Sanguine, mon frère!

Disclaimer: The elder scrolls IV Oblivion appartient à Ubisoft et Bethesda Softworks. Je ne fais que me baser sur le monde qui y a été développé et je ne gagne pas d'argent pour ça…

Septième chapitre. Je crois que je peux en prévoir quatre à cinq autres pour terminer l'histoire. Celui-ci sera un peu plus axé sur les dialogues, comme l'indique le nom du chapitre. Je tiens une nouvelle fois à remercier les gens qui prennent le temps de me lire. Même sans commentaire, ça me fait plaisir de savoir qu'on s'est attardé sur mon récit. Bonne lecture !

Daffy from the Golden Freaks : Hé hé, je me doutais qu'Alessia te plairait ! Sinon, pour ce qui est de Coupeterre, on ne sait pas qui (ou ce que) sont véritablement les Profonds, dans le jeu. Des daedras ? Des monstres ? Une secte ? Des petits lapins pelucheux ? Donc, j'ai pris la liberté de développer ce point. A ce que j'ai pu lire, les concepteurs se seraient inspirés d'une nouvelle de Lovecraft.

Chapitre 7 : face-à-face(s).

Médéric se trouvait dans une cellule de la prison de la cité impériale, enchaîné à un mur, depuis déjà deux jours. Alessia Phillida l'y avait laissé après leur chevauchée et n'avait pas réapparu depuis. Seul le geôlier lui avait rendu visite pour lui amener de quoi se sustenter. Le jeune homme se demandait ce qu'on lui réservait. Il repensa au crochet à serrure qu'il avait réussi à cacher sur lui au moment où tous ses biens lui avaient été confisqués. Hélas ! Les fers qui enserraient ses poignets étaient maintenus fermés par deux grosses chevilles de fer que seul un marteau aurait pu faire sauter. Au moins, son cachot était sombre à souhait et le soleil n'entrait que très peu par l'étroite fenêtre à barreaux. L'idéal pour quelqu'un qui ne supporte pas la lumière ! L'assassin réfléchit une énième fois à un moyen de s'échapper. Il en revint toujours à la même conclusion : avec ses chaînes, il ne pourrait jamais aller nulle part. De longues heures passèrent. L'espoir le quitta peu à peu. Il entendit soudain une porte s'ouvrir et des pas multiples résonner dans le corridor. Trois personnes apparurent devant la grille de sa cellule. L'une d'elle (le geôlier) portait une torche qui obligea le bréton à fermer les yeux.

« Ouvrez la porte ! », ordonna une voix autoritaire.

Un bruit de clé dans une serrure, un grincement, des pas qui se rapprochaient de lui. Médéric rouvrit les yeux alors que le geôlier s'éloignait. Deux capitaines de la légion impériale se tenaient devant lui : un homme inconnu et Alessia Phillida. Cette dernière le toisa sans retenir une expression haineuse. Le jeune homme la nargua en lui adressant son plus joli sourire. L'homme s'assit sur un tabouret et enleva son casque. Il devait approcher de la cinquantaine.

« Je suis Giovanni Civello, déclara-t-il. Avez-vous entendu parler de moi, assassin ?

- Un peu, répondit Médéric. Vous avez pris la relève d'Adamus Phillida après sa mort. Vous pourchassez la Confrérie Noire, tout comme lui, mais vous êtes bien moins doué, à ce qu'on m'a dit !

- Adamus était mon mentor. Son combat est devenu le mien, en effet. Ne vous attendez donc à aucune clémence de ma part !

- De ma part non plus, répondit l'assassin en le regardant dans les yeux.

- Est-ce du courage ou une bravade désespérée ? demanda Civello en souriant.

- Giovanni ! s'écria Alessia. Laissez-le moi quelques heures ! Je vous jure que je lui aurai arraché tout ce qu'il sait à votre retour !

- J'ai dit non ! aboya le capitaine en retour. La légion impériale n'a pas recours à la violence sur ses prisonniers. Ce serait nous rabaisser au niveau de ces meurtriers de la Confrérie. ».

Alessia ne cacha pas sa déception, mais elle ne protesta pas. Son supérieur se retourna vers Médéric. Il le dévisagea de ses yeux froids. Le bréton soutint son regard.

« Vous savez que vous n'avez aucune chance de fuir, n'est-ce pas ? demanda Giovanni. Personne ne viendra à votre secours. Les assassins n'ont jamais eu pour habitude de sauver leurs membres capturés. Je le sais. Vous n'êtes pas le premier de votre organisation que j'interroge dans cette cellule. Il y a eu ce nordique, un certain Fafnir, arrêté à Skingrad. Il a gardé le silence pendant des semaines. J'avais beau le menacer, lui promettre monts et merveilles ou le laisser seul des jours durant, jamais il n'a dit un mot. Lorsque finalement, excédé, j'ai promis de le libérer en échange de renseignements, savez-vous ce qu'il a fait ?

- Il a du beaucoup rire, se moqua Médéric.

- Cet homme, plutôt que de parler, m'a d'abord tiré la langue, comme un gamin, avant de se la trancher d'un coup de dents. ».

Le bréton déglutit. A voir l'expression de Civello, il disait la vérité. Même Alessia avait secoué la tête nerveusement, comme pour se débarrasser d'un mauvais souvenir.

