Sanguine, mon frère !
Disclaimer: The elder scrolls IV Oblivion appartient à Ubisoft et Bethesda Softworks. Je ne fais que me baser sur le monde qui y a été développé et je ne gagne pas d'argent pour ça…
Voici l'avant-dernier chapitre de cette histoire. Au programme : un peu de sentimentalisme, beaucoup d'action et du suspense par-dessus. La suite devrait suivre sous peu, je suis lancé et pour une fois depuis longtemps, j'ai un ordinateur qui fonctionne et du temps devant moi. Bonne lecture !
Just myself : désolé pour « l'attente désespérée » et merci pour ce commentaire élogieux ! Je vais tenter l'impossible pour livrer le dernier chapitre le plus rapidement possible. Quand je me dis que c'est la dernière ligne droite, ça me motive à continuer !
Simplement moi: je vais bien, tout va bien, voici le huitième chapitre, suivi de près par le dernier, je l'espère!
Chapitre 8 : piégés.
Sous la pluie torrentielle, le petit cimetière à l'Est de Skingrad paraissait plus abandonné que jamais. Les filets d'eau coulant entre les pierres tombales transformaient les sépultures en de minuscules îlots qui s'élèveraient au-dessus d'une mer de boue. Peu de gens fréquentaient encore l'endroit. Même par beau temps, le cimetière était sinistre. Il faisait nuit, mais les gros nuages d'orage auraient pu cacher le soleil tout aussi bien. Seules deux ombres se dressaient entre les tombes. Médéric n'avait jamais visité ce lieu avant aujourd'hui. Ici étaient enterrés tous les frères et les sœurs morts en mission. Le jeune homme s'était senti le besoin de se recueillir après que la nouvelle du décès de Qualda lui fut parvenue. Feylan l'avait accompagné. L'eau dégoulinait de leurs capes noires sans qu'ils n'en aient cure. L'heure était au deuil. Le breton, songeur, regardait tour à tour les trois pierres tombales de ses confrères disparus.
Marcus Garrus. L'impérial avait prouvé à tous qu'il était un être cynique, sans scrupules et parfaitement détestable. Ses disputes avec Médéric étaient mémorables. Pourtant, d'une certaine manière, le brétonnien avait beaucoup appris de lui. Marcus avait été ce qui pouvait le plus se rapprocher d'un frère aîné dans sa vie. Une certaine affection bourrue était née entre eux, sans qu'il ne sache pourquoi. Il n'entendrait plus jamais sa voix de stentor se moquer de lui, à présent…
Junia Rosa. Médéric avait des sentiments mitigés, comme d'ailleurs tous ses collègues assassins à l'égard de la rougegarde. D'apparence douce et aimable, c'était en fait une tueuse sans pitié. Il avait souvent eu l'impression que seul le meurtre et la destruction la rendaient vraiment heureuse. Peut-être cela expliquait-il ses changements d'humeur si brusques… De son vivant, elle effrayait et attirait le jeune homme en même temps. Désormais, il ne pouvait plus que la plaindre.
Qualda la nordique. Elle, plus que les autres, allait lui manquer. La guerrière était si différente de ses lugubres confrères ! Elle prenait la vie au jour le jour, riant de l'adversité, profitant de son existence comme si ce jour était le dernier. Jamais aucun évènement n'avait pu entamer sa bonne humeur. C'en était d'autant plus étonnant qu'elle avait le record du nombre de meurtre établi au sein de la famille. Médéric espérait qu'au-delà de la mort, elle trouverait le Valhalla des guerriers de Bordeciel.
Ne restaient plus que lui, Feylan et Hliri. La moitié de ses amis s'en étaient allé. Certes, dès son entrée dans la Confrérie Noire, on lui avait fait comprendre que les assassins mouraient rarement dans leur lit. Pourtant, aux côtés de ces tueurs entraînés, il s'était senti invulnérable. La désillusion n'en était que plus cruelle, puisque c'était la même personne qui les avait tous éliminés, l'un après l'autre. L'elfe des bois semblait avoir perçu son désarroi. Il posa une main sur son épaule.
« Ainsi va la vie, nous ne faisons que la traverser du mieux possible ! dit-il. Crois-moi, ces trois là ont mené l'existence qu'ils voulaient et n'ont rien à regretter.
- Je sais, répondit le jeune homme. Ba'ruka m'a toujours dit de ne pas m'attacher à vous tous, que c'était inutile et dangereux, mais…
- … comment ne pas créer des liens avec les seules personnes en présence desquelles tu peux être véritablement toi-même ? acheva Feylan. C'est tout bonnement impossible. Tout ce que je peux te conseiller, c'est de relativiser et continuer à aller de l'avant.
- Relativiser ? s'exclama le bréton. Ils sont tous morts de la même main, par Sithis ! Comment est-ce que tu réagirais si… si Hliri était la prochaine ?
- Qu'est-ce qui te fait croire que je suis plus particulièrement attaché à elle ? demanda-t-il sans se départir de son calme.
- J'ai des yeux, tu sais, et qui voient dans le noir, en plus ! ».
