J'ai vraiment angoissé à notre arrivée. Mon père travaillait encore mais ma mère. Bon sang, qu'est-ce qui m'avait pris de vouloir te faire rencontrer ma mère. J'étais persuadée qu'elle allait raconter une flopée d'histoire embarrassante et m'humilier à coup de « tu ne manges pas assez » « arrête de recouper tes cheveux si court tu as l'air d'une grenouille de bénitier » ou encore « tu n'as jamais su faire telle tâche ou telle tâche ». Seulement, la première chose qu'elle a fait quand elle nous a vu c'est nous attraper tous les deux pour frimer auprès du voisinage. Elle a ainsi fait le tour du quartier avec les deux héros qui sont même des amis de la reine s'il vous plaît et qui combattent les titans pour l'humanité, pas comme le fils Teuberg qui est apprenti poissonnier.

Ensuite, seulement, c'est toi qu'elle a humilié en disant :

« Il est quand même bien chétif pour un soldat, ton ami. »

Je suis désolé Armin, le côté brut de décoffrage, il vient pas de mon père, ça c'est sûr. Heureusement, tu as bien pris tout ça. Tu semblais même t'amuser. Malgré le rationnement toujours en vigueur à Trost, la vieille nous a gavé, surtout toi qui es trop chétif, et nous a tous les deux harcelé de questions sur Historia qui est tellement jolie et tellement merveilleuse et courageuse avec un grand cœur et qui comprend le peuple, elle, pas comme cet usurpateur de Fritz. On a évidemment soigneusement évité de lui parler de la fois où tu t'étais fait kidnapper à sa place. Ceci dit, avec le recul, ça aurait pu être drôle.

C'est fou qu'Historia suscite tant d'admiration. Fritz était aimé, Marco pouvait en témoigner, mais pas autant. Je me demande comment il aurait réagi s'il avait vécu assez longtemps pour connaître la vérité sur la famille royale.

Le vieux, qui est rentré tard, a à peine parlé comme d'habitude mais il avait l'air content. Il s'est assis près du feu et il a ciré ses chaussures avec minutie. Une habitude qu'il a pour pas entendre ce que dit la vieille.

Ensuite, on est monté se coucher. Je pensais être mal à l'aise, surtout que ma mère a plus ou moins laissé ma chambre en l'état et que c'était pas glorieux, mais tu as fait preuve d'assez de tact pour ignorer la saleté, la série des aventures du bandit Jolicoeur (j'avais huit ans quand j'aimais ça, je pense que c'est pardonnable... et puis, le style n'est pas si mal je t'assure...) et même des sous-vêtements fossilisés qui dépassaient de sous le lit. On a dressé un lit de camp pour donner le change à la vieille quand elle montrait dire bonne nuit (une vieille habitude, te moque pas), mais après ça, tu m'as rejoint dans mon plumard. Ma mère a changé les draps évidemment. C'est frais. Même nous on est « frais » et même si on n'a pas pu prendre de bain (on ira directement à la rivière demain, faut espérer qu'il ne fasse pas trop froid) on s'est toiletté un minimum. C'est peut-être mieux, du coup, d'être propre pour recommencer à s'embrasser et à se toucher. Enfin peut-être que tu t'en fichais dans la forêt mais je me sentais vraiment dégueulasse d'avoir cavalé toute la journée et j'avais un peu peur que ça t'embête. Enfin, c'était pas ce dont j'avais le plus peur en vrai. J'avais jamais embrassé personne, Armin. J'avais jamais vraiment pris personne dans mes bras non plus à part ma mère ou... enfin tu appelles pas ça une étreinte quand il s'agit de lutter, pas vrai ? Sinon ça voudrait dire que j'ai passé ma vie à câliner Jäger. Merci.

