Ils hurlaient à l'agonie, effrayés du piège dans lequel ils étaient tous tombés, aveuglément, naïvement comme tout autre humain l'aurait fait. Ils hurlaient, intimant à quelconque de les sauver. Et c'était comme s'ils s'adressaient à moi. Qu'ils me demandaient de les sauver. Mais comment le pourrais-je ? Après tout n'avais-je pas également besoin d'être sauver ?

Ma vue se faisait légèrement floue alors que les larmes me montaient aux yeux. Ne pas pleurer. Ne pas pleurer. La lumière du hall d'accueil m'éblouit légèrement. Et la douce musique qui s'y propageait me parut presque ironique. Comme durant le temps des tortures. Les donjons fourmillaient de cadavres alors qu'un bal se donnait à cœur joie. L'humanité avait-elle été si différente des vampires ? Après tout les vampires ne sont-ils pas que des humains sous une forme plus admirable, aux armes plus puissantes et à la culture bien différente ?

Il me déposa sur le divan. Ce n'est qu'alors que je vis à quel point je tremblais. Le contrecoup. Après avoir échappé à la mort, rien d'étonnant. Il s'accroupit face à moi, discernable à travers l'eau de mes yeux. Ses traits si parfaits, son nez droit. Mon esprit n'avait pas su lui rendre hommage. Son teint si pâle mais surtout ses yeux. Sombre à l'instant mais m'aspirant tel un vortex. Je sentis l'abyme béant de ma poitrine se rouvrir délicatement. Sa beauté m'était insupportable. Surtout à cet instant. Je l'avais sauvé. Plus rien ne le retiendrait à présent. Plus rien ne le forcerait à demeurer à mes côtés. Ses doigts replacèrent agilement une mèche derrière mon oreille, et je sentis leur fraîcheur avant qu'il ne les retire promptement. Ses doigts que j'avais pu sentir quelques instants auparavant sur mes lèvres, mon front, mes joues. Ma déchéance me paraissait bien proche. Dans peu de temps, j'allais devoir apprécier sa vue tout en me souvenant qu'il n'était plus à moi. Qu'il n'était plus mien comme je n'étais plus rien pour lui. Je n'avais été qu'une distraction. Et étrangement, au lieu de lui en vouloir, je le comprenais. Son amour envers ma banale personne n'avait jamais eu de sens. Mes larmes redoublèrent. Cette douleur me scarifiant entièrement, celle de sa perte, retentit en moi. Mes bras enserrèrent ma poitrine. Un réflexe. Un geste presque anodin à présent. Etais-ce moi ou la douleur était plus forte ? Plus dévastatrice. Telle une flamme glacée m'incendiant totalement.

_C'est fini Bella. Nous sommes en vie.

Il pensait que ce n'était que le contrecoup. Ignorant que par rapport à sa perte, les Volturi n'étaient qu'une simple promenade de printemps. Ignorant que sa perte était et demeurera la source intarissable de ma douleur, ma souffrance, ma déchéance. Comme pour rajouter à ma douleur, comme pour me forcer à demeurer victime de son emprise, je sentis ses mains frictionner mes bras. Sa culpabilité lui faisait faire des choses qui le répugnaient, j'en avais conscience.

_A-t-elle besoin de quelque chose ? S'enquit Gianna.

Non. La seule chose dont j'avais besoin était la personne qui me faisait face mais cela m'était interdit. Et bien que sa vue ne m'arrache des salves de torture, je ne pouvais détacher mes yeux de lui. Ilétait toujours aussi…parfait. Ses yeux noirs me contemplaient toujours avec frustration. Il n'attendait que l'instant où il ne m'aurait plus sur les bras. Comment étais-je censée survivre à lui maintenant ? Allait-il revenir à Forks ? Si oui, comment trouver la force de le côtoyer sans jamais l'importuner, ni avec ma personne, ni avec mes sentiments ?

_Non merci répliqua sèchement Alice.

J'en avais oublié sa présence. Mon exubérante amie. Elle s'assit à mes côtés, me prenant dans ses bras. Ses bras si froids, si durs. Une étreinte non sans me rappeler son frère. Une étreinte qu'il aurait dû me donner en me voyant ainsi. Une étreinte qu'il m'aurait donnée auparavant. Un coup d'œil en sa direction m'informa qu'il était toujours dans la même position, me contemplant avec une impassibilité que je ne lui avais plus connue. A cet instant, il faisait plus vampire que jamais. Et moi pauvre humaine, je l'aimais toujours aussi follement, aussi absurdement. Alice me berça un instant et j'eus l'illusion que c'était ses bras, que c'était son étreinte, ses gestes. Que c'était sa personne. Une mirifique illusion. Une splendide rêverie.

