« _Va-t-en Edward, Va-t-en…Ne tente pas de me sauver de ce danger, pas cette fois.

Je vis alors sa silhouette s'écrouler sur le sol et s'enflammer »

Je me réveillai en sursaut, mes joues humectées. Scrutant le décor de ma chambre, je compris que ce n'était qu'un cauchemar. Un horrible cauchemar. J'enfouis mon visage dans mon oreiller et étouffai un sanglot. Cela faisait si mal ! J'avais faillit le perdre réellement. Durant ces mois, la seule pensée qu'il soit en vie me permettait de demeurer vivante, s'il n'était plus, rien ne me retiendrait. Jetant un coup d'œil à mon réveil, je vis qu'il était sept heures. J'allais devoir me rendre en cours, reprendre cette banale existence. Etait-il toujours à Forks ? Avais-je rêvé cela également ? Et si tout n'avait été qu'un rêve ? Si Volterra n'avait été qu'une sublimation de mon esprit ? Quel jour serait-il ? Comment allait Jake ? Charlie ? Angela ? Je me redressai, plus alerte. Je n'avais aucune preuve de leur retour. Il n'était pas à mes côtés lors de mon émergence du monde des songes, comme il le faisait auparavant. Et si j'avais forcé mes hallucinations à de tels extrêmes. Mon cœur se délita de nouveau. J'étais persuadée que si j'effectuais une radio de mon cœur, on y verrait qu'un organe défraîchi en lambeaux. Il n'existait quasiment plus. A chaque souvenir d'Edward, il perdait une cellule.

Me secouant mentalement la tête, je me levai, chancelante. Et si au contraire, tout était réel ? Cela voulait-il dire qu'ils seront au lycée, comme avant ? Comment étais-je censée réagir face à Edward ? Je pouvais déjà exclure, l'amour. Maintenant qu'il savait que j'étais en vie, je n'étais plus rien pour lui. Il n'avait plus à se sentir coupable de quoique ce soit. J'eus le souffle coupé. Etais-je obligée de le considérer comme…un ami ? J'en étais incapable, j'étais bien trop faible pour cela. Je ne saurais pas…Je ne pourrais pas.

Prenant ma trousse de toilette et quelques vêtements, je me dirigeai vers la salle de bain. Le reflet que me renvoyait le miroir, m'intrigua. Etais-ce moi ? Etais-je devenue aussi fade ? Presque aussi pâle que lui. Mes yeux cernés de noires comme les siens une fois assoiffés. Aucune rougeur n'égayait mes traits. Mes cheveux tombaient raides, sans aucune vivacité. Son amour pour moi n'avait jamais eu aucun sens. La preuve en était dans ce reflet Rien chez moi ne devait l'attirer, l'envouter. J'étais une banale humaine amoureuse d'un splendide vampire. Il m'avait permis de goûter aux délices de l'éternel un bref instant. Je n'avais pas le droit de lui en demander plus. M'engouffrant sous la douche, j'appréciais le contact chaud de l'eau sur ma peau. Mon épiderme me paraissait si froid. Ainsi, dans cet état, je pouvais presque me croire vampire. Mon cœur ragea, je n'avais pas le droit de penser à cela. Pas le droit de repenser à cet avenir que j'avais cru possible, il y a fort longtemps. Cet avenir à présent caduque. Aucune larme ne se déversa comme si consciemment, je savais qu'elles ne serviraient à rien. Cela ne le ferait pas m'aimer plus. Une fois prête et légèrement normale, je descendis dans la cuisine. Charlie était-il réveillé ? Allais-je devoir expliquer mon absence ? Dans ce cas, que pouvais-je lui dire ? Je n'avais aucune excuse à portée de main ?

