Historia a tué son père. La mission a réussi rapidement. Sans anicroche.
Ça fait presque bizarre une victoire facile dans le bataillon d'exploration.
Retour à la caserne. Bon sang. Ça faisait combien de temps qu'on n'avait pas dormi ? J'ai perdu le compte. Bon, ce n'est pas un palais mais on ne se plaint pas. Depuis le temps. Je tombe comme une masse. C'était un long cauchemar qui finit par un sommeil sans rêve.
Quand je me lève, ton lit est vide. Celui d'Eren aussi. Conny dort encore. Je m'habille rapidement et je descend. Il n'y a personne dans la salle commune en bas mais de la fenêtre, je vous vois sur les marches à l'entrée. Le jour se lève et vous n'êtes que des silhouettes mais je vous reconnais. Vous discutez à mi voix et évidemment, je n'ai toujours pas ma place là-dedans. C'est comme si on ne pouvait être proche que quand il n'était pas là.
Dans quelques jours, Historia sera couronnée reine. Une de moins dans la 104. Marco est mort, Annie est toujours dans son cercueil, Reiner, Bertolt et Ymir sont au delà des murs. J'ai croisé Daz tiens. C'est sans doute le plus piètre soldat de la garnison. Il a fait comme s'il ne me reconnaissait pas. Mon « regard patibulaire » sans doute. Pourtant il aurait tout intérêt à être sympa avec moi. Pour ainsi dire, je commence à avoir des contacts.
Bon sang, ça me fait chier que tu restes avec Eren. Je remonte. Conny dort toujours. Si je m'écoutais, je lui balancerai un truc pour me défouler mais j'ai plus douze ans.
Le caporal est déjà reparti. Je crois qu'il n'a même pas pris le temps de dormir. Il cherche Kenny Ackerman. Mikasa aurait sans doute aimé y aller aussi mais au fond elle préfère être auprès d'Eren. Nous n'en parlons pas beaucoup mais il nous inquiète. Ce qu'il a appris sur son passé, son père, ce qui lui est arrivé avec Rod Reiss et Historia... Ça a mis ses nerfs à rude épreuve. Il est à un cheveu de s'effondrer.
« C'est comme si je ne savais plus rien, m'a-t-il dit ce matin, comme si je réalisais seulement maintenant à quel point j'étais négligeable. »
Il avait le don de s'aveugler Eren mais c'est aussi pour ça que je l'admirais. Ne pas se rendre compte qu'on est faible donne une certaine force, quoi qu'on dise. Eren. Il se donnait des claques sur le mur avant de se changer en titan. Il sait qu'il n'a pas eu le choix, qu'il ne pouvait pas savoir, il sait qu'il n'est pas une erreur et que son père, quoi qu'il ait accompli d'horrible, voulait sauver l'humanité, mais ça ne l'empêche pas de se détester et ça, vraiment, je comprends. Donc oui ça m'aurait fait mal de le perdre, quoi que tu en penses. Arrête de nous jeter ces regards méchants de loin, Jean. Si tu veux me parler. Viens.
On a à faire. Le couronnement à quadriller mais aussi des commémorations, des enterrement, une réévaluation des stocks sans compter nos rapports sur les derniers jours, une visite médicale, un tas de papiers à remplir, un tas de sales souvenirs à se remémorer. Pas étonnant que le caporal se soit aussitôt imposé une autre tâche, ce genre de formalités doit l'ennuyer au plus haut point. Le chef d'escouade Zoë est toujours alité et le major est pris dans la tourmente de la politique. Le caporal est seul. Eren est seul et c'est pour ça que je dois être là pour lui puisque je le peux.
Ça y est. Historia a été couronnée reine et on a assisté à l'événement aux premières loges. Nous étions, selon ses dires, sa « garde personnelle ».
