Sanguine, mon frère!

Disclaimer: The elder scrolls IV Oblivion appartient à Ubisoft et Bethesda Softworks. Je ne fais que me baser sur le monde qui y a été développé et je ne gagne pas d'argent pour ça…

Voilà la suite de « Sanguine, mon frère ! », qui arrive, je l'admets, très tard. Je vous épargne le couplet sur les études qui prennent du temps et mon chien qui a mangé mon disque dur… Je vais essayer d'être plus rapide, maintenant que je suis en vacances. Merci pour les reviews, en tout cas !

Daffy from the GF : merci pour tes conseils… et pour l'effort que tu as fait pour me lire ! Je sais bien que tu ne partages pas mon goût pour Oblivion. Allez ! Pour te remercier, je vais m'intéresser à One Piece ! Bonnes vacances, meine Loutre !

Animaya : merci pour ces beaux compliments ! Ils me vont droit au cœur. Les Oubliés dans le jeu m'avaient bien fait rire (d'ailleurs, il ne faut pas les tuer, mais les sauver des prêtres qui veulent leur apporter la « lumière ») et je suis content que tu ais remarqué ce détail.

Chapitre 2 : un festin pour Sithis.

Une semaine passa après le premier contrat de Médéric. Au sanctuaire, la tension se faisait palpable, sans que le jeune homme ne devine pourquoi. Junia Rosa était partie en mission sur ordre direct de Ba'ruka, ce qui contrariait Hliri, dont ç'aurait du être la tâche d'assigner un de ses assassins au contrat. L'elfe noire était d'une humeur massacrante, après avoir vu l'Annonciatrice passer par-dessus son autorité, et le faisait bien ressentir. Feylan avait décidé de passer quelques jours en pleine nature en attendant qu'elle se calme et Qualda effectuait une autre mission à Cheydinhal. Il ne restait plus que Médéric, Marcus et Hliri dans les cavernes du Roc Noir. Le bréton supportait tant bien que mal la mauvaise humeur de l'elfe et les sarcasmes habituels de l'impérial. Quand ceux-ci lui pesaient trop, il se réfugiait dans la salle d'entraînement et s'exerçait assidûment. Telle était son occupation, lorsque Hliri entra à son tour. Voulant éviter de nouvelles remarques acerbes, Médéric continua son entraînement en feignant de ne pas l'avoir vue.

« J'ai reçu un message de Ba'ruka, annonça-t-elle. Elle a besoin de toute la famille pour un contrat spécial. Elle arrivera ce soir pour tout nous expliquer.

- Entendu. » se contenta de répondre le jeune assassin.

Le soir vint et la khajiite entra dans le sanctuaire, accompagnée de Qualda, de retour de mission, et de Feylan, que Hliri était allée prévenir dans sa retraite. Seule manquait Junia. Ba'ruka fit se réunir les frères et soeurs assassins dans la salle principale.

« Mes enfants, mes amis, mes protégés... Sithis réclame à nouveau que vous fassiez couler le sang pour lui! Cette fois, ce sont sept âmes que nous devrons lui envoyer.

- Sept cibles? Doivent-elles être tuées séparément? demanda Feylan.

- Non, pas forcément. La chance nous a souri en les réunissant toutes dans quelques jours en un unique endroit! se réjouit la khajiite. J'ai besoin de chacun d'entre vous pour frapper vite et efficacement. Vous vous êtes sans doute demandés où j'avais pu envoyer Junia? Laissez-moi vous expliquer en détail! ».

Quelqu'un avait payé cher pour la mort de sept marchands venus des quatre coins de Cyrodiil. Ces malheureux devaient se réunir dans cinq jours au manoir du seigneur Drad, au Nord d'Anvil, pour y discuter d'affaires importantes. C'était le moment idéal pour s'occuper d'eux, ou du moins d'une majorité des cibles, si jamais l'une d'elles devait être absente. Junia avait été infiltrée parmi les serviteurs du domaine, plaçant un agent de la Confrérie sur les lieux pour planifier l'attaque.

« Ces marchands seront très certainement accompagnés par des gardes du corps, fit Ba'ruka. Plusieurs d'entre eux sont également des guerriers accomplis ou des mages redoutables. Je doute qu'aucun de vous ait envie d'affronter une dizaine d'adversaire dans un environnement exigu!

- Il nous faudra faire preuve d'intelligence si nous voulons tous les envoyer aux pieds de la Mère de la Nuit, dit Qualda la nordique, songeuse.

