Point de vue d'Edward :

C'est ainsi qu'elle fuit. Emportant avec elle, les derniers espoirs que j'aurais pu porter à notre histoire. Elle ne souhaitait plus être vampire, ni appartenir à ma famille. Elle souhaitait juste poursuivre sa vie d'humaine comme je l'avais toujours espéré. Doucement, je m'éloignai de la salle à manger, m'effondrant sur le divan. Elle était partie si vite, fuyant l'idée sordide de nous voir ensemble. A quoi m'attendais-je après tout ? Bella ne m'aimait plus. J'allais devoir cesser d'espérer. Elle avait un autre. Cela suffisait.

_Edward, comment as-tu pu ? Hurla Alice.

Comment avais-je pu ? Comment avais-je pu ? N'étais-ce pas elle qui venait de détruire tous mes espoirs en lançant ce sujet ? N'étais-ce pas elle qui souhaitait la forcer à rejoindre notre clan ? Je n'y étais pour rien. La seule erreur que j'eusse commise ce soir fut de ne pas avoir eu le cran de la retenir. Je levai un regard peu amène vers ma sœur et retins le flot de haine que j'aurais voulu déverser.

_Il aurait suffit que tu dises que tu souhaites qu'elle te rejoigne. Il aurait suffit que tu agisses comme un homme pour une fois.

_Cela ne t'a jamais traversé l'esprit, qu'elle ne le souhaitait peut-être pas ? M'insurgeai-je.

Alice eut un rire désabusé. Un rire de dément. Comme si ce que je venais de dire était la pire idiotie qu'elle ait entendu. Je me relevai de ce divan, prêt à quitter les lieux. J'aimais trop Alice, et ne souhaitais pas la blesser.

_Tu es aveugle Edward. Si aveugle. Tu as beau être le vampire le plus expérimenté mais tu ne vaux rien en tant qu'humain.

_Peut-être parce que je ne le suis pas répliquai-je, piqué au vif.

Elle gronda. Elle aurait espéré que je capitule. Que j'eusse moins de répartie. Que je lui jure de quitter à l'instant les lieux pour retrouver Bella. Que c'était moi le fautif. Elle ne pourrait me soutirer cela. J'acceptai tous les damnes si cela pouvait épargner Bella.

Edward, j'ai ressentit sa douleur, elle a eu mal*Jasper*

_Elle s'en voulait juste de devoir éconduire votre proposition. Après tout, à quoi lui servirait la damnation ? Pourquoi voudriez-vous la condamner à ma présence ?

Je vais le dépecer de mes propres mains*Alice*

J'ignorai cette remarque, me rendant dans ma chambre où j'écoutai en silence les hurlements de l'abyme de ma poitrine.

Point de vue de Bella :

Cette journée s'annonçait pleine de soleil, si différente de mon humeur. L'astre si lumineux signifiait que les Cullen ne seraient pas en cours. J'avais déjà été témoin du phénomène époustouflant que provoquait la lumière solaire sur leur peau d'albâtre. Le miroitement de diamants. J'ignorai si son absence serait plus douloureuse que sa présence. Charlie était déjà partit lorsque je descendis. Un bout de papier m'attendait sur le comptoir de la cuisine, j'y reconnus la grossière écriture de mon père :

Bonjour Bells,

Une urgence m'a forcé à partir plus tôt. Je rentrerais tard ce soir, ne m'attends pas. Au fait, Jacob t'a appelé. Drôlement matinal ce petit ! Il souhaitait juste savoir si tu étais réveillé. Vraiment Etrange. Bonne journée.

Charlie.

Je souris. Jake était vraiment bizarre parfois. J'engloutis mon bol de céréales avant de me rendre cours. J'eus un pincement au cœur lorsque je ne vis sa Volvo. J'avais la réponse. J'allais souffrir plus que de coutume. Je ne me comprenais plus. Lorsqu'il était là, je souhaitais le fuir et lorsqu'il s'absentait, je pensais dépérir. Comment étais-je censée survivre dans tout cela ? Je n'en voulais pas à Alice pour la soirée d'hier. Après tout, elle ne pensait pas à mal. Cependant, cela eut pour conséquence de me rappeler la nouvelle menace qui obscurcissait mon avenir. J'aurais pensé que Victoria m'aurait suffit. Apparemment non. De nouveau, j'eus la fugitive image de sa crinière flamboyante. Je retins un frisson. Où pouvait-elle être à cet instant ? Je descendis de ma Chevrolet. Je regrettais le temps où je le retrouvais ici même. Ses yeux me couvrant de douceur.

