Bella :
Parfois, c'est un long chemin à travers la vie que nous rejoignons notre rêve.
[Jacques Chardonne]
Comme une habitude qui ne se perdait pas, comme un reflexe presque inné, je m'accrochais à son cou, me délectant de la vitesse qui enivrait mes sens. Le vent fourrageant mes cheveux, bourdonnant à mes oreilles, giflant mes joues et me plaquant plus encore contre lui. Contre mon havre de paix. Ses mains tenaient mes jambes, et malgré mon jean, j'en ressentais les moindres traits. Son toucher me faisait frissonner et accélérait la chamade de mon cœur. C'était si bon de ne faire qu'un avec Edward. C'était cette impression que j'en avais. Comme si en cet instant, j'étais lui, il était moi. Et un adage me vint soudainement :
« De nos cris de douleur naîtront des mots d'amour. »
Et c'étais si vrai. De ma douleur avait naquit cette si sublime illusion. De ma souffrance, Edward et moi avions été réunis. Mes bras se resserrèrent autour de son cou, ma joue se posant contre sa nuque. J'étais si bien là. Contre lui. Contre son odeur. Je demeurais ainsi un moment bercée par ses mouvements, par le rythme de sa respiration si inutile. Mais surtout par le silence. Le silence de son cœur. C'était comme si je posais ma tête contre un rocher. Aucun écho, et j'eus un pincement au cœur. Je serais si silencieuse. Si vide à l'intérieur. Comment Edward pouvait aimer ? C'était inhumain de poser cette question mais elle me taraudait l'esprit. Peut-être cela appuyait le fait que nous aimions plus par la tête que par le cœur. Ou peut-être étais-ce juste une preuve concrète de la présence de l'âme d'Edward ? Aimer de toute son âme. M'aimer de toute son âme, de tout son être.
L'âme était une représentation de l'esprit. Nous aimions donc vraiment avec la tête. Mais dans ce cas, pourquoi mon cœur était-il si présent lorsqu'Edward était là ? Pourquoi le simple toucher, le simple murmure, le simple baiser, affolait mon cœur ? Un simple organe se pouvait-il d'être aussi vivant ?
Dans ma quête de la vérité, je ne remarquai que plus tard, qu'il avait ralentit. Nous ne devions plus être bien loin, et pourtant il demeurait silencieux comme absent. Avait-il lu dans mes pensées ? Je paniquai à cette idée. Je refusais de le blesser. Il se sentait déjà si peu humain. Je me redressai, posant mon menton sur son épaule.
_Que se passe-t-il ?
Il tourna le menton vers moi, déposant un baiser sur mes lèvres. Il me fit redescendre et me serra contre lui. Que lui prenait-il ? Avait-il sentit un danger ? Victoria ou les Volturi ? Avait-il perçu mes propres pensées ? Comment avais-je pu avoir de telles idées ? J'étais si désolée. Cela n'avait jamais été mon intention. Il me relâcha, me souriant tendrement. Sûrement n'avait-il pas eu connaissance de mes idées ? Son index dessina mes lèvres.
_Je suis juste heureux de te savoir près de moi. Le simple fait que tu sois là me paraît si irréel. Bella, j'aimerais te dire quelque chose, non…ce serait plutôt une demande.
J'étais de plus en plus intriguée. Qu'est-ce qui pouvait bien lui tarauder l'esprit ? Qu'est-ce qui le rendait si étrange ? Que souhaitait-il dire ? Qu'importait sa demande, je consentirais à la lui permettre. A l'exécuter. Il détourna les yeux un moment comme pour chercher ses mots, un quelconque courage. Il ne souhaitait sûrement pas me quitter, vu la façon dont il réagissait. Qu'avait-il ? Etait-il revenu à sa parole ? Ne souhaitait-il plus me transformer ? Etais-ce Jacob le problème ? Je caressai sa joue, lui transmettant mon inquiétude. Il saisit mon poignet, humant mon bouquet. Avait-il soif ? Il rouvrit les yeux, si clairs.
