FRINGE

Parallaxe - 2 -

Fringe ne m'appartient pas. Et c'est bien dommage, j'aurais dû y penser ;)

Note : j'avais écrit la première partie bien avant que l'épisode "Safe" ne soit diffusé… les développements de l'épisode m'ont obligé à changer mon intrigue. Ne soyez donc pas surpris si la fic est un peu chaotique....

je sais que ça fait une éternité depuis que j'ai écrit la première partie mais voilà la suite : que s'est-il vraiment passé à NY ou quand le passé de Peter ressurgit ;)

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Après plusieurs tentatives, Olivia avait fini par abandonner la partie et s'était installée sur le siège voisin de celui de Peter. Elle rappellerait ses homologues au Bureau une fois arrivée. L'orage magnétique qui se propageait maintenant au-dessus de New York justifiait la décision du pilote et à y réfléchir, il n'y avait plus vraiment d'urgence. Il faut être fataliste, pensa-t-elle, on arrivera déjà trop tard de toute façon.

Elle boucla sa ceinture, consulta sa montre. L'heure d'arrivée sur le tarmac leur permettait d'atteindre les lieux de l'épisode avant sept heures du matin. Si tout ce passait comme elle l'espérait, leur intervention avait toutes les chances de passer inaperçue car pas grand chose n'était susceptible de perturber le flegme des new-yorkais, surtout pas un accident dans le métro. Sa seule crainte était que des groupes ne commencent à manifester leur mécontentement devant les entrées de la ligne 2 bloquées par un cordon de forces de l'ordre. Si les clients alertaient les media avant que le FBI ne puisse diffuser un contrepoint valable, ils allaient perdre un temps précieux alors que le temps était ce qui leur manquait déjà le plus.

Elle soupira et se pencha en avant pour voir ce que lui montrait Peter. Pourquoi est-ce qu'elle n'avait jamais ses lunettes sur elle quand elle en avait besoin ? Facile. Voilà ce que finissait par provoquer une combinaison potentiellement irrésistible, manque de sommeil, accumulation de situations ubuesques et traitement dans l'urgence si urgence voulait dire traiter quasiment les "cas" au coup par coup avant même qu'ils ne se produisent.

Elle n'essayait même plus de se poser de questions sur ce qui lui était arrivé ces denriers mois et pourquoi c'était à elle de mener des enquêtes qui la propulsaient systématiquement dans la quatrième dimension. Pas étonnant qu'elle en oublie les règles les plus élémentaires de prudence… --et ses lunettes. Elle se passa la main sur le front et essaya de sourire.

"Je ne vois rien," dit-elle en se penchant plus près de l'écran. "Qu'est-ce que tu veux me montrer exactement ?"

"Là, c'est juste là. Tu ne vois pas ?" dit Peter en désignant du doigt une portion de l'écran. "Un peu plus loin que la rame, en allant vers le nord de la voie. Tu le vois non ?"

Elle secoua la tête et lui lança un bref coup d'œil. Il était sérieux. Son bras effleura le sien et elle faillit sauter au plafond. Il était temps qu'elle dorme et qu'elle arrête de fantasmer sur Peter Bishop. Elle ne pouvait pas se payer ce luxe. Elle lui le regarda consciente de ne pas être très nette dans sa tête.

"Désolée, je ne vois rien."

"C'est parce que tu regardes."

Stop. C''était le bouquet !

"Hein ? Qu'est-ce que tu me racontes ? Tu ne vas pas t'y mettre aussi ? Si je dois trouver quelqu'un d'autre pour interpréter ce que tu dis, j'abandonne, Peter. Allez vas-y dis-moi, crache le morceau bon sang. Je suis crevée, je n'ai pas besoin que tu t'y mettes aussi."

"Excuse-moi, je n'essaie pas d'en rajouter mais c'est tellement invraisemblable que j'aurais préféré que tu le trouves toute seule. C'est juste là. Tu vois l'ombre bleuâtre ?"

"Oui. Mais c'est l'éclairage non ? J'imagine qu'avec les projecteurs dans ce genre de tunnel on doit avoir pas mal d'ombres chinoises, tu ne crois pas ?"

"Oui, mais je crois que tu ne vois vraiment pas ce que j'essaie de te monter. Bon. Je t'explique ma théorie alors."