J'essaie de faire moins de bruit. De ne pas gémir quand tu mords mes lèvres ou que nos langues se heurtent. Ta bouche est vorace mais tes mains, sur mes épaules et mon cou, sont vraiment douces. Cette fois, comme on est dans le même lit, tu dois le sentir quand je commence à bander. Je m'écarte. J'ai pas envie de te traumatiser ou un truc comme ça mais ça a l'air de te vexer alors on discute. Je crois qu'on est plus doués pour ça que pour se toucher pour le moment. Tu m'as laissé une sale marque sur le cou dans la forêt d'ailleurs. J'ai dit à ma mère que c'était une branche. Ça a viré au bleu. D'un côté je vais pas dire que ça m'a déplu que tu fasses ça, Armin, mais c'est un peu gênant.

« Jean, pourquoi tu t'éloignes ? tu me demandes. »

J'hésite à répondre, puis je lâche :

« J'ai la trique. »

Tu éclates de rire mais je te colle la main sur la bouche parce que la chambre de mes vieux est pas si loin et qu'il est tard. Quand j'enlève ma main, je suis penché au dessus de toi et nos visages ne sont éloignés que de quelques centimètres. Tu souris :

« Tu crois que t'es le seul, Jeanjean ?

- M'appelle pas Jeanjean alors que tu parles de ta gaule, c'est malsain, je grommelle en m'écartant un peu.

- D'accord, tu dis en te penchant au dessus de moi à ton tour, mais arrête d'avoir peur de moi.

- Je n'ai pas peur de toi, je dis, j'ai peur de te faire mal.

- Tu ne m'as jamais fait mal. »

Ça me surprend.

« Vraiment ? Même la fois ou je t'ai dit que c'était minable de suivre Eren partout ? Tu étais vexé.

- Vexé mais pas blessé parce que je savais que tu te sentais seul. Et puis, tu n'avais pas totalement tort.

- Alors tu vas arrêter de suivre Eren partout ?

- Jean, tu hésites, il ne va pas très bien... il a besoin de moi.

- Il a Mikasa...

- Sa relation n'est pas la même avec Mikasa. Il est plus à l'aise pour discuter avec moi.

- Ça fait chier. »

On parle d'Eren. On parle sérieusement d'Eren. Autant dire que la trique est partie rejoindre la mer que tu voulais tellement voir. On reste un moment silencieux, puis je dis :

« Ceci dit, c'est vrai que je comprends que les dernières révélations soient dures à digérer pour lui. »

Tu me prends doucement la main et tu as appuies ton front contre mon épaule.

« Ceci dit, j'espère que ton sens de la camaraderie n'ira pas assez loin avec lui pour que tu te sentes obligé de le réconforter de manière plus... physique. »

Tu ris et me donne un coup de tête dans l'épaule.

« Idiot.

- Non mais c'est vrai quoi ! Il passe sa vie à te tenir la main.

- Tu voudrais être le seul à avoir ce privilège ?

- Non... enfin... c'est pas que je sois possessif ou quoi...

- Moi j'aimerai bien que tu arrêtes de te soucier autant de Mikasa, tu sais. »

Ça alors. Toi aussi tu étais bêtement jaloux.

« Tu trouves que je me soucie trop de Mikasa ?

- Tu as manqué de mourir pour la sauver !

- Tu as manqué de mourir pour me sauver.

- C'est ce que je dis. »

Du pouce, je caresse ta main crispée sur la mienne. Je suis désolé d'être ta demoiselle en détresse Armin. Ça n'arrivera plus je te jure. La prochaine fois...

« J'avais... un truc pour Mikasa et je suppose que son obsession malsaine pour Eren l'a encore aggravé mais je savais que j'avais aucune chance et...

- Et donc tu as décidé d'emmerder Eren en t'attaquant à son autre ami.

- Pas du tout ! je crie presque, c'est pas du tout pour ça que...

- Je plaisante Jean. Je sais.

- Qu'est-ce que tu sais ? »

Ton visage est tourné vers le mien, tes cheveux répandus sur l'oreiller prennent la lumière de la lune qui filtre par la fenêtre. Tu ne réponds pas et tu fermes les yeux alors je t'embrasse doucement.


