Sanguine, mon frère

Sanguine, mon frère!

Disclaimer: The elder scrolls IV Oblivion appartient à Ubisoft et Bethesda Softworks. Je ne fais que me baser sur le monde qui y a été développé et je ne gagne pas d'argent pour ça…

ATTENTION ! J'aborde au cours de ce chapitre certains détails de la quête de la Confrérie Noire dans le jeu. Rien de trop important (à mes yeux, du moins), mais gare au SPOILER !!

Daffy des Monstres Dorés : Tu me gênes, allons ! Ne te rabaisse pas comme ça ! Pas dans mes commentaires, en tout cas … chuchotement Je crois qu'on peut nous entendre

Chapitre 5 : entre la proie et le prédateur

La foule en colère cernait le château. Leyawiin n'avait pas connu un tel soulèvement depuis l'annexion du comté à Elsweyr. Une rangée de gardes bloquait l'entrée de la forteresse. Ils avaient descendu la tête coupée de Tsavi depuis quelques heures, mais trop de témoins avaient posé les yeux sur ce spectacle macabre. La comtesse, accusée d'avoir dépassé les bornes, était directement visée derrière les torches brandies et les fruits pourris jetés sur les hommes d'armes. Les khajiits et les argoniens étaient de loin les plus agressifs : ils avaient trop souffert de la haine de leur dirigeante à l'encontre de leur race. Une femme en armure de capitaine de la légion impériale sortit du cordon de sécurité et se dressa face à la cohue, les bras écartés en signe de paix.

« Veuillez vous calmer ! ordonna-t-elle d'une voix forte. Je comprends votre sentiment de révolte, mais vous ne devez pas laisser la colère vous aveugler ! Le meurtre de la magicienne du château ne restera pas impuni, je vous en fais le serment.

- Mensonges ! cria une voix anonyme. Les gardes sont les chiens de la comtesse !

- La légion impériale n'obéit qu'à l'empereur en personne ! répliqua le capitaine. Je mènerai l'enquête personnellement. Le coupable sera arrêté et jugé, qu'il soit noble ou mendiant, ou mon nom n'est pas Alessia Phillida ! ».

Depuis plusieurs heures, le ciel s'était couvert de lourds nuages noirs. Plus une seule étoile n'était visible. L'obscurité ne dérangeait pas Médéric, bien au contraire, mais le risque d'un orage l'inquiétait. Il se trouvait à mi-chemin entre Leyawiin et Bravil. Si la pluie venait à tomber, il n'aurait pas d'endroit pour s'abriter. Du moins, pas d'endroit sûr… Comme partout à Cyrodiil, les grottes inexplorées, les mines abandonnées, les forteresses en ruine ou les anciens sites ayléides abondaient dans le Bois Noir. Qui pouvait savoir quelles créatures ces lieux hébergeaient ! L'assassin fit claquer les rênes de sa monture. Le cheval accéléra. Médéric tendit l'oreille. N'entendait-il pas le bruit d'un autre cavalier ? Il regarda en arrière. Personne. Sa distraction l'empêcha de voir le tronc d'arbre effondré qui lui barrait la route. Lorsque le cheval sauta par-dessus, le jeune homme fut déséquilibré et tomba au sol. La monture continua sa course à travers les marais sans se soucier de son cavalier, emportant ses affaires avec elle. Médéric lui courut après, puis abandonna : on ne rattrape pas un cheval à pieds, surtout sur un terrain aussi traître qu'un marécage. Pour couronner le tout, la foudre déchira le ciel et une pluie diluvienne commença à tomber. Il pesta contre le Bois Noir, la boue, les moustiques, son cheval, le temps exécrable, Ba'ruka, et bien d'autres choses encore. Il avait perdu ses provisions et ses vêtements de rechange. Encore heureux qu'il ait laissé sa combinaison d'assassin au Sanctuaire ! Au moins, il avait sauvé son bien le plus précieux, sa dague elfique, toujours dissimulée dans sa botte. Le bréton était trempé jusqu'aux os. Il aperçut, plus loin, un vieux fort comme ceux qui parsemaient le paysage cyrodiilien. Il courut jusqu'à lui. C'était une tour effondrée depuis belle lurette, en partie ensevelie par un glissement de terrain. Médéric s'abrita sous une arche de pierre. Il grelottait. L'orage avait l'air parti pour durer. Allumer un feu par un temps pareil s'avèrerait impossible. Une ouverture aux portes disparues depuis longtemps menait à la partie souterraine du fortin. Il s'y engagea en rasant les murs, son couteau à la main, essayant de se faire le plus silencieux possible, malgré l'eau qui gouttait de ses habits avec de petits « ploc ! » sonores. Un long couloir de pierre s'étendait devant lui. Des traces de pas dans la poussière et des toiles d'araignée arrachées témoignaient cependant que l'endroit était toujours habité. De petits piaillements aigus firent écho dans le couloir. Médéric se plaqua dans un renfoncement du mur. Un gobelin jaillit à un détour, poursuivant un gros rat qu'il essayait de frapper avec un morceau de bois. L'assassin laissa passer le rongeur apeuré, puis sortit brusquement de sa cachette, sa dague pointée vers le poursuivant. Le gobelin emporté par son élan vint s'y empaler de lui-même. Le bréton fit une moue de dégoût. Quelles créatures irritantes ! S'il voulait dormir ici, il allait devoir en chasser la vermine…