« En vous regardant, je ne suis pas sûr d'avoir affaire à un tueur de la même trempe ! reprit le capitaine. Vous ne sortirez de cette prison que pour votre exécution, mais si vous répondez à mes questions, alors je peux m'arranger pour que vos derniers jours soient plus agréables.

- D…d'accord, je vais parler ! balbutia Médéric.

- Bien ! Vous êtes un garçon intelligent. Commençons par ce que vous savez des repaires de la Confrérie : où sont-ils ?

- A Bravil, la statue de la vieille dame chançeuse…

- Oui ? l'encouragea Civello, oreilles tendues.

- Si vous lui appuyez sur les seins un jour de pleines lunes, Sithis va apparaître et vous donner le choix entre aller au diable ou jouer aux cartes avec lui. Moi, je vous conseillerais de… ».

Alessia s'avança et lui envoya un direct en pleine face. Son gantelet d'acier assomma presque l'assassin. Giovanni se leva pour retenir sa protégée, en proie à la fureur.

« Il ose se moquer de nous ! Je vais te tuer, ordure !

- Phillida ! cria son supérieur. Retourne dehors immédiatement ! ».

Elle lui obéit avec raideur. Médéric cracha un peu de sang par terre. Ses piques à l'adresse des deux soldats ne masquaient que son désespoir. Il connaissait les méthodes de la Confrérie : jamais elle ne prendrait de risques pour sauver un assassin assez stupide pour se faire capturer. Le capitaine lui lança un torchon qui traînait dans un coin. Le bréton s'en servit pour essuyer sa bouche ensanglantée.

« Alessia n'a pas la main légère, je le reconnais, dit Giovanni.

- J'ai connu des caresses plus tendres de sa part, ricana Médéric.

- C'est ce qu'elle m'a dit. Ne vous méprenez surtout pas : ce n'est pas parce que je l'ai empêchée de vous rosser que je n'en meurs pas d'envie moi-même ! Ma proposition tient toujours, mais ne mettez pas ma patience à l'épreuve ! Je vais vous laisser réfléchir. ».

L'homme sortit de la cellule et appela le geôlier, qui vint refermer derrière lui. Ils s'en allèrent sans un regard pour le prisonnier. Médéric s'allongea sur sa paillasse et ferma les yeux. Qu'allait-il devenir ? Il ne voyait pas d'issue, en dehors du gibet qui devait déjà l'attendre…

A Chorrol, dans sa demeure, Ba'ruka lut un message d'un contact de la Confrérie Noire au sein de la capitale. Elle laissa échapper un juron. Ce n'était pas la première fois qu'un agent se faisait prendre, quoique la chose fût rare, et elle ne se souciait pas outre mesure de Médéric, mais elle craignait que la Rose de Sithis soit à présent en possession de la légion. L'Annonciatrice n'eut pas à réfléchir bien longtemps. Elle sortit de chez elle en coup de vent et loua un cheval à l'écurie municipale. Feylan devait déjà être de retour à Lipsand Tarn (elle avait entendu dire que sa cible était morte). Lui serait parfait pour une mission d'infiltration de la prison. L'entreprise était périlleuse, mais les assassins l'avaient réussie plus d'une fois déjà. L'important était de récupérer la flèche. Quant à Médéric, autant le délivrer dans la foulée : cela éviterait des aveux qui mettraient en danger la famille. Alors qu'elle chevauchait une piste à peine esquissée sur le sol, sa jument se cabra et refusa d'avancer plus loin. Ba'ruka tira sur les rênes. Un ogre venait de sortir d'entre deux gros rochers. Le géant regardait la khajiite de ses yeux strabiques, de la bave coulant entre ses dents jaunes. Il était armé d'un tronc d'arbrisseau déraciné et s'approchait d'un pas lourd. L'Annonciatrice descendit de sa monture. Elle n'avait pas combattu depuis longtemps. Son poste à la Confrérie ne lui procurait plus l'occasion de prouver ses talents de tueuse, sauf lorsqu'il s'agissait de punir un traître. Elle espéra ne pas être trop rouillée. Elle attendit que l'ogre vienne plus près. L'humanoïde s'élança sans grâce, son arme levée. Il l'abattit au sol. Ba'ruka l'esquiva sans effort et frappa de son index et son majeur joints le creux du coude de son adversaire. Ses griffes transpercèrent la peau de l'ogre, mais elle était trop épaisse pour qu'elle puisse atteindre ce tendon qui lui immobiliserait le bras. La créature rugit et fouetta l'air de son autre bras, large comme un jambon. Une nouvelle fois, il ne rencontra que le vide. Ba'ruka s'était déplacée sur le côté. Elle visa les reins et frappa de son pied le plus fort possible. L'ogre ressentit une douleur violente qui le plia en deux. C'était l'ouverture que cherchait la khajiite depuis le début. Elle bondit sur lui et planta ses griffes dans les petits yeux jaunâtres du géant. Celui-ci hurla. L'Annonciatrice roula à terre, tandis que son ennemi frappait à l'aveuglette. Elle prit son élan, courut et se lança sur lui. Elle le percuta de plein fouet. L'ogre, déstabilisé, fit trois pas en arrière. Un de trop : il se prit les pieds dans une racine et tomba, dévalant la pente raide derrière lui pour aller s'écraser contre un rocher. Ba'ruka posa les mains sur ses genoux et retrouva sa respiration. Le combat l'avait essoufflée. Dans sa jeunesse, elle aurait pu en tuer plusieurs à la suite sans se fatiguer. Le poids des ans se faisait sentir de plus en plus, ces derniers temps. Elle remonta à cheval, ruminant ses pensées.