Feylan rit doucement, puis il pointa du doigt un bosquet plus loin. Des hommes en sortaient et se dirigeaient vers le cimetière. Médéric fut impressionné : l'elfe les avait remarqués avant lui, à se demander qui des deux bénéficiait d'une vision nocturne ! Les intrus étaient vêtus de robes noires et portaient des pelles et des pioches. Des nécromanciens, sans doute venus pour voler des cadavres. Lentement, le bosmer dégaina son arc et le bréton sortit sa dague. Il existait encore des choses qui restaient sacrées, même chez les assassins.
Hliri Daani subissait également la pluie diluvienne. Elle se trouvait à quelques kilomètres seulement de ses frères, sans le savoir. Après avoir interrogé la guilde des mages de Bravil sur les gemmes spirituelles noires, elle avait fini par obtenir des informations. Seuls les nécromanciens les utilisaient. La plupart de ceux qui pillaient les tombes de la ville venaient d'une forteresse en ruine située loin à l'Est, certainement pour échapper aux gardes de la cité. Fort Istirus n'était plus qu'une demi muraille circulaire s'élevant entre les arbres. L'elfe noire observait les environs. Pas de gardes, pas de sorciers et, heureusement, pas de ces ignobles mort-vivants. Elle s'avança cependant avec toute la prudence dont elle était capable. Elle regrettait de ne pas posséder d'arme magique ou en argent, seules à pouvoir renvoyer les zombies dans l'autre monde. Elle longea les murs jusqu'à une porte donnant sur les souterrains du fort. Ouverte. Ce détail l'intrigua, mais elle se contenta de le garder en mémoire et pénétra dans le couloir sombre devant elle. A mesure qu'elle s'avançait, des bruits de combat se firent de plus en plus distincts à ses oreilles. La dunmer se dirigea grâce à eux. Elle aboutit sur une salle large, éclairée de torches, où un nécromancien et ses serviteurs squelettes se battait contre leurs ennemis de toujours : trois conjurateurs accompagnés d'une de leurs créatures daedriques. Le sorcier en noir était proche de la défaite. Son bouclier magique allait bientôt céder sous le coup des sortilèges. Ses squelettes attaquaient un atronach des tempêtes qui les balayait de ses bras de pierre. Hliri prit son arc et encocha une flèche. Elle commença par viser le conjurateur qui semblait diriger le golem. S'il mourrait, la créature disparaîtrait dans l'Oblivion. Calmement, elle décocha son trait. L'atronach se vaporisa au moment où la flèche transperçait le cœur de son invocateur. Les deux autres conjurateurs se tournèrent vers l'endroit où elle se dissimulait. Les mort-vivants, libérés des assauts du monstre, se jetèrent sur eux. Vite submergés, ils en furent réduits à se battre au corps-à-corps. Le nécromancien essaya de s'enfuir par un passage latéral.
« Pas de ça ! », murmura Hliri entre ses dents.
Elle tira une autre flèche dans le mollet du sorcier. Il tomba en poussant un petit cri de douleur. Sa concentration brisée, plusieurs de ses serviteurs redevinrent des tas d'ossements. Les conjurateurs se séparèrent, l'un s'occupant des derniers squelettes encore debout et l'autre lançant des boules de feu en direction de l'elfe noire. Cette dernière fit appel au pouvoir secret des dunmers. Bien qu'elle n'aimât pas l'utiliser, elle prononça les paroles qui feraient venir son protecteur : « Viens à moi, père de mon père, Dranas Daani ! ». Le spectre de son ancêtre se matérialisa face à elle. Voyant qu'on attaquait sa descendance, il vola vers les sorciers en poussant un soupir à glacer le sang. Tandis que le fantôme de Dranas projetait des vagues de froid mortel sur sa cible, Hliri élimina les conjurateurs restant avec son arc. Le premier, touché à l'épaule, fut achevé par le dernier squelette. Le second n'eut que le temps de voir, à travers le corps translucide du spectre qui l'attaquait, une flèche qui s'enfonça entre ses yeux. La dunmer sortit de sa cachette et se dirigea vers le nécromancien. Le squelette encore en état de se battre se rua vers elle. Plutôt que de l'affronter, Hliri donna un coup de botte au visage du sorcier. Le mort-vivant se disloqua au moment où son maître s'évanouit.
Le nécromancien qui, sans sa capuche, s'avéra être une nécromancienne, se réveilla lorsque la dunmer lui gifla les joues. La sorcière leva les yeux et les écarquilla de terreur: penchée sur elle, la lumière des torches derrière elle créant des ombres mouvantes sur son visage, Hliri était plus qu'impressionnante. Elle avait attaché les poignets de la nécromancienne dans son dos. Sa lame pointa la gorge de sa prisonnière.
« Que voulaient ces invocateurs? demanda-t-elle sans aménités.
- Je n'en sais rien! répondit la sorcière. Nous prendre notre repaire, sans doute...
- Où sont tes amis en robe noire?
- Morts. Tous morts. S'ils avaient été là, nous aurions chassé les conjurateurs sans difficultés.
