Coucou tout le monde ! Et bien voilà, maintenant que les partiels sont finis (du moins jusqu'au rattrapage… hum) je vais pouvoir reprendre l'écriture à un rythme plus régulier. Voilà donc le chapitre 7. Je n'ai pas grand-chose à en dire… j'ai du m'y reprendre à plusieurs fois avant d'être satisfaite, et j'espère qu'il vous plaira ! Je me suis peut-être un peu laisser emportée en ce qui concerne le sort de Wickam, mais ce malheureux n'a que ce qu'il mérite… n'est-ce pas ? J'ai essayé de faire un petit effet de suspence à la fin du chapitre, mais je ne sais pas bien si ça marche.

En tout cas, merci beaucoup pour les reviews que j'ai reçu, et voilà donc la suite de l'histoire. J'attends votre avis avec impatience, et plus il y aura de commentaires, plus la suite viendra vite ! Allez, je vous laisse lire et encore merci.

oxoOoxo

Lorsqu'Elizabeth arriva à Longbourn, ses pensées étaient toujours emplies d'interrogations et les trois miles qui la séparaient pourtant de Netherfield n'avaient pas atténué tout cela. Elle savait désormais qu'il était temps de parler avec Mr Wickham, elle en avait pris la décision. Mais quand elle vit que l'horloge du grand salon affichait dix-sept heures trente, elle sentit le courage la quitter, et se dit que désormais cela attendrait le lendemain. Elle demanda à Jane si son fiancé était venu chez eux dans l'après-midi, mais lorsque son aînée lui répondit par la négative, Lizzy ne fut pas étonnée. Cela confirmait la distance qu'il avait prise depuis la veille chez les Forster, et ne la confortait qu'encore plus dans la décision qu'elle avait dû prendre, et dont elle était à présent convaincue.

Ainsi, Elizabeth passa le reste de la soirée dans le flot de ses pensées, comme cela était le cas depuis trois jours. Jane remarqua à nouveau que quelque chose troublait sa sœur, et elle se demandait ce dont il pouvait bien s'agir. Pourquoi donc Elizabeth restait-elle enfermée dans son silence ? Son aînée l'ignorait, mais sans doute le saurait-elle bien assez tôt. Sûrement, Lizzy viendrait se confier à elle, comme elle en avait pris l'habitude depuis leur enfance. Ainsi, l'aînée des Bennet ne poussa pas sa sœur à la confidence, et passa la soirée à essayer de lui changer les idées, en lui parlant du livre qu'elle avait achevé de lire l'après-midi même. Elle demanda tout de même à sa cadette où elle était allée se promener, et cette dernière répondit évasivement qu'elle s'était baladée autour de la maison des Lucas et dans les campagnes environnantes. Il fut dur pour elle de cacher la vérité à Jane, mais elle voulait lui dire une fois qu'elles seraient seules. Ainsi, l'aînée n'eût pas longtemps à attendre et

les confidences de sa sœur vinrent bien vite.

Alors qu'elles se trouvaient toutes les deux dans leur chambre, Lizzy prit la décision de parler à sa sœur. Elle voulait se confier à Jane, lui raconter ce secret qui lui pesait depuis trop longtemps à son goût… Elle était la personne à laquelle elle faisait le plus confiance, avec son père, mais elle ne pouvait en parler à celui-ci pour l'heure, il était bien trop tôt. Son aînée était en train de feuilleter un livre, comme cela lui arrivait de le faire avant de s'endormir. Elizabeth poussa un imperceptible soupir comme pour se donner du courage et commença :

« Jane… » Commença Lizzy, hésitante. Puis, elle poursuivit lorsqu'elle vit qu'elle avait toute l'attention de sa sœur. « Je me doute que tu as remarqué que quelque chose n'allait pas depuis quelques jours. J'aurais peut-être dû t'en parler plus tôt, mais je voulais avant tout mettre les choses au clair. »

« Que se passe-t-il, Lizzy ? » l'interrogea sa sœur, soudain inquiète.