Tandis que Médéric parlait à Giovanni Civello, un prisonnier n'avait pas perdu une miette de la conversation. Il s'appelait Claudius Arcadia. Une fois le capitaine de la légion parti, il s'approcha de la grille de sa cellule. Juste en face se trouvait le cachot de l'assassin. L'endroit était trop sombre pour qu'il le distingue, mais Claudius savait qu'avec la Confrérie Noire il valait mieux en voir le moins possible. L'homme interpella Médéric à voix basse.

« Hé, vous ! L'assassin !

- Qu'est-ce que vous voulez ? demanda hargneusement la silhouette sombre du tueur.

- Vous aider. Mon nom est Claudius Arcadia. Je dois ma gratitude à la Confrérie, même si c'est en faisant appel à ses services que je me suis retrouvé derrière les barreaux. Est-ce que le nom de Rufio vous dit quelque chose ?

- Jamais entendu parler.

- J'aurais du m'en douter, marmonna Arcadia.

- Qu'est-ce que vous voulez ? répéta le bréton.

- Vous rendre service, comme l'a fait votre organisation pour moi.

- Et comment ? Vous êtes prisonnier !

- Ce n'est pas grand-chose, mais j'ai peut-être de quoi vous aider à vous échapper. ».

Médéric se leva de son lit de fortune. Il se méfiait. Un ancien commanditaire, emprisonné juste en face de lui, désireux de le secourir ? L'assassin soupçonnait un piège de la part de la légion impériale. Cependant, il n'avait pas vraiment le choix : soit il restait ici à attendre qu'on vienne le pendre, soit il saisissait cette chance de s'enfuir, peu importe ce qui se cachait derrière. Claudius fouilla dans sa paillasse à la recherche d'un objet qu'il cachait depuis des années. Il écarta les brins de paille et sortit un morceau de fer plat, d'une quinzaine de centimètres, à la pointe émoussée et couverte de rouille. Il avait tenté une fois de déloger un des gros moellons de sa cellule avec, mais ses doigts arthritiques l'avaient trahi et son plan d'évasion en resta là. Le prisonnier prit le bout de métal et passa son bras entre les barreaux de son cachot. Il visa et lança. Médéric vit l'objet atterrir sur les dalles malpropres de sa cellule. Aussitôt, il s'en saisit et tenta de déloger les chevilles de fers qui maintenaient ses chaînes fermées autour de ses poignets. Il s'aperçut rapidement que ça n'avait aucun effet. Ses entraves étaient trop solides. Il observa le débris métallique. L'assassin abandonna l'idée de s'en servir pour tuer le geôlier. De dépit, il jeta la pointe de fer au sol. Une énième fois, il détailla sa prison à la recherche d'un détail qui pourrait lui être utile. Ses yeux passèrent inévitablement sur les chaînes accrochées au mur. Leurs maillons semblaient neufs. Il les remonta jusqu'aux anneaux plantés dans la pierre. Pris d'un doute, il s'en approcha et effleura la roche autour d'eux. Médéric eut un petit sourire. A haute voix, il demanda à son voisin :

« Les prisonniers attachés à ces chaînes… ils devaient beaucoup tirer dessus, n'est-ce pas ?

- Pour sûr ! répondit Claudius. Ils espéraient les casser ou les déloger du mur. Peine perdue, à mon avis… ».

Ils n'avaient pas réussi, bien entendu, mais la vision nocturne du bréton lui permit de voir, à travers les ténèbres, que ce traitement avait fini par fissurer la pierre autour des anneaux qui y étaient enfoncés. Il reprit le bout de métal et commença à creuser à cet endroit. Sa tâche s'annonça tout de suite difficile : même fragilisée, la roche ne se laissait pas entamer comme ça. Il y travaillerait le temps nécessaire, en espérant que le jour de son exécution n'arriverait pas trop tôt.

