Chapitre :
« L'amour est éternel, ce n'était qu'un lien inaliénable entre deux êtres, deux âmes, deux destinées. »
Si c'était le cas, si j'aimais vraiment Edward, nous étions déjà liés. Il ne suffisait que d'une officialisation. Qu'une simple formalité.
Le sommeil ne me venait cependant pas. Il était facile, aisé de penser sa vie, de l'imaginer, de se construire un futur à l'aide des couleurs de nos pensées, mais réaliser, accomplir, ce qui était de l'ordre du spirituel était bien plus compliqué. Ce qui me forçait à rester éveillée. J'aimais Edward, irrévocablement. J'aimais la moindre particule de son être. Et porter son nom serait une bénédiction. Mais quelque chose dans mon esprit malade m'empêchait d'opiner si vite. M'empêcher de courir trouver Edward et de le prendre dans mes bras. Je me redressai. 3h00. Même s'il m'avait assuré pouvoir être patient, j'avais l'impression qu'il attentait une réponse promptement. Une réponse que dans quelques heures, j'allais devoir lui fournir. Consciente que je ne retrouverais plus les bras de Morphée, je quittais le chaud abri de mes draps, frissonnant au contact du parquet frais. Tentant d'être la plus discrète possible, je me rendis vers la cuisine. La maison si silencieuse m'apporta une certaine sérénité. Comme si le temps s'était figé. Comme si quelque part, on me permettait un moment de pause. Qu'une brèche s'était installée sur le fil des évènements qui me transportait, qui me ballotait depuis quelques temps.
La lumière établie, mes yeux d'humaine en furent éblouies. Un jour cela cessera, je verrais le monde avec de nouveaux yeux, avec émerveillement, avec fascination. Un jour, je serais forte. Un jour, je serais Vampire. Je serais une Cullen. Une Cullen ? Cela impliquait forcément un mariage avec Edward, bien que je susse qu'il ne me forcerait pas. Etre pour Edward ce qu'Esmé était pour Carlisle, l'amour intarissable, la complicité.
Je me servis un verre d'eau et m'installai sur une des chaises autour de la table. Combien de fois Edward m'avait-il tenu compagnie en ces lieux ? Combien de fois avait-il scruté, fasciné le moindre de mes gestes ? Je lui rappelais son humanité, peut-être le rendais-je plus humain ?
Etre pour Edward, ce qu'Emmett était pour Rosalie, lui apportant réconfort, écoute, présence. Une sorte de roc sur lequel il pourrait se reposer. Ne plus être le boulet, le fardeau.
Je pris ma tête entre mes mains. Bon sang ! Dis-le Bella. Dis-le. Je veux t'épouser. J'accepte d'être ta femme. Dis-le Bella. Tu le veux !
Etre pour Edward ce qu'Alice était pour Jasper, l'âme sœur, l'amie, la personne qui lui ferait oublier sa souffrance, omettre sa douleur.
Etre tout pour lui, à l'instar de ce qu'il était pour moi. Il suffisait de l'avouer. D'opiner. Isabella Cullen. Isabella Swan. N'était-ce pas une seule et même personne ? N'était-ce pas la même âme aimant démesurément Edward ? Qu'est-ce qui serait altéré ? Ma personnalité, mon physique, ce que j'étais, ce que je voulais être. Rien ne changerait. Je serais juste officielle sa femme. Aux yeux des humains, des divinités, je serais sa promise. Mais ce qui comptait le plus était ce que je serais à ses yeux. Pour lui, ce que je deviendrais. Edward avait été élevé selon d'anciennes coutumes. Me demander ma main devait lui paraître une chose des plus normales. Une étape que nous devions franchir, qui s'était dessinée sur notre chemin dès l'établissement de nos projets.
_Ne devrais-tu pas être couché à cette heure ?
Sursautant violemment, je dus tenir mon cœur pour en calmer ses battements. Bon sang ! Ne pouvait-il pas se manifester de manière plus courtoise ? Je fermai les yeux un moment, reprenant mon souffle. Si j'avais succombé à l'instant, il n'aurait eu à se le reprocher qu'à lui-même. Je le sentis plus que je ne l'entendis approcher. Son odeur avait toujours eu une certaine emprise sur moi. Une surprenante emprise à propos. Ses doigts retirèrent ma main de ma poitrine et s'y posèrent. Son contact froid eut meilleur effet sur mon état qui s'apaisa progressivement. Je rouvris les yeux, affrontant ses prunelles emplis d'inquiétudes, des prunelles légèrement mordorées. Que faisait-il ici ? Il m'avait permit une nuit de réflexion. Attendait-il une réponse présentement ? Je n'avais pas eu encore assez de temps…Pas assez de matière. Ses doigts glissèrent vers mon cou, ma mâchoire, lentement, prudemment.