« Tu as donné ta parole ».

Ne m'avait-il pas donné la sienne ? Il y a de cela un an, me promenant de ne jamais me quitter. Les promesses n'étaient jamais tenues. Je n'en étais plus étonnée. Il était temps que je grandisse, le monde fantastique ne m'était plus accessible.

Cette journée sembla s'étirer, longue, ennuyeuse, infinie. Comme si chaque seconde martelait mon cœur au rythme de ses battements dans l'espoir de le faire taire un moment. Mon cœur ne se manifestait plus. Il avait perdu beaucoup de cellules. Il n'en avait plus assez pour s'exprimer, juste assez pour survivre. L'avantage était que je me sentais mieux. Cela était assez. En sortant du dernier cours, je me rendis au parking, me délectant du week-end qui m'attendait. J'allais pouvoir me faire oublier et oublier si Alice le consentait. Je fis un dernier signe de la main à Angela qui s'en allait près de Ben. Heureuse Angela, dont l'amour grandissant semblait lui sourire, j'en étais ravie pour elle bien que je sentais l'abyme de mon cœur frémir.

_Reste tranquille murmurai-je.

Je quittai les lieux, savourant les rayons du soleil filtrant du pare-brise qui caressaient ma peau pâle. Pâleur moindre face à celle de mes amis. Devais-je appeler Alice pour m'excuser de mon comportement de la veille ? Sûrement. Après tout, elle pensait bien faire. Je jetai des coups d'œil anxieux par le rétroviseur, effrayée à l'idée que Victoria m'attende sur le plateau arrière. Allais-je être traquée encore longtemps ? Elle était d'une ténacité immuable. Une fois à la maison, cette crainte ne s'évapora pas. Elle pourrait m'attendre. Elle pourrait me liquider. J'espérais dans ce cas que je serais sa seule victime. Je refusais que Jake ou Charlie ou même les Cullen aient à l'affronter. Je pénétrai dans la maison, ne remarquant rien d'inhabituel. J'étais saine et sauve, pour cette fois. Passant devant le salon, je me figeai sur place. A la périphérie de ma vision, une silhouette m'attendait. Me retournant vivement, je retins un cri en reconnaissant Alice.

_Bon sang ! Es-tu folle ? Souhaitais-tu me faire mourir de peur ?

Mes pulsations cardiaques avaient redoublé d'allure ce qui m'inquiéta un moment. Mon cœur saurait-il le supporter ? Tandis que je contrôlais mon souffle devenu erratique. Je la fusillai du regard, tentant de reprendre contenance. Elle se contenta de sourire, fidèle à elle-même. Je ne pus m'empêcher de la trouver particulièrement ravissante au crépuscule montant. Sa peau miroitant tel un halo autour d'elle. J'étais toujours béat face à ce phénomène. Elle semblait soulagée de me revoir. Elle se faisait beaucoup trop de soucis pour moi.

_Salut Bella. Comment s'est passée ta journée ?

Elle me parut légèrement soucieuse. Comme si quelque chose s'était tramée. Que s'était-il passé ?

_Bien et la tienne ?

_Longue répondit-elle en prenant place sur le divan, je la rejoignis, prudente. Alice n'était pas dans son état normal. Cela était sûr. Avait-elle eu une vision de Victoria ? Ou n'était-ce que la soirée d'hier qui remuait sa conscience ?

_Qu'as-tu Alice ?

Elle contempla un moment les arabesques que dessinaient les rayons sur sa peau puis se tourna vers moi, ses yeux ocre me jaugeant un instant.

_Je suis désolée pour hier soir.

