Sanguine, mon frère!

Disclaimer: The elder scrolls IV Oblivion appartient à Ubisoft et Bethesda Softworks. Je ne fais que me baser sur le monde qui y a été développé et je ne gagne pas d'argent pour ça…

Troisième partie de cette fanfiction sur la Confrérie Noire. J'ai été moins long à poster que pour le chapitre 2 ! Ce dernier m'a servi à développer un peu les personnages secondaires. A présent, je me recentre sur le héros. Au fait, j'ai glissé une référence extérieure à Oblivion dans ce chapitre. Si quelqu'un arrive à la trouver et à me dire d'où elle vient… je lui tire mon chapeau (désolé, pas de récompense !).

Daffy frome ze Goldeune Frikz : Merci encore ! Je vais essayer les tirets hauts. Si ça fonctionne, je ferai la modification sur les autres chapitres. Ces tirets qui manquent, ça m'embête… Pour ce qui est du scénario, tu sais comment je marche : je vois d'où je pars, par où je passe et où j'arrive… et pour ce qu'il y a entre, je le fais au fur et à mesure !

Animaya : Merci pour vos impressions (puisque le vouvoiement semble de mise) et pour m'avoir fait remarquer l'existence des reviews anonymes (je ne suis qu'un fanfiqueur débutant qui ne connaît pas grand-chose à ce site). Elles sont acceptées, maintenant. Vous trouvez ces assassins m'as-tu-vu ? C'est possible, mais disons que le contrat du chapitre 2 était spécial : même une confrérie secrète doit se faire un peu de pub pour avoir des clients!

Chapitre 3 : les reliques du Semeur d'Epidémie.

Hliri ouvrit la porte menant à l'extérieur de la grotte du Roc Noir. Le bruit de la cascade qui en cachait l'entrée se répercuta sur les parois de pierre. A travers le mur d'eau rugissant, la forêt et le ciel bleu parsemé de nuages étaient distordus en une vision curieusement onirique, que l'elfe noire contempla un instant. Les reproches cinglants de Ba'ruka résonnaient encore à ses oreilles. Il lui fallait prendre un cheval à Chorrol et retourner sur la Côte d'Or, au manoir du seigneur Drad, pour essayer d'en découvrir plus sur l'incident qui s'y était produit. Elle entendit des pas derrière elle et se retourna. Voyant qui la suivait, elle sortit calmement, contournant la chute d'eau qui s'écoulait dans un bassin rocheux. Feylan la rejoignit plus loin.

« Le voyage sera long, dit-il. Tu as tout ce qu'il te faut ?

- Bien sûr ! C'est plutôt moi qui devrais m'inquiéter, répondit-elle. Tu me remplaces à la tête du Sanctuaire pendant mon absence. C'est un poste difficile, mais que beaucoup aimeraient occuper. J'espère que tu sauras te débrouiller !

- Ne t'en fais pas ! Nos frères et sœurs ne manqueront pas de travail, je peux te l'assurer. ».

Hliri hocha la tête et s'apprêta à partir, lorsque la main de l'elfe des bois se posa sur son épaule. Il lui dit quelque chose, une phrase courte et simple, à voix basse.

« Prend bien soin de toi, Hliri. ».

La dunmer secoua la tête et se retourna vers lui, les yeux mi-clos, un sourire fugitif s'affichant sur son visage.

« Un assassin romantique ? Tu es ridicule, Feylan.

- Je n'ai pas de honte à l'être, lorsqu'il s'agit de toi. ».

Le lendemain, le bosmer reçut les nouveaux ordres de mission. Ils étaient plus nombreux qu'avant. Peut-être le massacre des sept marchands et de leurs gardes avait-il donné à la Confrérie Noire une promotion inattendue ? Il consulta les contrats. Il lui faudrait en confier un à Marcus, dont la récente période d'inactivité avait été trop longue. Un autre semblait parfait pour Qualda. Un troisième nécessitait de bonnes connaissances alchimiques et revenait donc à Junia. Le dernier contrat lui posait problème. En temps normal, ce serait lui ou Hliri Daani les mieux qualifiés pour l'exécuter, mais l'elfe noire étant partie et lui, pris par ses nouvelles responsabilités, il ne lui restait plus qu'un seul choix. Il réunit donc les membres restant de la famille dans la salle commune, une large pièce circulaire avec une table ronde au centre, aux murs tapissés de rayonnages de livres et de bannières marquées d'une empreinte de main noire, le signe de la Confrérie.

« J'ai un contrat pour un couple de mercenaires à la tête d'une compagnie de bandits, les « Pies du Nibenay ». Ils se cachent dans les environs de Bravil, mais on ne sait pas exactement où. Qualda, je te charge de les trouver et de les éliminer.

- C'est comme si c'était fait ! assura la guerrière.

- Ensuite, nous avons Lerexus Callidus, un des gardes de Leyawiin qui fait aussi partie de la légion impériale. Le client veut qu'on lui rapporte sa tête comme preuve de sa mort. Cela te convient-il, Marcus ?

- Je déteste les marais, mais je suppose que je n'ai pas le choix ?

- En effet. Un autre contrat vise Martina Floria, une magicienne de l'université Arcane. Sa mort doit rester inexplicable, comme si sa vie s'était tout d'un coup envolée. J'ai tout de suite pensé à toi, Junia.

- Je connais des poisons qui ne laissent aucune trace, mais ils sont longs à préparer et les ingrédients sont durs à trouver…

- Tu as tout ton temps. Il ne reste plus qu'une dernière mission, pour Médéric. C'est un contrat à prime. ».

La déception se lut sur le visage de Marcus et l'intérêt sur celui de Qualda. Tous les assassins se tournèrent vers Médéric. Le bréton demanda :

« C'est quoi, cette histoire de prime ?

- Tu as une cible principale, Arentus Falvius, un prêtre défroqué vivant à Bruma. Il est revenu récemment d'un voyage dans les Marais Noirs, où il accompagnait un groupe d'aventuriers amateurs à la recherche d'un quelconque trésor. En le tuant, tu auras rempli le contrat, mais sache que si tu retrouves aussi ses compagnons et que tu t'en débarrasses, tu recevras une prime de cent septims par cible éliminée.

