« T'es vraiment descendu du cheval ?

- Oui.

- Pour partir à pied ?

- Oui.

- Sur un terrain plein de titans ?

- Oui.

- Avec juste une lame pour leur faire face ?

- Tu vas énumérer toutes les erreurs grossières que j'ai faite en tant que soldat formé pour le terrain ?

- J'arrête, j'arrête. Mais Armin, admets que c'est un miracle que Levi t'ait intégré dans son escouade.

- Tu peux parler. Si tu avais été à ma place et que Mikasa avait été à la tienne, tu aurais fait exactement la même chose que moi. »

Tu te figes et je regrette immédiatement mes mots parce que je sais bien qu'on ne peut pas vraiment comparer la situation de Mikasa et toi avec la nôtre. Je ne sais pas trop où tu en es mais j'appellerai volontiers ça de l'amour même si ce n'est pas un amour très mature puisque tu la connais à peine. Moi, à côté, on ne peut pas dire que je sois amoureux de toi.

« Merci, en tous cas, tu me lâches enfin.

- Pas de problème.

- Mais comment t'as fait pour me mettre sur le cheval ? »

Sérieusement ? C'est ça qui t'intéresse ?

J'ignore la question en me contentant de hausser les épaules avec un sourire. Depuis que nous avons rejoint ce trou perdu pour un calme relatif après l'enfer, dès qu'une discussion devient grave, nous dérivons sur des sujets légers. Un mécanisme d'auto défense psychologique je suppose. Si tu veux lancer un débat sur la question du cheval, à ta guise mais je pressens que ce sera une nouvelle excuse pour se moquer de ma faible condition physique alors je me dépêche de finir la vaisselle, notre corvée du jour, pour ne pas poursuivre cette discussion.

« Armin ? Je suis très sérieux. En prenant en compte les facteurs aggravants de ton gabarit, du mien, de celui du cheval et de mon état d'inconscience, il y avait 0,0000001 pourcent de chances pour que tu me hisses sur ce cheval. Alors dis moi ton secret. Tu lui avais appris à s'incliner ? »

Tu imites le major avec tes chiffres. Je suis sûr que c'est un genre de crime militaire tu sais mais je suis certain que même si le caporal chef Levi était là, il ne nous en tiendrait pas rigueur. Il ne semble pas beaucoup croire à la hiérarchie.

Je réponds avec sérieux :

« On fait parfois preuve d'une énergie étonnante quand on s'y attend le moins... »

Tu me jettes un regard qui n'augure rien de bon et à peine ai-je posé la tasse que j'essuyais que tu te laisses tomber sur moi de tout ton poids. Je te repousse comme je peux mais tu es tellement lourd et on a projeté de l'eau par terre. Ca glisse.

« Qu'est-ce que tu fabriques ?! »

Ma voix est plus aiguë que je ne le voudrai. Je tente de me maintenir mais en voulant épargner la vaisselle, je m'éloigne de la table et n'ayant plus aucun appui, je tombe et tu bascules sur moi. Tu es lourd. Et tu ris et c'est contagieux mais je n'ai pas envie de t'encourager. Crétin.

« Je voulais voir une démonstration de cette énergie au moment où on s'y attend le moins ! tu dis en roulant sur le côté pour me laisser me relever. »

Tu ris encore. Ça faisait longtemps que je n'avais pas vu ton visage détendu. En vérité, je ne l'avais pas vu depuis la mort de Marco. Il n'y avait qu'avec lui que tu perdais parfois ce froncement perpétuel des sourcils et que tu arrêtais de poser. Je me lève et je te tends la main.

« Le secret, Jean, je te dis avec sérieux, c'est qu'avec ta tête de cheval, tu as acquis la sympathie de ces bêtes qui te considèrent comme un genre de divinité. Je n'ai rien eu à faire. Mon cheval m'a expédié vers toi en me projetant d'une ruade et une fois le danger écarté, c'est lui qui nous a installé sur son dos tout seul. »

Tu es un instant perplexe à cause de mon sérieux, puis tu ris plus fort qu'avant en t'appuyant sur moi. C'est bizarre, mais maintenant, ça ne m'embête plus quand c'est toi qui touche.


On a reçu des ordres. On lève le camp. Adieu trou perdu.