Directement après la cérémonie, elle est allée droit sur le caporal et lui a filé un pain bien mérité vu ce qu'il lui avait fait. C'était vraiment drôle. Je ne pensais pas qu'elle oserait. Eren l'en aurait presque découragée ce mollasson mais le caporal a souri et nous a remerciés et l'espace d'un instant on a oublié que les soldats qu'on avait brûlé, cette fois, on était en partie responsables de leur mort.
Quand je vois le nombre de cadavres et quand je me rends compte qu'on s'en est tous tirés, je réalise à quel point c'est miraculeux.
Les derniers événements donnent des ailes à Historia en tous cas. Elle m'impressionne et me surprend dans le bon sens. Elle n'a rien de la « déesse » toujours serviable et émotive qu'on a rencontrée. Elle se pose là comme dirait ma mère. Il faut que je profite du mois de calme qui s'annonce pour aller la voir d'ailleurs. Ça fait vraiment longtemps.
On festoie en petit comité. Enfin petit est relatif mais vue la foule rassemblée dehors, c'est petit. Il y a quelques gratte-papier, le fils Reeves, des chef d'industries, des dirigeants de districts, des hauts dignitaires, les gradés de l'armée... et nous. C'est important aussi je suppose... pour le moral. On a tellement travaillé cette dernière semaine. J'ai l'impression qu'un millénaire à passé.
Sasha mange ce qu'elle peut, Historia se fait tenir la jambe par des types en costume mais répond avec assurance et Conny, un peu trop gai, a entamé une danse bizarre avec l'assistant du chef d'escouade, Moblit. Comme même Eren s'efforce de cacher qu'il broie du noir et que Mikasa reste avec lui, tu te permets de venir vers moi. Je te regarde mais seulement du coin de l'œil. Tu t'adosses au mur à côté de moi. On n'est pas vraiment seuls mais dans l'agitation, ce n'est pas comme si on prêtait vraiment attention à nous. On ne s'est pas reparlé depuis les derniers événements. On a échangé des regards, pas plus et je ne sais plus trop ce que je dois y lire. Quelques fois, on dirait que tu m'en veux.
« On est allé voir Hansi Zoë tout à l'heure, tu dis, tu sais qu'elle s'est faufilée en douce dans la foule pour voir le couronnement ? En tous cas, elle sera bientôt rétablie et d'ici la fin de la semaine, Eren reprendra les expérimentations. Ca le soulage de se sentir utile. »
Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? C'est pas que je me fiche d'Eren mais j'ai d'autres choses en tête.
« Mikasa aimerait qu'il puisse se reposer plus longtemps, tu poursuis.
- Ça ne m'étonne pas mais elle pense à elle aussi ? Elle a reparlé avec le caporal de leur supposé lien de parenté ?
- Pas que je sache. »
Tu enfouies ton nez dans le verre que tu tiens à la main. Un verre en verre. Ça nous change des gobelets de bois ou des choppes en étain. Tu as peur de le casser.
Je sais que tu me regardes depuis tout à l'heure. Depuis hier. Depuis que c'est fini. Je le sais parce que je te regarde moi aussi. Tu le voulais, non, que j'aille vers toi ? Tu l'attendais et tu étais toi même incapable de venir, Jean. Alors pourquoi tu me parles de Mikasa ? Et pourquoi tu restes silencieux maintenant que je suis là ?
J'hésite. J'ai tellement de choses à dire que je ne sais pas par quoi commencer. J'aimerai peut-être reprendre là où on en était restés l'autre fois, dans la forêt. Tu en penserais quoi ? Est-ce que tu as changé d'avis ? Est-ce que ça te semblerait bête ? Immature ? Illogique ? Irrationnel ? Dégoûtant ? Je ne dis rien et je bois trop vite et ça me fait tousser alors tu poses ta main dans mon dos.
Ça faisait tellement longtemps que tu ne m'avais pas touché. J'ai un sursaut et nos regards se croisent et tu baisses aussitôt les yeux en retirant ta main. Je m'essuie la bouche.
« Tu as des plans pour notre semaine de permission ? tu demandes finalement.