C'était donc cela. La voir si coupable me fendit le cœur. Mon petit lutin n'était que rarement aussi mal et je détestais la voir ainsi.

_Oublions cela tu veux. Alors que me prépares-tu pour demain ?

De suite, son visage s'illumina de milles feux, faisant apparaître un large sourire sur ses lèvres. Eblouissant. Je savais que la perspective de jouer mon bourreau enchantait Alice. Suffisait de voir le nombre de fois où elle m'avait forcé à faire des choses dont je me serais bien passée. Mais cette fois, j'étais prête à me faire torturer. Elle m'avait manqué. Je pouvais bien me permettre ce sacrifice. Et puis une journée, qu'est-ce que cela pouvait bien me coûter ? Beaucoup Bella ! Beaucoup. Je fis taire ma conscience.

_Une sortie à Port Angeles, rien que toi et moi comme au bon vieux temps.

Shopping. Je n'en étais même pas surprise. Déglutissant, j'opinai faiblement. Un jour Bella. Une minuscule journée. Elle sauta dans mes bras et m'étreignit fermement.

_Je t'adore ma Bella.

Moi aussi Alice. Moi aussi. Je sentis quelque chose me chatouiller le ventre et retins un rire. Elle me repoussa, prenant son portable. Elle y répondit tout en se dirigeant vers la fenêtre du salon. Celle-là même qui donnait sur l'allée.

_Nous arrivons murmura-t-elle à son mystérieux correspondant.

Nous ? Où étais-je censée me rendre ? Elle se tourna vers moi, s'amusant de mon désarroi.

_Où nous allons ? M'enquis-je appuyant sur le « nous ».

_Que dirais-tu d'assister à un match de baseball version vampire ?

La dernière fois que j'avais eu droit à ce privilège, cela avait tourné en un bain de sang. C'était le cas de le dire. James m'avait traqué, m'avait mordu. Victoria me traquait. Cette étrange parallèle me fit frémir. Je n'étais pas trop encline à me rendre à cet endroit au risque de les mettre de nouveau en danger.

_Tu ne risques rien murmura-t-elle.

_Il n'y a aucun nuage à l'horizon Alice.

De ce que j'en avais vu des maths vampiriques, le grondement du tonnerre était plus que nécessaire.

_Cela ne devrait pas tarder à changer.

Je soupirai. Après tout, ce serait peut-être une bonne idée. La dernière fois, juste avant d'être interrompue, je m'étais assez bien amusée. Je griffonnai un mot à l'adresse de Charlie, le prévenant de mes projets avant qu'elle ne m'entraîne dehors, me laissant à peine le temps de refermer la porte. Me retournant vers ma meilleure amie, je me figeai en le voyant. C'était lui son mystérieux interlocuteur. Notre supposé chauffeur à en croire la Volvo garée sur le trottoir d'en face. Je pris une inspiration et me lançai.

_Bonsoir Edward.

_Bonsoir Bella répondit-il sur le même ton.

