Point de vue d'Edward :
Pourquoi fallait-il qu'elle soit aussi bornée ? Aussi peu sensée ? Pourquoi fallait-il qu'elle m'aime tant ? Pouvais-je lui en vouloir de désirer la même chose que moi, sa présence éternelle à mes côtés ? Le seul fait était que, bien que doté d'un égoïsme surdimensionné, lorsqu'il s'agissait d'elle, son intérêt prônait sur mes aspirations. Et son intérêt à cet instant, était de demeurer humaine. De conserver son âme. Ce bien dont j'étais dépourvu. Le trajet se fit en silence. Je refusais de me laisser emporter en sa présence, elle était déjà bien trop en danger, c'était pour cette raison que je demeurais silencieux, jetant de vagues d'œil vers sa personne. Elle semblait absorbée par ses pensées. Que n'aurais-je donné pour les entendre ? Pour en avoir connaissance ? Je garai la Volvo près de la Mercedes de mon père et fus en un instant devant sa portière. Elle saisit ma main, la serrant tendrement. Sa peau chaude contre la mienne me fit frissonner. Etais-ce normal pour un Vampire d'être aussi ébranlé par le toucher ?
Ses yeux bruns scrutèrent les miens avec intérêt et appréhension. Deux magnifiques prunelles chocolat, m'envoûtant totalement. Je pouvais percevoir chaque courbe de ses iris, l'infime variation de trajectoire du cercle brun. Je pouvais même apercevoir le plus sombre éclat de ce dernier. Ainsi, à défaut de ses pensées, c'était ses yeux que je « lisais ». Elle rougit face à mon regard inquisiteur. Et je ne pus empêcher un sourire de s'installer sur mes lèvres. J'entendis parfaitement le sang affluer sur ses joues, passant d'une veine à un capillaire. Avait-elle conscience de toute la machination qui se jouait à ce simple phénomène ? Ma gorge me démangea mais cela fut parfaitement contrôlable. L'idée même de goûter à son sang me répugnait. Je l'avais perdu une fois, du moins deux. Cela me suffisait. Mes doigts se posèrent, presque involontairement sur sa joue. Je me testais. Je voulais me convaincre que j'y étais arrivé. Que j'avais su vaincre le vampire qui était en moi. La chaleur que ce geste provoqua en moi, m'électrisa. C'était comme si j'étais le siège de deux antagonismes. Le froid, le chaud. La Glace, le Feu.
Besoin d'un plan pour trouver le chemin de la maison ? *Emmett*
Je retins un grognement. Emmett devait toujours interrompre les plus fondamentaux des instants que je partageais avec elle. Je rabaissai ma main, me contenant de tenir la sienne.
_Sais-tu qu'avec tout cela, je me borne à te faire plaisir ? Peu m'importe ce qu'ils diront. Je ne te damnerai pas.
Un éclat de colère traversa ses prunelles avant de disparaître. Elle haussa les épaules, se contentant d'avancer. Elle était si parfaite. Si supérieure à moi dans de nombreux domaines. Elle savait se maîtriser, elle savait pardonner. Elle me rendait meilleure. Du moins, je me sentais meilleur. Mais que lui apportais-je de bon ? Mis à part mon amour ? Mieux valait m'éviter de telles réflexions, je savais parfaitement où elle m'avait mené la dernière fois. Nous pénétrâmes dans ma demeure. Je pouvais parfaitement deviner la présence de chacun. Carlisle était dans son bureau, faisant les cent pas, Esmé arrosait des plantes derrière la maison, Emmett et Jasper commentaient le match de catch du jour tandis que mes sœurs débattaient sur diverses collections de haute couture. Mon pouvoir et ma nature me permettaient bien des facultés mais me privaient de tant d'autres. Je les hélais un à un, les sommant de nous rejoindre dans la salle à manger, parfaitement conscience de la stupidité de cette réunion. Mais elle y tenait et je ne pouvais lui refuser cela. Je m'étais promis de tout faire pour la rendre heureuse.
Que se passe-t-il ? *Esmé*
Rien qu'une nouvelle lubie de mon aimée, incapable de rationnaliser mais je me contentais de lui sourire. Bella leur expliquerait d'elle-même le but de cet assemblement.