- Depuis quand la réflexion est dans tes cordes? ricana l'impérial, fort injustement.

- J'ai mis un plan au point, ne vous inquiétez pas! coupa Ba'ruka. Diviser pour conquérir! Il nous faudra créer une diversion pour séparer les gardes de nos cibles. Grâce aux renseignements de Junia, je connais avec précision la disposition du lieu de rencontres de nos amis marchands. Il ne vous reste plus qu'à agir! ».

Le temps d'expliquer son plan et de répartir les tâches, les assassins étaient déjà en train de préparer leurs affaires. Marcus Garrus, dont c'était la première mission depuis des mois, jubilait à l'avance. Le plaisir qu'il prenait à infliger la souffrance dégoûtait profondément Médéric, mais force était de reconnaître qu'en la matière, l'impérial était l'un des meilleurs après Ba'ruka. L'elfe Feylan aussi se méfiait de lui. L'archer, qui ne jurait que par la patience et la précision, n'appréciait guère les guerriers sanguinaires et sans finesse. Ils étaient d'ailleurs opposés dans beaucoup de domaines et se détestaient cordialement. Médéric se posait des questions sur le contrat. Il en fit part à la guerrière nordique.

« Pourquoi Ba'ruka veut-elle réunir tout le groupe pour cette mission ? Un seul assassin ferait aussi bien l'affaire, non ? Il lui suffirait d'empoisonner les cibles ou de leur trancher la gorge pendant leur sommeil.

- Je me suis demandé la même chose, figure-toi ! répondit Qualda. A Cheydinhal, je me suis rendue compte d'une chose : la Confrérie devient peu à peu une… légende. Un conte pour enfant. Une histoire pour se faire peur la nuit ! Les gens ne croient plus en nos actions. Ils préfèrent penser qu'un meurtre a été commis par des bandits ou par une femme trompée ou je-ne-sais-quoi d'autre…

- Mais ça nous arrange plutôt, n'est-ce pas ? Nous devons rester invisibles dans notre travail !

- A certains moments, il est également préférable de rappeler notre existence au monde ! expliqua-t-elle. En nous entraînant tous dans ce contrat, Ba'ruka espère que nous allons effectuer un massacre, un bain de sang qui montrera à tous que la Confrérie Noire est toujours là, plus redoutable que jamais !

- Oui… ce serait bien dans ses manières ! », reconnut le bréton.

Le lendemain commença un long périple en direction de la côte Ouest de Cyrodiil. Les cinq assassins se déplaçaient séparément, loin en parallèle des routes impériales, uniquement de nuit, pour éviter d'être remarqués. Les quelques bandits qui s'en prirent à eux ne laissèrent que leurs cadavres aux loups. Ils arrivèrent à Anvil trois jours après. Tous les cinq se retrouvèrent à l'auberge de la Croix de Brina, hors des murs de la ville. La place était déserte, ce soir. Les assassins louèrent une chambre à l'écart, afin de ne pas être dérangés. Hliri Daani passa en revue le plan de Ba'ruka une dernière fois.

« Feylan et Qualda seront postés à l'extérieur, à couvert des arbres. Lorsque je mettrai le feu à l'étable, la plupart des gardes et des serviteurs devraient sortir pour l'éteindre.

- A ce moment, dit l'elfe des bois, je les transperce de mes flèches. Qualda s'occupera de ceux qui porteront une armure lourde.

- C'est encore à moi de faire le gros du travail ! s'exclama la nordique en riant.

- Je viendrai à revers pour te prêter main forte, répliqua l'elfe noire en fronçant les sourcils. Notre action doit être rapide. Son seul but est de créer la panique à l'intérieur du manoir. Médéric et Marcus en profiteront pour passer par une fenêtre que Junia, toujours dans son rôle de servante, nous laissera ouverte. Elle a d'ailleurs prévu un sortilège lui permettant d'éteindre toutes les lumières pendant quelques minutes. Je sais que vous deux n'aurez aucun mal à combattre dans le noir complet, contrairement aux soldats.

- A nous d'éliminer tous les gardes restant dans le manoir ! fit l'impérial, le sourire aux lèvres. Les marchands les suivront de près.

- Reste discret, Marcus ! gronda Hliri. Je ne veux pas que nos cibles prennent la fuite. Evitez le plus possible les cris d'agonie de vos victimes : cela ne ferait qu'attirer l'attention vers vous. Tranchez les gorges ou transpercez les poumons ! Tuez en silence !