- Que leur est-il arrivé? demanda encore Hliri en appuyant un peu plus le fil de sa dague.
- Nous avons été attaqués par... par un démon au masque rouge!
- Tu m'intéresses. Dis-moi tout ce que tu sais! ».
Quelques semaines auparavant, les nécromanciens de Fort Istirus pratiquaient leurs expériences interdites lorsqu'un intrus déclencha une des alarmes magiques de leur repaire. Plusieurs sorciers étaient partis l'intercepter. Aucun n'en était revenu. Finalement, le visiteur malvenu entra dans le sanctuaire des habitants des ruines: vêtu d'une cape noire et portant un masque rouge semblable à un crâne, il tua sans pitié tous ceux qui se dressaient sur sa route, jusqu'à arriver au leader du groupe, la sorcière capturée par Hliri Daani. Il exigea alors qu'elle lui procure sept gemmes spirituelles noires. Ce n'est pas la menace que représentait le tueur qui poussa la nécromancienne à obéir, ni son instinct de survie. C'était l'épée qu'il portait, qu'elle reconnut au premier regard.
« Son épée? dit l'elfe noire, incrédule. Qu'avait-elle de spécial?
- Cette arme est un artéfact incroyablement puissant. En fait, nombres de nécromanciens la recherchent activement. C'est une épée longue, noire comme le néant. Son nom est Umbra. Elle a été forgée il y a des siècles par la sorcière Naenra Waerr. Les pouvoirs qu'elle lui a octroyée l'ont conduite directement au bûcher, mais elle a eu le temps de cacher Umbra. Depuis, elle passe de main en main, mais ses propriétaires connaissent souvent une fin funeste.
- Umbra, dis-tu? En quoi est-elle spéciale?
- Tout d'abord, elle choisit son maître. Seuls ceux qui en sont dignes peuvent la porter. On dit aussi qu'elle consume l'esprit de son propriétaire. Ceux-ci finissent tous par s'identifier à l'épée et prennent pour nouveau nom Umbra. Mais son plus grand pouvoir...
- Oui?
- Umbra absorbe l'âme de ceux qu'elle tue. On la dit insatiable: une fois qu'on prend la vie avec elle, sa faim ne fait que grandir. J'ai supposé que c'était la raison pour laquelle le démon masqué voulait ces pierres: pour enfermer les âmes prises par la lame. C'est le seul moyen pour qu'elles ne soient pas irrévocablement détruites.».
L'elfe noire resta pensive un moment. La sorcière finit par la supplier de la détacher. Hliri lui administra une nouvelle claque pour la faire taire.
« Rien de plus à me dire sur ton agresseur?
- Non, non, rien de plus... s'il vous plait... je ne chercherai pas à vous empêcher de partir...
- Et sur l'épée? continua Hliri sans se soucier des suppliques.
- Très peu de choses ont pu être découvertes. Je sais juste qu'il y a dix ans, Clavicus Vile a essayé de se l'approprier. J'ignore s'il a réussi.
- Clavicus? Le seigneur daedra?
- Oui! Détachez-moi, je vous en prie... ».
Estimant qu'elle n'avait plus rien à soutirer à la sorcière, l'elfe noire tourna les talons, la laissant vociférer dans son dos, toujours attachée. Un daedra... Voilà qui serait plus difficiles! Pas question de pointer une arme sur Clavicus Vile, même s'il n'était pas le plus puissant des princes d'Oblivion! Elle devait reconnaître que la situation avait un avantage: le seigneur daedra était connu pour son goût des pactes et des contrats. Il y aurait plus de chances de négocier des informations avec lui qu'avec n'importe quel autre de ses frères et sœurs. Ne restait plus qu'à trouver son sanctuaire en Cyrodiil...
Ba'ruka attendait ses subordonnés depuis quatre heures. Une visite au cimetière de la Confrérie ne prenait pas plus d'une journée de cheval. Le soleil allait se lever. Si Feylan et Médéric ne rentraient pas bientôt, ils auraient plus de chances d'être repérés et le sanctuaire d'être découvert. La situation rendait la khajiite paranoïaque. Le tueur masqué lui faisait réellement peur, désormais. Des pas résonnèrent entre les anciens murs. Elle reconnut la démarche rapide de Médéric et celle, plus légère, de Feylan. A leur arrivée, elle les accueillit froidement.
« Enfin! J'ai un contrat pour vous et il ne va pas s'accomplir en vous promenant dans les bois de Skingrad!
- Excuse-nous, Annonciatrice! dit l'elfe des bois. Des nécromanciens voulaient violer les sépultures de nos frères. Nous avons du nous charger d'eux.
- Peu importe. Si seulement Hliri daignait revenir, je n'aurais pas à faire son travail à sa place!
- Elle n'est pas encore rentrée? demanda le bréton, inquiet.
- Non... répondit Ba'ruka en se calmant un peu. Le fait que sa tête ne me soit pas parvenue comme celles des trois autres nous laisse de l'espoir de la revoir en vie, cependant. ».