- Quatre cibles, n'est-ce pas beaucoup pour un assassin débutant ? demanda doucement Junia.

- Comme je l'ai dit, répondit Feylan avant que Médéric ne puisse s'indigner, ce sont tous des aventuriers amateurs, des chasseurs de trésors sans envergure. Le plus dur sera de les trouver, pas de les tuer. Nous ne connaissons que la localisation de Falvius. Médéric devra lui soutirer des renseignements s'il veut les primes. T'en sens-tu capable ?

- Hé ! Vous avez l'air d'oublier que je ne suis plus un apprenti ! s'écria-t-il.

- Alors, fais honneur à la Mère de la Nuit ! », rétorqua Feylan en lui tendant son ordre de mission.

Chaque assassin partit dans la journée. Médéric effectua minutieusement ses préparatifs. Ses armes, sa combinaison, des vivres, des habits normaux, de l'argent… A ce propos, il se sentit un peu gêné de voir les quatre cent septims que lui avaient valu ses deux premiers contrats. Il vivait pour ainsi dire en permanence au Sanctuaire, où il était nourri, logé, blanchi. Pendant toutes ces années, il n'avait presque jamais eu à dépenser quoi que ce soit, et même avant ça, rien ne s'achetait à Anga et ses parents pourvoyaient à ses besoins quand il vivait à Skingrad. Il lui était étrange de penser… qu'il ne savait pas quoi faire de ses économies ! Bien sûr, un long périple se profilait et ces pièces inutilisées lui seraient bientôt précieuses… Et si, pour une fois, il en profitait ? La nuit tomba vite. Médéric se rendit à l'écurie de Chorrol où un cheval alezan l'attendait, loué par la Confrérie. Il le monta, l'éperonna, et partit au galop sur la route pavée menant à Bruma, la cité montagneuse. De chaque côté s'étendait la Grande Forêt. Sur les pentes herbues, des centaines d'arbres au feuillage généreux dressaient haut leurs branches. A leur pied, champignons et fleurs sauvages poussaient à foison. De temps à autres, la silhouette sombre d'une vieille ruine, vestige du passé tumultueux de Cyrodiil, venait dominer la cime des arbres comme une sentinelle pesante. Hélas ! Médéric n'avait pas le temps d'admirer la beauté nocturne de la forêt. Un détail le tracassait : comment allait-il s'y prendre pour soutirer de sa victime des informations sur ses amis aventuriers ? Il n'était pas un beau parleur comme Feylan ou Qualda, ne connaissait aucun sérum de vérité comme Junia, et ne serait jamais capable de torturer quelqu'un pour servir ses plans comme Marcus.

Le trajet dura encore une nuit. Le paysage changeait de plus en plus : les arbres se firent plus espacés, les pentes plus élevées, le sol plus caillouteux, l'air plus froid. Le jeune assassin aperçut les premières plaques de neige des hauteurs alors qu'il s'arrêtait pour dormir, le jour, à l'écart de la route. La nuit, le froid était mordant et Médéric, bien emmitouflé dans son manteau de voyage, tremblait tout de même comme une feuille. Il vit donc avec joie se profiler les murs d'enceinte de Bruma et la perspective d'un bon feu de cheminée dans une auberge. Son cheval laissé à l'écurie, il entra dans la ville. Le sol pavé y était en partie couvert de neige. Une longue succession de maisons, construites en pierres et en bois, courait le long des fortifications. Des braseros apportaient leur chaleur aux rues glaciales. L'aurore approchait. Médéric ne voulait pas se retrouver dehors au moment où le soleil viendrait lui brûler les yeux. Il demanda où se trouvait l'auberge la plus proche. Un garde lui indiqua la Taverne d'Olaf. L'endroit était sombre, ce qui convenait fort bien au brétonien. Quelques clients buvaient ou prenaient un petit-déjeuner. Médéric s'assit à une table, la capuche de son manteau rabattue pour qu'on ne voie pas sa difformité. Le tavernier vint prendre sa commande. Le jeune homme se fit passer pour un pèlerin venu prier à la chapelle de Talos et de fil en aiguille, la conversation dériva sur les prêtres de Bruma.

« Le primat est devenu bizarre, depuis qu'il est revenu de l'étranger, avoua Olaf le tavernier. On dirait qu'il a peur de son ombre ! Pauvre Arentus Falvius ! Il voulait quitter Bruma, voir du pays, vivre l'aventure…

- Il n'a pas eu ce qu'il voulait ? demanda Médéric.

- Si, et même plus ! s'exclama Olaf. Il est rentré plus riche qu'il n'était parti. Seulement, son comportement n'était plus du tout pareil : il a quitté son poste à l'église et s'est acheté cette grande maison, juste à droite de la porte Est. Depuis, il ne sort plus que pour prier comme un fou dans la chapelle, en marmonnant je-ne-sais-quoi sur le pardon de ses fautes. ».

L'assassin réfléchit à ce qu'il venait d'entendre. Apparemment, sa future victime avait quelque chose à se reprocher. Peut-être qu'en visitant sa demeure pendant son sommeil, il découvrirait ce dont il s'agissait et pourrait s'en servir pour faire parler le prêtre ?

« Je vais vous prendre une chambre, annonça-t-il. Que personne ne vienne me déranger jusqu'à la nuit tombée!

- Comme vous voudrez. », fit le tavernier en haussant les épaules.