- C'est bon, on a compris ! fit Médéric, boudeur.

Nous passons à l'action demain soir. Une dernière chose : Junia m'a fait parvenir un message dans lequel elle nous dit que si le plan échoue, elle a prévu un autre sortilège capable de réduire le manoir en un tas de ruines fumantes.

- C'est ce qu'elle dit à chaque contrat ! », soupira Feylan.

Pendant ce temps, au manoir du seigneur Drad, Estelle Renoit effectuait les derniers préparatifs pour accueillir ses invités marchands. Elle avait supplié le propriétaire des lieux, un noble dunmer, de lui laisser y organiser une réunion extraordinaire entre différents comptoirs des quatre coins de Cyrodiil. Le manoir, de style architectural typique des elfes noirs, comptait trois niveaux, de la cave au premier étage. L'intérieur était fort élégant, avec ses poutres apparentes, ses meubles de bois laqués et son ambiance chaleureuse. Le seigneur Drad avait accepté de bonne grâce de prêter son foyer (la marchande brétonienne étant une amie de longue date), le temps pour lui et sa femme de partir en voyage d'affaire en Morrowind. Estelle était libraire à Chorrol. C'était une femme connue pour son intelligence, dont la collection de livres avait acquis bonne réputation. Certaines personnes qu'elle avait invitées étaient de parfaits inconnus pour elle, mais la proposition qu'elle avait à leur faire les avait toutes intéressées. Ses convives devaient arriver le lendemain. Estelle en tremblait d'excitation et d'appréhension à la fois. Elle fit sonner une petite cloche à poignée de bois. La nouvelle servante apparut.

« Junia, voulez-vous bien me préparer une tisane, je vous prie ? demanda-t-elle.

- Certainement, madame. Quelque chose vous tracasse ?

- Pas vraiment. Un mauvais pressentiment, c'est tout.

- Ne vous en faites pas ! Je suis certaine que tout se passera comme vous le souhaitez ! dit Junia avec un charmant sourire.

- Je l'espère… ».

A son tour, Estelle sourit à la servante rougegarde. Elle appréciait beaucoup Junia, avec sa voix douce et ses manières si délicates. Si elle le pouvait, peut-être l'engagerait-elle définitivement à Chorrol. Elle lui facilitait tellement la vie !

La rougegarde passa en cuisine préparer le breuvage apaisant pour Estelle. Elle y trouva, à son grand mécontentement, un mercenaire orque du nom de Gorga gro-Shura, engagé comme garde du corps par la libraire de Chorrol. Ce dernier avait maladroitement tenté de la séduire plusieurs fois depuis son arrivée au manoir. Junia, derrière son apparente douceur, se retenait de ne pas le geler à mort avec un de ses sorts. Gorga, une fois de plus, lui fit un compliment plein de maladresse.

« Dame Junia, j'ai rarement vu, au cours de mes voyages, de fleurs à la beauté comparable à la vôtre.

- Je ne savais pas que vous vous intéressiez aux végétaux, Gorga ! répondit-elle.

- Mon père était herboriste et ma mère jardinait avec talent. Et vos parents, Junia ? Sûrement qu'eux aussi, pour avoir donné naissance à une si belle plante ! dit l'orque en souriant à sa tentative de séduction.

- Oh, je ne crois pas que quiconque aimerait rencontrer ceux que je considère comme mon père et ma mère. », dit-elle avant de s'en repartir, laissant le mercenaire interloqué.

Elle apporta la tisane à sa « maîtresse ». Ce rôle qu'elle jouait commençait véritablement à l'exaspérer. Elle ne comprenait pas pourquoi Ba'ruka avait tenu à ce que la famille au complet s'occupe du contrat, alors qu'elle connaissait suffisamment de poisons et de sortilèges pour exterminer tous les habitants du manoir et la faune alentour ! Le lendemain, tout serait terminé sans qu'elle ait à déchaîner sa magie, comme elle aimait tant le faire. Quel gâchis !

Le jour fatidique arriva enfin. Estelle Renoit accueillit un à un ses convives, arrivés pendant la journée. Il y eut d'abord Falanu Hlaalu, de Skingrad, une dunmer marchande de produits alchimiques, dont la réputation de nécromancienne et d'adoratrice des daedras n'empêchait en rien ses affaires de prospérer.

