Point de vue d'Edward :
Un instant, je la tenais contre moi, son corps contre le mien, son souffle caressant mon cou et son cœur stimulant le mien. Et l'instant d'après, elle claquait la porte ne laissant que l'ombre de moi-même. Pourquoi ? Pourquoi avait-elle réagit ainsi ? J'allais lui avouer mon amour, lui ouvrir mon âme puisqu'elle pensait que j'en avais une. Je me sentais défaillir. « Il est temps que je me réveille »…Elle avait pensé s'être endormie. Elle avait pensé que je lui mentais…Que je n'avais été qu'un songe...Elle m'avait repoussé…
Edward ? Que lui as-tu fait ?*Rosalie*
Je souhaitais juste lui avouer que je l'aimais. Je souhaitais juste qu'elle comprenne l'amour que je lui portais. C'était tout ce que j'espérais. Mais à présent…Comment me pardonnerait-elle tout ce que je lui avais subir ?
Tu n'es pas si différent de Roméo Edward. Lui comme toi détruisait votre propre bonheur *Esmé*
_Non…Je ne suis pas Roméo…
C'est vrai…Roméo s'est battu pour Juliette*Alice*
Elle n'avait pas le droit. En disant cela, elle sous-estimait l'amour que je portais à Bella, le minimisait. Je n'étais pas Roméo. Mais j'aimais bien plus ma Juliette que ce jeune inconstant. Je n'avais aimé qu'elle. Prêt à tout pour elle.
_Arrête Alice…Cesse de douter de mon amour pour elle.
Prouve-le. Prouve-moi que j'ai tort. Que j'ai eu tort. Prouve-moi que tu l'aimes*Alice*
Leur prouver ? Leur prouver que je l'aimais ? Aucune preuve ne suffirait. La retenir ? En serais-je capable ? Saurais-je me faire pardonner ? Saurais lui faire comprendre combien je l'aimais de manière déraisonnée ? J'avais besoin d'elle. Je fus à son côté en un instant, la retenant d'une poigne ferme. Le cœur battant, son odeur s'ancrant en moi. Elle me fit face, le visage ravagé par les larmes. Ce fut un coup de poignard de plus dans mon cœur déjà mis à mal. Sa souffrance trouvait écho dans la mienne. Nous étions à bien des égards complémentaires. Et la vision de sa douleur suscitait la mienne.
_Edward…Je t'en prie supplia-t-elle.
Sa voix si faiblarde…Si peu elle…Depuis quand m'était-elle si étrangère ? L'avais-je détruit à ce point là ? A cet instant, j'aurais voulu lui rendre sa liberté. Lui dire que je lui laissais son libre arbitre. Mais j'avais encore l'espoir fou qu'elle puisse me pardonner. Qu'elle m'écouterait ? Qu'elle m'aimerait encore ? L'espoir fou d'un avenir.
_Bella…Tu dois savoir murmurai-je. Tu dois comprendre…Je t'aime Bella. Je n'ai jamais cessé de t'aimer. Et l'unique raison de mon départ fut justement mon amour pour toi. Tu ignores Bella…Tu ignores ce que cela a été. Tu ignores combien j'en ai souffert. Combien j'en souffre encore.
Elle secoua frénétiquement la tête, comme pour démentir mes propos. Comment pouvait-elle douter de mon amour, de ma souffrance ? J'aurais pourtant cru qu'elle aurait été la seule à entendre mes silencieux hurlements.
_Pourquoi fais-tu cela ? Cela te plait-il de me voir me morfondre ? Cela te plaît-il de me torturer ? Edward…Que veux-tu de moi ? Qu'attends-tu de moi ? S'insurgea-t-elle.
La colère suintait de chacune de ses paroles fouettant l'air, striant ma volonté. Elle était justifiée, méritée mais insupportable.
_Tu as dit ne plus m'aimer Edward….Pourquoi compliques-tu… ?
_Et tu m'as cru ? M'emportai-je. Malgré toutes les fois où j'ai juré t'aimer, tu as laissé un mot brisé la foi que tu avais en moi.
_Ton amour pour moi n'a jamais eu aucun sens s'exclama-t-elle.
Elle était absurde. Sa réplique était absurde. C'était moi qui ne la méritais pas. C'était son amour pour moi qui n'avait aucun sens.