Ça ne dure jamais bien longtemps, le calme, Pas vrai ? L'atmosphère était de toute façon chargée de tension. Quand on plaisantait, Historia nous fixait avec ses yeux vides et il fallait toujours se relayer pour les tours de garde et demeurer vigilant quoi qu'il advienne. On avait pas le temps de faire du tricot malgré ce que suggérait Hansi.

Sasha a dit que ça lui rappelait l'ambiance de la caserne, quand on s'entraînait. Peut-être qu'elle l'a vécu comme ça mais moi j'ai l'impression qu'un siècle a passé depuis et je ne sais plus trop si j'apprécie la personne que j'étais à l'époque. Non. Ce n'était pas la même ambiance je pense et je n'avais pas ce sentiment diffus que je pouvais vraiment vous faire confiance.

J'aurai l'air fin si l'un d'entre nous s'avère être un titan infiltré. Ceci dit, ce serait un sacré exploit de nous surprendre encore après le coup que nous ont fait Reiner, Bertolt et Ymir. Après, on en sait rien, peut-être bien que Conny est aussi un titan vu que maintenant sa mère en est un.

C'est pas drôle je sais.

En prime, l'escouade d'Hansi est passé en nous annonçant entre autres mauvaises nouvelles que les titans avaient nécessairement des appuis à l'intérieur des murs. Ça semble logique mais quand même...

Pourquoi d'autres humains aideraient nos ennemis ?

« La cohésion de l'humanité est sans doute quelque chose de très artificiel que favorise l'opposition à un ennemi commun, tu me dis pendant qu'on prépare les munitions, je ne sais pas quel intérêt trouvent nos ennemis à aider les titans mais si intérêt il y a, il n'y a rien d'étonnant à ce que certains sacrifient leurs semblables. »

Puis tu ajoutes :

« Je te rappelle que les intérêts de l'humanité te laissaient toi-même froid il n'y a pas si longtemps.

- Ma décision n'engageait pas la vie de milliers de civils, je rétorque.

- Qu'est-ce que tu en sais ? Peut-être que ton intégration dans le bataillon d'exploration fera une vraie différence et qu'en intégrant les brigades spéciales tu aurais effectivement sacrifié la vie des milliers de civils que tu vas sauver.

- Ta confiance m'honore, je ne pense pas valoir autant, je dis.

- Je mise sur le bon cheval. »

Tu plaisantes toujours sans avoir l'air de le faire exprès. C'est encore plus drôle comme ça mais peut-être que je ris si fort parce que je sais que ça me sera bientôt interdit.

Il faut y aller mais avant de filer en douce et pour ne pas regretter je te dis :

« Moi aussi, je mise sur toi. »

Tu me fais signe de me taire mais tu souris.


De là haut, on les voit qui s'agitent avec leurs torches. C'était moins une.

Ce ne sont pas des titans, mais la même sueur glacée trace un sillon dans mon dos. Je ne sais pas si ce sont eux qui me font peur ou la perspective de les affronter. Le caporal chef a la confiance du major alors je suis prêt à la suivre mais je ne peux pas m'empêcher de me demander jusqu'où on ira. J'ai un très mauvais pressentiment.


Je joue encore les doublures.

Plus jamais j'avais dit. Bien obligé. Mais pourquoi me choisit-on toujours pour doubler Eren ? On n'a rien en commun ! Bon, au moins, je ne suis pas seul à me ridiculiser. Toi, mon pauvre, on t'as mis dans dans une robe pour faire Historia et si le caporal ne leur avait pas dit de la fermer, Sasha et Conny en glousseraient encore. Ils font moins les fiers maintenant. Sous les yeux inquisiteurs des badauds on avance. La tension est palpable.

Trost ne s'arrange pas. C'est encore plus miteux qu'après le grand nettoyage avec les titans. Je me demande comment va ma mère. Ca fait des mois que je ne l'ai pas vue. J'ai reçu des lettres avant ma première expédition puis plus rien. Je suis sûr qu'elle m'écrit mais je suis pas vraiment facile à joindre. Je l'avais juste prévenue par courrier de ma décision d'intégrer le bataillon d'exploration. Je n'avais pas envie de lui dire ni de croiser son regard.

