Coucou tout le monde !

Voilà le chapitre neuf ! Je suis triste je n'ai eu qu'une seule review pour le précédent chapitrre ! Je remercie tout de même Fanaplume, car tu es toujours fidèle et que tu me laisses toujours une review, merci vraiment beaucoup !

Pour ce nouveau chapitre et bien…. Qu'en dire ? Il est peut-être un peu plus long que les autres, et il s'étend sur une période assez longue de presqu'un mois. Comme vous le savez après la lettre des Gardiner, Elizabeth ira dans le Lac District et non dans le Derbyshire (c'est trop facile ne trouvez-vous pas ? lol). Les recherches que j'ai faites concernan la régions des Lacs sont plutôt contemporaines, je n'ai pas trouvé grand-chose pour le début du XIXème siècle. Alors, s'il y a des choses qui ne collent pas, je m'en excuse. Sinon, et bien…

Bonne lecture à vous !

oxoOoxo

Charles Bingley était le plus heureux des hommes depuis que Miss Jane Bennet avait accepté de devenir sa femme quelques semaines auparavant. Ses doutes avaient été grands quant à la réciprocité des sentiments de sa nouvelle fiancée. Il était vrai qu'il était parti du Hertfordshire pendant plus de six mois et, durant ce laps de temps, qui lui avait paru bien trop long, elle aurait pu se désintéresser de lui. Pourtant, lorsqu'il avait vu le bonheur mêlé à une légère surprise dans les yeux de Jane, tous ses doutes avaient été bien vite balayés. Il se souvenait encore de la dispute qu'il avait eue avec Mr Darcy, concernant l'initiative qu'il avait prise à l'aide de Caroline. L'éloigner de Jane sans raison valable lui avait, au départ, paru inconcevable mais, après un long entretien avec Darcy, il en était venu à la conclusion qu'il ne devait faire qu'une chose : saisir sa chance et regagner le Hertfordshire. C'était ainsi qu'une semaine plus tard, lui, ses sœurs, son beau-frère et Mr Darcy, réemménageaient dans la demeure de Netherfield.

En cette chaude journée d'été, il se dirigeait à cheval vers Longbourn, rendant une visite désormais quotidienne à sa fiancée. Darcy était également venu avec lui, puisque, apparemment, il en avait fini avec ses correspondances et avait assuré vouloir profiter de ce temps magnifique. Mr Bingley avait beau être d'un naturel bienveillant et parfois crédule, il avait deviné le fort intérêt dont faisait preuve son ami à certaines de ses visites à Longbourn. Il se posait bien des questions, sur la présence presque automatique de Darcy à ses côtés lorsqu'il rendait visite à Jane.

Il avait remarqué, comme peu de personnes seulement l'avaient fait, la relation qui était née entre Miss Elizabeth et son ami. On ne pouvait guère parler de relation, mais c'était avec un certain étonnement que Charles et Jane les avaient plusieurs fois observés à converser, lors des après-midi que les deux futurs époux passaient ensemble. Pourtant, il n'avait pas posé de question à Darcy, sachant parfaitement combien ce dernier était peu porté sur la confidence S'il devait se confier à lui, il le ferait de sa propre volonté.

De son côté, Darcy était plus que jamais perdu dans un flot d'intenses pensées encore une fois tournées vers Elizabeth. Il n'avait rien fait pour empêcher le rapprochement qui avait lieu entre eux depuis plus d'un mois maintenant. Du moins ce qu'il osait qualifier de rapprochement. Et, finalement, pourquoi y aurait-il mis fin ? N'aimait-il pas Miss Bennet après tout ? De cela il n'était pas question. Les sentiments qu'il ressentait pour la jeune femme étaient profonds et resteraient à jamais dans son cœur, même s'il ne devait pas y avoir d'histoire entre eux. Il préférait ne pas penser à cela, et se contentait de suivre la cadence qu'imposait Lizzy. Il ne pouvait la brusquer, sachant combien elle était encore vulnérable après l'incident qui avait eu lieu avec Wickham. Et il était bien trop réservé pour se jeter à ses pieds et lui demander sa main. Certes, l'envie d'accomplir ce geste le tiraillait un peu plus chaque jour, mais il respectait trop Elizabeth pour lui imposer une autre émotion qui aurait pu la blesser. Il ne savait rien de ce qu'elle pensait de lui, et ne pourrait faire sa demande – si tant était qu'il parvienne à s'en persuader lui-même – avant de nombreux mois, ou alors à moins d'être sûr des sentiments d'Elizabeth. La raison aurait voulu qu'il évite le plus possible de la voir, évitant ainsi de la sentir à ses côtés et pourtant si inaccessible. Mais, malgré ça, il ne l'avait pas fait. La raison n'était plus lorsqu'il s'agissait de Miss Bennet.

Il était affreusement troublé par toutes ses émotions, lui qui était pourtant d'un naturel plus réservé. Jamais il n'avait éprouvé de sentiments aussi forts pour quelqu'un, sauf peut-être la haine qu'il vouait à Wickham. Mais il ne pouvait comparer ce dédain à l'amour qu'il éprouvait pour Elizabeth.

