Point de vue de Bella :

Cette texture sous mes doigts m'était à bien des égards, familière. J'avais déjà eu l'honneur de caresser cette composition. C'était il y a bien longtemps. L'époque où j'avais vécu.

Cette odeur embaumant le moindre atome de l'air que j'inspirais ne pouvait que lui appartenir. Je l'avais tant humé que je pouvais en énumérer les composants sans erreur. Sans aucun écart.

Derrière mes paupières closes, je pouvais deviner le plafond blanc au-dessus ma tête, la fenêtre face à moi. Je pouvais deviner la place du moindre meuble de cette pièce car j'y ai été entré tant de fois. Je m'étais blottis contre son propriétaire tant de fois.

Et bien que de retrouver cette pièce m'emplissait d'une joie incommensurable, je ne comprenais pas la raison de ma présence ici. Je m'étais endormie dans la voiture de Carlisle. Pourquoi Alice ne m'avait-elle pas ramené chez moi ? Que mijotait-elle ? Et qu'est-ce qu'Edward, dont je devinais l'agacement de me savoir là, avait avoir avec tout cela ?

Etais-je seule ? Oui, j'en étais persuadée. Edward avait toujours su lorsque je n'étais plus dans les bras de Morphée. S'il avait été là, il m'aurait apostrophé. J'ouvris les yeux, prudente, si jamais je m'étais trompée. La vue de la pièce me serra le cœur. Tant de beaux souvenirs dans cet endroit. Tant de merveilleux moments. Tant de baisers partagés. Il faisait nuit. Etonnant. Combien de temps avais-je dormi ? Longtemps. J'avais les membres gourds et l'esprit légèrement embrumé. Me redressant, je jetai un dernier coup d'œil aux alentours. Il faisait trop sombre pour mes banals yeux d'humaine. J'avisai la porte de sa salle de bain. M'en voudrait-il si je l'utilisais ?

Je frissonnai lorsque mes pieds entrèrent en contact avec le sol. Il faisait frais pour un mois de Mai. A Forks, rien de bien surprenant. Je m'engouffrai dans la salle de bain. Son odeur était si puissante en ce lieu. Si apaisante. Je demeurai ainsi à l'humer sans retenue. Peu m'importait que mon cœur ne hurle à la mort ou que mes cauchemars se décuplent. Tout ce que je souhaitais, c'était profiter de l'instant.

Mon reflet dans le miroir me fit grimacer. Depuis quand étais-je si cernée ? Depuis quand avais-je si pâle figure ? Depuis quand avais-je si macabre allure ? La réponse était évidente. Les conséquences visibles. Je me passai de l'eau sur le visage. Cela acheva de me réveiller. Me rendant plus lucide. Plus alerte. Où étaient-ils ? Alice aurait déboulé comme une tornade, m'exposant sa prochaine torture, le rire d'Emmett se serait fait entendre face à mes grognements en réponse à ma meilleure amie. Esmé m'aurait demandé si j'avais faim et Jasper aurait tenté d'apaiser mon mal-être. Leur absence se faisait sentir. Et je me mis à paniquer. Et s'ils étaient partis ? Et s'ils m'avaient laissé seuls ?

Le trou béant de ma poitrine se plaignit. J'évoquai de mauvais souvenirs à ce dernier. Mais si cette angoisse était justifiée ? Que ferais-je ? Je ne pourrais plus y survivre. Le revoir, les revoir m'avaient rendus une certaine dose de vie. S'ils m'abandonnaient, je ne serais plus. Je ne pourrais plus être. J'avais déjà eu à supporter une fois cette douleur. Je n'y survivrais pas deux fois. Après m'être essuyé le visage, je quittais les lieux, en quête de réponse. En quête de réconfort à ma nouvelle panique. Le couloir était silencieux. La maison était-elle déserte ? Cela ne faisait qu'accroître mon anxiété. Les pulsations irrégulières de mon myocarde résonnèrent en moi, me faisant trembler. Bon sang ! Calme-toi Bella. Je descendis prudemment les marches. Aucun son. Aucun bruit. Emmett n'aurait pu être aussi silencieux. Je caressai ma poitrine. L'abyme de ma poitrine s'ébranlait. Non. Laisse-moi encore espérer qu'ils sont toujours là. J'atteins le rez-de-chaussée, aux aguets. Baissant les yeux, j'attendais l'habituelle salve de douleur. J'étais prête à la supporter. Elle pouvait m'emporter, me balloter. C'est alors que son sublime ténor surgit du fond de mon esprit. Non ce n'était pas une hallucination. Il s'agissait d'Edward. Lui-seul mettait tant de puissance dans sa voix, tant d'inflexion.