Tout en discutant, la khajiite sortit un parchemin roulé de sa manche et le tendit au bosmer. Feylan le lut, tandis que Médéric regardait par-dessus son épaule. Ba'ruka reprit la parole.
« Vous travaillerez en équipe. Je ne veux plus perdre d'autre agent. A deux, je peux espérer que vous donnerez du fil à retordre à notre ennemi s'il apparaît.
- Je vois que la cible n'est pas n'importe qui ! fit l'elfe en repliant son ordre de mission.
- Raison de plus pour vous envoyer en duo. Le commanditaire affirme connaître un moyen d'entrer chez la cible sans se faire voir. Il laissera un plan et une clé dans un tonneau à l'extérieur de Chorrol. Tout est indiqué sur le contrat, je vous laisse carte blanche. ».
Ces mots dits, elle tourna les talons et partit du Sanctuaire. Médéric se passa les doigts dans les cheveux, un léger sourire aux lèvres. On venait de lui assigner le meurtre d'Arriana Valga, la comtesse de Chorrol. Bien qu'âgée, la noble dame n'en restait pas moins une dirigeante éclairée et aimée de toute sa cité. Feylan s'approcha.
« J'ai une première tâche pour toi, Médéric ! dit le bosmer.
- Une minute ! On travaille en équipe, n'est-ce pas ? Je ne suis pas ton subordonné, que je sache ! ».
L'assassin fut surpris du ton qu'employa son confrère. Il se reprit rapidement. Il avait encore tendance à oublier que le bréton n'était plus un apprenti.
« Tu as raison, admit-il. J'aimerais que nous prenions une précaution avant d'accomplir notre mission. Le parchemin dit que nous trouverons ce que nous a promis notre client près de la muraille Sud de la ville, demain, avant le lever du soleil.
- Tu veux que je surveille en cachette ? demanda Médéric qui connaissait bien les habitudes de Feylan.
- Exactement, ne serait-ce que pour s'assurer que notre commanditaire ne joue pas double jeu. Si jamais tu vois quoi que ce soit d'étrange, tu m'en feras part, d'accord ?
- Entendu. ».
Ainsi donc, le jeune assassin passa la nuit caché dans la forêt, non loin de l'endroit prévu. Dissimulé entre les fourrés, Médéric avait froid, sommeil et trouvait les branches plutôt inconfortables. Malgré cela, il n'en demeura pas moins aux aguets. Les heures passèrent dans les bois ténébreux. Seuls le bruissement des feuilles et deux ou trois hurlements de loup vinrent troubler la quiétude de la Grande Forêt. Le bréton réfléchissait au contrat. Arriana Valga avait perdu son mari il y a des années et gouvernait la ville depuis. Elle était renommée pour sa sagesse et son impartialité. Tout le monde aurait du l'aimer, non? Pourtant, quelqu'un avait commandité son meurtre. Il ressentit à nouveau cette sensation dérangeante qu'il avait déjà éprouvée en tuant Tsavi, la magicienne qui lui avait appris son art, en toute gentillesse et sans se douter que ses leçons serviraient à l'assassiner. La comtesse était une femme qui ne méritait sans doute pas de mourir. Médéric en vint à repenser à ses victimes: son père en premier, puis les quatre pilleurs de temple damnés par les reliques du Semeur d'Epidémie, Tsavi, Voranil... L'un d'entre eux avait-il seulement fait assez de mal pour être récompensé par le froid de sa lame? Certains oui, d'autres non. Il ne s'était jamais vraiment posé la question de savoir si ce qu'il avait accompli était juste. La Confrérie ne jugeait jamais, elle se contentait d'exécuter. Telle était la volonté de Sithis et de la Mère de la Nuit. Cela n'empêchait pas son cœur de se serrer parfois à l'évocation de ses victimes. Médéric regrettait souvent de ne pas avoir la cruauté de Marcus, la sauvagerie de Junia, le besoin de tuer de Qualda ou simplement la froideur de Hliri. L'instinct du tueur, en quelque sorte. Peut-être qu'alors, ses souvenirs ne seraient plus aussi lourds, les soirs d'insomnie.
Tandis que tournaient dans sa tête ces pensées déprimantes, il entendit quelqu'un s'approcher. Le bréton écarta une branche et observa. Une ombre se glissait vers le tonneau près de la muraille, de la façon la plus discrète qui lui était possible. Ce n'était clairement pas une réussite: Médéric aurait pu la repérer les yeux bandés. Son manteau à capuche était prévu pour dissimuler le client dans l'ombre, mais la vision spéciale de Médéric lui permit de détailler le visage de la personne qui comptait faire tuer la comtesse de Chorrol. Le jeune homme garda son portrait en mémoire. Le commanditaire déposa un parchemin roulé dans le tonneau et repartit sans un regard en arrière. Le bréton attendit que revienne Feylan. Celui-ci fit son retour une heure plus tard, vêtu d'habits que son jeune confrère ne lui avait jamais vu: une vieille chemise rapiécée, un pantalon de toile déchiré et des sandales à bout ouvert. Face au regard incrédule que Médéric lui portait, Feylan éclata de rire.
