Point de vue de Bella :

J'aurais peut-être dû le prévenir de mon arrivée. Après tout, nous nous étions quittés brusquement. Et j'ignorai encore sa pensée quant au retour des Cullen. M'en voudrait-il d'être partie ainsi, allant chercher la mort pour le sauver ? Qu'aurait-il fait à ma place ? Il savait combien je l'avais aimé. Combien je ne cessais de l'aimer malgré tout. J'aperçus la maison de mon meilleur ami. Cette maison où j'avais passé tant d'heures en sa compagnie. Un rideau s'était abaissé. Etais-ce mon ami ? Je descendis de ma Chevrolet et me dirigeai vers la maison en rondins. Je me figeai lorsque je vis mon meilleur ami en sortir les traits serrés. Son regard ne m'avait jamais paru aussi dur. Aussi froid hormis la fois où il avait eu peur que je ne le délaisse en découvrant ce qu'il était. Il s'arrêta face à moi, me scrutant avec intérêt.

_Je suis désolée de ne pas t'avoir appelé en revenant hier soir mais j'étais épuisée.

_C'est ce que Charlie m'a dit.

J'opinai alors qu'il croisait ses bras sur son torse. Il inspectait chaque centimètre de ma peau découverte, cherchant sûrement une quelconque trace de morsure, de blessure. Je fus touchée de son attention. Au moins, il ne me haïssait pas.

_Je vais bien Jake.

_Pourquoi es-tu allé le sauver ? Tu ne lui devais rien. Qu'il périsse !

Je frémis. Edward, périr ? Si Edward n'existait plus, je n'avais aucune raison d'être. J'étais prête à souffrir s'il était en vie et heureux. Jacob perçut ma réaction et se détendit. Pouvait-il tenter de me comprendre ? Pouvait-il essayer de saisir les raisons pour lesquelles j'avais agis ainsi ?

_Jake, imagine toi aimer une personne démesurément, imagine toi devoir supporter son décès…

_Il devrait être mort pour toi après tout ce temps…

_Il ne l'est pas tranchai-je, ma voix claquant tel un fouet.

Mon ami sut qu'il s'était aventuré dans un terrain houleux et émit un soupir avant de me prendre dans ses bras, m'étreignant violemment. Je l'aurais repoussé si je n'avais eu tant besoin de sa chaleur à cet instant. L'abyme béant de mon cœur avait besoin de cesser d'hurler et seul Jake pouvait l'en empêcher.

_J'ai eu si peur pour toi. Si peur en te voyant partir seule avec cette buveuse de sang…

_Jake m'insurgeai-je.

Il rit à croire que ma colère ne l'inquiétait nulle autre mesure. Il savait que je détestais lorsqu'il les nommait ainsi. D'un autre côté, sa nature le forçait à agir ainsi. Son rire s'éteignit lorsqu'il défit notre étreinte, me contemplant de nouveau.

_Comment vas-tu ?

Je savais parfaitement de quoi il parlait. Il ne faisait ni référence à mon enveloppe charnelle, ni à une quelconque allusion physique. Il faisait référence à cette chose qui faisait battre démesurément mon cœur, et détruisait ma poitrine. Il faisait référence à cette douleur que j'avais prise involontairement pour ami. Je n'eus pas à répondre à cela. Jacob me connaissait assez pour y répondre à ma place. Il posa son bras chaud sur mon épaule me guidant jusqu'à son garage.

_Je sais ce qui te ferait le plus grand bien, une virée rien que toi et moi.

Je souris avant d'opiner fermement. Entendre sa voix s'inquiéter pour moi, me paraissait la meilleure option pour le moment. J'étais persona no grata dans sa vie alors qu'il serait ad vitam æternam dans la mienne. Je retrouvai ma moto. Aussi flamboyante qu'auparavant. J'avais hâte de réessayer. De retenter cette expérience. De ressentir l'adrénaline, le vent fouettant mes cheveux, sa voix me morigénant. Je voulais retrouver ce bonheur éphémère. Nulle n'avait le droit de me le retirer. C'était mon unique appel à sa mémoire. Si Edward me refusait l'accès à sa vie, qu'il me laisse l'accès à sa voix. A cette impression que je comptais pour lui, même si au fond de moi, je savais que cela n'était que balivernes. Jacob les sortit toutes deux et les installa sur le plateau de ma Chevrolet.

_Nous allons nous rendre au même coin que la dernière fois. Cependant, je te demanderai une chose, ne saute pas des falaises.