_Bella ?

Je me retournais doucement et le vis, droit sur le seuil de son salon. Adonis de mon passé, divinité de mon présent. J'étais tant soulagée de le voir que j'avais faillit me pendre à son cou. Ma lucidité m'empêcha tel acte. Je croisai les bras sur ma poitrine et le contemplai, subjuguée. Ses délicieux traits étaient déformés par l'inquiétude. De quoi pouvait-il être inquiet ? Sa posture était assurée, impassible mais je voyais bien que ses poings étaient serrés. Que s'était-il passé ? M'en voulait-il de quoique ce soit ? M'en voulait-il de m'imposer autant dans sa vie ? De ne point le laisser vivre la sienne ? M'en voulait d'avoir été faible il y a quelques mois ? Se sentait-il obligé envers moi ? Je le déchargeai de ce fardeau. Pourtant je souhaitais qu'il m'explique pourquoi il agissait aussi étrangement. Je vis des cernes sous ses yeux pourtant ocres. Il me semblait plus terne que d'ordinaire. Peut-être était-ce parce que je le voyais vraiment pour la première fois depuis son retour. Comme si Edward, à mon instar avait été changé. Comme s'il taisait à tous, un débat intérieur. Cette conjecture me ramena à une affirmation d'Alice. « Et Edward…souffrait déjà beaucoup trop. »

Pourquoi souffrait-il ? Il ne devait pas souffrir. Il n'en avait pas le droit. Cela décuplé ma douleur. Il était si silencieux. Cela me rendait folle.

_Comment vas-tu ? M'enquis-je.

Il parut surpris de ma question. Je l'étais moi-même de l'avoir posé. J'aurais dû me taire, ce qui lui arrivait ne me concernait pas. Mais j'avais peur…Pour lui. Aussi absurde que cela pouvait paraître.

_Bien et…Toi ?

J'opinai. J'allais parfaitement bien hormis ce gouffre dans mon cœur auquel il n'y pouvait rien. Jetant un coup d'œil derrière lui, je vis qu'il était seul.

_Où sont les autres ?

_Ils sont à la chasse.

Je ne pus retenir un soupir de soulagement. Après tout, il aurait pu rester pour me dire Adieu comme la dernière fois. Refusant de repenser à tout cela, je me secouai mentalement la tête, caressant ma poitrine et relevai les yeux vers lui. Il me scrutait, ébahi. Comme s'il voyait en moi, une chose à laquelle il n'avait jamais réellement prêté attention. Je décidai d'omettre ce détail.

_Pourquoi es-tu là dans ce cas?

_J'attendais ton réveil.

Voilà pourquoi il m'en voulait. Je le forçais à surveiller une pauvre humaine insignifiante au lieu de profiter de sa famille. Il y avait de quoi me haïr. Je devais juste être un boulet pour lui.

_ Je suis désolée.

_Pardon ?

Détournant les yeux, je me concentrai sur un point au loin. Je devais partir. Je devais lui permettre de s'amuser. Cependant je souhaitais une dernière réponse.

_Je suis désolée que tu aies dû demeurer ici. Cependant pourquoi suis-je ici ?

_Alice ne souhaitait pas troubler ton sommeil. Elle a dit Charlie qu'elle organisait une soirée pyjama.

Il eut un sourire désabusé avant de poursuivre, s'adossant nonchalamment sur le mur. Il était si beau. Si…Eblouissant. Le fossé qui nous séparait ne cessait de s'agrandir finalement. Que manigançait Alice ? Apparemment Edward y était innocent ? Mais dans ce cas, pourquoi étais-je dans sa chambre ?

_Bella…

Sa voix avait perdu toute assurance, comme si elle tentait de dire quelque chose sans succès, de me faire comprendre quelque chose sans y parvenir. Il avança de quelques pas et je sentis mon cœur s'emballer. Pourquoi ? Que voulait-il ? Hésitant, il posa sa main froide sur mon bras, j'attendis le souffle haletant. Il décroisa mon bras, avant de dessiner l'une de mes veines de son doigt de glace. J'en frissonnai. Qu'est-ce qui lui prenait ? Il s'empara tendrement de ma main et la posa contre son cœur silencieux. Je n'aimais pas ce que je ressentais. J'en voulais plus. Mais je n'en avais pas le droit. Nous n'étions plus ensembles. Pourquoi me torturait-il davantage ? Que cherchait-il à faire ? Que voulait-il faire ?

_Danse avec moi.