L'avenir de cet amour était bien incertain, et il arriverait sans doute un moment où il ne parviendrait plus à le dissimuler, même en y mettant toutes ses forces. Pour l'heure, il tentait de retarder l'échéance de l'aveu de son attachement à Miss Elizabeth.

La raison qui l'avait amené à suivre Charles à Longbourn était bien plus sombre que d'ordinaire. Il avait longuement hésité avant de mettre Miss Elizabeth au courant, se posant encore la question de la justesse de cette décision. Il avait eu des informations sur l'arrestation de Mr Wickham et avait voulu en faire part à la jeune femme. Il ne savait pas encore s'il le ferait mais, lorsqu'il la verrait, il trouverait sûrement la réponse. Il devinait combien cela devait encore être difficile pour la seconde des Bennet de parler de Wickham. Et il s'agissait de l'une des dernières rencontres qu'il aurait avec elle avant de regagner Pemberley. En effet, des affaires l'appelaient en sa demeure du Derbyshire et il devait partir le surlendemain. Et la perspective de causer du tort à Miss Elizabeth alors qu'il ne la reverrait plus pendant plusieurs semaines ne l'enchantait pas du tout.

Mr Bingley et Mr Darcy arrivèrent bien vite à Longbourn et ce fut sur le chemin qui menait à la demeure des Bennet qu'ils aperçurent Mrs Bennet, Mary et Kitty, ainsi que Maria Lucas et un couple qu'ils ne reconnurent pas. Dès qu'ils les aperçurent, le silence se fit au sein du groupe.

« Mr Bingley, Mr Darcy, bonjour ! » s'exclama Mrs Bennet à la vue de ses invités.

« Bonjour, Mrs Bennet. » la salua Charles avec un léger sourire alors que Darcy se contentait d'un signe de la tête poli. « Comment vous portez-vous ? »

« Bien merci, monsieur. » approuva Mrs Bennet. « Oh mais laissez-moi vous présenter Mr et Mrs Gardiner. » déclara-t-elle en désignant le couple encore inconnu des deux résidents de Netherfield. « Mr Gardiner est mon frère » précisa-t-elle. « Et voici Mr Bingley, le fiancé de Jane ainsi que l'un de ses amis, Mr Darcy. »

Les Gardiner échangèrent des salutations sincères à leur futur neveu par alliance ainsi qu'à son ami. Étrangement, les époux Gardiner firent bonne impression à Darcy. Ils ne semblaient pas munis de l'excentricité qui semblait caractériser certains des membres de la famille Bennet. Mrs Gardiner semblait tout à fait charmante, lui rappelant d'une certaine manière Elizabeth et Jane. Quant à son mari, il avait l'air d'être un homme tout à fait respectable et cultivé, avenant et sociable.

« Pardonnez mon indiscrétion, Mr Darcy, mais résidez-vous en la demeure de Pemberley, dans le Derbyshire ? » Demanda prudemment Mrs Gardiner, percevant bien la réserve de Darcy et la nature quelque peu particulière de sa question.

« En effet » répondit ce dernier, légèrement surpris.

« Je me permets de vous demander cela car j'ai grandi dans le village de Lampton, non loin de Pemberley. » l'informa Mrs Gardiner, alors que Mr Bingley entamait une discussion avec les autres membres du groupe.

« Vraiment ? Je connais bien Lampton. » Lui assura Darcy. « J'y allais souvent durant mon enfance. C'est un charmant village. »

« Je suis d'accord avec vous. » approuva Mrs Gardiner, avec un léger sourire.

« Êtes-vous venus voir Jane ? » demanda alors Mrs Bennet à l'adresse de ses invités. « Elle se trouve à l'intérieur avec Elizabeth et Mr Bennet. »

« Bien, merci madame. » répondit Mr Bingley. « Darcy, m'accompagnez-vous ? »

« Bien sûr. » acquiesça simplement le maître de Pemberley avant de saluer, comme Bingley, le reste du groupe et de suivre son ami en direction de Longbourn.

Lorsqu'ils approchèrent de la demeure des Bennet, ils entendirent des rires d'enfants qui provenaient du jardin à l'arrière de la maison, ainsi que la voix de Jane qui s'élevait au milieu des rires. Un domestique vint à leur rencontre et les conduisit auprès de l'aînée des demoiselles Bennet. Celle-ci fut ravie de les voir et leurs présenta ses cousins qui, devant la présence d'invités, se calmèrent. Les plus âgés se rendirent dans le salon pour lire alors que Jane gardait près d'elle la plus jeune de ses cousines.

« Comment allez-vous, Miss Bennet ? » demanda Darcy à l'adresse de la jeune femme.

« Très bien, merci Mr Darcy. » répondit Jane. « Je suis légèrement occupée depuis l'arrivée de mon oncle et de ma tante hier dans la soirée. »

« Cela peut se comprendre. » indiqua simplement Darcy, regardant la petite fille qu'elle tenait dans ses bras.

« En effet. » rit doucement Jane.

Depuis ses fiançailles avec Mr Bingley, l'aînée des Bennet avait remarqué un changement d'attitude de la part de l'ami de son fiancé lorsqu'ils n'étaient que tous les trois ou rejoints par Elizabeth, à Netherfield le plus souvent. Elle avait, au départ, cru que Mr Darcy ne l'appréciait guère mais elle avait, comme Lizzy, découvert qu'il n'était pas si hautain et froid qu'il voulait bien le laisser paraître et que, même s'il ne menait pas de grandes conversations avec elle, il s'adressait à elle avec un ton avenant et où ne se dénotaient aucun mépris, aucune hypocrisie.

