Sur le chemin du retour, toi comme moi avons conscience qu'on n'aura plus ce genre d'intimité avant une paye avec les dortoirs communs, et il est plus ou moins clair que « quelque chose se passera » durant la nuit au campement. Seulement, nous n'osons pas en discuter et au moment de s'embrasser, on se retrouve à ne pas oser s'arrêter pour dormir comme d'habitude et à faire durer ça bien trop longtemps pour que ça continue à être vraiment agréable. Je pensais pas pouvoir me faire chier autant en t'embrassant.
Finalement, c'est toi qui finit par te redresser en me repoussant doucement. Je te demande ce qui se passe et tu me jettes un regard irrité :
« C'est idiot de s'acharner. Ni toi ni moi n'avons la moindre idée de ce que nous faisons. »
Tu prends tes genoux entre tes bras et fixe le feu qui brûle doucement. Tu as l'air concentré. Je me redresse à mon tour et je croise les bras.
« On fait quoi, du coup ? je demande au bout d'un moment.
- Discuter serait probablement l'option la plus rationnelle.
- Discuter de... ce qu'on peut... faire, c'est ça ?
- Je pense que c'est le seul sujet dont on n'ait pas fait le tour. »
Tu te tournes vers moi et tu souris avec timidité :
« Ok, je lâche.
- Bien, alors j'ai réfléchi aux options qui s'offraient anatomiquement à deux hommes intéressés par une interaction charnelle.
- Très bien, j'hésite, pas vraiment rassuré par ton air décidé. »
Tu inspires un coup et tu finis par lâcher :
« Un ersatz de coït serait possible si l'un d'entre nous acceptait d'impliquer ses basses parties... hm...son orifice... heu... son... postérieur.
- Son cul quoi. J'ai entendu parler de ça ouais, je dis en feignant l'assurance te voyant troublé. »
Tu fronces les sourcils.
« Ce serait peut-être un peu rapide de commencer par ça. Et puis je suppose qu'il serait hygiéniquement plus sûr de procéder à certaines ablutions.
- Ouais c'est un peu dégueulasse sinon. »
Je me sens rougir et j'espère que tu ne le voies pas dans la pénombre. J'inspire, puis je lâche :
« Je veux bien...
- Peut être que... tu dis en simultané. »
On rit nerveusement :
« En tous les cas pas tout de suite mais je peux envisager cette option, tu dis.
- Moi aussi, je dis, et puis je me disais que comme tu es plus petit ce serait plus... compliqué pour toi donc si l'un de nous doit enfin... Tu es vraiment de petites... un petit... Enfin j'ai pas envie de te faire mal.
- Eh ! Ne me sous-estime pas... ma... je ne suis pas si mal doté en terme de... heu... verge et je pourrai aussi te faire mal ! tu me dis avec indignation.
- Ah ouais ? Je te dis à moitié amusé, eh bien prouve le.
- Tu veux le voir ? Mais je... heu... uniquement si tu le montres aussi ! »
J'arrive pas à le croire Armin. Un concours de queue ! On dirait deux gamins idiots. J'éclate de rire et tu m'imites en réalisant ce qu'on est en train de se dire et on se marre l'un sur l'autre comme des crétins. Si les autres nous voyaient.
« Ok, sérieusement, je dis finalement, mais je ne te montrerai pas ma « verge » en l'état.
- En l'état ? tu demandes en reprenant ton sérieux. »
Tu as ton coude appuyé sur mon épaule et ton front presque contre le mien, je n'ai qu'à me pencher pour t'embrasser. Je prends ton visage entre mes mains et j'essaie de rendre parfaitement clair ce que je suis trop maladroit et bêtement timide pour dire clairement. Tu te laisses aller et va jusqu'à pousser un de ces gémissements bizarre qui me font à chaque fois comme un coup dans l'estomac. Vite, tu détaches tes lèvres des miennes, et tu chuchotes :
« On peut toujours faire des choses avec nos mains ou peut-être serait-il aussi possible de les mettre en contact... Je veux dire... les...