« Te souviens-tu de la lettre en provenance de Netherfield que j'ai reçue l'autre jour ? »

« Oui, je m'en souviens. » lui assura Jane. « Alors elle contenait réellement quelque chose d'important, n'est-ce pas ? »

« En effet. » approuva sa cadette. « Et te rappelles-tu du différend qui oppose Mr Wickham et Mr Darcy ? » rajouta-t-elle par la suite.

« Oui, tu m'en avais parlé. » se remémora l'aînée des Bennet.

« Et bien il s'avère que cette lettre venait de Mr Darcy à ce sujet. » déclara Elizabeth, détournant le regard au souvenir des choses qu'elle avait découvertes ce jour là.

Jane fronça les sourcils, plutôt surprise par l'annonce de sa sœur. Pourtant, elle ne la pressa pas à la confidence et la laissa poursuivre son récit. Elizabeth lui raconta alors tout ce qu'elle avait vécu ces trois derniers jours. Du moins, elle commença par ce que Mr Darcy lui avait conté dans la lettre, et qui laissa Jane stupéfaite. Elle assimilait au fur et à mesure les paroles de sa sœur avec un étonnement grandissant.

« Je ne peux que croire ses paroles, Jane. » déclara à un instant Elizabeth. « Jamais Mr Darcy ne mettrait en doute la parole de son cousin, le Colonel Fitzwilliam, et ne se risquerait à ternir la réputation de sa jeune sœur, de cela j'en suis persuadée. »

Jane resta songeuse un instant quant aux paroles de sa jeune sœur. Jamais elle n'aurait cru que Mr Wickham puisse être capable de tels actes. Ni de tels mensonges, ni de telles cachoteries à sa sœur… Elle qui avait vu en lui un homme honnête, elle s'était laissée tromper, comme tout le reste du monde. Mais une question lui brûlait les lèvres, un détail qui attirait son attention et mettait sa curiosité à rude épreuve, détail dont elle parla prudemment avec sa sœur :

« Mais… Ne ressent-il rien pour toi, Lizzy ? » La questionna-t-elle alors. « Je veux dire… Il t'a tout de même demandée en mariage, ce n'est pas un acte à prendre à la légère. »

« Non, Jane, il ne m'aime pas. » l'informa subrepticement Elizabeth, avec autant d'assurance qu'elle l'avait fait avec Mr Darcy quelques heures plus tôt. « Je crois bien qu'il ne m'a jamais aimé. » souffla-t-elle, plus pour elle-même.

Puis, elle reprit un récit animé envers sa sœur, lui racontant cette fois la soirée de la veille chez les Forster, de son désir de savoir s'il l'aimait ou non car cela l'aurait sans doute aidé à lui pardonner. Mais lorsqu'elle avait fait son aveu à mi-mot, elle lui décrivit sa surprise, sa distance, et même une sorte de reproche silencieux que lui avait adressé Wickham. Jane ne pouvait croire qu'il n'épouse Elizabeth pour autre chose que parce qu'il l'affectionnait tout particulièrement. Alors, dans une tentative vaine elle demanda :

« Et cela ne pouvait-il pas être de la timidité ? »

« Non… Je ne le pense pas. » Déclara Lizzy en réfléchissant un bref instant. « Quelqu'un de timide aurait balbutié en s'excusant de ne pouvoir retourner ces mots… Ou aurait tenté un geste tendre. Mais il n'y a rien eu. Il n'y a jamais rien eu. » Soupira-t-elle alors, soudain abattue.

Jane vit alors le regard sombre de sa sœur se perdre dans le vague, comme il le faisait lorsque Lizzy était nostalgique, ou plongée dans une intense réflexion. L'aînée des Bennet en vint alors à la conclusion que sa sœur avait les idées claires quant à cette histoire. Elle avait conscience des agissements de Wickham, et savait quelle décision prendre. Elle se rendit alors compte de toutes les mortifications et les stupeurs dont avait dû souffrir Lizzy durant ces trois derniers jours. L'homme qu'elle devait épouser l'avait trahi, et cela resterait à jamais marqué dans le cœur de Lizzy. Une question lui brûla à nouveau les lèvres, et se fut en prenant la main de sa sœur dans un geste affectueux qu'elle déclara :

« Et que vas-tu faire maintenant ? » s'enquit-elle d'une voix douce.