C'est marrant, je n'ai jamais pensé à elle pendant la bataille de Trost. Elle ne vivait pas dans les zones les plus risquées, c'est vrai, mais c'est comme si je réalisais seulement maintenant que quelque chose pouvait lui arriver. C'est pas que je déteste ma mère. On a juste jamais rien eu en commun et puis, elle n'a pas vraiment apprécié que je m'engage.

En tous cas, je ne m'étais jamais posé la question des risques qu'elle pouvait courir. Sans doute parce qu'elle ne s'est jamais montrée vulnérable devant moi. Je réalise seulement maintenant à quel point ne jamais se montrer vulnérable n'a rien d'évident.


Ne pas montrer sa vulnérabilité. Serrer les dents et ravaler ses larmes. Peut-être que ça ajouterait à la crédibilité de la scène de jouer les frêles jeunes filles éplorées mais je sais qu'Historia n'est pas comme ça et je ne suis pas comme ça. Je me force à garder la bouche fermée pour ne pas qu'il entende que ma voix mue. Je n'ai pas bronché quand on m'a dit de mettre la jupe et le postiche, je n'ai pas bronché quand il m'a attrapé comme un sac, quand il a serré les liens bien trop fort en ayant bien conscience de serrer bien trop fort juste pour me faire mal et je ne bronche pas, là, alors qu'il pose ses mains sur mon buste en imaginant une poitrine que je n'ai pas mais qu'il s'invente et qu'il se frotte contre la chaise comme un chien en rut. Je ne bronche pas mais c'est vraiment difficile. Quand bien même je ne suffisais pas bien que j'ai quand même une formation de soldat, toi et moi pourrions parfaitement nous libérer et l'immobiliser. Mais il y en a d'autres à côté et ils le laissent faire mais réagiraient en cas de problème et nous serions finis. Discrètement, pour ne pas penser à son haleine et à sa bave dans mon cou, je joue avec mes liens, anticipant le moment où je pourrai m'en débarasser. Je ne dois pas intervenir. Il a sa main sur ma joue et il essaie de me forcer à me tourner vers lui. Il veut que je crie. Je déteste qu'on me touche. Je déteste vraiment ça. Les gens font ça depuis que je suis petit parce que je suis « mignon » parce que je ressemble à une fille. C'est tellement humiliant. Comme si mon corps ne m'appartenait pas. Je serre les dents. Je ne peux pas m'empêcher de penser que les autres prennent les armes et se battent pour de vrai et que moi, je sers d'appât parce que c'est tout ce que je sais...

Non, j'ai dépassé ça. Je sais que je vaut mieux que ça. C'est juste que je suis blond et blanc comme Historia. C'est tout. Ce n'est pas contre moi. C'était le seul choix possible.

Mais il continue et sa sueur moite m'est imposée avec son haleine et je ne peux pas m'empêcher de repenser à la bouche du titan et je ne peux pas arrêter mes yeux qui brûlent, cillent et débordent.

Et là je croise ton regard et tu détournes les yeux.

Et c'est encore pire de savoir que tu as vu ça, Jean. Les autres, je sais qu'ils surveillent, mais toi tu es en face et tu vois que je pleure et c'est encore pire.


Enfin.

Dès que je vois Mikasa et le caporal sortir des ombres comme deux divinités vengeresses, je me lève et je t'entends faire de même. On attrape nos liens et on se précipite vers eux. Ah ça ils ne s'y attendaient pas !

Sérieusement, j'aurai pas tenu une seconde de plus. C'était plus possible de te voir en baver comme ça sans pouvoir rien faire. Je me sentais tellement impuissant. Je suis désolé. C'était les ordres mais si je m'étais écouté...


Comme d'habitude, tu fais plus attention à Mikasa qu'au reste. C'est vrai que pour le coup, Sasha ne s'est pas montrée très adroite ou plutôt, s'est montrée trop adroite en visant le pétoire que ce type essayait d'attraper, le transperçant d'une flèche à deux doigts de la main de Mikasa.

Tu as engueulé Sasha mais tu penses vraiment que Mikasa risquait quelque chose. Tu penses vraiment qu'il faille s'inquiéter pour Mikasa spécifiquement ?

Ce n'est pas que j'ai besoin d'aide. J'ai séché mes stupides larmes et je me tiens bien debout. L'énergie est revenue et je ne tremble pas. Ou presque.


