Hello !

Et bien, je dois m'excuser pour le temps que j'ai mis à poster ce chapitre (près d'un mois… mea culpa). Pourtant j'ai de l'avance, mais entre l'oubli et les vacances… la faute est mienne ! Cependant, voilà le chapitre six… J'espère qu'il vous plaira, car j'ai eu un peu de mal à l'écrire, surtout la première scène…. Pour tout vous dire, j'ai bien peur que l'écriture soit aussi floue que les pensées de Lizzy, mais bon, j'espère que ça ne sera pas si terrible que ça ! Je voudrais remercier Lily pour la patience qu'elle a de corriger mes chapitres bourrés de fautes.

Je voulais aussi vous remercier pour vos reviews. Fanaplume (fidèle comme toujours, ce qui me touche beaucoup ! tout comme tes compliments… j'essaie vraiment de respecter le style de J.A., même s'il demeure des expressions qui se rebellent ! 'goût prononcé pour les complications' ? oui c'est le terme exact, et pour tout te dire, j'ai prévu bien d'autre choses avant qu'ils ne soient ensemble… au point de m'en frustrer moi-même !) Salma (et bien, merci beaucoup pour ta review ! comme je le disais pour la langue, j'essaie de respecter le style du XIX, même si ce n'est pas toujours évident… pour la suite, et bien la voilà, et j'espère qu'elle ne te décevra pas ! et le 'snape' de ton pseudo a un rapport avec HP ? juste que j'adore Snape lol) Fanaplume (tiens, je n'avais pas vu ta deuxième review… ne t'inquiète pas je ne m'arrêterai pas de si tôt !) Mailys (merci beaucoup beaucoup ! et voilà donc la suite désolée encore du retard ! j'espère qu'elle te plaira !)

Bonne lecture à vous.

oxoOoxo

La soirée chez Mrs Forster arriva bien plus vite qu'Elizabeth ne l'avait prévu. Elle était rentrée vers seize heures à Longbourn et avait dû se préparer presque aussitôt. Elle avait écouté d'une oreille peu attentive Lydia et Kitty se chamailler à propos de leurs toilettes tandis que Jane et Mary se préparaient tranquillement. Lizzy eut le temps de réfléchir à ce qu'elle allait faire et se trouvait étrangement sereine alors que l'enjeu de cette soirée était d'une importance capitale. Mais elle savait qu'elle devrait être calme, et faire comme si tout était normal, comme si tout allait bien. Elle connaissait désormais ses objectifs et l'attitude ainsi que les paroles de Mr Wickham seraient décisives pour son choix d'avenir.

La peur qu'elle avait de briser ses fiançailles avec Mr Wickham était apparue vers le début de la soirée, alors que la réception chez le Colonel et sa femme approchait à grands pas. Elizabeth savait qu'elle ne pourrait vivre avec un homme dont elle n'était sûre ni des paroles ni des sentiments. Après tout, il lui avait menti sur sa relation avec Mr Darcy… Il avait bien pu déformer la vérité sur bon nombre de sujets qu'elle ignorait encore. La confiance qu'elle avait mise en lui avait fondue comme neige au soleil, et il en restait juste assez pour lui donner une dernière chance. Elle savait que cette rupture ferait beaucoup parler, puisqu'Elizabeth ne révèlerait jamais l'affaire qui liait Mr Darcy et Mr Wickham. Et on se poserait sûrement beaucoup de questions sur la raison qu'avait eue la jeune Lizzy Bennett d'éconduire un homme aussi charmant que George Wickham. Mais ils ne savaient pas, et ne pourraient jamais savoir. Et la seconde des sœurs Bennett n'allait pas se risquer à vivre un mariage malheureux pour atténuer les rumeurs, le 'qu'en dira-ton'. Sans doute briserait-elle les espoirs de sa mère et peut-être même de son père… Mais personne ne saurait pourquoi… Sauf peut-être Jane et Mr Bennett, les deux personnes dont elle était le plus proche au monde, et dont elle connaissait la discrétion.