Le soir venu, Médéric se glissa dans les rues enneigées à la recherche de la maison de Falvius. Elle n'était pas loin. Les petites fenêtres carrées n'étaient pas éclairées. Le bréton attendit dans un coin que les passants tardifs se soient éloignés, puis il longea l'arrière de la bâtisse, découvrit une fenêtre à doubles battants et souleva le loquet en insérant son couteau dans la fente entre les deux panneaux de bois. A l'intérieur, aucune lumière, aucun éclairage ne venait chasser la pénombre. Seules des braises couvaient encore dans la cheminée. Les bâtiments de Bruma étaient construits à moitié enfoui dans la terre, pour préserver la chaleur. Les chambres se trouvaient en général dans ce sous-sol. Médéric descendit des escaliers de bois. En bas, un ronflement sourd se faisait entendre. Il entra dans la pièce d'où le son provenait. Dans une chambre rectangulaire dormait sa cible d'un sommeil agité. Arentus Falvius était un vieil homme. Ses cheveux gris formaient comme une crinière autour de sa tête et ses rides reflétaient autant les marques de la vieillesse que celles des épreuves de la vie. L'assassin se mit à chercher en silence un objet ou un indice sur ce que le prêtre avait à se reprocher. Il le trouva sur un écritoire : le journal de Falvius. Sa vision de nuit lui permettait sans problème de lire dans le noir complet. Il feuilleta silencieusement le manuscrit, jusqu'à tomber sur les dernières entrées.

« Je n'aurais jamais du les suivre dans les Marais Noirs ! Ils disaient que le trésor en valait la peine, qu'il ne serait même pas gardé ! Quand j'ai su qu'il se trouvait dans un de ces sanctuaires païens, vénéré par de pauvres bougres, j'étais gêné, mais je n'ai rien dit. A notre arrivée dans cet espèce de village sur pilotis, au beau milieu des marécages, j'ai bel et bien senti qu'un mal ancien était à l'œuvre. Les autres n'ont rien voulu entendre, bien sûr !

Nous avons fait croire aux villageois que nous voulions prier dans leur lieu sacré. Ils nous ont indiqué l'endroit avec une telle amabilité que je me suis senti coupable du vol que nous allions commettre. En nous approchant du sanctuaire, j'ai reconnu les signes gravés sur les colonnes de pierre : ces gens vénéraient un seigneur daedra ! Pas n'importe lequel, qui plus est : Molag Bal, le Corrupteur, le Moissonneur d'âmes, celui qui a juré de réduire en esclavage les mortels que nous sommes !

Je suppose que nous avons eu de la chance. Si la grotte infâme dans laquelle nous étions entrés et que nous devions piller avait été un lieu de prière à Molag Bal, le daedra nous aurait poursuivi de sa colère et notre sort aurait été pire que la mort. Non, le sanctuaire n'était pas consacré au Corrupteur, mais à un de ses nombreux rejetons, demi-dieux le plus souvent sans réel pouvoir. J'avais lu quelque chose sur lui dans un livre impie : il était le fruit de l'union de Molag Bal et d'une bête malade. Partout où il passait, la peste et la lèpre se déclaraient... Qwaftzefoni, le Semeur d'Epidémie.

Nous avons pris toutes les offrandes d'or et de bijoux, y compris ceux qui ornaient la statue du demi-dieu. Comme nous avons eu tort ! En retournant à Cyrodiil, chacun de nous a contracté une maladie qui s'attaquait à ce que nous avions de plus cher. Mes mains sont devenues tellement arthritiques que je suis désormais incapable de lancer le moindre sort, mais ce n'est pas le pire ! Je le vois dans mes rêves, à présent ! Qwaftzefoni me montre du doigt et me transperce de son regard accusateur ! Je sais que s'il me touche, je suis condamné à mourir d'une affreuse maladie. Une odeur pestilentielle l'accompagne, sa peau est pâle comme la mort et sa lèvre est fendue comme le museau de bouc de Molag Bal ! ».

Médéric referma le journal et le remit à sa place. Il venait d'avoir une idée.

Trois jours plus tard, Arentus Falvius s'était cloîtré chez lui. Il avait à présent trop peur pour sortir. Un soir, en quittant la chapelle après avoir prié le pardon des dieux de toutes ses forces, il était passé devant un homme en manteau noir à capuche. Alors qu'il lui tournait le dos, il l'avait distinctement entendu rire. Il fit volte-face, mais l'homme avait disparu. Cela mit ses nerfs en pelote, mais ce n'était que le début. Le lendemain, il décida de s'arrêter à la taverne pour trouver le réconfort au fond d'un pichet de bière. Le crépuscule allait laisser sa place à la nuit. Le prêtre vit alors au loin la même silhouette encapuchonnée. La rue était presque déserte et l'homme se tenait à vingt mètre de lui, la tête baissée. Arentus marcha plus lentement. L'inconnu leva vers lui son visage à moitié caché. Le vieil homme sursauta : deux yeux maléfiques, cernés de noir, le fixèrent intensément, tandis qu'une bouche déformée par un bec de lièvre lui adressait un sourire cruel. L'homme en noir disparut ensuite entre deux maisons. Arentus, après un moment d'hésitation, lui courut après, mais il n'était plus là lorsqu'il atteignit l'étroit passage entre les deux bâtisses. Il suait à grosses gouttes. Ce n'était quand même pas… lui ? Le jour suivant, au sortir de l'église, rien ne vint le déranger. Nulle trace de l'inconnu ! Il se sentit vaguement rassuré. Ce n'est qu'une fois rentré chez lui qu'il tomba sur l'horrible spectacle : dans sa chambre l'attendait le cadavre énucléé d'une chèvre, pendue à une poutre comme à un gibet. Les yeux de la bête, posés sur une table, semblaient lui porter un regard accusateur. Le vieil homme déglutit et posa sa main sur l'anneau d'or et de diamant qu'il portait, un des objets qu'ils avaient dérobé à la statue de Qwaftzefoni. Le rejeton de Molag Bal venait le chercher, c'était certain !