Deux jours plus tard, Feylan arriva sur l'île qui, au centre du lac Rumare, abritait la capitale de l'Empire. Il faisait nuit noire. L'elfe longea les rives en direction de la prison. Malgré l'importance de sa mission, Feylan prit le temps de respirer profondément l'air frais de la nuit, se laissant envahir par l'odeur de la végétation. Il leva les yeux vers les murailles circulaires de la cité impériale. Comment les gens pouvaient-ils rester enfermés derrière, alors que le monde s'étendait au dehors, terrible et magnifique ? Longtemps auparavant, à l'époque où la Confrérie Noire ne l'avait pas encore accueillie dans ses rangs, il avait vécu loin de toute civilisation, en homme traqué le jour et en prédateur la nuit. L'elfe était alors un fervent fidèle d'Hircine, le prince daedra de la chasse. Seule l'entité quasi-divine qu'il était avait pu l'aider à contrôler sa… maladie. Feylan n'avait jamais confié son passé à qui que ce soit au sein de la Confrérie. Il soupçonnait Ba'ruka d'en savoir plus sur le sujet qu'elle ne le disait, cependant. L'unique personne à qui il aurait souhaité s'ouvrir était Hliri Daani, sa belle elfe noire. Mais comment l'amener à comprendre ? Il se demanda avec mélancolie où elle pouvait se trouver en cet instant. Finalement, il arriva à l'endroit indiqué par l'Annonciatrice. Une ouverture circulaire, barrée par une grille de fer épaisse, laissait voir l'entrée des égouts de la ville. Ce passage méconnu pouvait servir à entrer dans la prison. Feylan descendit de sa monture et s'approcha des barreaux. Il sortit son nécessaire de crochetage. Il jura en voyant que cela lui serait inutile : la serrure de métal avait fondue et rendait impossible l'ouverture de la grille. Sans doute la légion avait-elle fait appel à un mage pour condamner de la sorte l'entrée des égouts. Après tout, ce n'était pas la première fois qu'on s'évadait par cette voie ! L'elfe soupira. En d'autres moments, il aurait infiltré les lieux par un chemin différent, mais l'urgence le pressait. Il passa une main dans son col et sortit la chaînette qui entourait son cou. Les maillons passaient par un anneau de laiton, orné d'une tête de cerf sculptée. L'anneau d'Hircine, un présent du daedra à son serviteur qui l'avait honoré pendant toutes ses années. L'objet était, à la connaissance de Feylan, le seul moyen existant de contrôler sa maladie. Il détacha la bague et la passa à son doigt. Aussitôt, sa vue se troubla et passa en monochrome. Il put voir ses bras grossir, ses mains s'allonger, son corps devenir monstrueux. Ses sens lui paraissaient décuplés. Il attrapa deux barreaux côte à côte et les écarta aussi simplement que s'il s'agissait d'un rideau. L'elfe enleva ensuite l'anneau et retourna à son état naturel. Satisfait de son oeuvre, il passa entre les barreaux distordus.

Médéric avait travaillé dur pour déloger la première chaîne. Lorsqu'en tirant sur l'anneau, il avait sorti la pointe de fer qui le maintenait solidaire du mur, le jeune homme avait failli crier de joie. Heureusement, il s'était rappelé à temps qu'il ne devait surtout pas attirer l'attention de la chiourme. Il avait replacé la chaîne pour faire illusion. Seul lui, capable de voir dans le noir, pourrait distinguer qu'elle était détachée. A présent, la seconde entrave était proche de connaître un sort similaire. Après une demi-heure de creusage intensif, il sentit l'anneau commencer à bouger dans son logement. Trente minutes de plus et la deuxième chaîne tomba au sol. Le bréton jubilait. Il enroula les chaînons autour de ses bras pour qu'ils ne fassent pas de bruit, puis il s'attaqua à la porte de son cachot. Il prit son unique crochet, caché dans une poche secrète de sa combinaison, et l'introduisit dans la serrure. Il se montra extrêmement prudent : si son outil cassait, l'assassin serait bel et bien fichu. Lentement, il débloqua chaque gorge du mécanisme, jusqu'à entendre le déclic final. D'une poussée, la grille s'ouvrit vers l'extérieur. De l'autre côté du couloir, Claudius Arcadia souriait de toutes ses dents.

« Je dois récupérer mes affaires, dit Médéric. Vous savez où elles sont ?

- Il y a un coffre dans le bureau du geôlier, répondit Arcadia. C'est lui qui a la clé.

- Merci. Je reviendrai pour vous sortir de là ! promit le bréton.

- Non, c'est inutile. Des années ont passé depuis que j'ai été enfermé dans cette cellule. J'ai accepté ma sentence. Pensez plutôt à vous enfuir le plus vite possible ! ».

L'assassin hocha la tête et monta les escaliers qui l'amèneraient à l'entrée de la prison. Soudain, il entendit des pas se rapprocher. Il se retourna et chercha un recoin où se cacher. Aucun. En désespoir de cause, il redescendit les marches à toute vitesse. Il buta alors contre quelqu'un et tous les deux s'effondrèrent au sol. Paniqué, Médéric se releva et vit la dernière personne qu'il aurait pensé rencontrer ici.

« Feylan ? s'écria-t-il. Tu n'es pas à Lipsand…

- Silence ! », ordonna l'elfe en lui faisant signe de se cacher.

Le bréton se dissimula dans l'ombre, tandis que Feylan se postait au fond du couloir. Ce dernier encocha une flèche sur son arc et attendit. Le bruit des pas indiquait que le geôlier descendait l'escalier. L'elfe banda son arc. Lorsque le gardien de la prison descendit la dernière marche, il n'eut pas le temps de s'étonner de la présence d'un intrus : Feylan relâcha la corde de son arme et sa flèche fendit l'air pour se loger dans l'œil droit de sa cible. L'homme tomba avec fracas. Médéric sortit de sa cachette et vint prendre les clés accrochées au ceinturon du cadavre. Accompagné de son confrère, il sortit dans la partie réservée aux visiteurs. Un garde leur tournait le dos. Une nouvelle flèche lui transperça le cœur. Le bréton trouva le bureau du gardien. Le coffre contenant les affaires des prisonniers était verrouillé, mais il trouva la bonne clé sur le trousseau qu'il avait dérobé. Epine de Douleur était là, ainsi que la Rose de Sithis. Il les récupéra et retourna voir Feylan.

