douleur dans ses yeux, l'incompréhension sur son visage, puis il baissa la tête.

"Je… je-je suis désolée, je ne sais pas ce qui me prend, tu sais que…"

"Non, je ne sais plus Olivia. Tu sais que je t'aime, je veux que tu deviennes ma femme, c'est aussi simple que ça. Tu me fais confiance en mission, tu me confies ta vie tous les jours mais tu es incapable de répondre à ma question. Un oui ou un non suffit, tu sais. Je pensais que c'est ce que tu voulais toi aussi…"

Elle resta un moment silencieuse, à essayer de remettre de l'ordre dans ses idées. Tout était tellement… compliqué… Mais pourquoi ? Qu'y avait-il de changé ? Il était toujours le même John Scott, celui dont elle était tombée amoureuse le premier jour. Le coup de foudre, comme celui des contes de fée ou des romans à l'eau de rose. Total, incontournable, évident. Elle était toujours la même Olivia. Et pourtant elle n'était pas sûre de vouloir vieillir avec lui. Ce qu'elle concevait comme une évidence la veille la terrifiait aujourd'hui. Elle scruta son visage, incapable de parler. Il lui souriait, imperturbable, impeccablement coiffé. Sa main n'avait pas bougé. Il attendait, simplement. Oui, ça la terrifiait.

"Vous désirez autre chose ?"

La voix du serveur la tira de sa stupeur. Elle hocha la tête en signe de dénégation et John ne répondit pas, se contentant de la fixer de son regard bleu perçant. Elle était hypnotisée par la veine qui pulsait sur sa tempe, qui enflait, qui battait de plus en plus fort. Son visage se mit à fondre, le réseau sanguin apparaissant en transparence, et seuls ses yeux restaient les mêmes, bleus, fixés sur elle au milieu d'un visage en décomposition. Elle se leva et se mit à hurler.

"Olivia ? Liv?"

Elle ouvrit les yeux. Elle eut un hoquet, la respiration coupée à cause de l'humidité qui saturait l'air. A travers la buée, elle scruta le visage inconnu qu'elle distinguait à peine à quelques centimètres du sien et commença à se débattre sans succès. Plus elle se débattait, plus l'étreinte se resserrait autour d'elle. Elle arrêta de bouger, les bras le long du corps et se sentit paniquer.

"Livvie, calme-toi."

Elle reconnaissait cette voix, mais où était John ? Qu'arrivait-il à John ? Est-ce qu'elle était en train de devenir folle ?

"Tout va bien, je suis là."

Les paroles rassurantes finirent par atteindre un niveau de conscience où elle pouvait enfin les comprendre. Elle était debout au milieu de la salle de bain des Bishop et Peter la tenait serrée contre lui. La condensation l'empêchait de voir leur reflet dans la glace derrière lui. Son regard fit le tour de la pièce exigüe pour revenir au visage de Peter. Et enfin elle se détendit, laissant échapper son souffle. Elle faillit tomber mais il la retenait. Il avait l'air inquiet.

"Qu'est-ce…" commença-t-elle.

Il haussa les épaules et s'assura qu'elle était correctement assise sur le petit banc en bois exotique avant de la lâcher complètement.

"C'est à toi de me dire. Je prenais une douche quand tu es entrée comme un robot en disant des trucs incohérents. Enfin ça, c'était avant que tu te mettes à hurler."

"D'accord."

Peter s'assura que sa serviette n'allait pas le trahir et s'agenouilla devant elle.

"Qu'est-ce qui se passe ? Tu as encore tes hallucinations ?"

Elle se passa la main sur le front et se mit à fixer le fond de la pièce sans vraiment le regarder.

"Je n'en sais rien. Enfin, je ne sais pas si on peut appeler ça des hallucinations."

"Tu vois John n'est-ce pas ? Depuis que Walter a fait l'échange ?"

"Ça fait un moment que ça dure," admit-elle en le regardant enfin dans les yeux.

"C'est ça que tu me cachais ?"

Elle hocha la tête et se posa les mains à plat sur les cuisses.

"C'est pas facile d'admettre qu'on est cinglé, surtout pour moi."

"C'est parce que tu n'es pas cinglée, je le saurais, je suis spécialiste," ajouta-t-il en montrant la chambre où dormait Walter avec un mouvement du pouce.

Elle sourit sans conviction.

"Bon, et bien il va falloir le convaincre de défaire ce qu'il a fait."

"Tu crois que c'est possible ?"

"Aucune idée. Mais pourquoi pas ? A ce stade, si on me dit que la prochain président est un clone de Lincoln, je suis prêt à le croire !"

"Obama est un clone ?"

"Laisse tomber, c'était purement rhétorique. Bon, je vois que tu vas mieux," dit-il en se relevant, retenant à deux mains la serviette qui lui ceignait toujours les hanches, "alors j'aimerais bien…"

"Oh, bien sûr," dit-elle précipitamment en prenant la mesure de la situation. "Je… je vais,… "

"C'est ça," dit-il en souriant. C'était drôle de la voir perdre ses moyens dans des situations aussi ordinaires. Il poussa la porte de la salle de bain derrière elle et entendit la voix de Walter.

"Olivia ? Je me disais bien aussi que j'avais entendu des voix qui n'étaient pas dans ma tête."

Walter s'était relevé et la contemplait, les mains dans les poches de sa robe de chambre. Il était hirsute et portait ses invraisemblables chaussettes de laine. Un sourire heureux éclairait son visage.

"C'est Peter que j'entends dans la douche ? Hé, hé, j'ai toujours su pour vous deux," dit-il d'une voix égrillarde avec un signe complice de l'index. "Peter ! Peter ? Tu m'entends ? Je vais refaire le lit pour Olivia, ce sera quand même plus confortable pour vous que la baignoire non, qu'est-ce que tu en penses ?"