Le chef des gobelins regardait autour de lui, satisfait. Tout le monde lui obéissait. Quoi de plus normal : c'était lui le chef ! Il avait tué le précédent, donc la place lui revenait. Il houspilla deux gobelins qui fainéantaient dans un coin. Ils se levèrent précipitamment avant de déguerpir effectuer leurs tâches. Le chef eut un sourire qui découvrit ses petites dents jaunes et pointues. Que c'était bon de commander ! Il avait eu une bonne idée en venant s'installer dans ce fort. Ils étaient à l'abri du vent et de la pluie, ils pouvaient aisément empêcher les animaux sauvages d'entrer, et surtout, les souterrains grouillaient de bons gros rats appétissants ! D'ailleurs, il manquait un chasseur à l'appel. Il hurla et gesticula jusqu'à ce que tous ses gobelins soient rassemblés. Il les compta, lentement (puisqu'il n'était pas très doué pour ça), et s'aperçut qu'il y avait effectivement un absent. Il envoya deux gobelins à sa recherche en les menaçant de leur fracasser la tête, comme à l'ancien chef, s'ils revenaient bredouilles. Ils obéirent sans tarder, à sa grande satisfaction personnelle. Une heure passa. Ils n'étaient toujours pas revenus. Le chef réfléchit. Que faire quand le groupe de recherche est porté disparu ? Envoyer une autre équipe ! Un groupe de recherche du premier groupe de recherche. Il se félicita d'être aussi malin et cria encore une fois sur trois gobelins. Ce n'était pas à lui d'aller retrouver ses subordonnés. Il était le chef, après tout ! Il avait courageusement tué l'ancien leader (par derrière) pour en arriver là ! Une autre heure s'écoula. Très énervé, il piailla ses ordres à ses deux derniers gobelins. Une équipe de recherche, à la recherche de l'équipe de recherche qui cherche la première équipe de recherche, même pour des idiots comme eux, ça faisait beaucoup. Le chef se lamenta d'être si intelligent et pourtant entouré d'imbéciles. Il attendit une demi-heure. Tout était étrangement silencieux. Il se décida à partir trouver ses subordonnés en râlant, se jurant qu'il y aurait du gobelin à dîner s'ils n'avaient pas une bonne raison pour le laisser seul comme ça. Il entra dans un couloir, tourna et s'arrêta net. Un tas de gobelins morts s'entassait devant lui. Un objet froid et mince lui passa sur la gorge. Il sentit son sang se déverser à gros bouillons, lui remplissant les poumons, tandis qu'une voix derrière lui disait : « Crétins de gobelins ! ».

Pendant ce temps, deux femmes à cheval galopaient avec le même objectif en tête. Alessia Phillida, une impériale, fille du regretté capitaine Adamus Phillida, avait interrogé beaucoup de monde à Leyawiin. Il lui apparut que la personne qui avait alerté la population sur l'assassinat de Tsavi n'était autre que son apprenti, un jeune homme qui avait mystérieusement disparu peu après. Les trois sœurs qui tenaient l'auberge du même nom avaient avoué l'avoir aidé à s'enfuir, pensant qu'il était un témoin gênant et la prochaine cible des tueurs. S'il avait vraiment assisté au meurtre, Alessia se devait de le retrouver et de l'interroger. Elle avait donc emporté plusieurs de ses hommes avec elle. Un bréton avec un bec de lièvre ne devrait pas être difficile à débusquer ! Elle remontait à présent la Route Verte en direction du Nord, à la poursuite de Médéric. Qualda, quant à elle, suivait la même voie, mais dans le sens opposé. Elle avait passé Bravil et s'apprêtait à entrer dans le Bois Noir. La nordique espérait de tout cœur retrouver rapidement son confrère. Elle avait voyagé pratiquement sans s'arrêter depuis la cité impériale. Sa monture était à bout de force, mais elle n'y faisait pas attention. Qualda se demandait comment elle pourrait localiser Médéric, passé maître dans l'art de se camoufler, si jamais il avait décidé de se cacher. Au moins, le mystérieux assassin de Marcus éprouverait des difficultés identiques ! Les deux cavalières, à des kilomètres l'une de l'autre, éperonnèrent leur cheval.

Médéric venait d'enlever sa chemise et ses bottes. Il se réchauffait devant le feu de camp que les défunts gobelins avaient allumé. La douce chaleur qu'il ressentait valait bien de devoir garder les yeux fermés pour ne pas être aveuglé. Un rat rôti était embroché au dessus des flammes. Il s'en coupa un morceau, en mémoire de toutes les souris et de tous les insectes qu'il avait déjà mangés quand il vivait avec les Oubliés de Namira, à Anga. Un bruit lui fit lever la tête. Il tendit l'oreille. De nouveau, le silence fut troublé. Médéric, après s'être rhabillé, dégaina son poignard elfique et se dirigea lentement vers le couloir d'où provenait le bruit. Il ne vit personne. Il continua à avancer. Des ossements gisaient au sol. Il évita de marcher dessus. Plus loin, le corridor se terminait en un cul-de-sac. Curieusement, des os s'y trouvaient également, bien éloignés des squelettes qu'il avait croisés. Que faisaient-ils là ? Un bras ou une jambe ne pouvait pas s'éloigner du reste du corps tout seul ! Il se souvint alors de la plus vieille ruse connue des assassins : lancer un objet dans une direction et attendre que la cible, attirée par le bruit, aille vérifier, tournant gentiment le dos au couteau de son agresseur. Médéric fit volte-face, tout en se baissant, et trancha l'air de sa dague. Une silhouette en cape noire recula prestement. Sous sa capuche, un masque rouge le contemplait et tira un hoquet de surprise de la gorge du bréton. Le motif qu'il représentait lui était très familier. Son épée luisait faiblement dans le noir. Le jeune homme se ressaisit et se mit en position de combat, son poignard pointé vers l'ennemi. Il était coincé. Nulle porte de sortie, à droite ou à gauche. Le couloir était étroit, cependant, et son adversaire aurait plus de mal à manier son épée que lui sa dague. Le tueur se tenait en garde, immobile, attendant le premier geste de Médéric. Tout à coup, un ricanement désagréable s'échappa du masque. La silhouette se retourna soudain et prit la fuite. Estomaqué, le bréton chercha à sa ceinture un couteau de lancer… avant de se souvenir qu'il les avait perdus en même temps que ses affaires et son cheval. Il jura et partit à la poursuite de son agresseur.