« Je vais rompre nos fiançailles, Jane. » lui annonça Elizabeth en plongeant son regard dans le sien. « Je ne puis demeurer avec un homme qui ni ne m'aime ni ne me respecte. Je sais que les gens ne comprendront sûrement pas, et que je décevrai notre mère, et peut-être même notre père… mais je ne peux pas, Jane… Je ne peux pas. »

Encore une fois, ces paroles laissèrent Jane, songeuse. La décision qu'avait prise Elizabeth n'avait pas dû être facile, mais la détermination qu'elle affichait montrait qu'elle y avait longuement réfléchi. Et son aînée savait qu'il n'y avait pas d'autre solution désormais. Elle ne pouvait que soutenir sa sœur dans ce choix, qu'elle aurait sûrement été bien incapable de faire. Comment pouvait-elle renier sa décision ? Mr Wickham lui avait menti, et bien qu'elle ait l'habitude d'accorder un beau rôle à tout le monde, elle ne pouvait le faire cette fois. Cet homme avait blessé sa sœur d'une manière bien profonde qui la révoltait, elle qui était pourtant si paisible.

« Je comprends, Elizabeth. » déclara-t-elle alors, gravement. « Je te connais assez pour savoir que tu ne pourras te marier que par amour véritable… Et puisque Mr Wickham ne te l'offre pas, je respecte ton choix. Les abjects mensonges qu'il t'a adressés ne méritent en rien que tu lui accordes ton cœur et le reste de ta vie. »

« Merci, Jane. » souffla Lizzy, émue par les paroles de sa sœur.

Pour dire vrai, cela la surprenait, elle qui était souvent si tempérée. Mais cela la confortait dans son idée de rompre avec Mr Wickham. Elle sentit alors la fatigue s'abattre sur elle, et elle éclata d'un coup en sanglot, libérant la tension accumulée depuis plus de soixante-douze heures. Jane l'enlaça maladroitement, et elle se blottit dans l'étreinte de sa sœur, enfin soulagée d'en avoir parlé à quelqu'un. Désormais, Jane savait, et le fait qu'elle l'approuve dans son choix ne pouvait que rassurer sa cadette. Lizzy savait qu'elle devait encore être forte jusqu'au lendemain, jour où elle irait parler à son fiancé pour la dernière fois. Jour qu'elle redoutait, mais qu'elle savait inévitable. Et cela fait, elle pourrait essayer de se remettre, de guérir, même si cela lui semblait bien insurmontable.

Jane la veilla le plus possible, mais Elizabeth savait que – comme les deux nuits précédentes – elle aurait bien du mal à trouver le sommeil. Alors, elle fit mine de s'assoupir pour que sa sœur trouve enfin le repos, et passa le reste de la nuit à tourner en rond dans leur lit. La fatigue s'accumulait, mais elle ne pourrait encore une fois trouver le sommeil. Alors, elle essaya d'imaginer son affrontement du lendemain avec Mr Wickham, parce qu'il s'agissait bien de cela, un affrontement. Elle finit tout de même par s'endormir alors que l'aube pointait, épuisée.

La nuit fut donc un véritable calvaire, mais ce fut pourtant sereine qu'elle se réveilla le lendemain matin. Elle avait l'impression qu'elle pourrait braver tous les reproches que lui ferait Wickham, et s'y était bien préparée. Elle comptait se rendre à Meryton l'après-midi même, afin de le trouver et de lui parler. Elle descendit prendre le petit déjeuner en compagnie de ses sœurs et de ses parents, participant pour la première fois depuis longtemps à la conversation qui avait lieu autour d'elle.