« C'est bien beau de porter ces combinaisons enchantées par Sithis, mais crois-moi, pour se promener incognito en ville, rien ne vaut un déguisement de mendiant. Personne ne fait attention à eux.
- Tu as trouvé quelque chose d'intéressant ? demanda le jeune homme.
- Pas pour nous, hélas ! La comtesse est malade, ces derniers temps, et ne quitte guère sa chambre. Ses fenêtres sont closes pratiquement tout le temps, ce qui m'interdit de l'abattre de loin avec mon arc. On dirait bien que nous serons obligés d'entrer dans le château si nous voulons remplir le contrat.
- Voilà pourquoi notre client tenait à nous indiquer un moyen de passer !
- Sans doute, mais reste sur tes gardes ! conseilla Feylan. Ce n'est pas parce qu'on nous facilite les choses que nous ne tomberons pas sur des embûches.».
Le bosmer fouilla le tonneau et trouva le parchemin. Médéric le rejoignit. Le vélin était marqué d'une écriture rapide, fine et un peu tremblante. Les mots parlaient d'une tour, un peu en retrait du château, par laquelle on pouvait pénétrer les lieux. Sa porte en serait ouverte ce soir. L'elfe froissa le parchemin, la mine songeuse.
« Nous avons l'entrée, reste à décider de ce qu'on fera, une fois à l'intérieur, dit Médéric. Tu as déjà vu comment c'était ?
- Sombre et plein de recoins ! répondit Feylan en souriant. Voilà qui devrait te faciliter les choses. Cependant, je crois qu'on devrait emprunter des chemins différents pour y entrer.
- Pour avoir moins de chance d'être remarqué ? Dans d'autres cas, j'aurais dit oui, mais cette fois, nous n'avons qu'un seul moyen d'accès. Comment veux-tu faire ? Escalader les murs ? Te déguiser en garde ?
- Je connais une vieille mine, près de Chorrol, qui jouxte les égouts de la ville. Une bande de voleurs a essayé de creuser la paroi pour créer un passage entre les deux, il y a longtemps. Je devrais pouvoir m'y faufiler. Je te laisse le chemin gracieusement ouvert par notre commanditaire.
- Trop aimable… », fit le bréton.
L'elfe des bois ne remarqua pas le ton sec de son confrère, ou du moins ne le montra-t-il pas. Médéric, quand il était encore apprenti, admirait le luxe de précaution que prenait Feylan en mission, préparant et anticipant le moindre détail. A présent qu'il était pleinement un assassin, cela l'énervait. Le laisser emprunter la voie prévue dans les instructions du client, tandis que lui prendrait un chemin détourné, revenait à le considérer comme un débutant, un amateur. Le bosmer savait-il qu'il se montrait blessant ? Peut-être pas. L'envie de coiffer Feylan au poteau en tuant la comtesse sans son aide germa dans l'esprit du jeune homme, dévoré par une colère sourde. Il se força à inspirer longuement. La première et la plus importante leçon de la Confrérie Noire lui revint en tête : ne jamais laisser ses sentiments mettre en danger une mission. Il n'empêche qu'il se sentait mis au défi par la décision de son confrère et qu'il ferait tout pour lui prouver, enfin, qu'il était son égal.
La statue représentait un petit homme laid, chauve et cornu, accompagné d'un chien hideux qui avait presque la même taille. Seul un prêtre se trouvait à côté et déposait des offrandes au pied du socle. Hliri approcha à découvert, sans se cacher le moins du monde. Clavicus Vile était de loin le moins impressionnant des princes daedras. Comparé au musculeux Malacath, à la splendide Azura ou à Peryite le dragon, il faisait figure d'avorton risible. La dunmer n'en approcha pas moins avec prudence. Le prêtre, un khajiit en robe de bure, l'accueillit avec indifférence.
« Je souhaite invoquer le seigneur Clavicus, annonça simplement Hliri.
- Clavicus Vile ne se présente pas sans répartie, répondit le prêtre. Une donation de cinq cent septims est un minimum.
- Que peut faire un daedra de pièces d'or ? », demanda l'elfe noire avec une moue sceptique.
Le khajiit haussa les épaules et ne dit plus rien. Hliri regarda à nouveau le monument de pierre blanche figurant l'un des seize puissants d'Oblivion. Elle retint un frisson. Dans ses affaires devaient bien se trouver un millier de septims. Elle déposa la somme demandée près de la statue. Hliri n'entendit tout d'abord rien. Puis, un léger rire lui irrita les tympans, comme porté par la brise venue du lac Rumare. L'air autour d'elle sembla refroidir, tandis que le rire devenait plus précis. Enfin, une voix s'éleva dans son crâne :
« Une mortelle ! Charmant. Je n'ai plus été appelé depuis si longtemps que j'en ai oublié la beauté de Cyrodiil. Oblivion est tellement sinistre ! Mais passons. Que puis-je pour toi, elfe ?
- Je veux des renseignements, dit la dunmer, tendue.