"Je t'écoute, mais fais vite parce qu'on est presque arrivé."

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Peter Bishop se recula dans l'ombre contre la paroi du tunnel, loin de l'agitation organisée par le pompiers qui désincarcéraient les corps et des flics de New York qui voulaient tout bonnement empêcher Olivia de faire son travail. Ils allaient tomber sur un os, pensa-t-il en étouffant un petit rire.

"Allo Walter?"

"Allo ?" La voix du professeur Bishop était lointaine.

"Oui Walter, c'est moi. Parle dans le combiné s'il te plaît. Tu sais ce que c'est qu'un téléphone, ils existaient déjà en 1990."

"Moi ? Moi qui ? Vous êtes conscient que ce mot ouvre des…"

"Arrête ça tout de suite Walter. C'est moi, Peter… Peter Bishop ? Ton fils Peter, tu te rappelles ?"

"Ah Peter ! Tu es parti acheter des bretzels et du chianti ?"

"Non Walter, je suis à New York. Mais effectivement, si tu veux que je te rapporte quelque chose, je peux certainement me débrouiller."

"New York ? Tu es en vacances ?"

"Je suis avec Olivia."

"Ah, je comprends, tu n'as pas besoin de m'expliquer Peter, je sais ce que c'est d'être amoureux et d'avoir envie d'être un peu seul avec..."

"Walter, pour la énième fois, je ne suis pas amoureux de l'agent Dunham. Bon, laisse tomber. En fait je t'appelais pour te dire qu'Astrid passera te prendre tout à l'heure, alors tache d'être habillé quand elle arrive. Tu m'entends Walter ? Pas comme la dernière fois, d'accord ? Et commande-toi un petit déjeuner à la réception. Je te laisse, Olivia m'appelle."

"Embrasse-la pour moi Peter."

Peter secoua la tête et retourna auprès d'Olivia qui venait de faire le tour des différents représentants des forces de l'ordre, des pompiers et du Bureau présents sur place. Elle finit de noter quelque chose sur son carnet avant de se tourner vers lui. Etre sur le terrain lui avait redonné des couleurs. Elle lui fit un grand sourire et le regarda d'un air interrogateur. Son sourcil droit semblait avoir une vie propre.

"Alors ? Il ne t'en veut pas de l'avoir laisser à l'hôtel ?"

"Il n'a rien dit. Il veut des bretzels."

"D'accord. J'enverrais un de ces policiers en chercher tout à l'heure. Tu veux que je te résume la situation ?"

"Pas la peine. D'après ce que je viens de voir, j'ai eu le temps de me forger une opinion et je pense que ma théorie est correcte."

Elle baissa la voix et lui fit un signe de tête. Il la suivit le nez au vent, les mains enfoncées dans les poches de son caban noir. Jamais cela ne lui viendrait à l'idée de lui prendre le bras ou tout simplement de le toucher pour attirer son attention, pensa-t-il. La taille de son espace personnel lui paraissait immense, lui qui ne pouvait s'empêcher de toucher les gens pour un oui ou pour un non.

"Je t'écoute," murmura-t-elle en jetant un coup d'œil de chaque côté pour s'assurer que personne n'était à portée de voix.

"Tu te souviens de ma théorie dans l'avion ? L'ouverture d'un vortex, d'un portail temporel ? Plus j'y pense plus je suis certain d'avoir raison. Je me demande dans quelle mesure Walter n'est pas aussi responsable de ce coup-là."

"Tu veux dire que quelqu'un utilise une des inventions de ton père ?"

Il hocha la tête. "Pourquoi pas ? Tu es d'accord que le train ne s'est pas miraculeusement encastré dans la paroi du tunnel. D'après les plans que j'ai trouvés sur le Net, la ligne s'arrêtait quelque part par là avant d'être prolongée au début du XXème siècle. Et je parierais qu'à l'époque, les rails tournaient juste avant d'entrer en gare."

"Donc tu me dis que la partie du train qui nous manque est quelque part en 1900 avec tous les gens qu'elle contenait et que le type transparent avec l'espèce de super canon de la photo a disparu lui aussi en remontant le temps ?"

"Oui. Tu es d'accord que sur les photos prises en rafale à l'infra rouge, on peut apercevoir la structure du mur qui a disparu en 1903, n'est-ce pas ?"