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Peter regardait la route défiler devant eux.

"Je suis désolé Liv, mais tu sais comment il est, non ?" finit-il par dire, n'y tenant plus. Ça lui avait pris un bon quart d'heure pour calmer son père avant de pouvoir le remettre au lit. Ce dernier avait accepté uniquement contre la promesse qu'Olivia viendrait lui faire son baiser du soir une fois que Peter l'aurait bordé.

"Pas de souci Peter, je sais qu'il ne faut pas tenir compte de ce qu'il dit. En tout cas en ce qui nous concerne. Ne t'inquiète pas."

Elle avait un petit sourire qui flottait au coin de ses lèvres et elle lui jeta un regard complice.

"Sûr ?" Il ferait mieux de changer de sujet, pensa-t-il. Pas la peine d'aggraver le malaise.

"Sûr."

"Bon, si tu me disais où on va comme ça…"

"A l'aéroport. Un avion nous attend."

"Ok. Et ? Je sais que le FBI est attentif aux problèmes environnementaux, sinon pourquoi affréter un avion pour nous seuls et risquer d'aggraver les problèmes liés à l'effet de serre..."

"Il s'est passé quelque chose dans le métro de New York."

"Ok. Dis-moi que j'ai raison, qu'on ne va pas consommer la moitié de la réserve en kérosène du Liechtenstein juste pour aller acheter des bretzels sur Madison Avenue."

Quelques minutes plus tard, ils avaient décollé de Logan pour La Guardia et ils partageaient un solide petit déjeuner au-dessus de l'Atlantique.

"On en a pour une petite heure," expliqua-t-elle en s'essuyant la bouche avec une serviette en papier. "Je te briefe maintenant. Il y a…" elle regarda sa montre, "quatre heures environ, une rame du métro de New York s'est encastrée dans un soubassement entre les stations de l'East Tremont Avenue et celle de la 180ème rue."

"Dans le Bronx ?"

"Tout à fait. Ce qui en fait un accident 'différent', c'est ce que je vais te montrer maintenant."

Elle poussa les reliefs de leur déjeuner sur le côté et étala une série de photos prises au flash avec un grand angle.

"Ah oui, d'accord. Quand tu dis que c'est différent, c'est vraiment différent. On dirait que la rame s'est matérialisée au milieu de la pile en béton…"

"C'est l'idée. La moitié de la rame a disparu. Elle n'est pas de l'autre côté du mur en béton non plus. Et on a bien envoyé des équipes de l'autre côté pour vérifier, tu t'en doutes. On a sondé la pile, il n'y a rien non plus à l'intérieur. On a fait évacuer les passagers vers le 48ème precinct sur la Cross Bronx Expressway et on a isolé la zone. Le métro de la ligne 2 est dévié entre la station Wakefield-241ème rue et celle de la 180ème rue. Personne ne peut emprunter cette section jusqu'à nouvel ordre. Comme la ligne 5 contourne une partie du Bronx, il va falloir convaincre la communauté que ce n'est pas un attentat à caractère raciste. Ça va prendre des heures pour tout répertorier et faire sortir la rame de là-dessous pour qu'on puisse l'expertiser."

"Je me doute," répondit Peter qui avait le nez collé sur l'un des clichés. "Ce truc là," montra-t-il du doigt sur la photo, "on peut l'agrandir ?"

"Attends, je les ai sur mon portable, je vais voir ce que je peux faire," dit-elle en pianotant sur le clavier.

"Des morts ou des blessés ?"

"Des blessés légers, trois grièvement à cause de la décélération probablement, ils ont été propulsé dans le mur. Ils ont été transportés au North CentralBronx Hospital. Et deux morts, sectionnés nets, journal, vêtements, sacs compris. Comme s'ils avaient eu un accident de téléportation. On est en train de les désincarcérer en ce moment-même parce qu'ils ont fusionné avec le mur."

"Tu sais que la téléportation n'existe pas, évidemment," hasarda Peter.

"Evidemment. La police de New York est sur place avec les pompiers. Nos hommes aussi et ils ont pour consigne d'éviter que toute information soit transmise aux media."

"C'est justement pour ça que je voudrais voir de plus près ce que je t'ai demandé."

"Attends, j'y suis presque. Voilà. Qu'est-ce que tu voulais me montrer ?"

"C'est bien ce que je craignais. Je ne sois pas sûr que ça suffise, toutes vos mesures de bouclage du secteur," dit-il en montrant une femme sur l'écran de l'ordinateur. "Elle est au téléphone."

"Elle doit rassurer son mari ou son petit ami."

"Sincèrement, je ne crois pas. C'est Veronica April, la rédactrice en chef de NY Metro Page. A mon avis elle vient d'envoyer son article au journal et probablement des photos pour l'illustrer."

"La photo a moins de cinq heures, on a peut être encore le temps d'arrêter les rotatives."

"A mon avis, on aura juste le temps d'empêcher la distribution."

Olivia était déjà au téléphone avec ses homologues de New York. Peter continuait d'examiner les clichés soigneusement, mais cette fois-ci directement sur l'ordinateur. Ce qu'il vit lui fit regretter d'avoir laisser Walter se recoucher.

"Olivia, préviens-les que ce qui a causé l'accident n'est plus dans le métro," dit-il d'une voix forte qui la fit sursauter.

Elle écarta le téléphone de son oreille et regarda ce que Peter lui montrait sur la photo. A ce moment précis, le pilote coupa les communications vers la surface et entama sa descente vers New York.

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Alors ? Je continue ?