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Chris et Peter avaient toujours été comme chien et chat, ça, tout le monde le savait. Ils se tapaient dessus dès qu'ils en avaient l'occasion, ça aussi tout le monde le savait.
Mais ces derniers mois, quelque chose avait changé. Les loups de la meute le sentaient, et les humains le voyaient clairement.
Le chasseur et le loup-garou étaient plus tactiles qu'ils ne l'avaient jamais été, l'un envers l'autre.
« Et ton père ne t'a jamais rien dit ? » Demanda Scott à Allison, qui mettait de l'ordre dans sa chevelure brune devant sa coiffeuse.
Elle haussa les épaules, jetant un coup d'œil à travers le miroir à son petit-ami allongé sur son lit.
« Il nie encore. »
« Ça doit faire bizarre », réfléchit Scott, parcourut d'un frisson d'horreur. « C'est Peter, quand même. »
La porte d'entrée claqua et des voix leur parvinrent du rez-de-chaussée.
Quand on parle du loup…
« … Regarde ! » S'exclamait Chris. « Tu aurais pu y aller plus doucement, j'ai mal partout. »
« Ce n'est pas ma faute si tu ne tiens pas la distance, sweetheart. Tu m'as dit de ne pas retenir ma force. »
« Tu es vraiment une enflure, Peter. »
« Tu adores ça, arrête !... Allez, viens-là. »
« Euh… Bonsoir… »
Allison et Scott se tenaient en haut des escaliers toujours avec la même mine embarrassée et le regard indulgent qu'ils affichaient dès qu'ils tombaient sur le loup et le chasseur.
Chris se dégagea de Peter qui, bon prince, avait posé les mains sur ses épaules dans le but de détendre un peu ses muscles endoloris.
« Peter me raccompagnait. On était en filature », s'empressa d'expliquer l'humain. « On a dû improviser un match de basket pour… »
« Huum. Bon je vais y aller », annonça Scott en descendant rapidement les escaliers. « Bonne soirée, monsieur Argent… Peter. »
Et il claqua la porte.
« Papa… Je pourrais passer la soirée chez Lydia, si tu veux », proposa Allison en faisant voyager son regard de son père à Peter.
« Non ! Peter allait partir. »
« Tu ne m'invites même pas à dîner ? Après tout ce que j'ai fait pour toi aujourd'hui ? »
« Vraiment, papa... Lydia voulait me voir en plus… Je vais y aller. »
Sa fille disparut à l'étage et Chris fit volteface vers le loup, le regard noir.
« Sors de chez moi. »
« Tu ne serais pas un peu bipolaire ? »
« Dehors ! »
« Bien, bien… »
Sur le perron, Peter se tourna vers le chasseur.
« Tu vois qu'on peut passer une journée sans se battre. C'était plutôt sympa. »
Il sourit, puis s'en alla sans se retourner.
Chris leva les yeux au ciel, soudain fatigué de supporter un tel abruti.
OooOooOooO
Depuis l'épisode de la partie de basket, une routine étrange s'était installée entre eux. Ils se chamaillaient toujours autant, même peut-être un peu plus… Mais maintenant Peter s'appliquait à lui faire perdre son sang-froid par SMS. Nouvelle lubie.
Lorsqu'ils se voyaient, ils se disputaient mais ne se battaient pratiquement plus.
Et leur binôme était devenu un peu plus efficace. Heureusement, parce que la créature rôdait toujours dans Beacon Hills. Ils étaient donc contraints de travailler ensemble jusqu'à ce que l'affaire soit réglée.
Peter passait en conséquence pas mal de temps chez les Argent. La situation était carrément étrange, vu leur passé commun, mais les autres s'obstinaient à déclarer à tout bout de champ que ce n'est pas grave, ne vous occupez pas de nous, on a des choses à faire de toute façon.
Contre toute attente, le loup-garou s'était un peu calmé et travaillait plus sérieusement avec le chasseur. À vrai dire, il aimait bien venir chez Chris. La maison était chaleureuse, et son vieil ennemi était plutôt d'agréable compagnie lorsqu'il laissait de côté son air bourru autoritaire et ennuyeux.
Ce soir-là, Peter n'avait aucune bonne raison de se tenir sur le pas de la porte, prêt à frapper –et à entrer, il l'espérait. Il s'ennuyait juste comme pas permis. Derek n'avait pas voulu de lui… Son neveu était visiblement très occupé à il ne savait quoi. Ce fut donc tout naturellement qu'il s'était dirigé à pieds vers la maison des Argent. Sauf qu'il s'était mis à pleuvoir comme vache qui pisse et Peter était trempé jusqu'à l'os.
Il frappa, puis sonna. Puis frappa de nouveau. L'orage grondait au-dessus de la ville, et même si sa part lupine lui offrait de bonnes conditions physiques, il commençait à se les geler.
Lorsqu'enfin la porte s'entrebâilla, Peter la poussa et se précipita à l'intérieur.
« Bon sang, j'ai cru que tu allais me laisser me noyer sous ce déluge ! » S'exclama-t-il en essorant les coins de son t-shirt.
« Et bien sûr, Peter Hale est le seul idiot de Beacon Hills à sortir à la nuit tombée alors qu'ils ont annoncé l'arrivée d'un typhon pour le weekend », soupira Chris en lui jetant un regard désapprobateur. « Tu es en train de ruiner ce tapis », rajouta-t-il d'un ton sévère.