- Pas vraiment. Je vais sans doute investir la bibliothèque centrale puisqu'Historia peut nous y donner accès. Les archives ont été ouverte, on m'a recommandé pour les recherches à venir.
- Du travail ?
- Ce genre de choses n'attendent pas. Tu as prévu d'aller quelque part. »
Tu détournes le visage.
« Bah... ça fait une paye que j'ai pas vu ma mère.
- On se rappelle tous de la fois où elle t'as fait une visite surprise. »
Tu rougis bêtement. Ça avait été une vraie catastrophe. Tu l'avais envoyé paître alors qu'elle nous gavait d'anecdotes et de recommandations à ton propos parce que « vous comprenez, JeanJean est un peu farouche mais il n'est pas méchant. »
« J'ai été un vrai crevard avec elle mais bon, elle est vivante, je suis vivant. Ce serait normal de passer...
- Bien sûr. »
Un instant de flottement. Tu serres tes poings qui tremblent légèrement.
« Et tu... tu voudrais pas... peut-être juste une journée enfin... venir avec moi ? »
Je te regarde avec étonnement.
« Venir avec toi... voir ta mère ? j'hésite.
- Non, t'as raison, c'est nul, laisse tomber. Ton verre est vide t'as vu ça ? Moi je n'en ai même pas. Il est temps de se resservir.
- Jean ! »
Tu t'interromps dans tes gesticulations. Ta main se fige sur la mienne alors que tu tentais de me prendre mon verre.
« Une journée... ce n'est pas si long, tu hésites, enfin il faudra compter le trajet mais si j'emprunte des livres je pourrai travailler en route, pas vrai ?
- Oui, ça me semble bien. Je... t'aiderai. »
Je lâche ta main très lentement et je m'éloigne vers la table centrale pour chercher un verre. J'ai du mal à te quitter des yeux mais je finis par détourner le visage après avoir heurté Conny. Je ne sais pas pourquoi je suis si troublé. Ma demande n'a rien d'incongru. Tu es orphelin sans famille où aller et tu es mon ami et... Tiens, Conny a été invité par Sasha qui va aussi retrouver son père dans son trou perdu. Dauper je crois. Ce n'est pas comme si ça ne se faisait pas entre amis. Et puis, Trost, ce n'est pas le bout du monde.
Je prends un verre et je constate que tu as rejoint le groupe qui s'est formé autour d'Historia. L'escouade au complet isolée dans son coin, sauf le caporal qui est déjà parti dieu sait où. Je me joins à vous et tu me souris en m'indiquant une place à côté de toi. On parle et on rit trop fort en évoquant des souvenirs de l'entraînement. Je me moque d'Eren et de ses problèmes de manœuvre tridimensionnelle et il réagit à peine. Ok. D'accord. Il n'est vraiment pas bien. Pour que ce type arrête de me chercher il faut qu'il y ait un vrai problème. Heureusement, Mikasa reprend avec une de ces blagues répugnantes qu'elle dit d'une voix parfaitement neutre. On dirait le caporal pour ça. L'entraînement... ce n'était pas la période la plus heureuse de ma vie mais je dois dire qu'aujourd'hui je suis heureux d'avoir vécu ça avec eux... avec vous... avec toi.
Tu t'endors un peu et tu t'appuies vaguement sur moi sans y aller tout à fait. Nos épaules s'effleurent à chaque mouvement. J'ai un peu trop chaud. Ça part de l'estomac. C'est bête.
Son altesse elle-même m'a ouvert les portes de la bibliothèque. Je n'avais jamais vu un endroit aussi impressionnant. C'est absolument gigantesque, poussiéreux et surchargé d'ouvrages sur quatre étages depuis qu'on a ressorti les livres censurés et interdits des archives. Ils en ont sans doute détruit beaucoup mais il en restait quand même. Un siècle de savoir des ouvrages scientifiques les plus pointus aux romans les plus superficiels... aurait-on seulement assez d'une vie pour tour lire ? Je me suis rappelé du livre que j'avais montré à Eren. Le livre sur l'espace au delà des murs. C'était mon trésor à l'époque mais il me semble bien dérisoire face à tout cela. Je me demande s'il est toujours à Shiganshina. Je n'avais pas pu l'emporter avec moi. Peut-être que je le retrouverai pendant la reconquête de Maria mais j'aurai sans doute autre chose à faire.