« Si vous le désirez, Mr Darcy, Elizabeth se trouve dans le petit salon. » informa alors la future mariée.

« Bien, merci Miss Bennet. » déclara Darcy. « Je vais ainsi vous laissez seuls. »

Jane et Charles se regardèrent et observèrent Darcy partir vers l'intérieur avant de reprendre une conversation enjouée. Le maître de Pemberley pénétra donc dans la demeure des Bennet et, lorsqu'il arriva devant le petit salon, il entendit une mélodie au clavecin s'élever dans l'air. Il fronça légèrement les sourcils mais, intrigué, il s'approcha à pas feutrés de l'entrée. Il découvrit alors Elizabeth, concentrée sur sa tâche. Il fut surpris de la trouver ainsi. Bien entendu, il savait qu'elle jouait de cet instrument, mais c'était la première fois qu'il l'entendait. Il écouta alors attentivement les notes qui se dégageaient de l'instrument et qui semblaient flotter dans la pièce. Il trouva immédiatement qu'elle jouait avec habileté et qu'il n'avait jamais rien entendu de plus beau, sauf peut-être lorsque Georgiana s'exerçait à son piano forte à Pemberley. Était-ce son admiration et l'amour qu'il ressentait pour Lizzy qui déformaient son jugement ? Il n'aurait su le dire, mais il savoura ces quelques secondes volées à la vie où elle n'avait pas conscience de son regard amoureux posé sur elle.

Ce ne fut qu'une fois le morceau achevé et la nécessité de changer de partition se présentant, qu'elle remarqua sa présence lorsqu'elle se retourna.

« Oh, Mr Darcy ! » s'exclama-t-elle, surprise de le voir ici.

« Bonjour, Miss Elizabeth. » la salua respectueusement Darcy, se décidant enfin à entrer.

« Je ne vous avais pas entendu arriver. » s'excusa la jeune femme en posant sa partition sur l'un des secrétaires du salon. Puis elle sembla réaliser quelque chose. « Êtes-vous là depuis longtemps ? » l'interrogea-t-elle.

« Assez pour avoir entendu votre talent au piano. » répondit Darcy avec un léger sourire. « Permettez-moi de vous complimenter sur votre jeu. »

« Oh je… » Balbutia Elizabeth, soudain surprise. « Je ne joue pas si bien que cela. »

« Je puis vous l'assurer pourtant. » déclara simplement son visiteur.

« Votre sœur doit jouer beaucoup mieux que moi, cependant. » lui rappela Lizzy, se souvenant d'une discussion qu'ils avaient eu sur le talent de la jeune Miss Darcy.

« Il est vrai que Georgiana a beaucoup de talent. » reconnut Darcy. « Mais vous en avez également, Miss Bennet, n'en doutez pas. »

Lizzy ne sut quoi répondre, à la fois touchée et surprise d'un tel compliment de sa part. Elle était flattée, car Mr Darcy n'était pas d'un naturel complaisant et son avis ne pouvait être que sincère. Mais elle se posait des questions sur l'origine d'une telle insistance. Pourquoi lui adressait-il un compliment si flatteur ? Il n'était guère réputé pour accorder des louanges… Une autre interrogation s'imposa à elle… Pourquoi ce compliment la troublait-il autant ? Elle avait pourtant les pieds sur Terre d'ordinaire et la timidité ainsi que la gêne ne faisaient pas parties de ses traits de caractères principaux. Elle savait apprécier les compliments qu'on lui adressait sans pour autant se sentir gonfler d'orgueil. C'était bien la première fois qu'un compliment de la part d'un homme l'atteignait à un tel point.

Les jours précédents avaient été intenses en réflexions et ces dernières étaient essentiellement portées sur ses rapports avec Mr Darcy. Elle avait fini par s'avouer – non sans difficultés – qu'il était finalement un homme tout à fait charmant, qui était juste réservé lorsqu'il se trouvait en société. Au long des discussions qu'ils avaient échangé depuis qu'elle avait reçu la lettre des Gardiner, dix jours plus tôt, elle avait cherché à déterminer la raison d'un tel intérêt à son égard. Se sentait-il encore responsable de son malheur avec Wickham, de ce qu'il s'était passé ? Était-ce une manière de lui assurer son soutien ?

Elle avait découvert en Mr Darcy un homme intelligent - bien que, de cela, elle n'ait jamais douté – mais également très cultivé. Ils avaient partagé leurs avis sur bon nombre de sujet sur des lectures qu'ils avaient eu en commun, ou encore sur leurs goûts en matière d'Art, bien qu'il ait plus de connaissances qu'elle à ce sujet, ayant visité plus de musées. À chaque fois, ils avaient conversé avec animation, défendant leurs arguments ardemment. Mais, à chaque fois, ils s'étaient montrés respectueux l'un envers l'autre, admettant petit à petit qu'une autre façon de percevoir le monde que la leur existait. Ce qu'elle avait au départ pris pour de la fierté se révélait être au fil des jours une réserve et une auto-préservation devant les membres parfois importunant de la haute société.

