« Sans ces galons, tout le monde l'aurait envoyé bouler direct ce tocard. D'ailleurs, il doit pas être hyper à l'aise dans ses bottes à mon avis. Dans ce genre de situations tendues, ya des gradés qui se sont retrouvés morts avec une mystérieuse entaille dans le dos pour moins que ça. Et généralement, c'est pas ceux qui ont le plus la cote auprès de leurs hommes. Tragique, mais plus fréquent qu'on ne le pense.
- Jean, où tu veux en venir ?
- C'est bon flippe pas, j'ai juste les nerfs... »
Juste nerveux. On le serait à moins, Jean. Je comprends mais ce n'est pas une raison pour dire des choses à la légère. Tu me fais un peu peur mais je crois que je te fais confiance. Tu m'as prouvé, déjà, que je pouvais me le permettre. Ta perpétuelle opposition à Eren n'est pas infondée. Je comprends.
Et quand Reiner a dit que le Jean qu'il connaissait ne pensait qu'à lui, je sais aussi que c'était faux. Tu ne pensais pas qu'à toi, Jean. Tu en donnais seulement l'air. Ce n'est pas comme si on avait eu l'occasion d'en discuter pendant notre mois de formation. Tu es resté très silencieux. Tu restais seul entre tous et isolé, on a dû s'adresser dix mots en tout. Mais j'en suis persuadé, tu n'es pas si odieux que tu veux le faire croire.
Je ne suis pas dans ta tête mais je crois que j'ai finalement compris pourquoi tu étais si défaitiste et quel optimisme tordu ça cache. Tu voulais entrer dans les brigades spéciales pour te la couler douce parce que tu pensais la guerre déjà finie alors tu voulais profiter de ce qui t'étais encore donné. Tu avais conscience de la fin mais tu étais résolu à vivre.
J'avais du mal à comprendre comment on peut exister moralement de cette façon mais j'ai senti depuis ce désir animal, primaire qui dépasse l'éthique. En raisonnant, on peut le contrôler mais il est là. L'humanité veut vivre. Désespérément. Si le major nous veut morts pour une bonne raison nous mourrons. Toi aussi même, tu mourras. Mais tu l'assumes et tu l'as toujours assumé.
Tu veux vivre.
Tu l'as dit avant de te lancer, de nous guider Reiner et moi dans une entreprise aussi suicidaire que ce que tentait Eren, quoi que tu en dises. Retenir le titan féminin. Tu savais que c'était risqué et tu nous l'as dit :
«C'est juste que je n'ai plus envie de me recueillir impuissant devant un misérable tas de cendres inidentifiables qui appartiennent à je ne sais même pas qui. »
Et tu y es quand même allé.
On ne peut pas te retirer une chose Jean. Toi, tu ne t'es jamais voilé la face.
Sérieusement ? Sérieusement Armin, tu y crois vraiment à ces salades ? Parfois j'ai du mal à te suivre. Je n'ai jamais compris pourquoi un garçon aussi intelligent que toi suivait Eren déjà. Je trouvais ça minable.
Je te l'ai dit de toute façon. Que je trouvais minable que tu suives Eren mais que je savais que t'avais de la ressource. Tu m'as remercié évidemment. T'es trop poli. Mais tu m'as quand même dit que t'appréciais moyen le « minable ».
Mais vraiment. Eren quoi.
Et maintenant, te voilà citant le major comme s'il s'était agi de ton prophète. Abandonner son humanité, devenir des monstres pour arrêter d'autres monstres. Vraiment ? Tu ne vois pas le paradoxe ? Je t'écoute et tu m'impressionnes mais tu m'effraies. Sérieusement. Armin. Tu penses que c'est si simple que ça ?
Oui je sais qu'on ne sait rien. Oui je sais qu'il faut agir. Qu'il n'y a pas de bonne solution. Mais je trouve ça tellement atroce de n'écouter qu'une seule voix. Tu ne crois pas qu'on puisse en côtoyer plusieurs ? Même dans un cadre militaire, avoir plusieurs voix dans les oreilles, ça ne m'empêche pas d'agir. Ça ne m'empêchera pas d'agir et tant que ça durera, je refuse de n'admettre qu'un seul chemin possible et surtout, je refuse de réduire l'humanité à des pourcentages et des estimations de pertes comme le major. C'est ridicule.