Je ne savais pas trop par où commencer mais Historia m'a aidé à choisir. Je ne suis pas le seul soldat à travailler dans la bibliothèque royale mais on m'a dit de ne pas hésiter à prendre des livres qui avaient déjà été passé au crible par les hommes du major Zackley. Apparemment, j'ai l'œil pour les détails. C'est assez flatteur. Les ouvrages sur les murs détaillent surtout leur superficie et leur géographie pour ce que j'en ai lu mais je n'ai pas encore fini de les décortiquer. C'est la première catégorie sur laquelle je me suis attardée.
« Tu pars avec Jean, non ? m'a demandé Historia après avoir évoqué les réformes qu'elle mettait en place concernant les habitants de la ville souterraine avec l'appui du caporal.
- Pour trois jours seulement. Malgré la permission, j'ai beaucoup à faire.
- Ménage toi.
- Ça te va bien de dire ça. »
Elle a souri, puis, après une hésitation et un regard périphérique de vérification, m'a demandé :
« Jean et toi... vous tenez l'un à l'autre... non ?
- Je... suppose. Mais nous sommes tous soudés non ? Ceux de la 104 et de l'escouade...
- Ne prends pas ta reine pour une idiote, Armin. »
Je suis resté silencieux. Elle a détourné son visage, caressant distraitement la tranche d'une série d'ouvrage reliés en peau.
« Tu sais... même si ce genre de sentiments peut sembler dérisoire, c'est plus important qu'on ne le pense. »
Elle se rappelait d'Ymir. J'ai hésité, puis je lui ai parlé à demi mots de ce que m'avait dit cet homme la fois où j'avais dû me faire capturer à sa place. Ça remontait à une semaine et demi. J'avais l'impression d'évoquer des événements remontant à mon enfance. Nos sorties hors des murs et nos batailles face aux titans étaient des tumultes d'émotions qui passaient en un éclair mais ce que nous avons vécu en à peine quelques jours et dans l'enceinte des murs a changé le monde et fait basculer l'humanité. La tension était là mais elle n'était pas comparable à ce qu'on ressent face aux titans, c'était plus insidieux et glaçant, presque plus terrifiant même car l'espoir était plus grand. Nous avions plus à gagner et à perdre qu'avant.
Pourquoi est-ce que je continuais de penser à ce que m'avait dit cet homme ? Pourquoi est-ce que je continue de penser à toi ?
« Il a dit « avant j'étais normal » parce qu'en fait, il s'est avéré que j'étais un garçon et qu'il avait... ressenti certaines choses. « Normal »... Je suppose qu'il n'est pas le seul à penser ça. Les hommes et les femmes vont ensemble, c'est dans la nature des choses. On ne peut pas... être... avec un autre garçon... En toute logique. »
Historia est restée un instant silencieuse. Puis, elle a dit très calmement :
« Nous sommes... vous êtes soldats du bataillon d'exploration, votre vie n'est pas « normale » alors ne réfléchis pas en ces termes. »
Je vais essayer mais le problème c'est que je ne suis pas certain que toi non plus tu ne réfléchisses pas en ces termes, Jean. Est-ce que ça t'embêterai de ne pas être normal ?
Est-ce que tout ça a un sens ?
Comme notre solde n'est pas non plus infinie, on a décidé de planter notre campement sur la route au lieu de chercher un relai. Nous n'avons pas pu prendre les chevaux du bataillon mais les animaux qu'on a loués sont assez solides pour aller de Mitras à Trost sans changement. On ne les ménage pas mais on voyage léger à part tes bouquins. Tu montes toujours aussi mal par contre mais bon, je ne me moquerai pas de toi. Je trouve plutôt touchant qu'un cerveau aussi brillant que le tien ait quelques faiblesses.