_Excuse moi de t'avoir effrayé…J'étais juste inquiet de te savoir réveiller à cette heure-ci.
_Ce n'est qu'une insomnie.
Ses yeux flamboyants scrutèrent les miens avant de se dérober. Avait-il compris la source de mon insomnie ? Evidemment. Cette demande était dans toutes nos pensées. Nous avions peur de ce que nous pourrions faire, dire. Ses yeux refusaient de m'affronter. Il se taisait. Il attendait.
_J'en suis la cause…Cela n'a jamais été mon intention Bella. J'avais cru…
Je lui relevai le menton, le priant de ne pas se blâmer. La culpabilité avait prit place sur ses magnifiques traits. Non ! Je refusais de voir cela. Il n'avait rien fait de mal. C'était moi qui étais trop étrange. Il émit un soupir comme si rien ne se passait comme il l'avait espéré. Ma main serra fortement la sienne.
_Excuse moi de torturer ton esprit.
_Il était déjà avant que tu n'entres dans ma vie plaisantais-je.
Il se permit un sourire quoique crispé avant de me rapprocher de sa personne et de m'installer sur ses genoux. Son nez caressa mon épaule, je retins un frisson. Ainsi, c'était comme si nous n'étions qu'un. Etreints, aimés. Liés. Nous étions liés par notre amour, notre foi en l'autre, notre besoin intempestif de la présence de l'autre. Nous étions liés par nos rêves, nos projets. Nous ne voulions que l'autre, prêt à cela à tant de sacrifices. Nous étions liés corps et âme. Et cette expression prenait tout son sens en cet instant. Mes bras trouvèrent parfaitement leur place autour de son cou, me permettant de palper ses boucles cuivrées.
_Bella, je veux que tu comprennes que mon but n'était pas de te brusquer. Si tu ne te sens pas prête à cela, soit, j'y consens. Rien ne t'est imposé.
Un ange. Rien de plus. Cependant, je voulais être uni à lui, je voulais partager ce que chaque couple partageait. Je voulais pour dernière expérience humaine, rejoindre sa famille, du moins socialement s'entend. Je voulais exactement ce qu'il souhaitait. C'était juste…J'avais peur. J'ignorai de quoi ? J'avais juste peur. Une angoisse me saisissait les entrailles à la simple idée du mariage. J'aurais souhaité l'omettre mais elle était si présente.
_Tu demeures silencieuse. Je t'en prie, parles, ton silence me tourmente.
Je déposai un baiser sur son front avant d'y déposer le mien, appréciant son odeur, sa perfection. J'avais si mal de lui faire du mal. J'aurais tant souhaité mettre fin à ses peines d'un mot. Je savais en détenir le moyen. Mais je bloquais. J'étais tétanisée à l'idée de prononcer ces simples mots. Je le veux. Je l'avais toujours voulu.
_Bella…
Je souhaitais le dire. Je concentrais toute ma force en cela. Mais rien n'y faisait. Toujours ce satané blocage. D'où venait le problème ? Si tout en moi hurlait son approbation, qu'est-ce qui pouvait le réfuter ? Je savais pertinemment que si j'opinais, un bon nombre de contestataires s'élèverait. Ma mère, mon père…Jake. Etait-ce lui ? Etait-ce lui mon tourmenteur ? Etait-ce pour la sainteté de son esprit que je me détruisais ? Cela serait absurde compte-tenu du fait que bientôt une nouvelle séparation bien plus marquante nous attendait. Je n'étais plus rien pour Jacob Black. Nous ne serions jamais amis. Cela était l'ordre des choses…Je détestais cet ordre. Les paumes d'Edward se posèrent sur mes joues, me forçant à lui faire face, attendant un quelconque signe de mon attention.
_A quoi penses-tu Bella ?