Puis vinrent simultanément Ungarion, un mage altmer de Bravil, et Fjotreid, un forgeron nordique de Bruma. Bien que leur domaine d'activité, leur apparence et leur culture soient totalement différents, ils s'entendaient comme deux vieux amis.

Tovas Selvani l'elfe noir arriva sur le dos d'un de ses magnifiques chevaux de Cheydinhal. Son élevage équestre était réputé comme le meilleur de tout Cyrodiil.

Epuisé par son voyage depuis Leyawiin, le marchand bosmer Gundalas se révéla d'une humeur massacrante. Il n'avait qu'une seule chose en tête : voir si la proposition d'Estelle lui serait profitable et repartir en bateau aussitôt après.

Enfin, Wilbur, l'aubergiste rougegarde d'Anvil, arriva en dernier, bien qu'il fût le plus proche du domaine du seigneur Drad.

La brétonne les emmena tous à l'étage autour d'un copieux repas, composé de salade et de poissons en entrée, de gibiers et de venaisons accompagnés de pommes de terre sautées en plat principal, et du thé avec des gâteaux secs pour terminer. La collation eut pour effet de calmer un peu la nervosité des marchands, mais une fois terminée, les questions n'allaient pas tarder à être posées. Estelle prit la parole.

« Merci à vous d'être venus ! J'espère que vos voyages…

- Assez de bla-bla ! l'interrompit Gundalas, toujours énervé. Votre lettre nous parlait d'une éventualité de faire d'énormes bénéfices. Expliquez-vous donc !

- Oui, vous avez été assez mystérieuse sur le sujet, ajouta Tovas Selvani. J'ose penser que vous avez une excellente raison de nous avoir fait nous déplacer.

- Quelle qu'elle soit, cette raison, je dois dire que j'admire votre culot, Estelle ! dit Fjotreid en levant son verre en direction de la libraire. Ce n'est pas à la portée de quiconque de réunir la fine fleur des vendeurs de Cyrodiil !

- Merci, Fjotreid ! répondit-elle en rougissant face à ce compliment inattendu. Chers confrères, j'ai une question pour vous : qui n'a jamais vendu ses marchandises à la Société des marchands concernés, dans la capitale ? ».

Personne ne dit rien. La capitale impériale leur achetait des biens et les revendait, c'était connu et parfaitement admis. De même, quand les marchands des autres villes manquaient de stocks, c'est là-bas qu'ils en commandaient. Un cycle mercantile, en quelque sorte. Cependant, la Société des marchands concernés posait problème : profitant de leur influence, les membres achetaient à prix moindres des marchandises qu'ils revendaient parfois deux fois le prix de départ. Cette tendance s'intensifiait, faisant de la capitale le nouveau centre du commerce à Cyrodiil, au détriment des autres villes.

« C'est un sujet épineux, admit Falanu, mais que pouvons-nous y faire ? Ils sont si puissants…

- Ce que nous pouvons faire ? répéta Estelle. Nous pouvons fonder notre propre guilde ! ».

Au dehors, les assassins se mirent en position. Des gardes patrouillaient autour du manoir. Ils étaient peu nombreux. Le reste devait se trouver à l'intérieur. Médéric et Marcus les observaient depuis une colline, cachés parmi les arbres. Ils avaient revêtu leur combinaison. Le bréton s'y sentait à l'aise. A vrai dire, elle était comme une seconde peau. Il avait conscience des lames de jet insérées dans la doublure des avant-bras, du lacet d'étrangleur autour de son poignet gauche, des crochets à serrure passés à sa ceinture, de sa dague favorite cachée dans sa botte droite… Plus qu'une armure, c'était un arsenal ! Il reçut une claque derrière la tête qui le fit sortir de ses rêveries.

« Je te parle, Bec-de-Lièvre ! dit l'impérial. On va avoir droit à une vraie bataille, contrairement à ta première mission. Tu as déjà combattu un véritable adversaire, d'homme à homme ?

- La première fois que j'ai tué quelqu'un, oui, répondit-il. Après ça, c'était juste pendant l'entraînement avec Hliri.

- Magnifique ! maugréa Marcus. Je vais me jeter dans la gueule du loup et je dois me coltiner un gamin qui ne sait même pas par quel bout tenir une épée !

- Si tu crois que ça me fait plaisir de faire équipe avec un lourdaud qui va me faire remarquer dès qu'on sera rentré…

- Tu comptes faire quoi, face à un de ces soldats, avec ton petit couteau ? demanda-t-il ironiquement. Lui proposer une manucure ? Tu es un poids plume, petit ! Tu ne pourras jamais t'en sortir seul.

