Coucou tout le monde ?

Je sais que ce chapitre a mis un peu plus de temps à venire (quoi que, une semaine ça reste encore raisonnable… non ?) mais je dois dire que j'ai chopé un vilain rhume qui m'a un peu ralenti et aussi je suis partie ce week-end ce qui n'a pas aidé… Mais sans doute cela sera-t-il pareil pour le prochain chapitre ! Pour la coupure sadique, je tiens ça de Carys (c'est elle qui est la reine des coupures sadiques lol). Pour ce qui est de ce cinquième chapitre, je n'ai pas grand chose à dire… J'espère qu'il vous plaira autant que les précédents, et j'attends vos avis !

Merci à tout le monde pour vos adorables reviews qui me touchent beaucoup, et j'espère qu'il y en aura d'autres pour ce nouveau chapitre ! Encore une fois, merci à Carys pour son aide, mais aussi à Lily qui a eu la patience de me corriger, et pour les futurs chapitres aussi.

Bonne lecture

oxoOoxo

Netherfield Park, le 14 mai

À Miss Elizabeth Bennett,

Je peux parfaitement concevoir, madame, que cette lettre vous surprenne, puisque nous n'avons échangé mot depuis notre départ de Netherfield, fin Novembre. J'ai longuement hésité avant de vous adresser ce courrier, et j'en doute même alors que j'écris ces lignes. Sans doute trouverez-vous ma démarche tout à fait inopportune et indiscrète, peut-être même malvenue. Sans nul doute l'est-elle, mais mon jugement déformé me la fait croire légitime, ou du moins ayant le droit d'exister. Ainsi donc, arrêterez-vous votre lecture ici, ce que je puis parfaitement comprendre.

Les raisons qui m'ont poussé à vous écrire vous paraîtront peut-être bien obscures, et je ne crois point que les exposer soit une bonne idée. Sans doute n'ont-elles rien à faire ici et ne vous importent-elles pas. Ainsi donc, je ne m'attarderai pas sur ce sujet.

Ne croyez pas qu'en vous adressant ces mots, je veuille avoir un quelconque pouvoir d'action sur votre choix, votre vie ou votre avenir. Il n'en est rien, et je n'en ai pas le droit, me semble-t-il, par le fait que nous ne nous connaissons que peu, et que votre vie vous appartient. Cependant, je voulais vous faire part de certaines choses, arrêtez donc votre lecture ici si vous ne voulez pas en apprendre plus.

Elizabeth cessa un instant sa lecture, devant le début de cette lettre qui ne pouvait que fortement l'intriguer. L'écriture était fine, appliquée et élégante, les mots étaient polis, et non-hostiles… Elle trouvait même une certaine hésitation dans ses phrases, hésitation qu'il avait avoué ressentir à mi-mots. Elle avait automatiquement pensé que cela avait un rapport avec ses fiançailles. Il ne pouvait s'agir que de cela, aux vues des relations qui liaient Mr Darcy à son fiancé. Elle jugeait cela indiscret, comme il l'avait si bien dit, mais pensa soudain que, s'il prenait la peine de lui écrire, c'est qu'il y avait peut-être une chose importante dont il devait lui faire part… Elle se mit soudain à douter… Pourquoi Mr Darcy lui enverrait-il une lettre à propos de Wickham ? Si c'était pour lui assurer qu'il ne comprenait pas ce mariage, elle ne voyait pas en quoi cela le regardait.

Mais voilà, cette raison-ci semblait bien improbable. Et si elle ne connaissait que peu Mr Darcy, elle savait pourtant que jamais il ne s'abaisserait à cela il avait de nombreux défauts mais l'indiscrétion n'en faisait pas partie. Et bientôt, le mépris qu'elle éprouvait vis-à-vis du maître de Pemberley fit place à une vive curiosité et à une sourde appréhension. Que pouvait-il avoir à lui dire de si grave ? Quelque chose concernant Wickham qu'elle ignorait ?

Cette hypothèse la frappa alors de plein fouet… Non… Il ne lui aurait pas menti sur ce qu'il s'était passé avec Mr Darcy… Il lui avait cité des noms, des faits précis… Se serait-elle trompée à ce point ? Il n'y avait qu'un seul moyen de mettre fin à ce tourbillon d'interrogations. Alors, elle s'assit sur le lit et poursuivit sa lecture.