Formelle bien trop formelle. Mais, cela m'apparaissait comme le meilleur des choix. Amis mieux qu'ennemis. Alice s'installa à l'arrière, me forçant à prendre place aux côtés de mon Adonis. Elle avait sûrement prévu le coup, où n'étais-ce que pure coïncidence ? Peu importait. Je sentais son odeur m'embaumer totalement et dus résister à l'envie de me pencher pour l'inhaler complètement. Je contemplai le paysage qui défilait. Il s'était abstint de conduire plus vite, sachant que je ne le supporterais point, ce que j'appréciais. C'est alors que j'entendis une mélodie « Claire de lune ». Non…Pas de musique. Pas cela. Pas maintenant que j'avais su me contrôler en sa présence. Alors que j'allai éteindre le son, enclenchée par Alice, je vis qu'Edward anticipait le même geste. Cela lui rappelait-il de mauvais souvenirs ? Cela le forçait-il à revivre une époque qu'il ne supportait point ? Nos regards se croisèrent un court instant. Et je crus déceler, pour la première fois depuis notre retour, de la tristesse ? Pourquoi le serait-il ? Etait-il triste de me voir en si piètre état ? S'en voulait-il de m'avoir abandonné me réduisant à l'amorphisme ? Il détourna les yeux, se concentrant sur la route, alors que je continuais à observer le paysage, surprise de ce bref échange. Il était de retour. Et c'était comme si tout avait changé. Alice ne fit plus aucun geste, n'émit plus aucun son, sûrement surprise de notre attitude. Je reconnus parfaitement le sentier à travers la forêt. Et lorsque la voiture s'arrêta, j'eus un pincement au cœur en me souvenant du baiser que nous avions partagé là. Les souvenirs n'étaient toujours que tortures. C'était une chose que j'allais devoir apprendre à mieux gérer. Je caressai ma poitrine en descendant du véhicule. Les deux vampires se dirigèrent vers le couvert dense des arbres alors que je me figeai. Je ne pourrais jamais passer à travers ce mur vert. J'en étais incapable. Bien trop maladroite et humaine. Cependant j'étais consciente que mon ancien « guide » ne pourrait pas me venir en aide cette fois. Je les suivis donc sans broncher. Si j'avais pu nous rendre à notre clairière, cela ne devrait pas être trop difficile. Du moins, je l'espérais. Je devais avouer qu'Edward fut d'une grande aide. Il soulevait les branches, s'effaçant pour que je puisse avancer. Comme il l'avait toujours fait. C'était comme s'il s'agissait d'un geste mécanique et je savais que lui comme moi en avions conscience. C'était pour cette raison que jamais je ne pourrais oublier Edward, que jamais je ne pourrais cesser de l'aimer. Même s'il ne ressentait plus rien pour moi, il était quand même là à mes côtés. Je me rendais juste compte à l'instant même que nous pouvions être amis, mais que j'avais bien trop peur de n'être que cela. Mais au prix de ma passion, j'étais prête à l'accepter. Relevant mon regard vers lui et bien que mon cœur eut hurlé de douleur, je lui souris. Il me contempla, comme étonné de mon initiative avant d'y répondre. Je fus distraite un moment, trébuchai et fus rattrapée par un geste habile de mon « guide ».

_Certaines choses ne changent jamais murmura-t-il, amusée.

J'opinai. Consciente que cette phrase voulait plus dire pour moi que pour lui. Si certaines choses ne changeaient pas, elles me permettaient de demeurer en vie. Car subir un autre changement comme celui de notre relation à Edward et moi me serait fatal. Nous débouchâmes un moment plus tard sur le vaste terrain de baseball. Tous les Cullen y étaient, attendant le signal, leur permettant de jouer. Signal devant être donnée par Alice. Une brise me surprit. Je frissonnai. Scrutant le ciel, je vis que des nuages s'amoncelaient. Alice avait donc eu raison. Et comme une sotte, j'avais oublié mon coupe-vent. A vrai dire, j'avais pensé qu'une fois de plus, les visions d'Alice s'étaient avérées, me forçant à rentrer plus tôt à la maison. J'avais de moins en moins confiance en ses visions, chose qui me faisait culpabiliser. Comment cela aurait-il pu en être autrement après ce qu'il s'était passé ?

Je sentis alors un léger poids poser sur mes épaules. Il s'agissait du manteau d'Edward. Son regard était concentré sur un point, me faisant sentir qu'il ne voulait pas s'attarder sur ce geste. Sûrement insignifiant pour lui.

_Merci murmurai-je.

_Ce n'est pas grand-chose. Rejoignons-les.

J'obtempérai doucement, calmant les battements frénétiques de mon cœur, inspirant discrètement son odeur. Toujours aussi merveilleuse. Esmé m'enlaça dès mon arrivée, geste maternelle que j'appréciais de plus en plus. Toute la famille patientait en attente du signal. Alice demeurait silencieuse, paupières closes. Je scrutai le ciel, il faisait de plus en plus sombre. Seul Forks pouvait changer d'humeur si promptement. Passant de la joviale chaleur à l'obscure humidité.