Il était installé à table, une tasse de café à la main, le journal plié devant soi. Il ne lisait pas les nouvelles, fait rare. Il semblait juste perdu dans les remous de sa tasse. Il m'attendait j'en avais conscience. J'allais devoir le rassurer. Le convaincre que j'allais bien, qu'il n'avait rien à craindre d'Edward. Qu'aucune relation ne serait envisagée. Je me servis un bol de mes céréales, bien que je n'eusse jamais eu aussi peu faim de ma vie, et pris place face à lui. Il leva un regard déterminé, prudent, consciencieux, scrutateur vers moi.

_Bonjour Papa murmurai-je.

_Bien dormi Bells ?

J'avais parfaitement conscience du sous-entendu. Il escortait de me faire comprendre quelque chose du genre « Maintenant que tu es éveillée, j'attends les raisons de ton absence ». Je pris une large inspiration et jouai durant un moment avec les pétales de céréales de mon bol. Si seulement, je pouvais avoir le don d'Edward, juste en cet instant.

_Oui et toi ?

_J'ai beaucoup pensé à toi et à ton absence.

Son approche fut directe cette fois. Relevant les yeux, je vis cependant qu'il n'était pas furieux, inquiet c'est tout. Comme d'ordinaire lorsqu'il s'agissait de moi. C'était la deuxième que je m'enfuyais sans raison. Il allait penser que j'avais de sérieux problèmes psychiques. Ce qui pouvait être le cas dans la mesure où je côtoyais des vampires, des lycanthropes. Et qu'en me rendant compte que les évènements d'hier étaient réels, je ressentais pour la deuxième fois la perte d'Edward. Il attendait des explications, j'allais lui en trouver. Pour le rassurer, le convaincre que rien n'avait changé. Que j'étais toujours morte et lui en vie.

_Tu dois te demander les raisons de mon départ. Disons qu'il y a eu un malentendu parmi les Cullen, malentendu dont j'étais responsable. Edward, par ce malentendu, a eu des ennuis, que j'étais la seule à pouvoir arranger. C'est pourquoi Alice…m'a permit d'aller à L.A et de l'aider.

Je me rendais compte de la mélasse de mes propos et scrutai les traits de Charlie dans l'espoir qu'il me crut. Il arqua un sourcil comme surpris, septique, attendant autre chose. Je n'avais jamais su mentir et espérais y arriver cette fois. Voyant que je ne bronchai toujours pas, il consentit à s'exprimer.

_Bien…Je suppose que c'est plus complexe que cela mais une question me taraude ? Pourquoi l'avoir aidé ? Tu ne lui dois rien que je sache, pas après qu'il t'ait abandonné en Septembre dernier.

Ma poitrine frémit. Ce souvenir me hantait encore, inutile d'y remuer la cuillère. La plaie était assez béante, le couteau ne saurait faire plus de dégâts. Je me tins discrètement la poitrine dans l'espoir de faire taire ses hurlements silencieux. Sans succès. Charlie venait d'éveiller l'abyme de mon cœur. Je devais cependant lui répondre.

_Certes. Il est partit mais…Cela ne veut pas dire que nous nous ne demeurons pas…amis.

Ce mot m'écorcha la lèvre, la gorge, les trippes. Il m'arracha les cordes vocales et je crus entendre un bourdonnement. Amis ? Que j'étais sotte, comment pourrais-je être son amie, après avoir goûté à ses étreintes, à ses baisers ? C'était tout bonnement stupide et mon cœur en avait conscience. D'où ses protestations.

_Amis ? S'enquit Charlie, effaré. Ils comptent restés ici n'est-il ?

_Je pense murmurai-je.

_Amis ? Avec Edward ?

J'opinai faiblement. Bien sûr, je n'en savais encore trop rien. Nous ne nous étions vu qu'une fois et nous n'avions pas parlé de cela. Mais s'il ne souhaitait pas cela, et bien, je m'éloignerai de lui. Si cela pouvait le rendre plus heureux, je ne lui adresserai même plus la parole. Ce serait comme si je n'avais jamais exister. Ces mots me rappelèrent ses mots. Mon cœur s'en rappela parfaitement. Je perdis une dizaine de cellules d'un coup. Aurais-je au moins le droit de côtoyer sa famille ? Esmé ? Alice ? Carlisle ? Emmett ? Jasper ? Pourquoi pas Rosalie ?