_Bella, tu es ma vie désormais. Non, c'est maladroit, tu es beaucoup plus. Tu es mon éternité, et ces mots prennent tout leur sens maintenant, présentement. Bien que je sois réticent à l'idée de te transformer, je sais à présent, que je n'ai plus le choix…Alors autant mettre un peu d'ordre dans notre vie. Je ne sais pas comment m'y prendre, je n'ai jamais eu, bien heureusement à faire cela, tu es…Evidemment la première…J'ai l'impression d'être encore un adolescent alors que j'ai déjà quelques années à mon actif…
Il se permit un sourire, m'intriguant de plus en plus. Que lui prenait-il ? Je ne voyais toujours pas la cause de tout cela. Toutes ses paroles, bien que touchantes, ne me renseignaient en rien.
_Edward, tu m'inquiètes sérieusement. Qu'as-tu ?
Il retint un rire en caressant le pli qui s'était sûrement installé entre mes sourcils.
_Je t'aime Bella. Je ne peux dire que cela. Et pourtant cela me paraît être un euphémisme. J'aimerais pouvoir te le dire tous les jours, à chaque instant, te le prouver constamment. Je…
Il prit une longue inspiration, tenant fermement mes deux mains entre les siennes, dures et froides. Et pourtant, je sentis parfaitement un léger tremblement. Edward ne tremblait jamais. Edward n'avait jamais tremblé. Edward était infaillible. Peut-être étais-ce moi ? Peut-être étais-ce ma propre peur que je lui transmettais ? Je me rapprochai de lui, fourrageant son regard, espérant pénétrer son esprit. Moi, l'humaine ? Ses lèvres effleurèrent les miennes.
_Je veux que tu sois mienne Bella.
Je m'emparai doucement de ses lippes, espérant cela. J'étais sienne. La moindre parcelle de mon être lui appartenait. Etait-cela ? Avait-il peur de me perdre ? Avait-il peur que d'un coup je refuse de partager son éternité ? J'espérais qu'il trouve cela absurde. Car croire à mon désistement serait la pire idiotie qu'il aurait pu inventer.
_Je veux vraiment que tu sois mienne, Bella Swan murmura-t-il en déposant son front contre le mien.
_Je le suis Edward. Entièrement, tu ne perdras jamais. Je serais bientôt vampire, et nous demeurerons à jamais ensemble. Ne t'inquiète pas de cela. Je t'aime aussi Edward.
Il parut agacé. Non de moi mais de lui. Comme s'il aurait voulu dire quelque chose mais n'y arrivait cependant pas. Comme si, pour la première fois depuis notre rencontre, quelque chose lui échappait.
_Bella…
Il fut interrompu par un éclat de rire tel un aboiement. Que faisait-il là ? De quel droit se permettait-il de perturber notre instant ? Il arrivait toujours au mauvais moment. Et surtout maintenant, Edward n'était pas bien et j'aurais voulu savoir pourquoi. Qu'Emmett aille au diable !
Il déboula à travers les arbres, interrompant notre instant. Je le fusillai du regard, ce à quoi il répondit par un nouvel accès de rire.
_Nous vous attendions, et vous prenez du bon temps. Quel esprit de famille !
Edward gronda en s'éloignant de moi.
_Emmet, je t'avais dit de ne pas les déranger le morigéna Alice, en apparaissant à ses côtés. Elle jeta un long regard à Edward, partageant sûrement des pensées.
_Ce n'est rien Alice, je…je n'y arrivais pas.
Qu'avait-il bon sang ? J'étais jalouse. Jalouse que sa sœur sache ce qu'il le tourmentait. C'était à moi de l'aider. Moi, sa future compagne. Je fronçai les sourcils, quémandant des réponses. Il me sourit, déposant un baiser sur mon front avant de se saisir de ma main.
_Allons-y. Ils doivent tous nous attendre murmura-t-il.