Je le fusillai du regard alors qu'il s'égosillait. L'humour de Jake avait l'immense particularité de n'être drôle que pour lui. Il prit les clés de ma poche, me forçant à m'installer côté passager. Foutue gènes lupins ! Nous sortîmes du village par le sud. Retrouver le chemin de terre sinuant à travers la forêt mélangea quelque chose en moi. C'était comme si j'attendais mon tour à un jeu à la fête foraine. L'impression d'être impatiente et effrayée. J'adorais cette sensation aussi paradoxale soit-elle. Après tout la vie était faite de paradoxes. A travers le rideau des arbres, j'apercevais l'Océan Pacifique, gris foncé sous la couverture nuageuse. Nous étions sur les falaises, au dessus du rivage. Jacob conduisait bien trop rapidement pour ma pauvre Chevrolet, tout en se lamentant de sa faible capacité.

_Il faudrait que je bidule…commença-t-il.

_Fous la paix à ma voiture.

Il retint un rire mais se tut cependant. Lorsque la saillie rocheuse fut visible, je frissonnais. Elle paraissait terrifiante d'ici. Comment avais-je eu le courage de sauter ? L'amour pouvait nous faire faire des folies. Et étrangement, je le referais s'il m'était possible d'entendre sa voix.

_Je t'en empêcherai répliqua Jacob.

Avait-il deviné mes pensées ? Sûrement pas, il pensait peut-être que je voulais réitérer l'expérience en quête d'adrénaline. Haussant les épaules, je continuais à admirer le paysage. Il prit la bifurcation et se rangea sur le bas-côté. Nous allâmes chercher les motos que nous plaçâmes sur le chemin.

_Ne ferait-il pas une crise s'il te voyait faire cela ?

Je n'avais pas besoin de plus d'explications pour comprendre de qui il parlait et je savais également ce qu'il souhaitait sous-entendre. Il se demandait depuis mon arrivée, comment Edward avait-il pu m'autoriser à venir. Il souhaitait surtout savoir si j'étais toujours sa petite amie.

_Sûrement.

J'ignorai pourquoi je ne lui disais pas la vérité. Après tout, c'était mon meilleur ami. En fait, j'avais l'impression que si je proférais mes pensées à voix haute, cela leur donneraient une dimension plus véridique. Ce qui me…torturait. Il ne dit plus rien, fait rare. Nous enfourchâmes nos engins et les enclenchâmes d'un même mouvement. Je guettais sa voix avant de me le lancer. J'attendais qu'il s'exprime avant de poursuivre ce délire.

« Tu es absurde Bella. Vraiment Absurde ! Que cherches-tu ? »

Je souris, satisfaite avant de suivre mon meilleur ami, sentant le vent dans mes cheveux, l'embrayage sous mes doigts et la voix d'Edward dans ma tête.

oOo

Nous déposâmes les engins dans son garage. J'étais euphorique. Cela avait été si génial. L'entendre durant des heures, me hurler d'arrêter, de cesser mes enfantillages. Et lorsque je relâchais un peu trop l'embrayage, l'entendre m'intimer de revenir dans la villa. Cela avait eu le mérite de me rappeler que je devais rejoindre Alice, pour les formulaires d'inscription. Jacob aussi jubilait. C'était nos moments. Une activité nous étant exclusivement destinés. J'aimais la moto, sa compagnie. Jacob était le frère que je n'avais jamais eu. Mon meilleur ami. Et j'avais besoin de lui. Surtout maintenant qu'ils étaient là. Maintenant que je devais souffrir tous les jours. Il me raccompagna à ma voiture, cogitant. Je savais qu'il souhaitait me dire quelque chose, le trajet du retour avait été par bien des égards trop silencieux. Alors que je refermais ma portière, il se pencha à ma fenêtre.

_Bella

Ses yeux noirs ancrés dans leurs orbites me toisèrent un instant avant de poursuivre. Je ne cillai pas et attendis. Au bout d'un moment qui me parut bien long, il poursuivit.

_Es-tu de nouveau avec lui ?

Tôt ou tard il m'aurait posé cette question. Il était bien trop curieux et attaché à ma personne. Je ne lui mentirai pas. J'avais besoin de confier et il était là.

_Non. Je…Il ne m'aime plus.

C'était assez stupidement dit mais c'était en résumé ce qu'il fallait dire. J'aurais cru que Jacob se serait réjouit de me savoir loin des « buveurs de sang » mais au contraire, il parut presque navré. Je reconnus cependant une lueur flamboyante dans ses yeux. Je devins méfiante.

_A quoi penses-tu Jake ?

_Bella, je tiens énormément à toi. Et si l'autre abruti ne se rend pas compte de ce qu'il perd, moi je saurais te valoriser.

