Point de vue d'Edward.

J'étais de retour. Et c'était comme si tout avait changé.

La voir si distante, si indifférente. Qu'elle soit si proche et ne pouvoir l'enlacer…Ne pouvoir l'aborder. C'était une noble torture. Comme un aveugle ayant droit à une aurore boréale sans pouvoir l'apprécier. Elle était mon aurore boréale, ma sublime nuit étoilée. Elle était mon tout et ce n'était qu'en ce sens que je l'avais…quitté, me quittant de ce fait. Ces sept derniers mois avaient été les plus horribles. A chaque seconde de chaque minute qui s'écoulait, je me sentais un peu plus…Mort. Un cadavre dont l'unique source de vie lui avait été arraché amèrement. Et j'étais le seul coupable de mon mal. J'avais juste souhaité la protéger. Lorsque j'avais su qu'elle avait sauté, lorsque j'avais cru qu'elle était partie, rejoindre l'autre rive, j'avais su que ma vie s'arrêtait en cet instant. Que je n'aurais aucune raison de poursuivre. Que mon heure était arrivée.

Mais à présent, la retrouver…m'emplissait d'une joie indescriptible. Cependant incomplète. Elle ne m'aimait plus. J'en avais eu la preuve. A quoi m'étais-je attendu ? A ce qu'elle demeure ici, constante. Elle était parfaite, elle était humaine. Son amour pour moi n'avait jamais eu aucun sens.

Néanmoins, elle m'avait paru heureuse, et pour moi c'était tout ce qui comptait. Elle me semblait différente. Plus forte. Elle n'avait sûrement plus besoin de moi. Sa vie allait se poursuivre. Mais quelle place aurais-je dans cette dernière ? Je refusais de croire n'être plus rien. J'accepterais même le rôle d'ami si elle me le demandait. Tant qu'elle pouvait me permettre de la contempler, de la côtoyer.

Mes doigts caressèrent les touches du clavier de mon meilleur ami. Mon piano. Je n'arrivais plus à jouer de frivoles mélodies. Les seuls sons qui osaient s'exprimer n'étaient que les douloureux accents témoins de mon agonie. De ma souffrance inapaisable. De mon éternelle douleur.

Cesse d'être aussi mélodramatique Edward*Emmett*

_Elle est en vie, tu l'es aussi. N'est-ce pas le plus important ? Poursuivit-il.

J'ignorai ses remarques débiles. Emmett ne comprendrait jamais rien. Il était bien trop heureux, léger. Insouciant. Il omettait le gravissime. Comment pourrait-il saisir l'étendu du débat qui se démenait en moi ? Continuer à être l'ami ou tenter d'être l'amant ?

_Tu souffres. Nous aimerions comprendre pourquoi ? Déclara Jasper.

Pourquoi ? Pourquoi ? Ils osaient me demander pourquoi ? Pourquoi je souffrais comme je n'avais cessé de le faire depuis sept mois ? Etaient-ils si aveugles ? Si septiques quant à l'amour que je lui portais.

_Vous êtes réunis à présent Edward reprit Esmé.

_Non claquai-je.

Ma voix si assurée stria l'air silencieux, claquant tel un fouet sur les paroles amicales mais réfutées.

Ne recommence pas avec tes insanités sur sa sécurité. Elle a prouvé que sans toi, sa vie se voyait écourtée. *Alice*

Certes, je m'étais rendu compte que je ne pouvais partir. Elle se tuerait à la première occasion. Repenser aux motos, aux loups, à Victoria, à cette falaise. Mes doigts se crispèrent tandis qu'un léger feulement franchissait mes lèvres.

_Il est indéniable que je ne peux partir. Elle a besoin d'être protégée.

_Où est le problème dans ce cas ? Questionna Jasper, de plus en plus perdu. Pourquoi sembles-tu si désespéré ?

Me retournant brusquement vers eux, incapable d'en entendre davantage, bouillonnant intérieurement, scrutant leurs mines à la fois inquisitrice, inquiète, furieuse, je m'exclamai.

_Je suis parti dans l'espoir qu'elle soit…humaine…et je découvre que c'est ce qu'elle a fait.