Je le suivis alors. Il marchait à un rythme bien lent. Un rythme humain. Nous n'étions plus très loin. J'aurais aimé le torturer jusqu'à ce qu'il s'exprime mais la présence de sa fratrie me dérangeait légèrement. Je renonçai par un soupir avant de détourner les yeux. Je n'en avais pas finit avec lui. Nous débouchâmes enfin sur le terrain de Baseball, terrain où tout le reste du clan nous attendait.
Edward :
J'avais été si près de le lui demander. Sa main, son cœur, sa vie. J'avais été si près de m'engager. De lui demander d'être totalement mienne, de porter mon nom, ma vie, mes soucis sur ses frêles épaules. J'avais été si près de lui proposer de partager non seulement mon éternité mais tout ce que je possédais. J'avais été si près, si près de lui demander….De m'épouser. Et il avait fallut que je sois faible, que je tremble. Il avait fallu que je sois un adolescent. Que je me comporte comme tel. C'était la plus importante décision que j'avais eu à prendre. J'avis dû peser les conséquences de cet acte, de ce que cela impliquerait pour elle. Je ne voulais pas lui compliquer les choses. J'en avais même parlé à Alice, elle s'était contentée de me dire de suivre mon cœur. Et si mon cœur ignorait quoi faire ? Je l'aimais démesurément et l'idée que nous ayons une éternité de concubinage me dérangeait grandement. J'avais été élevé, régi par divers principes et ma mère Elizabeth m'avait toujours appris à considérer la femme comme un trésor, comme le plus beau joyau. Et je ne pouvais décemment fréquenter ma compagne, en ne la nommant qu'ainsi. Je voulais que Bella soit ma femme. Je voulais la présenter comme tel. Je voulais qu'elle soit mienne. Mais j'avais été lâche, j'avais été faible. Je ne m'étais sentit aussi…Humain.
Elle s'inquiétait de mon état, j'en avais conscience mais il fallait qu'elle soit patiente, qu'elle me laisse le temps d'entreprendre cette démarche. Qu'elle me laisse prendre les rênes et qu'elle suive docilement pour une fois.
Tu y arriveras Edward, sois patient*Alice*
J'opinai discrètement. Je l'avais attendu pendant un siècle, quelques heures ou jours de plus ne me coûteraient donc rien.
Entreprenant Eddie, j'adore*Emmett*
J'ignorai si je devais lui en vouloir. Ne m'avait-il pas donc sauvé de mon malaise ? Ne m'avait-il pas condamné à devoir encore me torturer à l'idée de la décevoir ?
Nous passâmes la couvert des arbres, retrouvant les miens, les nôtres. Esmé sourit en nous voyant, elle ignorait que j'avais été si près de lui apporter une belle-fille.
Si mignons*Esmé*
Je croisai le regard de Carlisle, soucieux. Il voyait bien que j'étais déboussolé. Peut-être aurais-je dû lui en parler ? Je voulais d'abord avoir la réponse de la principale concernée. Je voulais d'abord qu'elle comprenne qu'elle avait le choix, que je ne la forçais en rien, et que même son refus, ne changerait rien à mes sentiments.
Y a-t-il un souci ? *Carlisle*
Absolument rien. Je niai. Je ne voulais les inquiéter. Leur montrer à quel point, je les décevais. J'étais incapable de demander la main de Bella. Incapable de mettre un genou à terre et lui proposer de m'aimer.
_Bien, vu que nous sommes enfin réunis déclara Emmett, lançant un regard appuyé vers moi, soulignant mon retard, nous pouvons commencer.
Je déposai Bella près de ma mère, caressant sa joue. Son regard me scruta un moment, fourmillant de questions. Curieuse Bella. Curieuse mon ange. Je souris, déposant un nouveau baiser sur son front.
_Bonne chance murmura-t-elle.
_Je t'ai comme porte-bonheur répliquai-je.
Elle eut un rire avant de se détacher de moi.