Je niai doucement. Jacob Black faisait partit de mon passé. A cette simple constatation, je sentis mon cœur gémir. Tais-toi. Un curieux silence s'installa entre Edward et moi. Ni froid, ni tendu…Triste. Comme si je venais de briser quelque chose en lui. Je me mis à paniquer. Qu'avais-je dit ? Qu'avais-je fait ? Qu'avait-il entendu ? Ou vu ? Il se redressa, me soulevant sans un mot.
_Que se passe-t-il Edward ?
Il me ramena dans mon antre, me déposant sur le lit. Il me recouvrit de mes draps, puis s'apprêta à quitter les lieux.
_Edward…Qu'est-ce qui te prends ?
Il se figea à demi-chemin de ma fenêtre, toujours close, et prit une profonde inspiration. Je vis parfaitement ses poings se serrer. Bon sang ! Je rejetais mes couvertures, me postant entre la fenêtre et lui.
_Tu devrais te coucher mon ange. Il se fait tard.
_Expliques toi.
Il me contempla un moment avant de s'emparer tendrement de mes lèvres. Que de surprenantes réactions venant de lui ! De sa personne ! Ce fut un bref baiser bien que j'en ressentisse les effets dévastateurs.
_ Je t'aime mon ange. Je ne t'en veux pas.
M'en vouloir de quoi ? Je compris alors. Il avait donc cru que je refusais. Quelle absurdité ! Quelle ignoble naïveté ! Je m'étais engagée à partager son éternité. Comment pouvait-il douter de mon approbation ? Evidemment que j'étais effrayée, mais jamais je ne le refuserais. J'aimais Edward. Je souhaitais faire partie de sa famille, de sa vie, de tout ce qu'il était.
_Parfois, tu es obtus Edward.
Il me considéra, stupéfait. Cela m'irrita davantage, augmentant le débit de mes paroles.
_A t'entendre, tu me penses capable de refuser. Je te croyais intelligent. J'ai juste peur…Peur de l'inconnu, de ce mot mariage, de ce qu'il implique normalement. J'ai peur parce que…Je refuse que cela nous détruise. Pour mes parents…Tout s'est achevé si vite. Je ne veux pas te perdre. Je ne veux pas que tu te lasses de moi…
Au fur et à mesure les paroles débitées, je me rendis compte de l'exactitude de ces dernières. C'était donc cela le blocage. Je ne sus m'arrêter. C'était comme ouvrir une fenêtre, laissant de ce fait l'air s'y glisser.
_Je ne veux pas que tu demeures à mes côtés par obligation. Je t'aime beaucoup trop Edward. Mais si en nous mariant, nous devenions étrangers l'un à l'autre, et si je changeais et toi aussi. Et si tu commençais à me haïr…Et si…
Des sanglots m'empêchèrent de poursuivre, brouillant de ce fait ma vue. Il me prit dans ses bras, me serrant fortement contre lui. Son odeur…Ses bras…Je refusais de tout perdre.
_C'est à toi de devenir obtuse. Le jour où je te haïrais ne viendra jamais.
J'eus un sourire malgré mes larmes. Il prit mon visage en coupe, fourrageant mes prunelles des siennes. La détermination avait remplacé l'inquiétude, la désolation sur ses traits.
_Bella, je t'aime démesurément….Mon amour pour toi me semble même parfois indécent. Je ne peux me lasser de toi, de ta personne, de ce que tu es. Et l'unique raison qui me force à consentir à te transformer est de savoir que je pourrais demeurer à tes côtés à chaque infime instant. De savoir que ce sera toi mon éternité. Tu ignores combien je me sentais vide avant ton entrée dans ma vie. Tu es la consistance même de mon être. Tu es mon essence vitale. Et si je veux m'unir à toi, c'est uniquement pour montrer à tous combien je t'aime, combien j'ai eu la chance de tomber sur toi, et combien tu m'es précieuse.
Mes sanglots redoublèrent à ces mots, étouffés par son torse. C'était comme si je déversais toutes mes inquiétudes, craintes. Comme si je me vidais de cette angoisse qui m'étreignait. Je serrai fortement sa chemise, la froissant de ce fait.
_Quant à notre histoire, elle me semble radicalement différente de celle de tes parents. Nous sommes différents, nos sentiments également. Sans vouloir t'offenser, l'amour que ton père a pu éprouver pour ta mère ne représente qu'une infime part de celui que j'éprouve à ton encontre. Ce serait comme comparer un arbre et une forêt.