Le tueur masqué sortit du fort en ruine. Médéric était toujours à ses trousses. Les questions se bousculaient dans sa tête : qui était-ce ? Pourquoi voulait-il le tuer ? Comment l'avait-il trouvé ? Etait-ce l'assassin de Marcus ? Et surtout, pourquoi portait-il un masque qui représentait… ça ? La silhouette encapuchonnée s'arrêta soudain et se retourna vers son poursuivant, l'épée brandie. La pluie avait cessé. Une brise fraîche soufflait doucement. Les deux opposants se tournèrent autour, se jaugeant, se cherchant des points faibles. La voix du tueur s'éleva, ni masculine, ni féminine, étouffée par le masque :

« Marcus ne m'a pas donné beaucoup de mal quand je l'ai tué. J'espère que tu seras plus coriace !

- Qu'est-ce que vous me voulez ? demanda Médéric, sans trop souhaiter de réponse.

- Tu le sauras bientôt. En attendant, je t'ai réservé une surprise… ».

Il s'approcha d'une torche accrochée à un vieux candélabre rouillé. Sans doute l'avait-il placée là avant d'entrer dans le fort. Le tueur la jeta sur le côté. L'herbe, pourtant détrempée, s'enflamma aussitôt. Le feu se propagea autour des deux adversaires, libérant dans l'air une forte odeur d'huile en combustion. En quelques secondes, ils furent encerclés par un mur de flammes rugissantes. Médéric se protégea les yeux derrière son bras levé. La lumière vive de l'incendie lui brûlait les yeux. Les larmes brouillaient sa vue. Il réalisa dans quel piège il venait de tomber : sachant fort bien que le jeune assassin serait avantagé à l'intérieur des ruines, son adversaire l'avait attiré à découvert, dans un lieu où il avait répandu au préalable de l'huile de lampe pour pouvoir l'aveugler. Comment pouvait-il connaître sa plus grande faiblesse, telle était la question. Médéric n'eut pas le temps de la poser. A travers le voile humide des larmes, il distingua son ennemi qui se jetait sur lui.

Qualda aperçut une brusque lueur entre les arbres. Elle était bien trop forte pour provenir d'un feu de camp. Un incendie, peut-être ? Intriguée, elle fit tourner son étalon dans la direction des flammes. Plus au Sud et pour la même raison, le capitaine Phillida et ses soldats se dirigèrent vers le fort en ruine qu'ils voyaient se découper sur un fond orangé.

Médéric esquivait du mieux possible les coups de taille et d'estoc de son adversaire. Il était conscient qu'il ne tiendrait pas longtemps. Le tueur était un combattant acharné. Il le harcelait de ses attaques, profitant de l'allonge de son épée pour tenir le bréton à distance. Se battre au couteau nécessitait de se trouver tout proche de sa victime, ce dont il empêchait Médéric en lui opposant les tourbillons tranchants de sa lame. Ce dernier ne voyait que des formes floues. Il maudit ses yeux trop sensibles. Le tueur fit un pas en arrière et effectua un grand arc de cercle de son épée. Le jeune homme ne vit pas arriver le coup. Son bras fut entaillé en dessous de l'épaule. Il serra les dents et décida de tenter le tout pour le tout. Il attendit que son ennemi lève son arme avant de se jeter sur lui de tout son poids. L'adversaire esquiva avec aisance et profita de l'occasion pour infliger une autre entaille dans le dos de Médéric. Le bréton roula au sol. Il n'avait pas cherché à attaquer son agresseur, seulement à l'obliger à afficher une ouverture dans sa défense. Il saisit sa dague par la pointe et la lança vers la silhouette imprécise de son opposant. Surpris, le tueur eut tout juste le temps de lever son épée dans sa trajectoire. Le poignard rebondit contre le métal. Le jeune homme n'était pas désarmé pour autant : il était temps de mettre en œuvre ce que Tsavi lui avait appris. Il appela l'énergie magique à lui et l'envoya à travers les flammes pour la retourner sur son agresseur. Le résultat tenait plus du nuage de fumée rempli d'étincelles que de la vague incandescente qu'il espérait, mais il eut au moins pour effet de faire reculer le tueur masqué. Médéric se saisit du morceau de bois le plus proche et se retourna vers l'adversaire, prêt à en découdre jusqu'au bout.

Qualda arriva sur une colline avec le fort en contrebas. Au milieu d'un cercle de feu se combattaient Médéric et… l'assassin de Marcus ? Elle reconnut la cape noire et le masque rouge. La nordique descendit de cheval et prit la lourde hache de combat accrochée dans son dos. Elle courut, sauta au dessus des flammes et se réceptionna d'une roulade au sol. Médéric était en très mauvaise posture : le bâton qui lui servait d'arme de fortune se faisait découper, tranche après tranche, par la lame de son adversaire. Ce dernier se retourna en entendant l'arrivée de Qualda. Il expédia Médéric à terre en l'assommant d'un coup de poing et s'approcha d'elle. La guerrière vit immédiatement qu'elle avait affaire au type d'ennemi qu'elle redoutait le plus : rapide, agile, meurtrier. Elle ne pouvait pas compter sur la force brute face à un tel adversaire. Tandis que le tueur s'avançait, elle pu enfin détailler son masque. La surprise faillit lui faire lâcher son arme. La colère la remplaça bien vite. Comment pouvait-il oser s'afficher de la sorte ? Elle moulina de sa hache face à son adversaire qui reculait lestement devant cette avalanche de coups, lui riant au nez. Des bruits de cavalcades et des cris retentirent au loin. Les deux combattants regardèrent dans cette direction. Les cavaliers de la légion impériale apparurent, une femme à leur tête. Le tueur s'enfuit sans demander son reste, poussant la témérité jusqu'à traverser d'un saut le rideau enflammé qu'il avait allumé. Qualda souleva Médéric, inconscient, et le posa comme un sac sur son épaule, avant de suivre le même chemin. Le capitaine Phillida ordonna à deux de ses hommes de se lancer à leur poursuite.