« Qu'est-ce que tu fais là ? s'étonna le jeune homme. Tu es venu me délivrer ?

- On discutera plus tard, le coupa l'elfe. Il y a un passage secret dans un des cachots. On va s'en servir pour repartir. ».

Très loin à l'Ouest, Hliri se promenait sur les quais d'Anvil. Après avoir accomplie sa mission, elle s'était sentie le besoin de retourner une dernière fois enquêter sur l'incident du manoir du seigneur Drad. Elle avait la sensation que l'évènement était lié à ce que les assassins enduraient aujourd'hui. Tout avait commencé à aller de travers à partir de ce jour. Cependant, plus elle y réfléchissait et moins elle voyait le rapport entre sept marchands tués par quelqu'un à la place de la Confrérie et les meurtres de ses propres assassins. Pour réunir plus d'indices, elle décida de chercher d'où pouvait provenir le Harrada dont on s'était servi pour empoisonner les locataires du manoir. Une racine qui ne poussait que dans l'Oblivion ne se trouvait pas dans tous les commerces. En interrogeant les marchands de la ville, elle ne reçut que des réponses négatives. Un détail l'avait pourtant intriguée lorsqu'elle était passée chez le forgeron, un elfe des bois nommé Enilroth, qui avait succédé à son maître, le célèbre artisan Varel Morvayn. Elle lui avait demandé s'il savait où se procurer du Harrada à Anvil et il lui avait répondu : « Du Harrada ? Je n'en avais jamais entendu parler avant, désolé. Je m'y connais très peu en racines, je l'avoue ! ». Elle s'était cachée dehors et avait attendu que l'homme sorte de sa boutique. Il le fit vers vingt heures et se rendit sur le port. Depuis, Hliri le filait de loin, cherchant le moment où elle pourrait l'attirer à l'écart. Enilroth passa quelques heures au Bol Flottant, une taverne sur les quais, avant de sortir se soulager derrière l'établissement. La dunmer en profita pour se glisser derrière lui. Enilroth éprouvait ce sentiment de libération que peut procurer une vessie qui se vide, lorsqu'il ressentit quelque chose de bien moins agréable se poser doucement en travers de son cou.

« Un seul cri, un seul geste, et vous êtes mort, le prévint une voix féminine.

- Je n'ai rien sur moi, vous savez ! bredouilla-t-il. J'ai tout dépensé à la taverne.

- Parlons du Harrada, plutôt. Comment pouvez-vous savoir qu'il s'agit d'une racine, si vous n'en avez jamais entendu parler avant ?

- C'est vous que j'ai vu à la boutique ? Je vous préviens que… fit-il avant de sentir la lame appuyer un peu plus sur son cou.

- Dîtes-moi ce que vous me cachez et je vous laisserai partir bien tranquillement.

- On… on m'a demandé d'en acheter à des marchands sur le port, il y a un peu plus d'un mois. Ils sont partis depuis, mais la personne qui m'a engagé pour la transaction était vraiment très étrange.

- Décrivez-la !

- Je ne sais pas à quoi il ressemblait ! pleurnicha le bosmer. Il portait toujours un manteau avec une capuche qui lui cachait le visage et on se rencontrait uniquement la nuit ! Même sa voix ne m'a pas permis de savoir si j'avais affaire à un homme ou une femme. Je crois qu'il voulait se servir des racines pour… se débarrasser de quelqu'un.

- Vous ne vous êtes pas méfié ? Pourquoi avoir accepté un travail qui semblait aussi douteux ?

- Il payait bien et… et… je ne peux pas en dire plus, ou ils vont me tuer ! s'écria Enilroth.

- « Ils » vous tueront peut-être plus tard, mais je vais vous trancher la gorge tout de suite si vous ne me répondez pas ! s'énerva Hliri.

- La Confrérie Noire ! J'ai déjà eu affaire à elle et cette personne le savait. Elle voulait me faire chanter. J'en ai déduis qu'elle appartenait à cette organisation… ».

L'elfe noire garda le silence. Se pouvait-il que le tueur masqué soit un frère ou une sœur ? Cette pensée la troubla. Le bosmer tremblait comme une feuille. Elle caressa le gras de son cou de la pointe de sa dague, afin de le rendre plus bavard.

« A-t-il demandé quoi que ce soit d'autre ?

- Il a mentionné des pierres précieuses spéciales…

- Des gemmes spirituelles noires ?

- Je… je crois. Je n'en suis pas sûr. Il a demandé si la guilde des mages d'Anvil en possédait.

- Quoi d'autre ?

- C'est tout ce que je sais, je le jure ! ».

Sans plus de remords, Hliri égorgea le forgeron et cacha son corps derrière des buissons. Elle ne pouvait pas se permettre de le laisser en vie s'il était capable de l'identifier. Elle retourna tranquillement à l'auberge où elle logeait. Les informations qu'elle avait soutirées à Enilroth étaient inquiétantes. Il lui fallait tirer cette affaire au clair. Elle décida d'aller rendre visite aux mages le lendemain.