Bourreau des cœurs, je te promets de te faire payer chaque instant que tu passeras avec elle si tu ne rappliques pas *Emmett*
Je levai les yeux au ciel, rejoignant ma base. Emmett avait un comportement sacrément puéril. Je plaignais profondément Rosalie.
Tu parais angoissé Edward, c'est un fait assez rare. Et vu l'attitude distante d'Alice, j'en déduis qu'il se prépare quelque chose. Dangereux ? *Jasper*
Je réfutai sa théorie. C'était cela que j'appréciais le plus chez Jasper, sa capacité à me comprendre, à comprendre mes silences et à ne jamais me brusquer. Tant que nous étions saufs, le reste comptait peu.
_Allons-y lança Alice.
J'opinai. Une fois encore, je partagerai son équipe. En fin de compte, Alice et moi avions toujours formé une équipe. A chaque instant de notre vie commune. Avec le recul, il m'était certain que je représentais pour elle, le frère qu'elle aurait aimé avoir. Et moi l'insupportable petite sœur qui m'aurait permit d'apprécier la vie. J'aimais toute ma famille mais elle, elle avait un statut particulier. Elle était mon soutien. La batte de Jasper projeta la balle bien au-delà du terrain. Aux yeux de Bella, cela devait paraître si rapide, si prompt. Alors que pour les miens, tout se déroulait normalement. Avec une lenteur abordable. Je m'élançai, rapide, vif. Je m'élançai à toute allure. La seule chose dont j'avais un total contrôle. Ma vitesse. J'étais le plus rapide, je l'avais toujours été, au grand désespoir de mes frères. Et pourtant c'était, avec mon piano, ce qui me rassérénait, me calmait. A présent, quelqu'un d'autre avait son emprise sur ce côté impulsif. Et cette personne se tenait à l'autre bout du terrain près de ma mère. C'était en tenant cette balle que je compris. J'aurais inconditionnellement besoin d'elle. Et elle serait là. Pourquoi angoisserais-je ? Pourquoi aurais-je peur de l'inévitable ? Depuis nos premiers moments, nous savions. Nous savions que nous étions plus que des amis, plus que de simples amoureux. Nous savions qu'il y avait autre chose. Qu'autre chose nous lierait. Cela ne serait qu'officialiser les choses.
Edward, où es-tu bon sang ? Emmett a eu le temps de faire trois fois le tour du terrain. *Jasper*
Je retournai sur le terrain, m'excusant piètrement par le fait que j'avais pu voir où elle avait atterrit. Ma famille me contempla étrangement, avant de ne pas plus s'en formaliser. Je tentais de garder la tête dans le jeu mais je n'y arrivais pas. Je voulais avoir l'absolue conviction qu'elle accepterait. Je voulais vraiment qu'elle porte mon nom. J'étais bien heureux qu'un vampire puisse penser à plusieurs choses à la fois. Ainsi je n'attirai que peu d'attentions. Cela n'empêchait Carlisle de me toiser, vraiment inquiet.
Tu es vraiment étrange*Carlisle*
J'en avais parfaitement conscience. J'entendis la voix de ma mère commenter diverses actions, réprimander Emmett pour divers actes de tricheries. Je vis même Alice tenir la batte dangereusement à quelques mètres de notre commun frère. Mais cela n'avait plus d'importance dès l'instant où j'entendis son rire s'élever dans la plaine silencieuse. Son rire communicatif, emplissant ses traits, éblouissant. Je la contemplai alors comme la plus belle merveille du monde. Et elle l'était ma merveille, bien plus précieuse que tout monument. Ce fut au tour de Carlisle de se saisir de la batte. Il sourit à Esmé avant de se préparer au jeu. Serions-nous ainsi Bella ? Je nous imaginais parfaitement, partagés la passion d'Emmett et Rosalie, la complicité d'Esmé et Carlisle mais surtout la profondeur des sentiments de Jasper et Alice. Nous serions une sublime symbiose.
