Point de vue de Bella :
« _Jacob, qu'as-tu fait à Edward ? Arrête ! Je t'en supplie Arrête….Edward !
Je ne pus que discerner dans la pénombre son corps s'effondrer, inerte, sans vie.
_Edward ! Hurlai-je »
Je me réveillai en sursaut. Une nouvelle fois. Une nouvelle nuit. Je tremblais de tous mes membres. Qu'avait osé faire Jacob à Edward ? Je revoyais sa chute, j'entendais encore et encore son hurlement. Inhumain. Comme si on lui arrachait son cœur et son âme. Comme si de concert, on me retirait les miens. Comment allait-il à présent ? Que s'était-il passé ? Où était-il ? Je devais le voir, m'assurer qu'il n'avait rien ? Peu m'importait que mon cœur s'y oppose. Je ne souhaitais que le revoir. Effleurer de mes yeux sa beauté et me convaincre que jamais il ne cesserait de s'illuminer. Haletante, je me redressai. Chose peu aisée compte tenu de mes tremblements. Je me relevai lentement, me dirigeant vers la porte…Je devais faire plus vite.
_Où comptes-tu te rendre comme cela ?
Je sursautais en entendant cette voix. Alice. Elle était là. Me retournant brusquement, je la vis installer dans mon rocking-chair. Là où tant de fois il avait attendu mon réveil. Ses traits étaient soucieux. Etait-ce de mauvaises nouvelles qu'elles me rapportaient ? Les pulsations de mon myocarde doublèrent d'allure. Je me sentais encore plus faible que la veille.
_Comment va-t-il Alice ? Que s'est-il passé ? Je dois le voir. Peux-tu m'emmener ? Est-il en état ? Réponds Alice, quoiqu'il soit arrivé, dis le moi. Je le supporterais. Assure-moi juste qu'il va bien. Assure-moi juste…
Elle fut devant moi en un instant avant de m'enlacer. Je blottis mon visage contre son cou, sanglotant silencieusement. Elle me fit asseoir sur mon lit, me berçant doucement. Etait-ce si horrible ? Etait-il… ? Non. Je le rejoindrais sur le champ. Je jurai sur la puissance qui m'avait mise sur cette Terre, qui m'avait fait rencontrer Edward, que s'il me le reprenait, je le suivrais sans regret.
_Il va bien Bella. Je l'ai quitté, il y a un moment. Ce n'était qu'un évanouissement.
Je la fixai, mes yeux voilés de larmes, incrédule. Evanouissement ? Un vampire ne peut pas s'évanouir. Me mentait-elle ? Souhaitait-elle me préserver ? Comprenant mes interrogations, elle tint mon visage en coupe, fortement comme pour donner plus d'assurance à ses propos.
_Edward a subit un choc. Tel que….Son esprit n'a pas pu le supporter. Carlisle suppose que c'est peut-être à cause de notre alimentation. Nous sommes beaucoup plus humains, beaucoup plus fragiles. Et Edward…souffrait déjà beaucoup trop.
Souffrait ? Mais pourquoi ? Pourquoi souffrirait-il ? Il m'avait parut bien portant. Il m'avait semblé vivant. D'ailleurs que pouvait-il savoir de la souffrance ? Il n'avait pas vécu ce que je vivais. Ce que je taisais pour qu'il soit épargné. Mes efforts auraient-ils été vains ? Avait-il aperçu ma douleur ? Se sentait-il coupable ? D'où sa souffrance ?
_Pourquoi Edward souffrirait-il ?
Elle détourna les yeux, lentement, hésitante. Que me cachait-elle ? Je devais savoir. Si Edward souffrait, je souffrais avec lui. Mon seul havre de paix est de savoir que malgré ce que je subissais, il était heureux. Si je m'étais trompée….
_C'est à lui de t'en parler… Tout ce que je peux te dire c'est que ton ami l'a achevé.
_Que lui a-t-il fait ? M'exclamai-je, de nouveau alerte, paniquée.
Si Jacob avait blessé Edward, il m'entendrait. Je l'étranglerais de mes propres mains. Loups-Garous ou pas.
_Il lui a juste montré dans quel état tu étais après…notre départ.
Non ! Non ! Il avait exactement révélé ce que j'avais tant souhaité taire à Edward. Maintenant il se sentirait coupable, il croira me devoir quelque chose. Il se sentira obligé envers moi. Etait-ce sa culpabilité qui l'avait fait sombrer ? Bon sang ! C'était de ma faute, si j'étais plus normale, moins banale, moins humaine, j'aurais réagit différemment. Rien de tout cela ne serait arrivé. Il n'aurait pas été obligé de revenir. Tout cela par ma faute.
_Edward était ravagé. Te voir…Ainsi est horrible pour lui…
_Il a dut se sentir si coupable. Je vais tuer Jacob, l'étriper, l'égorger…
_Coupable ?