Depuis, il n'avait pas quitté sa demeure. Enfermé chez lui, il attendait avec terreur que la nuit tombe. La bête morte était toujours suspendue dans la chambre. Il n'avait pas osé y toucher, de peur que le Semeur d'Epidémie n'en ait fait un foyer d'infection. Falvius tremblait, assis sur une chaise, dans son salon. La lueur de l'unique bougie ne suffisait pas à le rassurer. Soudain, la porte s'ouvrit en claquant et le vent des montagnes s'engouffra entre les murs boisés, soufflant la chandelle. Le prêtre se leva en vitesse pour aller fermer l'huis. Il retourna ensuite au salon. Arentus fronça le nez en sentant l'épouvantable odeur qui lui assaillait tout à coup les narines. Elle lui rappelait… le Marais Noir ? La poitrine comme dans un étau, il se retourna lentement, commandé par son instinct. Il était là, lui barrant le passage vers la sortie. Dans son manteau noir, la bouche fendue tel le museau d'un animal, l'épiderme grisâtre qui rappelait celui d'un cadavre, se tenait Qwaftzefoni, sorti de ses cauchemars.

« Non… non… pas ça ! », balbutia le prêtre en reculant.

Il se cogna à une chaise et trébucha. Le Semeur d'Epidémie s'avançait vers lui, à présent, aussi silencieux que la mort. Falvius enleva l'anneau de son doigt tremblant et le tendit vers son tourmenteur.

« C'est tout ce que je vous ai pris, je vous le promet ! chevrota le vieil homme. Depuis que je l'ai passé à mon doigt, mes mains se sont flétries. C'est à peine si je peux m'en servir encore ! Cent fois j'ai voulu m'en débarrasser, mais il revient toujours à mon réveil… ».

Cela n'attira pas la moindre indulgence chez le fils de Molag Bal. Arentus recula de nouveau, jusqu'à ce que le mur vienne l'arrêter. Il regarda follement de tous côtés, avant de reprendre la parole d'une voix implorante.

« Ce sont les autres qui ont pris le reste de vos reliques ! Vous devez me croire !

- Où sont-ils ? demanda Qwaftzefoni sur un ton effrayant.

- Jee-Tah a votre poignard de cérémonie. Il est parti pour une chapelle isolée, à l'embouchure de la rivière du Poisson d'Argent… Cadlew, c'est son nom ! Endre a rejoint sa bande avec votre médaillon. Je sais qu'il se cache aux alentours d'Austèrebourg, au Sud. Amusei, celui qui a organisé l'expédition, est retourné à la cité impériale, en possession de votre coupe. C'est tout ce que je sais, je vous le jure ! ».

Médéric s'amusait comme un fou. Il avait passé du charbon sur ses paupières et de la cendre sur son visage pour se donner un air cadavérique. Le manteau noir faisait déjà partie de ses affaires. Le plus désagréable avait été de trouver comment dégager une odeur pestilentielle. Un plongeon dans le lisier d'un élevage proche (auquel il avait également « emprunté » la chèvre morte qui pendait toujours dans la chambre) était suffisant. Le journal de Falvius lui avait donné un bon aperçu du genre d'homme qu'il était : superstitieux et prêt à croire n'importe quoi si on l'y aidait un peu. L'impressionner avait été si facile ! Pour une fois que sa difformité lui servait à quelque chose… Maintenant qu'il avait reçu les renseignements dont il avait besoin, Médéric pouvait enfin envoyer le prêtre rejoindre Sithis. Il se rapprocha encore du vieillard, cachant sa dague dans son dos, prêt à frapper. Le bréton n'en eut pas le temps. Au comble de la terreur, Arentus Falvius ressentit une violente douleur dans sa poitrine. Il l'étreignit, tandis que son cœur affolé envoyait des doses si massives de sang dans ses artères qu'elles ne purent résister à la pression et explosèrent. Le muscle cardiaque ne tarda pas à s'arrêter et le prêtre à s'effondrer sous le regard étonné de l'assassin. Médéric rangea son poignard, un peu vexé que l'homme soit mort sans qu'il le touche. Il sortit de la maison par la même fenêtre d'où il était entré, la première fois. Techniquement, le contrat venait d'être rempli. Toutefois, le jeune assassin désirait exécuter les cibles secondaires, non pas pour les primes que cela lui vaudrait, mais pour prouver à ses frères et sœurs qu'il était désormais leur égal.

Qu'allait-il faire en attendant ? Il ne pouvait pas supporter de repartir immédiatement sans se débarrasser de l'odeur immonde qu'il dégageait. Il repensa à ses économies à peine entamées depuis son arrivée à Bruma. N'avait-il pas promis d'en profiter ? Avec un sourire, il remonta les rues en direction de la meilleure auberge de la ville, « à la Vue de Jerall ». L'aubergiste, un nordique, faillit le jeter dehors en voyant arriver le jeune homme sale et puant, mais une poignée de pièces le rendit plus aimable. Médéric demanda la meilleure chambre, un repas copieux, un bain bien chaud et une carte de Cyrodiil. Une demi-heure plus tard, il était plongé jusqu'aux épaules dans l'eau chaude, consultant le plan du pays en attendant son dîner. Il repéra les différents endroits indiqués par le prêtre avant sa mort. Austèrebourg était la destination la plus proche de Bruma, où il devrait rechercher un certain Endre. Il s'y rendrait le lendemain. On frappa à la porte. L'aubergiste entra avec un plateau sur lequel étaient disposés un bol de soupe fumante, une assiette de poissons grillés aux amandes, une miche de pain et un pichet de bière. Quand on a passé la moitié de sa vie dans le noir, à manger des rats et des insectes, un tel repas prend des airs de miracle des Neuf Divins !

Austèrebourg se situait à une heure de cheval de Bruma, à flanc de colline, entouré par la forêt. Les maisons du village étaient toutes des chaumières au toit de paille et aux murs de grosses pierres. L'autre caractéristique majeure était qu'elles étaient toutes abandonnées. Les portes béantes, depuis longtemps arrachées à leurs gonds, laissaient voir des intérieurs dévastés par le temps, les animaux ou les bandits. Une seule personne l'habitait encore : un dunmer entre deux âges, nommé Redas Dalvilu. Il vint à la rencontre de Médéric, lorsque le bréton arriva au village.

« Puis-je vous aider ? demanda l'elfe noir.