En cet instant, Elizabeth se trouvait sur le perron de Longbourn, vêtue d'une robe d'un joli gris perle, un châle noir posé sur ses épaules. Elle attendait patiemment les deux cadettes de ses sœurs, en compagnie de Jane qui, elle, aussi semblait silencieuse. Leur père les accompagnait, et tous trois restaient muets, n'écoutant que peu Mrs Bennett vanter les mérites d'une telle réception, et encore une fois les officiers si charmants du régiment dont le futur époux de sa fille Elizabeth. Ces paroles firent frémir Lizzy, qui n'en montra pourtant rien. Puis, Lydia et Kitty les rejoignirent et tous sept montèrent dans la voiture pour se rendre à Meryton.

Tout au long du trajet, Lizzy ne cessa de repenser à tout ce qui allait se passer ce soir-là, et aux choses qu'elle allait devoir faire et cacher au reste du monde. Garder ainsi un si lourd secret lui pesait, mais elle savait que c'était la meilleure chose à faire et le faisait sans doutes. Elle était étrangement d'apparence sereine alors qu'elle était en fait la proie de doutes et de sentiments contradictoires. Et même si elle pouvait paraître forte et raisonnée en vue des décisions qu'elle avait à prendre, elle n'en restait pas moins la victime de bourreaux tels que l'amertume, la rancœur, la douleur et la tristesse… Un bonheur auquel elle aurait aimé croire et qui s'était évaporé en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire… Elle agissait comme sa raison le lui conseillait, essayant de faire taire les cris de douleur silencieux de son cœur, qui lui ne pouvait plus rien prédire, calculer ou anticiper.

Ils arrivèrent devant la maison du Colonel Forster quelques minutes plus tard, et tous les membres de la famille Bennett quittèrent la voiture les uns après les autres. Elizabeth, qui descendit la dernière,inspira imperceptiblement, et se recomposa un visage neutre avant de rejoindre ses parents et ses sœurs sur le perron.

Ils furent accueillis par l'épouse du Colonel, qui salua chaleureusement Lydia avec qui elle était très amie. Puis, elle introduisit ses invités dans le salon où se trouvait déjà beaucoup de monde, et où résonnait de la musique. Jane demeura avec Elizabeth, alors que Lydia et Kitty retrouvaient des connaissances et que les autres membres de sa famille se fondaient dans la foule. Lizzy chercha son fiancé des yeux. Elle le trouva en pleine conversation avec une autre jeune femme de Meryton qu'elle identifia comme étant Miss Lucy Chase. Cette dernière semblait boire les paroles de Wickham avec une attention subjuguée, ce que Lizzy remarqua pour la première fois.

Bien sûr, elle avait de nombreuses fois vu son fiancé discuter avec d'autres jeunes femmes, mais elle ne s'était jamais posé de questions. Aujourd'hui, les circonstances étaient telles que ses doutes la dépassaient… Mais on ne pouvait pas être raisonnable lorsqu'on apprenait une vérité aussi noire sur son fiancé que celle qui touchait Wickham. Mais elle devait faire des efforts et laisser son comportement être le plus naturel possible.

Elle prit alors congés de Jane et se dirigea vers son fiancé et Miss Chase, les interrompant.

« Bonsoir. » les salua-t-elle en s'inclinant légèrement.

« Miss Bennett ! » s'exclama Lucy, qui pâlit devant la vision de la fiancée de l'homme avec qui elle était en train de converser.

« Miss Chase, vous portez-vous bien ? » s'enquit Lizzy.

« Très bien merci. » répondit cette dernière en retrouvant son aplomb. « Mais je ne vais pas vous déranger plus longtemps, sans doute nous reverrons nous dans la soirée. »

Aucun des deux fiancés ne put dire mot, elle avait disparu. Lizzy porta alors son attention sur Wickham, le cœur battant. Mais cela fut finalement plus simple qu'elle ne l'avait cru. Elle retenait tous ses sentiments enfouis, mais savait qu'à un moment donné tous devraient sortir… Ce temps n'était pas encore venu et ne devait pas arriver tout de suite.