« Je suis un loup. Je vis principalement dehors. »
« Pour ta gouverne, les loups-garous ne font plus ça depuis la Renaissance. »
« Je n'ai jamais été en phase avec mon temps, que veux-tu. »
Chris leva les yeux au plafond, une main toujours sur la poignée de la porte d'entrée.
« Qu'est-ce que tu veux, Peter ? »
« Je passais dans le coin. Je me suis dit que je devais assurément te manquer, alors je suis venu te faire grâce de ma présence. »
Le chasseur releva un sourcil désabusé.
« Pas ce soir », dit-il simplement.
Peter en fut presque choqué. Il croisa les bras et le reluqua de haut en bas avec la tête de celui qui disait « à moi, on m'l'a fait pas ».
« Quoi ? Tu attends quelqu'un ? Tu as enfin trouvé une femme qui accepte de sortir avec toi ? » Railla-t-il.
« Je ne… Et puis d'ailleurs, en quoi ça te concernerait si c'était le cas ?
« Donc, ce n'est pas le cas et donc, tu vas pouvoir m'offrir un verre », s'enthousiasma Peter.
Le chasseur soupira.
« Tu veux une bonne raison ? Très bien : je suis fatigué. J'aimerais dormir au moins une nuit complète. Je n'ai pas le temps de me prendre la tête avec toi. »
« Je serai sage, promis. »
« Peter… », Menaça l'humain, dont la patience n'était pas la première des vertus à cet instant.
« Le temps qu'il arrête de pleuvoir à torrent… Ou le temps que je me sèche ? »
Chris était réellement fatigué. Il relâcha la poignée de la porte et soupira derechef, passant une main lasse sur son visage mal rasé.
« Très bien. Mais je te préviens, un seul écart et je te plonge dans un bain d'aconit. »
« C'est une invitation ? » Sourit le loup.
« Suis-moi, je vais te passer des vêtements secs. »
Chris se dit à cet instant précis qu'il ne devrait pas entrer dans son jeu. Que ce serait sa perte. Et il eut raison.
OooOooOooO
« Tiens, tu n'as qu'à mettre ça en attendant. Tu m'excuseras, je n'ai pas de cols V », railla le chasseur en balançant une pile de vêtements sur le lit derrière lui avant de refermer la penderie.
« Tout le monde n'est pas parfait », commenta Peter.
Chris se retourna vers lui avec la ferme intention de répliquer mais il n'en eut subitement plus la force.
Il déglutit, observant le loup faire glisser son t-shirt trempé sur ses abdominaux, puis le retirer complètement en faisant rouler ses muscles sous sa peau.
Il s'attaquait déjà à son jeans quand il s'aperçut que l'humain le dévisageait.
« Le spectacle te plait ? »
« Pas du tout ! »
La réponse avait fusée un peu trop vite. Chris ferma les yeux un instant en se pinçant les lèvres.
« Tu voulais un verre, non ? Je vais préparer ça », rajouta-t-il en quittant la pièce.
Lorsque Peter descendit au salon, les cheveux encore humides, il retrouva Chris dos à lui, appuyé contre le rebord de la fenêtre. La pluie tombait drue. Le chasseur lui tendit son verre de whisky et but une gorgée du sien.
L'atmosphère était lourde.
« Tu vas me dire ce que c'était, tout à l'heure ? » Tenta Peter.
« Il n'y a rien à dire. »
« Oh ! Je t'en prie Christopher ! On est adultes. »
L'adulte en question posa son verre sur le rebord de la fenêtre et se détourna de l'autre adulte –qui ne l'était pas vraiment certains jours, songea Chris.
« Ne commence pas. »
« Quoi « ne commence pas » ? Cette fois, c'est pas moi qui… Oh et puis merde ! »
Peter attrapa Chris par les hanches et se colla contre son dos, posant ses lèvres à la naissance de son épaule et les faisant remonter le long de son cou. Il put sentir le frisson qui traversa le chasseur et en fut enchanté.
« Tu as raison, il n'y a rien à dire », susurra le loup tout contre son oreille.
Il sentait à présent son cœur s'emballer, et sa chaleur corporelle grimper rapidement.
Pourtant, Chris se dégagea et le regard qu'il lui lança portait la promesse de mille tourments.
« Rentre chez toi, Peter. »
Ce dernier fit un pas vers lui, mais Chris recula en levant un doigt inquisiteur.
« Assez joué. Rentre chez toi. »
Les deux hommes se défièrent du regard. La tension était à son comble. À tel point que, malgré ses sens exacerbés, Peter ne parvint pas à savoir si l'air était plus chargé de désir que de haine. Un peu des deux, sans doute.
Finalement, il esquissa un sourire.
« Très bien, je rentre. On se voit demain. »
« C'est ça. »
Il fallait savoir patienter. Peter savait qu'il finirait par le faire craquer.
Ce petit défi personnel qu'il s'était lancé lorsqu'ils n'étaient encore que des adolescents progressait dans le bon sens. Car ce soir, le regard de Chris sur lui avait été sans équivoque. Le chasseur commençait à craquer.
Les jours qui allaient suivre promettaient d'être délicieux.
A suivre...