Lizzy était quelque peu perdue puisque, jamais auparavant, un homme ne l'avait autant troublée. Elle commençait à se poser beaucoup de questions, tant sur l'attitude adoptée par Mr Darcy, qui contrastait avec son mépris des débuts, que sur ses propres sentiments, qui lui échappaient totalement. L'idée absurde que Mr Darcy puisse s'intéresser à elle ne lui avait que brièvement effleuré l'esprit… Et, si elle lui accordait de l'intérêt, il était bien trop tôt pour elle pour songer à ressentir quelque chose pour un autre homme. Qu'est-ce qui lui prouvait qu'il ne faisait pas tout cela par soutien après sa séparation d'avec Wickham, qu'il ne s'agissait pas de pitié ou de condescendance ou encore de quelque chose comme un devoir qu'il s'imposait à lui-même après avoir brisé ses espérances de bonheur marital. Elle préférait ne pas penser au fait que, éventuellement, il existait une possibilité peu probable qu'elle puisse s'intéresser à Mr Darcy autrement que comme à une relation mondaine. Elle s'était déjà brûlée les ailes à trop espérer l'amour et elle n'aurait pas la force de surmonter une nouvelle déception

Elle était bien loin de se douter que les motivations de Darcy étaient toutes autres que celles qu'elle avait imaginées et qu'il l'aimait bien plus qu'elle ne pourrait jamais oser l'espérer…

Elizabeth se fit violence pour sortir de ses pensées et releva les yeux vers Darcy lorsqu'il lui demanda :

« Vous portez-vous bien, Miss Elizabeth ? »

« Parfaitement, merci. » lui assura la jeune femme.

« J'ai fait la connaissance de votre oncle et de votre tante. » l'informa alors le maître de Pemberley. « Mr et Mrs Gardiner ont l'air d'être des gens charmants. »

« Ils le sont. » lui assura Lizzy « Du moins, je les apprécie beaucoup. »

« Je crois savoir que votre tante a grandi dans le Derbyshire. »

« Tout à fait. » reconnut Elizabeth. « À ce propos, quand est prévu votre départ pour Pemberley ? »

« Jeudi. » répondit Mr Darcy. « Mais je crois savoir que vous quittez également le Hertfordshire. »

« En effet, je pars avec mon oncle et ma tante dans la région des Lacs. » l'informa la jeune femme. « Mon départ à également lieu Jeudi. »

« Êtes-vous déjà allée dans le Lac District ? »

« Non, cela sera ma première fois. » lui répondit Lizzy.

« Vous verrez, les paysages y sont splendides. » lui assura Darcy. « Et la fraîcheur qui y règne en cette saison est bien plus supportable qu'ailleurs. »

« Et bien, lors de notre prochaine rencontre, je vous ferai part de mon avis sur le Lac District. » promit Elizabeth.

Darcy se contenta de hocher la tête. Il avait désormais décidé de ne pas parler à Elizabeth de ce qu'il se racontait en ville sur le devenir de Wickham. Cette entrevue était trop teintée de légèreté pour être assombrie par les actes passés d'un abject personnage. Pourtant, il fut surpris lorsque se fut Elizabeth qui aborda le sujet.

« Avez-vous eu vent de ce qui se murmure à Meryton quant à l'arrestation de Mr Wickham ? » l'interrogea-t-elle, ne lui adressant qu'un regard de côté.

« En effet. » approuva Darcy, une fois sa surprise première passée.

« Il semble qu'il sera jugé à la fin d'août. » continua Lizzy, jouant nerveusement avec un fil dépassant de sa robe couleur pêche.

« J'ai entendu cela également. » approuva le maître de Pemberley.

« Les chefs d'accusation sont l'escroquerie et le vol. » poursuivit la jeune femme, les yeux perdus dans le vague. « Je crois même qu'il est poursuivi pour une affaire similaire dans le Cambridgeshire, là où se trouvait le régiment avant de venir s'installer en Hertfordshire. » Elle s'arrêta un instant et leva les yeux vers Darcy. « Avez-vous quelques notions de droit ? » lui demanda-t-elle.

« Et bien… Effectivement, le droit faisait parti de mon cursus à Cambridge. » Répondit-t-il, légèrement étonné par cette question.

« Savez-vous quelle peine il pourrait encourir ? » questionna Elizabeth.

Darcy hésita un long moment avant de répondre à cette question. Il avait cru percevoir de la tristesse dans la voix d'Elizabeth mais, malgré le trouble qui semblait l'avoir assaillie quelques minutes plus tôt, elle semblait calme. Devait-il répondre à cette question ? Le pouvait-il ? Il ne connaissait pas tous les détails de l'affaire de Wickham et ses notions de droit n'étaient pas parfaites. Mais l'escroquerie et le vol reproduits plus d'une fois le conduirait presque assurément à la prison. Il ne voulait pas faire entendre cela à Elizabeth.