- Reiner appelait ça des braquemarts, je dis pour couper court à ton hésitation.
- C'est techniquement un nom d'épée le braquemart... ils utilisaient ça pour combattre les titans au début mais... ah ! D'accord, je viens de saisir... une épée, c'est phallique, tu dis précipitamment, évidemment... Enfin donc je récapitule : il y a la possibilité des mains et d'une mise en contact... et si tu n'es pas opposé à l'idée mais personnellement je pense qu'une journée de cheval rend la chose assez peu hygiénique, avec la... bouche ce doit être possible de faire quelque chose.
- Wow, je murmure, tu y as vraiment réfléchi.
- Je ne me touche pas depuis si longtemps mais je dois dire que cette idée là me... hm... m'intéresse depuis peu.
- Ouais je vois ça. »
Tu souris et je caresse doucement tes cheveux et là, c'est comme si tu t'éveillais brutalement. Tu happes mes lèvres et te heurtes sans douceur mais sans violence. Tes gestes ont une précipitation familière à présent mais que je n'aurai pas attendue venant de toi. Tu pinces puis tu mords. Ma respiration se saccade et tu descends pour embrasser mon cou où la dernière marque n'a pas encore eu le temps de disparaître. Merde. Tout s'emballe avec les battements précipités de mon cœur. On se rapproche, on frotte, on tape, tes doigts dérapent dans le déboutonnage, ça cogne en minuscule, je m'emmêle dans ta chemise et vite ta peau frémis sous mes doigts. Je suis plutôt soulagé de ne pas porter les sangles réglementaires de la manœuvre tridimensionnelle. Trop chiant à enlever et tout est déjà si compliqué. Les marques creusent encore nos peaux. J'embrasse ton buste parce que tu avais l'air d'aimer ça l'autre fois. Mimant ton élan, j'y mets plus d'agressivité. Je m'emporte pour de rien à petits coups de dents, de langue, je t'aspire et tu serres la mâchoire et tu t'enracines dans ma peau du bout de tes ongles. Tu cries presque. Ça me rend fou. Je t'étreins le temps de me calmer un instant. Ma joue appuyée contre la tienne, je respire la pointe de tes cheveux trempés par la sueur. Tes stupides cheveux. Sérieux. Je croyais que je ne les aimais pas mais ils sentent bon. Sérieux. Mais qui se coiffe comme ça ?
Doucement à présent que l'élan s'étiole peu à peu, tu descends ton bras. Putain. J'ai arrêté de respirer je crois et tu viens poser ta main sur ma bite à travers le tissu. Tu t'empêtres en délaçant mon pantalon pour me toucher directement. Tu effleures un moment les veines qui affleurent, les replis de ma peau qui glisse ce qui est plus irritant qu'autre chose honnêtement même si je n'ose rien faire, puis tu t'enhardis soudain. Quand tu la prends dans ta main, tu poses tes lèvres au creux de mon cou, et je jure entre mes dents. Tu t'écartes et gardes les yeux fixés sur moi qui crispe les paupières, incapable de soutenir ton regard. Tu resserres tes doigts dessus et tu bouges trop lentement d'abord. Je soupire néanmoins.
« Comme ça ? tu demandes.
- Tu peux... tu peux aller plus vite... si tu veux.
- Ouais ? »
Oh non. Putain. J'aurai pas dû dire ça. Trop vite. Bien trop vite, j'atteins le point de rupture. Je râle, les yeux mi-clos je croise ton regard. Tes yeux brillent. C'est vraiment gênant alors tu fermes les yeux et tu m'embrasses alors que je jute sur ta main. Après ça, tu ris comme un idiot et tu me serre dans tes bras.
« Qu'est-ce que je dois en penser ? Je demande.
- Ne pense pas, tu chuchotes dans mon cou.