Au bout d'un moment, le tonnerre se tut, nous forçant à cesser le jeu. Contemplant le ciel, je me rendis compte qu'il n'avait pas plu. Le ciel tentait-il de mettre Bella sous de bonnes grâces ? Le ciel souhaitait-il m'aider ? Etait-il d'accord avec mon projet ? Serais-ce ma bonne étoile qui m'envoyait un signe ? Sûrement. Je me tournai alors vers Bella, contemplant sa magnificence. Oui. Je la voulais entièrement. Je souhaitais qu'elle soit mienne. Qu'à chaque réception, chaque visite, je la présente avec ostentation et fierté. Je voulais qu'elle soit ma femme. Je m'avançais donc vers elle, alors qu'elle en faisait de même, toujours soucieuse mais ravie de me voir sourire. Une peur tenaillait mon ventre. Une peur tenante que je ne pouvais omettre mais qui ne pouvait m'omettre. Je me saisis de ses mains et y déposai un baiser sur chacune d'elle.
Maintenant ? *Alice*
Peu m'importait qu'ils soient tous là. Peu m'importait ce qu'ils en penseraient. Il était là mon miracle et je voulais m'en saisir.
_Bella…
Son regard se posa délicatement sur moi. Me rendant encore plus faible, plus humain. Mais je devais le faire, je devais y arriver. Au nom de l'amour que je lui portais, au nom de ce pourquoi je m'étais battu pour être à ses côtés. Je l'aimais démesurément. Il était temps de le lui prouver.
_Mon ange, souhaiterais-tu porter mon nom ? Accepterais-tu d'être mienne en consentant à m'épouser ?
Je vis ses parfaites prunelles s'agrandir. De surprise ? D'effroi ? Je l'ignorais. Je contemplai ses traits qui s'affaissèrent un à un. Elle ne s'attendait pas à cela. Elle ne s'attendait pas à telle demande. Rien de bien étonnant. Un curieux silence s'installa autour de nous. Du moins en apparence.
Tu l'as fait ! Edward, tu l'as fait !*Alice*
Oui j'avais su le dire. J'avais osé, enfin osé. J'avais osé lui prouver mon amour. Prouver à quel point son être m'était précieux. A présent, je me devais d'attendre, d'être patient. Je me devais d'attendre sa réponse. Savoir si mon être lui était précieux.
C'était cela *Jasper*
Comment peux-tu… ? Edward ! *Rosalie*
Avait-elle la moindre idée de combien son avis m'indifférait ? Je savais qu'elle désapprouvait mon amour pour Bella, ma fascination pour Bella, mon égoïsme pour Bella. Mais n'avait-elle jamais aimé ? N'avait-elle jamais su combien l'amour était égoïste ? Et j'avais le droit d'aimer. Et j'aimais Bella. J'aimais cette humaine qui avait eu le malheur de tomber sur moi, dans ce lycée. Que pouvais-je faire ? Ignorer mes sentiments ? Ignorer les siens ? Ne serait-ce pas inhumain ? Ne serait-ce pas inhumain de forcer deux êtres à cause de leurs différences, à ne jamais connaître le plaisir d'être à deux ?
Edward, c'est merveilleux ! Mon Dieu ! Lui as-tu vraiment proposé d'être ma fille ? *Esmé*
Je dus retenir un sourire. Ce n'était pas exactement le but de ma demande. Je n'avais pas vraiment pensé à eux à dire vrai. Mais c'était vrai, j'avais indirectement demandé à Bella de devenir sa fille.
Edward, je ne sais que dire. Tu aurais pu m'en parler bon sang ! Après tout, j'aurais su t'aider. *Carlisle*
Je ne pouvais le contempler à l'instant, absorbé par Bella, mais je pouvais deviner qu'il était ému malgré tout.
Démentielle *Emmett*
Exactement la réaction que j'espérais venant de lui. Une sorte de note d'humour, tentative nous permettant de tous nous détendre.