Que faire ? Ils partirent à l'extérieur de Longbourn, Elizabeth ne voulant que personne ne soit témoin de leur échange qui promettait d'être animé. Les minutes qui suivraient s'annonçaient pénibles, mais elle les savait nécessaire. Elle ne salua que froidement Mr Wickham, qui – malgré son étonnement – s'enquit de sa santé.

« Je vais très bien, merci. » déclara-t-elle, sans lui adresser un regard. « Mais je suis plutôt surprise de ne pas vous avoir vu hier après-midi. » ajouta-t-elle, sachant qu'elle l'aurait de toute façon évité par sa visite à Mr Darcy.

« En effet. » reconnut Wickham sans grand entrain. « J'ai eu des affaires à régler avec un des commerçant de Meryton, mais rien de grave. » ajouta-t-il, toujours aussi distant envers sa fiancée.

« Un problème ? » Questionna Elizabeth pour qui l'occasion était trop grande pour ne pas être saisie. « Du même ordre qu'avec vos créanciers en Derbyshire ? » demanda-t-elle, mine de rien.

À ces mots, le jeune homme à ses côtés se figea, retournant vivement son regard vers elle. Ses créanciers du Derbyshire ? Comment pouvait-elle savoir cela ? C'était tout à fait impossible, personne ne savait. Il garda son calme, et demanda de l'air le plus surpris qu'il put :

« De quoi voulez-vous parler, ma chère ? »

« De vos dettes de jeux, monsieur. » répondit calmement Elizabeth, ce qui la surprit elle-même. « J'ai appris bien des choses à votre sujet ces derniers jours. » précisa-t-elle.

Là, il était définitivement perdu. Le calme dont elle faisait preuve, cette froideur et cette distance qu'il ne lui avait jamais connues… Elle qui était toujours si attentionnée avec lui, toujours de bonne humeur… Il avait était bien perdu lorsqu'elle lui avait dit l'aimer. Et il n'avait su quoi répondre… Il ne ressentait pas ces sentiments et ne savait pas quoi répondre, alors il s'était éloigné, tout simplement. Et apparemment, cela n'était pas passé inaperçu aux yeux de sa fiancée. Il aurait beau essayer de nier, elle semblait être sûre de ses informations, et il savait qu'elle était bien entêtée parfois. Cependant, il ne pouvait se laisser faire ainsi. Si elle remettait en doute son soi-disant attachement pour lui – attachement qu'il essayait de créer pour qu'on le croit – par un simple refus de lui dire qu'il l'aimait, cela semblait bien faible.

« Ce silence ne peut que conforter mes doutes. » Lâcha alors Lizzy, désormais arrêtée à ses côtés.

« Vous semblez tirer des conclusions hâtives. » déclara-t-il, le plus calmement du monde. « Mais je suppose qu'il ne peut s'agir que de Mr Darcy, n'est-ce pas ? » l'interrogea t'il, sachant parfaitement la présence du Maître de Pemberley en Hertfordshire.

« En quoi cela vous importe-t-il ? » le questionna Elizabeth, qui commençait à perdre patience, mais qui ne voulait aucunement lui faire le plaisir de s'emporter.

« Vous seriez prête à croire la parole d'un homme qui vous connait à peine et vous a toujours méprisée ? S'étonna ironiquement son vis-à-vis. « Je trouve, Miss Bennet, que les sentiments que vous m'avez avoués il y a deux jours ce sont bien vite évaporés. »

« Mais puisque pour vous, ils n'ont jamais existé cela ne devrait pas vous blesser. » riposta cyniquement Lizzy. « Quand à la parole de Mr Darcy, je le crois bien plus sincère que je ne l'ai jamais fait pour vous. »

Ces mots sonnèrent le glas de leur union, puisqu'union il n'y avait plus. Désormais, Wickham savait qu'Elizabeth était au courant de tout et qu'il avait failli à ses projets de mariage avec elle. Il sentait la colère bouillonner en lui, mais n'en montra rien à son – désormais semblait-il – ex-fiancée.