_Edward, préviens Jasper de notre survie.

_Il préférerait sûrement que ce soit toi qui le fasse.

Les pensées de mon amie durent être fusionnelles car il se releva d'un mouvement, le manteau emprunté soulignant suavement sa taille, la finesse de sa silhouette. Le trou béant de mon âme se dilata légèrement. Un peu plus chaque seconde durant laquelle, je le côtoyais. J'avais survécu sept mois et son retour ne faisait que causer ma perte. Il me tuerait là où tout autre danger avait su m'épargner. Il s'éloigna après m'avoir lancé un long regard. Pourquoi devait-il si être changeant ? Doux, distant, prudent, présent.

_Les douleurs légères s'expriment ; les grandes douleurs sont muettes murmura Alice.

Je ne cillai point. J'allais devoir me ressaisir. J'allais devoir apprendre à enfouir cette douleur. A l'oublier. Elle allait devoir demeurer muette.

_Le contrecoup est passé n'est-ce pas ? C'est un autre contrecoup que tu subis à l'instant.

_Je…ce…Après avoir survécu, rien de plus normal.

Ma voix était rauque comme après un long sommeil, et éraillé, faiblarde. J'allais devoir être bien plus forte. Beaucoup plus forte. Je détachais mes bras de ma poitrine et essuyai mes larmes. Etre forte pour lui. Il ne devait plus se sentir coupable. Il devait pouvoir se distraire sans avoir à subir mes émois. Il était libre après tout. Je devais juste le décharger de la culpabilité qu'il pensait avoir envers moi. Je me blottis contre ma meilleure amie. Les derniers évènements me rendaient bien plus sujette à la fatigue. Tout ce que je souhaitais à l'instant était de me retrouver sous ma couette. De pouvoir permettre à mon esprit de se reposer. Cependant que mon cœur hurlerait. Et continuerait à hurler. Lorsqu'Edward revint, ce même air frustré n'avait point disparu de ses traits. Il n'aurait à me subir qu'un court instant. Il eut une conversation à voix basse avec sa jeune sœur. Leur débit étant bien trop rapide, je ne saisis que quelques bribes et ainsi je compris qu'un nouveau vol de voiture était prévu mais également que les Cullen nous attendraient à l'aéroport de Seattle. Tous les Cullen. Rosalie y compris. Je retins une déglutition. Déjà qu'elle ne me portait pas dans son corps, que j'avais été la cause du départ de leur famille, de la dislocation de cette dernière, et de la fuite d'Edward. Je pouvais imaginer le pire. Tout en craignant Rosalie, je fus ravie de pouvoir revoir Esmé, cette jeune mère aussi adorable que prévenante. Cette femme m'avait toujours considéré comme sa propre fille. Elle était ma Renée de Forks en quelque sorte. Emmett serait-il de la partie ? Je l'avais toujours considéré comme mon grand frère. Farceur…puéril. Mais toujours aussi attentif, attentionné et amusant. Il pouvait être d'une stupidité effarante tout comme être d'une écoute impressionnante. Et Carlisle…le Pilier de cette famille à laquelle j'avais un jour cru pouvoir appartenir. Mes yeux papillonnaient pour demeurer ouvert, alerte. Je refusais de dormir en ces lieux. Lorsque le silence s'installa entre les deux Cullen, je me tournais vers eux. Alice aurait pu l'air endormi, ainsi les yeux fermés, le corps presque raide. Mais je me doutais qu'elle devait visiter notre avenir. Je la laissais donc à ses prévisions. Sentant son regard sur moi, je ne pus m'empêcher de rencontrer ses prunelles. La frustration avait laissé la place à une terrible tristesse. Une tristesse que je n'avais jamais vue sur ses traits. Une tristesse qui me blessa d'autant plus.

_Comment te sens-tu ?

Son ténor, si seulement j'étais encore capable de l'entendre. Je me souvenais parfaitement de ce ténor pour l'avoir entendu même durant son absence. Est-ce que son retour sous-entendrait la fin de mes hallucinations auditives ?

_Oui. Ce n'était que le contrecoup murmurai-je.

C'était douloureux. Horrible de lui parler aussi normalement que si nous avions toujours eu ce genre de relations. Ensemble tout en étant séparé.