Le silence de Bella s'étendait, s'étalait immuable. Aucun signe de sa vivacité, de son consentement. Et si elle refusait ? Et si après tout, l'idée de l'engagement ne l'intéressait nullement ? Et si elle souhaitait par-dessus tout, l'immortalité ? Un étrange froid s'installa en moi.
Bella
Sa femme ? Je n'avais pensé à cela. Etre l'épouse d'Edward, l'Adonis, l'Apollon, l'être insaisissable. Et si sa demande me touchait, je ne savais que répondre. Renée m'avait élevé dans un certain dégoût des mariages précoces et à 18 ans, j'étais précoce. Evidemment, l'engagement marital n'avait rien à voir avec l'engagement éternel mais l'épouser me semblait si…Si étrange. J'aurais cru qu'il s'agissait d'une plaisanterie, si son visage n'était aussi sérieux, si le lieu n'était pas si propice. J'étais parfaitement consciente d'être le point de mire de tous les regards. Avaient-ils prévu cela ? J'en doutais. Le silence qui nous entourait était bien trop tendu. C'était comme choc. Comme je le ressentais. C'était cela qu'il souhaitait me dire dans cette forêt avant qu'Emmett n'intervienne. C'était cela qu'Alice savait, ou avait vu. C'était cela. Il m'offrait sa vie au sens humain du terme. Il déposait à mes pieds son avenir. Son éternité. Et même si je m'y étais attendue, savoir que je serais liée par une force transcendante à l'homme de mes rêves me déstabilisait. Je ne savais que dire. Je n'y étais pas prête. A 18 ans…J'ignorai pourquoi mais je ne me sentais pas prête à me marier. C'était comme un froid au fond de moi. Et je voyais dans son regard qu'il espérait. Si je refusais, qu'adviendrait-il de nos projets ? Pourquoi désirait-il plus ? Un avenir à mes côtés ne lui suffisait-il pas ? Pourquoi voulait-il plus ? Je consentis à déceler mes lèvres, que je sentais si pâteuses.
_Edward…Pourquoi ?
Il parut désarçonné. Il était vrai que ce n'était pas la réponse habituelle. Il n'y avait ni de cris de joies, ni d'approbations. Juste une question. Mais mes réactions l'avaient toujours intrigué. Peut-être comprendrait-il celle-là plus que n'importe laquelle ? Il me scruta un moment, hébété. L'avais-je déçu ? Blessé ? Ce n'était pas mon intention. Je voulais juste comprendre. La chamade de mon cœur s'accéléra. Bon sang ! Tais-toi.
_Parce que je t'aime, parce que tu es l'unique personne que je souhaite à mes côtés…
_J'en ai conscience mais pourquoi le mariage ? Je veux dire, nous allons partager une éternité…N'est-ce pas suffisant ?
Je vis parfaitement dans son regard la douleur. J'étais stupide, je ne le méritais pas. Il devait m'en vouloir. J'étais inhumaine de lui faire subir cela. C'était juste que cela me semblait si difficile d'opiner. Comment le pourrais-je ? Comment saurais-je y arriver ? Je l'aimais cela n'était plus à remettre en cause mais le mariage revêtait un étrange voile à mes yeux.
_Bella, être unis à toi par les liens sacrés du mariage me semble tout à fait indiqué. Une éternité de concubinage me parait assez…Désordonnée.
Il n'avait pas tort. Je supposais que c'était normal après tout, j'allais être sa compagne, peut-être qu'épouse était plus abordable. Mais René ? Je ne pouvais décemment pas lui annoncer mon mariage prochain et les ragots. J'étais bien trop jeune. Je ne voulais pas être une de ses filles en cloques se mariant par défaut. Bien que je sache cela faut, cela n'empêchait les rumeurs. Je baissais les yeux, retenant mes larmes. Que pouvais-je répondre à cela ?
_Mon ange, calme-toi. Tu n'es pas obligée de me répondre à l'instant.
