Point de vue de Bella :
Ce fut son sourire que je vis en m'éveillant. Ce fut ses traits qui dissipèrent les ténèbres de la nuit. Ce fut lui mon aube. Ma Clarté. Ce fut sous ses baisers que j'affrontais la douce lumière du jour, sous ses caresses que je souriais à ce dimanche s'annonçant brumeux. Contrairement à moi.
_Bonjour mon Ange.
Avais-je été plus heureuse qu'en cet instant ? Allais-je pouvoir retirer ce sourire niais de mon visage ? J'en doutais fortement. J'inspirais profondément, mêlant de ce fait, son odeur et l'air. Imprégnant chaque cellule de son être en moi. Mon cœur battait vigoureusement. J'étais en vie. Mon Adonis posa son oreille contre ma poitrine, augmentant de ce fait la saccade de mon myocarde.
_J'ai l'impression que ton cœur bat en moi. Chaque décibel de ses battements m'est reconnaissable.
Je souris. Il me l'avait souvent dit, mais je devais avouer que l'instant invitait à de telles confidences. Nous demeurâmes ainsi, étreints, sur son divan, silencieux, unis. La vie me paraissait si douce. Si prometteuse. J'étais heureuse pleinement. Je sentais ses doigts longer mon dos, ses lèvres caresser mon ventre, ses boucles rousses chatouiller mon menton. Je ne me lasserais jamais de lui, de ses contacts.
Au bout d'un moment, la réalité nous obligea à nous extirper de notre monde. Charlie m'attendait. Jacob s'impatientait. Angela s'inquiétait. Après son départ, une nouvelle vie m'avait été imposée. Retrouver l'ancienne m'était à présent impossible. Ce qui avait été ne redeviendrait plus. Mais ce qui serait sera à déterminer. Je m'extirpai de son étreinte, ressentant comme une prolepse de ce qui nous attendait. Et plus je mettais de distance entre nous et plus j'avais la foutue impression que un obstacle de plus s'était implanté.
Qu'adviendrait-il de nouveau entre nous ? N'avions-nous pas déjà assez souffert ?
oOo
Alice me raccompagna chez moi, conformément à l'alibi posé. Mon père m'attendait sur le perron visiblement inquiet, ravi mais également soulagé. Peut-être s'attendait-il à ce que ce soit Edward mon chauffeur ? Comment lui annoncer que nous étions de nouveau ensemble ? Comment lui dire que ces huit derniers mois avaient disparus de mon existence ? Il m'enlaça, m'étudiant scrupuleusement avant de se figer. Voyait-il mon bonheur ? Ma guérison ? Ma renaissance ?
_Comment cela s'est-il passé ? S'enquit-il.
_Bien.
Je déposai mes affaires au pied de l'escalier, me dirigeant vers la cuisine. Il me manquait déjà. J'aurais souhaité qu'il soit là, à mes côtés, de me convaincre encore et encore que tout était réel. Que tout serait toujours réel. Mais j'avais tant peur de la réaction de Charlie que j'avais préféré éloigner Edward de ce lieu. Pour le moment. Alors que je me servais de mes céréales, j'entendis la chaise grincer derrière moi. Avait-il deviné ? J'omis ce fait, espérant le contraire.
_Etait-il là-bas ?
Je savais parfaitement qui il mentionnait. Je savais parfaitement ce qu'il souhaitait entendre. Ce qu'il aurait espéré entendre. J'en avais parfaitement conscience. Mais ne souhaitait-il pas davantage mon bonheur ? Ne souhaitait-il pas mon euphorie ? Tout père tendait vers ce but.
_ Je l'ai vu ce matin
Je n'avais jamais su mentir et pourtant il était le seul à réellement me croire. A ne jamais douter de moi. A croire que je lui étais constamment honnête. Une note de culpabilité m'étreignit. J'aimais beaucoup trop mon père pour cela. M'aimait-il au point d'accepter de nouveau, Edward dans ma vie ?
_Ne devrais-tu pas être à la pêche ?
Ses yeux me scrutaient avec tant d'attention…Comme s'il aurait souhaité lire en moi. Sonder mon esprit. Mon âme. Je m'installai face à lui, m'emparant d'une bouchée de céréales. Cette scène semblait être redondante. Sur cette table s'était succédé Alice, Jacob, Charlie, Edward. Sur cette table des révélations avaient été faites, des larmes avaient trouvées refuge sur des épaules, des sanglots avaient retentis. Cette salle était une sorte d'antre des souvenirs.