_Cesse d'être si déraisonnable
Son regard me défiait comme pour ébranler mon assurance. Elle méprisait mes intentions, mes paroles. Elle pensait tout savoir, tout comprendre. Elle était si obtuse parfois. Voici le pourquoi de mon amour. La voyant silencieuse, je poursuivis mes explications.
_Je te dois des excuses, à vrai dire, je te dois bien plus… J'ai cru que tu m'oublierais, que tu passerais à autre chose. J'ai sous-estimé ton amour et le mien de surcroît. Vivre sans toi fut impossible.
Un frémissement lui échappa. J'omis cette réaction pour l'instant. Je devais d'abord m'expliquer, m'excuser puis l'aimer.
_J'ai erré sans but durant des mois, ballotté par la vie. Plus rien ne suscitait mon envie, plus rien ne m'attrayait. J'étais un de ces pantins dirigé par ses instincts…Je vivais en dehors du temps…Le temps ne signifiait plus rien pour moi à vrai dire. Plus rien ne signifiait quelque chose…J'avais perdu mon centre de gravité…
Je resserrai mon emprise sur elle, la voyant gémir. Que se passait-il ? Qu'avait-elle ?
_Je t'en prie…
_Tu ne me croies toujours pas, n'est-il ? Ironisai-je, désabusé.
Ses lèvres tremblèrent avant qu'elles ne laissent quelques mots s'échapper. Elle était si pâle…Elle aurait pu être comme moi. Je frissonnai à cette idée.
_Ce que tu décris, c'est ma vie sans toi…
Si sa souffrance avait été égale à la mienne ne serait-ce que de manière infime, alors j'avouais avoir mérité sa répulsion à mon égard. Etait-ce normal qu'un humain ressente de telles choses ? Il est vrai que Bella avait toujours été différente. Et pour une fois, j'aurais aimé qu'elle soit comme tout le monde, elle aurait moins souffert, elle aurait eu cet instinct qui l'aurait forcé à ne jamais me côtoyer, elle aurait vécu une autre vie…Avec son clébard d'ami. Mais elle aurait vécu une autre réalité…Plus saine. Mais Bella était cette princesse parfaite, sans instinct qui s'était amourachée du méchant au lieu du prince charmant, bouleversant son propre conte de fée et le mien de surcroît.
_Je dois me réveiller s'exclama-t-elle, secouant de nouveau la tête.
Je sentis la rage s'éprendre de mes membres, s'écoulaient dans mes veines, atteindre mes nerfs et les stimuler. Prenant cependant conscience du trésor que je tenais du bout des doigts, je m'exhortai à me calmer.
_Que veux-tu que je fasse pour te convaincre que je suis sincère et bien réel ? Que tu ne rêves pas ? Que tu es bien dans la réalité et que je t'aime ?
Soudain, elle devint furieuse, ses poings se serrèrent et elle les abattit sur mon torse avec ce qui devait être toute sa force, la blessant à chaque coup. Bien que cela ne m'injuriai pas physiquement, j'agonisais. Comme si chaque martèlement, m'accablait de sa douleur. Un coup…Pour l'avoir quitté…Un coup…Pour l'avoir fait souffrir…Un coup…Pour l'avoir mis en danger…Un coup…Pour l'avoir sous-estimé…Un coup…Pour l'avoir fait croire que je ne ressentais rien pour elle…Un coup…Pour lui demander Pardon…Pour lui avouer mes sentiments.
_Je veux que tu cesses de me faire croire que tu m'aimes. Je veux que tu cesses de me torturer…D'hanter mes nuits…Je veux que tu cesses d'être aussi adorable…Aussi peu haïssable …Je veux pouvoir te regarder sans sentir cette douleur dans ma poitrine. Cet abyme béant qui jubile à ton contact et hurle à ton absence…Je veux ne plus entendre ta voix même quand tu n'es plus là…Je ne veux plus avoir à me demander si tu es heureux sans moi…Je veux t'oublier…Paradoxalement, je m'en sais incapable…
Sa voix fut entrecoupée de sanglots, l'empêchant de poursuivre. Elle cessa sa violence, se réfugiant dans mes bras, là où j'espérais qu'elle demeure, me permettant de l'enlacer, de savourer son contact. De la réconforter. De me réconforter. Elle souhaitait m'oublier…Elle souhaitait ne plus avoir à me considérer…Alice avait eu tort, Bella n'avait plus besoin de moi. J'étais un boulet, un fardeau. Je caressai ses longs cheveux bruns, la tenant fermement contre moi, torturé. Si c'était ce qu'elle désirait…Soit. Je m'étais juré de tout faire pour la rendre heureuse…Je m'exécuterai.