Quand ils revinrent, ils n'avaient arrêté personne.

« La nordique a pris son cheval et nous a semé dans les marais. Nous n'avons pas pu la rattraper, expliqua le premier garde.

- Quant à l'autre, en cape noire, c'est comme s'il avait tout bonnement disparu ! dit le second.

- Peu importe celui-là ! répondit Alessia. Ce sont les deux autres qui m'intéressent. Est-on sûr que l'homme inconscient que la nordique transportait est bien l'apprenti que nous recherchons ?

- C'était un bréton avec un bec de lièvre, oui.

- Par les Neuf Divins ! s'exclama le capitaine. J'ai reconnu ce costume étrange que la femme portait. Mon père me l'a décrit tant de fois quand j'étais petite ! C'est la combinaison des assassins de la Confrérie Noire ! S'ils ont enlevé le seul témoin du meurtre de Tsavi, c'est qu'ils doivent en être les coupables.

- La Confrérie ? On m'a dit qu'elle avait eu des problèmes, il y a dix ans, et que depuis, elle n'était plus en activité.

- Voici la preuve que non ! Mon père est mort de leurs mains… et maintenant, ils viennent s'interposer dans mon enquête ! Je ne vais pas les laisser faire, croyez-moi ! ».

Médéric émergea peu à peu des ténèbres. Il était couché sur un sol dur. Son dos et son épaule le faisaient souffrir d'une douleur lancinante. Il ouvrit à demi les paupières, avant de les refermer violemment. Le bréton était dehors en plein jour, chose qui ne lui était pas arrivée depuis son départ de Skingrad, à l'âge de six ans.

« Ne bouge pas ! lui dit la voix familière de Qualda. J'ai pansé tes blessures, mais je n'ai rien pour les recoudre.

- Pas besoin, répondit-il en se redressant. J'ai appris comment me guérir tout seul. ».

Il récita quelques sortilèges de soin. Ses plaies se refermèrent en cinq minutes. Il tenta à nouveau d'ouvrir les yeux, mais la lumière était trop forte. Il demanda :

« On est où ?

- Dans ce qu'il reste d'une maison en ruine, sur un petit îlot au Sud-est de Bravil.

- C'est la deuxième fois qu'une sœur me sauve la mise. Tu es arrivée juste au bon moment ! D'ailleurs, comment ça se fait ?

- Que je sois là, tu veux dire ? Feylan et moi avons découvert comment Marcus a été tué, expliqua la nordique. Comme c'était près de Leyawiin, il s'est inquiété et m'a envoyée à ta recherche. En trajet, j'ai vu les flammes de loin et je suis arrivée en plein duel.

- Ce type… murmura Médéric. Il savait que la lumière me rend aveugle. Il a aussi dit qu'il avait assassiné Marcus. On dirait qu'il sait très bien à qui il s'attaque ! Tu as vu son… son masque ?

- Oui, répondit sombrement Qualda. En forme de crâne humain, écarlate, orné d'une main noire sur son front… La représentation de Sithis ! Je me demande ce que ça signifie.

- J'ai perdu ma dague, réalisa soudain Médéric, sans aucun rapport avec la conversation. Hliri me l'avait offerte quand j'ai été en âge de porter une arme.

- Tu t'en trouveras une autre ! Si tu peux monter à cheval, on devrait y aller. La légion impériale nous court sans doute encore après. ».

Trois jours plus tard, ils arrivèrent fourbus au Sanctuaire de la grotte du Roc Noir. Le repos n'était pas envisageable pour l'instant : tous les assassins restants, Feylan, Hliri Daani et Junia Rosa, les pressèrent de question. Qualda laissa Médéric faire un résumé des évènements de la semaine. Tous ses frères et sœurs étaient particulièrement troublés à la fin de son récit.

« Ce déguisement grotesque correspond à ce que m'en a raconté Feylan, dit Hliri. Un masque de Sithis pour s'attaquer à nous ? Quel affront ! Qu'en est-il de cette pierre noire que le tueur a utilisé sur Marcus ? Junia, as-tu trouvé quelque chose à ce sujet ?

- On dirait bien la description d'une gemme spirituelle noire. C'est un outil puissant de la nécromancie. Elles servent à enfermer l'âme d'une personne au moment de mourir, en conjonction avec un sort particulier.

- Nous savons donc que le tueur connaît l'emplacement de notre quartier général, nos déplacements, nos faiblesses, et qu'il prend un malin plaisir à nous traquer comme du gibier, résuma la dunmer. Je dois encore en discuter avec Ba'ruka, mais je crois qu'il n'y a plus qu'une chose à faire : abandonner le Sanctuaire et nous disperser quelques temps. ».

Les assassins gardèrent le silence. Cet endroit était plus qu'un foyer à leurs yeux : c'était le seul lieu de sécurité dont pouvaient disposer des meurtriers comme eux. Maintenant que le danger les menaçait même ici, que leur restait-il ?