_Billy n'était pas très enclin à s'y rendre.
Ce nom me ramena à penser à mon meilleur ami. Cet ami qui attendait sûrement de mes nouvelles, qui se doutait fortement de ce qui s'était passé. Comment pourrais-je demeurer avec l'un, vivre avec l'autre ? Etais-ce ainsi que j'allais devoir me partager ? Me revins en mémoire ce rêve, là où j'étais déchirée par deux camps, deux espèces, deux familles. Comment continuerais-je à appartenir aux deux ? Ne serais-ce pas égoïste ?
_Je ne t'ai pas vu ainsi depuis huit mois Bella. Cet éclat dans tes yeux avait disparu, j'ai même cru ne plus jamais le revoir. Tu irradies…d'espoir. Comme si soudainement tu revivais.
Pourquoi mon père devait-il être aussi observateur ? Pourquoi mon père ne pouvait-il pas jouer le rôle du parfait aveugle et sourd ? Comment pouvait-il aussi bien me comprendre ?
_Tu tentes de dissimuler une joie immense sans succès. Tout en toi le hurle.
J'avais donc sous-estimé Charlie. Il décelait mes mensonges, mes humeurs. J'étais si désolée de lui avoir fait subir cela. Lui avoir fait voir mon manoir des horreurs. L'avoir à ce point torturait.
_Tu es de nouveau avec lui.
Une assertion. L'absolue conviction de ses propos ne permettait aucune protestation, aucune contestation. Il savait. Je savais. Je ne pouvais qu'opiner, qu'acquiescer. Relevant les yeux vers deux exactes répliques de mes prunelles, j'affrontais sa déception, son incompréhension. J'affrontais sa colère. Non envers moi mais envers lui. Pour ne pas avoir su m'épargner.
_Oui.
Il secoua frénétiquement la tête, comme refusant cette vérité, espérant dissiper mes mots. Je me sentais vraiment navrée. Mon but n'était pas de le torturer. J'avais juste retrouvé ma vie. Mon âme.
_Comment as-tu pu lui pardonner après tout cela ? Après ce que tu as subit ?
_Il en a parfaitement conscience. Il a souffert presque autant que moi. Cette séparation a été une énorme erreur. Il en a conscience.
Charlie serra les poings alors que sa mâchoire se tendait. Une légère teinte rougeâtre embrasa son visage. Je m'attendais à une explosion mais elle ne vint pas. Il demeurait calme, étrangement. Il ne hurlait pas, ne s'égosillait pas. Se contentant de me contempler avec une certaine amertume. Je sentis les larmes me monter aux yeux. Si une chose était pire que les hurlements chez Charlie, c'était bien les sentiments que laissaient transparaitre ses yeux. Ils avaient exactement la même expression que ce jour-là….Ce jour où, à l'instar de ma mère, je l'avais quitté.
_Comment puis-je t'empêcher de le voir ?
De la détresse mais également de la peur. Il était effrayé à l'idée que je puisse sombrer de nouveau. Il avait surtout peur que je n'y survive plus.
_Tu ne le peux pas justement…Il doit être là où je suis. Il doit se trouver à mes côtés. Nous en avons besoin tout deux murmurai-je.
Il se leva lentement, tentant de contenir sa colère et fit un pas en direction de la sortie avant de s'arrêter.
_Tu ne peux pas Bella…Tu ne peux pas lui pardonner si facilement. Je te revois encore ce jour-là…Je ne veux plus jamais me sentir si impuissant…Etre aussi inutile face à ta douleur.
Je sentis mes joues s'humecter. Voici le premier obstacle, la souffrance de mon père. Comment poursuivre une vie heureuse si je détruisais mon père ? Mais comment vivre avec mon père sans ma vie heureuse ? Cornélien dilemme.
_Je suis désolée Papa.
Il soupira, comprenant ce que ces paroles signifiaient. Ce qu'elle annonçait. Ce qu'elle sous-entendait. Ses poings tremblèrent légèrement. Je pouvais presque voir ses veines à travers sa peau presque parcheminé. Comme celle d'Aro. J'avais si peu considéré mon père que je n'avais pas noté ce changement. La vieillesse, l'épuisement.