_Je suis désolé Bella. Désolé d'avoir été si égoïste. J'ai privilégié mes intérêts aux tiens. A présent, permets-moi d'y remédier…Je ne t'importunerais plus avec cela. Et si tu veux m'oublier…J'y consentirais…
_Tu n'as donc rien compris Edward murmura-t-elle, faiblement, contre mon torse. Tu n'as donc rien retenu de tes erreurs…
Elle se détacha légèrement de moi, je la gardais cependant contre moi. Si cela était nos derniers instants, je souhaitais m'en délecter. Ses yeux, rougis par ses larmes, me semblèrent encore plus envoûtants. Ses joues, striées de sillons humides, me parurent encore plus douces. Ses traits déformés par la colère et le chagrin m'apparurent encore plus beaux. Elle était belle. Elle était si désirable. Je l'aurais aimé quelque soit sa forme, quelque soit son apparence.
_Justement Bella, ce n'est pour ne plus avoir à réitérer mes erreurs que j'accepte de me retirer…
_Tais-toi gronda-t-elle m'arrachant un sourire.
Mon influence sur elle se faisait ressentir. Elle devenait nerveuse, violente. Je remarquai alors qu'elle semblait obnubilée par mes lèvres, là où demeurait encore un semblant de sourire. Concentrée, attentive, comme jaugeant une situation, comme se permettant une réflexion. Pensait-elle à ce que je souhaitais penser ? Me permettrait-elle cette pensée ? Ce baiser ?
Se rendant compte de mon attention, elle détourna les yeux. Que pourrais-je faire de plus ? Les mots ne suffisaient plus, les larmes non plus. Que me restait-il ? Que pouvais-je encore tenter ? D'une main tremblante, je caressai sa joue. Chaude. Bien trop chaude dû aux nombreuses larmes l'ayant sillonnée. Mon contact devait lui paraître si froid, elle ne put retenir un frisson. Voyant qu'elle n'objecta pas, je poursuivis, descendant jusqu'à sa mâchoire, dessinant sa jugulaire, remontant par sa nuque, fourrageant sa chevelure tendrement. D'un geste précis, je la forçais à relever les yeux, les fixant sur les miens. Un halètement lui échappa. Que voyait-elle en moi ? Ma sincérité. Ma douleur. Mon amour. Je voyais parfaitement son doute. Elle ne me croyait toujours pas.
_Bella, avant toi, ma vie était une nuit sans lune. Très noire, même s'il y avait des étoiles- des points de lumière et de raison…Et puis…Tout à coup, tu as traversé mon ciel comme un météore. Soudain, tout s'est illuminé, tout s'incendiait, tout était beau. C'est alors que tu as disparu, comme un météore tombé derrière l'horizon. Tout s'était de nouveau assombri. Rien n'avait pourtant changé. C'était juste que mes yeux avaient été aveuglé par la splendeur du météore, par sa magnificence, m'empêchant de distinguer les étoiles, emportant ma raison. Comment dans ce cas, retrouver goût à ma pâle existence de vampire ?
Sa main remonta jusqu'à la mienne, la retirant doucement. Doutait-elle toujours ? Elle déposa ma main sur mon cœur.
_Tes yeux s'ajusteront à l'obscurité. Après tout, n'est-ce pas un privilège de la vie vampirique ?
Je ne m'attendais sûrement pas à cela. Elle m'avait cru. Elle avait cru le moindre de mes mensonges. Comment avait-elle pu ? Comment avait-elle fait ? Je n'étais même pas arrivé à me mentir.
_Mes yeux n'ont plus besoin de l'obscurité vu qu'ils voient la lumière. Et mon état de vampire ne me sauve pourtant pas de ma douleur, de l'aveuglement ? J'ai plutôt l'impression qu'être vampire me détruit un peu plus chaque jour.
Je serrai ses doigts fermement, y déposant mes lèvres.
_S'il te plaît Edward…Non…
_Penses-tu encore rêver ? Me penses-tu encore capable de te mentir ?
_Je ne veux plus souffrir…
Souffrir ? Nous étions deux dans ce cas. Il suffirait pourtant qu'elle acquiesce mes paroles, qu'elle se conforte dans l'idée que j'étais sincère. Elle nous sauverait ainsi tous les deux de la perdition.