J'ai appris par Miss Bingley il y a quelques minutes à peine, vos fiançailles avec Mr Wickham, et la nature privée de ce sujet a été la source de ma longue hésitation. Je suppose que vous avez connaissance des relations passées de Mr Wickham avec ma famille. Cependant, le fait qu'il vous ait raconté la vérité me semble peu probable… Et les termes dans lesquels il vous a expliqué cette histoire ne peuvent être que peu flatteurs pour ma famille. Ceci expliquerait votre profond mépris envers moi, ainsi que d'autres raisons sans doute.

Il ne s'agit pas, madame, de me faire avoir une bonne image à vos yeux, ou de m'excuser de quelque acte que ce soit. J'avais juste la volonté de vous éclairer sur cette affaire, pour que vous connaissiez ainsi la véritable nature de Mr Wickham. Sans doute jugerez-vous ses actes passés bien inutiles à votre vie future et songerez-vous peut-être que le passé appartient au passé.

Une nouvelle pause… Décidément, elle ne savait plus du tout où elle en était… 'La véritable nature de Mr Wickham'… Mais que pouvait-il bien entendre par là ? Quelle était cette nature qu'il disait être si sombre ? Elizabeth ne savait plus qui croire désormais… Les paroles de Mr Darcy ? Ce que lui avait conté Mr Wickham ? Son cœur battait la chamade et elle ne savait plus quoi penser. Cependant, elle poursuivit sa lecture, voulant en apprendre plus…

Ainsi, au fil des lignes écrites par Darcy, elle apprit 'sa version' de l'histoire . Les mots défilaient sous ses yeux à une vitesse impressionnante, devenant de plus en plus confus… Elle ne voulut arrêter sa lecture, de peur de ne plus trouver la force de la reprendre. Elle essayait de faire correspondre ce qu'elle lisait à des faits cohérents, avec une grande difficulté. Elle apprit ainsi tout… Du lien qui unissait le défunt Mr Darcy père à Wickham… De son refus d'entrer dans les ordres, de la compensation pécuniaire que lui avait accordée le fils de son bienfaiteur… Des mois de débauche qui avaient suivi… De ce train de vie si anarchique… Jusqu'à l'épisode de Ramsgate, l'été précédant… De l'enlèvement prédit de Miss Darcy et de la volonté de Wickham de s'accaparer sa fortune… Toutes ces informations qu'elle recevait à chaque fois comme une violente gifl. Puis, elle arriva à la fin de la lettre, en lisant les dernières lignes les yeux embués de larmes.

Voici, madame, le récit des relations de George Wickham avec ma famille. Je suis dans l'ignorance des faits qu'il vous a conté, et je vous prie de croire que mon but n'était pas de vous blesser, ni de défendre mes actions. Je puis, pour l'exactitude des faits, en appeler au témoignage de mon cousin, le Colonel Fitzwilliam. Je vous adresse toutes mes excuses pour les difficultés qui résulteront de cette annonce. Je m'en juge en grande part responsable, car c'est ma discrétion et ma fierté qui ont empêché la révélation de ces faits à votre égard. Je me tiens à votre disposition à Netherfield, si jamais vous voulez discuter de tout cela, mais je conçois bien qu'après cela vous ne vouliez le faire. Encore une fois, je vous prie de m'excuser, madame.

Je vous adresse mes sincères hommages,

Fitzwilliam Darcy.

La lettre retomba sur ses genoux alors qu'elle prenait sa tête dans ses mains… Elle était plus perdue que jamais, et ne pouvait que se souvenir des mots de Mr Darcy…. Elle n'arrivait pas à y croire… Elle ne parvenait pas à réaliser. Impossible… Cela ne pouvait être qu'impossible. Ces faits ne pouvaient être la vérité, ce n'était pas concevable… Mr Wickham… Capable de tout cela… Lui, l'homme qu'elle s'apprêtait à épouser. Sa tête lui tournait et ses oreilles s'étaient mises à bourdonner, annonçant la venue d'une migraine. Elle se laissa retomber sur le lit, complètement désemparée.