- Bah ! Toi, tu as besoin de mouliner avec tes épées et de mettre du sang partout ! Moi, j'ai qu'un seul coup à frapper, au bon endroit, pour que ma cible soit aussi morte que la tienne.

- Tu veux parier ? Je suis plus efficace que toi. Je tuerai plus de gardes que tu n'en auras le temps.

- Je tiens le pari ! répliqua hargneusement Médéric. Si tu perds, tu me devras la paye de ton prochain contrat.

- Petit joueur ! se moqua Marcus. Si je gagne, tu feras ma lessive pendant un mois dans le lac, devant le sanctuaire… en plein jour !

- Entendu ! Prépare tes économies !

- Entendu ! Prépare ton savon ! ».

L'annonce d'Estelle avait fait son effet. Les marchands la regardaient tous, affichant la surprise, l'amusement ou l'intérêt. La libraire leur laissa le temps de digérer sa proposition. Wilbur fut le premier à réagir.

« C'est une plaisanterie ? demanda le rougegarde.

- Pas le moins du monde !

- Vous êtes bien consciente que la Société a établi un monopôle qu'un nouvel arrivant aurait beaucoup de mal à ébranler ?

- J'ai de bonnes raisons de croire que nous en sommes capables.

- Expliquez-vous donc ! dit Ungarion, très intéressé.

- Premièrement, ce sont les villes de province qui produisent la majeure partie des marchandises, pas la capitale. Elle ne nous sert que d'intermédiaire, ce dont nous pouvons nous passer en nous associant. Deuxièmement, Kvatch est toujours en reconstruction après l'attaque des daedras. La cité achète ses matériaux à la capitale, alors que Skingrad, Anvil ou même Chorrol sont plus proches. Si nous lui proposions nos services, ils pourraient obtenir ce dont ils ont besoin plus rapidement et à un prix inférieur.

- Mademoiselle Renoit a raison, affirma Falanu, mais je me demande encore une chose : pourquoi nous six ?

- Parce que vous venez chacun d'une ville différente et que vous vendez les produits de votre région. Si, au lieu de les envoyer à la cité impériale, vous travaillez ensemble, nous pourrons alors créer notre propre réseau de commerce. La Société des marchands aura du mal à nous concurrencer, une fois unis ! ».

Les marchands gardèrent le silence, pensifs. Ainsi, derrière cette femme menue, à l'apparence commune, aux cheveux bruns mal coiffés, se cachait une redoutable négociatrice… La brétonne prit une longue inspiration. Tout allait bientôt se jouer. La pièce lui sembla étouffante, tout à coup. Gundalas brisa le silence pesant d'une voix nerveuse.

« En tout cas, ils ne vont pas apprécier du tout !

- Et alors ? dit Tovas. Que peuvent-ils faire ? Nous envoyer la Confrérie Noire ? ».

La mauvaise blague détendit l'atmosphère. Même Estelle en rit. Il faisait vraiment chaud, ici ! Etait-ce elle qui avait un problème ou bien…

Hliri avança jusqu'à l'étable sans un bruit. Elle se hissa jusqu'au toit de chaume et attendit, couchée à plat ventre, que la ronde des gardes s'éloigne. Elle sortit d'une poche secrète une fiole d'huile à lampe, dont elle répandit le contenu sur la paille. Puis, à l'aide d'une pierre à feu, elle l'enflamma. L'incendie prit rapidement, ne lui laissant que le temps de sauter du toit. Les gardes aperçurent la lueur au loin et donnèrent l'alerte. De sa position élevée, Feylan pouvait les voir courir en direction du feu. Il attendit que les hommes d'arme sortent également du manoir. L'elfe des bois savait que sa collègue nordique attendait dans un recoin sombre de passer à l'action. Elle en plaisantait à l'auberge, mais elle avait raison : c'était elle qui prendrait le plus de risques en se jetant dans la bataille au corps à corps. Fort heureusement, Qualda était plus que compétente en la matière. Elle n'était pas comme Marcus Garrus, assoiffé de sang. Son style de combat était simple et terriblement efficace. Il allait sous peu en avoir un aperçu. Plus aucun garde ne sortait du manoir. Feylan encocha une flèche, visa, tira, transperça le cou d'un homme de part en part. Ses collègues restèrent un instant surpris, ce dont profita la nordique pour se ruer sur eux, la hache brandie, et presque couper en deux le garde le plus proche. Un tourbillon d'acier tranchant eut tôt fait de mutiler ou tuer les soldats trop longs à réagir. Ceux restés en arrière reçurent une pluie de flèches bien ajustées. Pris entre le marteau et l'enclume, les gardes ne tarderaient pas à tous succomber.