- C'est toi qui me dis ça ? »
Je ne sais pas ce qui me prends mais parfois, quand je suis avec toi, j'oublie que je suis terrifié, petit, infime même, petit parmi les soldats et petit parmi les titans, et qu'il y a tant de choses que j'ignore que j'ai parfois l'impression d'avancer à tous petits pas sur une corde raide au dessus d'un vide abyssal. Ton odeur, ta sale odeur de cheval à force de cavaler toute la journée mais surtout ta sale odeur à toi stoppent net le flot continu de mes pensées et je n'ai plus à l'idée que toi, ton cou, ta peau, ces petits cheveux sur ta nuque qui descendent trop bas.
« C'est dégueulasse, tu dis avec un air d'excuse. »
Tu serres les paupières et soupire avant d'attraper ton sac pas loin en quête d'un tissu pour t'essuyer. Je ne trouve pas ça si dégueulasse. Je trouve ça excitant. Je te vois chercher en vain de quoi essuyer. La seule chose à laquelle je pense c'est le chiffon pour la sueur des chevaux. Je ne vais pas t'essuyer avec ça ? Alors je me penche et je commence à lècher. Tu sursautes et tu me regardes faire d'un air perplexe.
« Mais t'es malade ? C'est dégueulasse.
- Je n'assaisonnerai pas le ragoût avec, je dis en levant les yeux vers toi, mais j'aime bien ça.
- T'es un dégueulasse Armin, tu dis en souriant bizarrement et en détournant les yeux. »
J'achève et je constate que malgré ton dégoût affiché, ça ne te laisse pas indifférent seulement tu sembles décidé à ne plus me laisser prendre le dessus. Tu m'embrasses. Tu grimaces. Manifestement ton goût sur mes lèvres te plaît moins qu'à moi. Je ris encore. Tu fronces les sourcils.
« Mais arrête de rire, tu dis en souriant quand même.
- Je ne peux pas m'en empêcher. »
Je me redresse et tâtonne pour attraper ma gourde afin de rincer ma bouche pour t'embrasser à nouveau. Debout, le froid de la nuit me rattrape. Un vent glacé souffle. Je me rassois aussitôt pour profiter de la chaleur du feu et de ta chaleur à toi, rabattant les couvertures sur nous. Nous les avons lavées avec ta mère avant de partir, elles sentent comme chez toi. Tu m'embrasses encore et encore et tu t'enhardis en descendant vers mes jambes que tu écartes, délaçant mon pantalon à ton tour avant de le tirer en m'entraînant avec. Ça me fait encore rire. Je ne sais pas pourquoi. C'est tragique d'être aussi gauche pourtant. Je suis sans doute nerveux aussi parce que même si l'on s'est enfouis dans la moiteur des couvertures tu dois quand même voir mon « braquemart ». Tu fais taire mon hilarité en embrassant mon pubis, tu enfouis ton nez je sens ton souffle sur ma peau et mes poils. J'ai un hoquet. Tu relèves aussitôt le visage, guettant ma réaction :
« Ça va ?
- Oui... ce... ça te dégoûte pas, j'hésite.
- Non, ça va. »
Tu inspires, je ne veux pas que tu te fasses violence mais ta langue hésitante et ta salive brûlante font taire mes scrupules. Je me tends. Tu la prends aussi dans ta main sans oser serrer, puis, après un moment, tu l'embrasses et la happes. Je ne sens pas tes dents, juste tes lèvres et cette chaleur moite et ta langue qui s'écrase et qui m'englue. C'est vraiment doux. Je gémis. Tu commences doucement à initier des mouvements que j'accompagne presque instinctivement mais tu me maintiens d'un bras. Parfois, il n'y a que ta main, parfois que ta bouche. Parfois tu essaies de la prendre trop loin et j'ai l'impression de te faire mal car tu déglutis et râles du fond de la gorge mais tu t'acharnes, les sourcils froncés et cette vision est tellement bizarrement... excitante ? Alors je ferme les yeux et couvre ces bruits-là avec mes soupirs.
C'est bon, Jean, mais tu ne me fais pas jouir et même si tu crois le contraire, ce n'est pas grave. J'ai toujours du mal de toute façon. Je suis un peu compliqué comme garçon. Je crois.