Tu ne te demandes pas qui étaient ces 90% d'effectifs morts au bataillon d'exploration ces dernières années ? Ces types qu'on a cramés ou abandonnés hors des murs en en ramenant qu'un petit doigt. Ces types vomis par les titans quelque part ou encore à baigner dans leur bide.
Pourtant toi aussi tu pleures. Tu chiales comme pas permis. T'étais une vraie fontaine quand on a cru que cet abruti d'Eren y était passé. Sérieusement.
Fais pas comme si tu mettais tout ça de côté. Fais pas comme si t'étais pas terrifié, toi aussi, de savoir qu'Eren, celui pour qui on doit être prêt à crever, a manqué de tuer Mikasa.
Pourtant, si je n'aime pas ça, moi, n'écouter qu'une seule personne et faire tout ce qu'elle dit, je dois admettre que si je devais coller aux basques de quelqu'un, quitte à choisir, ce serait probablement toi. Toi, le cerveau. Tu payes pas de mine avec tes pommettes de filles et tes grands yeux bleus et quand tu te concentres, on dirait un gamin qui boude, mais tu en as dans le bide.
Bon sang, t'es tellement frêle. J'ai cru un instant qu'elle t'avait définitivement cassé la grande perche. T'as volé sur dix mètres. J'ai été surpris par ma propre voix. Je pensais que c'était Reiner qui avait crié ton nom. Armin ! J'ai cru que t'étais mort.
Tu vois, c'est pour ça que je n'arriverai jamais à être à 100% d'accord avec toi. Je ne suis pas prêt à vous voir mourir.
Et ensuite, tu as eu la présence d'esprit de lui hurler ce truc sur Eren. « Vas-y Jean ! Venge-le ! C'était peut être un fou suicidaire... » Et tu m'as sauvé. Tu m'as sauvé Armin. Moi j'aurai rien pu faire pour toi.
Tu nous avais caché tes talents d'acteurs.
Sérieusement. Toi ou Reiner, c'est pas qu'on soit si proches que ça mais bon sang, ça m'aurait fait... bon sang ! Pas encore !
Mais le pire c'était pas là. Le pire c'était avec les chevaux. Il n'en restait qu'un. Il fallait faire un choix. Un choix rationnel sur qui allait mourir comme un idiot à découvert. Un choix rationnel ? Comment tu veux choisir rationnellement ?
J'étais le choix logique. Reiner et toi vous êtes plus utiles que moi, je suis juste un peu perspicace et je n'arrive pas à la cheville d'hommes comme le major. La titan féminin. Je ne réalisais pas que c'était fini. Je savais que ce n'était pas fini. Que nous allions la revoir et ça, Jean, tu l'as deviné. Tu le sais. Tu l'as su très vite. Tu savais que le vrai plan, c'était d'utiliser Eren comme appât pour amener nos ennemis à se démasquer. Tu as deviné.
Parce que tu ne te voiles pas la face. Parce que tu penses par toi-même. On a besoin d'hommes comme toi Jean. Enfin d'hommes comme celui que tu vas devenir.
Tu vois, tu avais beau t'échiner à te baver dessus à t'en gercer les lèvres pour siffler ton cheval parce que tu n'avais pas les tripes de me laisser mourir, tu n'as pas besoin de moi. Tu n'es pas plus bête que moi et niveau corps, tu me surpasses en tout. J'étais le choix logique. Il aurait suffi que tu transmettes mon message au major. Toi.
On aurait pu tenir à deux sur le cheval. T'es une crevette Armin. Une crevure. Une rognure d'ongle. On aurait pu tenir à deux sur ce fichu cheval. Ca se jouait plus entre moi et Reiner parce qu'en terme de chiffre, on était sûr de pouvoir te sauver toi et un autre. Restait à choisir l'autre.
Mais bon, Christa est quand même arrivé au bon moment. La prochaine fois je te prendrai avec moi, même si t'étais juste un cadavre. Toi je peux le permettre et puis, Mikasa m'en voudrait de pas tout faire pour récupérer ton corps. On pourra pas te faire de vraies funérailles, tu crameras comme les autres mais au moins, on aura un corps...