Elle resta un long moment ainsi, allongée, à fixer le plafond sans vraiment le voir. Elle essayait de calmer les battements anarchiques de son cœur, et de refouler le mal de tête qui semblait poindre. Elle reprenait difficilement son souffle, comme si elle avait couru et laissa échapper quelques sanglots démunis de larmes. Tout était encore trop récent pour qu'elle ne puisse mesurer ce que cela signifiait. Les minutes passaient avec la lenteur des années, et elle demeurait toujours aussi perdue. Trop emportée par ses sentiments pour avoir un raisonnement constructif et cohérent.

Elle ne sut combien de temps s'était écoulé lorsqu'elle entendit les pas et la voix de Jane dans les escaliers. Comme si cela avait été un coup de fouet, elle se redressa, et cacha la lettre sous son oreiller, ne voulant la montrer à personne, pas même à sa sœur… Pas pour le moment, il était beaucoup trop tôt.

Elle était déjà rallongée lorsque Jane entra, la trouvant pâle et recroquevillée dans son lit. Aussitôt, son aînée fut alertée et accourut au chevet de sa sœur, s'agenouillant près d'elle.

« Lizzy ! Lizzy tout va bien ? »

Elizabeth ne répondit rien, se contentant de relever les yeux vers sa sœur, un regard empli de larmes qui fendit le cœur de Jane. Jamais elle n'avait vu une aussi grande détresse dans les yeux de sa cadette.

« Lizzy, que t'arrive-t-il ? » l'interrogea à nouveau Jane, dont la voix trahissait l'inquiétude.

« Une migraine. » réussit à articuler Elizabeth.

« Une migraine ? » s'étonna son aînée. « Cela a-t-il un rapport avec la lettre que tu as reçue ? » demanda-t-elle d'une voix douce.

« Je… » Commença sa cadette, d'une voix éteinte.

Elle ferma les yeux, une larme roulant sur sa joue de porcelaine. Le pincement qu'elle avait au cœur lui provoquait une douleur presque insoutenable… Mais elle ne voulait pas en parler… Elle ne voulait le dire à personne… Elle voulait juste rester là, allongée… Pour le moment, juste rester là, dans la chaleur de ses draps… Avoir le temps de réfléchir, de réaliser, de prendre des décisions qui lui paraissaient encore insurmontables. Elle avait besoin de temps… Seulement de temps.

Jane vit bien qu'Elizabeth ne désirait répondre à sa question. Son inquiétude n'en fut que plus grande. Pourtant, elle n'insista pas, sachant combien les confidences étaient difficiles à certains moments.

« Veux-tu que je fasse appeler le médecin ? » demanda-t-elle d'une voix douce.

« Non. » réussit à répondre Lizzy. « Je veux juste rester là »

« Veux-tu… Veux-tu que je reste avec toi, Lizzy ? » Questionna son aînée d'une voix encore plus calme.

Elizabeth se contenta de hocher la tête. Jane descendit quelques instants au rez-de-chaussée pour annoncer que Lizzy ne se sentait pas bien, et qu'elle allait demeurer avec elle pour l'instant. Elle demanda à ce qu'on ne lui pose pas de questions, se qui fut accueilli par de vives exclamations de la part de sa mère et un regard inquiet de la part de son père. Jane tenta de les rassurer, et remonta pour retrouver sa cadette.

Elle aida Elizabeth à se changer pour la nuit, et la recoucha dans le lit Elle s'allongea à ses côtés, et se contenta d'être là pour sa sœur. Elle se sentait profondément impuissante et inquiète devant le soudain trouble de Lizzy, mais ne voulait pas la forcer à la confidence. Elle resta là, à la veiller sans relâche, ayant dîné avec elle lorsqu'on leur avait apporté un plateau. Elle finit par s'endormir à son tour, emportée par le sommeil.

XXXXXX

Lorsqu'elle s'éveilla le lendemain matin, sa tête lui sembla très lourde. Elle mit plusieurs minutes à ouvrir les yeux, écoutant les bruits qui l'entouraient avec attention. Le chant des oiseaux au dehors, les discussions de sa famille en bas et le clavecin de Mary furent les principales choses qu'elle entendit. Il devait sûrement être une heure avancée pour que sa sœur cadette soit déjà à jouer. Lydia et Kitty devaient sûrement apprendre leurs leçons… Quant à Jane, elle ignorait bien où elle pouvait se trouver. Elle ne sentait plus sa présence rassurante qui l'avait accompagnée tout au long de la nuit et qui lui avait permis de trouver le sommeil après de longues heures passées à réfléchir. Son esprit était encore trop embrouillé par le sommeil pour qu'elle ne puisse songer à cela, et elle se contenta pour l'heure d'ouvrir les yeux.