Que venez-vous nous annoncer ? Naissance ? Future Naissance ? Mariage ?*Emmett*
Je sifflai à travers mes dents. Emmett n'avait pas le droit de penser cela. Jamais, il n'y aurait de naissance et y pensais me ramener invariablement à culpabiliser. Je ne lui apportais rien de bon. Mais l'idée de mariage ne me paraissait pas si désagréable, ni dénué de fondement. Je veux dire. Mariage signifiait l'union de deux êtres pour le meilleur comme pour le pire, signifiait l'alliance de deux avenirs, de deux vies devant tous. N'étais-ce pas ce que je souhaitais ? Que tous sachent combien je l'aimais ? Mais un mariage reviendrait à accepter sa damnation. N'y pouvait-il pas y avoir l'un sans l'autre ? Se devait-il que ces deux notions soient intrinsèquement liées ? Je me secouai mentalement la tête. Je ne devais pas y penser. Un autre problème était d'abord à régler. La convaincre de demeurer ce qu'elle était.
Une nouvelle dispute ? *Jasper*
Je niai doucement. Non. Juste deux esprits butés. Deux personnes bornées ayant deux avis partagés, antagonistes. L'esprit d'Alice n'était constitué que de chaos, notre indécision mettait son pouvoir à rude épreuve. Elle me fusilla du regard, je m'en excusai d'un sourire.
Une fois que nous fûmes tous installés, je vis Bella paniqué. Il était vrai qu'elle détestait être le point de mire. Je lui serrai tendrement la main, lui insufflant le courage nécessaire pour effectuer cet acte que je désapprouvais. Elle se leva, titubante avant de reprendre contenance. Comment pouvait-elle être aussi maîtresse d'elle-même ? Elle avait tant changé. Si différente de la Bella d'avant mais si semblable.
_Excusez ce dérangement. J'ai besoin de votre aide. Du moins…De votre écoute.
_Tu l'as entièrement ma chérie sourit Esmé.
Cela sembla rasséréner Bella, qui lui rendit son sourire. Elle prit une profonde inspiration avant de lever les yeux, scrutant ma famille.
_Alice vous a raconté notre périple italien, vous avez connaissance de ce qui s'est dit, de ce qui s'est fait…Des promesses scellées.
Je n'avais rien promis. C'était Alice qui avait tout fait, qui avait tout dit. Je n'avais jamais souhaité tuer Bella. Je ne le souhaiterais jamais.
Sa transformation *Carlisle*
Mon père me fixa attentivement. Il avait deviné et il avait parfaitement connaissance de ma position. Il savait que je refusais de la damner. Il serait mon soutien dans cette bataille.
_Si je suis là, c'est qu'une discorde nous sépare Edward et moi. Nous avons promis aux Volturis que je serais transformée mais je ne souhaite pas l'être par obligation. Ma requête est simple. Souhaitez-vous que je rejoigne votre famille ?
Sa respiration était légèrement saccadée, et les battements de son cœur bien trop erratiques. Elle doutait malgré les apparences. Elle savait que tous me soutiendraient. Que nul ne rejoindrait son rang. Jamais un membre de la famille ne souhaiterait la tuer. Elle leurs était précieuse, tout comme à moi. Ses yeux glissèrent vers moi, en attente de ma réponse. Espérait-elle que j'eusse changé d'avis en si peu de temps ?
_Non Bella. Je refuse que tu deviennes une Cullen de cette manière. Et les Volturis ne représentent pas un danger, nous trouverons un moyen de te protéger en te laissant ton âme. Il suffirait que je te cache, que je te dissimule.
Aurais-tu omis Démétri ? *Esmé*
Je secouai vigoureusement la tête. Démétri était un traqueur, bien différent de James mais j'avais dans l'idée que face à Bella, son pouvoir ne servirait à rien.
_Bella est immunisée contre le pouvoir de Démétri, comme celui de Jane ou le mien.
_Comment peux-tu en être aussi sûr ? S'enquit Jasper.
Je ne l'étais pas. Je pouvais me tromper mais je voulais y croire et cela Jasper le comprit. J'entendis un soupir agacé venant de mon ange et retins un sourire. Elle s'impatientait.
_Edward vous propose une autre alternative, peu sûre, risquée.
_Nous aimons les risques s'exclama Emmett.
J'éclatai de rire. Emmett pouvait être le plus loyal des amis comme le plus agaçant des ennemis. Un allié de taille, une arme de choix. Esmé leva les yeux au ciel alors qu'Alice assénait une légère tape sur le sommet de la tête de notre frère.
Abruti d'Edward*Alice*
Je n'y étais pour rien. Je n'avais qu'émis une proposition.
_Bien reprit Bella.
Elle se tourna vers Esmé, cette dernière lui offrit un large sourire. Je soupirai, je savais que ma mère lui céderait. Elle appréciait bien trop Bella, pour lui refuser un tel cadeau. Cadeau empoisonné.