Mais ça n'arrivera pas. La prochaine fois tu seras vivant et tu te mettras devant moi parce que tu montes pas très bien faut être honnête.
Quand j'ai vu notre instructeur expirer tué par le titan féminin et que j'ai constaté qu'elle me suivait, j'ai vraiment cru que j'allais mourir pour rien. Mourir sans pouvoir rien dire et faire d'utile. Deux fois elle m'a regardé. Deux fois elle m'a épargné.
Je commence à comprendre. J'ai compris même et je te l'aurai dit.
Donc, tu vois, ça n'aurait pas été si grave, Jean, de me laisser derrière.
Même si je dois dire que si mon cœur battait si fort et que j'avais les larmes aux yeux, ce n'était pas parce que je me sentais inutile mais simplement parce que j'avais peur d'y passer. Je vais être honnête Jean, si ça peut te faire plaisir, si ça peut décrisper tes sourcils, mon cerveau me dit que l'important c'est l'humanité mais mes mains tremblent toujours tellement fort.
Les tiennes aussi j'ai vu, tremblaient en se crispant sur les rênes de ton cheval avant qu'on attaque le titan féminin.
On est pareils Jean.
Pourquoi il a fallu qu'ils me choisissent, moi, pour faire Eren. Je suis définitivement exclu. On m'a juste mis partiellement au jus, que je pige à peu près ce que j'avais à faire (en gros rien). Tu m'as dit que tu m'expliquerais. Sérieusement. Peut-on faire plus condescendant que ça ? Eren, Mikasa et toi on vous a mis au parfum et pas moi... Enfin pas tout à fait. A moitié. Je peux juste faire des pronostics à ce stade et ça ne m'enchante pas.
C'est même pas comme si on se ressemblait lui et moi. J'ai pas l'air aussi malsain. Sérieux. C'est comme si on t'utilisait pour doubler Ymir.
Plus jamais.
Plus jamais. J'espère vraiment que ça n'arrivera plus jamais mais j'ai déjà des doutes concernant d'autres espions. Si seulement Annie pouvait être la seule. Ce serait bien improbable.
C'est tellement dur de confronter ses amis de cette façon. Annie. Je comprends maintenant pourquoi elle avait l'air si triste quand elle nous a entendu parler d'intégrer le bataillon d'exploration Conny et moi. Elle n'avait pas plus envie que moi qu'on s'affronte.
Elle m'a épargné. Quelque part, elle échoué pour moi mais je ne me lamenterai pas là-dessus.
Mais toi Jean, je sais que tu n'en es pas un, de titan. On ne s'affrontera pas. Paradoxalement, ton manque de subtilité te rend plus crédible. Un peu comme Eren. Enfin... le Eren d'avant. Il change je crois. Des gens gens sont morts pour lui et il le sait, inutile de lui rappeler. Il souffre assez comme ça.
Toi aussi tu changes mais tu ne dissimules pas. Même Reiner, il a l'air franc comme ça mais je suis sûr qu'on lit en lui moins clairement qu'en toi.
« Ils doivent avoir envie de se dégourdir les jambes. » j'ai dit en parlant des titans des murs. C'était pas spécialement drôle en plus mais tu as ri comme un idiot. C'était vexant ta main dans mes cheveux. Plus encore, le fait que tu sembles surpris que je sois capable d'un tant soit peu d'humour. Jean.
Mais j'ai pris sur moi parce que je sais que tu ne pensais pas à mal.
Ils t'ont appelé, toi, pour la réunion. Moi, ils s'en fichent. Je ne fais pas de différence. Je sais bien que je ne suis pas un génie mais c'est quand même vexant bordel ! C'était vexant aussi que Mikasa me dise de la fermer. Merde. Je me sens toujours en décalage avec vous trois. Vous êtes tordus. J'ai hâte de retrouver les autres. Et c'était quoi ce petit regard de connivence que tu as eu en laissant Mikasa seule ?
Je sais bien que je n'ai aucune chance avec elle mais tu crois vraiment que c'est bien de l'encourager à rester à la botte de son frère adoptif. C'est malsain et en prime, il passe son temps à l'ignorer. Faut dire qu'il a autre chose à penser et la libido d'un glaçon.