« Comment allez-vous aujourd'hui, ma chère ? » demanda alors le jeune homme à son attention.

« Très bien. » lui assura Elizabeth. « J'ai eu une période de fatigue, mais je me suis reposée. »

« Tout va bien aujourd'hui ? » s'inquiéta Wickham.

« Oui, j'ai les idées plus claires. » déclara simplement Lizzy.

Il fallait qu'elle se retienne absolument de lancer ces phrases à double sens dont elle avait le secret. Elle avait une tendance à la répartie très forte, mais devait ce soir-là la taire pour ne pas éveiller les soupçons. Ainsi donc, elle s'efforça de paraître normale aux yeux de son fiancé et du reste de l'assemblée. Cependant, même si son attitude restait neutre, son esprit lui ne restait pas inactif.

Tout au long de la soirée, elle nota tous les comportements, les paroles et les actes de Wickham, avec une minutie aiguisée. Jamais de sa vie elle n'avait étudié quelqu'un ainsi, même quelques mois plus tôt lorsqu'elle essayait de percer le caractère de Mr Darcy. Elle voulait savoir, être sûre que les décisions qu'elle allait prendre seraient les bonnes. Malgré elle, elle voulait encore croire que Mr Wickham tenait sincèrement à elle, qu'il l'aimait et serait prêt à faire des concessions pour que tous deux vivent heureux. Elle voulait encore y croire, même si tout espoir semblait vain et inexistant. Et plus son examen avançait, plus son idée se concrétisait à son plus grand désarroi.

Elle nota avec désappointement, que son fiancé ne lui adressait aucun regard affectueux ou aucun geste tendre. Bien sûr, il était prévenant avec elle, et essayait que tout se passe bien autour d'eux. Il tentait de la faire rire quand il la trouvait morose, la rassurait quand elle était craintive. Mais jamais il ne lui avait adressé de gestes tendres ou de paroles qui aurait pu trahir un amour profond pour elle. Elle savait que les gestes entre deux fiancés étaient souvent bien chastes… Mais il y avait une différence entre la chasteté et l'absence d'affection. Jamais il ne lui avait pris la main, jamais il ne lui avait dit qu'il l'aimait… Et elle n'arrivait pas à se souvenir d'une fois où il lui avait dit la trouver en beauté. Rares avaient été les fois où il lui avait fait un compliment sur sa toilette ou une remarque sur le fait qu'elle était ou non ravissante. Lizzy n'attachait pas trop d'importance à tout cela, mais pourtant n'était-ce pas ce que faisaient les gens amoureux ?

Elle ne se serait pas arrêtée à cela s'il n'y avait eu que ce simple fait. Elle se serait bien contentée de l'entente et de la complicité qui régnaient entre eux. Seulement, il y avait aussi ce mensonge… Et les raisons obscures de sa demande s'il ne s'agissait d'amour… Finalement, peut-être que l'Elizabeth romanesque rêvant de l'amour parfait n'avait pas totalement disparu. Peut-être avait-elle accepté d'épouser Mr Wickham en se trompant sur la profondeur des sentiments qui les unissaient.

Elle passa toute la réception à réfléchir, chaque seconde de son temps étant consacré à ses pensées. Elle ne pouvait, et ne voulait s'en détacher. Tout lui apparaissait tellement simple qu'elle se sentait bien ridicule de s'être laisser ainsi amadouer… Mais une phrase de la lettre de Mr Darcy revint alors à sa mémoire 'je comprends que l'on puisse être trompé par Mr Wickham si on ne le connaît pas. Ses manières et ses paroles sont tout à fait charmantes et ne vous blâmez pas de vous êtres trompée sur le compte de cet homme.' Peut-être avait-il raison…. Après tout, personne n'avait conscience de qui était réellement Mr Wickham. Elle avait manqué de discernement, comme toutes les personnes présentes ici et aux alentours… Sauf que désormais, elle connaissait la vérité.