« Pour tout vous dire, je l'ignore. » préféra-t-il répondre. « Ignorant la gravité des chefs d'accusations, je ne peux m'avancer. »

« Ne savez-vous pas s'il ira en prison ? » questionna à nouveau Elizabeth. « Sans doute cela vous paraîtra-t-il abject mais… n'est-ce pas ce qu'il mérite ? »

La rancœur qui semblait animer Miss Bennet à l'égard de Wickham devait être égale à celle que lui vouait Darcy. Par la faute de cette homme, ils avaient souffert, bien que ce fut plus Georgiana dans le cas de Darcy. Oh non, il ne trouvait pas abject qu'elle pense qu'il puisse aller en prison, qu'elle le souhaite même.

« Je ne trouve pas vos paroles abjectes, Miss Elizabeth. » lui assura-t-il, gravement. « Mr Wickham vous a trompé et s'est joué de vous. Ajouté à cela, c'est un voleur… Vous savez l'animosité qui m'anime à son égard, je ne peux qu'approuver vos paroles. »

Ces mots rassurèrent Lizzy. Ainsi n'était-elle pas une personne ignoble en pensant cela. La haine qu'elle ressentait à l'égard de Wickham ne cessait de grandir au fil des jours. Elle espérait pouvoir la vaincre et tourner la page mais le chemin avant cela était bien long. Ce sujet douloureux ne fut plus abordé à nouveau par la suite et ils furent bientôt rejoints par Jane et Mr Bingley et décidèrent, tous les quatre, de se promener alors que le reste de la famille rentrait.

Darcy profita des derniers instants qu'il passait en compagnie d'Elizabeth avant de longues semaines. Il se réjouit de son caractère enjoué, but ses paroles, l'écoutant avec une attention grandissante. Il redoutait son départ pour le Derbyshire mais, sachant désormais qu'elle ne serait pas non plus en Hertfordshire, il se donnait ce laps de temps pour songer à eux, si tant était qu'il puisse y avoir un "eux". Il était plus troublé que jamais et cela devait cesser le plus vite possible…

Mr Darcy et Mr Bingley prirent congés de la famille Bennet et des Gardiner alors que dix-sept heures approchaient. Ils devaient rentrés à Netherfield pour le dîner, y étant attendus par Miss Bingley et Mr et Mrs Hurst. Jane raccompagna son fiancé jusqu'aux abords de Longbourn alors qu'Elizabeth salua Mr Darcy sur le perron de la maison.

« Nous reverrons-nous avant votre départ ? » demanda Elizabeth au maître de Pemberley.

« Cela dépend… Pouvez-vous vous rendre à Netherfield demain ? » La questionna Darcy.

« J'ai encore de nombreux préparatifs à effectuer pour mon voyage. Ainsi, je ne puis vous certifier d'accompagner Jane. »

« Dans ce cas, Miss Bennet, je vous souhaite un bon voyage dans la Région des Lacs. »

« Merci beaucoup Mr Darcy. Et je vous souhaite, quant à moi, un bon retour dans le Derbyshire. »

« Merci. »

Puis, ils se saluèrent. Lizzy le regarda partir et fut rejointe par Jane avant de regagner l'intérieur de Longbourn.

La soirée passa paisiblement, teintée de nostalgie pour Elizabeth. Elle savoura son avant-dernière soirée dans le Hertfordshire, puisqu'elle partirait dès le surlendemain pour le Lac District avec les Gardiner. Elle eut beaucoup de préparatifs et ce fut avec un certain regret qu'elle ne put se rendre à Netherfield le lendemain. Elle demanda cependant à Jane de transmettre ses salutations à Mr Bingley et Mr Darcy, ce que son aînée lui promit de faire. Par la suite, Lizzy passa le plus clair de son temps occupée à remplir ses malles pour le voyage. Elle était ravie à la perspective de découvrir la région des Lacs et les mérites qu'en vantaient les différentes personnes de sa connaissance qui y avaient séjourné la comblaient encore plus. Elle aimait beaucoup voyager et il était vrai que les moyens limités de sa famille ne lui permettaient pas de le faire autant qu'elle l'aurait souhaité. Son dernier voyage remontait au mois de Janvier précédent, lorsqu'elle était allée rendre visite aux Collins dans le Kent. Ce voyage

avec son oncle et sa tante était donc un évènement qui l'enthousiasmait grandement.

Sa dernière journée en Hertfordshire et la soirée qui la suivit passèrent à toute vitesse. Le dîner fut partagé en famille, bercé par les conversations enjouées et abondantes et les morceaux joués par Lizzy et Mary au clavecin du salon. Tous se ravirent des progrès effectués par la seconde des sœurs Bennet. La soirée s'acheva sur une partie de cartes et tous allèrent se coucher. Elizabeth s'endormit presque aussitôt, appréhendant la fatigue qu'allait causer le voyage du lendemain.

Elle dormit d'un sommeil sans rêves et fut réveillée le lendemain par des coups légers frappés à sa porte comme l'avait prévenu sa tante la veille au soir. Elle s'habilla et vérifia une dernière fois ses affaires avant de descendre prendre le petit déjeuner. Peu de gens étaient déjà levés et elle ne rencontra que Mr et Mrs Gardiner ainsi que son père. Le premier repas de la journée achevé, les voyageurs installèrent leurs affaires dans la voiture qui les mènerait dans le Lac District et firent leurs adieux à tous les membres de la famille Bennet, qui étaient désormais levés. Elizabeth salua longuement Jane, émue de la quitter pendant trois semaines, puis elle rejoignit son oncle et sa tante dans la voiture. Alors que Longbourn s'éloignait derrière eux, Lizzy fut prise d'un sentiment de mélancolie mais fut tout de même heureuse de partir. Elle serait bientôt de retour.