_Il aura fallu que je m'éloigne de toi pour que tu aies une réaction normale déclara-t-il, le même sourire en coin sur les lèvres.

Ce sourire. Il m'avait toujours destiné. Et le revoir agissait comme un baume. Un baume empoisonné mais un baume quand même. Je tentais de lui rendre le même. Il ne récolta qu'un rictus.

_Je suis désolé de t'avoir embarqué dans cette histoire reprit-il.

Je le contemplai. Allait-il de me remercier de m'être déplacé mais que maintenant il saurait se débrouiller ? Mes élucubrations se virent interrompu par l'éveil brusque d'Alice. Ils se levèrent, m'entraînant à leur suite tandis qu'Edward se plaçait légèrement devant moi, son odeur m'emplissant totalement. Mes entrailles se tordirent. Que se passait-il ? Je vis Alec, les prunelles d'un rubis éclatant, franchir la double porte. Il semblait…repu. De nouveau, la femme au rosaire me vint à l'esprit. La pauvre !

_Vous êtes libres de partir, à présent, nous annonça-t-il avec chaleur. Nous vous prions cependant de ne pas vous attarder en ville.

_Cela ne figurait pas dans nos projets lâcha Edward avec une certaine froideur.

Alec ne s'en formalisa pas puis disparut.

_Suivez le couloir de droite jusqu'au bout, vous trouverez des ascenseurs, nous informa Gianna. La sortie est deux étages plus bas. Au revoir.

Savait-elle qu'il lui restait peu de chances survit ? Mais pouvais-je la blâmer alors que quelques mois plutôt c'est ce que j'avais désirais ? L'immortalité.

Nous quittâmes ce château de l'horreur derechef. Je désirais juste ne jamais avoir à y retourner. Ne jamais à avoir à affronter de nouveau ces monstres. Dehors, des festivités étaient menées, omettant les âmes qui venaient d'être ravis. Je me rendis compte que j'étais en Italie, sous ce magnifique ciel mi-gris. L'Italie de Juliette et de son Roméo. Je vis alors une foule de « vampires ». Les larges capes de satins, les dents en plastiques, le maquillage d'un blanc un peu trop prononcé. Je ne pus m'empêcher de rire. Cela me paraissait si…ridicule. Si seulement ils se rendaient compte que les soi-disant monstres qu'ils représentaient les côtoyaient tous les jours. Voulant partager cette pensée avec Alice, je vis qu'elle s'était éclipsée.

_Elle est allée chercher une voiture et vos affaires devina Edward.

J'opinai, doucement, tentant de suivre sa cadence.

_Qu'est-ce qui te fait sourire ? S'enquit-il.

_Regarde les. Ils ignorent tant de choses. J'étais comme cela. Et c'est presque…inouïe que je sois passée de l'autre côté. J'ai l'impression de comprendre totalement le monde alors que les autres n'en voient qu'une…Parcelle.

Son regard se fit plus inquisiteur puis un nouveau sourire apparut sur ses lèvres. Plus authentique cette fois. Un sourire plus honnête. J'en ressentis une légère chaleur, là, dans mon cœur, dans ce trou béant. Une chaleur dans un océan de glace.

_Les humains pourraient en voir beaucoup plus, en savoir beaucoup plus s'ils ne tenaient pas tant à la réalité. S'ils n'avaient peur de l'inconnu. S'ils tentaient d'ouvrir leurs esprits.

Il était vrai que les humains pourraient en savoir beaucoup plus s'ils oubliaient leurs préjugés. Mais cela serait beaucoup trop leur demander. Si entre humains, ils s'insupportaient comment entre espèces différentes. Edward poursuivit :

_Certains cependant ont su outrepasser les règles.

Me tournant vers lui, je sus qu'il me visait, avec regret. Et c'était justement là le problème, son problème, si je n'avais pas cherché à pénétrer son monde, peut-être n'aurait-il jamais eu à craindre les Volturi ? Nous ne dîmes plus rien, jusqu'à l'extérieur de l'enceinte. La fatigue se ressentait dans chacun de mes muscles. Mais je feintais pour éviter de l'alarmer, pour éviter qu'il se sente obliger de me toucher.

Une fois dehors, je vis la cité d'un nouvel œil. Une sorte de château médiéval avec la cour, les intriguant, les méchants, les souverains. Et les fugitifs, nous. Une auto noire nous attendait. Edward m'y conduit et s'installa à mes côtés à l'arrière, à ma grande surprise, alors que sa sœur demeurait au volant. La chaleur de l'habitacle me fit l'effet d'un cocon douillet. Mes paupières souhaitaient se refermer. Ne plus être sollicitées.