Hliri se rendit dans le repaire de l'Annonciatrice. En tant que chef de cette branche de la Confrérie, elle seule savait où contacter la khajiite en cas de problème. A vrai dire, elle ne vivait pas loin et se cachait encore moins. Ba'ruka habitait une belle maison de Chorrol nommée Gardarbre. C'était un manoir de taille modeste, construit en croix, situé juste en face du chêne vénérable de la cité. L'elfe noire fut reçue par sa supérieure, elle aussi soucieuse. Ses inquiétudes grandirent encore après avoir écouté Hliri.

« Les agents de la Confrérie ont mené leurs investigations, mais ils n'ont rien trouvé sur ce meurtrier. Aucune trace de lui, même à l'extérieur du Sanctuaire, là où tu as retrouvé Marcus. A croire qu'il s'agit d'un fantôme ! dit Ba'ruka.

- Oh, non, il est on ne peut plus réel ! la détrompa Hliri. Médéric et Qualda sont formels.

- Par Sithis ! Comment ose-t-il bafouer le Père de la Terreur en assassinant ses enfants dans cet accoutrement ? Je vais immédiatement envoyer un de mes meilleurs agents à sa poursuite. Quant à la famille du Roc Noir…qu'ils quittent le Sanctuaire ! Je contacterai d'autres groupes de la Confrérie qui s'occuperont d'eux, le temps de vous aménager un nouveau repaire. ».

L'elfe noire soupira. Elle avait une question délicate à poser à l'Annonciatrice. Cependant, les doutes la rongeaient au point qu'elle ne pouvait différer plus longtemps ses interrogations.

« Ba'ruka, nous nous connaissons depuis une quinzaine d'années. Je suis entrée dans la Confrérie alors que vous étiez vous-même au poste que j'occupe aujourd'hui. Vous m'avez formée et m'avez aidé à gravir les échelons de notre organisation. Je vous ai toujours respectée et admirée. Alors, je vous le demande, au nom de tout ce que nous avons vécu ensemble… Avez-vous envoyé votre silencieux effectuer un rite de purification ? ».

Ba'ruka leva un sourcil interrogateur, sans avoir l'air de comprendre. Pourtant, Hliri était sûre qu'elle jouait la comédie. Elle avait entendu des histoires effrayantes sur l'incident qui, il y a dix ans, avait failli détruire la Confrérie. Certains secrets s'étaient ébruités, comme l'existence des silencieux, ces assassins chargés entre autres de punir les traîtres à l'organisation, ou bien le rite de purification, l'extermination pure et simple de toute une famille. L'Annonciatrice afficha son sourire le plus affable et répondit :

« Mon silencieux ? De quoi parles-tu ?

- Je parle du cas Lucien Lachance ! éclata soudain Hliri. Je sais que la Main Noire avait alors ordonné l'élimination d'un groupe soupçonné d'avoir accueilli un félon dans ses rangs. Est-ce là ce que nous sommes en train de subir ?

- Je t'interdis d'élever la voix sous mon toit ! fit Ba'ruka en plissant les yeux. Puisque tu sembles savoir tant de choses, laisse-moi t'en expliquer d'autres. Quand cette affaire dont tu parles s'est produite, la Confrérie était, nous pouvons le dire, dirigée par une moitié de fous et une autre moitié de fanatiques. Les membres de la Main Noire étaient terriblement imbus de leur personne et cela les a mené à beaucoup de dérives. Pourtant, même à cette époque, le rite de purification était une mesure radicale et extrêmement rare. Aujourd'hui, nous commandons la Confrérie Noire avec bien plus de lucidité. Tu as pu voir que nous préférons envoyer des enquêteurs, plutôt que tuer nos précieux assassins au moindre soupçon. Non, vous ne subissez pas la vengeance de la Main Noire. Rassurée ?

- Mmm… », se contenta de répondre la dunmer suspicieuse.

Le lendemain, chaque assassin partit de nuit pour une des nombreuses cachettes de la Confrérie Noire, laissant le Sanctuaire à l'abandon. D'autres agents viendraient plus tard provoquer un éboulement de la grotte du Roc Noir, après en avoir déménagé tout ce qui pouvait compromettre l'organisation. Nul ne devinerait alors quelles activités elle avait pu accueillir en son sein. Qualda, à sa demande, partit se cacher à Anvil, dans une des nombreuses maisons abandonnées de la ville. Si elle devait patienter pendant qu'un tueur masqué les traquait tous, autant que ce soit au soleil ! Feylan préféra se réfugier dans le Nibenay toujours sauvage de Cyrodiil, cette immense région boisée séparant le comté de Cheydinhal du Bois Noir. Junia Rosa fut envoyée à Kvatch, où elle pourrait se fondre dans la masse des nouveaux habitants, des reconstructeurs et des immigrés de retour dans leur ville. Hliri Daani s'en alla pour une vieille ferme abandonnée connue de la Confrérie, dans les montagne de Jerall, aux alentours de Bruma. Enfin, Médéric fut dépêché à Cheydinhal, où il devait loger dans une maison inoccupée. Il se sentit le cœur serré à son départ. Outre le fait de quitter son foyer de longue date, il avait l'impression désagréable qu'il ne reverrait peut-être plus certains de ses confrères. Trois nuits de voyage et il arriva à destination. Cheydinhal était la deuxième ville forestière de Cyrodiil, avec Chorrol. Les bois y étaient cependant très différents : les feuillus laissaient leur place aux épineux, la région était plus humide, l'air plus froid, les animaux sauvages plus nombreux. L'architecture de la ville témoignait de son influence dunmer : les hautes maisons à colombages arboraient des tourelles aux toits en pointes et des fenêtres en arcs brisés, typiques des constructions des elfes noirs. La cité était partagée en deux par une rivière bordée de roseaux, avec d'un côté les commerces et auberges, et de l'autres les habitations et la chapelle. Médéric emprunta un pont couvert et chercha la maison abandonnée. Il la trouva facilement. La clôture de pierre s'était effondrée par endroit, l'herbe du jardin n'avait pas été coupée depuis longtemps et des planches condamnaient les fenêtres. Il regarda autour de lui que personne ne le surveillait, puis il entra.