_Dommage qu'aucun de nous n'est le pouvoir d'accélérer le temps, quoique peut-être serait-ce le futur pouvoir de Bella ? S'exclama Emmett, récoltant de ce fait six grondements et un hurlement silencieux. Le mien. Qu'il ne ramène pas cela sur le tapis. Nous semblions plutôt bien nous entendre.

_Rabat-joie marmonna ce dernier.

L'incident fut clos. Esmé me caressa l'épaule, contemplant le ciel à mes côtés.

_Hey Bella ! Me héla Emmett.

Je reportai mon attention vers lui, il avait ce sourire narquois qui me déplaisait fortement venant de lui. Je haussai un sourcil, circonspecte. Que mijotait-il ?

_C'est vrai que tu as une bécane ? S'enquit-il.

Je vis Rosalie lever les yeux au ciel. Cherchait-il les ennuis ? Cherchait-il à se faire tuer ? Ou se faire expulser de sa chambre cette nuit ? Cette perspective m'enchanterait. Je consentis à lui répondre.

_Oui.

_Et tu la conduis ?

_Oui.

_Sans te rétamer ?

J'entendis un feulement. Je me rendis compte qu'il venait d'Edward. Est-ce qu'il désapprouvait ma lubie à l'instar de mes hallucinations auditives ? Je l'ignorai pour le moment.

_J'ai eu bon professeur.

_Le clébard ? Répliqua Edward.

_Edward le prévint Carlisle.

Je frémis. C'était pire que d'entendre les insultes de la bouche de Jacob. Car lui était immature et puéril mais Edward avait toujours eu ce charisme. Jamais je n'aurais pensé qu'il puisse qualifier mon ami de la sorte, qu'importaient les tensions qui émanaient d'eux.

_Non, Jacob Black, le Quilleute.

Emmett partit d'un rire tonitruant tandis qu'Edward baissait les yeux. J'espérais qu'il s'en voulait. C'était lui qui m'avait juré ne jamais avoir à choisir.

_Penses-tu que ton pote le Quilleute me laisserait sauter de la falaise ? Demanda-t-il innocemment.

_Emmett ! S'exclamèrent Esmé et Rosalie en chœur avant que cette dernière ne lui assène une claque magistrale sur l'arrière de la tête. Edward avait de nouveau grondé. Que lui prenait-il ? Pourquoi devenait-il si étrange ? Il y a un moment, il semblait le parfait ami, et maintenant il agissait comme un vampire des plus égocentriques.

_Je lui demanderai.

_Allons-y sourit Alice.

Tous se placèrent à ce signal, oubliant la conversation qui venait d'avoir lieu et les tensions qu'elle avait engendré. Emmett sautillait gaiement, comme pour s'échauffer alors que Rosalie attachait ses longs cheveux blonds. Jasper donna quelques coups de poings à son gant, j'eus peur un instant qu'il ne craque, envoyant un tendre sourire à Alice qui tenait la balle au niveau de sa taille. Carlisle se trouvait à une base, dardant un regard exaspéré sur Emmett. Je retins un rire avant de contempler le dernier mais non le moindre membre de la fratrie. Je fus aspirée par ses prunelles topaze, emplis de colère. De quoi m'en voulait-il cette fois ? Avais-je commis quelques actes regrettables ? J'en avais légèrement assez de son inconstance. Que lui prenait-il ? Que se passait-il ? Nous étions sur la bonne voie. Esmé annonça le début de la rencontre, mettant fin à notre contact visuel, me permettant de retrouver un semblant de raison. La balle envoyée par Alice fendit l'air, heurtant la batte de Rosalie dans un bruit caverneux. La balle survola la forêt. Edward devrait la sortir d'un instant à l'autre. Rosalie avait déjà fait le tour du terrain lorsqu'Edward revint.

_Sauve s'exclama Esmé.

_Que se passe-t-il Mini-Edward ? Minauda Emmett.

Edward l'ignora royalement, reprenant place.

_Emmett devrait être plus prudent. Edward n'est plus aussi tendre qu'auparavant murmura Esmé.

Il était vrai qu'Edward n'était plus même, restait à savoir pourquoi. Je suivis des yeux le « strike » d'Emmett, contenant un rire.