_Edward, pour Noël, je veux une 911 Turbo jaune.

_Pourquoi serait-ce à moi de te l'offrir ? Sourit son frère.

_Parce que je te sauvais quelle question !

Cette réponse amena Edward à me contempler, j'avais appuyé ma joue sur la vitre mais son reflet m'était parfaitement visible.

_Celle qui m'a réellement sauvé, c'est Bella.

_Ingrat ronchonna Alice.

Je secouai doucement la tête. Il ne devait pas se sentir redevable. C'était de ma faute. J'aurais dû prendre en considération les conséquences de mes actes.

_Merci Bella murmura-t-il.

_C'est Alice qui a tout fait répondis-je, le regard tourné vers le ciel.

_Bella a toujours raison. Je veux donc ma Porshe s'exclama mon amie.

Je ne pus retenir un sourire. Je souhaitais contempler ces paysages. Peut-être étais-ce la dernière fois que je venais en ces lieux ? L'Italie était vraiment magnifique. Je me sentais bercée par tout ce qui m'entourait. L'odeur des deux vampires à mes côtés, les lumières des réverbères, ma respiration. C'était étrange. Alors que j'allais m'assoupir nous arrivâmes à l'aéroport illuminé de Florence. J'en profitai pour faire un brin de toilette et enfilai de nouveaux vêtements. Alice se chargea d'en dégoter pour Edward, se débarrassant ainsi du dernier souvenir matériel de cette escapade. Son manteau. Je ne pus m'endormir durant le vol jusqu'à Rome. Dans celui nous emmenant à Atlanta et bien qu'Edward soit assis près de moi, je ne pus empêcher mes paupières de s'apaiser. De prendre du repos. Dans mon rêve, tout était si vrai que j'en fus effrayée. Nous étions dans cette forêt où mon bien aimé avait cru bon de me quitter. Sauf que nous n'étions pas seuls. Les Cullen affrontaient du regard les Quilleutes et moi je demeurai impuissante entre les deux. Et tous me hurlaient de ne pas rejoindre l'autre camp. Et alors que je me mettais à pleurer, je me vis me déchirer en deux. Une part se rendant avec les Quilleutes, une autre avec les Cullen. Je me réveillai en sursaut, le cœur aux bords des lèvres. C'était si écœurant et pourtant je pressentais cela si vrai. Le retour des Cullen raviverait de vieilles blessures. Jacob ne supporterait pas que je demeure avec les Cullen tout comme ces derniers s'inquiéteraient de me voir parmi les loups. Reposant ma tête sur mon dossier, je vis que mon voisin avait disparut. Se pouvait-il qu'il m'ait abandonné de nouveau ? Le trou déjà bien ouvert de ma poitrine se manifesta de nouveau. Le cherchant de tout côté, je le vis discuter à l'arrière avec sa sœur. J'aurais bien apprécié savoir de quoi ils conversaient mais à cette distance, rien ne me parvenait. Je me contentais donc de jeter un coup d'œil vers l'hublot. L'aube n'était plus loin. Où étions-nous ? C'est alors que la voix du pilote annonça notre descente. Seattle, bourreau de mon cœur. J'étais de retour. Nous étions au-dessus des nuages gris. Et dire qu'à cette hauteur le soleil n'était plus loin. Les habitants de Forks ne le verraient sûrement pas en ce jour. Un rayon de soleil caressa ma peau. C'était si chaud. Une main d'albâtre referma doucement le hublot.

_Excuse moi murmura-t-il.

_Ce n'est rien répondis-je alors qu'il s'installait près de moi.

Mon rêve me revint mémoire. Cette forêt…je la haïssais presque.

_Ai-je parlé durant mon sommeil ? Repris-je, hésitante.

_Oui…à vrai dire, tu semblais être déchirée entre deux camps. Car tu disais ne pas pouvoir choisir. Qu'ils n'avaient pas le droit de te demander cela…

Il se tut me jaugeant un instant. J'affrontai ses prunelles toujours aussi sombres, me demandant à quoi il pouvait bien penser. Sa main se leva, presque tremblante et caressa ma joue, j'eus un léger sursaut qu'il dût parfaitement saisir. Si c'était le cas, il sembla l'omettre.

_T'es-tu vu entre nous et…tes nouveaux amis ?