Vers le milieu de la soirée, alors que le repas venait de s'achever, Elizabeth s'éclipsa volontairement, sachant parfaitement que Mr Wickham la rejoindrait. Elle n'avait aucune idée de comment elle allait faire avouer ses sentiments à Mr Wickham. Comment pourrait-elle forcer cet homme à dire ce qu'il éprouvait pour elle ? Une seule idée lui était venue, et elle ne lui plaisait pas du tout… Le seul moyen était de le mettre face au fait accompli, ce qui se résumait pour elle au fait d'avouer des sentiments qu'elle espérait encore ressentir mais qui semblaient bien faibles. Elle aurait peut-être pu se passer de cela, laisser ses conclusions la guider dans ses choix. Mais elle voulait être sûre… être sûre qu'il l'aimait, ou pas. Savoir si elle devait reprendre son bonheur futur en connaissance de sentiments sincères. Ou alors si elle devait se résoudre à tout stopper, et à faire le deuil de cette histoire avortée, de cette trahison et de cette méprise qui lui avaient brisé le cœur,.

Elizabeth se rendit donc à l'extérieur, la fraicheur nocturne lui faisant du bien. Elle remit un peu son châle sur ses épaules et fit quelques pas dans la cour qui se trouvait devant la maison des Forster. Elle contempla le ciel étoilé avec un sentiment de peur au ventre, mais une étrange certitude qui comblait toute sa tristesse et lui permettait de se contenir… Le calme avant la tempête selon un vieil adage…

Mr Wickham ne mit pas longtemps à la rejoindre, comme elle l'avait prédit. Il se plaça à ses côtés, et Lizzy posa son regard sur lui.

« La nuit est belle. » déclara-t-elle simplement, fixant à nouveau son attention sur les étoiles.

« Il est vrai. » reconnut Wickham, ne saisissant pas l'instant de romantisme que sa fiancée essayait de créer. « Passez-vous une bonne soirée ? » s'enquit-il.

« Oui, merci. » répondit simplement Elizabeth en détournant son regard du ciel noir d'encre. « Et vous ? »

« Également. » lui assura le jeune homme. « Mais… Vous me semblez bien songeuse ce soir. »

« Vraiment ? » feignit Lizzy avec un léger sourire. « Cela fait la troisième fois en deux jours que vous me le faîte remarquer. » plaisanta-t-elle.

« Peut-être parce que c'est le cas. » répondit Wickham en hochant la tête.

« Je l'avoue. » finit par convenir sa cadette, réfléchissant à toute vitesse à la tournure qu'allaient prendre les choses si elle poursuivait sur cette voie.

« Qu'est-ce qui vous préoccupe ainsi ? » demanda Wickham en se rapprochant d'elle.

« Il y a… Il y a une chose que j'aimerais vous dire, mais j'ai peur. » Répondit Elizabeth, troublée par ce qu'elle était sur le point de faire.

« Laquelle ? Vous pouvez tout me dire, n'en doutez pas. » Lui assura Wickham avec ce qu'elle espérait être de la douceur dans la voix.

« Je… je vous aime. »

Elle lâcha ses mots comme s'ils lui avaient brûlé la gorge, espérant que son aversion envers son fiancé n'était pas trop perceptible. Elle détourna le regard, envahie par une foule d'émotions sans doute trop fortes pour être refoulées. Elle y était. En cet instant, sans s'en rendre compte, ils jouaient leur histoire leur avenir. Elle avait le cœur battant, comme un condamné attendant la sentence. Elle aurait peut-être dû lui dire la vérité… Lui dire qu'elle doutait, et qu'il lui fallait une preuve d'amour… Jouer la carte de l'honnêteté finalement. Mais elle ne l'avait pas fait… Voulant être sûre, le savoir d'elle-même… Et qu'est-ce qui lui aurait assuré qu'il lui dise la vérité si elle avait choisi cette autre solution ? Elle lui avait avoué des sentiments en suspens. Mais s'il y répondait comme elle l'espérait, elle saurait pardonner. S'il l'aimait d'un amour sincère et profond, elle saurait l'aimer et lui pardonner. Ne resterait-il pas une once de rancœur ? Une once de doute quand à la sincérité de ses sentiments ?