On fatigue et on s'arrête. Dans un demi sommeil, je te sens m'étreindre et tu t'énerves tout seul et tu t'excuses encore. Je répète que ce n'est pas grave mais ça ne change rien. Je m'endors avant toi.
Avant de repartir, au matin, tu réussis à me faire venir avec ta main, puis m'imitant, tu vérifies le goût en le ramassant aux doigts.
« Tu sais, je dis aussi diplomatiquement que possible en ramassant les affaires, je préférais hier parce qu'on était plus détendus, c'est pas grave si... ça ne sort pas. »
Tu as l'air gêné et tu t'excuses encore.
« Mais c'était bien quand même, je t'assure, je peux apprécier ce genre d'initiative même si j'ai eu un peu l'impression d'être pris par surprise.
- D'accord, tu dis avec irritation, la prochaine fois tu peux le dire si tu veux que j'arrête.
- Mais je ne voulais pas que tu t'arrêtes ! je répète en prenant ton visage entre mes mains pour te fixer.
- Sûr ?
- Sûr.
- Ok. C'est rassurant, tu soupires, et puis je voulais voir si ton goût était aussi dégueu que le mien.
- Verdict ? je demande.
- J'en sais rien en fait. Tu avais dit quoi déjà ? J'assaisonnerai pas mon potage avec... »
Je souris et je te laisse m'aider à monter à cheval même si, en temps normal, je trouverai ça humiliant.
De retour à la vie militaire, la routine recommence. Les entraînements, les rapports, les discussions idiotes avec les autres pendant les repas, l'entretien des armes, le manque d'intimité... Bien que faisant techniquement toujours parti de l'escouade du caporal chef, on ne nous invite plus aux discussions stratégiques. Je ne peux que me baser sur ce que me raconte Eren de ses entraînements et ce que je vois des avancées de l'équipe d'Hansi pour deviner le plan à venir. Je sais également que des équipes du bataillon sont envoyées pour sécuriser la route vers Shiganshina. On ne déplore que des blessures car l'armée se déplace la nuit grâce aux pierres lumineuses trouvées dans les sous-sol. La qualité de vie dans les murs a fait un bond et la reconquête du mur Maria est en marche. Tout semble nous sourire ce qui éveille ma méfiance. La tienne aussi d'ailleurs, nous en discutons parfois, à deux ou avec les autres. Tu t'impatientes. Tu ne devrais pas. Nous serons mis au courant du plan en détail le moment venu. Même si nous sommes des héros et proches de la reine, nous n'avons qu'un rang de jeunes soldats. Tu prétends que nos différentes sorties font de nous des « vétérans » mais n'ayant toujours tué aucun titan, je ne trouve pas ce titre très légitime.
La routine me rassure et m'inquiète. Je ne peux pas me permettre de me ramollir. Personne ne le peut. Comme notre garnison ne reste pas longtemps à Mitras, Historia me fait envoyer des livres de la bibliothèque afin que je puisse les étudier durant mon temps libre.
Quelque part, notre relation maintient un semblant de tension dans mon quotidien. On s'effleure les mains sous la table, on se vole des baisers dans les coins. Nous ne restons jamais seuls très longtemps et quand le groupe n'est pas là, c'est le reste du monde qui peut nous voir, les autres soldats, les honnêtes citoyens... Comme prévu, il est absolument impossible d'avoir la moindre intimité au sein de l'armée mais je ne réalisais pas que ce serait si frustrant. Il y a des moments où ça va parce que je m'occupe et que je réfléchis mais nous ne sommes pas assez actifs, pas assez concentrés pour que je n'ai pas envie de te toucher dès que je te vois.