Sa voix tendue m'informa sa non satisfaction quant à mes nouvelles fréquentations. Des fréquentations tout à fait honorables. Sans Jake, je ne serais plus rien à l'heure qu'il est.

_Oui répondis-je incapable de lui mentir.

_Nous te demanderons jamais cela Bella. Tu es…libre de tes choix. Nous n'avons aucun droit sur toi.

Evidemment vu que nous n'étions plus rien l'un pour l'autre. Vu que nous n'étions que deux étrangers ayant un passé commun. Sa main retomba près de lui alors que je détournais les yeux. Ma joue était en feu tout comme mon cœur grâce à ce contact.

Une fois à l'aéroport, je vis Jasper s'avancer d'un pas rapide vers sa femme et lui prendre la main tout en scrutant ses prunelles. Tant d'émotions s'échappèrent de leur contact que je m'en détournais, un pincement au cœur. Du moins à ce qu'il en restait. Edward m'indiqua d'un geste de la main, où ses parents se trouvaient. Esmé me souriait à l'ombre d'un grand pilier loin des portiques de détections de métaux. Lorsque je fus à ses côtés, elle me serra très fort contre elle. Ses cheveux chatouillèrent mes joues, ramenant de douloureux souvenirs en moi.

_Merci Bella. Merci énormément.

Me relâchant, elle se jeta au cou de son fils. Si elle aurait pu, elle aurait éclaté en sanglots.

_Ne refais plus jamais cela Edward, tu m'entends, plus jamais ! Lui lançant-elle la voix tremblante.

_Excuse moi Maman.

Il lui caressa le dos tendrement, l'adoucissant au passage. Carlisle me tendit sa main, un sourire sur les lèvres.

_Merci Bella, nous te sommes redevables.

_Non pas du tout répliquai-je.

Esmé ne semblait pas vouloir se détacher de son fils. Elle était si attendrissante. Je vis du coin de l'œil Alice et Jasper revenir main dans la main. Heureuse Alice. Heureuse et amoureuse. Je l'enviais à vrai dire. Je tins discrètement mon cœur, ne voulant pas affronter cette vague d'amour. J'y avais échappé tant de fois que ce fut presque aisé. Presque.

_Bella ?

Je me tournai vers Jasper, étonnée qu'il s'adresse à moi. Après tout un incident entre nous avait tout provoqué. Mais je ne lui en voulais pas. C'était ma faute, j'avais été bien trop maladroite. Sa famille se tenait sur le qui-vive. J'aperçus même Edward se rapprochait de moi.

_Je suis sincèrement désolé pour ce qui est arrivé…

_Non Jasper l'interrompis-je. Tu n'y es pour rien. Tu n'as pas à te sentir coupable de ma maladresse. C'était un accident qui aurait pu arriver à n'importe qui. Tu as juste été là au mauvais moment et moi, je me suis blessée au mauvais endroit. Alors n'en parlons plus.

Je refusais de l'entendre se blâmer. Cela remuait trop de mauvais souvenirs. Trop de choses que j'avais pris sept mois à tenter d'oublier. Il dû comprise mon malaise ou sentir mes émotions car il se borna à acquiescer.

_Il serait temps de rentrer nous informa Carlisle, coupant court à cette tension.

Nous le suivîmes alors qu'Alice comptait nos exploits. N'omettant aucun détail. Glorifiant mes banales actions et sous-estimant les siennes. Je dus reprendre ses explications plusieurs fois. Jasper parut s'en amuser. Sous la faible lumière du parking, je vis Emmett et sa sculpturale femme Rosalie, appuyés contre la voiture noire. Si la vue d'Emmett me ravissait, celle de Rosalie m'inquiétait. Je vis même Edward se raidir.

_Aucune scène ne sera tolérait Edward. Elle est déjà assez mal le prévint Esmé.

_Elle a de quoi être mal cracha-t-il.

_Ce n'est pas sa faute murmurai-je. Laisse-lui chance de s'expliquer. S'il te plaît.

Il me jaugea un moment avant de contempler sa sœur, puis acquiesça. J'étais heureuse qu'il m'ait écouté. Je m'installai à l'arrière avec lui, opérant toujours une certaine distance entre nous alors que son frère et sa sœur prenaient place à l'avant.

_Heureux de te revoir Bella.

_Bonjour Emmett.

_Rien de cassé aujourd'hui ?

Je souris en entendant cette phrase. Sa façon de me demander comment j'allais. Puéril mais présent.

_Non malheureusement.

_Zut !