Je ris de nouveau, amusée par l'image. Il était vrai que les sentiments étaient différents. Je me sentis d'un coup soulagée. Je pouvais le faire, je pouvais accepter tout ce qu'il me demanderait. M'écartant légèrement de lui, je tins ses mains fermement. M'armant de courage, je déclarai.
_Oui…
_Pardon ?
_Je….Je serais ravie….Ravie de….Je serais ravie de porter ton nom.
Il parut ébahi, surpris, étonné. Comme s'il ne s'y attendait plus, comme s'il pensait ne pas avoir entendu. J'aurais ri si la situation n'était si sérieuse. S'il ne s'agissait pas de notre avenir. Il ressemblait à une statue ainsi. Puis il s'anima, irradiant. Et son bonheur déclencha le mien. Nous ne faisions qu'un. Il me serra fortement contre lui, humant mon odeur, nichant son visage au creux de mon cou, s'enivrant de mon humanité.
_Je te jure de t'aimer aussi démesurément que maintenant éternellement
_Eternellement répétais-je.
Il m'embrassa alors fougueusement, transgressant la plupart de ses limites et m'embrasant de ce fait. Je sentis la chamade de mon cœur s'affoler, le rythme de ma respiration haleter mais surtout je sentis un plaisir non dissimulé à goûter aux lèvres de mon…Fiancé. C'était si étrange mais c'était ce qu'il était dès à présent. Me soulevant d'un bras, je perçus le sol se dérober sous mes pieds avant que mon dos n'entre sur une surface plus confortable et tendre. Je lui souris, ravie de cette entreprise. Devenait-il raisonnable ? Lorsqu'il se contenta de me recouvrir, je sus combien j'avais eu tort. Grincheuse, je croisai les bras fermement contre ma poitrine et lui tournai le dos. Il partit d'un grand rire silencieux, plaisantant de mon malheur. Ses lèvres caressèrent mon cou longuement.
_Tu es épuisée Bella.
_Non…
A peine ce mot prononcé que je ne pus retenir un bâillement. Trahis par mon propre organisme. Fallait qu'il sache ce qu'il voulait. Soit les baisers d'Edward, soit le sommeil. Visiblement, le sommeil l'emporta. Je ne résistai donc pas et me blottis contre Edward. Sa main longea mon dos en un rythme tendre et berçant.
_Je t'aime Bella.
Relevant une dernière fois les yeux vers lui, je lui souris. Il déposa un baiser sur mes lèvres avant de fredonner ma berceuse. Je me sentis transportée par sa voix.
_Je t'aime murmurai-je juste avant de sombrer.
Edward
Endormie ainsi, elle semblait si paisible. Comme si je lui offrais le plus bel abri au monde, mes bras. Comme si j'étais son havre de paix. Et je la contemplai, inlassablement. Se pouvait-il qu'elle eût réellement accepté ? Qu'elle eut consentit à me rendre euphorique ? J'avais du mal à vraiment concevoir le fait que l'ange que je tenais entre mes bras, que je berçais tendrement serait ma…femme. Ma femme. Le simple fait de le dire m'emplissait d'un sentiment étrange. Comme si nous n'étions que nous deux dans ce monde. Comme si elle et moi étions les seuls survivants d'une catastrophe quelconque. D'ailleurs une quelconque chose aurait pu nous tomber dessus que je n'aurais même pas réagit. Nous étions comme englobés dans une aura créée par nos soins. Une aura infranchissable pour les autres êtres qui peuplaient nos vies.
Sa main était négligemment posée sur mon torse, son annulaire toujours vierge. M'en voudrait-elle si je prenais de l'avance ? Si je permettais un écart ?
Détachant une main de sa taille, j'extirpai d'une de mes poches, un écrin. J'aurais aimé qu'elle soit encore éveillée pour la lui enfiler. Cet écrin ne m'avait jamais quitté. C'était le dernier objet qui me restait de mon ancienne vie. La bague de ma mère. Il s'agissait d'une femme merveilleuse. Tendre, douce mais si déterminée. Je me souvenais parfaitement des nombreuses disputes que son obstination occasionnée. Des disputes sans aucune conséquence, compte tenu de l'amour que lui portait mon père. J'aurais aimé qu'elle eût connu Bella, qu'elle eût approuvé mon choix, ce dont je ne doutais point. Elizabeth était une femme juste, belle. Et elle me manquait…Atrocement. Même si Esmé était celle qui depuis avait joué son rôle, elle ne cessait de demeurer en moi. Constituant la plus belle part de moi. Je m'étais toujours assuré que s'il me restait une part d'humanité, elle venait sûrement d'Elizabeth. Seule elle aurait pu résister aux assauts du venin. Si forte qui plus est.