Mais au fond, ça on s'en fiche, non ? Du moins on voudrait s'en ficher. Sérieusement, Armin, ce qui me tracasse c'est autre chose. Annie était humaine, autant que toi et moi, les choses ne sont pas aussi simples qu'Eren voulait le croire. Qu'est-ce qui nous distingue des monstres, au fond, et est-ce que s'abaisser au niveau de l'ennemi pour l'abattre, ce n'est pas un peu perdre son humanité ?
Quand les gars de Shiganshina me tabassaient, je leur disais ça. Ils me hurlaient de riposter, de cogner aussi et je répondais : « je ne m'abaisserai pas à votre niveau. »
Je me consolais en me disant que leur violence prouvait que j'avais raison mais tu sais quoi, Jean ? Une victoire éthique, une victoire morale, ce n'est pas une victoire complète. Un tas de cendre qui avait raison reste un tas de cendre et moi, j'étais quand même tabassé.
« J'aurai probablement fait partie de ceux qui te tabassaient, tu me dis ».
Non Jean. Tu ne m'aurais pas tabassé. Je ne dis pas non plus que tu aurais volé à mon secours comme Eren mais honnêtement, je suis presque sûr qu'à Trost, c'était toi qu'on tabassait.
Faut dire que t'es une vraie tête à claque.
Une fois de plus, je me retrouve à l'écart de l'action. Le mur rose a lâché. On règle (si on peut appeler ça régler) un problème. Il en vient cinq cent autres. Je suis tout seul avec ces connards des brigades spéciales. Je peux pas croire que j'ai voulu un jour intégrer leur caste de pète-sec. Les autres sont dispersés. Le trio d'un côté, les reste de la 104 de l'autre. Et là on annonce comme ça que parmi eux se trouvaient trois autres titans infiltrés ?!
Pourquoi fallait-il que ça tombe précisément sur ma brigade d'entraînement ?
Le major me dit de la fermer mais je dois savoir. Ya des limites à ce qu'un homme peut supporter.
Bordel.
« Armin, tu sais toi pourquoi Eren s'éloigne à chaque fois en nous laissant loin derrière lui ? »
Bertolt et Reiner se sont révélés mais on s'y attendait. On le savait depuis ce que nous avait lâché Hansi sur le trajet. Ils ont pris Eren.
Qu'est-ce qu'elle veut que je lui dise, Mikasa ? Oui, Eren nous a encore laissés derrière. Ca a toujours été comme ça, ça sera toujours comme ça. On la voit rarement dans cet état et je ne sais jamais quoi faire. Heureusement, Hannes vient prendre le relai.
Il a changé lui aussi.
Les titans en avaient encore après Eren et on leur colle encore aux fesses et... encore un des brigades spéciales qui se fait choper.
Je ne veux pas faire dans l'humour macabre mais je pourrai facilement glisser là-dedans. Ces gars sont imbuvables. Ils passent leur vie à se plaindre. Je serai sans doute devenu comme eux.
Après je me réjouis pas non plus de leurs morts mais je chialerai pas pour ces tocards.
Pas le temps de penser à ça.
Ils visent aussi Christa en plus. Quelle merde. Cette expédition est déjà une hécatombe et ça en rajoute une couche. Je n'arrive pas à y croire.
Ymir, je l'ai toujours trouvée bizarre mais alors... Reiner et ce grand échalas de Bertolt...
Bordel.
« Quelqu'un doit nécessairement se salir les mains ».
Sa voix est étouffée derrière les bras du titan cuirassé, sa parole cryptique. Il panique. Il sue certainement. Mais j'ai l'impression de le comprendre. C'est limpide et c'est terriblement triste.
Quelqu'un doit nécessairement se salir parce que non, Mikasa, ce ne sont pas que des fléaux pour l'humanité et ce n'est pas tout ce qu'il est utile de savoir sur eux. Je me rappelle de Bertolt qui m'a aidé tant de fois à me relever sans rien dire pendant la formation, je me rappelle de la délicatesse de ce grand gaillard de Reiner quand il a bandé ma blessure à la tête après notre attaque du titan féminin. Leurs mains moites et calleuses, étaient déjà couvertes de sang.