J'étais touchée mais comme je l'avais dit plus tôt. Jake n'était qu'un ami, un frère. Mon âme sœur mais fraternelle. Je ne souhaitais cependant pas le perdre. Durant un instant, je mûris mes paroles puis décidai d'y répondre.

_Je tiens beaucoup à toi Jake mais je l'aime encore.

_Je saurais t'attendre.

_Je ne te vois pas en ce sens.

Il secoua la tête, voulant dire qu'il n'abandonnerait pas. Heureuse qu'il ne m'en veuille pas, je n'insistai pas et quittai la réserve en direction de ma maison. J'allais devoir me changer ou risquai les commentaires désagréables d'Emmett sur mon odeur.

Charlie n'était pas rentré à mon grand bonheur. Je me dirigeai vers ma chambre, déposant mon sac sur mon lit avant de prendre ma trousse de toilettes et quelques vêtements de rechanges. N'étais-ce pas du suicide que de me rendre chez lui, sachant pertinemment qu'il y serait ? Je ne pouvais cependant pas omettre Alice, Esmé et sa famille, que je tenais en grande estime. Après m'être apprêtée, je décidai de faire mes devoirs, me débarrassant ainsi de cette corvée et permettant à mon esprit de s'échapper de la lourde torture que lui infligeait Edward.

Charlie entra une demi-heure après que j'eusse terminé le repas. Il me lança un regard scrutateur en s'attablant. Espérait-il voir des larmes ? M'entendre geindre ? Je pensais que nous en avions finit avec toute cette histoire. Je piquai quelques pâtes de mon assiette. L'appétit me manquait face à la perspective de la soirée qui m'attendait.

_Comment s'est passée ta journée ?

Je n'étais pas dupe. Mon père craignait le jour où je rentrerais à la maison tout sourire en lui clamant que j'étais de nouveau avec Edward. Il ignorait juste que cela était impossible. Je caressai discrètement mon cœur à cette pensée avant de répondre.

_Bien. Je suis allée à La Push.

_Comment va Jake ?

_Bien.

Il ne dit rien, savourant son plat. Je devais cependant le prévenir de mes projets pour cette soirée. S'il refusait, cela me permettrait de ne pas avoir à « mourir » cette nuit. M'armant de courage, je me lançais.

_Alice me demande de passer chez eux, ce soir. Elle compte remplir quelques formulaires d'inscriptions aux différentes universités. Et elle m'a proposé d'en faire de même. Y vois-tu un inconvénient ?

Il médita sa réponse, j'évitai son regard. Parfois je me disais qu'avoir le don d'Edward pouvait s'avérer être une aubaine. Je me mis alors à compter mentalement combien de temps il mettait à répondre. J'arrivai à deux minutes lorsqu'il s'exprima.

_D'accord, à condition que tu ne rentres pas trop tard.

J'opinai, le cœur en lambeaux. J'allais le revoir mais à quel prix ?

_Au fait, sans vouloir être indiscret. Où en est votre relation amicale entre Edward et toi ?

_Bien. Elle…se construit.

_Bien.

Je haussai les épaules. La notion du bien variait selon les hommes et leurs situations. Etre amie avec Edward ne revêtait rien de bien à mes yeux ?

oOo

Pour la première fois depuis des mois, je m'engageai dans ce sentier sombre, quittant la route vers leur demeure. Cela me semblait pourtant une éternité. Revoir leur maison illuminé me ramenait e Septembre dernier. La dernière fois où j'avais vu cette demeure en vie. Mon cœur se scarifia de nouveau. Quelques cellules de plus ou de moins, cela changerait-il quelque chose ? Je me garai devant leur garage et y descendis. Pourquoi chaque pas vers ce perron semblait peser sur mon cœur ? Alors que j'allais annoncer ma présence, la porte d'entrée s'ouvrit à la volée sur une Alice, toujours aussi extatique.

_Bella ! Enfin tu es là !

Je souris, pensait-elle que j'allais fuir ? C'est alors que je me souvins que ses visions ne fonctionnaient pas sur les loups. Elle avait dû se faire un sang d'encre. Elle m'étreignit doucement avant de m'entraîner à l'intérieur. Aïe ! Je n'avais pas prévu cet accès de douleur. La maison était l'exacte réplique qu'avant leur départ. Même le piano…Nouvelle accès de douleur. Cette soirée allait me faire perdre beaucoup de cellules de mon myocarde. Esmé me sourit chaleureusement, déposant un baiser sur ma joue.