On est restés trois jours de plus. Il faut croire qu'on se sent bien ici. C'est plus intime qu'à la caserne même si on doit rester très discret. Mais de toute façon, y a-t-il un seul endroit où l'on ne devra pas être discrets ?

On ne va pas encore très loin mais je suppose qu'on a un peu de temps avant la prochaine expédition et puis, même si par moments je m'oublie complètement et je te griffe et te marque sans y réfléchir, je dois admettre que ça fait un peu peur et que je n'ai strictement aucune idée de ce qu'il convient de faire. Entre un homme et une femme, ça semble relativement évident une fois qu'on a quelques notions d'anatomie mais entre deux garçons... C'est effectivement contre nature mais le but n'est de toute façon pas la reproduction. En vérité l'absence de possibilité de reproduction est une épine qu'on nous ôte du pied. Pas vrai ?

Quand on s'est baignés dans la rivière, ce n'était pas la première fois que je te voyais nu en plein jour mais c'était la première fois depuis qu'on avait commencé à être... amants ? Je ne saurai pas le définir. Ta peau est marquée de partout. Je me suis rappelé du torse d'Eren. Avec ses pouvoirs de titan, sa peau est aussi lisse que celle d'un nouveau né. Je préfère ton buste, Jean. C'est évident, mais autant le préciser puisque tu as peur que je te préfère Eren. C'est idiot. C'est un frère pour moi.

La deuxième nuit, j'ai redessiné tes cicatrices et tes marques avec ma langue. Je n'ai pas osé descendre plus. Tu ne me l'as pas demandé. Ta peau avait le goût de la rivière. Elle est moins fine que la mienne mais tellement sensible. J'adore te voir frissonner et te tendre. « Tu fais vraiment des trucs bizarres » tu m'as dit. Ce n'est pas bizarre pour moi, Jean. Je t'ai demandé si tu n'aimais pas et tu m'as dit que tu n'étais pas sûr. Que tu ne détestais pas en tous cas. J'ai vérifié discrètement et tu bandais encore. Je t'ai demandé de me faire la même chose mais ça m'a surtout chatouillé alors tu t'es découragé mais je t'ai demandé d'insister et j'ai bien fait. Je m'étais toujours demandé quel était l'usage des tétons pour les hommes. Je crois que j'ai compris. Du moins pour ce qui est des miens. Toi, ça te fait vite mal.

La troisième nuit, on s'est endormis comme des loques. Il faut dire que la journée avait été longue. Je ne supportais pas de rester oisif même si, apparemment, c'est comme ça que ça se passe quand tu es chez maman, alors j'ai proposé d'aider aux corvées et comme tu ne pouvais pas en faire moins que l'invité de la famille, tu m'as imité. Le caporal aurait été fier de nous, on récuré la maison de fond en comble y compris ta chambre mais tu t'en es chargé seul, la pudeur, on a rangé le bois, lavé et étendu le linge et arraché les mauvaises herbes de la cour. Ça a pris un temps fou et c'était épuisant.

Ta mère est comme toi, Jean, elle a l'air un peu rude de prime abord mais en fait, elle est plutôt attentive et bienveillante. Elle nous a expédié dehors pour une promenade avant le dîner pour qu'on ne se sente pas obligés de l'aider ce qui nous aurait fait une corvée de plus. On a un peu marché dans Trost, à distance raisonnable l'un de l'autre, en silence. Même si on est plutôt doués pour parler, au bout d'un moment, on n'a juste plus rien à dire. J'avais envie de te prendre la main, au lieu de ça je me suis arrangé pour heurter doucement ton épaule à un rythme régulier. Tu as compris mon manège alors tu as dit :

« C'est dommage que tu ne sois pas venu déguisé en fille, j'aurai pu frimer à ton bras. Ma mère aurait été folle de joie que je ramène une fiancée. »

Ça m'a un peu énervé alors j'ai dit :

« Il va falloir qu'on cache ce qu'on fait à absolument tout le monde.