Je repère Hannes qui cavale en bas. Il hurle. Erwin fonce droit sur nous suivi d'une cauchemardesque escorte.
C'est l'enfer sur terre. On redescend sur les chevaux, laissant Bertolt à ses conflits intérieurs. Mikasa a pas l'air enchantée d'en rester là.
Le major nous ordonne de charger. Hors de question de fuir. On fonce vers la mort les bras grand ouverts. Pas le temps de réfléchir en théorie mais je suis sûr que tu carbures, toi, Armin. Vu ta tronche, tu dois avoir fait un petit calcul de pourcentage de survie probable et c'est pas beau à voir. N'y pense pas, va. Aujourd'hui, au moins, on sait pourquoi on meurt. Même si la nature de nos ennemis est de plus en plus trouble.
Mikasa s'excite. Comme d'habitude quand il s'agit d'Eren. Ca va lui jouer des tours.
J'étais bizarrement content de te retrouver là, Jean. Mais t'es vraiment idiot. Ne t'attends pas à ce qu'elle te remercie après ça en plus. Mikasa en danger tu as littéralement bondi à la gueule d'un titan. Tu es malade.
Et après ça va traiter Eren de « fou suicidaire ». Quand il s'agit d'elle t'es pire que lui. Comme si c'était le moment de se laisser submerger.
Je suis remonté sur Reiner avec la manœuvre tridimensionnelle. Mes gestes n'ont rien de sûr mais je n'hésite plus. J'appelle Bertolt. Je lui fais face.
Et maintenant à part sacrifier ma propre vie, qu'est-ce que je peux tenter ? De quelle autre carte je dispose ? Qu'est-ce qui pourrait les déstabiliser ?
Annie ?
C'était ignoble ça, Armin, c'était bas et Bertolt a hurlé comme un animal blessé.
Petite crevure machiavélique ! Aller jusqu'à lui balancer qu'Annie était torturée. J'avais même pas grillé qu'il l'aimait bien honnêtement et j'aurai pas imaginé qu'il réagirait comme ça. Je suppose qu'entre traîtres, ils se serrent les coudes.
Je t'admire mais tu me fais vraiment peur tu sais. Mais pas le temps de tergiverser. Le cauchemar n'est pas fini...
T'es vraiment un idiot, Jean. Mikasa et Eren sont en danger alors tu fonces sans faire attention. Une fois de plus. Réfléchis bon sang ! Ça t'avance à quoi de mourir ?
Je sais, c'est pas comme si t'avais voulu qu'un titan te tombe dessus. Je suis injuste parce que je suis désespéré et encore plus bête que toi. J'aurai pu fuir à cheval. Mon cœur le désirait mais tu étais à terre alors je suis descendu comme un idiot parce que je ne pouvais pas te laisser. Jean. Je peux juste pas te laisser. Je peux pas. Je peux pas.
Je pensais...
Je ne sais pas quoi faire. Je ne savais pas quoi faire. Dès que je crois que je peux me reposer un instant sur mon cerveau, le monde me prouve que j'ai tort. Et toi, qui a le corps que je n'ai pas, tu es incapable de t'en servir. Tu es avachi, trop lourd, mais tu respires encore alors je m'agrippe à toi. Le major a perdu son bras. Hannes est mort. Mikasa et Eren sont à deux pas et ce n'est qu'une question de secondes avant que tout cela finisse parce que les titans approchent avec leur débauche gigantesque de chair terreuse. L'un d'entre eux viens vers nous. Le sol tremble. Tu souffles sur ma main, régulièrement. Tant que je sentirais ça, je saurai que je suis vivant.
Eren me regarde.
Ça secoue comme pas permis. Ma tête va exploser. Où je suis Armin ? Au juste...
Je ne suis pas certain de bien me rappeler comment je suis arrivé là. Ta voix résonne encore dans ma tête. Tu criais mon nom. Ce n'était pas la première fois.
J'ai vraiment aucune idée de comment j'ai pu m'en sortir mais tu vois, je t'avais dit qu'on pouvait tenir à deux sur un cheval. Je te l'avais dit. Comment t'as pu me hisser dessus ? Je suppose que c'est toi. Je sais que je suis pas si lourd mais on en caserait deux comme toi dans mes pantalons.