XXXXXX

Ses premiers jours dans la région des lacs furent un ravissement pour Elizabeth. Elle découvrit avec admiration et une grande curiosité les paysages de montagnes verdoyants, les lacs par dizaines et la faune et la flore si caractéristiques de cette région. Lizzy avait toujours vécu à la campagne et, si l'on pouvait juger cela rustre, elle avait toujours préféré la vie paisible au cœur de la nature. Les Gardiner et elle visitèrent nombre de charmants villages, découvrirent des paysages plus variés les uns que les autres et virent même quelques écureuils roux grimper dans les chaînes centenaires qui bordaient les routes qu'ils empruntaient. Ils virent plusieurs lacs et chutes d'eau, comme Derb Water, et s'émerveillèrent également devant la majesté du Scafiell Pike, non loin de la Mer d'Irlande. Ils firent également escale à Coniston, où ils demeurèrent plusieurs jours, savourant ainsi les découvertes qu'offraient les alentours.

Tout au long de leur séjour, Elizabeth avait une correspondance plus que régulière avec Jane. Si elle envoyait quelques rares lettres aux autres membres de sa famille, elle décrivait avec précision tout ce qu'elle voyait chaque jour à sa sœur aînée. Elle lui faisait part de ses découvertes et savait parfaitement qu'elle en ferait part au reste de leur famille. Dans ses lettres, Jane lui parlait des préparatifs de son mariage, qui avançaient un peu plus chaque jour. Elle lui disait être impatiente de devenir Mrs Bingley et Lizzy se ravissait encore de la force des sentiments que vouait son aînée à son fiancé.

Les jours qu'elle passa en compagnie des Gardiner lui apportèrent nombre de discussions et de moments agréables. Elle avait toujours apprécié son oncle et sa tante et le montrait encore une fois au cours de ce voyage. Elle leur était également très reconnaissante de l'avoir invité. Ainsi, elle oublia presque totalement les sentiments sombres liés à la tromperie de Wickham. Elle profitait de chaque instant que la vie lui offrait, permettant ainsi à sa rancœur et à sa déception de disparaître progressivement de son cœur. Elles y demeureraient toujours, elle le savait, mais si aucun évènement ne venait jamais attiser le feu de ses sentiments vivaces, il n'y avait aucune raison pour qu'elle les ressente à nouveau.

Pourtant, ce voyage lui apportait de longs moments de méditation, comme si se retrouver en contact avec la nature l'apaisait au point qu'elle puisse songer tranquillement à tout ce qui était arrivé dans sa vie. Cela faisait maintenant presque trois mois qu'elle avait brisé ses fiançailles avec Mr Wickham et, finalement, même si cela avait été dur et l'était encore parfois, elle allait mieux qu'elle ne l'aurait imaginé à l'époque. Il y avait également eu les fiançailles de Jane et Mr Bingley et – elle devait le reconnaître – les changements des sentiments et de l'avis qu'elle éprouvait à l'égard de Mr Darcy.

Force lui avait été de constater que, malgré toute la volonté qu'elle avait pu y mettre, elle ne parvenait à occulter le Maître de Pemberley de ses pensées. Bien sûr, elle ne pensait pas constamment à lui mais plus elle s'interrogeait et plus ses sentiments devenaient embrumés. Était-il donc possible que des sentiments changent à un tel point en si peu de temps ? Un homme pour qui, trois mois auparavant elle ressentait encore du mépris et pour qui elle éprouvait à présent un grand respect, qu'elle assimilait parfois à une sorte de dette… Les risques qu'il avait pris pour elle la touchaient toujours lorsqu'elle y repensait. Et, si elle avait essayé de se convaincre qu'il ne s'agissait que de cela, c'était de plus en plus difficile.

Se fut vers la fin de son séjour dans la région des Lacs que les choses se compliquèrent définitivement. Le jour du seize Août était, dans l'esprit de Lizzy, assimilé à un jour bien sombre. En effet, ce jour précis était la date qui avait été fixée six mois plus tôt pour son mariage avec Mr Wickham. Lorsqu'elle se rendit compte de la date au petit déjeuner, son humeur devint sombre pour le reste de la journée. Elle n'avait pas vraiment songé que cette date approchait à un tel point. Elle savait parfaitement qu'elle aurait lieu en Août mais n'avait pas fait le rapprochement avec le jour qu'ils étaient. Elle savait que la venue de cette date serait une épreuve de plus à passer et, une fois cela chose faite, elle pourrait reprendre le cours de sa guérison, qui était en très bonne voie.

Son oncle et sa tante se rendirent compte au cours du petit déjeuner de l'humeur morose de leur nièce et, lorsqu'ils réfléchirent à la source de ce changement, ils trouvèrent finalement la raison et ne firent aucun commentaire à Elizabeth cela aurait été pour eux déplacé.