La nuit, surtout, j'aimerai qu'on puisse être ensemble. Je dors mieux avec toi. On dort mal globalement, nous, les soldats. On somatise a dit le médecin. Je revois Eren se faire dévorer, Mina, Thomas... Je revois cette femme que j'ai tuée dont je n'ai pas réussi à savoir le nom même quand je l'ai recherché, les titans, celui qui approchait de nous avant qu'Eren ne les stoppe, je revois Hanna qui ranimait Franz alors que son corps était déjà... Je le vois souvent ces temps-ci. Je fais un évident rapprochement. Pas de quoi tergiverser. Une fois, je me suis surpris à prononcer ton nom dans un demi sommeil. J'espère que ça ne s'entend pas trop. Beaucoup de soldats appellent leur mère. Moi ça fait longtemps que je ne compte plus sur elle.
J'essaie de ne rien trahir mais je ne peux pas cacher que nous nous sommes rapprochés en tant qu'amis. Mikasa m'en fait presque le reproche. Je suppose qu'elle s'inquiète pour Eren mais je veille sur lui et je ne suis pas seul. Tu t'en défends mais je sais que tu t'inquiètes aussi et que les taquineries que tu lui lances et auxquelles il ne réagit plus comme avant sont tes maladroites tentatives de lui remonter le moral.
Au calme, je repense à tout ce qui s'est précipité. Alors que nous étions encore dans l'enceinte de Sina, j'ai demandé plusieurs fois à voir Annie. On m'en donne l'autorisation mais évidemment, ça n'avance à rien. Je n'ai pas la permission de lui révéler de la situation, au cas où elle entendrait. Mentalement, je m'excuse d'avoir prétendu qu'elle était torturée pour manipuler ce pauvre Bertolt et je lui demande, encore et encore, pourquoi elle a agi comme elle l'a fait.
Je me demande où ils sont, d'ailleurs, Reiner, Bertolt et Ymir... que sont-ils devenus ? Je suis persuadé qu'on les reverra mais la perspective n'augure rien de bon.
J'en ai marre d'être écarté de l'action. Des décisions se prennent là haut mais après tout ce qui s'est passé, ces saletés de bolos qu'on nous a filé, on est encore traités comme des sous-fifres. Ça m'exaspère et j'ai l'impression que l'entraînement auquel on nous soumet n'est qu'un vague moyen de nous occuper. La preuve la plus évidente, c'est que quand Historia nous demande auprès d'elle pour l'aider dans son installation des orphelins et nécessiteux sur le terrain qu'elle a réquisitionné pour ça, le caporal nous laisse partir pour quelques jours avec indifférence, nous prévenant juste qu'on aura des petits camarades à notre retour puisque les recrutements du bataillon d'exploration ont porté leurs fruits. Apparemment, on a inspiré plein de jeunes recrues (enfin, surtout le major et Historia). Les crétins. Ils n'étaient pas là après Trost, eux, pour sûr.
Je me demande si Marco aurait fini par s'engager s'il avait survécu. Peut-être même qu'il se serait engagé après Trost alors que je serai allé dans les brigades spéciales. Quel drôle de monde ç'aurait été. Et je ne t'aurai pas vraiment connu et je serai probablement toujours persuadé que tu es un pleurnichard.
On part en groupe, Sasha, Conny, Eren, Mikasa, toi et moi. La reine en personne nous accueille, deux marmots sous le bras et on a à peine le temps de poser nos affaires qu'on est mis à contribution pour s'ocuper des enfants.
Apparemment, il y a eu un nouvel arrivage dont on doit faire l'inventaire, seulement ces trucs ne restent pas aussi tranquilles que des munitions et il n'y a bien que Mikasa qui parvient à leur en imposer suffisamment pour les gérer. Historia, qui tient le registre, commence ses comptes et attribue des chambres, n'a rien d'une souveraine. On peine à y croire. Dès qu'elle peut, elle passe son temps avec les enfants. Elle les prend sur ses genoux, elle les nourrit, elle leur raconte des histoires. Tu parles d'une reine.
On doit encore aider à la préparation du repas ensuite. Ça rappelle ce moment dans un trou perdu quand l'escouade venait d'être formée. Il y a d'autres gens, bien sûr, pour gérer les marmots, mais on est quand même entre nous. Tu nous glisses que tu soupçonnes Historia de nous avoir appelés pour se rappeler de ses souvenirs dans l'armée. Puis, tu t'éclipses pour le ravitaillement d'eau et je prétexte rapidement un truc pour filer. On se croise à l'ombre d'un entrepôt, tu prends mes mains et je me penche vers toi mais nos lèvres s'effleurent à peine que des gamins passent en rang d'oignon pour se laver les mains. Retour à la réalité.