Il partit d'un de ses grands rires qui s'éteignit rapidement lorsque la voix de sa femme s'éleva.

_Edward commença-t-elle

_Je sais coupa-t-il avec une certaine raideur.

_Bella reprit cette dernière.

Lorsque j'entendis son nom, mon cœur battit frénétiquement. Que me voulait-elle ? Elle ne s'adressait jamais à moi.

_Oui ? Dis-je hésitante.

_Je suis vraiment désolée Bella. J'ignorai que… je voulais juste que tout redevienne comme avant. Alors je me suis dit que si Edward savait que tu étais…que tu n'étais plus, il t'oublierait et ainsi notre famille redeviendrait ce qu'elle était. J'ignorai que cela prendrait cette proportion. Je t'en prie, excuse moi.

Je fus si surprise mais plus que tout si heureuse de saisir la perche qu'elle me tendait que je me hâtais d'y répondre.

_Il n'y a rien à pardonner. J'ai sauté, c'est ma faute.

_Cela veut dire qu'elle ne te pardonne pas sourit Emmett.

Je ne répondis même pas, me contentant de lever les yeux au ciel alors que les Cullen riaient à mon désarroi. Emmett, stupide et présent.

Après cela, le silence s'installa. J'étais de retour aux sources. A Forks, avec ceux que j'avais toujours considérés comme ma famille. Même si rien ne nous liait à présent. Et plus nous nous approchions de ma maison, plus une panique s'éprenait de moi. Nous étions sains et saufs certes mais…Charlie dans tout cela ? Qu'allais-je pouvoir lui dire ? Trois jours d'absence avec aucune justification plausible. Lorsqu'Emmett s'arrêta devant mon domicile, je vis le rideau s'abaisser. J'étais vouée à de sacrés ennuis. Un soupir résigné m'échappa lorsque je vis mon père m'attendre sur le porche. Je n'avais pas besoin du don d'Edward pour comprendre que j'étais dans de sales draps.

_Veux-tu que je t'accompagne ? Murmura ce dernier.

_Non.

Il en avait assez fait. Il avait assez joué son rôle. Je lui rendais sa liberté et je signais mon arrêt de mort.

_Bonne chance s'exclama Emmett.

_Merci lançai-je avant de m'extirper de l'habitacle.

Je m'avançai silencieusement jusqu'à mon père. De près, je pus voir à quel point ses traits étaient déformés par la rage. Il était presque violet. J'eus légèrement peur pour sa santé. Après tout, il n'était plus si jeune.

_Bonsoir Papa tentai-je.

_Rentre à la maison Bella. Immédiatement.

_Ecoute, je suis épuisée, parlons-en demain, le veux-tu ?

Il me jaugea un instant, jeta un coup d'œil derrière moi avant d'opiner. Il écarquilla les yeux lorsqu'il vit quelque chose sur mes traits. J'ignorai de quoi il s'agissait, me contentant de me porter jusqu'à ma chambre. J'avais eu ma dose d'émotions fortes. Je ne souhaitais que retomber dans ma léthargie. J'avais assez souffert, je ne souhaitais que me coucher.

_Jacob t'a appelé.

_Je le rappellerais mais pas ce soir.

Ma voix se faisait de plus en plus faible. Arrivée à l'étage, je ne tenais presque plus sur mes jambes. Je refermais la porte de ma chambre avant de m'écrouler sur le lit. Je me blottis contre mes draps en chien de fusil et attendis la salve de douleurs. Elle ne tarda pas à venir, à monter à m'étouffer. Tout recommençait, tout se mettait de nouveau en place. La douleur également. J'étais de retour aux sources et j'allais de nouveau le perdre. Je n'y survivrais pas cette fois cependant. Je le savais. Je le sentais. Nulle ne pourra me sauver cette fois. Ni Jake, ni Alice. Le trou de mon cœur s'exprima cette fois-ci si fortement qu'il m'assomma. J'étais si faible. Je me recroquevillai sur moi-même, attendant que cela passe. Cela n'en fit rien. Cela dura…dura…dura. J'étais parfaitement conscience de ma douleur et je n'arrivais pas à m'évanouir. Des gémissements s'échappèrent de mes lèvres alors que je réprimais de puissants sanglots. L'obscurité de mon intérieur se répercutait à l'extérieur.

Je ne sus combien de temps je demeurais ainsi ni combien de temps cela m'avait prit pour m'endormir. Mais je finis par sombrer, par oublier. Je finis par m'évanouir comme pour unique allié Morphée.