- Ce sera pas la seule chose qu'on cache aux civils, tu as soupira avec agacement.

- Oui mais là, je ne le dirai même pas à Eren, il a autre chose à penser."

Ça a eu l'air de t'agacer.

"Nous aussi de toute façon, on a autre chose à penser. »

J'ai acquiescé parce que c'était vrai mais en même temps, je ne pouvais pas m'empêcher de me dire qu'on avait à peine seize ans et qu'on avait frôlé la mort un nombre incalculable de fois et qu'on aurait dû pouvoir profiter. Je n'avais pas ouvert mes livres du tout. Le lendemain, c'est à ça que je me suis consacré. Tu as dégagé la paperasserie de ton vieux bureau pour que je m'installe. J'ai vu de vieux dessins et je suis tombé sur le portrait d'une fille qui ressemblait beaucoup à Mikasa mais avec des traits plus occidentaux. Je t'ai demandé ce que c'était. Tu m'as pris le dessin des mains et tu l'as enfoui sous la pile de papier que tu t'apprêtais à cacher sous ton lit avec le reste de tes secrets honteux :

« Je... j'ai dessiné ça... comme... Enfin c'était la fille idéale pour moi. J'étais un peu idiot.

- Elle ressemblait à Mikasa.

- Je sais.

- Tu ne dessines plus depuis le temps ? j'ai enchaîné, tu devrais. Tu étais doué.

- Je suis rouillé.

- Tu n'as qu'à dessiner maintenant vu que je vais lire.

- Je comptais lire aussi, tu sais. J'aime bien lire.

- Ce ne sera pas aussi palpitant que le bandit Jolicoeur.

- Ne sois pas condescendant ! File moi un de tes pavés !

- Pourquoi tu ne veux pas dessiner ? »

Tu as levé les yeux au ciel. Tu t'es penché vers moi, j'ai cru que tu voulais m'embrasser alors j'ai fermé les yeux mais tu as attrapé un de mes livres et tu m'en as asséné un petit coup.

« Tu fermais les yeux ? Tu voulais un baiser ?»

J'ai rougi et détourné les yeux pour ouvrir mon premier ouvrage.

« Je ne sais pas. Il aurait sans doute été relativement satisfaisant que tu évites ma question en usant de ce stratagème.

- J'évitais pas la question. J'ai juste... enfin ça fait trois ans que j'ai pas dessiné sérieusement et mes mains ne sont plus vraiment les mêmes. Avec la manœuvre tridimensionnelle j'ai l'impression qu'elles ont une épaisseur supplémentaire et j'arrive plus à faire des trucs délicats. Comprends que je n'ai pas envie de réessayer pour constater que je suis devenu nul.

- Mais fais ce que tu veux, ai-je soupiré. »

Il y a eu un silence, puis tu t'es de nouveau penché vers moi et tu as demandé si tu pouvais m'embrasser.

« J'ai dit « ce que tu veux », ai-je répondu en souriant.»

Prenant appui sur le bureau d'une main, tu as caressé ma nuque et posé tes lèvres sur les miennes. Comme nous n'avions rien fait la nuit dernière, l'intensité de ce que j'ai ressenti m'a surpris. Puis, tout est redevenu familier et j'ai passé un bras autour de tes épaules pour te rapprocher encore et j'ai commencé à jouer, à pincer, à mordre. Le bruit était dégoûtant mais enivrant. Je crois que nous étions un peu trop confiants parce que ta mère est entrée à ce moment là. Tu t'es écarté précipitamment et nos lèvres ont fait un bruit claqué très bizarre mais il était trop tard. Elle s'était figé dans l'embrasure, elle avait vu.

« Mais merde Maman ! Combien de fois je t'ai dit de frapper avant d'entrer ! »

Elle est repartie d'un pas raide, sans dire un mot et tu es allé claquer la porte. Tu t'es laissé glisser à terre en t'appuyant contre elle :

« Ça va aller ? Je t'ai demandé.