J'ouvris l'écrin et la fine bague apparue. C'était Carlisle qui me l'avait transmise. Ma mère le lui avait confié avant son trépas. Elle était si magnifique, si digne d'elle. Peut-être ne plairait-elle pas à Bella ? Dans ce cas, j'en chercherais une autre. Mais celle-ci avait une immense valeur. Un souvenir me revint. Elle m'avait un jour décrit son alliance en ces termes.
« Edward, une femme est comme cette alliance. Un cœur ovale pour sa tendresse immense, sa générosité grande, sa douceur immuable, son écoute intarissable. Tel un trésor, il se doit d'être recherché, conservé, glorifié. Des pierres rondes inclinées pour l'entourer, pour la protéger. Il s'agit juste de son bouclier. Car pour protéger son cœur fragile, une femme a besoin de moyens. Et si un jour Edward, tu devais aimer une femme d'un amour certain et sincère, assures toi d'abaisser ses pierres rondes, et de devenir le gardien de son cœur ovale. De protéger ce trésor. Mais surtout Edward, montres-en-toi digne. Digne de sa pureté, de son éclat. Telle une alliance. »
Je me saisis de l'annulaire vierge de mon aimé, glissant un regard vers son visage si paisible. Tendrement, je lui enfilais le si précieux anneau. Il irradia contre sa peau pâle, comme s'il venait de trouver son propriétaire légitime. Comme si depuis toujours, cet anneau lui était destiné. Une étrange sensation de plénitude m'envahit. Je n'avais encore jamais aimé quelqu'un comme je pouvais l'aimer en cet instant. Comme je pouvais la vénérer, mon trésor. Mon alliance. Mon aimé.
Bella
Ce fut de longs doigts fins, froids qui m'extirpèrent de mes songes. Mes paupières décloses, je contemplai mon miracle personnel. Edward. Il était éblouissant. Et tout me revint, sa demande, mon acceptation. Etait-ce un rêve ? Je me redressai, tentant de considérer une preuve de la réalisation de ces illusions. Ma chambre me semblait la même. Si ce n'était que la fenêtre demeurait close. Tout avait bien eut lieu. Massant mes tempes, je sentis un étrange poids sur mon annulaire, le contemplant derechef. Oh ! Si je me souvenais de tout ce que nous nous étions dit, cela ne faisait pas partie de mes remembrances. Cette splendide alliance…Se pouvait-il qu'il l'eut glissé sans mon consentement ? Mais je le lui avais donné, dès l'instant où j'avais accepté de l'épouser. Contemplant la fine bague, je ressentis ce même froid qu'auparavant. Cette même angoisse. Cela relevait d'une telle réalité, si tangible.
_Je me suis permis de te l'enfiler durant ton sommeil.
Elle était splendide. Sublime serait plus adéquat. Elle semblait ancienne, ce qui lui donnait tout son charme. Je la considérai sous divers angles, toujours impressionnée. Légère, fine. Elle semblait être taillée pour moi.
Il posa son menton sur mon épaule, contemplant près de moi, cette promesse.
_Elle appartenait à ma mère. Si tu la trouves obsolète…
_Elle est magnifique murmurai-je.
Ses bras enserrèrent ma taille, me rapprochant de lui. Il souleva ma main, l'appréciant sous tous les angles. Je retins de serrer le poing. C'était un léger fardeau sur mon doigt. Un léger poids. Je fus surprise de constater qu'elle demeurerait là pour l'éternité.
_As-tu toujours peur ?
J'appuyai ma joue sur la sienne, opinant doucement. Autant être sincère, il me connaissait. Il saurait.
_Je te promets d'adoucir ton avenir.
Je souris à sa remarque, me blottissant contre lui. Il me berça un long moment, dans le silence qui nous étreignit. La main d'Edward englobait la mienne. Protecteur. Je lui faisais entièrement confiance. Il s'y appliquerait. Je le savais. J'aurais souhaité demeurer toute la journée ainsi. Saisissant brusquement le poignet d'Edward, je vis que j'étais sacrément en retard.
