Point de vue d'Edward:
Elle avait hissé le danger que je représentais au rang de celui des clébards. De ceux qui d'un mouvement pouvait la détruire. Il me semblait le mériter, il me semblait même y percevoir un semblant de raison. Mais venant d'elle…Jamais je ne m'y serais attendu. Elle avait toujours tant dénigré ce que j'étais, qu'elle m'avait rendu humain. Qu'elle m'avait presque convaincu de mon humanité. Côtoyer des clébards ? Qu'est-ce qui lui prenait ? Souhaitait-elle mourir ou cherchait-elle juste à me torturer ? A me blesser comme je l'avais blessé sans savoir que j'avais souffert sinon plus que sa personne ?
Edward Cullen, de retour. S'est-il remis avec Bella ? *Tyler*
C'était la principale question à laquelle me confrontaient leurs insipides pensées depuis mon retour. Non, nous n'étions plus ensemble...Je n'étais plus rien.
Je ne la vois toujours pas Edward. Elle paraît vraiment décidée à s'y rendre. Que vas-tu faire ? Comment penses-tu l'en empêcher ?*Alice*
Je serrais les poings. Je ne pouvais pas la laisser sans défense parmi cette instable bande de loups. Elle n'y survivra pas. Une image furtive me vint à l'esprit. Mon ange gisant dans un bain de sang. Non ! Elle n'irait pas. Je trouverais un moyen. Elle me haïra sûrement. Mais n'étais-ce pas déjà les sentiments qu'elle portait à mon égard ? Peu importait ce qu'elle penserait de moi, tant qu'elle demeurait en vie. Loin de ses clébards.
Jetant un œil à l'horloge je soupirai, le temps s'enlisait, me refusant sa présence. Elle devait être avec Angela, la seule amie ayant demeuré à mon absence. J'avais dû prendre mon mal en patience lorsque les pensées de Jessica m'étaient parvenues. Elle n'était qu'une humaine, jalouse de mon ange. Mon Ange ? Avais-je encore le droit de la nommer ainsi ? Non. J'en avais conscience. Je la retrouverai au déjeuner. Elle baisserait son splendide regard, se dérobant à ma vue. Elle niera ma présence comme ce matin. La voir, détourner les yeux, chose qu'elle n'avait jamais faite en ma présence, élever la voix, elle avait tant changé. Le pire c'était que cette nouvelle Bella me rendait encore plus fou d'elle. Nous désirons toujours ce que nous avons. Moi j'avais eu ce que j'avais le plus désiré avant de le délaisser. A présent, ce désir de l'avoir à mes côtés, surpassait tout le reste. Et je savais ne jamais pouvoir l'avoir. Nous avions un cours de biologie en commun. Un cours où je sentirais sa chaleur, si proche de moi. Un cours où j'humerai discrètement son odeur. Un cours où je m'enivrerai de sa splendeur.
oOo
Lorsque je pénétrai dans le réfectoire à la suite de ma sœur, je ressentais une boule dans le ventre. Rare les fois où un vampire pouvait être…stressé. Mais je l'étais parce qu'elle était à quelques centimètres de moi, et j'ignorai toujours comment agir. A sa vue, je déglutis. Elle était si belle. Angela semblait lui raconter le dernier film qu'elle avait eu l'occasion de visionner. Mais ma Bella était ailleurs, dans son monde où je n'avais nul accès. Rêvant de choses dont j'étais privé. Désirant certaines choses que je ne pouvais déceler. Comme ayant sentit mon regard, elle releva les yeux dans notre direction. Et un fugitif instant, ses prunelles, perles d'Orient, rencontrèrent les miennes, banales topazes. Comme je l'avais prévu, elle baissa les yeux, omettant ma présence. Ma douleur. Alice m'entraîna, insouciante de ce malaise qui m'étreignait, m'installant à leur table face à elle. Ses longs cheveux bruns formèrent un rideau sur ses traits. Elle se dérobait à ma vue. De nouveau, l'abyme de mon cœur se manifesta, je le caressai discrètement.