Je sais pas pourquoi je continue à me soucier d'elle. Elle n'a besoin de personne cette fille. Elle se rend à peine compte que j'existe et ne m'adresse la parole que quand il s'agit d'Eren. Même toi, Armin, ya des moments où je me demande si elle en a quelque chose à fiche. Elle t'ignore superbement alors que t'as pas l'air dans ton assiette. Moi j'ose pas aller vers toi. J'ai peur de te vexer. Peut-être qu'elle sait que ça te vexerait. Peut-être. Je sais pas. J'ai du mal à réfléchir clairement.

Le caporal t'ordonne de resserrer le bâillon du pervers. Tu commences et je vois que ta main n'a rien de sûr et...

« J'ai tout entendu, il te crache, en vérité, t'es un garçon. C'est ta faute ce qui m'arrive. Avant, j'étais normal mais maintenant... regarde dans quel état tu m'as mis. »

Putain il a juste... Il a... Tu t'es figé et je t'écarte doucement en posant ma main sur mon épaule.

« Pousse toi je m'en occupe. »


De retour au calme dans une vieille ferme isolée avec Historia et Eren, on peut dire que la mission était plus ou moins un succès. On était sous tension alors Sasha et Conny essaient de se détendre comme ils peuvent ils se foutent de moi.

« Qu'est-ce que ça fait de se faire tripoter les seins, Armin ? Tu as ressenti quelque chose ? »

Ils ne sont pas méchants et la plupart du temps, ce sont même de bons camarades mais là, je n'en peux vraiment plus et j'ai envie de pleurer.

Et toi, tu t'énerves.

« Je savais que vous étiez cons mais alors, vous m'impressionnez à chaque fois un peu plus ! Nouveau pallier atteint, bravo les génies ! Vous trouvez vraiment ça drôle bordel ? Tu trouves ça drôle Sasha ? Tu faisais moins la maligne pourtant quand les types de Trost s'approchaient un peu trop près de toi avant qu'on se fasse attraper. »

Tu fais quelques pas.

« Vous me dégoûtez sérieux !

- Oh, c'est bon Jean, on plaisante, pas vrai Armin ? »

Eren ne pose aucune question. Il ne veut pas savoir et il a autre chose à penser. Il regarde la clé qu'il garde autour du cou. Et Mikasa, à ses côtés, le surveille, lui. C'est bête mais je me sens vraiment seul. Je serre les lèvres et puis, soudain, je sens ta main sur mon épaule.

« Ça va ? tu chuchotes à moitié en te penchant vers moi. »

Ça ne me dérange pas quand c'est toi qui me touches et qui te penche et quand c'est ton haleine. Je ne sais pas pourquoi. Conny et Sasha retiennent des gloussements. Je devrais peut-être me forcer à plaisanter mais comme tu es avec moi je me dis que ce n'est pas grave, juste un peu, de se sentir mal pour si peu.

Ça m'a fait mal que tu as détourné la tête alors qu'il me touchait parce que je pensais que c'était parce que ça te dégoûtait et que tu ne supportais pas mais je réalise à présent que si tu as détourné les yeux, c'était sûrement parce que tu savais que ça me mettait mal à l'aise. Jean.

« Armin ? »

Tu le dis doucement. Je ne pensais pas que tu pouvais parler si doucement. Et tes sourcils ne sont pas froncés comme d'habitude. Ton visage est détendu. J'esquisse un semblant de sourire.

Et là, les premiers cris retentissent.


Juste en dessous de nous, nos supérieur hiérarchiques sont en trains de torturer un homme.

J'ai des sueurs froide à cette idée et mes poings sont si crispés que mes ongles entaillent la paume de mes mains. Je ne peux m'empêcher de lâcher :

« Ça y est. C'est parti. La vache, pour affronter des titans j'étais préparé psychologiquement mais là on ne sait même plus qui est l'ennemi. Je suis complètement paumé. »

Conny a les mains crispés sur les oreilles et ferme les yeux. Sasha est tendue comme un arc. Historia a les yeux exorbités. Même Mikasa serre les lèvres. Je sais pas d'où Eren sort son attitude posée mais il explique calmement ce qu'on sait déjà tous. Nos adversaires sont humains cette fois et on prépare un coup d'état. Merci monsieur évidence. Je ne sais pas comment le cerner. Plus ça va et plus il semble prendre ses distances avec le monde qui l'entoure. Il a passé son temps à tripoter sa clé là. Je veux dire, toi, son ami, tu avais l'air hyper mal mais il n'en avait rien à faire.