_Bien sûr Bella. Tu fais déjà partie de la famille.
_Merci Esmé. Alice ?
_Evidemment Bella. Je ne suis pas aussi abrutie que certains.
Elle me fusilla du regard, grinçant des dents.
Ne te sens surtout pas visé petit frère*Alice*
Je pinçai l'arrête de mon nez, dans un geste désespéré. Qu'avais-je fait pour hériter de tels êtres ?
_Rosalie ?
_Excuse moi Bella. Mais, aussi désagréable qu'il m'est de l'avouer, Edward a raison. Je refuse de te savoir damner. J'aurais préféré avoir le choix.
Soutenu par Rosalie ? La dernière personne qui aurait pu me comprendre. J'en fus si surpris que je demeurai un instant, la contemplant comme pour la première fois. Elle baissa les yeux comme désolée d'infliger cela à mon aimée. Peut-être l'avais-je sous-estimée ?
_Ce n'est rien. C'est ton droit le plus absolu lui sourit Bella. Emmett ?
_J'hésite. En devenant vampire, tu seras moins maladroite, comment vais-je me distraire ?
Il fut étonnant de voir sept paires de yeux se lever simultanément vers le ciel dans un concert si parfait, une rythmique, un timing si juste. Emmett partit de son rire tonitruant avant d'enfin apporter sa voix.
_Oui Bella. Je viens être ton allié.
Abandonné par Emmett ? Abandonné par mon propre frère ? Il me le paierait plus tard, j'en faisais le serment. Bella jubilait, trois voix à son actif. Je demeurai patient. Une dernière carte était à jouer bien plus importante que le jeu lui-même. Carlisle. Et Carlisle, jamais ne me trahirait, ne trahirait mes aspirations. Jasper opina puis tous se figèrent alors que j'arborais déjà un vague sourire. Carlisle se tourna vers moi, sérieux, grave. Ses traits ne me rassurèrent pas. C'est alors que j'eus connaissance de ses pensées.
Je n'ai pas le choix. Tu l'aimes, tu la désires à tes côtés. Aucune autre solution ne se dessine à l'horizon. *Carlisle*
Je perdis mon sourire, en assimilant les propos de mon père. De ce mentor que j'avais toujours su apprécier. Comment pouvait-il me dire cela ? Faire cela ? J'avais eu confiance en lui. J'avais cru en lui. Ma main s'abattit sur la table, l'ébranlant fortement.
Bella sursauta.
_Non. Il en est hors de question rageai-je.
Omettant mes contestations, il se tourna vers Bella et opina. Je sentis la colère s'infiltrer dans chacun de mes membres, je le sentis traverser mes membres, engourdir mes doigts, me forçant à relâcher ceux de Bella. Ma vision semblait entachée de rouge. Me levant bruyamment je quittais les lieux.
_Non…Non.
Je me dirigeai vers le salon. Etre en rage près d'elle serait trop dangereux. Je serrai les poings, m'écorchant la peau, sentant mes ongles s'enfoncer au plus profond de mes paumes. Tapant contre le mur, j'y laissais ma trace. Sa faible voix me parvint.
_Quand pouvons-nous nous exécuter ?
Non…Non ! Je me saisis d'un vase et le brisai d'une poigne, éparpillant des milliers de morceaux dans la pièce. Mais rien n'arrivait à me calmer. Je n'avais pas sa maîtrise. Pas la force de concevoir ce qui allait arriver. Bella Vampire ? Non !
_La plus grande discrétion est toute indiquée reprit Carlisle.
Tu as choisit de l'aimer, subis-en dignement les conséquences. *Rosalie*
Tu agis sottement Edward*Esmé*
Ils souhaitaient tuer l'être que j'aimais le plus. Ils souhaitaient qu'elle soit un monstre, qu'elle perde cette humanité qui m'était si chère.
_Je suis tout à fait d'accord. Combien de temps pensez-vous la chose faisable ?
Non ! Je refusais que sa mort soit planifiée. Je revins dans la cuisine et me plantai près d'elle. Près de sa fragilité. Trop près de son frêle acabit.
_Après la cérémonie de remise des diplômes répondit Carlisle.
_Alice pourras-tu t'en occuper ? Questionna-t-elle, indifférente à ma présence.
Je lui saisis le menton, la forçant à me contempler. La forçant à m'affronter. Lui faisant voir l'état dans lequel elle me mettait.
_Non, j'en serais incapable. Désolée Bella.
Ma poigne se resserra sur sa mâchoire. Elle fronça les sourcils, continuant à me fusiller du regard.