« On dirait qu'il y a un problème dehors ! », dit Wilbur en se levant de table. A peine fut-il sur ses deux pieds qu'il vacilla et retomba sur sa chaise. Ungarion lui demanda ce qui lui arrivait. Tous les marchands se sentaient mal depuis quelques minutes. Falanu demanda à Estelle d'ouvrir une fenêtre. Elle s'exécuta. L'atmosphère était en effet devenue suffocante. La brétonne se sentait engourdie. Chacun de ses gestes lui paraissait ralenti et elle devait fournir un effort de plus en plus intense, ne serait-ce que pour rester debout. Elle vit alors l'incendie au loin. Gardes et serviteurs s'occupaient de l'éteindre. Cependant, le feu était bien trop éloigné pour expliquer la chaleur que l'on ressentait dans la pièce. Tovas fut le premier à s'effondrer, le nez dans son assiette. Ses yeux révulsés semblaient regarder le plafond avec intérêt. Falanu se leva pour l'aider, avant de tomber au sol, trois pas plus tard, vidée de ses forces. Fjotreid, plus endurant, eut le temps d'atteindre la porte, puis tomba comme les autres, les doigts crispés et tremblants sur la poignée. Estelle Renoit sentit ses forces la quitter, sa vision se troubler. La chaleur qu'elle ressentait se mua en une douce fraîcheur alors qu'elle gisait par terre. Elle n'eut que le temps de voir Gundalas s'effondrer à son tour, avant de sombrer dans les ténèbres.

Au rez-de-chaussée, les gardes restants étaient sur le qui-vive. Ils étaient sept en tout, dont l'orque Gorga. Junia, dans un coin, gardait un œil sur la fenêtre qu'elle avait laissée ouverte pour ses frères meurtriers. Elle aperçut deux ombres furtives se glisser vers elle. La rougegarde effectua quelques gestes ésotériques compliqués et lança le sort qu'elle avait baptisé « Etreinte de la Mère de la Nuit ». Bien que torches et chandelles restèrent allumées, la lumière sembla soudain refluer, jusqu'à disparaître. Les hommes d'arme tirèrent leur épée, maintenant persuadés que quelque chose ne tournait pas rond. Son travail terminé, Junia souleva légèrement sa robe du bout des doigts et sortit rapidement du manoir. Elle regarda à peine l'incendie au loin, sur lequel se découpaient, au sens littéral du terme, les ombres des soldats massacrés par ses collègues. Elle repensa à ces quelques jours au service d'Estelle Renoit et éclata de rire. Pauvre petite libraire ! Elle ne s'était doutée de rien. Ses pensées se tournèrent ensuite vers Gorga gro-Shura. Ce balourd ne…

« Dame Junia ! Tout va bien ? cria l'orque derrière elle. Ne restez pas dehors ! Je crois qu'il y a une attaque. ».

La rougegarde s'arrêta net. Ses épaules s'affaissèrent et elle se retourna, les yeux levés au ciel, dans un soupir agacé.

« Gorga, je vous remercie de votre attention, mais je dois malheureusement vous dire que vous m'importunez. », dit-elle avant d'invoquer une boule de feu qui transforma l'orque en torche vivante.