Lizzy osa alors accorder un regard discret à Mr Wickham, qui semblait bien surpris. Il n'avait dit mot, et la regardait fixement, comme si elle avait dit une chose étrange et surprenante… Le cœur d'Elizabeth se fendit… Il évitait son regard, il n'avait rien répondu…. Elle ravala sa salive avec difficulté, et le retour de cette boule dans la gorge…

Ce fut à cet instant que Lydia et Mrs Forster arrivèrent, discutant joyeusement. Lorsqu'elles virent les deux fiancés, elles s'approchèrent d'eux. Leur hôtesse leur demanda si tout allait bien, et Elizabeth finit par répondre que oui, et entra prestement à l'intérieur ne pouvant supporter davantage le mutisme de son fiancé.

Le reste de la soirée lui sembla s'écouler avec la lenteur des années, et le non aveu de Mr Wickham avait eu le temps de faire son chemin dans son esprit. Il ne l'aimait pas… Il ne pouvait pas invoquer la surprise, il ne pouvait pas argumenter avec une chose aussi importante. Si elle n'avait pas eu vent de toute la vérité les concernant, elle lui aurait forcément adressé ces mots… Ils étaient fiancés depuis trois mois, il était, pour elle, évident que ce n'était ni la surprise, ni la timidité qui l'avaient empêché de répondre… S'il l'aimait vraiment, il lui aurait retourné l'aveu de ses sentiments tout simplement.

L'attitude qu'il eût durant le reste de la réception ne fit qu'accentuer les impressions d'Elizabeth. Il se montrait courtois et enjoué avec tout le monde, mais prenait bien garde à éviter son regard. Il ne lui adressa pas la parole une seule fois, et même lorsque sa famille et elle durent partir, cela fut la même chose. Il salua ses sœurs et ses parents, et ne lui adressa qu'un 'bonne nuit' et une révérence… Pas de geste, de parole ou de regard tendres. Ses yeux étaient vides de tout sentiment. Il agissait avec une réserve qui n'avait rien à voir avec de la timidité c'était une réserve sentait le doute, la surprise, la méfiance et une parcelle de reproches.

La nuit ne fut pas de tout repos pour Lizzy, et elle devint de plus en plus blanche au fil des heures qui s'écoulaient. Elle songeait à la manière dont son histoire avec Mr Wickham avait chaviré du jour au lendemain… À ces sentiments qui n'avaient probablement jamais existé dans le cœur du jeune homme… À sa tromperie… À la trahison qui avait sonné le glas de leur union à venir. Des pensées bien noires qui emplissaient son cœur au fil des heures… et elle ne s'endormit finalement pas, aux prises avec des sentiments destructeurs.

XXXXXX

La journée commença difficilement pour Elizabeth qui avait désormais bien du mal à cacher ses sentiments. La matinée lui avait semblé longue et elle menaçait de s'endormir à tout instant à cause du manque de sommeil dont elle souffrait. Elle resta la plupart de son temps dans la bibliothèque à lire, arrivant elle ne sut trop comment à se laisser captiver par l'ouvrage qu'elle tenait entre les mains. Elle déjeuna avec les autres membres de sa famille, se mêlant à leur conversation qui lui changea les idées. Puis, vers le début de l'après-midi, elle prit la décision de se rendre à Netherfield. Elle voulait désormais parler à Mr Darcy, elle ne savait pas vraiment pourquoi. Peut-être parce qu'il était le seul à être au courant de son terrible secret… De Wickham et des raisons qui la poussaient maintenant à le haïr… Une haine qui naissait progressivement dans son cœur, alimentée par une rancœur et une tristesse tenaces. Elle discuta donc un peu avec Jane pour ne pas éveiller les soupçons et se mit en route vers la demeure de Mr Bingley, priant pour ne pas croiser Wickham sur son chemin.