- Je cherche un certain Endre, annonça le jeune homme. On m'a dit que je pouvais le trouver dans la région.

- Que voulez-vous à ce gibier de potence ? Bah ! Suivez-moi ! Nous serons mieux à l'intérieur. », dit-il en entrant dans la chaumière la plus proche.

Médéric descendit de cheval et le suivit dans sa demeure délabrée. Des toiles d'araignée s'étendaient dans les coins et la poussière recouvrait les meubles. Redas Dalvilu s'assit à une table maculée de taches et fit signe à son invité de prendre une chaise.

« Ce ne sont pas mes affaires, mais qu'est-ce qu'il s'est passé ici ? demanda ce dernier.

- Il y a dix ans encore, Austèrebourg était un village paisible, habité par deux familles : les Dalvilu, des dunmers, et les Ulfgar, des nordiques. Nous vivions tous en harmonie. Le chef de chaque lignée était respecté pour sa sagesse. Je n'ai jamais compris pourquoi, mais un jour, notre patriarche a été retrouvé mort, assassiné. Les indices dénonçaient les Ulfgar. Or, les nordiques avaient eux aussi perdu leur chef et cette fois, les Dalvilu étaient accusés. Avant qu'on ne puisse démêler les nœuds de cette affaire, nous avons commencé à nous entretuer. Je suis le dernier survivant d'Austèrebourg…

- Je suis désolé.

- Changeons de sujet ! déclara Redas. Vous cherchez ce vaurien d'Endre ? Il part régulièrement à l'aventure, mais il revient toujours dans son repère, avec sa bande de bons à rien. C'est une grotte, avec un campement à côté. Suivez l'Ouest depuis le village et vous la trouverez facilement ! ».

Médéric remercia l'elfe et repartit. Il laissa en cachette une poignée de septims à l'entrée de la maison. L'histoire d'Austèrebourg l'avait ému.

Il traversa à nouveau la forêt de nuit, revêtu de sa combinaison pour l'occasion. Les indications du dunmer étaient juste : il trouva la grotte sans difficulté. Quelqu'un était assis près d'un feu de camp, à dix pas de l'entrée, un homme vêtu d'une cuirasse cabossée et armé d'une masse. L'assassin se faufila derrière le garde en évitant soigneusement de regarder la lueur des flammes. Les ténèbres qui régnaient dans la grotte l'accueillirent comme un vieil ami. L'endroit se composait d'une succession de couloirs rocheux et de cavernes plus grandes. Le bréton marcha en silence. Après dix mètres, il tomba sur une intersection. Il entendit des voix provenant de la droite. Réunis dans une caverne où pendaient de longues stalactites, quatre personnages bavardaient autour d'un feu. Médéric se dissimula derrière des caisses entreposées dans un coin et écouta.

« Le chef est en train de devenir fou ! s'exclama un impérial. Depuis qu'il est revenu, il n'a pas voulu quitter la grotte une seule fois !

- Il faut le comprendre ! tempéra une brétonne. Il est déstabilisé à cause de cette maladie qu'il a attrapée dans le Marais Noir. Elle l'a rendu aveugle. Quel malheur ! Un si bon archer…

- Vous connaissez la dernière ? ajouta un rougegarde. Il en accuse le médaillon qu'il a ramené de son expédition. Il serait soi-disant maudit par Qwatza… Qwafut… un nom comme ça !

- Je vais lui dire que le repas est prêt, décida le premier personnage. S'il n'a pas envie de se joindre à nous, au moins il ne pourra pas se plaindre de n'avoir pas été prévenu ! ».

L'homme se leva et entra dans un couloir. Médéric le suivit en longeant les parois. L'impérial était petit et maigre, bien plus que lui. L'assassin n'aurait pas de mal à l'éliminer, mais il devait le faire vite et sans bruit. Une fois suffisamment éloigné du feu de camp, il se rapprocha fugitivement de sa proie en déroulant la lanière de cuir qui entourait son poignet. Il la passa par-dessus la tête de l'homme et la serra de toutes ses forces autour de son cou. L'impérial, surpris, se débattit, mais Médéric avait bien retenu les leçons de Hliri : en appuyant son genou contre le dos de sa victime, il la força à se cambrer, puis à s'agenouiller, impuissante, tandis que l'absence d'oxygène lui drainait ses forces. Au bout de quelques minutes, le corps sans vie de l'homme s'affaissa. Le bréton le traîna dans un coin discret et l'y abandonna. Il s'enfonça plus avant dans la grotte. Une lueur brillait plus loin, dans ce qui semblait être une large caverne aménagée en chambre. Malgré la lumière qui lui blessait les yeux, Médéric pu apercevoir Endre faire les cent pas en se lamentant sur son sort. C'était un bosmer en partie chauve, habillé de vêtements rapiécés. Ses globes oculaires suintaient un liquide jaunâtre et ses iris, autrefois bleus, avaient pris une teinte laiteuse. Il tenait entre ses doigts serrés un gros médaillon d'or, à qui il adressait tous ses reproches.

« Je t'ai jeté dans un puits, je t'ai enterré, je t'ai abandonné par-dessus bord, je t'ai même fondu, mais tu réapparais à chaque fois, maudit bijou ! J'ai perdu la vue à cause de toi, mais jamais je ne renoncerai à te détruire, tu m'entends ? Jamais ! ».

Sur ces mots, il jeta son butin à terre et le piétina. Médéric saisit un couteau de jet dissimulé dans sa manche et le lança sans plus de cérémonie. Il atteignit Endre entre les omoplates. L'elfe des bois resta trois secondes debout, avant de s'effondrer. Le jeune assassin repartit en sens inverse et sortit de la grotte sans que personne ne se rende compte de sa présence.