Le repas est une apocalypse mais une fois les mômes couchés, on s'assoit ensemble, nous, les « vieux » de la 104 et du bataillon, et on joue aux cartes en évoquant de vieux souvenirs. C'est toujours agréable d'être entre nous. Nous venons des quatre coins des murs et avant l'entraînement, nous n'avions pas grand chose en commun mais depuis Trost, nous partageons plus que des amis et même plus que des camarades, je crois. Merde. Je suis sentimental mais nous avons quand même assisté à la chute d'un mur et d'un gouvernement aux premières loges. Ca rapproche.
Il est prévu de repartir le lendemain soir, pas le temps de se poser mais nous nous couchons bien trop tard pour la journée qui nous attend.
Le lendemain, je suis le dernier à me lever et c'est évidemment toi qui vient me chercher dans le dortoir alors que j'achève de m'habiller. Tu as pu manger avec les autres. Moi je n'aurai pas le temps manifestement.
« On doit décharger des provisions, tu me dis, c'est pas le genre de tâche que j'apprécie le plus mais c'est toujours mieux que de s'occuper des orphelins. »
Je t'entends soupirer et tu te laisses tomber sur ton lit.
« Ces gamins me tuent. »
Tu n'es pas du genre à te plaindre d'habitude. Quelque part, ça me flatterait presque que tu te laisses aller comme ça devant moi.
« Tu crains avec les gosses, je dis en riant, remarque, je suis pas mieux. Je suis sûr que cet idiot de Marco aurait adoré ça par contre. Il avait un tas de frères et sœurs. »
Je t'observe du lit. Tu as pensé à voix haute. Je reste silencieux en t'observant achever de t'habiller. Tu penses encore à Marco. Je serai presque jaloux.
« Je suis prêt, allons-y.
- Bah... restons un peu ici. »
Tu souris et daigne enfin me jeter un regard.
« Bon sang, plus je te connais plus je réalise à quel point t'es un branleur, Armin.
- Les gens sont toujours surpris quand ils réalisent que je suis pas aussi gentil que j'en ai l'air. »
C'est un complexe qui ressort et qui est lié à cette vieille question d'abandonner son humanité pour vaincre les monstres. Toi et moi, nous sommes liés et j'ai mis bien souvent ne serait-ce que ma survie de côté pour te sauver. Quand on s'embrasse, je ne réfléchis plus, mais parfois, quand j'y repense, j'en viens à me poser des questions atroces. Et si je devais un jour te laisser mourir pour l'humanité... ou tuer Eren en qui je crois pourtant depuis le début... ou m'opposer à Mikasa.
J'entraperçois les choix terribles auxquels ont été confrontés nos aînés. Nous avons nous-même dû faire face à ceux que nous croyions nos amis mais dans ton cas et dans celui d'Eren, je ne sais vraiment pas comment je réagirai.
Est-ce que je finirai par devenir un un monstre. Et toi, comment réagiras-tu face à cela ? Tu as accepté que je tue pour toi et tu as aussi tué. Tu as admis cette nécessité et nous continuons de vivre mais si un jour ça allait plus loin ? J'ai peur d'être incapable de sacrifier mon humanité mais j'ai aussi, au fond, terriblement peur d'en être capable.
Pourtant, je sais que toi, plusieurs fois déjà, j'ai refusé de te sacrifier. Stupidement, instinctivement, je t'ai sauvé et je l'aurai fait et refait en connaissance de cause.
Tu t'assois doucement à côté de moi qui suis toujours allongé sur le lit. Si les autres débarquaient, il n'y aurait rien de suspect là dedans. C'est encore normal.
« Tu n'aimes pas qu'on te perçoive comme un type gentil ? tu demandes prudemment.