_Pourquoi ?

Elle n'eut l'occasion de me répondre que toutes les têtes se tournaient vers la même direction. La forêt. Que se passait-il ? Une angoisse familière m'étreignit le cœur. Etais-ce Victoria ? M'avait-elle retrouvé ? Avais-je eu raison de me méfier de cette partie de Baseball ? Edward recula de plusieurs pas, jusqu'à être devant moi. Jasper frémit, plaçant Alice derrière lui. Je fus surprise de ce geste, qu'est-ce qui pouvait tant effrayer Jasper ? Victoria n'était que seule. Où étais-ce…Les Volturi ? Tremblante, je me blottis contre Esmé.

_Ce n'est rien Bella.

_Ils ont trahis le traité déclara Emmett.

Le traité ? Il ne s'agissait que des Loups-garous dans ce cas. Le soulagement me fit sourire. Je me retirai de l'étreinte de la jeune mère, m'avançant de quelques pas. C'est alors que je vis cinq loups-garous d'une taille immense, de carrures impressionnantes, couverts de fourrures, armés de dents pareils à des couteaux se dirigeaient vers nous. Je reconnus Paul, son poil argent sombre, me souvenant parfaitement de sa mutation violente lors de notre première rencontre, Sam en chef de file, plus grand que ses congénères, sa silhouette noire ébène et enfin ce lui que je cherchais. Sur le flanc droit du chef de meute, presqu'aussi grand que ce dernier, le poil brun roux ébouriffé, je vis Jacob. Il paraissait décontracté, comme s'il ne risquait pas sa vie. Puéril et immature, je l'avais toujours dit. Je fis quelques pas en sa direction lorsqu'une poigne ferme me retint.

_Pourquoi ? M'exclamai-je envers Edward.

Il ne répondit pas, se rendant près de Carlisle après avoir lancé un long regard à Emmett qui se tint derrière moi. Que cherchait-il à faire ? M'empêcher de voir mon ami ? Je n'étais rien pour lui, qu'il me laisse mener ma vie comme bon me semblait. Cela me rappela un de mes rêves, plutôt cauchemars, fait quelques jours plus tôt, où j'étais tiraillée entre deux camps, divisée entre deux lieux.

_Je servirais d'interprète. Ils n'ont pas assez confiance en nous, pour se transformer en humains expliqua Edward.

_Bien. Dans ce cas, que faites-vous ici ? Demanda poliment Carlisle.

Il y eut un silence durant lequel Sam et Edward s'entretenaient silencieusement avant que ce dernier ne se fige.

_Ils traquaient Victoria, se permettant ainsi de franchir la frontière. Elle leur a échappé de nouveau. Ils sont venus nous demander de redéfinir les frontières le temps qu'ils s'en emparent.

_Vers où se dirigeait-elle? Reprit le jeune patriarche.

_L'Est puis le Nord. Elle est douée répondit Edward, instantanément.

Carlisle soupira. Victoria était insaisissable. Je le savais. Ils le savaient. Elle n'aurait de cesse que lorsqu'elle m'aura « dégommé », vengeant ainsi James, sans savoir que je n'étais plus rien pour Edward. C'était injuste tout de même. Quoiqu'entre lui et moi, je préférais être sacrifiée. Un monde sans lui ne pourrait pas fonctionner.

_Elle traque Bella murmura le patriarche.

_Nous le savons. Son acolyte fut mis hors d'état de nuire répliqua Edward, tendu.

_Que proposez-vous ? Enchaîna Jasper.

_Surveiller Bella termina Edward, se tournant vers moi comme toutes les personnes présentes.

Quoi ? Des sentinelles ? Non. Il en était hors de question. Ils seraient en danger. Je refusais de vivre au prix de nombreuses vies.

_Ce serait dangereux répliquai-je.

_Pas plus que fréquenter des vampires cracha Edward fusillant Jacob du regard.