- C'est tout ? ricana Clavicus. Bien ! Tu les auras… et la contrepartie ne sera pas trop importante.
- Quelle est-elle ?
- Je vois en toi. Je sais qui tu es. Ce que tu es. Mon serviteur, ce vieux khajiit que tu as vu, ne me satisfait plus : c'est un mauvais prêtre qui me ramène peu de fidèles. Montre-moi ton talent et je répondrai à tes questions ! ».
Elle resta immobile un court instant. Le daedra lui demandait de tuer l'homme qui l'avait servi depuis, se doutait-elle, de nombreuses années, comme si c'était une simple corvée. Elle rectifia en entendant à nouveau ce rire qui lui hérissait les cheveux sur la nuque : Clavicus Vile voulait juste s'amuser. La sagesse populaire avait raison de dire que ces créatures n'avaient rien d'humain. Hliri se dirigea vers le khajiit. Inconscient du danger, il se retourna pour lui parler. La dunmer dégaina en un éclair et enfonça sa dague dans le cœur du prêtre. Avant même qu'il soit tombé par terre, elle s'était retournée vers la statue, la fixant d'un œil mauvais. A présent, le seigneur daedra s'esclaffait.
« Parfait ! Le pauvre n'aurait jamais prévu ça ! Je suppose que je vais devoir lui trouver un remplaçant, maintenant.
- Je veux des renseignements, répéta Hliri. A propos d'Umbra et de son propriétaire actuel.
- Cette épée damnée ? cracha Clavicus Vile. Un bien mauvais présent, tu peux me croire sur parole. J'ai cherché à la posséder, il y a quelques années de cela. Malheureusement, mon héraut a préféré la garder pour lui, sur les conseils de mon chien Barbas. J'en ai conçu de l'irritation, mais je sais à présent qu'on ne saurait rien tirer de bon de cette lame.
- Qui la possède ?
- Le plus juste serait de dire : « Qui Umbra possède-t-elle ? » ou « Qui est le nouvel Umbra ? ». Une âme torturée qui croit avoir trouvé son salut grâce à l'épée, avec une intelligence telle que cette pauvre créature se croit à l'abri de ses effets néfastes, mais l'issue est toujours identique…
- Qui est-ce ? souffla l'elfe noire, les poings serrés, si proche du but.
- Je vais te le dire… ».
Aussitôt le nom révélé, Hliri sauta en selle et éperonna méchamment sa jument. Elle partit au galop en direction du Nord. Elle savait qui chercher. Elle savait où. Et, au plus profond d'elle, elle savait aussi qu'elle n'aurait pas beaucoup de temps pour l'empêcher de nuire à tout jamais.
La nuit tomba sur la Grande Forêt. La pénombre envahit les rues de Chorrol comme un voile tombé des cieux. Les passants se firent de plus en plus rares à mesure que l'heure avançait. Les gardes effectuaient leur ronde nonchalamment, sans se soucier vraiment de ce qui pouvait arriver. Les vols, les meurtres, c'était pour la capitale ou les grandes villes comme Skingrad ou Bravil. Certes, on avait découvert deux têtes tranchées accrochées à l'arbre qui faisait la fierté de la cité. Il s'agissait cependant d'inconnus, sans doute des brigands qui payaient là leurs méfaits. Une curieuse vengeance, mais qui allait pleurer sur des voleurs ? Nul ne remarqua cette ombre, à peine visible, frôlant les murs et se déplaçant entre les maisons, qui se rapprochait du château. Médéric trouvait cela presque trop facile. La tour qu'il se devait d'atteindre dressait sa silhouette cylindrique face aux lunes de Cyrodiil. En quelques foulées silencieuses, il parvint jusqu'à la porte qui en perçait la base. Une poussée sur la poignée et elle s'ouvrit comme prévu. L'intérieur était désert. Le bréton entra et monta à l'échelle. Si les renseignements fournis étaient exacts (et ils l'avaient été jusqu'ici), il pourrait entrer dans le château par la tour Ouest. Au sommet, une petite salle circulaire encombrée de caisses avait pour unique sortie une autre porte, celle menant à la forteresse. L'assassin l'entrebâilla et jeta un coup d'œil. Personne en vue. Il se glissa dans les couloirs, sans bruit, et progressa à pas de loup. Tout à coup, il entendit des bruits de pas venir dans sa direction. Il se rencogna dans une alcôve et observa de loin les nouveaux venus. Un orque traînait par le bras une frêle rougegarde et la fit entrer sans délicatesse dans une pièce. Médéric s'approcha. Dans une petite chambre de serviteur, l'orque força sa captive à le regarder en face.
« Lâche-moi, Orok ! Tu me fais mal ! protestait la rougegarde.
- Dis-moi pourquoi tu es revenue, Chanel ! gronda le colosse à la peau verte. La comtesse t'a bannie de Chorrol depuis dix ans et elle t'a bien fait comprendre que revenir te vaudrait une place dans les cachots. Pourtant, tu es de retour !