Je relevai vivement les yeux vers lui. Que venait-il de dire ? Danser ? Nous deux ? Non…Non…Je devais rêver. J'allais me réveiller dans un court instant et je souffrirais d'avoir laissé mon imagination me menait aussi loin. Il n'attendit aucune réponse me rapprochant de lui. Sa main se posa sur mon dos et je crus faiblir. Pourquoi me faisait-il cela ? Il nous fit balancer au rythme d'une musique inexistante alors que nous n'étions pas censés être si proche. L'abyme de mon cœur jubilait. Pour l'instant…

Il demeurait silencieux….Me contemplant de ce regard qui me rendait si faible…

Il me faisait espérer. C'était odieux de sa part de me faire espérer pour mieux torturer. Jamais Edward n'aurait fait cela. C'était sûrement un cauchemar. Edward avait de la compassion. Il ne me torturerait pas impunément. Je fermai les yeux, retenant de longs sanglots. Si c'était un rêve…Je souhaitais en profiter. Je posai ma main sur son épaule…Froide…Forte. Il raffermit sa prise autour de ma taille, me rapprochant ostensiblement de lui, de sorte que je pus enfouir mon visage dans son cou. Son odeur était merveilleuse. Si réelle. Tout semblait si réel. Sa main parcourait mon dos en de douces caresses. J'aimais ses caresses. J'allais souffrir à mon réveil, j'en avais conscience. Peu m'importait. Je voulais profiter de cette illusion…Encore…Encore…

Je ne voulais plus me réveiller. Peu m'importait la vie. Je voulais ce rêve. Je voulais y demeurer. Je voulais m'y complaire.

_Bella…

Non…Qu'il nous laisse ainsi. Qu'il ne rompe pas cette magie. Ce rêve. D'un mouvement tendre, il me repoussa, me permettant de contempler ses traits. Ce rêve allait-il tourner au cauchemar ? Son pouce traçait de vagues symboles sur mon poignet. Un contact apaisant.

Ses longs cils se soulevèrent, me laissant haletante face à ses deux magnifiques topazes. Si flamboyantes. Si fascinantes. Je dus contrôler mes sens. Ordonner à mon cœur de cesser de battre aussi fortement de peur qu'il ne l'entende, d'ordonner à mon souffle de se stabiliser de peur qu'il comprenne combien son emprise me tenaillait. M'achever. Mais plus que tout, je dus empêcher le trou béant de ma poitrine de se refermer, de peur qu'il ne se rouvre de la plus perverse des manières. Douloureuse et permanente. J'ignorai dans ce cas-là, si je survivrais.

_Bella ? Répéta-t-il.

Son ténor. Ses si charmants décibels. Il n'avait pas le droit d'y mettre tant de douceur. Il n'avait pas le droit d'y mettre tant de faiblesse. Il me rendait ainsi encore plus faible. Forçant mon cadavre à se décomposer plus promptement. Je fermai les yeux. Peut-être que cette illusion se retirerait-elle si j'y mettais assez de volonté ? Je pensais avoir assez joui de cette situation. J'allais devoir affronter la réalité.

_Regarde moi.

Je ne voulais plus voir de fantôme. J'en avais assez vu. Assez côtoyé. A présent, je ne souhaitais que me réveiller. Il était temps que je grandisse. Que je rejoigne le monde réel. Que je mûrisse. Le monde des vampires ne voulait plus de moi en son sein. Edward non plus.

_Si tu savais comme je me sens misérable. Je suis parti dans l'espoir de te rendre à l'humanité, je n'avais pas compris…peut-être n'avais-je pas voulu comprendre, combien nous nous aimions.

_Non…s'il te plaît.

J'avais déjà assez mal. Qu'il cesse d'en rajouter. Qu'il cesse de me torturer. Qu'il cesse tout simplement de me vouloir me faire espérer. Je voulais que ce rêve cesse. Pourquoi ne pouvais-je me réveiller ? Pourquoi n'y arrivais-je pas ? Réveille-toi Bella ! Ce n'est qu'un rêve.

_Qu'y a-t-il Bella ?

Non…Bella…Retournes dans ta réalité…

_Il est temps que je me réveille.

Des sanglots me prirent la gorge, m'empêchant d'aller plus loin. Je serrai ma poitrine dans l'espoir de calmer le feu brûlant qui s'y propageait. De calmer la nausée qui me tenaillait. « Nous nous aimions »…Non. Je me dégageai de son étreinte, déjà faible et quittai les lieux. Cela ne pouvait pas être réel. C'était ce qu'il aimerait que je crois. Se pouvait-il qu'Edward eusse changé à ce point ?

oOo

Il ne s'agit que d'un bout de chapitre…Je souhaitais le terminer ce soir mais je fus dans l'incapacité de le faire. La semaine prochaine, il sera publié.

Elyanne