Bon sang ce qu'il m'énerve, lui. Ça ne va pas en s'arrangeant.

Et toi... toi... mais je ne sais pas non plus d'où tu sors ces plaisanteries là. Je me rappelle que tu avais l'air si choqué quand je parlais de tuer nos supérieurs hiérarchiques irresponsables dans la forêt, quand on attendait que le titan féminin soit capturé. Mais tu es mille fois pire que moi pour ce qui est de dire des trucs glauques. Orchestrer un accident pour manipuler les foules, tuer des civils pour le plus grand bien...

« Je plaisante, tu dis avec un sourire crispé. »

T'as une tronche de titan quand tu souris comme ça.

« Wahou, je dis pour rompre le silence, tu sais que tu vires bizarre, toi, depuis que tu t'es fait tripoter par l'autre pervers ? »

Tu baisses les yeux. J'aurai pas dû dire ça. Eren et Mikasa disent que t'as toujours été comme ça et c'est pas le moment mais je serai presque jaloux de constater qu'ils te connaissent toujours mieux que moi malgré ce qu'on a vécu.

Les cris continuent en bas et tu dis d'un ton lugubre ce qu'on sait tous déjà.

« Nous ne sommes plus des gens biens. »


La main sur mon épaule, tu me réveilles pour mon tour de garde. J'ouvre les yeux. Ce n'est pas comme si je dormais vraiment. Jean. Je n'y arrive pas. Je te laisse la place dans le sac de couchage. Prépare toi à souffrir, entre ce qu'on entend d'en bas et Eren qui s'agite, tu ne risques pas de fermer l'oeil. Tu attrapes mon poignet juste un moment, et tu sembles sur le point de dire quelque chose. Je n'ai aucune idée de quoi. Il s'est passé tant de choses ces dernières vingt quatre heures, si on devait les analyser on en aurait pour une semaine. Je prends ton fusil et ta main un instant à mon tour et on se regarde dans la pénombre pendant un instant. Puis tu fais cette espèce de grimace crispée et on se sépare. Tu te couches et j'enfile un manteau. Il fait froid.


Deux jours sous tension. L'opération pour capturer le père Reiss a échoué. Évidemment. On ne gagne jamais qu'à moitié dans le bataillon d'exploration. Comme si tout ça avait jamais eu une chance de bien finir. Le caporal a torturé ces types pour rien faut croire. Nous sommes recherchés, nous, son escouade. Le commerçant de Trost que le caporal avait rallié à notre cause et qui devait faire mine de livrer Eren et Historia été tué et on nous a tout mis sur le dos. Évidemment.

Seul le caporal est reconnaissable dans l'avis de recherche ceci-dit et il se déplace par la voie des airs, nous contactant épisodiquement ou envoyant ceux de l'escouade d'Hansi Zoë nous prévenir. Une chance qu'on ne soit pas des têtes connues, on passe encore inaperçus et on a pu se mêler à la foule. Ca fait deux jours qu'on ne dort plus vraiment. On se terre dans les ruelles sous nos stupides chapeaux et nos capes et quand on marche un peu pour trouver juste de quoi boire et manger, on fait vite, un par un, en surprenant ces privilégiés de nobles du centre qui parlent de nous et de la menace que représente le bataillon d'exploration.

Ils n'en ont pas assez d'être idiots ? Comment ces imbéciles et leur situations de larves abruties par la propagande ont pu un jour me faire rêver ?

Eren et Historia ont été repérés mais je me demande si on réussira à les choper. A ce stade, on ne prie plus pour la réussie du plan initial mais pour parvenir à réparer les pots cassés.

Pourtant, malgré la situation désespérée, hors de question que je suive aveuglément le caporal timbré et même le major. Quoi que tu dises, Armin ! Je ne tuerais pas et même Conny, qui n'est jamais le dernier pour me chercher, m'approuve. Je sais que t'es un peu timbré dans ton genre mais t'as vu ce qu'il a fait à Historia ? Je veux bien qu'on ait pas le choix mais de là à la brutaliser comme ça.

Et maintenant, il va falloir tuer...