Médéric était entré le premier. Il se trouvait dans un salon cossu, plongé dans le noir, où six gardes regardaient de tous les côtés pour tenter de se repérer. La vision nocturne de Médéric s'apparentait beaucoup à celle des khajiits, sans qu'il le sache. Tout lui apparaissait clairement dans une gamme de bleu et de gris. C'était là son plus gros avantage, car même si cela lui faisait mal de l'admettre, Marcus avait raison : il n'était physiquement ni assez fort, ni assez résistant, pour engager un combat à la loyale avec un adversaire entraîné. Hors de question, cependant, de laisser cette faiblesse l'empêcher de gagner son pari ! Le jeune assassin savait que s'il perdait, Marcus salirait intentionnellement ses affaires de manières les plus dégoûtantes, juste pour lui rendre la tâche encore plus pénible. Il se glissa derrière un homme en cotte de maille et sortit sa lame elfique. Il la plongea sans pitié dans la gorge du garde. L'entraînement de Hliri aux armes lui servait pour la première fois en situation réelle. Il pensa avec satisfaction qu'il était loin d'être mauvais. Marcus Garrus était entré à son tour et d'un croisé de ses deux épées longues, il décapita un autre homme. Les gardes s'étaient regroupés, sentant que la situation était définitivement anormale. Les deux assassins ne se jetèrent pas dans la mêlée. Ils les encerclèrent, toujours invisibles dans les ténèbres. Médéric inversa sa prise sur sa dague et poignarda un autre homme entre les côtes, juste sous l'aisselle, lui transperçant un poumon et le cœur. Il retira son couteau et d'un même geste agile, trancha la gorge de sa victime pour faire bonne mesure. Du sang lui gicla au visage. Son frère d'arme poursuivait ses œuvres de son côté : il venait d'empaler sur ses lames un deuxième adversaire, dont il se servait comme bouclier humain face à un garde qui donnait des coups d'épées à l'aveuglette. D'un violent coup de pieds, il retira le corps inanimé de ses armes et l'envoya heurter le soldat. Ce dernier tomba à la renverse et Marcus l'acheva d'un coup en plein cœur. Le dernier survivant, plus sage que les autres, prit la fuite. Une lame de jet de Médéric s'enfonça dans sa nuque, le tuant sur le coup. Le sortilège de Junia prit fin peu après. La lumière ainsi revenue irrita, comme toujours, les yeux du jeune assassin. Il les abrita derrière son bras levé.

« Trois chacun, pas vrai ? commenta Marcus. On va se départager avec les marchands, alors ! ».

Ils montèrent à l'étage, se bousculant l'un l'autre pour arriver le premier. Médéric profita de sa petite taille et de sa rapidité pour passer devant. Il ouvrit la porte du lieu de réunion et trébucha sur le corps sans vie d'un nordique. Marcus s'arrêta sur le pas de la porte, médusé. Toutes les cibles étaient au sol, les yeux révulsés, la salive leur coulant sur le menton. Son jeune collègue se releva et contempla le spectacle. Lentement, l'impérial inspecta chacun des marchands. Plus aucun ne donnait signe de vie. Marcus passa sa main sur ses cheveux rasés, un signe d'anxiété. Médéric, décontenancé, posa le premier la question :

« Qu'est-ce qu'on fait ?

- Ils… sont tous morts. Le contrat est rempli. Pas par nous, mais l'essentiel est fait.

- On dirait qu'on les a empoisonnés ! Tu crois que Junia…

- Je ne sais pas, Bec-de-Lièvre ! s'écria-t-il, exaspéré. Retournons dehors ! Les autres ont sans doute fini de s'occuper des gardes. ».

Médéric obéit. Qu'avait-il bien pu se passer ? Hliri arriva dans le manoir au moment où ils descendaient. En voyant leur mine étrange, elle demanda si tout allait bien. Comme aucun des deux ne répondait, elle monta les escaliers en courant. L'elfe noire revint trente secondes après.

« Quelle est la signification de ceci ? demanda-t-elle en montrant l'étage du pouce.

- Soit on nous a devancés, soit ils se sont tous étouffés sur un os trop gros ! répondit l'impérial qui avait retrouvé toute sa morgue habituelle.

- Ils présentent les symptômes d'un empoisonnement aux racines de Harrada. C'est une plante qu'on ne trouve que dans les plaines d'Oblivion. Il est impossible que ce soit un accident !

- Où sont Feylan et Qualda ? demanda Médéric.

- Ils nous rejoignent. Mère de la Nuit, qu'est-il arrivé ? ».

Les membres de la Confrérie se concertèrent une fois loin du manoir du seigneur Drad. Feylan, l'elfe des bois, demanda :

« Junia, je ne t'accuse de rien, mais…

- Si tu finis cette phrase, menaça la rougegarde, prépare-toi à passer le restant de tes jours sous forme de crabe des vases ! Je connaissais les ordres et je n'en ai pas dévié une seule fois.

- On sait tous que tu as tendance à te laisser emporter quand tu es en mission, expliqua Marcus. Tu te souviens du contrat sur le voleur de skouma ? C'est à peine si on a pu localiser les ruines de sa maison, après.