"Bon, oui, je suis d'accord. Mais comment tu comptes prouver ça ?"

"Je ne peux pas."

"Ben voyons…"

"Quoique, à y réfléchir, je pense qu'on peut essayer. Et de deux manières différentes. Ca nous permettra de recouper ma théorie. Viens, dis au revoir à tes petits camarades, je t'emmène à la rencontre de la presse locale.

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Peter poussa la porte en verre de l'immeuble et ils entrèrent dans un hall immense au milieu duquel un mobile achromatique de Calder décomposait la lumière. A cette heure de la matinée, le hall était désert et le badge de Dunham fit merveille auprès du gardien qui leur indiqua la rédaction du NY Metro Page sans poser de questions. La révélation de Peter tournait en boucle dans sa tête. Bien sûr elle savait déjà que Walter en dépit de ses excentricités était une vraie pointure et que si on lui donnait sa chance, Peter pourrait certainement rivaliser avec son père, mais la théorie du jeune Bishop la propulsait dans une autre dimension. C'était le cas de le dire s'il arrivait à prouver qu'il avait raison.

Peter appela l'ascenseur et se racla la gorge avant de se tourner vers Olivia. Voyant qu'il hésitait, elle l'encouragea d'un bref signe de tête.

"Olivia, si ça ne t'embête pas, je préférerais l'interroger moi-même."

"Pas de problème. Mais il va falloir que tu me donnes une bonne raison vu qu'on a fait chou blanc dans le métro pour l'instant," répondit-elle en s'engouffrant dans la cabine qui venait de s'ouvrir.

Elle appuya sur le bouton du 48ème étage et attendit. Elle se sentait vidée et la dernière chose dont elle avait envie c'était de rencontrer une des ex de Peter sans avoir eu le temps de s'y préparer. Cette pensée la faisait douter de ses capacités d'agent du Bureau. Jusqu'à John, elle avait toujours soigneusement évité d'entretenir des relations extra-professionnelles avec ses compagnons d'armes ou ses collègues et regrettait amèrement d'avoir succombé aux charmes de son partenaire, surtout au vu des conséquences. Et voilà qu'elle était en train de s'attacher à Bishop alors qu'elle ne savait rien de lui et qu'il pouvait disparaître du jour au lendemain sans laisser d'adresse. Elle sourit en son for intérieur en pensant que si elle avait réussi à le trouver la première fois, rien ne l'empêcherait de recommencer et cette seule pensée la perturba encore plus.

"Veronica est une vieille copine."

"Et alors? Depuis quand est-ce que ça fait de toi un expert ? J'ai interrogé des centaines de témoins ces dernières années. Je pense que je sais comment m'y prendre."

"Je ne te dis pas le contraire mais écoute-moi pour une fois, d'accord ? Le temps dont nous disposons pour trouver des réponses à ce qui s'est passé cette nuit dans le métro est compté. Si tu veux qu'April te donne les bonnes réponses rapidement, il vaut mieux que ce soit moi qui lui pose les questions. Je la connais depuis une éternité et elle me fait confiance. Enfin, elle me faisait confiance."

"Faisait confiance? Comme dans 'tu m'as trahi' ?"

"C'est compliqué."

"Ça ne me surprend pas vraiment je t'assure, dans le petit monde merveilleux des Bishop tout est compliqué. Vous êtes spécialistes."

"Comment ça vous ? Tu ne me mets pas dans le même sac que Walter j'espère !"

"Franchement ? Et bien par moment si. C'est plus reposant."

"Qu'est-ce que tu veux ? Une confession ?"

"Donne-moi la version abrégée que je puisse décider si moi je peux te faire confiance."

"On était au lycée ensemble."

"Tu veux dire dans un des lycées que tu as fréquenté ?"

"Oui. Nick a toujours été très engagée politiquement. Contrairement à moi. Je crois que c'est ce qui nous a rapprochés. Ça et le fait qu'on est tous les deux des oiseaux de nuit."

"Vraiment ? Là je comprends mieux. C'est une de tes nombreuses conquêtes ?"

"Mes nombreuses conquêtes ? D'où est-ce que tu sors ça ? Tu ne connais pratiquement rien de ma vie Olivia, tu sais ça ? Alors n'essaie de prêcher quoique ce soit pour savoir le vrai. Et n'utilise pas le fait que tu n'aies pas dormi comme excuse."