_Bien. Ton choix est fait. A présent, en voici les conséquences…
Je fermai les yeux, attendant son déni, sa colère, sa rage. Attendant son rejet. Attendant mon châtiment. Le silence s'éternisa un long moment, j'aurais pu croire qu'il s'en était allé si son souffle n'était pas si bruyant. Rouvrant les yeux, je vis ses épaules s'affaisser, le rendant encore plus abattu. Plus impuissant. Je m'en voulais tant de lui infliger cela. De lui infliger cette douleur. Pourquoi devais-je être si foncièrement mauvaise ?
_Qu'il te rend encore une fois malheureuse et je le traquerais jusqu'à ce que la mort lui paraisse souhaitable…Jusque là, qu'il ne traîne pas dans le coin.
Il se retira sans autre mot, sans autre haine. J'aurais accepté toutes ses réactions sans broncher. Je l'aimais bien plus qu'il ne le concevait. Bien plus que je ne saurais lui dire. La porte de la maison claqua doucement. J'eus la soudaine impression que ce simple geste fit écrouler la demeure tel un château de cartes. Tout avait-il été si précaire ? Ma lucidité s'était-elle accrue depuis la veille ? Avais-je été aussi amorphe pour ne rien voir autour de moi ? Je déposai mon bol à peine entamé dans l'évier. Un courant d'air s'infiltra jusqu'à moi me faisant frissonner. Puis je le sentis. Il était là. Non loin de moi. Tout près. Avant que je ne puisse réagir, je sentis ses bras m'étreindre tendrement. M'étreindre doucement. Ses lèvres caressèrent mon cou dans une salvateur course dont le départ fut me jugulaire, et l'arrivée ma mâchoire. Je laissai ma tête aller en arrière, la posant contre son épaule. J'avais besoin de ce réconfort.
_Je suis désolé mon Ange.
_Ce n'est pas de ta faute. Si tu avais aimé une personne plus saine, tu n'aurais même pas eu à t'inquiéter de cela.
Il resserra sa poigne sur ma taille, réfutant mes propos. Qu'importait ce qu'il pensait, je savais avoir raison.
_Il ne t'en veut pas. C'est moi qu'il souhaite égorger.
Je souris à cette pensée, imaginant tel un manga, Charlie étripait mon aimé. Une image que je me hâtais de dissiper.
_Je le fais tant souffrir. Ma seule consolation est de savoir que bientôt je m'en irai. Je deviendrais ce que tu es, le protégeant de moi.
Une fois vampire, je ne serais plus un fardeau pour personne. Si l'idée m'avait parut improbable il y a quelques semaines, en ce jour elle me paraissait des plus sensés. Edward et moi demeurerions ensembles pour l'éternité. Notre éternité. Je sentis parfaitement ses bras se figer, tout son corps se raidir. Que se passait-il ? Qu'avais-je dit ? Ses lèvres cessèrent leur valse et il s'extirpa de notre étreinte. Que lui prenait-il ? Il m'obligea à lui faire face et je haletais en voyant ses yeux…Sombres. Reflets de son humeur. Il était en colère. Pire. Il était hors de lui. Mais pourquoi ? Ainsi, Edward ressemblait vraiment à un vampire. Magnifiquement dangereux.
_Etre vampire ? Est-ce cela que tu nommes consolation ?
Désarçonnée par sa réaction, par cette question, je le contemplai, amorphe.
_Comptes-tu devenir un monstre ?
Non je désirais devenir sa compagne. Mais peut-être ne le souhaitait-il pas ? Après tout, n'était-ce pas lui qui avait refusé la poignée d'Aro scellant la promesse de ma transformation. Si Edward refusait de moi pour l'éternité, je me rendrais aux Volturis, leur épargnant ainsi un inutile déplacement. Cependant je sentis un frémissement au niveau de ma poitrine. Mon cœur semblait se rendre compte de son erreur. Et si Edward n'avait pas été sérieux ? Je me sentis secouer.
_Bella ! Je ne t'abandonnerai plus. Je te l'ai promis.
_Alors pourquoi réagis-tu ainsi ? Répliquai-je.
Il me relâcha, s'éloignant de plusieurs pas, laissant échapper au passage un grondement. Un grondement bestial, animal. Je m'enlaçai doucement en attente du verdict. Méfiante.
_Bella, tu ne deviendras pas vampire. Je ne laisserai personne t'ôter ton âme. Elle m'est bien trop précieuse. Tu n'as pas à craindre les Volturis, nous trouverons une autre alternative.