Il n'en fut rien, et elle arriva à destination vers le milieu de l'après-midi. Les trois miles qu'elle avait parcourus lui avaient remis les idées en place, et elle pouvait désormais arborer un visage tout à fait serein, bien qu'elle ne le soit pas du tout. Elle remit un peu d'ordre dans sa robe couleur crème en arrivant, et monta les marches qui la menaient à la grande porte de Netherfield. Un domestique vint l'accueillir et lui demanda la raison de sa venue. Elle expliqua qu'elle voulait voir Mr Darcy. Le domestique hocha la tête et l'introduisit dans la salle à manger, où se trouvaient seulement Mr Bingley et Mr Darcy. Elizabeth fut surprise – mais également soulagée – de ne pas trouver Mrs et Mr Hurst ainsi que Miss Bingley.

Dès que le domestique avait annoncé leur visiteuse, la correspondance qu'il était en train de lire lui avait tout à coup semblé dénuée de tout intérêt. Elizabeth Bennett… Ici… Bien sûr, il n'avait pas montré ses doutes, et s'était contenté d'échanger un regard surpris avec son ami qui s'adonnait à la même activité que lui.

Bingley et lui se levèrent pour aller accueillir leur visiteuse.

« Miss Bennett ! » la salua Charles avec un sourire chaleureux. « Quelle surprise de vous voir ici ! Je suis ravi de vous revoir. »

« Moi également, monsieur. » assura Lizzy avec un sourire. « J'espère que je ne vous importune pas… J'aurais peut-être du prévenir de ma visite. »

« Non, ne vous inquiétez pas ! » lui certifia le locataire de Netherfield avec toute sa gentillesse habituelle. « Mais… Si je puis me permettre, qu'elle est la raison de votre visite ? »

« Et bien… » Hésita un instant la nouvelle venue. « Je voulais savoir s'il était possible de m'entretenir en particulier avec Mr Darcy. » finit-elle par répondre en fixant son regard sur le maître de Pemberley.

« Oui, naturellement. » accepta ce dernier avant que Bingley n'ait eu le temps de répondre. « Vous nous excusez ? » demanda-t-il à l'adresse de son ami.

« Oui… Bien entendu. » Réussit à articuler un Bingley plus que stupéfait.

Elizabeth lui adressa une légère révérence et suivit Darcy dans le couloir, puis dans un des salons de la demeure qui était inoccupé. Il ferma la porte et se retourna vers Elizabeth qui admirait la décoration de la pièce.

Le cœur de Darcy s'était mis à battre plus fort lorsqu'elle avait demandé à s'entretenir avec lui. Il redoutait cet entretien comme la peste, ne sachant comment Miss Bennett avait pris sa lettre. Ces deux derniers jours n'avaient été qu'interrogations intenses et prédictions sans fondement. Il avait imaginé tous les scenarii possibles et ne savait finalement pas lequel était le plus plausible. La rancœur ? Un sermon ? Du mépris ? De l'indifférence ? De la tristesse ? Du désarroi ? Comment avait-elle abordé ce qu'il avait révélé dans sa lettre ?

Elizabeth finit de contempler la pièce, et se retourna vers Mr Darcy, lui adressant un sourire où il sembla déceler de la timidité… De la timidité chez Elizabeth Bennett ? Jamais il ne l'aurait cru possible.

« J'espère que je n'interrompais rien d'important. » commença-t-elle, comme pour combler le silence qui s'était installé entre eux.

« Non, rien d'important. » lui assura Darcy. « Les affaires dont je m'occupais peuvent bien attendre. »

« Bien… » Souffla simplement Elizabeth, démunie de mots. Mais un nouveau silence s'installa entre eux. « Mr Darcy je… »

« Miss Bennett je… » Dit Darcy en même temps qu'elle, ce qui les emplit de gêne tous les deux. Mais le maitre de Pemberley l'invita à continuer.