Que veux-tu dire ? *Alice*

Je pinçai l'arête de mon nez, geste habituel dans le but de me calmer. Ils n'y étaient pour rien. J'étais le seul à blâmer. Le seul méritant les reproches. J'émis un soupir. Signe de mon agacement. Il n'avait pas à savoir. Pas à comprendre.

_Rien…Je dois m'assurer qu'elle est en sécurité.

Tu devras lui parler*Alice*

_Pour lui dire quoi ?

Il serait absurde que je lui parle. Je n'avais plus rien à lui dire hormis des banalités, des échanges insipides. Je pouvais certes m'excuser d'avoir agit sur un coup de tête, la forçant à me sauver, à me revoir. Ce qu'elle cherchait peut-être à éviter. Que pouvait-elle penser de moi ? Un être égoïste, stupide, puéril. Un être arrogant, du moins, assez pour penser pouvoir monopoliser l'attention.

_Elle a le droit de savoir l'état de sentiment. Tu es parti en lui faisant croire qu'elle n'était rien à tes yeux, que votre histoire n'avait été que mensonges s'exclama-t-elle en se relevant.

Ses poings serrés, sa mâchoire tendue. Elle m'en voulait. Nous avions déjà eu cette conversation quelques mois plutôt. Lorsqu'elle avait compris ce que j'avais infligé à sa meilleure amie. Dans ce bois, j'avais été si près de réfuter mes propos, de la prendre dans mes bras pour lui faire oublier les mensonges éhontées que j'avais osé proférer. N'empêche elle m'avait cru si vite. Une rupture brutale. Bien qu'elle fût plus brutale pour moi que pour elle.

_Elle est heureuse maintenant. Elle ne doit pas…Elle croira me devoir quelque chose, je refuse de lui infliger une telle culpabilité.

Alice secoua la tête, affligée. Ses pensées recelant d'injures de tout genre. Je vis Jasper se placer derrière, lui caresser les bras. Ce geste agit comme un poignard dans ma poitrine, là où gisait un abyme béant. Un abyme faisant presque parti de ma routine. J'avais toujours cru les vampires invincibles. Ces derniers temps, j'avais dû reconsidérer cette affirmation. Un amour perdu pouvait détruire un vampire.

_Tu es si aveugle… Si stupide parfois… Penses-tu qu'elle ne t'aime plus ? Est-ce ce que tu tentes de nous sous-entendre ? N'as-tu pas vu dans quel état elle est ? N'as-tu pas entendu les propos de Charlie ? Bella a beau tenté de faire bonne figure, elle nous trompe personne…

Les propos de Charlie m'avaient profondément bouleversés, mais ayant vu Bella, je me rendais compte qu'il avait peut-être mal analysé l'état de sa fille, ou du moins, qu'elle s'était ressaisie. Elle me semblait en bonne état. Comprenant mes cogitations, elle gronda.

_Si tu ne l'aimes pas assez pour tenter de la reconquérir, je t'empêcherai de l'approcher tu m'entends, Edward ?

Ce fut à mon tour de gronder, si puissamment qu'elle tressaillit.

_Je t'interdis de douter de l'amour que je lui porte.