Une fois que ce fut chose faite, elle se redressa doucement et embrassa la pièce du regard, se rendant compte que cette dernière était vide. Elle ne le fut cependant pas longtemps, puisque bien vite la porte s'ouvrit sur Jane qui tenait un plateau de petit déjeuner dans les mains. Lorsque l'aînée des Bennet vit sa sœur éveillée, un léger sourire passa sur son visage et elle posa le plateau sur une table avant d'aller fermer la porte et de rejoindre Lizzy.

« Alors, comment vas-tu ? » lui demanda-t-elle, s'asseyant près d'elle et lui prenant la main dans un geste affectueux.

« Mieux. » lui assura Elizabeth, souriante. « Je n'avais besoin que d'une bonne nuit de sommeil pour me remettre de cette affreuse migraine. »

« À quoi cette migraine était-elle due, Lizzy ? » la questionna son aînée. « Tu ne semblais pas si mal en point hier. »

« J'étais fatiguée, je crois. » feignit Elizabeth, plus convaincante qu'elle ne l'aurait cru elle-même. « Toute cette fatigue accumulée m'est tombée dessus d'un seul coup. »

« Vraiment ? » demanda Jane. « Cela n'aurait pas un rapport avec la lettre que tu as reçue en provenance de Netherfield ? »

« La lettre ? Oh non, aucunement Jane ! Ce n'était rien de grave, ne t'inquiète pas »

Elle avait prononcé ces mots avec un petit sourire pour appuyer ses paroles. Elle détestait mentir à Jane, elle n'avait pas le souvenir que cela fusse déjà arrivé, seul une omission quant à l'affaire avec Mr Bingley… Mais là, elle lui cachait volontairement par choix. Seulement, Lizzy ne se voyait pas tout lui révéler maintenant. Elle avait eu le temps de réfléchir, mais elle en avait encore besoin et voulait éclaircir certaines choses avant de prendre une quelconque décision et d'en informer âme qui vive.

« Est-ce pour ton mariage que tu t'inquiètes tant ? » s'enquit Jane.

Elizabeth fronça les sourcils… Son mariage… Cela lui était presque sorti de la tête avec tout ce qui s'était passé. L'organisation de son mariage était bien le cadet de ses soucis, puisqu'il n'y aurait peut-être tout bonnement plus de mariage. Mais avant d'en venir à une solution aussi radicale, elle voulait prendre conscience des faits, et relire la lettre de Mr Darcy, pour réexaminer tout ce qui y était écrit. Elle devait pour le moment cacher la vérité aux autres et… sûrement irait-elle trouver Mr Darcy à Netherfield… Pour avoir un éclaircissement sur certains points, et comme si cela pouvait la conforter dans les décisions qu'elle aurait à prendre… Pour les légitimer et les faire attester par celui qui en était la cause.

« Non, il ne s'agit pas de cela, Jane. » finit-elle par rassurer sa sœur. « Juste un peu de surmenage, je pense… J'irai me balader cet après-midi, le grand air me fera du bien. »

« Bien. » approuva Jane en penchant la tête sur le côté. « En attendant, prends ton petit déjeuner. » indiqua-t-elle en désignant le plateau.

Ainsi, Elizabeth se mit à manger et commença une conversation avec son aînée, comme si de rien n'était. Elles ne parlèrent plus de sa migraine, et Lizzy remercia sa sœur de ne pas avoir insisté à ce sujet. Bien sûr, elle lui raconterait tout, mais pour l'instant elle voulait y songer, comme elle se l'était dit plus tôt.

Sur les coups de onze heures, elles descendirent au rez-de-chaussée, Lizzy rassurant ainsi sa famille. La matinée se termina dans le plus grand calme et le déjeuner eût lieu comme à l'ordinaire.

Cependant, Elizabeth resta songeuse tout au long du début de la journée. Il était difficile de s'arracher à des pensées aussi intenses que les siennes, c'était un fait. Elle essaya pourtant de participer le plus possible à la conversation qui se tenait autour d'elle. Vers deux heures de l'après-midi, elle monta dans sa chambre pour se préparer pour sa marche, n'oubliant pas la lettre de Mr Darcy. Elle indiqua à sa famille qu'elle allait se balader dans les alentours pendant une bonne partie de l'après-midi, et que si son fiancé se présentait, elle leur demandait de l'excuser auprès de lui.