- La comtesse Valga ne m'a peut-être pas pardonné, mais je ne pouvais pas la laisser courir un danger mortel alors que je suis en mesure de la prévenir ! rétorqua Chanel. On va tenter de l'assassiner, je le sais. Tu n'as pas idée du péril que j'encours à vous révéler ceci.
- Et qui en veut à notre bien-aimée Arriana de Chorrol ?
- Je ne sais pas… mais il a engagé la Confrérie Noire ! Je les ai vus comme je te vois ! Ils approchent en ce moment même. Peut-être sont-ils déjà parmi nous. ».
Orok lâcha la rougegarde, sous le choc. Cependant, le plus surpris était caché dans l'ombre. Médéric n'en croyait pas ses oreilles. Cette femme venait de dévoiler leur mission. Il la reconnaissait, à présent : c'était elle qui avait placé le parchemin dans le tonneau. C'était elle, leur commanditaire.
Orok repartit et laissa Chanel seule dans sa chambre. Quiconque l'avait connue à l'époque où elle était la magicienne attitrée de la comtesse aurait eu du mal à la reconnaître. La rougegarde avait maigri, des rides d'anxiété lui marquaient le visage, ses habits n'avaient plus le luxe d'autrefois. Arriana Valga l'avait bannie pour avoir subtilisé le portrait de feu le comte, dont elle était éperdument amoureuse. Elle avait vécu sur les routes, depuis. Ses talents s'étaient étiolés, sa santé amoindrie. Chanel regarda ses doigts presque squelettiques. Retrouver sa chambre au château, même pour quelques jours, lui donnait l'envie de fondre en larmes. Elle ne le pouvait plus depuis longtemps, cependant : trop d'amertume avaient asséché le flot de sa tristesse. Elle entendit un grattement derrière l'huis fermé. La rougegarde haussa un sourcil : elle ne se souvenait pas d'avoir vu un chien ou un chat dans le château. Un petit gémissement canin s'éleva en même temps que des griffes grattaient la porte avec plus d'insistance. Chanel se leva. Au moment où elle ouvrit la porte, une ombre se rua sur elle et plaqua une main sur sa bouche pour étouffer son cri de surprise. Elle se retrouva plaquée contre le mur. L'assaillant referma la porte d'un coup de pied et lui posa la lame d'une dague en travers du cou. La magicienne bannie avait cru un instant qu'un démon l'attaquait, mais elle voyait à présent en détail son agresseur : un jeune homme, tout juste sorti de l'adolescence, arborant une étrange combinaison noire et dont le visage, qui aurait pu être assez attirant, était défiguré par un bec de lièvre. Elle se calma un peu, bien qu'elle fut toujours terrorisée.
« Pas un mot, ou je vous tue ! C'est compris ? souffla Médéric.
- Mm-mmm ! fit Chanel avant que le jeune homme enlève sa main de ses lèvres.
- J'ai entendu votre conversation avec l'orque. A quoi jouez-vous ?
- C'est une erreur, je… balbutia-t-elle avant de sentir la lame appuyer plus fort sur sa gorge.
- La vérité. Maintenant.
- D'accord. Je vous ai piégé. Je voulais que la comtesse me pardonne mon crime et me reprenne à son service. J'ai donc pensé à organiser une tentative de meurtre et la prévenir assez tôt pour qu'elle puisse la contrecarrer.
- C'est une rupture de contrat, dit calmement Médéric. Dans ces cas-là, un nouveau est créé sur la tête du client. Maintenant, dites-moi : comment la comtesse espérait nous empêcher de la tuer ?
- Elle a engagé les seuls capables de battre la Confrérie Noire sur son propre terrain. Ils vous attendent dans le château.
- Qui ? La guilde des voleurs ? Celle des guerriers ? ».
Chanel eut un pâle sourire. Comme l'assassin était loin du but ! Elle rapprocha sa bouche de l'oreille du jeune homme et chuchota :
« La Morag Tong. ».
La révélation eut l'effet escompté. Médéric était sous le choc. La Morag Tong, ici ? Pour que les pires ennemis de la Confrérie s'aventurent hors de Morrowind, Arriana Valga avait du payer un prix exorbitant. A moins que la perspective d'éliminer quelques-uns de leurs adversaires de toujours ait été une meilleure motivation. La rougegarde profita de la surprise pour retrousser sa robe et projeter son genou dans le point faible bien connu des hommes. Une douleur atroce poinçonna le bas-ventre de Médéric, le pliant en deux et lui faisant relâcher sa prisonnière. La magicienne le bouscula et courut vers la sortie en appelant les gardes. Elle avait ouvert la porte et hurlait à pleins poumons, lorsque l'assassin dégaina une lame de jet et la lança dans le dos de Chanel.