Il a l'air si mal *Angela*
Je tentais de recouvrer cette impassibilité qui m'était propre. Elle ne devait pas savoir. Je refusais qu'elle me revienne par culpabilité. Je souhaitais qu'elle soit heureuse même si je n'étais sien, paradoxalement, je souhaitais qu'être sien la rende heureuse. Si je ne m'en étais jamais allé, m'aimerait-elle encore ?
_As-tu faim Edward ? S'enquit ma sœur.
Non. Je n'avais plus envie de rien. Je souhaitais juste qu'elle me regarde, qu'elle me contemple avec adoration comme avant. Je souhaitais qu'elle me murmure qu'elle m'aime, qu'elle m'avait attendu. Je souhaitais juste la prendre dans mes bras, étais-ce trop demander ?
_Non. Merci Alice.
Ma sœur disparut. Sûrement en train de jouer son rôle de la parfaite petite humaine qui se nourrissait trois fois par jour. Un rôle que j'étais las de jouer. Surtout lorsque je me sentais de moins en moins humain plus cadavre, depuis qu'elle m'avait rayé de sa vie. Cette heure de déjeuner fut l'une des plus horribles de ma vie. Alice et Angela discutaient gaiement, tentant de nous intégrer à la conversation. Mais rien n'y faisait. Je ne pouvais détacher mon regard de sa silhouette alors qu'elle mâchonnait sans entrain la même part de pizza. Cela n'était pas sans me rappeler un fameux souvenir. Elle et moi, dans ce même réfectoire, mangeant la même pizza. J'avais eu si peur à l'époque que mon venin ne la contamine. Rien ne s'était fait.
Elle ne recroisa plus mon regard, souriant à quelques répliques de ma sœur, sans plus.
Plus les secondes filaient, plus j'étais désemparée à l'idée de l'heure qui allait suivre. Angela et Alice ne seraient pas présentes. Nous serions que tous les deux. Comment se dérobera-t-elle cette fois ? Et si elle me demandait à changer de partenaire ? Ce serait légitime après tout. J'aurais tant voulu nous éviter tout cela.
La sonnerie retentit et je la vis parfaitement tressaillir. Si elle ne souhaitait pas ma présence, qu'elle le dise et je disparaîtrai. La voyant agir ainsi, j'avais l'horrible impression de l'encombrer comme un futile objet. Comme Newton le faisait à une époque. Je refusais d'être relégué au rang de Newton. Nos amies s'éclipsèrent, espérant nous donner une chance.
Saisie ta chance *Alice*
Bonne Chance Bella*Angela*
Lui souhaitait-elle bonne chance en vue de me supporter ? Elle se leva, dans l'intention de se débarrasser de son plateau mais je fus plus prompt. Connaissant sa maladresse, je m'en saisis et le portai à l'espace prévu à cet effet. Nous franchîmes le seuil du réfectoire au même instant.
_Merci murmura-t-elle.
Je ne cillai point, ne voulant pas la forcer à engager une conversation. Alors que nous nous dirigions vers notre cours commun, des milliers de questions me taraudèrent. Pouvais-je lui attraper la main ? A quoi pouvait-elle bien penser ? La dérangeai-je ? Espérait-elle me voir disparaître ? De quoi allions-nous parler ? Pourquoi semblait-elle si gênée ?
Et pourtant, je n'osais m'exprimer. Elle paraissait si mal à l'aise. Jamais elle n'avait été ainsi face à moi. Autant distante. Cela me lacérait furieusement.
Le cours du jour portait sur les pigments photosynthétiques. Un sujet des plus lassants. J'aurais presque préféré un film, pour avoir l'occasion de la contempler. Elle prenait le cours, imperturbable. Sérieuse. Jamais l'école n'avait eu tant d'importance à ses yeux. Et aux dernières nouvelles, ses notes s'étaient grandement améliorées. Il aura fallu que je m'en aille…Il n'aura fallu que cela…Aucun regard ne m'était destiné. Aucun geste ne la trahissait. Elle était plus statufiée que moi.
La dernière demi-heure, Mr Banner nous donna à analyse des chlorelles à l'aide du microscope. Elle et comme moi émîmes un soupir. Trop de répétitions. Trop de douleur. Je plaçai la lame sur le plateau et le lui désignai. Elle s'exécuta avant de prendre quelques notes. Je l'imitai. Lorsque la rumeur des conversations s'amplifia autour de moi, je décidai de me tourner vers elle. Tentant une approche, quelque chose. Elle semblait ailleurs de nouveau. Depuis quand était-elle dans une bulle si opaque ?