_Ma chérie, je suis si heureuse de te revoir.

_Moi de même Esmé.

Je sentis une tape magistrale sur l'épaule et grimaçai. Vraiment délicat Emmett !

_Alors Bella, combien de branches as-tu dégommé en arrivant ici ?

_Des centaines.

_Géant !

Sa puérilité me divertit. Emmett était ainsi, aussi insouciant et…débile que Jacob. Cette comparaison m'amusa. Si l'un ou l'autre avait eu vent de cette juxtaposition, je ne me doutais pas qu'il m'aurait « dégommé ».

_Bonsoir Bella déclara une voix grave dans mon dos.

Je me retournai et souris à Jasper. Ravie qu'il soit moins distant de moi. Quoiqu'il aura fallu un incident horrible pour que cela se fasse. Derrière lui se trouvait…un ange. Un dieu païen. Cet Apollon que j'avais toujours vénéré. Il était adossé au mur, me contemplant de ses prunelles topaze aussi dures que la pierre, aussi froide que la glace. A l'image de sa nature.

Il me sourit d'un air presque forcé. Aïe ! Détournant les yeux, je vis Jasper grimaçait. Zut ! Il l'avait sentit. Alice, comprenant le soudain malaise qui s'était installé m'entraîna dans la salle à manger où Carlisle et une montagne de piles de feuilles m'attendaient. Le jeune patriarche me sourit, visiblement amusée de mon air décontenancé.

_Bonsoir Bella.

_Bonsoir Carlisle. Pourquoi tout cela ?

_On doit mettre toutes les chances de notre côté s'exclama Alice, m'asseyant face à son père et se plaçant en tête de table. Avec un air de femme d'affaire qui me dérida, elle saisit un bloc de notes, un stylo et se tourna vers moi. J'eus l'impression d'une journaliste, interviewant quelqu'un d'apportant. Carlisle ne semblait pas prêt de se départir de ce sourire. Je me demandais d'ailleurs ce qu'il faisait là.

_ Je ne suis là que pour conseiller me rassura-t-il.

J'opinai, reconnaissante avant de tourner le menton vers ma meilleure amie qui s'impatientait.

_Bien Bella. As-tu une idée de ce que tu aimerais faire ?

Excellente question. Non ! J'avais toujours cru pouvoir être vampire. De ce fait, avoir un métier m'avait semblé inutile.

_Non

_Je l'avais deviné.

Alors pourquoi me demandait-elle ? Sachant que c'était Alice, je me contentais de secouer la tête. Certaines choses ne changeaient jamais. Elle griffonna sur sa feuille.

_Quels sont tes centres d'intérêts ?

Je fus pensive un moment. Je n'avais pas vraiment de centres d'intérêts. J'avais plus tendance à être constante comme fille. Je n'aspirais pas à grand-chose.

_Je dirais lire avouais-je, amusée.

Elle fit la moue. Apparemment elle espérait une autre directive, elle ajouta quelques notes.

_Autre chose ?

_Je ne sais pas Alice. Je n'ai jamais eu de centres d'intérêts.

_Le sport ?

Je la toisai un moment, cherchant un rictus, une grimace, prouvant qu'elle plaisantait. Rien.

_Tu t'adresses vraiment à moi, Alice ? Moi Bella ?

J'entendis le rire tonitruant d'Emmett suivit de celui de Jasper. Voici des personnes saines d'esprits qui comprenaient que le sport et moi…Sans commentaire. Alice se renfrogna avant de poursuivre.

_Cuisine ?

_Me voies-tu gastronome ? Je détruirai la cuisine dès mon arrivée, et provoquerai sûrement deux ou trois incendies.

Le rire des membres de la fratrie redoubla, tandis que Carlisle toussotait cachant son hilarité. Alice frappa son bloc sur la table, provoquant un bruit assourdissant. Je fus surprise que la table ne se soit pas brisée. Elle fulminait. Du coin de l'œil, je vis Jasper et Edward apparaître sur le seuil.

_Ne peux-tu pas être sérieuse ?

_Je le suis Alice. Je n'ai jamais été doué en quoique ce soit. Je me suis toujours contentée d'être constante. Et cela m'a toujours suffit.

_Je ne te demande pas d'être douée mais de trouver métier qui serait possible de te convenir.

C'était illogique, paradoxale. Comment faire un métier sans y être destinée ? Je veux dire je ne pouvais pas prétendre être golfeuse alors que je n'avais aucun don pour cela. Aucun intérêt.

_Que veux-tu dire Alice ?

_Non clama Edward.