Elle semblait ébahie. Je me tournai vers elle, interrompant la mise en place d'un attentat en la personne de mon (ex) meilleur ami. Ses prunelles étaient dures, comme si elle contenait une certaine rage. Pourquoi son expression avait-elle tant changé en un si court instant ?
_Tu penses qu'il s'est effondré parce qu'il se sent coupable…
Je séchai mes larmes, surprise de la tournure de sa phrase. Prudente, stupéfaite. Surprise.
_Pour quel autre raison, aurait-il perdu l'esprit ?
_Par amour.
Non, je ne voulais plus y croire. Je ne voulais plus avoir à souffrir. A être malheureuse. Je secouai la tête frénétiquement.
_Arrête Alice, je t'en prie. Cela ne nous mènera nulle part.
Elle soupira alors que je contemplai la fenêtre derrière moi. L'aube était déjà présente, recouvrant de ses magnifiques couleurs ma couette violette. Ses rayons se répercutaient contre mes meubles, éclairant la pièce. Un nouveau jour. Une nouvelle douleur. Un nouvel ennemi. Il faudrait que je le visse, pour lui assurer que j'allais bien maintenant, qu'il ne devait plus se sentir coupable. Que je lui retirais ce fardeau. Je devais juste lui permettre de poursuivre sa vie. Cette discussion était inévitable. Bien qu'appréhendée.
_Nous sommes Samedi. Veux-tu toujours te rendre à Port Angeles ?
Oh ! Notre sortie, je l'avais vraiment omise. A en juger par ma réaction, elle comprit, déçue soudainement.
_Tu n'as pas la tête à cela, je comprends.
_Non, je serais…ravie qu'on y aille déglutis-je.
Ravie était une notion relative selon les peuples et les mondes. Mais au nom de mon amie, je devais faire des sacrifices. Je me rendis compte que je faisais toujours des sacrifices. C'était moi qui avais quitté ce Phoenix ensoleillé pour une bourgade humide, en sacrifice pour ma mère. C'était moi qui m'étais donné à James, pour sauver ma famille et Edward. C'était moi encore qui avais accepté de me rendre en Italie, quitte à mourir pour le sauver. C'était moi enfin qui taisais ma douleur pour sauvegarder son bonheur. Etais-je destinée à être un martyr ? Alice sautilla apparemment enjouée. Je compris alors pourquoi j'étais martyre. C'était pour ne jamais avoir à perdre ce que je possédais en cet instant. Ne jamais perdre leur considération, leur amour, leur respect, leur attention. Pour ne jamais avoir à leur dire adieu. Vampires, Humains, Loups.
_Ne veux-tu pas te rendormir ? Il est tôt.
Me rendormir ? Refaire un cauchemar ? Non. C'en serait trop. J'avais beaucoup subit. Autant limiter les dégâts. Je niai doucement, me dirigeant vers mon ordinateur. La machine ronronnait, j'eus peur de réveiller Charlie. A propos de ce dernier, comment avait-il réagit en me voyant de retour ?
_Qu'est-ce qu'à dit Charlie en me voyant ?
_Il n'a pas parut confiant en voyant Emmett te porter mais je lui ai expliqué que tu t'étais endormie. Il fut rasséréné.
Je souris tristement à cette pensée. Me voir au creux des bras immenses d'Emmett l'aurait terrifié sans aucun doute. Je me souvenais parfaitement du jour où je lui avais parlé pour la première fois d'Edward, il avait cru qu'il s'agissait d'Emmett et avait apposé son véto. Cela me semblait si loin à présent. Des années, des décennies. Au côté des vampires, j'avais vécu. J'avais trouvé ma place, à présent, je me sentais un peu trop petite pour le monde. J'allais devoir grandir, trouver ma place, construire ma vie. Tout ce qui m'avait semblé banal avec Edward. J'avais pensé à une autre sorte d'existence.
_Comment vas-tu Bella ?
Je fus surprise, me tournant vers elle. Soucieuse, mon petit lutin, je déteignais sur elle apparemment.
_Bien.
L'engin se mit en marche. J'ouvris ma boîte, et y vis un nouveau mail de ma mère. Affolée, non. Curieuse, oui. Elle me racontait sa nouvelle lubie. Styliste. J'eus un sourire. Ma mère était aussi exubérante qu'amusante. Pleine de vie. Heureuse. Phil la comblait. De nouveau, je pensais que mon sacrifice ne fut pas vain. Elle me demandait des nouvelles des cours, de mes amis, d'Edward. Mon cœur eut un raté. Elle avait dû parler avec Charlie qui lui avait divulgué notre nouvelle situation. Tremblante, j'y répondis, sachant pertinemment que je devais mentir. Oui maman, je vais bien. Je vais parfaitement bien. L'école me convient. Alice nous a prévu beaucoup de sortie. Quant à Edward…Je m'arrêtai un moment. Tout allait merveilleusement bien.