L'intérieur était aussi négligé que l'extérieur. La poussière, la saleté et les toiles d'araignée couvraient respectivement le sol, les murs et le plafond. On pouvait sentir que la maison avait été belle, autrefois. S'il devait vivre ici en attendant que le nouveau quartier général soit installé, Médéric aurait intérêt à se mettre au ménage le plus vite possible. Pour l'instant, il allait chercher le lit et s'y effondrer après ce fatigant voyage. Un pan de ténèbre se détacha de l'obscurité ambiante. L'assassin sursauta : une femme en noir venait de sortir de la pénombre. Qui était-elle pour être restée indétectable malgré la vision nocturne de Médéric ? Il s'agissait d'une haut elfe au visage allongé, portant la même robe qu'en avait l'habitude Ba'ruka.

« Vous voilà enfin, cher frère ! dit l'altmer en souriant. J'ai patienté longtemps pour vous accueillir. Mon nom est Arquen. Je suis une Annonciatrice de la Main Noire.

- Que la Mère de la Nuit vous protège ! répondit-il, comme c'était l'usage. Je ne pensais pas que quelqu'un d'aussi important m'attendrait…

- Etrange, n'est-ce pas ? Vous n'êtes pas au bout de vos surprises, car si je suis là, c'est à la demande d'une personne encore plus prestigieuse et qui s'impatiente de vous voir. Veuillez me suivre, je vous prie ! ».

Médéric obéit, intrigué par cette entrée en matière, et ils descendirent à la cave. Le mur du fond avait été cassé et donnait sur un tunnel sombre. Arquen y pénétra. A mesure qu'ils se rapprochaient, une lueur rouge commença à baigner le corridor d'ombres sanglantes. Cette étrange lumière, contrairement à celle du jour, ne blessait pas les yeux du jeune homme. Elle provenait d'une porte en bois, sculpté de bas-reliefs. La scène représentée était identique à celle de l'entrée du Sanctuaire de la caverne du Roc Noir : un crâne rouge orné d'une main noire sur le front (dont émanait la lueur rougeoyante) surmontait un personnage féminin armé d'un couteau, devant lequel des hommes se prosternaient. Sithis, la Mère de la Nuit et la Confrérie. A quelques pas de la porte, une voix lugubre s'éleva de nulle part :

« De quelle couleur est la nuit ?

- Sanguine, mon frère ! répondit Arquen et l'huis se déverrouilla.

- La nôtre ne faisait pas ça, fit remarquer innocemment Médéric.

- Comme nous nous trouvons dans une grande ville, nos systèmes de sécurité sont plus élaborés, expliqua l'elfe. Nous ne voulons pas qu'un téméraire découvre notre sanctuaire parce qu'il a parié qu'il pouvait entrer dans cette maison, réputée hantée ! ».

Elle ouvrit la porte. Le repaire des assassins de Cheydinhal ressemblait beaucoup à celui du Roc Noir : ambiance sinistre, tentures marquées de la Main Noire, murs de grosses pierres, pas de fenêtres. Quelques membres de la Confrérie vaquaient à leurs occupations, sans accorder la moindre attention au nouveau venu. Arquen conduisit Médéric dans un tunnel qui descendait plus profondément. Au bout se trouvait une double porte massive. Elle l'ouvrit et invita le bréton à entrer.

La pièce se trouvait être une chambre au mobilier réduit. Ce qui surprit le plus Médéric fut le large bloc de pierre blanche qui servait de lit à son occupant. Ce dernier était assis à une petite table ronde. Il portait une tenue identique à celle d'Arquen et Ba'ruka. L'homme fixa intensément son visiteur, au point de le mettre mal à l'aise. Sous sa capuche noire, ses yeux jaunes brillaient comme deux petites flammes malfaisantes. Son visage était d'une pâleur cadavérique et d'une maigreur extrême. C'était un vampire. Le jeune assassin se sentit tressaillir. Enfin, l'homme parla.

« Savez-vous qui je suis ? demanda-t-il d'une voix éraillée.

- Un membre de la Main Noire, répondit Médéric (c'est tout ce qu'il pouvait deviner).

- Bien ! Au moins avez-vous reconnu le costume. Je suis, plus précisément, l'Ecoutant de notre organisation. ».

Le jeune homme déglutit. Il se trouvait en face du chef de la Main Noire, l'élu choisi par la Mère de la Nuit pour entendre ses paroles et les transmettre à la Confrérie. Il n'avait pas l'air content du tout. L'Ecoutant se leva.

« Ba'ruka m'a beaucoup parlé de vous. Un assassin prometteur, m'a-t-elle dit.

- Merci, Ecou…

- Silence ! l'interrompit-il. Il n'y a que deux raisons pour lesquelles je demanderais à voir un frère à peine sorti de son apprentissage. Une bonne et une mauvaise. Dans votre cas, c'est un peu des deux. ».

Médéric se sentit encore plus mal. Qu'avait-il fait pour ainsi mettre en colère le chef de la Confrérie Noire ?