_Merde !
Zut ! Fréquenter Jacob n'avait pas eu que du bon. Edward fronça sévèrement les sourcils à mon juron avant de s'étonner de me voir sauter hors du lit.
_Plaît-il ?
_Il est 10 heures ! Les cours, l'école. Pourquoi ne m'as-tu pas réveillé plus tôt ?
Je dénichai ma trousse de toilettes et des vêtements de rechange avant de sauter dans la salle de bain. J'allais avoir de gros ennuis. Déjà que Charlie et moi entretenions des relations légèrement tendus, savoir que j'avais séché les cours ne le raviraient pas. Me débarrassant de mes vêtements, je me figeai en contemplant mon alliance. Devais-je la retirer ? Devais-je la conserver ? Je savais ces questions totalement sottes, peu importait, je me laissais glisser le long de la porte, ne pouvant détacher mon regard de sa magnificence. Me marier ? J'allais me marier. Moi Bella Swan ? A l'être le plus splendide qu'il put exister. Me marier ? Zut ! C'était quelque chose n'empêche. Isabella Masen Cullen. Mrs Cullen. Bon sang ! Cela semblait si étrange mais…Agréable. Je souris niaisement. Décidément, saurais-je m'arrêter un moment ?
_Je trouve que Mrs Cullen n'est pas si mal murmura-t-il.
Sa voix me parvint malgré l'épais obstacle qui nous séparait. Il était là. A quelques centimètres de moi, partageant mes pensées.
_Je pensais que tu ne pouvais lire dans mes pensées.
Je pus deviner un rire l'étreindre.
_Je ne le peux pas. Mais les imaginer me semble si aisé.
_Que fais-tu derrière la porte ? M'enquis-je amusée.
_Je ne suis pas derrière la porte. Cela serait peu courtois.
M'entourant d'une longue serviette, j'ouvris la porte à la volée avant de le voir tranquillement accoudé contre le chambranle. J'en eu le souffle coupé. Il était si beau. M'approchant de lui, dardant son regard si intense, je posai ma tête contre son torse.
_Menteur déclarais-je.
Son index releva mon menton, cependant que ses lèvres se posaient sur les miennes, hâtivement. Son souffle se mêla au mien, prestement. J'adorais ses baisers, emplis de religion. Ses mains longèrent mes hanches, me rapprochant ostensiblement de lui. Je sentis mon cœur battre frénétiquement. Mauvaise idée. Mon ire ne tarderait à se déclencher. M'appuyant contre le mur, je fus totalement contre lui. Jamais Edward n'avait été si entreprenant. Etais-ce le fait que nous allions franchir une étape décisive ? Que nous étions plus proches que jamais ? Manquant de souffle, je détachai mes lèvres des siennes, alors qu'il parcourait mon cou d'enflammant baisers.
_Reverrais-tu tes limites à la baisse ? Murmurai-je, le souffle erratique.
_Non répondit-il, poursuivant sa douce torture.
_C'est bon à savoir répliquai-je, faible.
Sa peau semblait si froide contre la mienne, chacun de ses gestes provoquait mes frissonnements. Peut-être est-cela qui le força à stopper mon ire ? Son visage n'était qu'à quelques maudits centimètres du mien, et pour une fois, nous étions deux à respirer fortement.
_Souhaites-tu toujours te rendre en cour ?
Au diable tout ce qui ne le concernait pas.
_Après cela, je n'en suis plus très sûre.
Il rit avant de se détacher de moi, je protestais véhément. C'était vraiment injuste d'être priver de lui.
_Dans ce cas, apprêtes-toi, et allons annoncer nos fiançailles.
Je déglutis. Annoncer à qui ? Charlie n'était sûrement pas prêt à l'entendre. Il fallait du temps pour qu'il comprenne l'attachement d'Edward à mon égard. Ma mère ne serait sûrement pas extatique en apprenant la nouvelle. Quant à Jake…Je refusais d'y penser pour le moment. Mieux valait l'omettre. Aussi douloureux soit-il. Il saurait le moment venu. Il comprendrait peut-être.
_Tu penses à ton ami, n'est-il ?
_J'imaginais juste…Si seulement il pouvait comprendre, être heureux de me savoir heureuse. Mais…Il faut que je m'y fasse. N'a-t-on jamais vu un oiseau converser avec un poisson ?