Edward est un ami formidable. Hier soir, j'ai passé la soirée chez les Cullen. Ils sont adorables. Tu me manques Maman.
Un baiser pour clôturer mes mensonges et un envoi pour ne plus avoir à me sentir coupable.
_Ami ?
Je soupirai. Que voulait-elle que j'emploie ? Meilleur ami ? Ennemi ? J'en avais des tas en réservoir mais aucun ne pouvait convenir. Seulement ami.
_Je vais me préparer. Après je passerai un savon à Jake.
Fuyant son regard scrutateur, sa moue désapprobatrice, ses reproches silencieux, je pris quelques affaires et me rendis dans la salle de bain, souffrir en paix. Souffrir seule.
oOo
Il décrocha au bout de la deuxième tonalité, endormi, ronchon. Il n'était pas loin de huit heures. Charlie venait de quitter les lieux, ravi de savoir que j'étais de sortie. Selon lui, il avait peur que je ne replonge avec son retour. Il ignorait combien il avait eu raison Sauf que ma chute avait été plus brusque donc plus douloureuse.
_Allo ?
_Espèce d'abruti, arrogant, stupide, puéril, vaniteux, inconscient, irresponsable…
_Attends, je prends des notes.
Je grognai. Il était si bête…Si idiot.
_Merci. Je n'en méritai pas tant.
_Comment as-tu pu faire cela ?
Il s'esclaffa, décuplant ma rage. Je serrai le combiné si fort que mes doigts s'engourdissaient. S'il était devant moi, je l'aurais étranglé.
_La sangsue s'est plainte ?
_Il n'aurait pas dû savoir.
Il cessa de rire de suite, et je pouvais imaginer son froncement de sourcil significatif, signe de sa colère future.
_Pourquoi serais-tu la seule à souffrir ? Pourquoi ne pourrait-il pas assumer ses actes ? Est-ce trop lui demander ? Aurais-tu peur d'importuner sa plénitude ?
Un grondement provint de derrière moi. Me tournant doucement, je vis Alice, lèvres retroussées, en désaccord avec mon meilleur ami. Jacob avait tort sur toute la ligne. Il décrivait Edward comme indifférent, comme peu soucieux de ce qui m'arrivait. S'il avait su que j'étais mal, il aurait sacrifié son bonheur pour moi. Mais moi, je n'aurais pas été ce bonheur qu'il convoitait. Voilà pourquoi, je m'étais tue.
_La buveuse de sang est chez toi ? Mes salutations Sangsue. Toute ma considération pour ton frère. S'est-il remis ?
_Arrête Jacob. Tu n'avais pas le droit. Edward n'aurait jamais dû avoir conscience de ces images. Notre histoire est terminée. Ce n'est pas une raison pour le faire culpabiliser.
_Ecoutes moi attentivement Bella. Je m'en fous de ce que ressent ce buveur de sang, ce monstre qui t'a abandonné sans scrupule. Tu es peut-être assez naïve pour prendre des pincettes, pour espérer. Pas moi. Si tu le permets, je vais me rendormir. Et je te promets de recommencer encore et encore, jusqu'à ce qu'il souffre autant sinon plus que tu as souffert.
Il raccrocha sans un autre mot, alors que je demeurai pantoise, coite, subjuguée. Bien j'étais touchée, horrifiée, stupéfaite. Si je revoyais encore une fois, ce que j'avais eu à subir hier soir, je n'y survivrai pas. Je n'y survivrai plus. Je reposai le combiné. Comment pourrais-je arrêter Jake ? Comment pourrais-je éviter à cette vision d'horreur de se perpétuer ?
_Ton ami est exécrable…Bien que prévenant. Il tient beaucoup à toi.
_Il m'aime bien.
Je me tournai, préparant mon petit déjeuner sous le regard attentif d'Alice. Elle n'avait pas quitté les lieux, ayant peur que je rechute. Elle était également prévenante. Sur certains points, elle ressemblait beaucoup plus à Jacob qu'elle aimerait le croire.
_T'a-t-il déjà fait des avances ?
_Oui. Je l'ai éconduit.
Je pris une bouchée de céréales, m'installant sur la table. Elle prit place face à moi, légèrement dégoutée de mon repas. Je haussai les épaules. Edward avait les mêmes réactions. Mon cœur se serra légèrement. Pas de cri ce matin, bonne nouvelle.
_Pourquoi ?
J'écarquillai les yeux. Souhaitait-elle que je sorte avec Jacob ? Cela serait paradoxal. Elle rit, comprenant mes réflexions.
_Loin de moi cette idée. Je me demandais juste pourquoi.