_Une alternative où je demeurerais humaine, n'est-il ? Bredouillai-je.
_Evidemment s'exclama-t-il.
Je me figeai. J'avais cru. J'avais vraiment cru en un « nous ». Mais en exprimant l'idée de me voir demeurer humaine, il venait de me considérer comme une simple distraction. Une simple et banale distraction.
_Je vais vieillir, en as-tu conscience ?
Ses traits s'adoucirent et un léger sourire dessina ses lèvres. Un sourire qui glaça mon cœur. N'attendait-il que cela ? Il se rapprocha de moi, lentement, savourant ma torture puis leva ses doigts dans l'espoir d'atteindre ma joue, je reculai de plusieurs pas. S'il me refusait pour compagne, autant ne plus me donner d'espoir. Il soupira.
_Certes. Mais je demeurerais. Sauf si tu attendais autre chose. Une personne plus mâture.
_Tu es absurde. Et si je meurs ?
Il m'étreignit, humant mon odeur. Le bouquet.
_Je te suivrais.
_Dans ce cas.
Je m'extirpai de son étreinte, quittant les lieux. Me suivre dans la mort pour ne pas que je le suive dans la damnation. Edward avait parfois d'étranges raisonnements. Nous voir séparer par la mort au lieu d'unis par la vie. Il me rattrapa, me ramenant doucement vers lui.
_Pourquoi réagis-tu ainsi ?
_Je n'ai été qu'une distraction pour toi. Pourquoi continues-tu à me faire espérer dans ce cas ?
Ses mains s'emparèrent de mon visage, me forçant à contempler son visage déformé par la détresse, la colère, la rage.
_Je ne te damnerai pas.
S'il ne le faisait pas, quelqu'un d'autre le ferait et je l'espérais. Il n'était pas le seul rouage de cette grande machination. D'autres avaient leur mot à dire. J'affrontais une dernière fois ses prunelles, redevenues de délicates topazes. Ses lèvres cherchèrent les miennes un moment.
_N'en parlons plus murmura-t-il.
Il me relâcha. Je pris mon coupe vent, l'enfilais puis me mis à la recherche de mes clés de voiture.
_Que fais-tu ?
_Ta famille sera ravie d'apprendre que pour ton propre intérêt, tu es prêt à décimer une ville. Des innocents.
Sa main d'albâtre bloqua soudainement les miennes tandis que ses doigts frais les emprisonnèrent brusquement. Je ne relevai pas les yeux, peu désireuse d'affronter ses humeurs. Une aura sombre émanait de sa personne. Ce qui était très mauvais signe venant de lui.
_Tu n'es pas le centre du monde Edward. Tu n'es pas l'unique Vampire du comté non plus.
Un nouveau grondement, plus nerveux cette fois, me répondit. Je me sentis soudain soulever du sol avant de me retrouver dans sa voiture, son visage à quelques centimètres du mien. Il s'occupa de ma ceinture alors que je contemplai ses traits. M'en voulait-il ? M'en tenait-il rigueur ? Alors qu'il allait s'extirper, je le retins. Ses prunelles affrontèrent les miennes. Du bout des doigts, je traçai le contour fin de sa mâchoire.
_Tu m'es également précieux Edward. Tu ignores combien. Ne m'en veux pas de vouloir plus que quelques années à tes côtés. Ne m'en veux pas d'aspirer à une éternité pour te contempler. Pour t'aimer.
Il se saisit de ma main, y déposa un baiser.
_Ne m'en veux pas de t'aimer au point de refuser la perte de ton humanité. Tu es innocente. Je ne veux pas avoir à être l'être qui ne t'apporterait que malheur et désolation. Je veux être celui qui te mènerait aux bonnes grâces et non l'excommunié qui provoquerait ta perdition.
Il contourna le véhicule, s'installant derrière le volant. Je tournai mon visage vers la vitre alors que le paysage se mettait à défiler.
_Je préfère la perdition si cela me permets de demeurer…Avec toi Edward chuchotai-je.
Nulle réponse ne me vint. Je n'en attendais pas moins. Edward et moi étions à bien des égards complémentaires. A d'autres, bien trop ressemblant. Tous deux nous étions bornés, fixés sur nos positions. Un nouvel obstacle à notre amour. Arriverions-nous à le surmonter ?