- « Gentil », c'est un synonyme de « faible », je lâche.
- Je ne pense pas, tu murmures. »
C'est vrai que tu ne sais pas ce que c'est, toi. Tu es un peu mon exact opposé en fait. Toi, tu as l'air méchant et tu ne l'es pas, juste trop honnête pour ton bien. Tu ne voulais pas tuer quand moi qui passe pour gentil, je l'ai toujours envisagé comme possible, comme nécessaire.
Tu penses certainement encore à Marco. Un type gentil, lui. Vraiment gentil. Pas comme moi.
Tu t'allonges à côté de moi et tourne ton visage vers le mien. Là, c'est encore chaste. Si les autres débarquaient, ça irait encore. Je te regarde. Tes cheveux ont tellement poussé que les mèches couvrent tes sourcils. Je ne sais pas trop ce que tu cherches à faire avec mais ça ne me déplait pas. :
« Si t'étais pas aussi gentil avec moi, je serai déjà mort trois fois, tu me dis avec un sourire piteux.
- Ce n'était pas vraiment de la gentillesse de te sauver, j'explique, ceci dit, c'est plutôt juste de te voir comme ma « faiblesse ». On dirait que je ne peux pas te laisser mourir.
- Eh bah merci, tu ironises.
- En plus, tu peux bien traiter Eren de suicidaire, tu es bien pire que lui parfois. »
Oui, je ressasse encore cette histoire avec Mikasa bien que tu donnes toutes les preuves de l'avoir oubliée. En face, tu es si calme. Je sais que tu es aussi terrifié que moi, au fond, mais tu commences à devenir doué pour cacher tes réelles émotions. Tu grandis, Jean. On a grandi. J'écarte machinalement une mèche de ton front et tu fermes les yeux sous la caresse de mes doigts
« Tes cheveux sont vraiment longs, tu murmures finalement.
- Ouais, je sais, je dois les couper.
- Non, garde les comme ça. Ça adoucit ton regard de tueur et tu as presque l'air gentil, tu murmures. »
Tu effleures encore mon front en dégageant mes mèches. On se frôle bêtement. Je m'enhardis en caressant ta nuque :
« Tu voudrais que je sois plus gentil ? je demande.
- Peut-être, tu réponds en souriant. »
Ce n'est définitivement pas prudent mais je me penche alors vers toi pour t'embrasser. Comme d'habitude, c'est trop bon et trop court. On est vite rappelés à la réalité par les autres qui nous appellent pour décharger. Avant de sortir, tu me recoiffes du plat de la main. Tu te mets à ressembler à ma mère.
Tu nous dit que le peuple la surnomme « la divine bergère » Historia. C'est vraiment pas étonnant. Adossés à la barrière, on essaie vaguement de se faire oublier. Il faut dire qu'elle du genre autoritaire. Elle aussi, on dirait ma mère.
Évidemment, on n'est pas seuls tous les deux, on se trimballe Eren la cinquième et dépressive roue du crosse. C'est pas faute de tenter des plaisanteries avec lui... il ne réagit plus à rien. D'un côté, ça m'exaspère, de l'autre, un être humain normal déprimerait à moins. Je sais qu'il subit une pression énorme avec les entraînements en plus. Et Mikasa en rajoute une couche en le couvant des yeux en permanence. Du coup, je comprends qu'il nous colle aux basques pour l'éviter.
Sans compter le fait qu'il est effectivement ton meilleur ami.
De retour à Trost mais à la vie de caserne bien que tu rendez parfois visite à tes parents. Sans moi cette fois. Les nouveaux t'agacent ce qui n'a rien d'étonnant, leur enthousiasme naïf m'irriterait moi-même si je ne pouvais si bien le comprendre. L'annonce de la reconquête de Maria, les moyens mis à disposition du bataillon qu'on prend enfin au sérieux, l'exaltation générale... Ca me rappelle notre idéalisme des débuts. Quand je les entends, je souris avec indulgence et toi, tu joues les vétérans désabusés.