« C'est donc terminé ? » demanda-t-il après un long silence, d'une manière nonchalante.

« Il semble, oui. » L'informa froidement Elizabeth.

« Mais que diront vos proches ? » L'interrogea alors l'officier. « Je doute que vous irez révéler à n'importe qui l'affaire dont on vous a mise au courant. »

« Cela est fort aimable à vous, monsieur, de vous inquiéter pour mon avenir. » rétorqua sèchement son vis-à-vis qui n'avait à ses yeux, plus rien de ravissant. « Mais je ne suis malheureusement pas de ces personnes qui agissent en fonction de leur entourage. Et ce n'est pas pour eux que je m'abaisserai à épouser un homme tel que vous. »

Sur ces mots, elle tourna les talons, ne souhaitant poursuivre cet entretien froid et hostile Elle s'en retourna donc à Longbourn, sans adresser un regard en arrière à son ex-fiancé. Elle évita comme elle le put les membres de sa famille, et monta s'enfermer dans sa chambre pour réfléchir à ce qui venait de se passer. Par la fenêtre, elle vit Wickham qui partait vers Meryton, et ne le regretta pas un instant. Elle se laissa glisser contre le mur de sa chambre, se retrouvant assise à même le sol. Elle avait vécu cet affrontement comme dans un élan de rêve, comme si les mots sortaient de ses lèvres sans qu'elle puisse les contrôler. Tout s'était passé si vite, qu'elle ne réalisait que peu que, désormais, tout était bel et bien fini. Elle ne voulait pas encore penser à l'après, à comment elle devrait annoncer tout cela à sa famille. Elle ne voulait que rester seule pour l'instant, et remettre de l'ordre dans la foule des sentiments qui l'assaillaient.

C'était désormais fini, son mariage avec Mr Wickham ne planait plus au-dessus de son avenir de manière menaçante, il n'aurait pas lieu Elle ne s'unirait pas à cet homme qui lui avait délibérément menti, mettant sa confiance en elle et envers les autres à rude épreuve. Car oui, comment pourrait-elle faire confiance à un homme à nouveau ? Il n'en était même pas question pour l'instant. Elle devrait d'abord affronter les rumeurs, les racontars et les messes basses. Et elle le ferait, parce que jamais ô grand jamais elle ne regretterait d'avoir éconduit Mr Wickham. Elle songea alors ironiquement, que c'était le deuxième homme auquel elle refusait sa main en moins d'un an… Elle était bien difficile finalement, mais il fallait avouer qu'entre Mr Collins et Mr Wickham, la vie ne l'avait pas gâté. Sans doute finirait-elle vieille fille en définitive.

Elizabeth se prit la tête entre les mains, et revécut une fois encore les paroles échangées avec Mr Wickham. Elle ne s'était pas emporté ce dont – dans une moindre mesure – elle se félicitait. Mais cela avait encore plus augmenté son dégoût envers cet homme. Car si elle avait été forte ces deniers jours, elle n'en restait pas moins blessée dans son cœur, dans son âme, dans son orgueil… Il s'était joué d'elle, et elle s'était laissée séduire…. Et encore une fois, les paroles de Mr Darcy résonnèrent dans sa tête… 'Je ne puis vous blâmer, Miss Bennet… J'ai été moi-même trompé par Mr Wickham…'. L'officier était finalement un être vil, qui ne laissait derrière lui que lieux dévastés et dettes irremboursables. Un être dont elle était finalement heureuse de ne pas être tombée éperdument amoureuse. Car même si elle avait cru l'aimer, cela n'avait rien eu de l'amour fort dont elle avait rêvé, et qui était de retour dans son cœur.