Ce dernier émit une sorte de toussotement, ressemblant fortement à un rire. Il fit un pas en avant, se postant face à Edward, le dominant de toute sa hauteur, j'eus peur qu'il ne lui fasse du mal. Cependant, il n'en fit rien, demeurant figé devant ce dernier. C'est alors que j'assistais à la pire chose qui puisse exister. La torture d'Edward. Ses traits se déformèrent dans un rictus douloureux. Je revoyais cette scène à Volterra, Edward gisant au sol. Je ne pouvais en supporter davantage. Que lui faisait subir Jacob ?

_Arrête Jacob m'écriai-je.

J'aurais voulu avancer mais Emmett me retint fermement contre lui. Non ! Son frère souffrait. Je devais réagir. Je devais intervenir. Que lui montrait Jacob ? Que lui faisait-il bon sang ? Mon cœur se décomposait de nouveau. J'acceptais de tout subir s'il pouvait être épargné. Que Jacob s'en prenne à moi ? Contre toute attente, je vis Edward vaciller, avant de s'effondrer à genou sur le sol, les mains contre ses temps. Jacob semblait satisfait, Jacob semblait extatique. Sam l'entraîna loin de ses lieux, lorsqu'il vit Jasper avança, menaçant. Moi, j'étais figée sur place. Edward, au sol ? Je ne pouvais en supporter davantage. Mon corps ne pouvait en supporter davantage. Je cessais de me débattre, perdant peu à peu toutes mes forces. J'avais sous les yeux mon pire cauchemar. L'amour de ma vie en train de dépérir. Que lui avait fait Jake ? C'est alors que j'entendis son cri. Et cela me fit sombrer dans des ténèbres obscures où mon cœur répondait à cet appel.

Point de vue d'Edward :

Non ! Qu'il cesse ! Pourquoi me montrait tout cela ? Ne me voyait-il pas déjà mort ? Devait-il sourire à mon cadavre ? Je vacillai, tombant à genou. Elle était là, gisante dans cette boue, m'appelant, m'intimant de revenir. Pourquoi n'était-elle pas rentrée chez elle ? Pourquoi n'avait-elle pas su résister ? Je la pensais si forte. Son visage immaculé de boue. J'étais un monstre ! Une abomination ! Une horreur de la nature ! J'avais blessé un ange ! J'avais blessé mon âme ! Comment pourrais-je encore exister en apprenant cela ? Comment aurais-je la force de continuer à la regarder dans les yeux ? Je me haïssais de toute ma chaire. Je voulais mourir. Je souhaitais mourir. Que le ciel me prenne, que la damnation m'achève. Je souhaitais être puni pour l'avoir blesser. Je n'avais jamais mérité son amour. J'étais indigne d'elle. Indigne de l'aimer. J'étais un monstre, rien de plus. Son visage, ses traits déformés par la douleur…Ses larmes…J'étais odieux ! Sa forme frêle dans les bras de Sam, son allure vide…Un hurlement s'échappa de mes lèvres. Non…Je ne voulais plus en voir. J'en avais assez vu et pourtant je savais qu'elle continuerait à me hanter. Ce serait mon châtiment éternel. Je serrai mon cœur brisé qui hurlait dans ma poitrine. La douleur était pire que celles que j'eusse connues. Elle était insoutenable. Incontrôlable. J'aurais souhaité l'inconscience pour m'en départir. J'aurais souhaité la mort plutôt que de l'affronter était pourtant elle faisait partie de mon châtiment. Le don de Jane n'était rien comparé à cet endolorissement de l'esprit, de mon âme, de mon corps. Car tous appartenaient à cet ange que j'avais osé aimés. Je sentis le bras de mon père, me soulever, mais je n'avais conscience de rien. Je ne voyais rien. J'étais vide à mon tour. Comment avais-je pu lui infliger cela ? Dans une ultime force, je me tournai vers elle, tremblant, vacillant, mon poids supporté par Carlisle et la vit évanouie dans les bras de mon frère. Cette ultime image, ramenant toutes les horreurs montrées par ce clébard, termina ma torture, faisant exploser cœur et m'accueillant dans l'inconscience où mon cœur répondait à l'appel silencieux de cet ange dont j'avais été le bourreau. Le prédateur des prédateurs.