Vers le milieu de la matinée, Mr et Mrs Gardiner décidèrent de se rendre au lac près de Coniston, là où ils logeaient depuis presque une semaine. Lizzy décida de les accompagner et prit avec elle les deux lettres qu'elle avait reçues le matin même. Elle profiterait ainsi de cette balade pour les lire. Le trajet ne fut pas long et la seconde des sœurs Bennet se sépara quelques minutes de son oncle et de sa tante, désireuse de se retrouver seule. Ces derniers le lui accordèrent et Elizabeth prit la direction des rives du lac. Elle admira un instant le paysage qui lui faisait face, se délectant encore de la beauté de la vue. Les montagnes formaient une sorte de vallée circulaire et le lac se trouvait en son milieu. Elles étaient emplies de végétation verdoyante et les autres sommets de la chaîne se découpaient au loin, éclaircissant au fur et à mesure de leur éloignement. Si le temps n'était pas aussi clément que les jours précédents, il faisait tout de même beau. Des nuages parsemaient le ciel, lui donnant une couleur grise claire. Les rayons du soleil qui réussissaient à percer ce voile venait miroiter sur l'eau du lac devant elle. Des nappes de brumes encore présent flottaient au-dessus de la surface et des rives alentours, donnant un aspect presque irréel au lieu. Les jeux de lumière entre les rayons de l'astre, l'eau et la brume ajoutèrent à ce spectacle magnifique.

Lizzy savoura le vent tiède qui l'entourait et ferma un instant les yeux, écoutant les bruits du vent et des animaux à proximité du lieu où elle se trouvait. Elle aimait ce calme qui la faisait se sentir sereine, même en ce jour à la sombre signification.

Elle se détourna alors de sa contemplation et se saisit des deux lettres qu'elle avait emportées avec elle. Sur la première enveloppe, elle reconnut l'écriture de Jane et se pressa de l'ouvrir. Elle la lut attentivement, souriant parfois aux commentaires de sa sœur. Elle lui racontait les derniers évènements survenus à Longbourn, lui parlait de sa dernière visite à Mr Bingley. Elle lui contait brièvement les dernières nouvelles de Meryton et la questionnait sur sa santé, ses récentes découvertes et les choses qu'elle, son oncle et sa tante avaient vues. Sa lettre n'était pas très longue puisqu'elles s'écrivaient presque tous les jours. Elizabeth prévit de lui répondre dans l'après-midi, une fois rentrée à l'auberge.

Une fois la correspondance de sa sœur lue, elle s'empara de la seconde lettre et l'étudia attentivement. L'écriture lui était familière mais ce ne fut que lorsqu'elle lut le nom de l'expéditeur au dos de l'enveloppe et qu'elle vit le sceau qui cachetait l l'enveloppe que ses doutes furent confirmés. La lettre provenait du Derbyshire et avait été écrite de la main de Mr Darcy. Elle fut surprise – peut-être agréablement – de recevoir une lettre du maître de Pemberley. Elle ne s'y attendait guère et s'interrogea sur la manière dont il avait obtenu l'adresse de l'auberge. Sûrement Jane avait-elle fait le lien et elle n'en voulut pas à sa sœur. Après tout, pourquoi l'aurait-elle fait ? Elle ouvrit dans un geste impatient l'enveloppe et déplia la feuille qui s'y trouvait. La note était assez brève mais cela ne l'étonna pas. Sûrement Mr Darcy avait-il peu de choses à lui raconter. Elle commença alors à la lire.

Pemberley, Derbyshire, le 13 août

Miss Bennet,

Sûrement serez-vous surprise lorsque vous recevrez cette lettre puisque vous ne m'aviez nullement communiqué l'adresse de l'endroit où vous logeriez durant votre séjour. Ceci est de ma propre initiative, j'ai demandé à votre sœur Jane l'adresse de l'auberge où vous demeuriez. J'ose espérer que cette démarche ne vous importunera pas.

Cela doit faire un peu plus de deux semaines que vous êtes dans le Lac District et j'ose espérer que votre séjour se passe agréablement. Je sais à quel point cette région est magnifique et j'imagine qu'elle vous ravit. J'espère également que vous êtes en bonne santé, tout comme votre oncle et votre tante.

Pour ma part, les affaires qui m'ont forcées à rentrer plus tôt à Pemberley sont presque toutes résolues et j'aspire à retourner en Hertfordshire au tout début du mois de Septembre, sans doute nous reverrons nous à Netherfield et ensuite pour le mariage de votre sœur et de Mr Bingley qui aura lieu mi-octobre.

Puis-je vous demander quels endroits de la région des Lacs vous avez visité ? Je me souviens y être allé il y a quelques années et que le lac prés de Coniston était magnifique. Je sais par votre adresse que vous résidez dans la ville voisine, voilà pourquoi je mentionne particulièrement ce lieu. Sans doute êtes-vous allée voir le Scafiell Pike. Cet endroit m'a toujours impressionné, là où la mer et la montagne se rencontrent.

Avez-vous entendu parler du groupe d'auteurs qui a été inspiré par la région des Lacs ? Leurs membres n'écrivent des poèmes que depuis une dizaine d'années mais la critique en a déjà parlé. Certaines ont été peu à leur avantage mais je dois reconnaître que, en matière de poésie romantique, ils sont parmi les meilleurs. Je vous parle de cela car je sais que vous aimez la littérature et peut-être avez-vous déjà lu certains de ces auteurs. Les plus célèbres sont William Wordsworth et Samuel Taylor Coleridge.