Il galopa ensuite à bride abattue en direction de la capitale pour l'atteindre avant le lever du jour. Ce voyage lui donnait une bonne impression de ce que devaient ressentir les vampires, dont il partageait l'horreur de la lumière. D'ailleurs, maintenant qu'il y pensait… durant son séjour à Bruma, n'y avait-on pas fait allusion, du fait qu'il ne sortait que la nuit ? Il lui semblait bien que oui, mais le tavernier avait alors parlé d'un certain Bradon Lirrian et les bavardages s'étaient tus. Médéric laissa son cheval à l'écurie et entra sur la place Talos, l'un des quartiers les plus huppés de la cité impériale. Il s'accorda un instant pour admirer la splendeur de la capitale. Tout paraissait gigantesque. Les hautes bâtisses de granite, aux grandes fenêtres étroites, suivaient la configuration circulaire de la ville. Au centre de la place, trônant au milieu d'un péristyle de marbre blanc, une statue de dragon majestueux semblait le regarder de haut. Les rues, larges et propres, étaient déjà fréquentées, bien que l'aube ne soit pas encore apparue. Dominant le paysage, la tour d'or blanc, centre du pouvoir à Cyrodiil, s'élevait vers le ciel. Le bréton arrêta un passant pour lui demander de lui indiquer un endroit où dormir. Parmi les propositions, il retint l'hôtel Tiber Septim, sur la place même. L'intérieur était aussi magnifique que l'extérieur : des tapis luxueux au sol, des tableaux de maître aux murs, des meubles précieux, des gens vêtus d'habits de soie, et pour couronner le tout, une tenancière qui toisa le jeune homme comme s'il était une offense vivante à son bon goût et son sens de l'esthétique. Elle loua de mauvaise grâce une chambre à Médéric, après que celui-ci lui eut montré qu'il avait les moyens de se l'offrir, jetant de fréquents regards en coin sur son bec de lièvre. Partir à la recherche d'Amusei, sa troisième cible, pouvait attendre. Il allait prendre un repos bien mérité.

A la nuit tombée, il sortit dans les rues, armé des seuls maigres renseignements dont il disposait. Même à cette heure tardive, la cité impériale était loin d'être endormie. Passants, mendiants, gardes et canailles en tous genres, la place Talos restait animée. Médéric eut un peu de mal à interroger les gens, effrayés par son aspect, mais il réussit tout de même à apprendre plusieurs choses sur sa cible. Amusei était un argonien, un homme lézard venu de Leyawiin, il y a bien des années, dont la réputation sentait le souffre. De malfrat sans ambition, il était devenu au fil des ans une figure célèbre de la pègre au sein de la capitale. Plus récemment, on le disait revenu affaibli d'un long voyage. Depuis, plus rien. Le jeune homme décida d'enquêter dans un quartier plus mal famé et se rendit au port, à l'extérieur des murs de la ville. De forme semi-circulaire, les quais de la cité impériale accueillaient nombres de bateaux en cette période. L'un d'eux ne levait jamais l'ancre, cependant. Ce navire de petite taille était en fait une taverne, l'auberge du Flotteur Bouffi, où se réunissaient les marins, les dockers, et beaucoup d'autres personnes moins fréquentables. L'ambiance y était accueillante et animée. Médéric se commanda à boire et en profita pour interroger le barman, une méthode reconnue pour dénicher les renseignements.

« Amusei ? demanda Ormil, le tenancier haut elfe. C'est un escroc, un voleur et pire encore ! Une très mauvaise personne à fréquenter, si vous voulez mon avis. Pourquoi voudriez-vous le rencontrer ?

- J'ai à lui parler… à propos d'une coupe qu'il a acquise.

- Je vois ! fit l'altmer en souriant froidement. Je ne sais pas où se trouve l'argonien et je me fiche de savoir ce que vous lui voulez, mais un conseil : ne fouinez pas trop ! Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai encore des clients à servir. ».

Sur ces mots, il tourna le dos à Médéric et repartit. Ce dernier se posa quelques questions sur les propos de l'aubergiste avant de se lever et de quitter la taverne.

Il retourna en direction de la ville, vaguement inquiet. S'était-il montré trop curieux, pas assez discret ? Soudain, deux khajiits apparurent à ses côtés et lui prirent chacun un bras, le remorquant de force. Ils étaient costauds et Médéric n'avait pour arme que sa dague elfique glissée dans sa botte, inaccessible pour le moment. Ils l'emmenèrent dans un endroit reculé, en longeant le mur d'enceinte. Le jeune assassin commençait à avoir vraiment peur. Il pourrait peut-être tuer un des khajiit par surprise, mais l'autre aurait tout le temps de le mettre en pièce. Celui qui lui tenait le bras gauche le lâcha, tandis que le second le plaqua violemment contre le mur. Médéric tenta de se débattre, avec pour seul résultat un direct à l'estomac qui lui coupa le souffle. Son agresseur lui agrippa les cheveux et le força à le regarder.

« Tu as vu ce laideron ? commenta-t-il. Il est né avec la face de travers ou c'est quelqu'un qui lui a fait ça, d'après toi ?

- Que veux-tu à Amusei ? demanda l'autre sans prêter attention à son compagnon.

- On m'a dit qu'il avait une coupe, une coupe maudite. Je sais comment lever la malédiction ! mentit Médéric.

- La seule malédiction, ici, c'est d'être tombé sur nous ! répondit le premier en lui portant un nouveau coup.

- Attend ! s'écria le deuxième. Amusei sera peut-être intéressé. On va l'amener à lui. ».

Les deux brutes emmenèrent leur prisonnier jusqu'au bord du lac Rumare. Là, un passage barré d'une grille menait aux égouts de la ville. Un des khajiits l'ouvrit avec une clé qu'il n'aurait jamais du posséder. Au moment d'entrer, celui qui retenait toujours Médéric demanda :

« On ne devrait pas lui bander les yeux ? Si jamais il se souvient du chemin…

- Ne t'en fais pas ! le rassura l'autre. Il fait trop sombre là-dedans pour ses petits yeux de brétons ! ».