- On verra ce que ça donne. De toute façon, au pire, on devait repartir demain matin. »

Puis tu as ri et j'ai ri aussi sans comprendre. C'était nerveux. Je t'ai demandé ce qu'il y avait de si drôle :

« Elle a jamais su frapper et donc ce genre de scènes arrivait tout le temps alors que je me branlais. »

Je ne pouvais pas m'empêcher d'imaginer mais bizarrement, je ne trouvais pas ça si drôle. Il a été un peu compliqué de se concentrer sur le travail ensuite mais j'ai réussi à lire trois des livres que j'avais emportés et si je n'ai pas examiné le quatrième, c'est que tu étais toi-même en train de t'acharner dessus et je n'ai pas osé te le réclamer.

L'ambiance du dernier dîner était lourde avec ta mère qui restait silencieuse. Je n'osais même pas tenter des politesses. Je me demandais si ton père avait été mis au courant. En tous cas, son attitude n'avait pas changé. Quand le repas s'est achevé, ta mère a exigé que je l'aide pour la vaisselle. Tu voulais aussi participer mais ta mère t'as dit d'aller plutôt voir si les chevaux loués qu'on avait laissés au relai allaient bien. Tu as accepté après une demi heure de dispute et tu as finalement consenti à me laisser seul avec ta matriarche. Je t'avoue que la perspective m'angoissait. Pas autant qu'une nouvelle sortie hors des murs bien sûr mais quand même.

« Armin, a hésité ta mère alors que j'essuyais consciencieusement les verres en tâchant de faire le moins de bruit possible, vos livres... ils viennent de la bibliothèque royale de Mitras n'est-ce pas ?

- Oui, c'est exact, ai-je répondu. »

Elle m'a jeté un drôle de regard et a achevé de récurer sa marmite avant de poursuivre :

« Vous êtes vraiment frêle pour un soldat mais après tout la reine aussi était soldat et elle était frêle. Et à bien y regarder d'ailleurs, vous lui ressemblez beaucoup. »

Je ne savais pas trop ce que je devais en conclure mais j'ai acquiescé. Qu'est-ce que je pouvais faire d'autre ? Elle m'a alors pris le torchon des mains et m'a dit de m'asseoir avant de me chuchoter :

« Ne vous inquiétez pas majesté, je sais tenir un secret même si je sais que si elle savait que j'ai hébergé la reine, Martha Teuberg mourrait de jalousie. »

Puis, elle a éclaté de rire et a ajouté :

« Il est beau mon Jeanjean, pas vrai ? »

J'ai acquiescé. Je ris à présent à voix aussi basse que je peux alors que je te fais part des déductions de ta mère. J'ai encore été pris pour fille. Elle croit que je suis une princesse déguisée venue passer du temps avec son amant en toute discrétion. Il vaut mieux en rire qu'en pleurer. Mais manifestement, tu ne trouves pas ça si drôle.

« Bon sang, la connaissant elle s'imagine déjà belle-mère royale.

- Tu préfèrerais qu'elle sache la vérité ?

- Non mais je n'apprécie pas non plus de lui mentir. Et puis, elle va être déçue en voyant que je ne suis pas prince consort.

- Tu n'as même pas vingt ans, Jean, elle ne s'attend sans doute pas à ce que la reine t'épouse tout de suite. Tu dois d'abord prendre du galon pour t'en montrer digne.

- Il faudrait déjà que je survive à la prochaine expédition. Avant de partir, rappelle moi qu'il faut que je lui file le bitoniau dont on nous a gratifié après le couronnement. »

C'est vrai qu'on a eu droit à des bolos honorifiques comme les commandants. On nous les a remis en grande pompe avec tambours et trompettes, récompensant notre service rendu à l'humanité. Les vainqueurs réécrivent l'histoire. Je pense pour ma part qu'il est encore trop tôt pour dire s'il s'agit d'un service.