Feylan et Médéric ressortirent à l'air libre après une longue incursion dans les égouts. Ils montèrent à deux sur la monture de l'elfe et partirent au galop. Ils traversèrent à gué une partie peu profonde du lac et se retrouvèrent à suivre la route de l'Anneau Rouge, direction Chorrol. Ils s'arrêtèrent au Nord de la cité impériale et s'écartèrent de la voie pour défaire le bréton de ses chaînes. Grâce au glaive de l'elfe, les menottes n'opposèrent guère de résistance et Médéric les enleva enfin.

« Alors ? demanda-t-il. Tu vas m'expliquer pourquoi tu es venu à ma rescousse ? Les assassins qui se font prendre ne doivent jamais rien attendre de la Confrérie, d'habitude.

- Ba'ruka tenait à récupérer la Rose de Sithis, avoua Feylan. Tant qu'à faire, elle a pensé que ça te ferait plaisir de me voir.

- Cette femme vendrait sa propre mère pour la Confrérie ! soupira le jeune homme.

- En fait, je crois qu'elle l'a déjà tuée pour en faire partie.

- Elle n'avait pas peur que je révèle des informations sur nous, pendant que j'étais en prison ?

- Sans doute, mais tu as de la chance qu'elle te considère plus utile vivant que mort !

- Mouais…

- Tu n'as rien dit, n'est-ce pas ? s'inquiéta le bosmer.

- Non. Entre une mort par pendaison et tout ce que pourrait me faire Ba'ruka si jamais je trahissais la Confrérie, j'ai vite fait mon choix. », conclut-il sombrement.

Ils reprirent leur chemin, voyageant de nuit, jusqu'à leur retour à Lipsand Tarn. Médéric n'était pas encore habitué au nouveau Sanctuaire. Il lui semblait que les anciens murs suintaient encore des horreurs commises par les ayléides, des siècles auparavant. L'Annonciatrice ne montra aucun signe de malaise lorsqu'elle accueillit ses assassins. Le bréton lui remit la précieuse flèche. Le visage félin de sa supérieure s'éclaira.

« Avec ceci, notre ennemi périra aussi sûrement que si la Mort en personne l'avait touché !

- Qu'est-ce que cette flèche a de spécial ? demanda Médéric.

- Elle est invoquée dans notre monde pour une cible bien précise. Si la Rose vient ne serait-ce qu'égratigner cette personne, Sithis dévorerait son âme à l'instant. De plus, grâce à cette connexion, elle pourra nous aider à localiser ce maudit tueur. Je dois en parler avec les magiciens de la Confrérie. Si seulement Junia était encore la ! ».

Ba'ruka s'en alla, contenant à peine sa joie. Feylan tapota l'épaule de son jeune confrère et partit dans ses appartements. Nul mot sur l'évasion du bréton ou sur comment il avait récupéré la flèche sous un village peuplé de fanatiques adorateurs de crabes des vases. Il se sentit inexplicablement vexé.

La prison impériale avait retrouvé son calme après la fuite d'un prisonnier et l'assassinat de deux gardes. Giovanni Civello avait subi les remontrances de ses supérieurs et s'en retrouva d'autant plus décidé à débusquer la Confrérie, où qu'elle se cache. Il était descendu dans les cachots rendre visite à Claudius Arcadia. Rétrospectivement, il considérait que c'était une grave erreur d'avoir installé un assassin de la Confrérie Noire en face d'un homme qui l'avait engagé, quelques dix ans avant. Il réveilla le prisonnier, encore endormi sur sa paillasse.

« Arcadia ! As-tu parlé au prisonnier qui s'est échappé ?

- Non, capitaine ! répondit Claudius en arborant un air innocent.

- Je crois que tu mens. Tu sais, Claudius, ça fait une décennie que tu es enfermé. L'extérieur ne te manque pas ?

- Je n'ai plus personne qui m'y attend, fit-il tristement. Rufio a tué la seule qui comptait à mes yeux. Ma seule consolation est qu'il l'a payé de sa vie.

- Très attendrissant. Il te reste encore cinq ans à passer ici. Tu n'as vraiment rien à me dire ? Je pourrais glisser un mot en ta faveur qui garantirait ta libération sur parole.

- Vraiment ? demanda Arcadia en soulevant un sourcil.

- Tu as ma parole d'officier, fit solennellement Civello.

- Hé bien… je ne sais pas vraiment comment il a réussi à se détacher, mais j'ai vu qu'il avait un complice venu de l'extérieur.

- Intéressant. Continue !

- Il a eu l'air surpris de le voir et je l'ai entendu laisser échapper un nom. Lipsand ou Lipsant… Quelque chose comme ça.

- Merci, Arcadia ! dit le capitaine en tournant les talons.

- Vous n'oublierez pas de parler de moi, n'est-ce pas ? Vous l'avez promis !

- Pourquoi tiendrais-je parole envers un meurtrier ? », rétorqua Giovanni.