Le jeune homme ne pu s'empêcher de sourire. Les égouts exhalaient une puanteur terrible, mélange d'ordures et de putréfaction. Les malfrats semblaient s'en accommoder. Médéric mémorisa le trajet à travers le souterrain labyrinthique. Un escalier, tourner à droite, longer un fossé d'eau nauséabonde, ouvrir une autre grille… La marche dans le noir fut longue, mais l'assassin n'en perdit pas une miette. Il faisait semblant de trébucher et d'hésiter, comme un homme qui n'y verrait rien, afin de tromper les khajiits. Ceux-ci ne se privaient pas de le bousculer pour le faire avancer plus vite. Enfin, ils arrivèrent face à une série de marches montant à une porte de bois, lourdement bardée de fer. Les brutes l'ouvrirent et poussèrent Médéric à l'intérieur d'une cave anonyme, aménagée pour être habitable : un lit, une table, deux chaises et un meuble de rangement se trouvaient au milieu de caisses qu'on avait poussées dans les recoins de la pièce. Plusieurs bougies éclairaient les lieux. Le bréton fut obligé de plisser les yeux pour ne pas être aveuglé. Dans un siège confortable, un argonien aux écailles rouges et noires et aux jambes couvertes d'un plaid observa les nouveaux arrivants.

« Amusei ! Celui-là a l'air de savoir beaucoup de choses sur la coupe ! fit un khajiit en poussant encore une fois son prisonnier. Il a même parlé de la malédiction.

- Je pourrais vous aider à vous en débarrasser, proposa un Médéric qui ne savait plus quel mensonge raconter pour se sortir de là.

- Non merci, dit l'homme lézard. Cet objet m'a fait énormément souffrir, je l'admets, mais je ne m'en séparerai pour rien au monde ! ».

Il écarta alors la couverture qui cachait ses jambes. L'assassin ne pu retenir une grimace. Les membres antérieurs d'Amusei étaient tordus dans un angle impossible, amaigris au point que les os devenaient visibles. Une bonne partie des écailles manquaient.

« Depuis que je suis entré en possession de cette coupe, mes pauvres jambes ont dégénéré. Elles ne me supportent plus, désormais. Cependant, le sacrifice en vaut la peine ! fit l'argonien sur un ton conspirateur. Quand je tente de m'en séparer, je la retrouve près de moi le lendemain, au réveil. J'ai vite vu l'avantage que je pouvais en tirer : voilà sept fois que je l'ai vendue à des marchands à prix d'or… pour qu'elle disparaisse de leur magasin le jour suivant ! ».

Amusei éclata d'un rire satisfait. Lorsqu'il arrêta, son visage était devenu sinistre.

« S'il est au courant de la malédiction, il ne doit surtout pas en parler. Notre petit stratagème risquerait d'être découvert. Emmenez-le et… faites-le disparaître ! ».

Les hommes lions prirent chacun un bras de Médéric et ils traversèrent les égouts en sens inverse. Le jeune homme essaya de négocier avec eux, en vain. Désespéré, il n'avait plus le courage de fuir. Tous les trois sortirent enfin.

« Je crois que je vais t'égorger avant de te jeter dans le lac, dit un khajiit. Ainsi, tu ne souffriras pas de la noyade.

- Ne vous sentez pas obligé ! », fit Médéric, à moitié sarcastique.

Ils s'immobilisèrent devant le lac. Le premier malfrat maintenait les bras de l'assassin dans son dos, tandis que l'autre dégainait un long couteau. Médéric ferma les yeux. Tout allait être fini… Un puissant craquement se fit entendre et une lumière vive heurta le khajiit au poignard dans le dos, l'envoyant au sol. Avec l'énergie du désespoir, le jeune bréton profita de la confusion du bandit restant pour rejeter violemment sa tête en arrière. Il entendit avec satisfaction le bruit dégoûtant du museau cassé de son opposant et son hurlement de douleur. L'homme lion lâcha son captif pour porter les mains à son visage. Médéric allait se saisir de sa dague lorsque résonna le même craquement que tout à l'heure. Un arc d'électricité vint frapper le khajiit restant en pleine poitrine, l'assommant sur le coup. Le bréton se retourna vers l'origine de la foudre.

« Junia ? Qu'est-ce que tu fais là ? fit-il, ébahi.

- Ma victime se trouve en ville, je te rappelle ! J'étais sortie récolter des ingrédients pour un poison très complexe, lorsque je t'ai vu en mauvaise posture, répondit la rougegarde. Et toi ? Ta mission t'a mené à la capitale ou bien tu viens juste visiter ?

- J'ai une cible à éliminer dans la cité impériale. D'ailleurs, si tu veux bien m'excuser…

- Va ! Accomplis la volonté de Sithis ! ».

Il retourna pour la troisième fois dans les souterrains nauséabonds. Cette fois-ci, il ne s'encombra pas de démarches furtives. Il suivit le même chemin qu'il avait emprunté et entra dans la cave d'Amusei. Celui-ci vit son sourire s'effacer quand il s'aperçut que ce n'étaient pas ses sbires qui revenaient. Médéric était en colère. Furieux, même. Il avait failli être tué et n'avait du son sauvetage qu'à sa bonne étoile. Le jeune homme se promit que plus jamais une telle chose arriverait ! Il sortit sa lame de sa botte et fonça sur l'argonien paralysé, qu'il poignarda sauvagement une bonne vingtaine de fois. S'acharner sur le corps sans vie d'Amusei le libérait du sentiment d'impuissance qu'il avait ressenti face à ses hommes de main. Une fois son calme retrouvé, il essuya sa dague sur les vêtements du reptile et se releva. Il lui fallait trouver d'autres habits : il ne pouvait pas se promener taché du sang de sa victime ! Il fouilla parmi les affaires de l'argonien et trouva son bonheur. Il s'en alla ensuite, se jurant que sa prochaine victime ne le verrait même pas arriver.