Jane monta quelques instants plus tard, venant s'enquérir de la santé de sa sœur. Cette dernière ne lui raconta que de manière éparse son entretien avec Mr Wickham, et Jane comprit alors que tout était bien fini. Elle consola Elizabeth, et lui assura qu'elle serait là, quoi que les autres disent. Encore une fois, Lizzy en fut heureuse. Elle décida de ne pas en parler tout de suite à ses parents, attendant que toute la famille soit réunie, et voulant se laisser du temps pour se trouver une excuse, du moins valable aux yeux de son entourage. Elle passa le début de l'après-midi au clavecin de Mary qui s'était, quant à elle, enfermée dans la bibliothèque. Elle n'avait jamais vraiment aimé jouer du piano, mais là, cela la détendait grandement, et lui permettait de penser à autre chose. Elle savait désormais que les jours et les semaines qui allaient suivre ne seraient pas de tout repos, ainsi profitait-elle de ses derniers instants de tranquillité.

Aux alentours de seize heures, Lizzy décida d'aller se balader dans le parc de Longbourn, profitant ainsi des rayons du soleil. Les températures étaient douce, et se fut vêtue d'une robe légère dans les tons de pêche qu'elle se rendit dehors. Elle avait à la main un exemplaire de 'Le Bourgeois Gentilhomme' de Molière. Elle avait toujours affectionné ce dramaturge français, dont les pièces la faisaient beaucoup rire. Bien sûr, les femmes n'y avaient pas toujours un rôle très favorable, mais elle aimait les traits de caractère des protagonistes, leur naïveté, leur crédulité, ou encore leur avarice. Et cela lui changea momentanément les idées quant aux sombres perspectives de son avenir.

Il s'était longuement demandé si se rendre à Longbourn était une bonne idée. Il ne savait pas du tout si Miss Elizabeth avait parlé à Wickham, ou si elle était finalement revenue sur sa décision. Cette seconde option lui semblait peu probable étant donnée la détermination qu'elle avait affichée la veille à Netherfield, lors de leur entretien. Ce dernier l'avait encore une fois bouleversé, comme à chaque fois qu'il se trouvait dans la même pièce qu'elle. Mais cette fois, cela avait été différent, car elle n'avait pas été hostile envers lui et réciproquement. Elle lui avait exprimé sa gratitude, et lui avait confié sa décision dans un aveu à mi-mot, qui ne lui était probablement pas directement destiné. Puis, il y avait eu cette question…'Pourquoi m'avoir aidé au risque de vous humilier ? Je croyais que je vous étais indifférente.' Et la réponse qu'il en avait faite lui avait semblé quelque peu déplacée. Il n'avait pas su se retenir, et avait sous-entendu, d'une manière détournée certes, mais tout de même, qu'

il s'intéressait à elle.

Il avait beaucoup réfléchi à cela par la suite, et savait que, maintenant Wickham ne pourrait plus causer de tort à Miss Elizabeth. Elle avait dû lui faire clairement comprendre son sentiment à son égard, et il lui faisait confiance pour cela. Lui-même avait fait les frais de la spontanéité, et de la franchise de la seconde des demoiselles Bennet. Il savait désormais qu'elle devrait se relever et lui, comme il était, jamais ne lui avouerai son amour. Du moins, pas avant d'avoir la certitude qu'elle était toute disposée à écouter ce qu'il avait à lui dire. Sans doute, s'il le faisait maintenant, aurait-elle cru qu'il avait agi par intérêt. Sans doute l'aurait-il fait encore quelques mois plus tôt. Mais les réflexions intenses de ces derniers mois l'avaient assagi concernant ses sentiments pour Elizabeth. Ceux-ci demeuraient toujours aussi ardents et aussi présents, mais il pouvait aisément les contrôler désormais. Jamais donc, elle ne saurait… Du moins pas avant longtemps.