Au sous-sol, Feylan émergea d'une ancienne entrée d'égout. Son détour lui avait pris plus de temps que prévu. Des maraudeurs se servaient de l'ancienne mine comme base de repli. Leurs rapines n'étaient plus que de l'histoire ancienne, désormais. A présent, le bosmer évoluait en silence entre les caisses et les objets entreposés là. Il monta une vingtaine de marches et atteignit le rez-de-chaussée. Médéric devait déjà avoir pénétré les lieux. Il commença à s'inquiéter lorsqu'il entendit des bruits de bottes caractéristiques des gardes à l'étage. Curieusement, aucun homme d'arme ne sortait des pièces du rez-de-chaussée. Feylan passa de l'inquiétude à la méfiance : pourquoi les gardes étaient-ils tous postés à l'étage ? Là où se trouvait la comtesse ? Caché dans la pénombre, il scruta le grand hall du château. Personne ne surveillait même les objets de valeur exposés dans la salle d'audience. Soudain, son jeune confrère déboula en trombe d'une porte latérale. Il ne prenait aucune précaution pour rester discret : il fuyait, tout simplement. Feylan sortit de sa cachette et fit signe à Médéric. Un homme apparut alors, portant une armure de cuir et une capuche qui lui cachait le visage. D'où il venait, l'elfe n'aurait su le dire. Etait-il caché, lui aussi, depuis le début ? Il se tourna vers le fuyard et leva une arme étrange, comme un petit arc posé sur une base de bois terminée par une poignée. Le bosmer la reconnut : une arbalète, plus rapide, plus précise et plus puissante qu'un arc, plus lent aussi à recharger aussi. Il prit une flèche le plus vite possible, mais trop tard : un carreau atteignit Médéric au visage. Heureusement, la pointe ricocha de biais sur son crâne, ne lui causant qu'une estafilade. Feylan tira sa propre flèche sur l'homme encapuchonné. Ce dernier l'évita d'un pas en arrière. L'elfe des bois se déplaça rapidement vers Médéric, l'arc toujours bandé. Il possédait l'avantage de la vitesse face à l'arbalétrier. Le bréton semblait plus sonné que mal en point.
« La… Morag Tong ! balbutia-t-il.
- Quoi ? », s'exclama Feylan avant de tirer son collègue en dehors de la trajectoire d'un deuxième carreau.
Sans perdre de temps, l'elfe guida le bréton encore étourdi jusqu'à l'entrée qu'il avait emprunté. Médéric voyait des taches noires éclater aux extrémités de son champ de vision. La douleur était supportable, mais du sang lui coulait sur le visage et l'aveuglait en partie. Il entendit donc plus qu'il ne vit un second tueur de la Morag Tong dévaler les grands escaliers et sauter par-dessus la rambarde à dix mètres d'eux. Ils coururent à la cave, poursuivis par les deux elfes noirs venus de Morrowind pour les éliminer.
Dans la Grande Forêt qui entourait Chorrol, les frères Jemane gisaient dans leur sang, au beau milieu du salon de leur maisonnette. Leur meurtrière, la main plaquée sur la bouche, avait encore du mal à réaliser ce qu'elle venait de faire. Sa lame poissée d'hémoglobine lui pesait si lourd, à présent ! Seuls les bruits de la forêt et celui des gouttes de sang tombant de son épée venaient briser le silence de mort qui régnait. Qui étaient ces hommes ? Deux braves fermiers ? Des contrebandiers ? Des exclus ? Des aventuriers à la retraite ? Deux cadavres, c'était certain. La tueuse sentit monter un sanglot, ainsi qu'une brusque vague de nausée, et serra sa main plus fort sur ses lèvres pour ne pas crier. Elle mit de longues minutes à se reprendre, martelant cette phrase par la pensée : « Je ne peux plus faire marche arrière. ». Cela lui faisait mal, mais elle retrouva sa contenance. Oui, elle ne pouvait pas défaire ce qu'elle avait fait. Elle était une meurtrière. Elle se souvenait assez bien du chemin de la cabane, puisqu'elle l'avait fait en sens inverse il y a peu. Une fois à destination, elle avait frappé à la porte. L'un des frères (des jumeaux, en fait) vint lui ouvrir et lui demanda ce qu'il pouvait faire pour elle. Son sourire était charmant, ses yeux ne trahissaient aucune mauvaise intention. Alors, elle avait dégainé sa lame et l'avait plongé dans le ventre de son interlocuteur. Le deuxième, un peu éméché, vint voir ce qui se passait. Elle lui transperça le cœur. Deux innocents étaient morts de sa main. C'était le seul moyen, elle le savait. La seule façon d'en faire venir un à coup sûr. Lentement, elle rengaina son épée au fourreau. Elle chercha des yeux un couteau ou un poignard et en trouva un, juste à côté d'une carcasse de sanglier prête au dépeçage. Elle le prit et se pencha sur ses victimes. L'air lui parvenait avec difficulté, sa respiration s'accélérait ou se bloquait sous les effets conjugués de la nausée et de la peur. Après une minute d'hésitation, Alessa Phillida entreprit d'ouvrir la poitrine de sa première victime.
A suivre…
Je laisse ici Médéric et Feylan en pleine fuite éperdue, Alessa devant l'acte le plus terrible de son existence et Hliri qui force l'allure pour enfin coincer le tueur qui a décimé ses frères. La suite arrivera bientôt. Ce sera le dernier chapitre. Merci à ceux qui ont attendu et encore désolé d'avoir été si long.