_Peu m'importe ce qu'ils pensent grondai-je. Tu ne seras jamais ce que je suis.
Ses mains agrippèrent les miennes dans l'espoir de les détacher de sa sublime peau. Mais j'étais trop fort et trop en colère.
Reprends-toi, tu lui fais du mal *Jasper*
_Très bien. Dans ce cas, préfères-tu t'en aller maintenant ou me laisses-tu le temps de préparer ma souffrance? S'exclama-t-elle.
Je me figeai. Que sous-entendait-elle ? Pensait-elle que j'allais l'abandonner ? Je desserrai ma poigne à ses mots. Comment pouvait-elle penser cela ? Comment pouvait-elle seulement le concevoir ? Son souffle s'accélérait. Son pouls également.
_Que veux-tu dire ? Murmurai-je.
_Lâches-moi Edward.
_Réponds-moi grondai-je.
_Exécutes-toi répliqua-t-elle.
Je vis des perles salées se former aux bords de ses yeux, perler sur ses joues avant de s'écraser sur mes mains, glissant jusqu'à mon poignet avant de percuter le sol dans un bruit mat, audible uniquement pour ma famille et moi-même.
Ne lui avais-tu pas promis de ne plus la faire pleurer ? *Emmett*
J'ignorai sa remarque. Il n'avait pas le droit de me poignarder alors que j'étais déjà sur le sol. Doucement, je relâchais son visage, caressant au passage sa mâchoire rougie par ma force. J'avais été violent, je l'avais presque blessé. Etais-je vraiment capable de tels extrêmes pour sa protection ? Pire encore pour la sérénité de mon éternité ? J'étais bien trop égoïste. M'approchant doucement, je la pris dans mes bras, l'étreignant tendrement.
_Excuse moi. Je n'étais plus moi-même.
Elle ne répondit pas, se contenant de passer ses frêles bras autour de ma taille. L'imaginer Vampire, l'imaginer blême était au-dessus de mes forces. L'imaginer seulement morte me terrifiait.
_Que faisons-nous Edward ? Si tu me refuses l'éternité et que je refuse la vieillesse, que nous reste-t-il ?
Je l'ignorai. J'avais à choisir entre son plaisir, son bonheur et l'éthique, la morale. Si je la transformais, comment arriverais-je à me contempler dans une glace sans me dégoûter ? Sans me cracher dessus ? Il fallait que l'un de nous deux cède. Que l'un de nous deux capitules. Et ce fut avec une profonde douleur que je me rendis compte que je n'avais pas le choix. Tous étaient ligués contre moi. Même la raison me forçait à prendre son parti. Il était vrai qu'en choisissant de l'aimer j'avais signé son arrêt de mort. Je me détachai d'elle, le cœur en lambeaux avant de soupirer. Elle leva les yeux vers moi, et durant un bref d'instant j'imaginais deux topazes me contempler. Comment pourrais-je lui infliger cela ? L'enlever à sa famille ? A ses amis ? Comment l'aliéner ? Son regard suppliant finit par renverser ma volonté. Je pris une profonde inspiration et opinai.
_Si c'est vraiment ce que tu désires….Alors Bella je…Je… Je consens à te tuer.
Elle ne s'extasia pas, ne jubila pas, se contentant de caresser ma joue avant d'y déposer un baiser. Je retins un frisson.
_Merci Edward.
Je la serrai contre moi, humant son odeur, insufflant de la vie à mes poumons. La perspective d'une éternité à nous me réjouissait, malgré la fatalité qui attendait mon ange. Je me « lèverai » chaque matin avec ses yeux comme astres, son sourire comme rayon, ses caresses comme réconfort. Je me « coucherais » le soir avec ses baisers comme berceuse, ses mots comme prière. Et je lui jurerai de continuer à l'aimer. Nous serions l'un pour l'autre, l'unique support, l'unique raison de continuer à croire en l'éternité. Mon étreinte se resserra à cette idée. J'enfouis mon visage dans le creux de son cou. Et sentir sa présence…Et sentir la vie continuait à se débattre en elle. Mais à notre bonheur, serait sacrifié tant d'autres. Celui de Charlie Swan, celui de René et Phil, celui d'Angela, Mike et tant d'autres. Mais surtout celui de Jacob Black. Car bien que je l'eusse haïe, il demeurait son ami. Son sauveur. Son rayon de soleil. Serait-elle prête à tout sacrifier pour une banale éternité à mes côtés ?
_Je t'aime Edward…
Cela te sera-t-il suffisant ?