Paradoxalement, Darcy décida de ne pas réitérer les erreurs de l'an passé en se montrant froid et distant avec elle. Il ne comptait, ni l'envahir, ni la séduire, mais lui montrer sa présence, sans doute l'aiderait-elle. Ou alors, elle se détournerait de lui, mais il ne pourrait pas se cacher derrière cette froide carapace qu'il s'était forgée au fil des années. Il n'avait pas envie qu'elle le déteste, il n'était pas dans ses intentions de lui montrer qu'il l'aimait et qu'elle lui était redevable de par le sacrifice qu'il avait fait pour elle. Non, il ne lui dirait rien, mais égoïstement sans doute, ne chercherait pas à rompre tout contact avec elle. Ce fut sans doute pour cela, finalement, qu'il se rendit à Longbourn en cette fin d'après-midi de Mai.

Elle entamait la lecture de l'Acte III, s'étant assise sur l'un des bancs du parc, lorsqu'elle entendit les pas d'un cheval au trot. Un instant, elle fut surprise, et se demanda qui pouvait bien venir la voir. La peur se saisit soudain d'elle… Mr Wickham était-il là ? Avait-il mis quelqu'un au courant de leur farouche entretien, et de fait, cette personne venait lui en parler ? Non, jamais il ne se serait abaissé à cela. Et, de toute façon, même s'il était apprécié de tous, il n'en restait pas moins un étranger. Et tous savaient qu'un étranger jamais ne remettrait en cause la parole d'un habitant du village pour ses pairs. Alors, pour avoir la confirmation de l'identité de ce visiteur, Elizabeth releva les yeux, et fut étonnée de voir Mr Darcy, se diriger vers elle, sur sa monture noire qu'elle lui connaissait déjà. Elle fronça imperceptiblement les sourcils, mais finit par fermer son livre pour aller l'accueillir.

« Bonjour, Miss Bennet. » la salua-t-il respectueusement, après être descendu de son cheval.

« Mr Darcy, je suis surprise de vous voir ici. » remarqua Lizzy après s'être légèrement inclinée.

« Je ne vous dérange pas, j'espère. » s'excusa la maître de Pemberley.

« Non, ne vous inquiétez pas ! » lui assura la jeune femme.

« Vous portez-vous bien ? » lui demanda Darcy, après avoir attaché sa monture comme Lizzy le lui montrait.

« Très bien, merci. » certifia cette dernière, avec un léger sourire, légèrement gênée. « Mais, que puis-je faire pour vous ? »

« Et bien… Sans doute trouverez vous ma démarche indiscrète mais… » Hésita son vis-à-vis. « Je voulais m'enquérir auprès de vous. Je sais que les temps ne sont pas faciles en connaissance de votre situation avec Mr Wickham. »

« Elle n'est pas indiscrète, monsieur. » lui promit Elizabeth, se rendant compte qu'elle aurait pourtant dû lui accorder cette nature. Mais il était – avec Jane – le seul à savoir, et sa sollicitude la touchait. « Pour vous répondre honnêtement… J'ai parlé à Mr Wickham ce matin. » Déclara-t-elle, plongeant ses yeux dans ceux de Darcy. Ce dernier savait parfaitement ce que cela signifiait, et il n'ajouta rien. « Vous êtes la seconde personne avec ma sœur Jane à être au courant. »

« Vous pouvez compter sur ma discrétion, Miss Bennet. » lui assura son visiteur.

« Je ne la remets pas en doute, monsieur. » répondit gravement Elizabeth.

Mais ils n'eurent le temps de poursuivre leur conversation, qu'ils entendirent des pas derrière eux. Elizabeth se retourna vivement, et vit avec effroi Mr Wickham se diriger vers elle. À cette vision, son visage se ferma, et elle resserra un peu plus son livre dans sa main, comme s'il avait pu emprisonner la colère qui montait en elle. Darcy lui aussi se figea, et se demanda immédiatement ce que Mr Wickham venait faire là après ce qu'Elizabeth avait dû lui dire.

« Que faîtes-vous ici, monsieur ? » demanda Elizabeth après que tous trois eurent échangé de froides salutations.

« Je suis venu m'entretenir avec vous, Miss Bennet, quant à notre entrevue de ce matin. » déclara le nouveau venu, comme si cela avait été la chose la plus ordinaire du monde.