J'espère, madame, que votre séjour continuera agréablement et que vous vous ravirez de vos derniers jours dans le Lac District. Je vous prie de m'excuser si je me suis emporté à raconter des souvenirs qui n'ont guère d'intérêt pour vous mais j'ose espérer que mon avis vous aura aidé.

Je vous souhaite de vous porter bien et de profiter de vos derniers jours. Au plaisir de vous revoir à Netherfield. Transmettez mes salutations à votre oncle et à votre tante.

Fitzwilliam Darcy.

Lorsqu'elle eût fini de lire sa lettre, Elizabeth était bouleversée. Ses termes ne contenait pourtant aucun élément qui aurait pu provoquer chez elle un si grand trouble mais le simple fait que Mr Darcy lui ait envoyé cette lettre la chamboulait. Sa lettre était chargée d'amabilité, comme tous les éléments et les rencontres qui formaient leur "relation" depuis à présent trois mois… Voilà trois mois qu'elle conversait avec lui, que cette haine et ce dédain qu'elle lui vouait s'étaient mués en quelque chose de bien différent, quelque chose qu'elle n'arrivait décidément pas à identifier.

Le fait que Mr Darcy ait pris la peine de demander à Jane ou à Mr Bingley de lui donner l'adresse de Coniston montrait le désir qu'il avait de converser avec elle. Mais, Dieu, pourquoi se donnait-il autant de peine ? Elle n'avait pas souvenir qu'il eût connaissance de la signification de ce jour. Pourtant, sa lettre était arrivée en ce jour si sombre et avait apporté dans sa matinée, certes un grand trouble, mais également une once de… elle n'aurait su le dire, mais quelque chose de bien moins sombre que ses ressentiments.

Tout ce qui était rattaché à Mr Darcy était si troublant. Et tout avait changé si vite que cela l'effrayait. Elle ne parvenait pas encore à mettre des mots sur ses sentiments et peut-être qu'elle en avait peur malgré elle, peur de réaliser ce que cela pourrait être, peur de se rendre compte d'une chose qu'elle n'envisageait pas encore ou, du moins, qu'elle n'aurait pas envisagé encore quelques semaines plus tôt. Elle reprit alors la lettre de Darcy et la relut, appréciant à nouveau les commentaires qu'il avait fait sur la région des lacs. Elle repensa à l'une de ses dernières phrases… Son avis l'intéressait grandement, c'était en effet le cas. Elle appréciait la vision qu'il avait des choses – du moins de ce qu'il lui laissait entrevoir et elle aimait se confronter à lui lorsqu'ils étaient en désaccord.

Du plus loin qu'elle s'en souvienne, elle avait toujours accordé de l'importance à Mr Darcy. Pas en tant qu'être cher dans sa vie, non, mais elle avait toujours été – en quelque sorte – attirée ou intriguée par lui. Du comportement odieux qu'il avait eu au bal de Meryton lors de leur première rencontre, aux semaines qui avait suivies, à ce qu'il avait fait à l'égard de Jane et Mr Bingley, au changement soudain lorsqu'elle l'avait revu à Netherfield au mois de Mai après avoir reçu sa lettre. Et aux semaines qui avaient suivies, où tout s'était embrumé pour elle. Des intentions de Darcy à ses propres sentiments.

pourtant, elle fut ravie de recevoir cette lettre, et se fut avec un léger sourire qu'elle regagna la voiture où l'attendaient les Gardiner.

XXXXXX

Coniston, Kimbria, le 16 Août,

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre avec étonnement, certes, mais une agréable surprise. Je me suis questionnée sur la manière dont vous aviez obtenu mon adresse, mais Jane me confirmera sûrement qu'elle vous l'a elle-même donné. J'ose espérer que vos affaires se portent bien, et que votre sœur et vous-même êtes en bonne santé.

Pour ma part, mon séjour dans la région des lacs se passe pour le mieux, et je suis en effet ravie. Les paysages y sont magnifiques, la végétation et la faune très diverses et surprenantes. Mais la beauté des lacs et des montagnes surpassent bien tout cela. Nous avons visité de nombreux villages et tous nous ont beaucoup plus. J'ai en effet eu la chance de voir le Scafiell Pike et je puis désormais témoigner de la beauté de ce paysage. Les alentours de Coniston sont également très agréable et mon oncle, ma tante et moi-même y demeurerons jusqu'au vingt-trois Août, regagnant ensuite le Hertfordshire.

Concernant les poètes originaires de la région des Lacs, j'en ai effectivement entendu parler. Je n'ai cependant jamais lu aucun de leur ouvrage. Sans doute aurais-je l'opportunité d'en acheter un puisque je dois me rendre à Londres quelques jours chez mon oncle. Ainsi pourrons-nous en converser lors de notre prochaine rencontre en Hertfordshire.

J'ose espérer, monsieur, que le reste de votre séjour à Pemberley se déroulera comme vous le souhaitez et mon oncle et ma tante me chargent de vous transmettre leurs salutations. Au plaisir de vous revoir à Netherfield.

Elizabeth Bennet.