Voyant qu'il ne me quittait toujours pas des yeux, je fis mine d'être en retard et rinçai mon bol que j'avais à peine touché. Je pris mon sac à dos, mon coupe vent, mes clefs et sortis promptement alors que mon cœur explosait. Amis.

Je ne pus m'empêcher de darder les alentours dans l'espoir de voir sa Volvo. Ce serait trop demander. Il ne viendrait pas. Rien ne nous liait à présent. Peut-être l'amitié ?

Je grimpai dans ma Chevrolet et démarrai. Elle crachota légèrement. J'eus soudainement une pensée pour Jacob. Je devais l'avertir de mon retour, je devais m'enquérir de ses nouvelles. Peut-être pourrions-nous faire de la moto ? Ainsi j'entendrais de nouveau son ténor qui s'inquiéterait. Me revint en mémoire son ténor agacé de mes sottises. Son ténor me morigénant. Mon cœur se tut un instant. Je bifurquai dans l'allée, puis m'engagea dans la route, déserte à cette heure. Il était un peu trop tôt pour me rendre en cours, mais j'espérai échapper à Charlie. Je refusais qu'il comprenne que j'étais retombée dans ma léthargie. Que je demeurai morte. Que devais-je lui dire ? « Salut Edward » Banal… « Bonjour Edward »…Plus formelle. Après tout, j'allais devoir m'y habituer. Le formel serait mon quotidien. Alice serait-elle là ? Je l'espérais de tout cœur. Arrivée sur le parking, je vis qu'il était désert hormis une voiture. La Volvo. Je sentis mon cœur s'accélérer, mon souffle se couper. Se pouvait-il qu'il soit ici ? Là ? Dans cette voiture ? Comme avant ? Amis Bella. Amis rien de plus, tout de moins. Je les vis descendre. Deux êtres parfaits dans un lycée aussi banal. Alice sautillant gaiement, me faisant de grands signes de la main et Edward, impassible, adossé à sa voiture. Je me garai, tentant de contenir mes tremblements et priant ce maudit trou de cesser de s'agrandir. Il désobéit. Je descendis doucement de mon antique Chevrolet, prudemment, refusant de tomber et de le voir obliger de me sauver. Il fallait que je sois forte. Il ne serait plus là pour me rattraper. Je les rejoignis tentant un sourire. Alice sauta dans mes bras, me serrant fortement contre elle. Je souris, humant son odeur. Délicate, fruitée, comme son propriétaire.

_Je suis ravie d'être de retour. C'est formidable de te revoir.

_C'est réciproque murmurai-je.

Elle s'écarta et un malaise s'éprit de moi lorsque je vis Edward s'approcher. Une poignée de main, juste un signe, une étreinte ? Mauvaise idée. Aucune étreinte. Je détournai les yeux un instant, avant d'entendre son douloureux ténor, si vrai que je maudissais mes hallucinations de l'avoir injurié. Chaque décibel vibra en moi comme si j'avais moi-même émis ces notes.

_Bonjour Bella.

Ses intonations, originaires d'un siècle bien différent, siècle où la courtoisie était de mise. L'élégance de ses propos digne des romans que je savourais avec tant d'assiduité, me berça un court instant avant que je ne ressaisisse. Amis Bella. Amis. Je relevai les yeux vers lui, étouffant un gémissement. Ses magnifiques yeux ocre me scrutaient, j'aurais presque cru reconnaître la lueur qui s'y balançait autrefois.

_Bonjour Edward.

Un simple bonjour ? Après tout ce que nous avions partagé, se réduire à un simple bonjour, un simple hochement de tête. Me rendant compte que je n'avais cessé de le contempler, je détournai le menton. Quelques élèves venaient d'arriver durant cette brève conversation. Ils avaient quasiment tous la même réaction à l'égard des nouveaux arrivants. Surprise. A n'en point douter, ce retour provoquerait les commentaires de la journée.