« Je vais maintenant vous faire un résumé de votre situation. Vous avez exécuté votre dernier contrat avec brio. Bien ! Puis, pour couvrir la Confrérie, vous avez fait accuser une tierce personne. Excellente stratégie. C'est alors que, dans un élan d'imagination que je comprends mal, vous avez opté pour que ce soit la comtesse de Leyawiin… qui se trouvait être la personne ayant payé pour la mort de sa magicienne ! La foule s'est soulevée et une émeute a éclaté, aboutissant au siège du château et à quelques incendies accidentels. Une enquête a été diligentée pour en savoir plus sur la mort de votre cible. Je ne sais pas encore comment, mais le capitaine en charge des investigations en est arrivé à croire que nous étions impliqués là-dedans. Cette femme est, qui plus est, la fille d'un autre capitaine de la légion qui s'est longtemps opposé à nous par le passé. A présent, elle remue ciel et terre pour nous retrouver, aidée par la comtesse de Leyawiin qui pense que nous l'avons trahie. Tout cela à cause de vous ! Vous comprenez que j'hésite entre avouer que je suis impressionné ou vous arracher le cœur de mes propres mains. ».

Le jeune homme ne répondit rien. L'Ecoutant fit le tour de son interlocuteur, le toisant des pieds à la tête. Médéric avait l'impression d'être un morceau de viande qu'on examine avant de décider comment le manger.

« Afin de me décider, je vais vous charger d'une mission. Un des assassins du Sanctuaire doit bientôt exécuter un contrat à Cheydinhal même. Les closes prévoient certains actes magiques. Vous avez suivi une formation, je crois ? Vous l'assisterez donc dans sa tâche. Réussissez, et je pardonnerai volontiers vos erreurs. Echouez, et j'offrirai votre âme à Sithis en compensation de vos fautes ! ».

Le lendemain, à minuit, toute la ville semblait dormir à poings fermés. Seule exception, le manoir de Riverview était brillamment illuminé. Cet endroit abritait les fêtes les plus courues de la région. Voranil, le propriétaire des lieux, n'invitait que la crème des personnalités connues du Nibenay. Ce haut elfe dépensait sa fortune dans des réceptions ruineuses auxquelles tout le monde aimerait participer. Deux ombres se faufilaient discrètement entre les bâtiments en direction de Riverview. Le premier était un assassin argonien du Sanctuaire de Cheydinhal. Derrière lui suivait Médéric. Le duo s'arrêta derrière le manoir. L'homme lézard se tourna vers son acolyte temporaire.

« Tu as bien compris la marche à suivre ? demanda-t-il sans ménagement.

- Pendant que vous effectuez les préparatifs du rituel, je m'occupe d'amener Voranil à se rendre à la cave. Mort ou vif. Ensuite, nous exécuterons le sortilège et fuirons les lieux au plus vite.

- Si tu es surpris par un des invités, débarrasse-t-en vite et discrètement ! Nous pouvons y aller, maintenant. ».

Ils entrèrent en forçant un soupirail. La cave était déserte. L'argonien déballa de son sac des bougies noires, de la craie et divers objets ésotériques. Médéric le laissa préparer le rituel. Rien que d'y penser, il en avait froid dans le dos. Il monta les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée. En regardant par le trou de la serrure, il pu apercevoir la fête en cours. Au milieu des convives, bavardant et riant, Voranil jouait les parfaits maîtres de maison. Le bréton remarqua les fioles de cristal finement ouvragé posées sur une table basse. Régulièrement, les invités venait en déboucher une et boire le contenu en une gorgée. Après quoi, ils s'en revenaient vers leurs compagnons, hilares et la démarche curieusement arythmique. Du skouma, une drogue narcotique, très en vogue en ce moment. Une invitée elfe se sentit prise de nausée. Son hôte lui ouvrit galamment la porte par laquelle elle s'engouffra à l'extérieur. Tandis qu'elle vomissait, Voranil referma en plaisantant. Médéric y vit une occasion à saisir. Il ressortit du manoir par le même soupirail. L'elfe malade était à quatre pattes entre les buissons, bien à l'abri des regards, rejetant violemment le contenu de son estomac. L'assassin s'approcha d'elle doucement. Il déroula son lacet d'étrangleur et le passa autour du cou de la femme. Celle-ci était trop droguée ou se sentait trop mal pour se défendre. Elle essaya vainement de desserrer l'étreinte de la lanière de cuir qui coupait sa respiration. Au bout de quelques minutes, ses yeux se révulsèrent, ses mains retombèrent et elle se sentit partir plus efficacement qu'en s'adonnant au skouma. Médéric la traîna jusqu'à la cave proche et jeta le cadavre par le soupirail. Il pouvait à présent piéger Voranil.

On frappa à la porte du manoir. Voranil soupira et alla ouvrir. Soit c'était encore des pique-assiettes, soit Eilonwy était tellement droguée qu'elle n'arrivait plus à actionner la poignée. Il fut surpris de ne voir personne dehors. Sur le pas de la porte reposait un parchemin enroulé. L'elfe le ramassa. Il lut :

« Cher Voranil,

Pardon d'avoir fait semblant de me sentir mal ! C'était un stratagème pour m'éloigner des autres sans qu'ils ne se doutent de rien. Nous devons parler d'une affaire urgente et, surtout, confidentielle. J'attendrai dans la cave (j'ai du entrer par effraction, désolée !). »

Il froissa le vélin. Décidément, Eilonwy ne supportait pas le skouma ! Voilà qu'elle délirait, maintenant ! Peut-être était-elle sérieuse, cependant… Voranil fronça les sourcils et descendit à la cave. Elle avait intérêt à ne pas le déranger pour rien ! A mi-chemin, il entendit quelque chose derrière lui, comme le bruit désagréable d'une lame qu'on sort de son étui. Avant d'avoir pu se retourner, on le poussa dans l'escalier. Il les dévala en roulé-boulé, se heurtant violemment sur les marches de pierre. Une fois le sous-sol atteint, l'altmer tenta de se relever. La douleur insupportable qu'il ressentit lui indiqua que plusieurs de ses os étaient brisés. Il avait un goût de sang dans la bouche. On lui tira les cheveux en arrière, le forçant à relever la tête. Sa dernière vision fut celle d'un argonien devant lui, dans une étrange combinaison de cuir noir, traçant un pentacle circulaire au sol, avant qu'une lame de couteau ne vienne ouvrir la gorge de l'altmer.