Je ris maladroitement de cette comparaison. Les Cullen nous attendaient. C'était eux qui seraient les plus euphoriques à notre projet. M'engouffrant dans la salle de bain, il me retint.
_Je suis désolé mon ange…Mais un certain ordre fut établit. Je l'ai transgressé en t'aimant mais il demeure. Ton ami et moi ne pouvons nous entendre.
_Si seulement quelqu'un essayait…
_Non Bella, des ennemis naturels ne peuvent se côtoyer, c'est dans notre essence.
J'opinai avant de refermer la porte. Il n'avait pas tort et pourtant, pour une fois, je l'aurais tant souhaité.
oOo
J'étouffai sous l'étreinte d'Alice, encombrante mais ravie. La poigne sincère de Jasper me réchauffa le cœur. Il faisait tant d'effort. Esmé sanglota silencieusement, obligeant mes larmes à se déverser. Emmett, au tact légendaire, en profita pour scander à tue-tête, que le Lion et l'agneau allaient convoler. Edward se retint de lui sauter à la figure lorsque Carlisle vint le prendre dans ses bras. Je n'avais jamais vu Edward si surpris, si…ému. Comme si cette étreinte signifiait beaucoup. Cela redoubla mes larmes. Injuste vraiment que je sois la seule à extérioriser mon bonheur. Le patriarche relâcha mon aimé avec un sourire fier et droit. J'étais sûre que si Edward avait pu, il aurait rougit.
Rosalie fut la seule à demeurer distante. Malgré son sourire, je voyais qu'elle désapprouvait mes choix. Je me tuais par amour. Quelle ignominie ! Pour moi, il s'agissait d'un bel sacrifice. Alice et Esmé prirent de suite l'initiative de tout préparer. Et à cette idée, je déglutis bruyamment. Edward déposa un baiser sur mon front pour m'encourager à tout supporter.
_Ce sera une expérience amusante.
Je l'avais fusillé du regard en suivant sa sœur.
Edward :
Carlisle m'avait enlacé comme un père l'aurait fait. Et pourtant, je m'étais sentit si étrange, comme s'il était vraiment ce père. Et ses pensées, pleine de fierté, m'avaient tant touchés.
Tu y arrivais. Je suis si fière de ce que tu as entrepris. De ce que tu es devenu. *Carlisle*
Esmé, rassurée, attendrie, me glorifia d'embrassades. Son tremplin d'enthousiasme m'amusa.
Une nouvelle fille. Tu as enfin trouvé le bonheur. J'en suis ravie. J'avais eu si peur pour ton équilibre.*Esmé*
Mon équilibre. Avec Bella, je me sentais enfin moi.
Excuse ma froideur, Edward. Permets moi de ne pas féliciter ton égoïsme*Rosalie*
L'être humain était égoïste. Egocentrique. Alors si en étant égoïste, cela me permet d'être humaine, alors j'en suis ravi.
La robe, les fleurs, le traiteur…La date surtout, les invités…Vraiment Edward, tu aurais pu t'y prendre plus tôt*Alice*
Je retins un rire. Excuse-moi Alice de n'avoir fait ma demande que maintenant. Il était vrai que c'était stupide de n'attendre que maintenant.
Eddie va se marier avec l'agneau tant rêvé. C'est si romantique *Emmett*
Je le fusillai du regard. Ne pouvait-il m'épargner en ce jour ?
Félicitations Edward. Je suis ravi de ton initiative. Ton bonheur est plaisant à sentir *Jasper*
Je le remerciai d'un signe de tête avant de me concentrer sur mon miracle personnel qui contemplait avec lassitude ma lutine de sœur. Elle releva les yeux vers moi, et je les vis s'illuminer. Bon sang ! J'avais toujours maudit la damnation. Mais pour une fois, je remerciai Carlisle de m'avoir permit cette longévité. Car grâce à elle, je l'avais connu. Ma Bella. Ma tendre aimée. A l'aube de ma damnation, l'avenir m'était incertain. A l'aube de la sienne, elle ne me rendait que plus humain.
Bella
A l'aube de ma damnation, je lui donnais mon humanité pour profiter de cet avenir encore incertain. A l'aube de ma damnation, je lui promettais de l'aimer éternellement.
Fin