Il sortit des geôles sous les flots d'injures de Claudius. Il devait faire des recherches sur ce Lipsand ou Lipsant. La sonorité faisait penser à de l'elfique. Il demanderait aux mages de l'université Arcanes. Leur bibliothèque contenait une somme astronomique de connaissances. Civello se demanda ensuite s'il devait mettre Alessia au courant. Sa réaction face à l'assassin l'avait irrité. Il la pensait plus réfléchie, moins impulsive, et elle avait démontré tout le contraire. La fille valait pourtant le père en termes d'efficacité et d'opiniâtreté, il devait le reconnaître. Adamus Phillida serait fier de son enfant. Le capitaine choisit de donner une nouvelle chance à sa protégée. Il aurait certainement changé d'avis s'il avait su que, pendant qu'il interrogeait Arcadia, Alessia fouillait son bureau. La jeune femme se sentit d'abord coupable de s'introduire comme une voleuse dans les quartiers de l'homme qui avait pris la place de son père dans la traque de la Confrérie Noire. L'idée qu'elle avait eue la mettait également très mal à l'aise. C'était de la pure folie, disait la partie encore lucide de son esprit consumé par la haine. Tout le reste ne pensait qu'à retrouver l'assassin au bec-de-lièvre. Il l'avait sauvée, elle l'avait réchauffé de son corps, ils s'étaient battus, elle l'avait arrêté, il s'était moqué d'elle, elle l'avait frappé, il s'était enfui… L'impériale n'arrivait plus à se sortir le jeune bréton de la tête. Ils avaient été proches un court instant, le temps d'un combat et d'un ébat, avant de se découvrir ennemis. Malgré les coups et les mots durs échangés, malgré sa haine de la Confrérie, elle sentait qu'il n'était pas une bête assoiffée de sang ou une ordure sans honneur. Dans la grotte sous Coupeterre, elle l'avait trouvé courageux, vif, splendide, brillant dans la bataille, timide dans l'amour. Elle secoua la tête. Pourquoi pensait-elle cela ? Elle reprit ses recherches et trouva ce qu'elle voulait dans un dossier de cuir brun. Les notes de Giovanni sur la Confrérie Noire. Elle feuilleta les pages et tomba sur la seule qui l'intéressait. Elle l'arracha et la plia en quatre, avant de la glisser dans une poche. Ce qu'elle comptait faire mériterait qu'elle soit chassée de la légion, puis envoyée en prison. Si c'était le seul moyen d'atteindre les assassins en plein cœur, elle le ferait sans remords.

Dans les hauteurs des monts Jerall, une nordique courait à perdre haleine. Elle venait de passer, sans le savoir, la frontière entre Cyrodiil et Bordeciel. Qualda avançait le plus vite possible, les jambes engourdies par le froid et ralenties par l'épaisse couche de neige qu'elle devait traverser. Elle avait mené son contrat à bien : poursuivre un homme de Bruma jusqu'en Bordeciel, le retrouver et le tuer. La cible faisait partie d'un clan de mercenaires de mauvaise réputation. Elle avait été obligée de combattre plusieurs fois. Une vilaine blessure au ventre la faisait souffrir, infligée par une épée dentelée (le type d'arme conçue pour être sûr que la guérison soit difficile). Elle se savait poursuivie par les subordonnés de l'homme qu'elle avait assassiné. Qualda ne s'en inquiétait pourtant pas, pour la bonne raison qu'elle sentait qu'un autre prédateur, plus sournois, la traquait. Les indices ne manquaient pas lors de son trajet de retour : des traces presque entièrement effacées sur le sol, le bruit d'un cheval loin derrière elle, les animaux qui s'enfuyaient sans raison apparente… Dans sa pesante armure d'acier, blessée et à bout de souffle, la guerrière savait qu'elle serait rattrapée tôt ou tard. Elle entendit des cailloux rouler et tomber un peu au dessus d'elle. Qualda se jeta derrière le rocher le plus proche. Une flèche siffla et vint se planter à l'endroit où elle se tenait une fraction de seconde avant. La nordique se releva et courut à l'abri d'une cuvette rocheuse plus loin. Deux autres flèches la ratèrent. En courant, elle jeta un œil à son assaillant : juché au bord du vide, une silhouette encapuchonnée dans une cape noire, portant un masque rouge en forme de crâne, tendait la corde de son arc. La guerrière s'abrita du mieux qu'elle put. Son armure la protégeait bien des coups à bout portant, mais une flèche la transpercerait sans mal. En fait, si elle voulait atteindre son adversaire, il lui fallait gagner en rapidité. A contrecoeur, elle enleva son plastron et ses cuissardes. Elle garda son bouclier et sa masse d'arme.

« Quelle guerrière avons-nous là, qui se cache comme un rat ! lui lança le tueur masqué. Où est donc passé l'honneur du combattant ?

- Si j'avais compté sur l'honneur toute ma vie, je ne serais pas dans la Confrérie Noire ! rétorqua Qualda.

- C'est sensé. Et puis, à quoi sert sa fierté une fois mort ? Tu le sauras bientôt ! ».

A nouveau, la nordique s'élança. Un projectile lui entailla l'épaule, mais elle parvint à se cacher derrière un autre rocher. Elle se rapprochait de plus en plus de son ennemi. Elle décida de le faire parler, en espérant qu'il serait moins concentré.

« Dans mon pays, on dit qu'on ne vend pas la fourrure du loup quand on n'a pas sa carcasse ! dit-elle avant de bondir vers un autre abri.