« L'heure n'est pas aux états d'âmes, on a besoin de rester concentrés ! »

Tu m'assènes ça et je me sens comme un gamin pris en faute. Une part de moi voudrais avoir raison mais je ne peux pas m'empêcher de réaliser que la situation est particulière. On ne lutte pas contre les titans mais d'autres humains, on est recherché et Eren et Historia sont aux mains de l'ennemi. Je ne sais pas ce qu'il y a de pire entre ça et se retrouver coincé dans la gueule d'un monstre. Je ne suis pas sûr de moi, je ne sais pas qui j'affronte et je ne sais pas pourquoi je vais mourir. Je sais juste que je ne veux pas tuer. Je ne vais pas pouvoir tuer. Même si on m'en donne l'ordre.

J'aurai vraiment l'air bête à mourir comme ça face à un humain. C'est mauvais de partir avec ce genre d'incertitudes, très mauvais. Tu le sais comme moi et tu fais ton possible pour rester bêtement optimiste mais moi, l'optimisme, ça me rassure plus. Marco est mort, tu te rappelles, et celui-là, on ne pouvait pas l'accuser de broyer du noir.


« Pourquoi est-ce que ça dégénère comme ça ?

- Jean ! »

Les ennemis pleuvent et ils tirent avec leurs équipement de manœuvre tridimensionnelle à flingues. Le caporal en a déjà tué deux. Il est lui-même couvert de sang. Le reste de l'escouade y est vraisemblablement passé. Prise par suprise.

Alors vraiment, ils prévoyaient ce genre d'affrontements ? Des équipements pareils ne feraient rien face aux titans. Quand ils ne sont pas là ces monstres, les humains ne manquent manifestement pas d'imagination pour se faire du tort. Il y a des moments où il vaut mieux ne pas réfléchir à cette humanité pour laquelle on se bat. Qu'est-ce qu'un titan face à la torture. Il n'éprouve pas de plaisir à faire du mal, lui, en tous cas.

Jean. Tes mains tremblent sur ton fusil. Tu crois vraiment que c'est le moment d'avoir des doutes ? T'étais le premier à partir perdant et maintenant tu t'étonnes ! Idiot.


Pitié, qu'elle ne bouge pas ! Qu'elle m'obéisse. Si Mikasa n'avait pas été là tu serais déjà mort mais je la maudis de ne pas l'avoir achevée à ma place. Tu cries encore mon nom. Je bascule et je vois son flingue face à moi. Elle hésite. Dans la frénésie tout semble ralentir. Bon sang.

« Jean ! »

Mikasa crie mon nom tiens. C'est ironique qu'elle se fasse du souci pour moi au tout dernier moment.

La fille me fixe. Les lèvres serrées. La main tremblante. On dirait moi. Puis, doucement, je la vois basculer, s'amollir et déjà, elle n'existe plus.

C'est pas Mikasa qui l'a tuée.

C'est toi.


Note aux lecteurs : Je sais que l'arc politique a déçu pas mal de gens mais je dois dire que c'est en le lisant en entier après avoir lâché le manga pendant quelques temps que j'ai vraiment pris conscience qu'SNK c'était de la BOMBE et que j'ai tout relu et rerelu passionnément.

Voilà.

C'est un moment très intéressant pour tous les personnages et qui les fait profondément grandir... en particulier mes deux petits préférés gnéhé mais aussi Eren, Hansi, Erwin and Levi que je ne peux aborder que de loin dans cette fic ^^' Bref c'est fascinant et ma scène préférée dans TOUT le manga c'est Armin qui gerbe juste après la scène que je viens de décrire. Sissi... Armin qui gerbe. J'ai failli en pleurer la première fois ^^' Ça change tellement de la réaction d'Eren et Mikasa après leur meurtre (un truc que j'ai longtemps reproché à Isayama mais il a conscience qu'Eren est pas très réaliste, ce mec a l'air tellement humble et intelligent en itw... o_o viens en France Isayama-san !)

Breyf que vous dire d'autre... Je me pose sincèrement la question de comment Armin a hissé Jean sur le cheval et La réaction de Jean face à Sasha qui tire à quelques centimètres de Mikasa c'est la dernière démonstration qu'on a eu des sentiments de Jean à son égard alors pour moi, c'est clair, il est enfin passé à autre chose and it's time to ship! All aboard!