« Je… Je suis venue pour vous parler de votre lettre. » Finit-elle par déclarer, retrouvant son aplomb « Mais je suppose que vous vous doutiez de cela, n'est-ce pas ? »

« En effet. » approuva Darcy en haussant les épaules.

« Je dois bien vous avouer qu'au départ j'ai été un peu surprise. » lui avoua-t-elle en prenant place dans l'un des canapés, bientôt imitée par son interlocuteur qui s'assit en face d'elle. « Cela faisait près de six mois que nous ne nous étions pas vus. »

« Je comprends parfaitement. » lui assura son vis-à-vis.

« Mais… Lorsque j'ai lu la suite, cette première impression de surprise a bien vite disparue. » Poursuivit la seconde des demoiselles Bennett. « Jamais je ne me serais attendue à cela en ouvrant votre lettre… Mais pour être tout à fait honnête avec vous, après de longues réflexions, j'ai cru en la vérité des faits que vous y avez rapportés. » Termina-t-elle, plongeant ses yeux dans ceux de Darcy.

Ce dernier fut un peu décontenancé par la franchise de cet aveu. Il ne s'était décidément pas attendu à cela. Elle accordait du crédit à tout ce qu'il lui avait raconté ? Elle ne le remettait pas en cause ? C'était… Inattendu, oui c'était bien le mot qui convenait.

Elizabeth rompit leur contact visuel, et se leva se mettant à faire les cent pas dans la pièce sous le regard attentif de Darcy.

« J'ai pris en compte vos paroles, et durant la journée qui a suivi, j'ai bien songé à tout cela et observé attentivement le comportement de Mr Wickham. » déclara-t-elle sans le regarder, semblant parler en même temps qu'elle réfléchissait. « J'en suis venue à la conclusion que j'avais été trompée, que j'étais tombée dans son piège. »

« Je ne puis vous blâmer pour cela, Miss Bennett. » la rassura Darcy. « J'ai moi-même été trompé une fois par Mr Wickham, et je sais ce que cela peut faire… Du moins à une échelle moindre puisqu'il ne s'agissait pas de sentiments aussi forts que les vôtres. » Ajouta-t-il, se justifiant.

« Merci. » souffla Lizzy, reconnaissante. « Mais je me sens profondément humiliée de m'être ainsi faite manipuler… Je n'arrive même pas à comprendre pourquoi il a voulu m'épouser alors qu'il ne m'aime pas. » Soupira-t-elle, plus pour elle-même ne se rendant que peu compte qu'elle se confiait à Mr Darcy alors qu'elle ne le connaissait pas et qu'elle était d'ordinaire si peu portée sur la confidence.

Elle releva alors les yeux vers son interlocuteur qui était apparemment surpris. Sans doute était-ce par la certitude avec laquelle elle avait assuré que Wickham ne l'aimait pas.

« Cela vous étonne t'il ? » lui demanda-t-elle alors.

« Je dois dire que… Connaissant Wickham, non. » Finit-il par avouer, détournant un instant le regard. « Et je ne peux m'empêcher de me sentir responsable de tout cela. » reconnut-il, comme il l'avait fait dans sa lettre.

Depuis le début de leur entrevue, Lizzy avait remarqué l'hésitation dans le comportement de Mr Darcy, attitude qui tranchait avec la hauteur et la froideur qu'elle lui avait toujours connues. Lors des nombreuses relectures qu'elle avait faites de sa lettre, elle avait remarqué le ton hésitant, et emprunt d'excuses de son émetteur. Il paraissait fautif, et finalement, Elizabeth ne le trouvait en rien responsable. Elle avait longuement cherché à savoir si elle lui en voulait, mais ce n'était pas le cas… Au début sans doute, car il avait fallu qu'elle en veuille à quelqu'un. Mais à présent, toute sa haine était dirigée vers Wickham. C'était lui qui l'avait trompé, lui qui lui avait menti et caché la vérité sur son passé et ses sentiments… Et quoi d'autre encore. Alors non, finalement elle n'en voulait pas à Darcy. Il lui avait ouvert les yeux pour une raison qu'elle ignorait encore, et ignorerait peut-être toujours.