La chevauchée jusqu'à la chapelle de Cadlew, lieu où Arentus Falvius lui avait indiqué Jee-Tah, lui donna l'occasion de regagner sa sérénité. La région qu'il devait traverser, le bassin du Nibenay, était l'une des plus belles qu'il eut jamais vu. Sur ses collines verdoyantes, parsemées d'arbres solitaires ou de bosquets touffus, poussaient des myriades de fleurs multicolores qui embaumaient l'air d'un parfum enchanteur. Les montagnes de Valus se dressaient à l'horizon, majestueuses, toutes de gris et de verts sombres. Un paysage bucolique qu'il admira tout le long de la route. Après deux nuits de voyage, Médéric atteignit le fleuve du Poisson d'Argent. Il le suivit vers l'aval et, une heure après, vit le clocher du prieuré dépasser d'entre les arbres. En se rapprochant, il remarqua que la chapelle était brillamment illuminée de l'intérieur, malgré la nuit tombée. Il laissa son cheval attaché à une branche, à l'écart de Cadlew. Sa combinaison d'assassin enfilée, le bréton se dirigea à pas de loup vers la petite église. Les lourdes doubles portes étaient entrouvertes. Médéric y jeta un coup d'œil. Le moins que l'on puisse dire, c'était que l'extérieur n'aurait jamais laissé deviner ce que contenait l'intérieur : les murs étaient éclaboussés de sang, le sol couvert de grandes taches d'hémoglobine séchée, les bancs et l'autel servaient de lit à des cadavres (dont certains étaient en état de décomposition avancée), alors que trois individus tenaient conciliabule au milieu de ce décor cauchemardesque. Deux portaient des robes noires de sorcier. Des nécromanciens. Le troisième était un argonien en armure métallique.

« Je refuse de participer à… ça ! criait ce dernier, visiblement indigné. Notre accord ne prévoyait pas que…

- Tu as juré de nous servir pendant un an, en échange de quoi nous avons levé la malédiction qui pesait sur toi, lui rappela un sorcier haut elfe. Obéis, ou la dague de Qwaftzefoni te maudira à nouveau !

- Tu n'as rien d'autre à faire que monter dans le beffroi et sonner la Cloche du Tourment pendant que nous effectuons le rituel, ajouta le second nécromancien. Ce n'est quand même pas la mer à boire, Jee-Tah !

- Bien ! grogna l'homme lézard. Je monte au clocher. Prévenez-moi quand vous voudrez commencer ! ».

Médéric le regarda grimper une échelle posée sur le mur. Impossible de le suivre par là ! Les sorciers le remarqueraient immédiatement. Il fit le tour de la chapelle. A l'arrière, la pente de la colline lui permettait d'atteindre aisément le toit. Il monta, prit son élan et sauta sur les plaques d'ardoises recouvrant le haut du bâtiment. L'assassin marcha silencieusement jusqu'à la tour du clocher. Les intempéries avaient usé le mortier, mais pas les pierres. Celles-ci, mal placées, saillaient de la paroi. C'était le terrain d'escalade idéal ! Il entreprit son ascension. Le beffroi devait mesurer plus de dix mètres de haut. Grâce à son entraînement, Médéric l'escalada facilement. Une fois proche des créneaux, il entendit Jee-Tah grommeler.

« Ils m'ont déjà fait déterrer des cadavres et maintenant, je dois en plus me mêler à leurs expériences ! J'aurais mieux fait de garder la malédiction sur moi… mais qu'est-ce que je raconte ! J'aurais passé ma vie infirme ! Décidément, partir avec cette expédition était la plus mauvaise idée que j'ai eue… ».

L'assassin attendit que le bruit des pas de l'argonien lui indiquent qu'il s'éloignait de lui. Il se hissa sur le rebord de la tour. Jee-Tah lui tournait le dos, contemplant la lourde cloche de métal noir, gravée d'inscriptions ésotériques, qu'il avait aidé à monter au sommet de la tour sur ordre des nécromanciens. Sa dague en main, Médéric l'approcha furtivement. Il agrippa une des cornes qui couronnait le crâne de sa victime et tira en arrière. D'un geste vif, le bréton passa sa lame sur la chair tendre, sans écailles, du cou de l'homme lézard. Un flot de sang vert jaillit des artères tranchées. Jee-Tah tomba à genoux, essayant vainement de retenir l'hémorragie. Alors qu'il agonisait, la voix d'un des nécromanciens s'éleva depuis la trappe menant au prieuré. Elle ordonnait à l'argonien de sonner la Cloche du Tourment. Médéric prit la corde du carillonneur et tira de toutes ses forces. L'imposant instrument sonna de manière lugubre. Il entoura la corde autour du cadavre et le poussa dans le vide sous la cloche. Son poids devrait continuer à actionner le carillon suffisamment longtemps pour qu'il puisse s'enfuir sans que les sorciers ne remarquent rien.

L'assassin redescendit par le même chemin qu'il était monté. Il rejoignit sa monture et partit à bride abattue. Médéric laissa éclater sa joie. Il venait enfin d'exécuter toutes les cibles du contrat. Les primes qu'on lui verserait rempliraient sa bourse, à présent presque vide (séjourner dans les meilleurs hôtels de Bruma et de la cité impériale ne lui laissait qu'une vingtaine de septims en poche). Sa réussite démontrerait également qu'il n'était plus l'apprenti du Sanctuaire, mais bien un assassin professionnel… à condition que Junia n'aille pas raconter qu'elle l'avait sauvé. Mieux que ça, il pourrait rendre jaloux Marcus ! Le trajet de retour lui sembla durer deux fois moins longtemps. Le jeune homme arriva aux cavernes du Roc Noir peu avant l'aube. Il entra triomphant dans le quartier général, puis il remarqua que tout le monde était réuni dans la salle principale, la mine soucieuse.

« Vous en faites, des têtes d'enterrement ! s'exclama-t-il.

- Médéric… dit Hliri. Marcus a été tué. ».

A suivre…

Fin du troisième chapitre. Avez-vous trouvé la référence extérieure à l'univers d'Oblivion ? C'était un petit hommage, à ma manière, à un livre qui m'a beaucoup plu. N'hésitez pas à me laisser une review pour me donner votre avis ! A bientôt pour un autre chapitre !