Je suis allongé sur le ventre en travers de tes jambes. Tu te dégages doucement pour sortir ton bolo de ta poche et l'examiner à la lumière de ta lampe.

« Le lien est sans valeur mais la pierre, si jamais elle a des soucis d'argent, elle pourra la revendre même si je suis sûr qu'elle ne le fera pas, tu constates.

- Je regrette de ne pas avoir emmené le mien du coup, je te dis, j'aurai aussi pu lui donner. Comme ça elle aurait pu en vendre un et garder l'autre.

- Tu n'aurais pas préféré le garder ? tu me demandes.

- Pour quoi faire ? »

Je n'ai pas de famille, moi, Jean.

« J'en sais rien. T'aimes peut-être les bijoux. »

Je grimace, tu ris et on finit par s'embrasser. On finit toujours par s'embrasser.

« Faudra quand même que je lui dise la vérité sinon ça va me hanter, tu dis en t'écartant.

- Tu ne penses pas que le mensonge est parfois préférable ? je te demande.

- C'est un point sur lequel on va continuer de s'opposer espèce de génie du mal, tu dis en me caressant les cheveux. »

Je réalise qu'effectivement, on ne sera jamais d'accord sur ce point. Est-ce que c'est grave pour le moment ? Tu dégages les mèches sur mon front pour m'embrasser à ce niveau. Je soupire.

« Tu vas faire quoi alors ? Lui dire demain avant de partir ?

- Non, je vais écrire une lettre qu'on lui donnera si je meurs. Un tas de soldats font ça. Évidemment, je finirai par lui dire en face si je continue d'avoir ma chance de pendu.

- Ou plutôt si je continue à te sauver la vie. »

Tu me repousses. Je riposte et on finit par se bagarrer comme des enfants. Tu me laisses le dessus et je te plaque sur le lit en maintenant tes bras.

« Je me demande pourquoi c'est moi qu'on prend pour une fille, je dis, dans les aventures de Jolicoeur, c'est toi qui serais Dame Lisencieux ! Tu passes ton temps à te faire sauver !

- Les filles sauvent aussi les garçons, tu rétorques, sans Mikasa, Eren serait mort mille fois. Mais du coup, tu as lu les aventures de Jolicoeur ?

- Heu... plus ou moins...

- Ah non ! Tu ne t'en sortiras pas comme ça ! tu me dis en me faisant basculer pour reprendre l'avantage, il va falloir assumer maintenant. Ton méchant préféré ? Ne me dis pas que c'est Lord Belfroy ou je vais être obligé de cesser tout contact avec toi.

- Si tu me dis que tu préfères Gündfried le facétieux, c'est moi qui vais nier ton existence.

- Hum... je crois qu'il serait satisfaisant de... comment tu disais déjà ? Je sais plus. On devrait s'embrasser, non ? tu proposes en te penchant vers moi. »

Je ferme les yeux et c'est évidemment à ce moment que ta mère entre pour nous souhaiter bonne nuit.


Note aux lecteurs : Le rythme ralentit dans la vie civile alors il n'y a qu'une rupture dans ce chapitre. Le titre et l'idée que je me fais de la mère de Jean sont moins basé sur l'OAV que sur la fausse preview dans le volume... 5 il me semble où Jean est surpris dans son lit avec un carnet dans la main... J'ai envie de dire : BRANLETTE :D La masturbation à l'adolescence et les premiers partenaires confrontés aux parents, une éternelle source d'Awkward. Forcément ça m'inspire même si j'ai essayé de ne pas créer trop de rupture avec les chapitres précédents en gardant la situation en tête.

Le Bandit Jolicoeur j'imagine ça comme un de ces romans feuilletons idiots mais trépidants :D !

SInon donc c'est essentiellement ce chapitre que je suis en train d'adapter en BD, lien au chap précédent si ça vous intéresse, il fait un bon stand alone je pense. Mais bref. Plus qu'un chapitre ! A la prochaine !