Un jour de permission, nous sommes allés questionner notre ancien instructeur Shadis avec le caporal et Hansi Zoë. Seul Conny était absent, encore à Ragako pour voir sa mère titan. Il semble que les révélations faites par l'instructeur sur le passé d'Eren mais surtout, ce qu'il a dit de ses parents dont il était proche, aient ranimé un peu son enthousiasme. Eren... Eu dernier repas avant la reconquête, quand tu lui jettes une énième provocation, il réagit enfin. Je n'irai pas jusqu'à dire que vous voir vous battre me fait plaisir mais je retrouve enfin le Eren des débuts... et aussi le Jean des débuts ce qui est moins agréable mais même si tu débites pas mal d'idioties, je sais ce qui les motive.
Vous commencez à vous frapper plus machinalement. Presque plus par habitude que par réel énervement mais ni l'un ni l'autre ne cédera. Idiots.
« Du coup on ne les arrête pas ? je demande à Mikasa qui te laisse posément amocher son Eren.
- Oui, je pense que ça va aller, me répond-t-elle avec un de ses rares sourires. »
Mikasa ne semble donc pas disposée à vous arrêter pour une fois. Elle saisit aussi ce que cette bagarre signifie et quand nous en discutons tous les trois après que le caporal chef ait interrompu votre altercation, Eren nous confirme qu'il se sent plus serein. Je suis rassuré et quand la mélancolie revient dans les yeux d'Eren, j'évoque l'ailleurs qui me fascine pour le distraire. Parce qu'il n'y a pas que les titans au delà des murs, je parle d'océan et de merveilles inconnues... Dans l'exaltation de cette veille de reconquête, j'y crois vraiment.
Je devrai me sentir bête mais je suis ivre d'espoir. C'est idiot. Il vaudrait mieux envisager le pire. Pour une fois, peut-être même pour la première fois, je n'y parviens pas.
Ici, je partage ma chambre avec Eren mais j'ai besoin de te voir un peu. Nous avons parlé jusqu'à une heure avancée tous les trois et Conny et toi dormez déjà quand je me glisse dans votre dortoir. Néanmoins, tu entrouvres les yeux quand je m'agenouille près de ton lit, dégage les cheveux de ton front et embrasse doucement ton visage, sans faire de bruit. Dans le noir, je devine ton sourire d'embarras. Tu caresses ma joue et nos regards s'agrippent à tâtons dans l'obscurité.
Tout a été planifié, répété, réfléchi mais personne ne peut prédire comment tournera le plan de reconquête seulement, l'espace d'un ridicule instant, je tâche d'oublier en prenant ta main dans la mienne. Je réfléchirai demain.
Note aux lecteur-ice-s =D : Voilà... c'est fini... pour le moment. Si la suite de la BD offre de nouvelles perspectives Jearminiques qui ne contredisent pas ce que j'ai fait, je poursuivrai ceci dit :)
Sinon le passage de la discussion sur le fait d'être gentil et les cheveux de Jean est basé sur une BD que j'ai faite aussi trouvable ici : (comme d'hab des parenthèses à la place des points :) ) mirandafandomette(tumblr)com/post/128519934180/this-scene-is-supposed-to-happen-just-before-the
Du coup, merci d'avoir suivi... Si vous revoulez du Jearmin j'ai aussi un OS très fluffy sur la question :3 Voir la Mer et heu... voilà. J'espère que ça vous aura plu. Je suis toujours étonnée du nombre de gens qui ne remarquent pas le Jearmin canonique alors que leur relation est de toute évidence une super bromance et qu'ils partagent plus de moments intenses ensemble que Erwin/Levi qu'on constate plus. C'est sûrement que Jean et Armin sont moins populaires, moins sexy je sais pas è_è. Ca me frustre, fallait que je remédie à ça et des amis pas très certains du Jearmin en voient partout depuis que je leur ai fait lire et que je les spam avec mes fanarts. Spread the luv :D, c'est probablement la relation la plus saine (du moins une des relations les plus saines de SNK) c'est pas peu dire ^^'