- J'ai déjà éliminé Marcus et Junia, répondit le tueur en ratant sa cible encore une fois. Vous y passerez tous, vous, les traîtres. Par ma main, le Père de la Terreur vous recevra dans ses abysses !

- Traîtres ? De quoi parles-tu ?

- Assez joué ! cria le tueur masqué en jetant son arc au sol. Tu m'obliges à venir te chercher. Sithis guidera ma lame jusqu'à ton cœur ! ».

Il sauta de son promontoire et dégaina son épée une fois au sol. Qualda se jeta sur lui, son arme brandie, son bouclier devant elle. Les deux combattants échangèrent les coups, esquivant et parant sans cesse. La nordique analysa la technique de son adversaire : fluide, rapide, il comptait sur sa vitesse et son adresse pour mettre en difficulté son opposant et profiter de la première ouverture pour tuer d'un coup. Elle contra un estoc avec son bouclier. Sa contre-attaque fulgurante ne rencontra pourtant que le vide. Le tueur tournait autour d'elle, la harcelant sans lui laisser le moindre répit. Quelque chose paraissait bizarre à la guerrière. La façon dont son adversaire se mouvait, comment il tenait son épée, sa rapidité… Qualda n'eut pas le temps d'y réfléchir plus : elle venait d'arrêter la lame avec sa masse. Elle utilisa cette ouverture et donna un violent coup de bouclier à son opposant. Ce dernier recula, sonné. La nordique lança son bras armé en avant, prêt à défoncer le crâne de l'adversaire, lorsqu'il leva le sien, presque inconsciemment, pour parer l'attaque. Qualda réalisa enfin l'étonnante vérité.

« Tu ne te bats pas… C'est ton épée qui te guide ! ».

Il riposta aussitôt et blessa la guerrière au flanc. Certaine d'avoir raison, elle lâcha masse et bouclier et attrapa le bras droit de son assaillant. Tous les deux se disputèrent l'épée. Qualda put l'observer de plus prêt : une lame longue, fine et noire comme le charbon. Des reflets sinistres la parcouraient quand les rayons du soleil venaient s'y refléter. Malgré sa force, la nordique ne réussit pas à faire lâcher prise à son ennemi. Elle tenta de lui donner un coup de genou, mais l'autre parvint à l'éviter. Il se rapprocha de son épée, tirant de toutes ses forces. Derrière le masque macabre, deux yeux bruns étincelaient de pure haine. Soudain, sans qu'elle ne s'y attende, Qualda le vit relâcher son étreinte, alors qu'elle-même tirait dans la direction opposée. Sa force libérée la fit reculer. Le tueur en profita pour sortir un coutelas de sa ceinture et poignarder la nordique au ventre. Elle sentit le froid de l'acier percer ses entrailles. Elle parvint à surmonter la douleur et à riposter d'un coup de taille. L'ennemi esquiva en tournoyant et planta sa dague dans les reins de la guerrière. Elle tomba à genoux. Un nouveau coup de poignard l'atteignit au dos. Cette fois, elle sentit le sang remonter dans sa bouche. Elle réunit toute sa force et repoussa son adversaire. Elle le toisa, du sang coulant entre ses lèvres, et ricana. Le tueur parut décontenancé par cette soudaine hilarité.

« Tu y tiens, pas vrai ? Alors, va la chercher ! dit Qualda en jetant l'épée du haut de la montagne.

- Non, pas ça !!! », hurla-t-il en courant la retrouver.

Le tueur descendit la pente à pic, plus préoccupé par son arme que par une éventuelle chute. La guerrière s'effondra à terre. Elle perdait son sang rapidement. Son corps s'engourdit de plus en plus. La douleur s'en allait. La paix envahit son esprit. Elle observa ses derniers souffles se condenser dans l'air glacé. Née à Bordeciel, elle avait tué pour la chasse, tué pour la guerre, tué par amour, tué par vengeance, tué pour un contrat, tué par ennui, tué encore et encore, sans jamais y voir autre chose que sa raison de vivre. Elle était une guerrière, une tueuse par nature. A présent, c'était elle qui mourait et cela, contrairement au meurtre, n'arrivait qu'une seule fois. Elle pensa une dernière fois à son existence. Elle se dit qu'elle avait bien vécu, avant que son cœur ne cesse de battre.

Le tueur finit par retrouver l'épée. Leur séparation, bien que de très courte durée, avait été horrible. Il pouvait l'entendre hurler, l'appeler par son nom, supplier qu'on vienne la chercher. Lorsqu'il posa la main dessus, cependant, toutes ces plaintes furent remplacée par une autre, plus puissante, toujours identique.

« Oui, je sais, Umbra, murmura l'assassin de Qualda. Nous allons envoyer son âme à Sithis. Les autres suivront bientôt, ne t'en fais pas ! Les traîtres mourront tous et toi, tu n'auras plus jamais faim. ».

A suivre…

Un peu moins d'action, un peu plus de suspense, saupoudré de quelques révélations, j'espère que le cocktail vous a plu ! Je vais continuer à travailler sur les autres chapitres, mais je crains de ne pas pouvoir les livrer régulièrement (trop de travail et des problèmes techniques m'en empêchent). Je dis quand même à bientôt pour la huitième partie de l'histoire !