_Moi non plus chuchotai-je.
Elle sursauta à ses mots comme si une révélation se faisait en elle. J'ignorai ce que cela fut, j'ignorai ce que cela engendrait dans son esprit. Tout ce qui me préoccupa, fut cette lueur d'espoir qui se balança dans ses yeux. Cette lueur me permit un écart. Mon ultime preuve. Je me penchai vers elle, doucement, lentement, savourant son odeur. Me délectant de son être…Je perçus parfaitement les battements de son cœur s'accélérer, le rythme de sa respiration devenir plus saccadée. Cela m'avait également manqué. Certaines choses ne changeaient jamais. Mes paumes se posèrent sur ses joues, alors que mes lèvres n'étaient qu'à quelques centimètres des siennes.
_Edward…Non…
Je me figeai. Venait-elle de me refuser un baiser ? Ce qu'elle n'avait encore jamais fait. Ce qu'elle n'avait jamais pensé faire.
_Pourquoi ? M'enquis-je, alerté.
_Cela va me faire du mal.
Mon air interrogateur dut la forcer à être plus explicite. Elle semblait cependant lutter contre une part d'elle. Un débat intérieur. Entre elle et « elle ».
_Je ne veux pas avoir à affronter une nouvelle douleur à mon réveil Edward.
Furieux, désespéré, je m'emparai avidement de ses lèvres, peu soucieux de la bienséance, de la courtoisie. J'allais la perdre, cela me faisait l'effet d'être bien plus prioritaire. Retrouver cependant ses lèvres fut comme salvateur…Son souffle se mêlait au mien dans une osmose parfaite, ses lippes dansaient en concert avec les miennes, avec cette même ardeur. Cette même volonté d'aller plus loin. Ses bras qu'elle avait serré contre elle, se passèrent autour de ma taille, comme une acceptation. Je jubilais. Mon cœur jubilait. Mon âme jubilait. Je vivais, renaissais tel un phénix de mes cendres. Se pouvait-il d'aimer démesurément ? Oui. Et ce soir, j'avais eu ce sentiment que je lui appartenais, immuablement. J'étais destiné à être à ses côtés, combien même, m'aurait-elle refusé cet honneur. Mes lèvres quittèrent un bref instant les siennes, murmurant son nom. Je devinai déclencher son ire, risquer sa vie et pourtant je souhaitais pour une fois, transgresser ces barrières, ces limites que je nous avais imposé. Je sentis sa main, chaude, se faufilait sous ma chemise et ne l'en empêchai pas. Je la désirais autant qu'un homme puisse désirer une femme. Et son sang ne comptait plus à mes yeux. Seuls son corps, son être comptait.
Une capacité pulmonaire impressionnante pour une humaine*Emmett*
Ignorer tout ce qui ne la concernait pas. Ignorer tout ce qui n'était pas elle. Essoufflée, elle se détacha de mes lèvres. J'en profitai pour poser mon front sur le sien. Elle n'était pas la seule à respirer plus fort que d'ordinaire Elle n'était pas la seule à chercher un soupçon de lucidité.
_Je ne compte aller nulle part. Je demeurerai toujours là, près de toi.
_Ne me promets rien…
_Je te le promets dans ce cas.
Ses yeux scrutèrent les miens avec intérêt. Trouvait-elle les réponses à ses inquiétudes ? Comprenait-elle enfin combien elle comptait pour moi ?
_Je t'aime Bella.
Soupirant, elle ferma les yeux, se blottissant contre moi. Me croyait-elle ? Etions-nous enfin réunis ? Pourrais-je compter sur le lendemain ?
_Je te crois Edward…Mais qu'adviendrait-il si de nouveau cet incident survient ? Vas-tu t'en aller ? Vas-tu me quitter en me faisant croire que je n'étais plus rien pour toi ?
J'eus un sursaut imperceptible. Elle me demandait comment je réagirais si un membre de ma famille tentait de l'assassiner, comment je concevrais le fait de la savoir en danger à cause de moi…Elle me demandait juste si je serais toujours là pour le meilleur comme pour le pire.
_Nous apprenons de nos erreurs Bella. Je ne m'en irai plus. Tu es ma vie Bella, désormais et à jamais.
Je déposai un baiser sur son front pour appuyer mes propos. Pour appuyer ma décision. Quoiqu'il advienne, je resterai à ses côtés, autant qu'elle le souhaiterait, tant qu'elle le souhaitera.