Lorsqu'elle fut sortie des limites de Longbourn, Lizzy savoura les rayons du soleil sur sa peau, comme si elle avait pu y trouver une quelconque source de courage. Elle ferma les yeux un bref instant, humant les parfums délicieux de la nature printanière. Elle écouta le chant des oiseaux, puis après cet interlude, dut se remettre à ses intenses réflexions.

Ainsi, elle sortit la lettre de Mr Darcy, qui était légèrement froissée, et entreprit de la relire avec soin, et le plus de recul possible. Les paroles du maître de Pemberley la saisirent encore une fois au cœur. Elles furent cependant moins douloureuses que la première fois, puisqu'elle y avait été préparée. Elle relut attentivement chaque fait, tentant de les examiner. Elle relut l'histoire de celui qu'elle avait cru pouvoir devenir le compagnon de toute sa vie. Et plus ses lectures se faisaient nombreuses, plus elle se demandait comment elle avait pu se tromper à ce point

Un amer goût de trahison lui restait au fond du cœur… Le fait que Wickham lui ait menti ouvertement restait la chose la plus dure à concevoir. Il ne s'était pas agi que d'un seul mensonge. De nombreuses fois il lui avait parlé de l'histoire qui les concernait, lui et Mr Darcy. Et il avait à chaque fois répété les mêmes faits, dressant un portrait du maître de Pemberley qui n'avait peut-être rien de vrai finalement. Wickham l'avait trompée, trahie, et Elizabeth avait en horreur le mensonge, du moins lorsqu'il concernait des choses aussi graves que celles-ci. Elle avait parfaitement réalisé à présent que son fiancé lui avait délibérément caché la vérité sur une grande partie de sa vie… Elle s'était trompée sur toute la ligne, et son cœur endolori ne pouvait supporter une telle trahison. S'il s'était agi d'un mensonge concernant une autre personne de sa connaissance, elle se serait sentie trahie, mais pas à ce point. Là, il ne s'agissait pas de n'importe qui. Mr Wickham l'avait demandé en mariage… Il lui avait demandé de passer le reste de sa vie avec lui… Mais pourquoi donc ? L'aimait-il vraiment ? Dans ce cas, pourquoi lui avoir menti ? Par peur de son jugement ? Qu'en était-il de ses sentiments ?

C'était ce dernier point qui intéressait surtout la jeune femme. Bien sûr, même l'aveu de sentiments sincères n'aurait raison de cet énorme et blessant mensonge… Mr Darcy disait qu'il n'avait pas cru Wickham capable de changer… Son jugement était-il obscurci par son aversion pour lui ? Ou au contraire Elizabeth devait-elle s'y fier puisqu'il avait grandi avec son fiancé et connaissait sa véritable nature ? Là aussi demeurait une part d'interrogations qu'Elizabeth ne parvenait à éclaircir… Elle aurait peut-être dû aller voir Mr Darcy pour lui demander confirmation de ses dires, même si elle trouvait peu probable le fait qu'il lui ait menti. Elle était prête à croire la réalité des faits qu'il lui avait narrés… Elle ne le croyait pas capable de remettre en question l'honneur et la réputation de sa jeune sœur, lourdement concernée par cette affaire. Non, cela était impossible… Mais ce qu'elle voulait savoir, c'était la nature des sentiments que George Wickham éprouvait à son égard. Elle voulait se faire sa propre idée sur la question, et il n'y avait qu'un seul moyen pour ce faire.

Ils devaient dîner le soir même chez Mrs Forster et son mari, y seraient présents sa famille ainsi qu'une bonne partie du régiment. Là, elle aurait l'occasion d'observer son fiancé sans éveiller les soupçons, et peut-être même lui poserait-elle la question de ses sentiments par un moyen détourné. Elle devrait faire semblant… Elle avait cela en horreur, mais son souhait était en cet instant d'y voir plus clair.

Elizabeth leva son regard vers le ciel azur au-dessus d'elle et poussa un profond soupir de confusion. Cela devait faire près de deux heures qu'elle marchait, et elle jugeait ce laps de temps amplement suffisant. Elle se remit donc en route vers Longbourn, le cœur serré et la peur au fond du ventre… Ce soir, elle saurait.