« Je croyais que nous n'avions plus rien à nous dire. » répliqua sèchement Lizzy, ne quittant pas son regard.

« Je pense que vos sentiments s'étant calmé, nous pouvons en parler plus posément. » assura Wickham.

« Je ne le désire pas, ainsi vous prierai-je de me laisser en paix. » s'offusqua la jeune femme, dont la gorge avait commencé à se serrer.

Elle jeta un regard à Mr Darcy, qui fixait Wickham d'une manière indescriptible. Ses yeux croisèrent alors les siens, et il put y voir qu'elle ne désirait qu'une chose : rentrer à Longbourn. Il acquiesça d'un imperceptible hochement de tête, et ils s'apprêtaient à partir lorsqu'il vit que Lizzy ne le suivait pas. Inquiet, il se retourna vivement et vit que Wickham s'était saisi du poignet de la jeune femme, qui tremblait légèrement.

« Je vous demande, Miss Bennet, de parler quelques instants avec moi. » réclama froidement Wickham.

« Non, laissez-moi rentrer chez moi. » lui ordonna Elizabeth qui commençait à perdre son sang froid, essayant de se dégager.

Mais Wickham ne fut pas de cet avis. Darcy le reconnut bien en cet instant, toujours désireux d'avoir ce qu'il voulait… Malmenant autrui comme bon lui semblait. Mais là, il s'agissait d'Elizabeth, et malgré ses bonnes résolutions de ne pas montrer ses sentiments, il ne pouvait que s'interposer.

-« Venez, Miss Bennet, vos parents nous attendent sûrement à l'intérieur. » déclara-t-il d'un ton sec, défiant Wickham du regard. Il osa poser une main sur l'épaule d'Elizabeth, geste tout à fait incongru de part leur relation sociale, mais qui lui sembla en cet instant tout bonnement approprié.

Mais alors qu'elle était reconnaissante à Mr Darcy, et qu'elle sentait l'emprise de Wickham de se défaire de son poignet, la libérant ainsi, ils entendirent des bruits de chevaux qui les interrompirent. Tous trois se retournèrent, et purent voir une voiture avancer en direction de Longbourn. Elle arriva quelques secondes plus tard, jusqu'à ce que deux hommes en descendent, tous deux vêtus d'un uniforme, mais différent. L'un d'eux était le Colonel Forster, quant à l'autre, seule Elizabeth connaissait son identité, semblait-il.

« Colonel, Mr Simmons, que se passe t'il ? » demanda la seconde des demoiselles Bennet, stupéfaite.

Mrs Bennet fut attirée par les bruits des chevaux de la voiture. Précédemment, il lui avait semblé entendre quelque chose, mais devant l'absence de visiteurs se présentant à eux, elle avait deviné que cela était sûrement pour les résidents de Lucas Lodge. Mais cependant, la seconde voiture l'intrigua bien plus cette fois, car les routes aux alentours de Longbourn n'étaient pas si fréquentées que ça, même au milieu de la journée. Elle se rendit alors le plus discrètement à l'une des fenêtres donnant sur le parc, et le tableau qui se jouait devant elle la cloua sur place.

Elle vit sa fille, Elizabeth, entourée de quatre hommes qu'elle eût du mal à identifier pour certains. Elle reconnut Mr Wickham, ainsi que le Colonel Forster. Quant aux deux autres, elle mit quelques secondes avant de se rendre compte qu'il s'agissait de l'ami de Mr Bingley – dont elle s'interrogea fortement sur la présence dans le domaine de son époux – et Mr Simmons qu'elle savait être le chef de la police de Meryton. Mais que Diable ces hommes faisaient-ils chez eux ? Mais cette question fut bien dérisoire lorsque, sous ses yeux avides et plus que surpris, elle vit Mr Simmons passer les menottes à Mr Wickham, l'emmenant dans sa voiture, alors qu'Elizabeth portait une main à ses lèvres.

Mais grand Dieu, que pouvait-il bien se passer ?