_Parce que…Je ne le considère pas de cette manière. Il s'agirait plus d'un frère qu'un…potentiel petit ami.
Elle inclina sa tête sur le côté, ses yeux topaze irradiant de curiosité. Elle était vraiment jolie. J'appréciais vraiment mon lutin. Qu'importe son exubérance.
_N'étais-ce que cela ?
_Que sous-entends-tu ?
_Bella, tout ce que je veux savoir, bien que j'en sois certaine, c'et si tu l'aimes encore ?
J'en eu le souffle coupé. Il s'agissait de la dernière question que j'aurais souhaité qu'elle me pose. La réponse était d'une évidence certaine. Elle en avait connaissance, elle souhaitait juste me l'entendre dire. Me l'entendre le clamer. Je n'avais plus vraiment la force à faire cela. Mais elle attendait, obstinée. Et au bout d'un long silence, je rendis les armes.
_Oui Alice.
_Oui quoi ?
Avec un soupir, je lui lançai un regard noir. Elle pouvait être agaçante. Elle me rendit un sourire. Eblouissant.
_Oui Alice. J'aime Edward.
_Alors tout espoir n'est pas perdu.
Je n'émis aucune protestation. Je ne souhaitais plus argumenter. Je me contentai de déjeuner, le regard las, le cœur battant. Il était bien trop tard pour espérer. Je le savais. Cela me suffisait.
oOo
Faire les boutiques avec Alice était une chose à laquelle je ne pouvais m'habituer. Elle m'entraînait dans tous les magasins de Port Angeles, magasins qu'elle connaissait à présent par cœur et tentai de me faire essayer des vêtements de plus en plus…étranges. Je réussissais à me défiler. Parfois. Mais je devais avouer que cela m'était plaisant à retrouver. Ne plus constamment être agacée par elle ou elle par moi, ne plus avoir à refuser toute sorte de lubie qu'elle aurait développée m'avait manqué. Cette séparation entre Edward et moi avaient eu des conséquences horribles. Non seulement j'avais perdu l'homme de ma vie (de mon éternité) mais j'avais été privé de ma meilleure amie. Elle riait constamment, s'amusant de mes rebuffades, réitérant des demandes, insistants jusqu'à ce que j'accepte. Elle était vraiment phénoménale, adorablement phénoménale.
Faire les boutiques portait quand même un inconvénient majeur. Elle était si sublime et moi banal. A notre passage, je n'étais pas le centre de mire (bien heureusement) mais dans les boutiques, j'étais presque omise (Agaçant).
Après une matinée harassante, Alice m'emmena déjeuner, profitant de cet instant pour récapituler tout ce qu'elle n'avait pas encore en sa possession. Je ne l'écoutai que d'une oreille. Au bout d'un moment, remarquant surement mon ennui, elle se tut. J'aimais bien Port Angeles. A bien des égards, Phoenix s'y reflétait. Cependant, ces derniers mois avaient rendus cet endroit plus…Attrayant. J'y avais rencontré, y avais découvert son identité, y avais sauvé, y avais entendu sa voix. En parlant de sa voix, elle me manquait. Du moins, celle s'inquiétant pour moi. Je ne m'étais pas mise en danger. Pourquoi ne devait-elle apparaître que dans ces cas-là ?
_Veux-tu rentrer Bella ?
Je sursautais. Avait-elle deviné mes pensées ? Quoiqu'il en soit, je niai doucement. Tournant mon regard vers les passants, je ressentis le trou de mon cœur s'ébranler. Leurs mains liées, leurs lèvres scellées, j'avais réussi à les éviter. Mais il avait fallut qu'il revienne bouleversant mon deuil. Je caressai mon cœur espérant le calmer.
_Il t'arrive souvent de faire ce geste. Comme si tu tenais ton cœur.
Elle avait remarqué. Bon sang ! Etais-je si prévisible ? Si lisible ? Je ne cillai pas, l'ignorant cette fois. Elle sembla comprendre que je ne voulais en parler et se contenta de me reprendre faire le tour des boutiques. C'est alors que je saisis. Elle voulait que j'oublie. Que j'oublie cette douleur et que je vive pour une fois. Je lui en fus reconnaissante. Elle souhaitait juste m'aider à retrouver ma place.
Le soir, une fois nos courses terminées, nous retournâmes à Forks, comme dans un abattoir. Nous étions silencieuses et j'étais épuisée. Cela faisait si longtemps que je n'avais eu à supporter tant d'amour. J'en étais mentalement lassée. Je m'installai alors confortablement contre la banquette de la Mercedes, prêtée par Carlisle. Humant le doux cuir, reposant. Mes yeux papillonnèrent un moment avant de se fermer, mes cils chatouillant ma joue. Je me laissai bercer par le silence environnant, et submerger par les ténèbres.