Il me proposait un répit. Il espérait un répit. Et si je ne trouvais aucune réponse. Et si au bout du compte, je refusais sa demande, qu'en serait-il ? J'opinai, acceptant ce répit. Nous avions tous deux tants besoin. Jetant un coup d'œil derrière moi, je vis que nous étions seuls.
_Ils ont préféré que cet instant ne reste qu'à nous murmura Edward.
Ils avaient surtout espéré une approbation immédiate et non une longue réflexion sans résultat. Je me sentais encore plus mal, grimpant sur le dos d'Edward. Je ne me sentais plus à ma place en ce lieu. Etais-cela le dernier obstacle ? Il venait donc de moi. Je serais l'investigateur de notre malheur ou l'impulsion de notre bonheur. J'avais besoin de temps. De me retrouver, de savoir si je pouvais y arriver. Etre une…Epouse ? Je retins un frisson. Le chemin se fit en silence, tous deux, effrayés par la même raison, perdre l'autre. Nous arrivâmes chez moi promptement, et il me déposa doucement sur le perron. Charlie était encore debout, le son de sa télévision s'élevait légèrement. Que dirait-il s'il savait qu'Edward avait demandé ma main ? Il s'arracherait les cheveux sûrement. Mon amoureux me fit tourner le menton, ce pendant que son autre main replaçait une de mes mèches derrière mon oreille. Ses prunelles me scrutaient toujours avec cette même inquiétude.
_Prends ton temps Bella. Ne m'en veux pas.
Lui en vouloir ? C'était à moi que je m'en voulais, je n'étais pas saine. J'aurais dû accepter mais, je n'y arrivais pas. Comme si quelque chose en moi m'en empêchait. C'était presque absurde. Il m'embrassa tendrement, me serrant contre lui.
_Veux-tu de moi cette nuit ?
J'avais besoin de penser, de réfléchir. S'il pouvait me permettre une seule nuit, avec mes pensées, peut-être y verrais-je plus claire ?
_Je préférerais être seule.
Il opina, compréhensif, comme d'ordinaire. Et je ne l'aimais que plus alors pourquoi n'y arrivais-je pas ? Oui. C'était si simple. Si évident. Je l'embrassais une dernière fois, signe que rien n'avait changé, que j'avais juste besoin de temps.
_Je ne serais pas loin si tu as besoin de moi.
Je me blottis contre lui un moment avant de devoir le laisser s'en aller.
_Bonne nuit mon ange.
Je lui souris puis m'engouffrer dans la maison. Seuls les ronflements de Charlie m'accueillirent, signe qu'il s'était endormi devant la télévision. J'éteignis ce dernier, secouai légèrement mon père. Il émit quelques grognements, m'arrachant un sourire. Je l'aidais à grimper les marches et le déposai sur son lit. Je n'avais plus l'habitude de voir ma chambre déserte et pourtant, je savais cela nécessaire. Après un regard vers l'extérieur, je refermai la vitre, et me préparai à me coucher. Etre l'épouse d'Edward ? Etre sa femme ? Etre présentée comme telle ? Signe qu'il m'appartenait. Signe que je lui appartenais. Pourquoi pas ? Que manquait-il à ce tableau ? Le consentement de ma mère. Nous étions si différentes elle et moi. Pourquoi son histoire m'arriverait-elle ? Surtout qu'il s'agissait de protagonistes radicalement différents et de situations particulièrement différentes. Je m'allongeai sur mon lit, bien trop chaud. Il me manquait. Atrocement. Je ne pouvais même pas demeurer quelques instants sans lui. Et puis qu'est-ce que cela changerait ? J'allais me damner pour lui. N'étais-ce pas plus fort que le mariage ? Et s'il suffisait de cela pour rendre Edward ? S'il suffisait juste d'un acquiescement, d'une approbation ? S'il suffisait pour son bonheur qu'un léger sacrifice ? Mon nom ? Cela ne serait-il pas plus convenable d'être mariée ? D'être vraiment unis à lui ? Cela ne serait pas plus puissant. Nos liens ne seraient-ils pas plus indestructibles ?