"Désolée. Tu as raison, je suis vraiment fatiguée."

"Raison de plus pour me laisser faire. Sans compter que si tu veux me faire passer pour un Don Juan, tu vas avoir du mal étant donné que je n'ai plus de vie sociale depuis des mois entre Walter, Massive Dynamic et le Bureau… et toi qui viens me réveiller régulièrement à trois heures du matin. A ce stade de notre relation, on devrait carrément louer un appart' ensemble."

"D'accord, j'ai compris, je n'avais pas le droit de te dire ça."

"C'est clair que tu n'as pas le droit. Sans blague ! Bon, ça t'intéresse ce que j'ai à te dire ou pas ?"

"Vas-y."

"Nick est une activiste depuis toujours. Non seulement elle fait partie de plusieurs associations de défense du droit des homosexuels mais elle est à la tête d'un puissant lobby de gauche à Washington. C'est une femme de pouvoir Dunham, et si tu la prends à rebrousse-poil, non seulement elle ne te dira rien mais ça s'étalera à la une de son journal dans l'édition du soir."

"Pas une de tes ex donc ?"

"Tu veux vraiment savoir ? J'ai un peu couché avec sa copine. Elle a eu du mal à le digérer."

"D'accord, je reconnais que j'avais tout faux."

"Alors, s'il te plaît, tu me laisses faire ?"

"D'accord."

La porte de l'ascenseur s'ouvrit quelques secondes plus tard et après avoir consulté l'organigramme sur le mur d'en face, Peter frappait à la porte du bureau de Veronica April. Une voix sèche lui répondit d'entrer et ils se retrouvèrent face à la jeune femme de la photographie.

"Peter. Peter Bishop… comme par hasard, je suis témoin du truc le plus dingue qui ce soit passé à New York ou à ma connaissance dans le monde entier depuis l'invention de la roue, et tu débarques dans ma rédaction avec le FBI… Tu m'excuseras, mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il s'agit d'autres chose que d'une coïncidence."

"Salut Nick. Je vais bien, merci de demander. Je te présente l'agent Olivia Dunham."

"Pas mal…"

"Ne commence pas Nick. Je voudrais bien qu'on recommence à démontrer nos talents respectifs en matière de sarcasme mais je ne suis pas venu te rendre visite pour ça. J'ai besoin de toi."

"Ah, Peter Bishop a besoin de moi, je ne pensais pas que je vivrais assez longtemps pour entendre ces mots qui sont si doux à mes oreilles. Qu'est-ce que ce je peux faire pour toi ?"

Peter se laissa tomber dans une des sièges et Olivia resta debout, parcourant du regard les murs chargés des unes encadrées de différent journaux et magazines.

"Tu étais dans la rame de métro qui a déraillé ce matin."

"Je t'arrête tout de suite. Jamais ce métro n'a déraillé. J'étais dedans je suis bien placée pour le savoir. Il n'a pas ralenti. Il y a eu un flash bleuâtre et il a continué sa route à travers le mur du tunnel. Sauf que le mur avait disparu Peter. Je prends cette ligne tous les jours. Le métro ne tourne pas à cet endroit. Il ne le fait plus depuis que la ligne a été prolongée au début du XXème siècle. Sans compter que j'ai fait un petit tour près du mur dès que j'ai pu. Et je n'ai jamais rien vu de tel de toute ma vie. Je vais te mettre à l'aise tout de suite, je ne cherche pas le scoop du siècle je veux juste comprendre et avoir la confirmation que je n'ai pas perdu la boule."

"Non tu as raison, il s'est bien passé quelque chose de bizarre et nous sommes là pour tirer ça au clair."

"Et faire en sorte que mes révélations et les tiennes ne sortent pas de cette rédaction…"

"Aussi," sourit-il.

"Alors explique-moi pourquoi ce n'est pas l'agent Dunham qui pose les questions ?"

"Parce que je suis consultant scientifique auprès du FBI et que c'est moi qui le fait, c'est aussi simple que ça."

"Consultant ? Elle est bien bonne celle-là. Peter qui ferait partie du système ? Tu vas avoir du mal à me faire croire ça."