_Bella, as-tu choisit une université à ce propos ?

La voix d'Alice me ramena près d'elle. Près d'eux. C'était si étrange de réentendre sa voix cristalline. Sa voix chantante. Université ? Pas du tout. Disons que je n'y avais jamais pensé. J'avais toujours cru pouvoir convaincre Edward de me transformer en ce qu'il était. A présent, c'était différent. Certes les Volturis avaient arraché cette promesse à Alice, mais à quoi cela servirait de devenir comme eux, si mon unique raison d'être vampire n'était pas à mon côté. Je ne supporterais pas de vivre une éternité en étant l'amie d'Edward. Uniquement son amie. J'en souffrirais même étant vampire. Voyant qu'elle attendait toujours une réponse, je décidai de lui répondre brièvement. Inutile de lui dévoiler mes états d'âme.

_Non, je n'y ai pas pensé à dire vrai.

Elle leva les yeux au ciel, comme aberrée de mon manque d'organisation, de sens des priorités. Je retins un sourire. L'agacer m'avait tant manqué.

_Nous allons y remédier. Tu passeras ce soir à la maison, on remplira quelques formulaires.

Chez eux ? Ce lieu que j'avais cru mien également. Je glissai un regard vers Edward, il demeurait impassible. Cela le dérangerait-il de devoir me supporter quelques heures supplémentaires ? Maudissait-il Alice ? Sûrement. Pour ne pas contrarier cette dernière, j'opinai. Qui plus est, j'adorerai revoir sa famille.

_Une dernière chose Bella, ton avenir a disparut ce matin.

Oh ! Elle avait compris mes projets en cette après-midi. Ses traits tirés, tendus. Je ne risquai rien avec Jake, mais je savais que l'incapacité de me voir, l'inquiétait au plus haut point.

_J'escortai voire Jacob.

_Bella…Des loups-garous murmura-t-elle.

Je frémis. Il ne s'agissait pas de monstres répugnants. Il s'agissait de mon ami. Mon meilleur ami, celui sans lequel je n'aurais jamais survécu. Et leur retour n'y changerait rien.

_Alice, Jake ne me ferait jamais de mal.

_Cela ne te semble-t-il pas légèrement suicidaire ? Répliqua Edward.

Je me tournai vers lui. N'étais-ce pas lui qui m'avait juré ne jamais avoir à choisir ? Avait-il encore une fois manqué à sa parole ?

_Non, comme cela ne me semble pas suicidaire de fréquenter des vampires.

Il tressaillit. Qu'importe ce qu'il pensait à l'instant, il ne me ferait pas changer d'avis, j'étais en danger dans les deux cas, et par amour, pour les deux camps, je ne me retirerai pas. Je vis Angela, venant vers nous. Elle tentait de masquer son étonnement à les trouver ici et son malaise à devoir se rapprocher d'eux. L'instinct de préservation humain forçait les lycéens à ne pas côtoyer les Cullen. Il se trouvait que chez moi, cet instinct était défaillant. Une fois à notre hauteur, elle me lança un sourire. Pensait-elle que tout s'était arrangé ? Que rien n'avait changé ? Elle perçut mon état et comprit. Depuis quand me comprenait-elle ainsi ? Avais-je aussi piète allure ?

_Bonjour reprit-elle à l'intention des Cullen.

Alice lui offrit un large sourire et je vis Angela cligner plusieurs fois des paupières. Incorrigible Alice. Edward se contenta d'un hochement de tête. Le début des cours fut annoncé, nous forçant à rejoindre la réalité. Nous ne partagions pas les mêmes cours et je pus voir du soulagement sur les traits d'Edward. Si euphorique à l'idée de me quitter ?

Je calmai discrètement mon cœur, suivant Angela. Elle ne dit rien mais je savais qu'elle n'en pensait pas moins. Pouvais-je même me désigner comme amie ? Pouvais-je même l'espérer ?