On plante le campement en s'enfonçant un peu dans les bois. D'après la carte la zone est plutôt calme car on n'a pas choisi une route très fréquentée. De toute façon, qu'est-ce qu'on risque ? On est soldats, non ? On en a vu d'autres.
« Tu ne regrettes pas d'abandonner Eren pour un rendez-vous avec Kirschtein mère et Kirschtein père ? je demande en ramassant un peu de bois pour le feu.
- Ton père est vivant aussi ? Tu n'en as jamais parlé, tu t'étonnes.
- Ah... c'est qu'il est... disons... plus effacé que ma mère. »
Tu souris et je ne sais pas trop quoi en penser.
« Il t'appelle aussi Jeanjean ? »
Je me fige. Tu l'as demandé si innocemment et je sais qu'il s'agit là d'une énième démonstration de ta sournoiserie. Je choisis d'ignorer délibérément la question et j'achève d'amener du bois pour faire partir le feu. Le temps s'est vraiment rafraichi et avec la nuit qui tombe, c'est encore pire. Il était temps. Même sous le couvert des arbres, un vent glacé souffle et je ressers les plis de mon manteau d'une main. Toi, tu as déjà attrapé ta couverture.
Ni toi ni moi ne sommes de grands cuisiniers, on a pris des rations mais on fait quand même chauffer un peu d'eau pour le thé. Le fils Reeves a respecté les accords de son père avec le caporal et le bataillon n'en manque jamais au point qu'on en profite même en permission.
« Merci Jeanjean, tu dis après que j'ai rempli ta tasse. »
Je te fixe d'un air furieux et tu éclates de rire.
« C'est pas très mature, ça Armin, je m'attendais à mieux de ta part. »
Je souris quand même. Tu me rends mou et bête. Tu t'arrêtes de rire et me fixe un instant en souriant.
« Ca me change les idées tout ça. J'ai beau me dire que ce n'est pas le moment, ça fait du bien.
- Tu sais, je ne pense pas qu'une semaine de permission va retarder beaucoup la reconquête du mur Maria. Ca prendra du temps de l'organiser quoi qu'il arrive et il faut que nos supérieurs se rétablissent aussi.
- Je sais, tu dis, mais c'est difficile de profiter de l'instant quand on projette tant d'espoir dans les événements à venir.
- Qu'est-ce que tu espères ? »
Ton sourire s'élargit :
« Dis moi !
- C'est un peu bête, tu expliques, et je n'en ai jamais parlé qu'à Eren et Mikasa... Ne te moque pas... »
Tu inspires, puis tu lâches :
« Je voudrai voir la mer.
- La mer... ?
- Vois ça comme un très très très grand lac. Grand comme des pays et sous lequel on trouve des montagnes et des animaux gigantesques.
- Tu te fiches de moi ?
- Mais non ! Ça existe ! Mais il y a un tas d'autres choses au delà des murs. J'avais un livre sur le sujet quand j'étais petit.
- Tu m'étonnes que t'aies eu des soucis avec les autres enfants. Hérétique va. »
Tu te crispes nerveusement. J'ai parlé à la légère mais manifestement, j'éveille des souvenirs peu agréable. Je m'excuse aussitôt mais tu souris de nouveau :
« Ne t'inquiète pas. Je sais que ce n'est pas méchant quand c'est toi qui le dis... »
Tu rougis et porte machinalement le thé à tes lèvres. Tu en aspires une gorgée brûlante et te force à avaler. Tu as les larmes aux yeux et je peine vraiment à ne pas rire.
« Ça va ? je te demande. »
Tu hoches la tête et fais comme si de rien n'était. Tu es bête Jeanjean.