- Ne me prenez pas pour une idiote irresponsable ! Ba'ruka avait été très claire : je n'étais là que pour vous faciliter la tâche à tous. Vous pourriez au moins me montrer un peu de reconnaissance !

- Assez ! cria Hliri. Cette discussion ne mène à rien. Retournons à l'auberge et quittons la région en vitesse ! ».

Tous les six repartirent dans une direction différente, toujours pour éviter d'être remarqués. Médéric courut le plus longtemps possible, sans penser à sa deuxième mission. Arrivé près d'un vieux fort en ruine entouré de buissons épineux, il s'arrêta pour reprendre son souffle. Les bruits de la nuit et l'odeur de la nature sauvage submergèrent ses sens, ce qui, associés à sa course et aux émotions fortes de la soirée, eut pour effet de le faire vomir. En fermant les yeux, il revit les cadavres des sept vendeurs. Cette vision ne le dégoûtait plus depuis longtemps : il avait vu bien des morts, quand il accompagnait l'un des frères du Sanctuaire pour l'observer en mission. Cette fois, cependant, il sentait au fond de lui que le contrat de cette nuit leur avait à tous complètement échappé. Si l'empoisonnement était volontaire, alors qui avait pu commettre ces meurtres juste avant leur arrivée ? Qui était le tueur qui pouvait ainsi devancer toute une équipe d'assassins ?

Le voyage de retour se fit sans encombres. Par contre, à l'arrivée au Sanctuaire les attendait l'Annonciatrice khajiite, dont le sourire chaleureux s'effaça lorsqu'on lui fit rapport de la mission. La voir en colère était une chose rare et impressionnante.

« Qui ? Qui a osé nous retirer ce contrat sous le nez ? hurlait-elle. Je l'enverrai moi-même ramper aux pieds de la Mère de la Nuit ! Sa mort sera si douloureuse qu'il regrettera d'avoir vu le jour !

- Je n'ai trouvé aucun indice quand je suis allée voir, dit Hliri Daani, du moins n'en ai-je pas eu le temps. Nous devions fuir avant que la lueur de l'incendie n'attire la légion impériale.

- Alors, retourne là-bas ! répliqua Ba'ruka, sa voix réduite à un feulement. Tu aurais du penser à aller enquêter une fois le soleil levé. Ai-je donc mis une incapable à la tête de ce sanctuaire ? ».

Le visage bleu nuit de l'elfe noire pâlit en entendant l'insulte. Aucun membre n'osa réagir. Médéric était tétanisé devant l'Annonciatrice aux traits félins tordus par la rage. Feylan, la main sur la bouche, fixait le sol, pensif. Qualda fermait les yeux, impassible. Junia Rosa, qui avait subi de Ba'ruka le même interrogatoire que celui de ses compagnons, était assise à une chaise, l'air abattu. Même Marcus gardait les lèvres serrées. Enfin, l'elfe des bois, toujours conciliateur, se risqua à prendre la parole.

« La Morag-Tong ne pourrait-elle être responsable ?

- Nos rivaux de Morrowind n'oseraient jamais mettre leurs pieds sur notre territoire. De plus, ils nous auraient laissés un signe, un indice, pour que nous sachions bien qu'eux, et eux seuls, ont exécuté les cibles.

- Ce n'était peut-être qu'une coïncidence… », fit Junia d'une petite voix.

La khajiite se calma. Elle ordonna une nouvelle fois à Hliri de retourner au manoir, puis s'en alla sans dire un mot.

Médéric retourna dans ses quartiers. Il n'allumait jamais de bougie à l'intérieur. C'était son lieu de ténèbres, loin de la lumière brûlante : un sanctuaire dans le Sanctuaire, parfait pour ses yeux sensibles. Il enleva sa combinaison et se coucha. Ses pensées tournoyaient sous son crâne et l'empêchaient de dormir. Il se sentait désolé pour l'elfe noire, qui avait du repartir immédiatement, sans prendre le temps de se reposer. Il ne comprenait pas pourquoi Ba'ruka était si furieuse : les cibles avaient rejoint Sithis, le contrat avait été rempli. N'était-ce pas tout ce qui comptait, finalement ? Il se retourna dans son lit.

« Pfff… je n'ai même pas gagné mon pari ! ».

A suivre…

Fin du deuxième chapitre ! J'espère qu'il vous a plu. N'hésitez pas à me laisser un commentaire, je le lirai avec plaisir. Le prochain chapitre arrivera plus vite que celui-ci, c'est promis !