_A quoi penses-tu ?
Cette réplique que je lui avais tant lancée me parut presque indiscrète. Elle tourna son menton vers moi, m'accordant un minimum d'attention, je sentis une chamade de mon myocarde jusque là inconnu. Ses yeux étaient étonnés. Elle ne s'attendait sûrement pas à ce genre de question, je me serais cogné la tête conte la paillasse si je n'avais eu peur de la détruire.
_Je…Je devais appeler Jacob et…J'ai oublié. Il doit être en train de se ronger les sangs.
Elle eut un sourire. Je bouillonnai. Il avait droit à ses sourires. A ses attentions. Il avait droit à une considération. Et moi ? Il n'avait pas le droit. Il n'avait pas le droit de la mettre en danger, de… Me remplacer dans son cœur. L'aimait-elle ? Elle ne devait pas. Il était trop dangereux. J'étais si hypocrite. Qu'étais-je moi alors ? A trouver des excuses dans l'espoir qu'elle ne fréquente aucun autre homme. Je n'avais pas le droit d'être jaloux. Elle ne m'appartenait plus. Elle se devait d'être heureuse. Cependant, je ne pouvais pas la laisser avec ce clébard.
_Bella, c'est dangereux.
_Pour la dernière fois, Jacob ne me fera aucun mal murmura-t-elle.
Je serrai les poings. Ne pas s'énerver ! Ne pas perdre le contrôle ! Pas ici ! Pas devant tant d'innocents. Pas devant elle ! Je fermai les yeux, pinçant l'arête de mon nez.
_Il est instable Bella.
_Il va bien.
Elle me défia du regard. Durant un instant, j'oubliais l'objet de notre désaccord. Elle me regardait avec ses splendides yeux bruns. Elle me contemplait si exquise. Ce n'était plus son sang que je voulais. C'était elle uniquement. J'aurais pu donner tout ce que je possédais pour elle. Uniquement Elle.
_Edward…Tu m'avais promis que je n'aurais pas à choisir.
Elle n'aurait jamais à choisir entre eux et nous. Mais il était dangereux. Je ne pouvais pas la laisser seule. Sans surveillance. Aussi loin de moi qui plus est. Sa mine suppliante me brisa le cœur. Cela faisait si longtemps.
_Le problème n'est pas là Bella. Tu ignores de quoi ils sont capables.
_Tu oublies une chose fondamentale. Jake est mon ami. Il était durant ces sept derniers mois, la personne qui m'a permit de me retrouver. Tu ne comprendras sûrement pas mais crois moi, Jake a toujours su me relever lorsque je trébuchais, et ce ne fut jamais lui qui me faisait trébucher.
Devais-je comprendre un reproche sous-jacent ? Il était là, je le concevais lorsque je l'avais abandonné. Croyait-elle sincèrement que j'avais eu du plaisir à me retirer de sa vie ? N'avait-elle rien compris ? Il était trop tard, je le voyais dans ses yeux. Je le voyais quand elle mentionnait ce jeune Indien. J'ignorai si elle aimait mais il importait dans sa vie, contrairement à moi. S'il était ce qu'elle voulait, je n'avais pas le droit de m'immiscer. De faire obstacle à…à…Ses sentiments. Je déglutis alors que tout mon être hurlait. Comment vivrais-je sans elle ? J'opinai alors, conscient que je n'étais plus l'élu de son cœur. Elle me sourit. Et à cet instant, je souffris encore plus. Parce que ce sourire était comme un soulagement. Le soulagement de ne pas avoir à choisir entre son amitié et son cœur. Son cœur appartenant à un autre, son amitié m'étant destiné.
_Merci Edward…Ne culpabilise pas. Je serais le tenir.
Culpabiliser ? Pensait-elle uniquement que je culpabilisais alors que le Vésuve n'avait jamais eu autant d'explosions en son sein. J'étais réellement mort à dater de ce jour. Ce jour où j'avais su que mon unique raison de survivre devenait celle d'un autre. Un autre qui n'était plus moi.