Dans ce cas, Prouve le*Alice*

Refusant d'en entendre davantage, je me glissai hors de notre demeure, rapide, vif. Je devais la retrouver, omettre les propos d'Alice. Ce soir, je serais l'ami, le protecteur. L'ange gardien peut-être. Quant à la suite, elle décidera. Je laissai mon libre arbitre entre ses doigts. Je parcourus notre forêt, l'herbe et les feuillages disparaissant sur mon chemin. Les bruits de centaines d'animaux retentirent autour de moi, et pourtant un puma aurait pu passer, que je n'aurais même pas bronché. Elle était tout ce qui comptait. Peut-être devrais-je chasser ? Cela faisait si longtemps que je ne m'étais plus restauré. Non…Je devais d'abord m'assurer qu'elle était en vie. Je longeai la route, le vent s'engouffrant dans mes cheveux. Au bout d'un moment, je fus devant sa demeure. J'humais son odeur, sa présence. Cela me rappelait mes premières escapades nocturnes en ces lieux. Cela me semblait si lointain. Grimpant sur l'arbre, je me remémorai Roméo. Pourquoi l'avais-je tant dénigré ? J'avais également détruit mon propre bonheur. Nous étions sur la même longueur d'onde sur certains points. Nous aimions tout deux une personne, un ange jusqu'à mourir pour elle. Je m'engouffrai par sa fenêtre entrouverte. Et dans l'obscurité, j'eus le soulagement de voir sa silhouette. J'avais presque eu peur qu'elle entreprenne de nouvelles aventures. D'où lui venait ce soudain goût pour le danger ? Sa poisse avait toujours été présente. Mais à présent, elle paraissait la chercher. A pas feutrés, je me dirigeai vers elle. Son odeur m'embaumait totalement et pourtant je ne sentais plus ce feu ardent embraser ma gorge. C'était comme si ce sentiment de perte avait obstrué mes sens. Je ne désirais plus son sang. Je la désirais elle. Elle, uniquement. Elle était prostrée en chien de fusil. Semblant se protéger ? Je m'installai délicatement près d'elle, sentant son corps contre le mien. D'une main malhabile, je caressai sa joue, elle remua. Je devais être si froid.

Je remontai la couverture, nous séparant entièrement et me mit à la contempler. Elle était si belle. Un ami avait-il le droit d'enfreindre l'intimité de son amie ? Avait-il le droit de caresser cette dernière ? De souhaiter sa présence constamment à ses côtés ? Tiendrais-je longtemps dans ce rôle de l'ex-petit ami follement amoureux ? Je refusais même d'y penser. Je posai avec précaution, mon front sur son épaule. L'amour était une torture, Bella en était le geôlier et moi la victime condamnée. Pour une fois que j'étais la victime de Bella, sa proie. Je souris à cette pensée.

Elle remua de nouveau, se libérant de sa position, me forçant à me redresser. Son visage se blottit si près de mon torse, j'en eus des frissons. Sa chaleur…Je n'aurais jamais cru pouvoir un jour connaître l'été, et cela avait été le cas, sous ses caresses. Elle me semblait si fragile, cassable. Un mouvement brusque de ma personne et elle disparaîtrait. Ce que je me refusais…Je me saisis de sa paume et y déposai un baiser. Humant son bouquet. Le meilleur vin que j'eusse sentit. Me sentait-elle ? Saurait-elle combien je l'aimais ? Accepterait-elle ma dévotion ? Non. Je devais demeurer l'ami.

_Edward…

Je tressaillis, mon nom sur ses lèvres. Sa voix endormie. Cela m'avait tant manqué. Je levai un tendre regard vers elle et vis son visage torturé. Qu'avait-elle ? Quel songe la tourmentait ?

_Va-t-en…Edward…Va-t-en…

Me figeant, je sentis mes membres devenir gourds. Mon cœur cessa sa course, ma respiration se coupa. Elle ne voulait plus de moi. Je n'étais plus rien pour elle. Je n'aurais jamais dû venir, l'importuner. Pourquoi ne m'avait-elle pas laissé périr ? Pourquoi me forçait-elle à la contempler sans pouvoir l'aimer ?

_Danger…

J'étais un danger. Elle en avait enfin pris conscience. Je ne pouvais lui reprocher cela. J'étais bien trop dangereux pour elle. M'écartant de mon ange, je me glissai hors de ma source intarissable de bonheur. Jetant un dernier regard à sa silhouette endormie, appréciant encore une fois ses traits, je me retirai dans l'obscurité intérieure.

Nous nous reverrions dans quelques heures. Alors qu'elle suivra sa vie heureuse, je demeurerai à ses côtés sans l'importuner. Au nom de l'amour que je lui portais, je refusais de lui voler son humanité. Elle refusait mon amour, je lui offrirai mon amitié. Elle provoquait ma douleur, je la lui dissimulerai. Pour la première fois depuis des mois, un lourd sanglot franchit mes lèvres. Je m'assis sur la branche d'un arbre des plus proches et de mes bras, serrai ma poitrine. L'abyme béant de mon cœur ne m'avait jamais paru aussi grand. Aussi puissant.