Je le contemplai, ébahie. Il fixait sa sœur, furieux. Sa mâchoire tendue, son corps raide. Sa beauté intacte. Alice continuait cependant à me scruter.

_Bella, tu ne pourras pas faire des études complètes, dans la mesure où tu es destinée à être vampire, mais il faut que ton entourage te pense en voie d'étudier un métier que tu serais susceptible de pratiquer.

Vampire ? Je restai coite un instant, me demandant vraiment comment elle pouvait penser cela. Je n'avais plus de raison d'être vampire. Un nouvel accès de douleur m'envahit.

_Alice, je…je ne serais pas Vampire.

Elle tressaillit comme si je venais de lui révéler la sottise du siècle. Une fois n'est pas coutume, ses visions l'avaient trompés. Je vis alors que toute la famille se trouvait dans la salle à manger. J'étais centre de toutes les attentions et je sentis mes joues s'embraser. Cela n'aurait pas dû prendre cette directive. Cela n'aurait pas dû dériver ainsi.

_Qu'est-ce que tu racontes Bella ? Je te vois parfaitement vampire. Tu es décidée, Edward aussi…

_Arrête murmurai-je, ne pouvant retenir une grimace. La douleur avait été incontrôlable cette fois.

_Ce n'est pas utile d'en parler Alice reprit Carlisle.

Elle se leva, totalement surprise. Comme si elle ne comprenait plus ce qui leur arrivait.

_Les Volturi viendront vérifier si elle est l'une des nôtres. Nous avons donné notre parole.

Les Volturi ? Je les avais oubliés, plongée comme je l'étais dans ma douleur.

_Tu as donné ta parole s'exclama Edward.

Il n'avait jamais souhaité que je le rejoigne. Que je l'encombre. Ce fut le coup fatal. Je ne pouvais plus supporter une nouvelle douleur. Mon cœur était à sec ce soir. Je devais rentrer. Je devais quitter ses lieux.

_Je l'ai fait pour nous sauver s'écria Alice.

Je me relevai sous le regard attentif de cette famille que j'avais tant apprécié. Je devais y aller. Sinon j'allais m'effondrer. Ce que je souhaitais ardemment éviter.

_Où vas-tu Bella ? S'enquit Esmé.

_Je…Je dois rentrer. J'ai encore beaucoup de choses à faire pour demain et…On fera cela une prochaine fois Alice.

Elle voulut répliquer mais Jasper l'en empêcha. Je lui en fus reconnaissante sur ce coup-là. Leur souriant, je quittai la pièce d'un pas mesuré, le cœur au bout des lèvres. Je traversai le salon sans l'apercevoir. Ce n'était qu'une fois dans l'habitacle que je me permis une faiblesse. Je serrais fermement ma poitrine dans l'espoir de la faire taire.

_Je t'en supplie...murmurai-je.

L'abyme semblait me refuser cet honneur. Il fallait que je rentre. Je ne devais pas m'effondrer ici. Garder une allure saine et irréprochable. Tremblante, j'enclenchai le moteur et m'engageai dans l'allée, tentant de tenir encore un instant. J'allais devoir être forte. Charlie m'attendait sûrement, suspicieux. Lorsque j'arrivai à la maison, je pris une longue inspiration et sortis de l'habitacle. Je sentis mes jambes flancher mais elles tinrent bon. Mes tremblements se faisaient plus importants. Tiens bon Bella ! Encore un instant ! Je t'en prie mon Abyme, étouffe la douleur encore un moment !

_Bella ?

Il m'attendait comme je l'avais pressenti. Je passai devant lui, souriante. Rien ne devait transparaître. Il me jaugea, suspicieux.

_Pourquoi es-tu de retour si tôt ?

_J'étais fatiguée. Cette journée avec Jacob m'a épuisée. Je…montre me coucher. Bonne nuit murmurai-je.

Il opina alors que je gravissais les escaliers, chancelante. Sur mon lit, je mordis violemment mon oreiller, étouffant mes cris. Etouffant ma douleur. Mon cœur explosait dans ma poitrine. Il n'y avait plus de cellules. Plus de myocarde. Que la douleur… Des larmes obscurcirent ma vue. « Tu as donné ta parole ».

Je retins un nouveau cri. Pourquoi cela me faisait-il autant de mal ? Je savais qu'il ne m'appartenait plus mais l'entendre me prouva que j'avais gardé un espoir. Et c'est cet espoir qui me faisait tant hurler. On disait que l'espoir faisait vivre. Dans mon cas, cet espoir fut la raison de ma déchéance. Alors si l'espoir faisait vivre, je n'aspirais plus qu'à mourir.