Médéric essuya sa dague sur les habits de l'elfe. Cette vulgaire arme d'acier ne valait pas son ancien poignard elfique. Il traîna le corps de Voranil jusqu'au cercle magique qu'avait dessiné son confrère. L'argonien alluma les bougies une à une. Le jeune assassin ne pu s'empêcher de commenter ce qu'ils allaient faire.

« Qu'est-ce que cet homme a pu faire pour qu'en plus de le tuer, notre client nous demande… ça ?

- Va savoir ! répondit l'homme lézard. Peut-être en avait-il assez du tapage nocturne ? Ce ne sont pas nos affaires. Prêt à commencer l'incantation ?

- Oui ! », fit le brétonnien sans hésiter.

Médéric s'agenouilla en face de l'argonien, le pentacle entre eux. Ils avaient répété le rituel de longues heures avant de passer à l'action. Le jeune homme se sentait particulièrement mal à l'aise à l'idée d'utiliser la nécromancie. Son collègue prit une bourse et en sortit une poudre dont il saupoudra le cadavre. Les deux assassins entamèrent une litanie impie.

« Ossement du défunt, âme désespérée,

Que ta vie laisse place à ton éternité.

Que ton esprit enchaîné devienne le gardien

De ce lieu qu'autrefois tu pensais être tien.

Qu'à jamais tu survives au-delà de la tombe

Et envoies les intrus rejoindre l'autre monde. ».

Le corps sans vie de l'altmer fut secoué de soubresauts. De petits arcs d'électricité jaillirent des limites du pentacle et une brume froide sembla émaner de l'intérieur du cercle. L'assassin argonien se leva précipitamment.

« Vite ! Partons avant que son fantôme n'apparaisse ! ».

Ils sortirent de Riverview par le soupirail. Un éclair illumina la cave, tandis qu'ils s'installèrent à l'abri des regards. Quelques minutes plus tard, un premier invité sortit du manoir en hurlant, suivi de plusieurs autres. Satisfaits, les assassins retournèrent au Sanctuaire. La maison abandonnée de Cheydinhal ne serait bientôt plus la seule à être réputée hantée !

Ils firent leur rapport à l'Ecoutant en personne. Le vampire récompensa l'argonien de la coquette somme de cinq cent pièces. Il lui ordonna de les laisser seuls. Une fois l'assassin parti, le chef de la Main Noire toisa Médéric, un sourire aux lèvres.

« Cette mission est une réussite, je ne peux le nier. A la place d'une récompense en or, je vous offre mon pardon. N'est-ce pas là un cadeau des plus précieux ? dit-il en riant.

- Merci, Ecoutant, répondit Médéric, sans apprécier l'humour de son interlocuteur.

- J'ai aimé la façon dont vous avez attiré Voranil entre vos griffes. Votre ruse et votre talent de meurtrier plaisent à la Mère de la Nuit… et donc à moi également ! Vous êtes un assassin très prometteur, frère Médéric, et je vais garder un œil sur votre avancement au sein de la Confrérie. Je pressens un destin exceptionnel chez vous. Peut-être même, un jour, vous ferais-je la même proposition que ce cher Vicente autrefois… Ah, pauvre Vicente ! soupira le vampire en se plongeant dans ses souvenirs.

- Heu… Ecoutant ? fit le jeune homme après trois minutes d'un silence pesant.

- Mmm ? Ah, oui ! Je disais donc que vos erreurs sont oubliées. Soyez le bienvenu dans notre Sanctuaire ! Avant que vous ne partiez, j'ai un présent pour vous, afin de vous encourager à suivre fidèlement la voie de Sithis. ».

Le vampire marcha jusqu'à sa table de nuit et rapporta un petit coffret laqué qui était posé dessus. Il l'ouvrit sous les yeux de Médéric. Il contenait une splendide dague elfique à la lame courbe, couverte de fines gravures.

« Voici Epine de Douleur, une dague enchantée. La magie qu'elle recèle aggrave les blessures qu'elle inflige. Elle est affûtée comme un rasoir et peut trancher la chair comme du beurre. J'ai entendu dire que vous aviez perdu la vôtre, récemment. Prenez-là ! Elle a soif de sang et je ne m'en sers plus depuis trop longtemps.

- Je vous remercie beaucoup, Ecoutant ! dit le jeune homme en prenant respectueusement l'arme entre ses doigts émerveillés.

- Tout le plaisir est pour moi. Que le Père de la Terreur veille sur vous ! ».

Il congédia l'assassin. Médéric sortit des appartements de l'Ecoutant, ravi. Le poignard se logeait dans sa main comme s'il avait été fait pour lui. Il avait hâte de l'essayer sur une de ses victimes. Ajouté à cela que l'Annonciatrice Arquen lui avait promis de le laisser accéder à la bibliothèque de grimoires magiques du Sanctuaire, et le bréton se dit que son séjour serait loin d'être désagréable.

A suivre…

Me voilà arrivé au milieu de l'histoire. On dirait que je vais dépasser les 5 ou 6 chapitres que j'avais initialement prévus ! Plus je développe cette histoire et plus je trouve de petits détails dans le jeu qui y colleraient bien. C'est ce qui est génial, quand on travaille à partir d'un univers aussi riche ! N'hésitez pas à me livrer vos impressions !