Un nouveau silence s'était installé entre les deux vis-à-vis, sans qu'aucun des deux ne viennent le troubler. Chacun était perdu dans ses intenses réflexions semblait-il et Lizzy se demanda alors si elle devait faire part de sa décision à Mr Darcy. C'était au départ pour cela qu'elle était venue, comme pour se conforter dans cette décision. Mais elle se rendait alors compte qu'il s'agissait d'un sujet bien trop personnel pour être abordé avec un inconnu tel que lui… Pourtant, elle n'aurait su dire pourquoi, elle lui faisait confiance. Après tout, ne lui avait-il pas confié une affaire hautement privée en lui relatant la relation qu'avait Wickham avec sa jeune sœur, Miss Georgiana ? Assurément que si. Et elle savait et connaissait la discrétion dont le Maître de Pemberley savait faire preuve.

« Je ne peux vous en tenir responsable, Mr Darcy. » finit-elle par déclarer, brisant le silence. « Vous ne pouviez savoir les liens qui m'unissaient à Mr Wickham, et je peux comprendre que, par la nature privée de votre révélation, vous ayez hésité à me la dévoiler. Et je ne pourrais vous en être que reconnaissante. » Acheva-t-elle, baissant les yeux. « Désormais, je vais devoir parler à Mr Wickham, et j'ai pris la lourde décision de briser nos fiançailles. »

Darcy la regarda intensément, troublé par ses paroles. Il n'ajouta rien, puisqu'il n'y avait rien de plus à dire. Elle l'avait remercié… Remercié d'avoir brisé ses rêves et ses espoirs de bonheur… Mais sans doute ne le voyait-elle pas ainsi. Sans doute – sans nul doute même – leur vision sur ce point-ci concordait. Comme lui, elle avait vu en cette révélation, l'occasion de lui ouvrir les yeux sur la nature sombre de son fiancé. Mais ce qui troublait le plus le maître de Pemberley était bien le fait qu'elle l'avait remercié directement, lui affirmant sa gratitude. Son amour pour elle ne pouvait en être que plus fort, même s'il devait être tu pour le moment. Il ne savait pas s'il aurait un jour le droit et l'occasion de lui révéler ce qu'il éprouvait pour elle, mais si cela devait arriver, il en serait le plus heureux. Mais il n'était pas temps de penser à cela. Elle devait se remettre de ce choc et de la rupture qui allait suivre. Ainsi, il était sûr d'une chose, George Wickham n'épouserait jamais Elizabeth Bennett.

Leurs regards se rencontrèrent à nouveau pour un instant où ni l'un ni l'autre ne sut ce qu'ils ressentit. Puis, Elizabeth décida de se lever, reconnaissante à Mr Darcy de n'avoir fait aucun commentaire sur sa dernière annonce. Il acquiesça lorsqu'elle lui dit qu'elle devait partir et l'accompagna jusqu'au bas des escaliers du perron de Netherfield.

« Puis-je vous poser une question, monsieur ? » finit par demander Lizzy, voulant satisfaire sa curiosité.

« Laquelle, Miss Bennett ? » demanda son aîné, intrigué.

« Pourquoi avoir fait cela ? Pourquoi avoir pris le risque de vous voir humilié en me révélant cette affaire si personnelle sur votre sœur ? » L'interrogea-t-elle, ne souhaitant croiser son regard. « Je croyais que je vous étais indifférente. » souffla-t-elle, plus pour elle-même. Elle jeta alors un regard hésitant à Darcy qui semblait réfléchir.

« Les apparences sont parfois trompeuses, Miss Bennett. » répondit simplement le maître de Pemberley.

Puis, il la salua respectueusement, et prit congés, alors qu'elle rentrait vers Longbourn, le cœur empli de doutes quant à sa prochaine rencontre avec Wickham.