J'ai la tête appuyé contre ton cou. C'est pas trop lourd ? Attends je bouge un peu.
Merde.
Je perds l'équilibre et je me raccroche à toi. Ça te surprend.
« Du calme, Jean, tu dis avec le vent dans la gueule. »
Facile à dire. Le sol tremble. Un titan passe à deux pas sans nous prêter la moindre attention. Il est extrêmement rapide. Je pige pas. Un genre de super déviant ? Faudra que tu m'expliques. Tes cheveux me battent le visage. J'essaie de parler mais ma bouche est encore pâteuse. Je presse mon front contre ton dos pour me protéger du vent qui déferle et je sens que tu as un frisson bizarre. Mes mains sont resserrées sur ta taille.
« On approche des murs, ne t'inquiète pas. »
Je ne m'inquiète pas.
« Décidément, la 104ème brigade a une veine de tous les diables, j'en reviens pas qu'on ait tous survécu à cette virée en enfer. »
« J'arrive pas à le croire, je... je suis toujours en vie. »
Toi et Conny que tu as gentiment aidé à se relever faites échos à mes pensées. Combien de chances on avait et combien de soldats plus expérimentés sont morts ? Ça donnerait presque envie de croire au destin. Du moins, de croire en ce pouvoir qu'a Eren et qui lui a permis de tous nous sauver au dernier moment.
Oui, beaucoup sont morts pour lui mais on en sait plus à présent. Je ne saurai pas quantifier objectivement si ça valait le coup, seul l'avenir nous le dira, mais si on peut tirer quelque chose de positif de cette hécatombe...
Eren n'a vraiment pas l'air bien, Jean, tu ne devrais pas l'accabler comme ça. Il le sait, que des gens meurent pour lui, il le sait que l'avenir est incertain et dépend de ses capacités. Je sais que tu ne fais que répondre à une question à laquelle ni Conny ni moi ne voulons répondre mais ce n'est pas la peine d'insister comme ça.
« Jean, te dit alors Eren, je trouve que tu la ramènes vachement depuis que tu as intégré le bataillon.
- Ah ouais ? T'es sûr que c'est pas plutôt toi qui es devenu une chiffe molle ?
- Ah non, je suis de l'avis d'Eren, t'as changé, toujours hyper sérieux et tout renchérit Conny.
- En plus ça ne colle pas du tout avec ton air patibulaire. »
J'en rajoute une couche. Ce n'est ni drôle ni pertinent mais tout plutôt que de te laisser dire tout haut ce qu'on pense tout bas. Je ne sais pas trop ce que je cherche à faire mais j'ai besoin de te parler aussi, d'attirer ton attention. Tu ne m'as toujours pas remercié.
« Écoutez les gars... Au cas où ça vous aurait échappé, je vous rappelle que vous vous adressez au héros qui a sauvé votre Mikasa adorée... »
Tu croises mon regard un bref instant mais tu ne t'attardes pas. Au cas où ça t'aurait échappé, tu t'adresses à celui qui t'a sauvé et sans Conny, Christa serait restée derrière. Je ne crois pas que ce soit la peine de la ramener à nos petits exploits personnels.
Surtout que, je ne sais pas pour toi, mais je ne me sens pas vraiment l'âme d'un soldat aguerri. Quand je suis « héroïque », ce n'est pas la survie de l'humanité que j'ai en tête.
Note aux charmants lecteurs : Vous le remarquerez, tous les titres de chapitres sont des citations :D Sinon on est encore en phase de justification en mode : sissi les gars, le Jearmin existe ! Il est bien là (juste à peine enfoui) mais après... on aura de la cochonnaillerie et plein de joyeusetés pendant les deux mois de battement avant Maria. Sérieusement, j'arrive toujours pas à croire que les événements depuis Trost tiennent en trois mois comme l'a dit Conny à l'avant dernier chap. Erwin annonçait un mois avant la première expédition extra muros, mettons que ça a duré un peu moins longtemps, et Jean et Armin disent que ça fait deux mois qu'Historia a été couronnée au chap 70. Ce qui veut dire que les événements entre la première expédition et le coup d'état se seraient déroulés sur genre... une ou deux semaines grand max quoi...
Maday...
De fait ne vous étonnez pas si mon rythme est soutenu :P