Après avoir repris contenance, tu me questionnes sur l'extérieur et comme d'habitude, je m'emballe. Je décris en détail ce que j'ai lu. Les glaciers, les terres enflammées, les océans de sables, les montagnes qui dépasseraient nos murs, les animaux étranges, la faune marine... Même l'espoir ridicule que j'avais, petit, de découvrir d'autres hommes hors des murs. Ça c'est vraiment hérétique comme idée. Je dois avoir l'air ridicule mais je mets du temps à m'en rendre compte.
« Excuse-moi, je te dis, je me suis un peu emporté.
- Non non, c'est intéressant et puis, on a jamais eu l'occasion de parler de ça. C'est drôle de te voir aussi enthousiaste. »
Je souris mais pique du nez dans mon thé comme toi. Je suis bête. Heureusement, il a eu le temps de tiédir.
« Et toi alors, qu'est-ce qui te motive ? je demande. »
Tu me fixes en fronçant les sourcils, puis tu détournes le visage.
« Si tu ne veux pas répondre...
- Si si je veux bien ! tu assures, c'est juste que je ne sais pas comment le formuler. »
Tu as serré les poings. Tu mets quelques instants avant de dire :
« Ça va faire bizarre dit comme ça mais je crois qu'en fait, je veux juste ne pas me détester à la fin. »
A la fin. Je serre les dents. Je n'aime pas cette idée mais ta motivation, je la trouve bonne. Je soutiens ton regard. Tu souris d'un air d'excuse :
« Je pense que c'est une très bonne raison, Jean. »
On ne sait plus trop quoi dire après. Il y a un silence mais comme il se fait tard, tu proposes de s'installer pour dormir. On s'allonge côtes à côtes et ça n'a rien de naturel mais pourquoi pas et puis il fait froid, n'est-ce pas ? Il y a un silence, des froissements le temps de trouver la bonne posture, ton corps effleure le mien à travers nos couvertures. Tout se passe si lentement. J'avais oublié que la vie pouvait être lente, presque éternelle. L'armée habitue au rythme et à la frénésie, je crois.
Après un millénaire, tu demandes si je dors et je réponds que non. Quelques siècles passent encore et tu te tournes vers moi et je t'imite et tu sors ton bras de sous ta couverture et le tends vers le poing que je garde serré près de mon visage. Doucement, vraiment doucement, ma main se déploie sous la tienne. On s'effleure puis on s'accroche du bout des doigts et j'embrasse le dos de ta main. Tu te rapproches enfin. Tu es si près. Ta peau et tes yeux brillent, éclairés par le feu derrière moi. Je ferme les yeux, j'embrasse encore tes doigts et c'est comme un signal. Enfin, tes lèvres sont sur les miennes. Trop pressantes mais pas assez encore et je sens tes dents serrées et ta salive et ton souffle et ta main qui caresse mon cou. Et on s'éloigne pour mieux s'élancer, et on se respire dessus parce qu'on est trop vivants pour y réfléchir et je mords et tu gémis et ta main dans mes cheveux agrippe sans tirer. A bouche grande ouverte on se dévore.
Note : dans le chapitre du couronnement d'Hisu je ne m'explique VRAIMENT pas la présence d'Hanji dans la foule avec Moblit (les autres militaires ont l'air de rester entre eux), les journaleux et Reeves... o_o En plus elle était bien amochée mais bon... ils cicatrisent vite sérieux, si tout ce qui s'est passé s'étend sur 3 mois la jambe de Levi s'est aussi remise en 2 jours quoi.
Bref je me base sur la temporalité cheloue du manga. Vala. :)
SInon, j'ai commencé une BD qui adapte (mais varie un peu) les événements de ce chapitre et du suivant et qui fera une cinquantaine de planches. Les dix premières sont (en anglais) sur mon tumblr. Comme d'hab vala le lien avec des parenthèses :) : mirandafandomette(tumblr)com/post/130367991195/first-part-of-a-looong-jearmin-comics-thats
Btw je suis en train d'hyperventiler après les spouâl du dernier chap de SNK vala è_è
